A La Science De Tout

Par : Provocative Envy

Traductrice : Bleak Dawn

N/T: En l'honneur de la réélection de Barack Obama, voici une update. Bonne lecture à tous.

CHAPITRE ONZE

J'étais en train d'attacher un rouleau de parchemin à la frêle patte d'un hibou à moitié conscient lorsque je vis le morceau de papier par terre, ses bords froissés, son apparence étrangement mélancolique. Je le pris, croyant qu'il serait vierge, surprise de voir sa jaune, laiteuse surface emplie d'une nerveuse écriture en pattes de mouche c'était une lettre, non signée, datée d'il y avait six mois :

Tu me fais mal, quelque fois. Mais je crois que tu le sais—même si je ne pense pas que tu le fais délibérément, pas comme tu le fais avec les autres. Maintenant que je suis plus vieux, je comprends que tu es simplement gêné par ta négligence, ton insensibilité ta distance n'est pas le reflet de tes sentiments, mais un mécanisme de défense que tu ériges face à ma confuse hostilité. Tu ne me reconnais plus, si tu ne m'as jamais connu, et cela me rend plus triste que tu ne le réalises. Je ne suis pas la personne que tu penses que je suis, ou crois que je peux devenir. Je suis, à mesure égale, plus et moins que cela. Je préférerais que tu n'en attendes pas autant de moi. Je préférerais que tu te souviennes de ce que c'est que de ne pas savoir qui l'on est quelque fois, ce que c'est que de vouloir fuir l'identité que l'on s'est vu imposer lorsque l'on était trop jeune pour protester. Je souhaiterais que tu me parles de choses qui importent, que tu te sentes plus concerné. Excepté que je sais que c'est le cas—alors ce que je suis en train de dire c'est que je souhaiterais que tu agisses plus en accordance. Je souhaiterais que tu laisses la lassitude être une excuse, que tu me laisses créer des excuses, que tu fasses en sorte qu'il soit possible de temps à autre de fauter, de mal faire, d'échouer, d'être imparfait. Je voudrais que tu ne fusses pas si mal à l'aise lorsque confronté à l'émotion, que, dès le départ, tu n'assimilasses pas émotion et stupidité. Je voudrais que tu puisses me dire que tu m'aimes plus d'une fois dans toute une vie, que tu puisses offrir de m'écouter quand j'en ai le plus besoin. Je souhaiterais pouvoir te dire tout ceci, et que si je le faisais, tu ne moques pas et me dises de grandir. Parce que je suis fatigué de jouer à l'adulte. Je suis fatigué de devoir grandir. Je suis fatigué de prétendre être assez mature pour gérer tout ce que je dois gérer. Je ne le suis pas, et je souhaiterais que tu te souviennes que je—

Le parchemin fut arraché de ma faible prise étonnée. Je levai les yeux, le cœur battant, tombant, désenflant.

« On s'amuse, Granger ? » dit-il entre ses dents serrées, les joues empourprées.

« Malefoy—» commençai-je, déglutissant encore et encore et encore. Je n'arrivais pas à vraiment saisir ce que je venais de lire, ce que cela voulait dire, et sa présence—sa furieuse, humiliée présence—n'avait pas vraiment de sens, et rien à propos de cette situation n'avait l'air réel, mais je n'aurais pas su à dire pourquoi, même forcée.

Il ne disait rien, serra simplement la mâchoire, son poing, et je vis une veine à son poignet pulser dangereusement, et ses phalanges devenir blanche, et j'étais mortifiée.

« Je suis désolée, » dis-je rapidement, ramenant mes cheveux derrières mes oreilles.

« Désolée ? » répéta-t-il.

« Oui, je n'aurais pas dû… je veux dire, je voudrais ne pas avoir… Je n'aurais vraiment, vraiment jamais dû ramasser la correspondance de quelqu'un d'autre juste comme ça, » expliquai-je hâtivement, les mains moites.

« Vraiment, » répliqua-t-il sombrement.

« Vraiment, » répondis-je vivement, enregistrant à peine le fait que sa réserve était inhabituelle—enregistrant à peine que son silence était probablement un avertissement, et que je devrais m'enfuir loin, très loin, avant de comprendre des choses que je ne désirais pas comprendre.

« Quoi qu'il en soit, je suis sûr que tu as apprécié ta petite escapade dans ma vie privée, » remarqua-t-il amèrement.

« Non ! » m'exclamai-je aussitôt, horrifiée par son accusation. « Ce n'est vraiment pas le cas, Malefoy. Je…personne ne devrait…je veux dire…ce n'est vraiment pas le cas. »

« Bien sûr que non, » dit-il sarcastiquement. « Pourquoi le ferais tu ? Après tout—où est l'intérêt de savoir quelque chose de si extrêmement personnel à propos de ton ennemi juré ? »

Je fermai les yeux, me mordis la lèvre, et serrai mes mains en poings, sentant mes ongles s'enfoncer dans la délicate chair qui se plissa sous mes doigts fléchis.

« Je ne suis pas…tu devrais savoir mieux que quiconque que je ne suis pas comme ça, » dis-je doucement, implorante.

Il me considéra du regard.

« À dire vrai, je n'en sais rien. Tout ce que je sais de toi c'est que tu es un puits d'informations inutiles, de complaisance, et de supériorité mal placée, » répondit-il, condescendant.

Et c'était là que je compris—je compris le dédain hautement agressif qu'il avait dirigé vers moi à travers mon long, fastidieux effondrement. Je compris pourquoi il s'était montré si impardonnable, si cruel, si railleur; il avait les mêmes problèmes que moi, les mêmes exacts défauts, seulement avec un raisonnement différent, avec une logique différente.

« Tu ne me connais pas, Malefoy, » lui rappelai-je, la voix basse. « Ne parle pas comme si c'était le cas. »

Il laissa échapper un éclat de rire.

« Je te connais mieux que ce que tu prétends te connaitre, Granger, crois-moi, » fit-il d'une voix trainante.

« Qu'est-ce que ça veut dire ? » Demandai-je impatiemment.

« Que crois-tu que ça veuille dire ? »

« Que tu délires, peut-être ? »

« Essaie encore, » suggéra-t-il.

« Je ne sais pas, Malefoy. Qu'est-ce que ça veut dire ? » Questionnai-je doucereusement, plissant les yeux.

« Ça veut dire que tu es exactement ce que je deviendrais si je me permettais de baisser les bras, » dit-il sérieusement.

Je le fixai, confuse, atterrée, mon pouls frénétique, ma lèvre inférieure prisonnière de mes dents.

« Quoi ? » murmurai-je.

« Ton penchant pour le mélodramatique mis de côté—non excusé—réfléchis y. Nous voulons tous les deux être les meilleurs—tu es seulement plus timide à ce propos que je ne le suis. Nous nous mettons tous les deux la pression pour être meilleurs que n'importe qui d'autre—tu es seulement en plein déni sur ce point. Tu es moi avec des artifices; tu es moi avec un extérieur plus sympathique, » termina-t-il avec un rictus méprisant.

« Je ne comprends pas, » répondis-je doucement, impassiblement, involontairement.

« Mon père est une source constante d'attentes, » dit-il amèrement. « Ce n'est pas un homme mauvais, et il n'a jamais été un mauvais père. Il m'a toujours donné tout ce que je voulais. Mais progressivement ses attentes se sont manifestées comme une peur paralysante de l'échec. Je ne suis pas né perfectionniste, mais ma…réticence à le décevoir m'en a fait devenir un. »

Je me sentais sale en l'écoutant parler je me sentais sans défense, contaminée par mes propres faiblesses, et je voulais l'aider, arranger les choses, même si je ne pouvais pas.

« Chaque matin, je viens ici et tente d'envoyer cette lettre. Et chaque matin, je réalise que je ne peux pas, que ça ne sert à rien, que je ne peux pas le blâme pour qui je suis. »

Il secoua la tête, et je fus frappée par l'incroyable symétrie de ses traits—le nez droit, net; les lèvres pleines, magnifiquement courbées; les yeux gris froids, inexpressifs dans leur clarté argentée, bordés de longs, épais cils : Son visage était l'incarnation de la perfection patricienne.

« Tu n'aimes pas qui tu es aujourd'hui ? » demandai-je doucement.

Il me toisa sans broncher, curieusement.

« Parce que toi, si ? » rétorqua-t-il, déconcerté.

Je croisai son regard, tressaillant devant sa franchise.

« Avant, oui » répondis-je honnêtement.

Un inconfortable, ombrageux silence nous tomba dessus—il y avait beaucoup trop de secrets rôdant dans les recoins, beaucoup trop de regrets non-dits, beaucoup trop de proclamations ignorées d'éternelle haine.

« Tu m'as dit, la veille, de quoi j'avais peur, et je t'ai dit que tu te trompais, » dit-il soudain. « Ce n'est pas exactement vrai. »

« Ce ne l'est pas ? »

« Non. Tu ne te trompais pas. Tu n'avais simplement… pas complètement raison. »

J'ouvris la bouche pour répondre, mais ne trouvai pas le moindre mot qui puisse rendre cette situation meilleure, normale, facile à digérer, à comprendre, à contempler.

« Granger ? Cette conversation n'a rien changé. Je te hais toujours, » dit-il doucement, intensément.

J'acquiesçai dans un geste entendu.

« Je te hais toujours également, » murmurai-je.


Nous sommes déjà à la moitié de l'histoire les gens! dix chapitres à venir avant la fin.

Merci de prendre le temps de reviewer, cela n'est certes pas mon histoire, mais l'auteur reçoit tous vos commentaires quand même!

Au plaisir ;)