Chapitre 11 : Mama Said Knock You Out

- HIDAN ! Ramène tes fesses immédiatement, tu m'entends !

Umi, l'homme de main de Okada, me bâillonna immédiatement de son énorme main et m'envoya son poing dans le ventre. Tout l'air de mes poumons fut expulsé d'un coup, je me retrouvais par terre, haletante. Il me souleva comme si je n'étais qu'un fétu de paille et me jeta sur le lit, près du vieil homme que j'avais réussi à attacher si facilement. Je suis mal. Très mal. Tentant tant bien que mal de reprendre mon souffle, je voulus lui envoyer ma jambe dans la tête mais il parât le coup sans même y faire attention. Je le sentis m'attacher à la place d'Okada avec les mêmes menottes. J'exècre chacun de ces foutus ninjas ! Puis il se recula, attendant l'ordre suivant de son patron.

- C'est bien Umi. Tu peux partir. A nous de jouer, Su-chan.

- Alors là, tu rêves !

Dans un élan de colère, je lui crachais au visage. Je ne lui appartiens pas, lorsque je dis non, c'est non ! Il s'essuya avec un geste lent, tremblant de rage. Ses yeux lancèrent des éclairs, et sans plus prévenir, il me gifla violemment. Malheureusement pour lui, depuis mon pseudo-combat avec Sasori, je connaissais mieux en matière de douleur. Grimaçant un sourire que j'espérais inquiétant avec mon maquillage coulant et mes cheveux décoiffés, je le défiais :

- C'est tout ce que tu sais faire ? Pour un vieux criminel, je m'attendais à mieux… C'est peut-être pour ça que tu ne fais pas parti de l'Akatsuki toi…

- Ah ! Ne me fais pas rire petite traînée ! Comme si tu en faisais partie, toi, une fille de rien !

- Qui sait… Je ferais gaffe à mes fesses si j'étais vous…

Un coup de fouet retentissant m'obligea à me taire. Mais mes paroles avaient touché leur cible, car Umi s'approcha de son patron pour murmurer :

- Le nom qu'elle a appelé tout à l'heure m'est familier…

- Voyons, le Démon Fou n'est pas le seul à porter ce nom, idiot !

- Il n'est quand même pas courant.

- Elle l'aura appelé pour nous faire peur ! Tu crois sincèrement qu'elle fait partie de l'Akatsuki ? Regarde-là ! Et encore ferait-elle partie de ces Jashinistes qu'elle ne serait pas dangereuse !

Bon, pendant qu'ils discutent… J'essayais de me dégager discrètement de ces fichues menottes, espérant avoir une chance pour leur fausser compagnie. Malheureusement pour moi, Umi les avait bien trop serré. J'avais beau m'agiter et tirer, aucune chance de me libérer par mes propres moyens sans perdre une main au passage. Tu parles de malchance… Et l'autre qui n'arrive pas ! Rageant intérieurement, je ne mâchais pas mes mots contre cet imbécile, les trois autres et le reste de leur foutue organisation qui avait réussi à me foutre dans de beaux draps. Ca, si je m'en sors, je vais leur faire comprendre ce que j'en pense, de leurs missions débiles ! Et la prochaine fois qu'ils comptent m'utiliser comme appât, je les passe tous à la moulinette et au mixer, je les donne à manger à Zetsu, puis j'ouvre Zetsu en deux et je-

Un léger bruit me sort de ces visions d'avenir délicieuses. Un ninja passe à travers la fenêtre, surprenant à peine Okada et Umi qui cessent leur discussion pour l'écouter. Je crois qu'ils sont inquiets.

- Okada-sama, votre demeure a été attaquée.

- Quoi ?! Par qui ?! Et qui vous a donné le droit de quitter votre poste !

- L'Akatsuki. Nous avons été décimé, je suis l'un des seuls qui aient réussi à s'échapper pour pouvoir vous avertir.

- Ce seraient les représailles promises ? dit Umi d'une voix atone.

- Impossible ! Je les avais payé grassement pour éviter cela !

D'un air furibond, Okada posa son regard sur moi et me fondit dessus tel un rapace. M'attrapant par les cheveux, il me releva la tête avec le fouet pour me hurler :

- Toi ! T'es de mèche avec eux, c'est ça ?!

- Je vous l'ai dit, non ? Seriez-vous sourd en plus d'être vieux ?

Un cri rageur retentit, puis le fouet s'abattit sur moi. Je ressentis d'abord une vive brûlure sur ma jambe, puis la douleur. Le sang se mit à couler doucement, sans que je ne bouge ou émette un son. Je suis paralysée par la peur, je crois bien. Il va vouloir se déchaîner sur moi pour se venger… Les autres devaient le savoir. Peut-être même que c'était prévu dans leur plan. J'aurais dû m'en douter… Je suis trop agaçante pour eux. Alors, est-ce que ça veut dire que je vais mourir sous les coups d'un criminel ? C'est stupide. En plus, personne ne me connaît ici… On ne préviendra même pas ma famille. Un nouveau coup se fit sentir, et cette fois-ci je ne pus m'empêcher de glapir en sentant la douleur arriver. Okada m'en donna plusieurs autres avant qu'Umi ne lui signale que la situation était trop préoccupante pour se laisser aller. L'ancien criminel grogna, me frappa une dernière fois comme pour faire bonne mesure, puis laisse tomber le fouet en faisant signe à ses hommes de le suivre.

Malheureusement pour eux, ils ne purent même pas dépasser la porte. Hidan se tenait dans l'ouverture, son habituel sourire arrogant aux lèvres, l'air de bien s'amuser.

- Voyons, vous voulez déjà partir ? On commence tout juste à avoir de l'ambiance !

- Ne- N'essaye même pas de nous en empêcher, Démon ! – répondit Okada d'une voix tremblante, pas convaincant pour deux sous.

Umi tenta de passer de force. Sortit de nulle part, un kunaï vint se planter dans sa gorge et l'homme s'écroula dans un râle, mort. Pour un homme de main, je trouve que c'est vexant d'avoir été mis au tapis aussi rapidement. Le ninja connut le même sort, laissant le vieil homme seul. Plein de rage, Okada se jeta sur Hidan en hurlant, de manière complètement stupide et se retrouva avec un kunaï planté dans le ventre. Liquidation éclair. Pas une seule goutte de sang n'avait atterri sur cet étrange sauveur, que je ne remercierais jamais. Il parut alors me remarquer soudainement et lâcha un sifflement appréciateur :

- Eh ben, si on était pas pressé, j'en aurais profité aussi ! Tu es donc de ce bord là ? Tu sais ce qu'il faut faire pour me plaire !

Je me redressais du mieux que je pus pour ne pas avoir l'air trop misérable avec ces blessures sanglantes et les traces rouges avant de lui lancer d'une voix acide :

- Crétin. C'est pas trop tôt ! Laisse-moi deviner, tu étais en bonne compagnie ? Aider ta coéquipière ne t'as pas effleuré l'esprit ?

- Te fâche pas, Suzuki ! fit-il avec un grand sourire – Je suis là tu vois ! Et qu'est-ce qu'on donne à son héros ?

- Oh, je ne sais pas… Un grand coup dans les parties pour avoir autant tardé ?

- Non ! Mais qu'est-ce qu'on te lisait le soir ?!

- Des histoires où le prince arrivait à l'heure lorsque la princesse l'appelle à l'aide parce que des abrutis ont décidé de la fouetter jusqu'au sang à cause d'autres abrutis encore plus idiots!

Il m'énerve ! Comment est-ce que j'ai pu le laisser m'embrasser ? L'ignorant royalement, je m'acharnais à nouveau sur les menottes, ruminant ma rancœur. J'ai mal partout, ma joue me lance particulièrement, et voilà ce qu'on m'offre : un sauveur sans cerveau. Je me répète peut-être, mais… Pourquoi moi ?! Je le sentis se rapprocher de moi pour s'occuper lui-même de ce qui me retenait prisonnière. Je refusais de croiser son regard, trop en colère et ramenais mes mains vers moi en les massant dès que je fus libérée.

-Allez, ne fais pas la tête. Ce n'est rien ça, elles guériront vite. Et je ne suis pas contre les femmes avec des cicatrices…

- Imbécile. – répondis-je avec une petite voix, au bord des larmes- Sors-moi d'ici.

Il me souleva sans effort et me sortit de cette chambre, enjambant les corps sans vie sans aucune précaution. Arrivés dans la salle de spectacle, des hurlements nous accueillirent. Hidan m'annonça tranquillement que les hostilités allaient enfin commencer. Il siffla deux notes très brèves juste avant qu'une nuée de kunaïs ne s'abattent sur nous. Je crus qu'il allait sauter pour s'en protéger, mais il se retourna juste. Horrifiée, je vis la pointe d'un kunaï dépasser de son cœur, juste devant mon nez. Ce n'est pas possible… Il ne va pas me faire ça, pas maintenant ! Il ne va pas me claquer entre les doigts, n'est-ce pas ? N'est-ce pas ? Malade d'inquiétude, je saisis brusquement son visage pour m'assurer que ses yeux violets ne soient pas devenus flous. Les secondes eurent beau défiler, il ne s'écroula pas, ses bras de ne me laissèrent pas tomber, ses yeux restèrent vifs et alertes. Rien. Puis soudainement, il s'ébroua, on put entendre le cliquetis des kunaïs tombant au sol, puis il éclata de rire au milieu du silence complet. Ses yeux violets croisèrent les miens et un sourire effrayant lui barra le visage.

- T'as capté maintenant ? Jashin-sama me protège, je suis immortel !

- Oh, bordel de…

- Ouaip', comme tu dis ! J'm'occupe d'eux, et je suis de nouveau tout à toi chérie!

Il me déposa délicatement, puis se retourna vers les ninjas restant. Tétanisés, ils observaient avec une terreur évidente Hidan, couvert de kunaïs à demi-plantés et toujours debout. Les premiers furent tués avec leurs propres armes, puis les autres connurent une mort plus douloureuse. Il avait arraché deux sabres des mains d'un des pauvres hommes et déchiquetaient les survivants sans pitié, riant de temps en temps comme un fou. Soudainement, un bruit de sanglot retentit derrière moi. Tomoe était toujours là. S'approchant de moi, je constatais que la demoiselle pleine de vie du début de la soirée n'était plus que l'ombre d'elle-même. Elle s'accrocha à moi comme si j'étais une bouée de sauvetage, pleurant toutes les larmes de son corps en hoquetant :

- Suzu… Suzuki, c'est terrible ! Ton… copain… il est complètement fou ! J'ai… J'ai peur !

- Il ne faut pas. Il ne te fera pas de mal, rassure-toi, tu ne fais pas partie de notre affaire.

- Qu… Quelle affaire ? Tu… Parce que toi… Tu es avec lui ?

- Oui.

- T'es une…tueuse aussi ?

- Non… C'est beaucoup plus compliqué que ça. Ecoute, Tomoe, dès qu'on sera parti, ne dis à personne que tu m'as vu, c'est clair ?

- Ou… oui.

Je la serrais contre moi, me sentant coupable pour elle. En une soirée, nous lui avions enlevé son gagne-pain, sa maison et son public dans le sang. Elle ne méritait pas ça, la pauvre… Je sentis son corps se relâcher dans mes bras, puis je m'aperçu qu'elle s'était tout simplement évanouie. C'était peut-être mieux comme ça. Je n'osais pas me retourner vers Hidan, trop effrayée par la scène que je pourrais voir. Les cris suffisaient à me donner des frissons, pas la peine d'y ajouter une vision cauchemardesque en plus. Il s'en donnait à cœur joie…

Le bruit d'une porte qu'on envoie valdinguer détonna dans ce concert de cris de douleur. Vaguement inquiète à l'idée que ce soit des renforts appartenant au camp d'Hazakawa, je relevais la tête pour apercevoir les nouveaux arrivants. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine en constatant que je me trompais : Sasori et les autres étaient enfin de retour ! Extrêmement soulagée, je déposais doucement Tomoe à terre et courus vers eux, leur sautant quasiment dessus. Attrapant un pan du manteau du pantin, je crispais mes doigts autours du tissu comme si cela pouvait l'empêcher de m'abandonner ici.

- Oh merci, vous êtes enfin là ! Est-ce qu'on peut partir maintenant ?

- Suzuki, que s'est-il passé ici ? –demanda Kakuzu en ignorant ma propre question.

- Qu'est-ce que c'est que toutes ces marques sanguinolentes ?

- C'est pas grand-chose je crois. J'ai eu un… petit accrochage avec votre cible, disons que ça a dérapé en… ça. –fis-je en désignant le massacre du doigt, sans regarder pour autant.- Hidan est un peu hystérique non ?

Deidara lâcha un ricanement tandis que Kakuzu et Sasori échangèrent un regard sombre. Sans dire un mot de plus, Sasori me posa sur les épaules une cape noire décorée de nuages rouges puis me fit quitter l'établissement, laissant là Hidan et sa folie meurtrière. Je tremblais comme une feuille, mes jambes faillirent m'abandonner sur le chemin. Les cris disparurent peu à peu, mais j'étais sûre que Kakuzu et Deidara s'étaient également jetés dans la mêlée.

Une fois loin de ce lieu désormais sanglant, je m'assis sur une pierre et enfouis ma tête entre mes mains, tentant de récupérer de cette soirée éprouvante. Si c'est comme ça qu'ils les baptisent, leurs nouvelles recrues, je comprends mieux pourquoi certaines ont préféré partir… Tant de morts juste pour un manuscrit… J'espère qu'ils l'ont bien récupéré d'ailleurs, histoire que tout cela ne soit pas arrivé pour rien !

- Rassure-moi, vous l'avez bien emporté votre machin ?

- Machin ?

- Le parchemin ! Ne me dit pas que je me suis pris des coups de fouets et que des gens sont morts pour rien !

- Oui, nous l'avons. C'est Okada qui t'a fouettée ?

- Hm. Je ne pensais pas que ça faisait aussi mal.

- Je peux voir ?

- Si tu aimes les traces sanguinolentes… Ne te prive pas.

J'entrouvris les pans du manteau, révélant ma peau abîmée. Le costume avait un peu souffert, lui aussi. Ah, je viens de faire mon premier pas dans ma carrière de criminelle, j'ai volé cette tenue et les bijoux. Oups. Déprimée par cette idée, je soupirais profondément. Je m'en souviendrais, tiens, de cette première mission… Le marionnettiste m'ausculta tout d'abord du regard, puis fronça les sourcils. Il se rapprocha et posa une main froide sur la hanche qui arborait ma toute première cicatrice : celle de l'aiguille empoisonnée qu'il m'avait lancé.

- Oui, ça c'est bien de toi. Mais ce n'est pas ce que tu devais regarder, Sasori.

- Je suis étonné de voir que tu en as conservé qu'une trace, c'est tout. Mais c'est logique après tout, mon venin est mortel. Le Tenshingan a put contrer ses effets, mais n'a pas pu supprimer cette marque…

- Oh… Ca veut dire que je l'aurais à vie ?

- Oui. Mais pour le reste, si tu utilises ta pupille, tout devrait disparaître. Tu sais comment l'activer ?

- Plus ou moins. Je vais essayer.

Un petit effort de concentration ne me ferait pas de mal. Fermant les yeux, je tentais de retrouver rapidement cette étrange sensation qui s'emparait de moi lorsque j'invoquais ces yeux mystérieux. Il faut croire que j'apprends vite. Ma vision retrouvée, l'étrange coloration bleue était là de nouveau ainsi que ces mouvements ralentis. Je sentis soudainement mes plaies me gratter horriblement, preuve que le Tenshingan faisait son travail. Il faut que je pense à autre chose, c'est insoutenable cette sensation !

- Je peux savoir ce que représente exactement le manuscrit ?

- Quelque chose qui te concerne de près : il retrace l'histoire de ta pupille face à celle des Uchihas.

- Ouah ! Et ils expliquent comment s'en servir ?

- Non.

- Zut. Bah, ça me fera toujours de la lecture… Il ne donne vraiment aucune information sur son utilisation, tu es sûr ? Même pas sur les effets qu'elle produit ?

- Non plus. En revanche, elle explique pourquoi vous et les Uchihas cherchiez à vous entretuer.

- Super…

Je me demande s'il n'essaye pas de monter en douce contre Itachi. Pourquoi insister autant sur ce lointain différent, surtout en sachant que je m'en moque complètement ? Tout cela appartient au passé, je n'ai même pas l'impression de faire partie de cette ancienne famille. Il n'y a aucune raison pour que je m'attire les foudres d'un Uchiha pour ses beaux yeux en plus, je tiens à ma peau, merci. D'ailleurs, je pense qu'Itachi doit avoir la même opinion que moi, puisqu'il a massacré son propre clan. Pourquoi vouloir défendre l'honneur d'une famille qu'on a tué soi-même ? Il devait vraiment les haïr pour avoir voulu les faire disparaître de la surface de la Terre.

Je tendis la main pour me saisir du manuscrit, mais Sasori le mit hors de ma portée. Intriguée par cette réaction, je me levais et tentais de l'attraper de force en profitant de mes centimètres de plus. Il parât chacune de mes tentatives et finalement excédée, je me mis à crier :

- Mais donne à la fin ! En quoi ça te concerne toi ? Tu viens de Suna et on n'a aucun lien de parenté à ce que je sache ! Donne le moi !

- Tu n'as pas l'air de bien saisir l'ampleur de la situation, Suzuki. Que tu le veuilles ou non, tu descends d'une grande lignée, à l'histoire compliquée et étroitement mêlée à celle des Uchihas. Pour la dernière fois, veux-tu t'en montrer digne ou préfère tu être la honte de ta famille ?

- Ce que tu dis n'as aucun sens, JE suis la dernière représentante de cette foutue lignée, les autres sont morts et oubliés ! Personne ne viendra m'ennuyer avec cette histoire de dignité ! Alors si je dois porter le poids de la vengeance sur mes épaules en plus du Tenshingan, de ma nouvelle carrière de criminelle et du fait d'avoir abandonné ma véritable famille, non merci !

- Vraiment, tu ne te rends pas compte de la chance que tu as. Quelle enfant tu fais !

- Ouais, bah à 30 ans, excuse-moi, j'espère ne pas avoir à me changer en pantin à l'apparence d'un adolescent de 15 ans parce que j'aurais peur des rides ! Donne-le moi immédiatement !

Le visage de Sasori se ferma. Oh ça va, il n'avait pas à jouer avec l'honneur de la famille et tout le toutim ! Plus qu'énervée, je réussis finalement à mettre la main sur le parchemin et pus commencer à le lire en lui tournant le dos, bien évidemment. Règle n°1 de ma carrière de hors-la-loi : ne jamais les laisser me marcher sur les pieds. Je ferai toujours ce que je veux au final. Il faut arrêter à la fin, de vouloir me contrôler sous prétexte que je suis jeune et naïve !

Bon, concentrons-nous sur ce bout de papier si précieux. Il a été bien conservé, l'encre est parfaitement lisible, la calligraphie est superbe. L'auteur n'était apparemment pas n'importe qui à en juger sur la qualité de son écriture. Ce parchemin retrace la dernière grande bataille qui opposa les Uchihas et les Yasaemons, ennemis héréditaires depuis la nuit des temps. Suzuki Yasaemon… Mouais, ça ne vaut pas Suzuki Sadame. Continuons. Cette bataille fut lourde en pertes pour les deux camps. De nombreux Uchihas devirent des fous dangereux tandis que les Yasaemons touchés par le Sharrigan perdaient leurs repères et s'en prenaient à leur propre camp, incapable de distinguer les leurs des ennemis. La lutte s'acheva de manière brutale, mais inattendue. Les porteurs de Sharringan devenuent fous furent envoyés en première ligne pour pénétrer dans le camp adverse et furent décimés par des êtres humains ayant perdus tout sens de la mesure. Mais au lieu de se jeter en suite sur les Uchihas restant, les porteurs du Tenshingan s'entretuèrent. L'auteur tente d'expliquer ce phénomène en racontant qu'un Tenshingan déréglé par le regard d'un Uchiha change profondément le porteur en l'affranchissant de toutes règles et même de bon sens. Au lieu de se transformer en bête assoiffée de sang comme un Uchiha, le Yasaemon touché devient un homme imprévisible, incapable d'analyser une situation correctement. Il est arrivé que les porteurs de Tenshingan mettent fin à leurs jours d'eux-mêmes d'un un élan de lucidité après avoir été touché par le Sharrigan. Après les combats, les jeunes Yasaemons restants furent destitués de leurs titres de noblesse et éparpillés dans la nature. Le Tenshingan disparut peu à peu. L'auteur précise qu'à ce jour, tous les descendants possibles de cette pupille ont disparu. Les Uchihas n'ont plus aucun ennemi à craindre.

Silencieuse, je ne pensais même plus. C'est terrible. Adressant une courte prière pour ces hommes morts par la main de leurs propres frères, je résistais de mon mieux à l'horreur qui montait sournoisement en moi. Mon propre clan, rongé de l'intérieur, disparut à cause d'une folie meurtrière. Et il n'y a plus personne… Ils sont tous morts. Un poids s'abattit sur mes épaules, je mesurais soudainement l'ampleur de la situation et un sentiment de terrible solitude m'envahit. Je n'aurais personne pour me guider, personne pour m'enseigner les limites dans l'utilisation du Tenshingan, et personne pour partager les us et coutumes de mon clan. Tout ça, j'aurais à le faire seule, par moi-même. Je me tournais lentement vers le pantin, les yeux pleins de larmes à ma plus grande honte.

- Alors, c'est ça… L'histoire de mon clan. Je suis seule.

- Suzuki…

- Et vous vouliez me jeter dans l'arène sans même m'apprendre comment mon clan avait disparut ! Qu'auriez-vous fait si j'étais devenue folle comme eux ? Vous m'auriez tuée et vous seriez passés à autre chose ? Itachi s'en serait occupé j'en suis sûre !

- Ne dis pas n'importe quoi. Bien sûr que non, tu ne serais pas devenue folle, il aurait fallu que tu te battes contre lui !

- J'ai déjà vu le Sharringan. J'ai utilisé le Tenshingan sans le vouloir !

Sasori se figea, puis me dévisagea, soupçonneux. Il s'approcha de moi et récupéra précautionneusement le parchemin, sans me quitter du regard.

- Toi, tu en sais des choses… Itachi n'aurait jamais utilisé le Sharringan en face de toi. Heureusement que Tobi a eu la jugeote de ne pas te contre-attaquer lorsque tu l'as fait. Tu joues un jeu dangereux, Suzuki, les règles sont changeantes. Fais attention à toi.

- Je ne connais pas ces règles de toute manière. On m'a lancé dans l'arène sans prendre la peine de m'expliquer ce que je devais y faire.

- Raison de plus. Ecoute nous et tu auras des chances de faire partie des vainqueurs.

- Si je ne suis qu'un pion, peu m'importe qui remporte le jeu.

- Alors apprends vite. Observe, écoute, prends des leçons de tous ceux que tu peux rencontrer. C'est ainsi qu'on s'élève et qu'on passe de pion à main. Par ta descendance, tu risques d'intéresser un grand nombre de personnes plus ou moins bien attentionnées. Et comme tu es aussi une fille…

Soudainement, une explosion résonna et la lueur d'un incendie qui se déclare apparut, éclairant le chemin. Je n'eus pas le temps de réfléchir davantage aux paroles pleines de bon sens de Sasori, préoccupée par la possibilité que le bâtiment brûlant soit le cabaret. Mais si c'est le cas… Tomoe ! Paniquée, je me retournais vers l'établissement et commençais à courir, espérant ne pas arriver trop tard. Si je ne peux pas la sauver, je ne vaux vraiment rien ! Elle n'a pas le droit de mourir à cause de moi. J'abandonnais sans trop de remords Sasori derrière, persuadée que je pourrais m'en sortir seule. Après tout, le Tenshingan avait bien fait son travail, mes plaies étaient presque guéries, et ma rapidité est accrue grâce à lui ! Avec cet avantage, il n'y a que peu de chances pour que je me fasse cueillir par surprise ! J'espère.

Parvenue rapidement face à l'ancienne demeure, je mesurais en un instant l'ampleur des dégâts : la maison était quasiment à terre, les flammes léchaient avidement ce qui résistait encore. Ce serait un miracle si Tomoe s'en sort indemme… Voir vivante. Croisant en sens inverse Kakuzu, j'évitais souplement un tentacule imprévu ayant manifestement pour attention de me bloquer. Il n'en est pas question ! J'ai quelqu'un à sauver moi ! Je rentrais dans le bâtiment incendié, priant pour vite trouver mon amie avant que la fumée n'ait le temps de me rendre complètement aveugle. Heureusement pour moi, ma pupille me permettait de scanner rapidement et précisément les endroits où elle aurait pu se trouver. Je retournais vers le bar, où elle s'était évanouie tout à l'heure. Mon cœur s'arrêta un moment lorsque je crus qu'elle n'y était plus. Suis-je arrivée trop tard ? Des mèches blondes entrèrent alors soudainement, et des toussotements se firent entendre. Ouf ! Mille fois ouf ! Je me ruais vers elle, l'aidant à se relever tant bien que mal pour sortir d'ici le plus vite possible. C'est une miraculée, elle n'a que de modestes égratignures et une ou deux brûlures ! Quelle chanceuse ! J'essayais de la rassurer en lui parlant doucement, lui annonçant que nous allions nous en sortir et que son cauchemar serait bientôt terminé. Zigzaguant entre les poutres calcinées et les flammes, je réussis finalement à nous faire quitter ce brasier ardent et de cette atmosphère enfumée avec plus de peur que de mal.

Alors que j'allais la déposer précautionneusement à terre, loin des décombres, un kunaï se planta dans mon épaule violemment. Tomoe s'écroula au sol un peu brusquement à cause de ça. Serrant les dents, je retirais immédiatement cette arme de mon épaule pour me retourner vers l'agresseur. Je me figeais en le reconnaissant :

- Okada ? Mais… Hidan est nul ! Vous étiez sensé être mort !

- Pauvre novice ! Il faut bien plus qu'un kunaï pour me mettre hors-service ! Tu vas payer pour cette humiliation !

Le vieil homme, blessé à l'abdomen, se jeta sur moi avec sauvagerie, plein de rage. Je pouvais comprendre… Deux petits jeunes arrivent, l'un des deux liquide ses mercenaires et le blesse alors que l'autre le ridiculise. Il y a de quoi être énervé, je suppose. En revanche, je pense que le moment est mal venu pour compatir… J'évitais en tournant sur moi-même la courte dague qui fonçait vers mon cœur, geste rendu extrêmement lent grâce au Tenshingan. Encouragée par ce succès, j'osais riposter par un croche patte et appuyais le kunaï contre son propre cou. Il se retrouva agenouillé devant moi, complètement à ma merci. Une sensation inconnue s'empara alors de moi, qui me fit me pencher vers lui lentement. Les yeux dans les siens, j'happais son esprit dans le mien, le monde nous entourant s'effaçant brusquement.

Une nuée de questionnements, de sentiments et des craintes me heurta alors de plein fouet. Ce n'étaient pas les miens. Tous ne concernaient que Okada. J'eus l'impression de pouvoir en saisir un rien qu'en tendant la main. Un sourire cruel aux lèvres, je suivis l'instinct de mes ancêtres.

- Personne ne me vaincra !

- Tu n'es plus rien. Tu es vieux. Fatigué. Vulnérable.

- Je suis bien protégé, tous ces mercenaires sont sous mes ordres !

- Ils ont tous été décimés. Plus personne ne peut te protéger. Tu es seul.

- Je suis encore bel homme, je saurais ne pas finir seul !

- Ta vie touche à sa fin, crois-tu pouvoir encore séduire avec ces cheveux blancs et ses vieux membres fatigués ? Ton charisme n'est plus ce qu'il été, ne compte pas sur ta répartie.

- Je suis un homme puissant ! Ce n'est pas possible… Je ne peux pas finir comme ça ! Je suis dangereux !

- Autant que l'est un vieux mouton. Nous te dépassons tous. La jeune génération n'a pas besoin de toi.

- Je ne… je… Non, non, non !

- C'est fini pour toi, Akira Okada.

Son esprit ploya face au mien, devint sombre et mélancolique, incapable de produire une pensée cohérente. C'est donc si facile de détruire la confiance en soi ? Etait-ce cela qu'ils entendaient en disant que le Tenshingan détruisait l'esprit ? Je ne sais pas. Je quittais cet état de transe, retournant à la réalité des choses. Okada était toujours à genoux devant moi, mais ses yeux ne reflétaient plus que du vide. Plus aucune vie ne les habitait.

Je sentais également que quelque chose avait changé en moi. Je n'éprouvais aucun remord, juste une satisfaction intense de le savoir hors d'état de me nuire, juste sans défense. Sans que je ne m'en rende compte, ma main lâcha le kunaï qu'elle tenait près de sa gorge et s'orna de reflets bleutés. Du chakra pur. En souriant de manière quasiment démente, j'approchais cette main près du cœur d'Okada, doucement, sans brusquer. Puis d'une traite, j'enfonçais ma main. Elle arriva à l'air libre de l'autre côté alors que le vieil homme s'affaissait à peine.

La retirant d'un geste vif, je le laissais tomber à terre sans un regard. Puis la coloration bleutée de ma vision disparut. Je m'aperçus alors que cet assassinat avait été vu par chaque membre de l'assistance. Hidan, Kakuzu, Deidara, Sasori… et même Tomoe, qui venait de se réveiller totalement. Ne sachant pas quoi dire, j'esquissais un geste vers elle mais elle se recula comme si j'étais un serpent cherchant à la mordre. La main que je tendais vers elle était couverte du sang de l'ancien criminel, je suppose que c'est une réaction normale. J'observais presque distraitement ce liquide rouge, essayant de comprendre la gravité de la situation. Malheureusement, mon cerveau avait crié stop et s'était arrêté de son plein gré, sans mon consentement. Je ne savais plus quoi faire, quoi dire.

Brusquement, je sentis quelque chose de chaud me prendre dans ses bras et me soulever de terre précautionneusement. Je me serrais contre lui instinctivement, incapable de former le moindre son ou même de pleurer.

- Suzuki, on s'en va. On a fait ce qu'on devait.

- Hidan, dépêche toi. Les ninjas réguliers ne vont pas tarder, je peux sentir leurs chakras se rapprocher.

- Ouais, ouais… Salut Tomoe ! Tu la fermes ok ? On est jamais venu ici, règlement de comptes entre mercenaires !

Deidara invoqua deux oiseaux géants, mon groupe grimpa agilement dessus, et nous disparûmes dans les airs. Dans un état second, je ne me rendis pas compte que j'étreignais Hidan.

OoOoOoOoOoOoOoO

- Tu te sens mieux, Suzuki ?

J'acquiesçais distraitement, sans un regard pour mon interlocuteur. Les souvenirs d'Okada avaient disparu de mon esprit, je n'étais plus tourmentée. Ne restait plus que le sentiment étouffant d'avoir fait quelque chose de terriblement mal.

Nous étions rentrés à la base il y a quelques heures maintenant, j'étais sortie de mon immobilité, mais pas de mon mutisme. Satisfaits d'avoir accompli leur mission, les autres étaient partis vaquer à leurs occupations, sans s'inquiéter à mon sujet. Kakuzu, d'une voix monotone, avait dit que c'était une réaction normale après avoir tué quelqu'un pour la première fois, approuvé par Sasori. Les deux plus jeunes haussèrent les épaules, assurant que ça ne leur était pas arrivé, ce qui avait déclenché ma colère. Hidan a paré tous mes coups, mais Deidara arborera ce soir au dîner un beau coquard.

Je m'étais enfuie après ce coup d'éclat, préférant me réfugier dans la forêt pour éviter un maximum de personnes. Malheureusement, Itachi me retrouva sans difficulté. Nous étions restés silencieux une heure à peu près, puis il avait finalement céder au besoin de dire quelque chose. Je pourrai annoncer partout à la ronde que j'avais triomphé du légendaire silence de Itachi Uchiha.

- Sasori m'a dit que tu avais utilisé véritablement le Tenshingan cette fois.

- Mmh.

Je l'entendis soupirer, puis il reprit d'une voix légèrement concernée :

- Le Sharringan s'active pour la première fois lorsque le porteur subit un choc psychologique important. On ne sait pas pourquoi, mais il semble que cette pupille ne réagisse qu'à la violence. Tous les moyens sont bons pour l'obtenir, ils sont souvent sanglants. La peur, la colère, l'horreur… Sur le moment, on ne se rend pas compte que l'on a changé. Puis vient le dégoût et la culpabilité. On apprend à se blinder pour se protéger et ne pas devenir fou à cause de ça.

Je ne desserrais pas les lèvres, essayant de contenir mes larmes au maximum. Si c'était juste pour me dire ça, il pouvait se taire hein !

- J'ai maîtrisé le Sharringan à 8 ans. Je possède le Mangekyou Sharringan parce que mon meilleur ami m'a donné son œil avant de mourir. J'ai tué tout mon clan, sauf mon frère. Et je mourais par sa main. Les porteurs de pupilles sont rarement des gens voués à une vie tranquille. Nous sommes trop puissants pour notre propre bien.

- Tu penses que… Est-ce que je suis assez solide pour vivre avec ? Je veux dire… J'ai tué quelqu'un…

- Un criminel, qui comme chacun de nous, a mérité mille fois son sort. Que nous le voulions ou non, nous sommes des personnes à prendre en compte durant les conflits. Nous sommes des individus plus solides que les autres, car nous nous confrontons régulièrement aux craintes et aux souffrances les plus secrètes.

Je me laisser aller contre lui, un peu réconfortée par ses paroles. Il avait raison. J'apprendrais à me blinder tout comme eux, puis je révélerais au grand jour que le Tenshingan n'a pas disparu de la surface de la terre. Je me fis la promesse de tout faire pour devenir une ninja d'exception, amène à décider de sa vie et à influencer celle des autres.

Après un bref moment de silence, je relançais la conversation doucement, cherchant à oublier ce qui s'était déroulé précédemment pour retrouver un peu de normalité.

- Tu penses que je ferais une bonne ninja ?

- Très honnêtement, non.

- Eh ! Pourquoi ?

- Trop sensible. Trop imprévisible. Trop compatissante. Ce n'est pas franchement le caractère type que nous recherchons.

- D'accord… Donc toutes mes qualités, je les raye de la liste de celles qu'il faut à un bon ninja. Merci Itachi.

- Non, pas toutes, tu as quelques atouts. Tu es réfléchie, tu ne te soumets pas à l'avis du plus fort, la crainte ne te bâillonne pas. Tu ferais un bon second. Attachée à une cause, capable de la défendre jusqu'au bout. Et du point de vue purement physique, tu n'es pas mauvaise non plus.

- Je préfère t'entendre dire ça.

- Bien sûr, après être passée entre nos mains, tu seras bien meilleure que ce niveau zéro. L'entraînement commence demain, dès la première heure. Et cette fois-ci, ce ne seront pas des petits tests. Nous avons une réputation à tenir après tout.

Oh non… Je soupirais bruyamment, mais ne m'opposais pas à cette idée. C'était une étape obligatoire dans la vie d'un ninja de toute manière, et j'avais un retard énorme à combler. Des ninjas de leur envergure ne seraient pas de trop pour m'enseigner leur art. Oh mon Dieu, je me sens déjà fatiguée rien que de penser à leurs exercices ! Les semaines qui viennent vont être dures… Mais ais-je raison de me plaindre si je deviens par ce biais plus puissante ? Lorsque je serais devenue une ninja digne de ce nom, je repasserais par mon village saluer ma famille, histoire de donner un signe de vie. Et pour le reste… Nous verrons bien. Je sens que cette aventure ne fait que commencer…

Voilà, fin du onzième chapitre ! Suzuki accepte enfin de faire partie de l'Akatsuki, n'est-ce pas mignon ? J'imagine que vous l'aurez compris, l'histoire d'amour n'est pas dans mes priorités (et je dois bien vous avouer que je déteste écrire des choses à l'eau de rose, j'ai l'impression que tout ce que tape est ridicule !) Néanmoins, elle sera un peu plus présente dans la suite, parce que Suzuki ne sera plus autant rebutée par l'aspect « criminel recherché » et plus encline à se rapprocher d'eux ^^ On en apprendra plus sur le passé de sa famille aussi !

En espérant vous retrouvez pour la suite, je vous remercie d'avoir lu et d'avoir pris le temps de reviewer ! C'est important pour ma motivation, qui compte beaucoup pour la suite de l'histoire !

Bisous !