Aimes-tu le hockey autant que moi ?
Chapitre 11 : Incertitude
Le problème avec la folie des grandeurs
C'est qu'on ne sait pas où finit la grandeur
Et où commence la folie(1)
Je suis enfin décidé. A midi quarante-cinq – il est midi quarante-deux –, j'appelle Hermione pour tout lui dire. Tout quoi au juste ? «Hermione ! Drago et moi, nous nous sommes embrassés ! », «Vous sortez ensemble ? », «…Euh…».
Non, je sais, on ne peut pas vraiment dire qu'on sorte ensemble. Peut-être même qu'il va préférer occulter ce… moment. Oh mon Dieu ! Il va peut-être arrêter de me parler pour toujours ! De peur qu'il ne puisse se retenir de me sauter dessus, à présent, il va peut-être vouloir qu'on arrête de se voir ! C'est vrai, après un baiser de cette intensité, il se peut que nous ne soyons plus jamais capables de nous regarder en face sans être pris de l'envie irrésistible de nous bécoter. Ce connard ! Il n'a pas intérêt à m'ignorer parce que j'aurai plein de choses à raconter à son sujet. J'en connais, des choses que Malefoy préférerait que personne ne sache… Oh non, Seigneur ! Je suis en train de penser à lui faire du chantage maintenant.
Tu vois ce que tu me pousses à faire, Malefoy ?
Aaaaaah ! C'est en train de me rendre cinglé. Quelle stupide idée, aussi, de l'avoir laissé partir sans lui demander le moindre éclaircissement ? La prochaine fois que je le vois je suis supposé…quoi ? L'embrasser ? L'ignorer ? Faire comme si rien ne s'était passé ? Non, mais est-ce qu'il se pose seulement les mêmes questions que moi ? Est-ce qu'il est en train de penser à moi en train de devenir fou, tout en se moquant ? Et s'il s'était foutu de ma gueule, hier…
NON ! Ne pas penser à ça.
Au pire, c'était le cas, mais c'est lui qui m'a embrassé le premier alors je n'ai rien à me reprocher, moi. Puis je pourrais toujours me défendre en disant qu'il m'a sauté dessus alors que je ne m'y attendais pas. Il m'a incité, si ce n'est violé ! C'est lui l'homo dingue qui m'a mis sa langue dans la bouche alors que j'agissais aussi innocemment qu'un enfant… Putain ! Mais je vais arrêter de penser à lui faire du chantage ? Je vais vraiment mal tourner à force de fréquenter des Cardwellois.
Pourquoi il ne m'appelle pas ? J'aurais dû lui dire de m'appeler…ou alors que j'allais moi-même l'appeler – compte là-dessus ! Mais pourquoi est-ce qu'il n'appelle pas ? Il a mon numéro de téléphone, il devrait m'avoir déjà appelé, s'il était vraiment intéressé. Non ?
Cette pensée a tout juste le temps de me passer par la tête que le téléphone sonne. Je me précipite dessus, pensant qu'il doit s'agir d'Hermione, mais ce n'est pas son numéro de téléphone. Est-ce que ça pourrait être Drago ? C'est quoi son numéro déjà ?
Je piétine devant le téléphone un long moment…en fait, si longtemps qu'il arrête de sonner sans que j'aie pu répondre. Je saute sur l'appareil et décroche.
—Allô !
—Bon, le voilà ! Je vais vous laisser ! s'exclame la voix de mon père.
—Merci, monsieur…
—Bailey ? je m'étonne.
—A la prochaine !
Il y a un moment de silence.
—Harry ?
—Oui. Salut !…
—Il est parti ?
—Mon père ? Oui.
Je ne peux pas croire qu'il ait répondu… Je suis sûr qu'il a essayé de lui faire la conversation en plus, c'est son genre. Quel pot de colle !
—Alors, pour demain ? Tu as toujours envie d'aller à Londres pour Guy Fawkes ?
—Oui, c'est sûr ! Tu veux que j'appelle Lavande ?
—Je l'ai appelée. Elle est toujours partante aussi, du moment que tu dises oui.
Je souris en coin, m'imaginant les deux filles se regardant en chien de faïence, m'attendant à la gare de Londres.
—Demain à trois heures en ville, ça irait ? m'interroge-t-elle. La gare centrale, le terminus.
—C'est parfait. Je vais arriver un peu en avance, au cas où…
—Moi je serai déjà là, de toute façon.
Un ange passe. Il est midi cinquante-trois… Bien sûr, je pourrais appeler Hermione après Bailey…Ou lui dire à elle directement. Mais ce serait trahir Hermione qui est mon amie depuis beaucoup plus longtemps, à mon écoute et tout…
—Il s'est passé un truc avec Malefoy hier…
—Drago Malefoy ? Qu'est-ce qu'il a fait ?
—Rien de mal… On s'est embrassés.
Elle garde le silence un moment qui s'avère plutôt long puis explose :
—Tu as embrassé Drago Malefoy ?
—Deux fois, je me vante malgré moi.
—Arrête ! Tu mens !
—Non.
—Comment ? Pourquoi ? Il s'est laissé faire ? Oh mon Dieu…
Je rigole le plus silencieusement possible, ne voulant pas qu'elle croie que je me moque d'elle. Je m'assieds plus confortablement sur le comptoir de la cuisine et coince le combinée du téléphone dans le creux de mon épaule.
—Alors au début, il m'a demandé s'il pouvait me raccompagner hier, tu te souviens.
—Oui, oui, elle dit impatiemment.
—Bien on est allé chez moi. Ensuite on a fait des trucs…
—Déjà ! me coupe-t-elle, outrée.
—Pas des trucs. On a mangé et on a joué à des jeux vidéo. Et, je m'empresse d'ajouter avant qu'elle ne me coupe, est venu le temps qu'il rentre chez lui. Je l'ai raccompagné à la porte. Là, il a commencé à me parler de la rumeur qui courrait à l'école – des bruits qui disent que je m'intéresse à lui. Puis il m'a embrassé.
—C'est pas vrai… Arrête, Harry, c'est même lui qui t'a embrassé en plus !
Bon ! Je m'attendais un peu à un silence ahuri, mais ce n'est pas non plus à Hermione que j'ai affaire.
—Harry ! Après, qu'est-ce que tu as fait ? Il t'intéresse bien, non ?
—Oui. Beaucoup en plus. Ensuite, il avait l'air un peu déçu…
—Parce que tu embrasses mal ?
—Mais non ! je m'emporte, piqué. C'est lui.
Elle rigole sarcastiquement à l'autre bout du fil.
—Harry, tu viens faire les courses avec nous ?
Je sursaute et dégringole de sur le comptoir de la cuisine. Ma mère dépose son sac à main sur la cuisinière et enfile son manteau rapidement.
—James ! On part, maintenant !
—J'arrive.
Elle prend la liste d'épicerie sur le frigo.
—Tu viens ?
—Non, je m'excuse.
J'ai peur qu'elle ait pu surprendre notre conversation avec Bailey. Je n'en ai encore parlé à personne – sauf là au téléphone – et ma mère est loin d'être l'une des personnes à qui j'ai envie d'en parler.
A priori, je dirais qu'elle ne sait rien, sinon elle serait déjà en train de me faire passer l'interrogatoire en bonne et due forme – chaise en métal, droite, et lampe halogène dans les yeux. Elle ferait passer les courses après ma vie sentimentale trépidante, c'est certain.
—JAMES !
—Je suis là ! s'exclame mon père, guilleret, en entrant dans la cuisine.
Il me fait un clin d'œil et un sourire en coin.
—Pourquoi tu fais ça ? demande ma mère, incrédule.
—Harry a une nouvelle copine !
—Une copine ?
—Nouvelle ! Une nouvelle copine.
Ma mère fait de gros yeux en se tournant vers moi.
—C'est une amie, pas une petite amie, m'man.
Ma mère roule des yeux tandis que mon père continue de faire le pitre. Elle l'empoigne par le pull-over et le traîne derrière elle jusqu'au garage.
Je ramène le téléphone à mon oreille.
—Salut. Où en étions-nous ?
—Tu me le paieras ! Me faire patienter à un moment pareil de l'histoire ! Il t'a embrassé et il était déçu…
—Oui ! Alors je l'ai embrassé, moi, et ça a marché. Puis une dernière fois avant qu'il parte. Et il avait l'air d'aimer ça.
—Aimer ça à quel point ?
—Je sais qu'il y a un sous-entendu sexuel dans cette phrase donc ce n'est pas aimer ça à ce point. En tout cas, je peux dire qu'il a un penchant gay.
—C'est sûr s'il t'a embrassé, dit-elle sur le ton de l'évidence. Et maintenant, vous êtes quoi ? Ensemble ?
—Je…
Mais pourquoi cette question s'impose-t-elle à moi tout le temps ? Question stupide, connerie !
—Tu…ne veux pas être avec ou quoi ?
—Ce n'est pas ça. Je ne sais même pas s'il va seulement m'adresser la parole lundi.
—Oh. Appelle-le.
C'est si facile à dire.
—Bref ! Ton histoire avec Malefoy est vraiment trop bizarre et j'ai vraiment très hâte de connaître son avancement, mais il va falloir que j'y aille. On se rappelle plus tard ou alors on se voit demain après-midi.
—D'accord. Parfait.
—Et n'oublie pas de l'appeler, se moque-t-elle.
—Non, non.
Elle raccroche.
Il est une heure dix-neuf. L'envie d'appeler Hermione m'a légèrement passé – c'est méchant, non ? – et je me demande ce que je vais bien pouvoir faire. Aller voir Ron ?
Je tourne le combiné pendant un moment dans ma main, puis compose l'indicatif du numéro des Weasley. Avant que j'aie pu finir, le téléphone sonne encore.
—Allô ?
—Harry ? Salut, c'est moi, Hermione. Finalement, pour Guy Fawkes, tu vas chez Ron ou tu vas à Londres avec les autres ?
—Je vais en ville avec Bailey et Lavande.
Hermione émet un son renfrogné – je suis sure qu'elle voudrait être des nôtres.
—Tu m'appelles dans un but précis ? je demande, peut-être un peu rudement.
—Non. Pourquoi, j'ai besoin d'un motif pour t'appeler, maintenant ?
—Non… C'est juste bizarre que tu m'appelles. Je pensais à t'appeler.
—Dans un but précis, me singe-t-elle.
—Oui. C'est…moi et Drago, hier…
—Ah oui ! C'est vrai, je voulais te demander comment ça avait été, m'interrompt-elle.
—On s'est embrassés.
Silence.
—Quoi ! Harry Potter, tu ne peux pas être sérieux !
—Et pourtant…
—NON ! Harry comment peux-tu m'annoncer ça au téléphone ? Tu es infâme ! J'arrive tout de suite.
—Tout de suite ?
—Mais oui !
Elle raccroche aussitôt.
O
Quand elle arrive, ça ne prend pas deux secondes qu'elle m'a traîné jusqu'à ma chambre pour nous installer dans mon lit. Elle est fébrile de curiosité, ce qui est plutôt amusant à regarder, et impatiente de se faire conter toute l'affaire.
Elle me cale dans l'oreiller et vient se vautrer contre moi, mais elle a du mal à se détendre et reste très raide contre mon épaule.
—D'accord. Je suis prête, raconte !
Je vais pour ouvrir la bouche et vois son regard béat qui fait monter l'excitation en moi.
—Oh mon Dieu, elle chuchote, très exalté. Dépêche-toi !
—D'accord. Alors hier, quand je suis parti, il est venu chez moi, il voulait seulement me déposer, mais je l'ai invité à entrer et il a dit oui…
—Tu l'as invité ? Tu avais une idée derrière la tête ?
—Mais non, mais non.
—Oh.
Elle reprend mon bras et couche sa tête sur mon épaule en souriant stupidement.
—Ensuite ?
—Eh bien… Nous avons pris à manger et sommes descendus au sous-sol tout de suite.
—Au sous-sol ? Et tu n'avais vraiment rien derrière la tête ?
Je lui donne un coup de coude affectueux, presque pas méchant.
—Non, voyons. On a juste joué à la nintendo. Et puis le moment le plus croustillant arrive à la fin alors ne va pas t'imaginer des choses.
—Donc il n'est rien arrivé de…spécial quand vous étiez tous les deux, seuls dans le noir ?
—Malheureusement, non !
Nous pouffons tous les deux de rire et elle resserre mon bras pour me coller à elle.
—Ensuite ? elle continue en tirant mon épaule.
—Ensuite on est montés dans ma chambre…
Sans rien dire, elle s'est mise à rigoler, en enfouissant son visage dans l'interstice entre mon bras et mon torse. Sachant qu'elle le ferait, j'ai préféré m'interrompre. De toute façon, ça a réussi à me faire rire aussi. L'esprit d'Hermione carbure tellement qu'elle passe son temps à s'imaginer des tas de trucs grotesques. Avant, elle préférait garder ce genre de réflexion pour elle, elle était très prude et timide, mais maintenant elle se laisse aller avec nous parce qu'elle se sent à l'aise. Dans la bande, nous avons découvert qu'Hermione pouvait avoir des idées aussi…hormoneuses, dirons-nous, que tout adolescent, elle a juste l'amabilité d'en garder certaines pour elle – contrairement à Seamus qui passe pour un obsédé sexuel fini, la plupart du temps.
Au bout d'un moment, elle se réinstalle plus confortablement et me pousse pour que je recommence.
—Donc nous sommes montés et là… Il s'est mis à débiter pleins de choses qui me mettaient, franchement, très mal à l'aise. A propos des rumeurs et tout, j'étais presque…anéanti ! Je voulais m'enfoncer dans le plancher et…disparaître au plus tôt. Ça a un peu mal tourné alors il a décidé de rentrer chez lui.
Je soupire un grand coup et jette un œil à Hermione qui sourit, intriguée, sans me regarder directement.
—Il m'a dit un truc du genre : «Les rumeurs disent que tu es amoureux de moi » et j'ai répondu : «C'est n'importe quoi ! » Et là il m'a sauté dessus.
—Jamais de la vie ! s'écrie Hermione en relevant vivement les yeux.
—Je te le jure !
—Non, je ne le crois pas !
Son niveau d'excitation monte en flèche et elle s'agrippe à mon chandail à deux mains.
—Bon ! Ensuite, il m'a tout de même lâché et il a fait une tête un peu…je ne sais pas. Je dirais incertaine.
—A cause de…toi ?
Maintenant que j'y pense…
—Je ne pense pas. Ensuite, je l'ai embrassé et là c'était…c'était franchement grandiose.
Hermione explose de rire.
—Vu sa tête, j'étais persuadée que Malefoy devait très bien embrasser !
—Ah oui ? Ah bon… Tu te dis ça depuis longtemps ?
—Euh…un peu. Je veux dire… J'y pensais depuis un moment. Pas depuis le premier regard, mais à la longue, en grandissant…tu vois.
—Je vois…j'imagine.
Il y a un instant durant lequel j'essaie de penser à Hermione comme une personne sexuée. Et c'est très étrange.
—Tu regardes les autres garçons ?
—Harry !
Son poing s'abat dans mon ventre – coup de poings de fille ! – et elle rougit furieusement.
—Désolé ! C'est juste que… C'est drôle de penser à toi comme ça. Tu regardes vraiment ?
—Bien sûr. Je suis une fille tout de même, tu sais.
—Non, je sais. Mais avec Ron et tout. C'est difficile de…visualiser.
—Pourquoi ? Ron est beau garçon…
Oh non ! Mon Dieu, il ne manquerait plus que nous ayons une conversation sur les atouts de Ron… C'est mon meilleur ami d'enfance et je l'ai vu tout nu un nombre incalculable de fois…je le verrai d'ailleurs nu encore quelques fois, sans doute.
—Bon d'accord. Ron n'est pas aussi beau garçon que Malefoy peut l'être, mais lui…je ne sais pas. Malefoy est très beau, mais… Je ne sais pas comment le dire. Il est, peut-être, trop beau. Non ?
Je lui fais de gros yeux. Drago est TELLEMENT beau ! Il ne peut pas être trop beau. De toute façon, ça ne se peut pas «trop » beau. Hermione éclate de rire.
—Non, je sais, elle lâche entre deux gloussements. Il est tellement beau que, dans ma tête, je ne ferais pas le poids. C'est pour ça que je ne peux pas me voir avec de si beaux garçons. C'est méchant pour Ron, hein ?
Je lui fais une petite moue. C'est en effet un peu vilain, mais à la fois un peu vrai. Ron ne sort pas du lot, du moins pas au premier regard, sauf peut-être si ce n'est de sa chevelure rousse flamboyante…et sa tête qui dépasse plus souvent de la masse que la mienne, par exemple.
A mon jugement personnel – pourquoi faut-il que je fasse ça –, il est plutôt craquant. Il ne séduirait pas quelqu'un d'un simple regard, il faudrait qu'il y mette un peu de temps…de son humour charmeur. Il faudrait qu'il tombe sur une fille dont le type d'homme est exactement celui-là parce qu'on ne peut pas dire de lui non plus qu'il soit un bon séducteur. Il est carrément ridicule quand il essaie d'impressionner une fille qui lui a tapé dans l'oeil. Pire encore quand il essaie de lui adresser la parole. Certaines filles trouvent ça craquant…
—Ce n'est pas si méchant, je la réconforte.
—Je ne sais pas. Ron me va bien pour le moment.
Je sursaute violement en l'entendant prononcer ces mots.
—«Pour le moment » ?
Hermione cille puis baisse les yeux, gênée.
—Harry, il ne faut jamais que tu lui dises que j'ai dit ça, d'accord ?
—Non, non. Bien sûr.
—Je suis sérieuse. Je sais qu'il est ton meilleur ami, mais je suis ton amie aussi, non ?
—Hermione ! Tu es ma meilleure amie, je ne dirai rien à Ron. Qu se passe-t-il avec lui ?
Elle se redresse légèrement et s'appuie dans sa main, sur son coude.
—Il ne se passe rien de mauvais au sens propre. C'est un bon garçon, il est bien, très bien même, mais ce n'est plus exactement comme au tout début et ça ne fait même pas si longtemps que nous sommes ensembles.
—Pourquoi ?
—Je ne sais pas trop exactement. J'étais vraiment très bien avec lui quand nous étions amis, autant qu'avec toi. Toi, tu es gay alors je ne me suis jamais fait d'idées, mais Ron…en grandissant, il est devenu plus intéressant à mes yeux. C'était un des seuls garçons que je connaissais, de qui j'étais proche.
—Mais tu l'aimes, non ?
—Oui, je l'aime. Je l'aime comme un amoureux, des fois… Et d'autres fois, je m'ennuie de mon «meilleur ami » et mon «petit ami » me tape sur le système.
Je grimace, ne comprenant pas exactement ce qu'elle est en train de me dire.
—Oublie ça, elle finit par dire. C'est ridicule. Disons que je ne finirai sans doute pas ma vie avec Ron, c'est tout.
Elle me fait un petit sourire contrit, sans plus.
Honnêtement, ça me surprend. Ça me fait de la peine, parce que je sais que Ron se voit, lui, finir sa vie avec Hermione. Il est profondément amoureux d'elle parce qu'il la connaît depuis si longtemps qu'il sait qu'il peut être vrai avec elle sans craindre de la décevoir.
Pourtant, je ne peux confier cela ni à l'un ni à l'autre.
Je serre Hermione contre moi.
—Dire que j'aurais pu être l'heureux élu, si je ne m'étais pas affirmé si tôt, je soupire.
Elle éclate de rire en me bousculant. Elle me fait rouler sur le dos et vient s'asseoir sur mon ventre.
—Tu sais bien que tu as encore toutes tes chances.
Elle me fait plusieurs faces de pin-up, prenant des postures ridicules dignes des couvertures de romans à l'eau de rose érotico-ridicule.
Elle continue son manège quelques minutes, puis descend de sur moi, avec un petit sourire très tendre et revient sur l'affaire Malefoy. Juste en voyant son air, j'aurais pu prédire ce qui allait suivre. Elle fait la «sceptique ». Elle s'excuse milles fois d'avoir à me dire ça, mais d'un autre côté, elle sait qu'elle est la seule assez bien placée pour me donner des conseils avisés. En cela, elle a parfaitement raison. Entre Ron qui me conseillerait soit, par pur répugnance de Malefoy, de rester loin de lui; soit, sans tenir compte de ses propres sentiments, de tenter le tout pour le tout et de foncer tête baissée. Dans un cas comme dans l'autre, il ne penserait pas vraiment à mon mal aise ou à ce qu'il risque de découler du «fonce dans le tas ». Mes autres amis agiraient comme ils ont agi face aux premiers rapprochements avec Drago : ils ne diraient rien et quand je pleurerai d'avoir été dupé, ils diraient qu'ils pensaient bien que ça arriverait.
Voilà pourquoi Hermione a bien raison. Elle est la seule personne qui soit assez honnête, franche et réfléchie pour me dire sans crainte que Drago, oui, pourrait être juste en train de se foutre de moi. Et c'est ce qu'elle fait. Y ajoutant ce bémol : le fait qu'il ait été aussi loin que de m'embrasser plus d'une fois laisserait croire qu'il ne s'agit pas seulement d'une petite blague cruelle d'adolescent.
Nous continuons de débattre du sujet jusqu'à ce que mes parents débarquent. Elle s'étonne que je ne leur en aie pas parlé, mais accepte de taire mon secret devant eux.
O
Hermione est rentrée chez elle après avoir mangé à la maison. Ça faisait longtemps qu'elle n'était pas venue et mes parents – principalement ma mère – étaient ravis de la revoir. Non pas que mon père ne l'aime pas – QUI, dans le monde, est-ce qu'il n'aime pas ? – mais elle et ma mère sont comme des sosies de deux époques différentes. Toutes les deux sont sévères et tendres à la fois, elles me maternent toutes les deux, elles sont intelligentes, belles, drôles…et puis elles sortent toutes les deux avec le même genre de gars : grands zouaves avec pas un gramme de jugeote.
Bref, Hermione est partie, elle a pris le bus de vingt-et-une heure sept et je suis remonté dans ma chambre pour finir les devoirs de maths que Pascal nous a donné pour lundi. Si demain on reste à Londres jusqu'à trois heures du matin, je n'aurai sûrement pas fini… Au moins je vais avoir le loisir de rattraper mon sommeil en retard grâce au cours de philo à neuf heures…moins quart.
Au beau milieu d'un tracé de graphique d'une fonction exponentielle, mon téléphone sonne. Trop content de pouvoir lâcher ce merdier, je saute dessus.
—Allô ?
—Faux frère ! s'écrie Seamus à l'autre bout du fil.
Je regarde mon cadran, à côté de mon lit, il est presque dix heures.
—Désolé, j'ai oublié de t'appeler pour te chanter une berceuse… Dors, dors, ferme les yeux. Dors ferme tes jolis yeux…
—Ta gueule ! Tu vas, demain, à Guy Fawkes avec Lavande !
—Oui. Et alors ?
—Tu étais censé y aller avec Boisclair ! Juste elle. Mais tu y vas avec Lavande !
Il a l'air vraiment outré…je veux dire pour de vrai…comme s'il ne plaisantait pas ?
—Oui, mais… Et alors ?
D'accord, je peux avoir l'air du dernier des cons, mais je ne vois vraiment pas où est le problème. Seamus voulait faire un truc avec Lavande demain, ou quoi ?
—Et moi ? s'exclame-t-il.
—Toi ?
—Moi, tu ne m'as même pas invité ! Alors qu'on a arrêté de parler à Lavande et tout…tu l'invites elle et même pas moi !
Bien sûr ! Comment ai-je pu imaginer que c'était à propos de Lavande ? Ça ne pouvait être qu'à propos de Seamus lui-même.
—Tous les deux, j'aurais pu comprendre, moi et elle, minimum ! Mais juste elle ! C'est de l'hérésie ça, Harry, de l'hérésie !
—Tu veux venir demain, Seam' ?
—Il était temps que tu le demandes ! Où et à quelle heure ?
—Demain, trois heures, à la gare centrale.
—J'y serai !
Je m'attends à ce qu'il raccroche aussitôt, mais je l'entends respirer encore.
—O.K. Alors à demain.
—Attends ! Ma berceuse ?
J'éclate de rire, lui aussi et il raccroche.
Je me remets à mon affreuse – vilaine, pas belle – équation exponentielle qui refuse de donner les mêmes points que le graphique. J'ai tout juste le temps d'effacer tout ce que j'ai fait à la grandeur de la feuille que le téléphone sonne encore. Je ne réponds pas, cette fois, parce que je suis fâché contre mon livre de math – que je songe faire brûler en représailles ou alors flusher dans les toilettes. Je tire le vieux bouquin décrépi sur le coin du bureau, rapproche ma lampe juste au dessus pour qu'il soit bien éblouie – c'est la putain d'Inquisition – et recommence à lire avec tellement d'intensité qu'on jurerait que j'attends qu'il craque et me donne les secrets de la démarche.
—Va chier, je siffle entre mes dents, voyant qu'il ne craque pas le moins du monde.
On frappe à ma porte et je le rejette au loin, brusquement, en me levant.
J'ouvre grand le battant et ma mère me tend le téléphone du rez-de-chaussée, cachant le micro pour que l'interlocuteur n'entende pas.
—C'est Lavande Brown, elle chuchote.
—Et pourquoi tu murmures ? je demande en rigolant, tout aussi bas.
—Elle avait l'air de mauvaise humeur…
—Ah bon ? Allô, Lavande ? Euh… Attends. Maman ?
Ma mère, qui s'en allait, se retourne, le regard interrogateur.
—Si Lavande est trop en pétard pour répondre, tu pourrais m'expliquer un truc, après ?
—Un truc ?
—En math.
—Oui, pas de problème.
Je lui signe «merci » avec les lèvres, puis referme la porte.
—Hé ! Lavande, qu'est-ce qu'il y a ?
—Tu as invité Seamus ! elle s'exclame.
Je lève les yeux au ciel et me laisse tomber dans mon lit en soupirant.
—Oui. Pourquoi ?
—Il est super fâché contre moi, il va mettre une super mauvaise ambiance…Pourquoi tu lui as dit qu'il pouvait venir ?
—Je… Lavande, c'est mon ami. Et toi aussi. Vous deux, même, vous êtes amis !
—Mais pas du tout ! Il est sup…
—Il ne l'est plus, sinon il n'aurait pas demandé à venir, sachant que tu serais là… D'ailleurs, comment il a su que tu venais ?
—J'en sais rien… Sûrement Hermione qui l'aura dit à Ron qui lui l'aura dit à Dean et à Seamus.
Le téléphone arabe…à notre âge !
—Mais on s'en fout, comment il l'a su, reprend Lavande. Je ne veux pas qu'il vienne. Rappelle !
—Pour annuler ? Non, merci ! C'est comme si je demandais à Bailey de t'appeler pour t'annuler, toi. Puis il est temps de vous réconcilier, de toute façon. Toi et les jumelles n'allez pas nous bouder pour tout le reste de votre vie.
Lavande grogne à l'autre bout du fil.
—Qu'est-ce que tu faisais ? demande-t-elle en détournant la conversation.
—Devoir de maths… Tu l'as fait ?
—Non. Je comprends pas trop, j'irai voir Pascal avant le cours. Il est si gentil, il va me l'expliquer. On ira ensemble, si tu veux.
—Non. Merci, mais sans façon. Je ne le trouve pas si gentil, moi, Pascal.
—Non bien sûr, elle répond avec aigreur. Il est méchant avec ton nouvel ami Malefoy alors tu ne l'aimes pas…
Je sursaute. J'ai toujours su que Lavande ne laissait personne dire du mal des personnes qu'elle admirait, mais là c'est juste…vraiment… Est-ce que quelqu'un lui a dit ? Hermione ? Non, jamais… Bailey ? Non, franchement, c'est ridicule !
—Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire, ça ?
—C'est vrai ! Tu es toujours en train de dire du mal de Pascal alors qu'il est super gentil avec toi… La seule personne avec qui il semble un peu dur, c'est Malefoy…
—Justement ! Il n'est pas équitable. Malefoy n'est pas pire que les autres, mais il en prend toujours plus.
—C'est équitable ! Pleins d'autres profs favorisent Malefoy !
—Rogue favorise Malefoy !
—C'est ça ! Et Pascal nous favorise nous, tu vois que c'est juste !
—C'est de la logique à deux schillings, ça, Lavande… Et de la mauvaise foi.
—Tu défends Malefoy, m'accuse Lavande, comme si c'était très grave.
—Oui, je le défends ! Je l'aime bien, Malefoy. Il m'aime bien aussi, il va falloir t'y faire.
—C'est génial, ronchonne-t-elle. Tu ne l'as pas invité, lui, au moins !
Je soupire gravement.
—On se retrouve demain ?
—Oui. Tu sais où ?
—A la gare centrale…
—A trois heures. Alors à demain.
—C'est ça.
—Excuse-moi ! D'avoir pété un câble comme ça. Je ne le ferai plus…
—D'accord. A demain, bonne nuit.
—Bonne nuit.
Sur ce, elle raccroche.
Je suis sûr qu'elle est en SPM(2).
Je balance le téléphone au bout du lit. Pourquoi je pars avec Lavande, merde ! Je sais qu'elle fait toujours ça, des crises parce que tout ne va pas exactement comme elle veut. J'ai tellement l'habitude que les autres s'en occupent, comme Hermione ou l'une ou l'autre des jumelles…demain, je vais être obligé de m'en charger. Quelle poisse !
Je me relève et, voyant l'affreux regard que me jette le manuel d'algèbre, je m'octroie une petite pause et descend d'un étage, feignant de venir rapporter le mains-libres sur sa charge. Je croise ma mère qui se prépare une tisane et m'approche.
—Où est papa ?
—En bas. Il regarde la trilogie de je ne sais pas quoi…
—Le Parrain ? Die Hard ? La Matrice ?
Elle roule des yeux, mimant son peu d'intérêt, puis touille sa cuillère dans l'eau chaude pour faire infuser avec les herbes.
—Tu en veux ? me demande-t-elle.
—Non, c'est pour les femmelettes.
Elle pouffe en trempant les lèvres.
—Moi qui pensais ne jamais entendre ce genre de propos en ayant un fils comme toi.
—Par comme moi, tu entends : respectueux des vertus de la femme, bien sûr !
Elle pouffe à nouveau.
—Tu as reçu pas mal d'appels, ce soir. Un problème ?
—Je peux bien te le dire, de toute façon je sais que tu as mis le téléphone sur écoute…
—Mais oui, pauvre petit, bafoué dans son droit le plus primordial.
Je lui fais un semblant de sourire, puis reprends :
—Le premier, c'était Seamus, qui était scandalisé que je puisse avoir invité Lavande à venir à Londres demain et pas lui. Le deuxième, c'était Lavande qui voulait que je décommande Seamus…à qui je venais de dire qu'il pouvait venir.
Ma mère rit franchement et je grince des dents de façon très caricaturale.
—Et comment as-tu arrangé tout ça ?
—Je vais à Londres tout seul.
—Quoi ? s'étonne ma mère en écarquillant les yeux.
—Mais non, folle ! Lavande s'est excusée de s'être énervée. Son utérus devait la démanger.
Ma mère m'envoie une claque sur le bras et je me pousse en rigolant.
Elle met son sachet de tisane dans la poubelle et soupire en se dirigeant vers la porte qui mène au sous-sol, d'où proviennent des bruits de mitraillettes.
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Les feux d'artifices sont vraiment bien, l'alcool coule à flots, il y a pleins de stands et de terrasses dans les rues. La musique est populaire et un peu folk, mais c'est le genre de trucs auxquels on s'attend dans ce genre d'évènement alors c'est bien. Seamus est déjà un peu chaud et il colle Lavande outrageusement, mais elle est de bonne humeur alors elle se laisse faire.
Au début de l'après-midi, j'ai eu des doutes, quand ils se sont vus, Lavande était froide comme la banquise et Seamus oscillait entre lui adresser la parole moqueusement et l'ignorer superbement. J'étais pétrifié d'avoir à faire supporter ça à Bailey – parce que nous nous retrouvions plus souvent qu'autres choses entre eux deux. En plus, comme je l'avais prévu, Lavande a fait son cinéma et j'ai dû me charger d'elle par la suite, alors qu'elle hyperventilait, les larmes aux yeux. Il a fallu que je m'en mêle et que je me fâche – après Seamus parce que je sais qu'il peut en prendre et que Lavande aurait simplement volé en éclat – pour que l'on puisse passer par-dessus les vieilles rancunes. Seamus s'est excusé auprès de Lavande et elle lui a pardonné. Nous avons pu profiter du reste de l'après-midi. Surtout que Bailey était d'une drôle d'humeur et qu'elle nous a fait arrêter à tous les stands de nourriture pour qu'on s'empiffre.
Parlant du loup, elle revient avec deux pichets de bières. Elle en pose un devant moi et s'assoit à ma gauche, prenant rapidement une gorgée. Elle n'a pas bu autant que Seamus et moi – et boooordel, ce qu'on a pu boire –, mais vu son gabarit, elle doit se sentir juste comme moi.
—Selon toi, Seamus a-t-il des chances de se rapprocher de cette chère…euh…Valence ?
—Lavande, je la reprends en éclatant de rire.
—…Lavande, ce soir ?
—Moins mille ! Lavande n'est pas intéressée par lui.
Bailey sort des pièces de sa poche et les comptes.
—Trois livres qu'ils s'embrassent.
—Tenu.
Elle éclate de rire, saisi mon visage dans sa main et le fait tourner pour que j'ai vue sur la piste de danse. Lavande à les deux bras autour du cou de Seamus et – je peux vous l'assurer, même de si loin – sa langue bien profondément enfoncé dans sa bouche. Ma mâchoire dégringole et j'entends encore vaguement le rire de Bailey à côté de moi.
—Trois livres, donne, me dit-elle à l'oreille.
—Tu les avais déjà vus, tricheuse.
Elle me regarde, le plus innocemment du monde et plonge sa main dans ma poche de jeans. Je bondis du banc et vais rejoindre les danseurs pour la semer, mais elle est sur mes talons.
—Reviens, Harry !
Je m'approche de plus en plus de mes deux amis qui se bécotent et éprouve soudainement un grand malaise à les laisser me voir. Je m'arrête brusquement, aussitôt rattrapé par Bailey qui s'appuie sur moi, essoufflée. Elle lève les yeux sur eux et recommence à rire bruyamment.
—Chut ! Ils vont t'entendre, je m'empresse de lui dire en mettant ma main sur sa bouche.
Elle glousse puis repousse ma main.
—T'es complètement ivre, Potty.
Je me fais la réflexion que…oui, je suis éméché, en effet. Et que…
—Drago aussi, il m'appelle «Potty ».
Bailey grimace puis me tire plus loin de Lavande et Seamus.
—Pas Malefoy, elle geint avant de mettre mes bras autour de sa taille et de mettre ses mains autour de mon cou. Danse avec moi.
Je m'exécute et nos deux corps se mettent à balancer au rythme de la musique, ainsi qu'à tanguer sous le poids de l'un ou de l'autre.
—Tu l'as rappelé, Malefoy ? elle m'interroge.
—Non, je suis un poltron.
—Tu vas avoir l'air encore plus con demain à l'école, après avoir passé deux jours à ne pas l'appeler.
— Il ne m'a pas appelé non plus, je marmonne.
—Non, mais Malefoy, lui, il n'a jamais l'air con…
On échange un regard, puis on éclate de rire.
—Sinon, tu peux faire comme si de rien n'était et tu l'embrasses dès que tu le vois…
—Je n'ai pas le cran de l'appeler et tu penses que je vais aller l'embrasser au milieu d'un couloir sans rien dire… Euh… Non !
—Ils t'ont dit quoi, tes autres copains ?
— Ils ne savent pas…
Bailey se raidit et me repousse pour mieux voir mon visage.
—Personne ?
—Juste Hermione et toi… C'est tout.
Elle reste longuement étonnée, puis un sourire ravi et victorieux s'étale sur ses lèvres et elle me prend dans ses bras à nouveau, avec plus de possessivité, mais aussi avec plus d'étroitesse.
S'en suivent de nombreuses autres danses, plus endiablées, par moments, et je dois dire que nous nous débrouillons très bien, à mon humble avis. On va boire, encore, parfois, et pisser aussi parce qu'on boit et que ça va de paire. J'entrevois quelques mignons visages et m'attarde un peu, me sentant moins enclin à garder les yeux dans ma poche, pour une fois. J'ai même presque l'impression d'avoir peut-être entrevu, de profil, Olivier Dubois…mais j'ai aussi bien pu avoir rêvé vues les effluves d'alcool dans lesquelles baigne mon cerveau.
A deux heures et demie, Lavande fait irruption dans mon champ de vision et j'ai peur, en la voyant arriver comme une balle de fusil, que Seamus ait tenté quelque chose – j'entends quelque chose qu'il n'aurait pas dû tenter en tant que gentleman – et qu'elle soit dans un drôle d'état. Mais ce n'était pas le cas – Alléluia ! –, il était juste temps d'aller prendre notre bus pour rentrer sinon nous allions le manquer – elle avait programmé sa montre.
Durant le trajet jusqu'à la gare, Bailey s'est endormie dans les bras de Seamus et lui sur elle. Lavande les a regardés étrangement, longtemps, et moi, j'étais presque complètement absorbé par le trajet, de peur que nous nous soyons fait kidnapper ou que le chauffeur ne s'arrête pas à la gare – le terminus.
On change d'autobus, une dernière fois, je quitte Bailey avec crainte – elle est à peine réveillée – essayant de la convaincre de venir dormir chez moi, mais elle ne veut rien savoir. Seamus et moi allons donc prendre notre bus, Lavande et Bailey les leurs.
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Je ne me suis pas réveillé ce matin ! J'ai manqué mon cours de philo et de math. Et ma mère n'est pas là pour me déposer à l'école. Et l'école doit l'avoir appelé. Je suis fait comme un rat.
Je m'habille vite fait, me brosse les dents et sors en courant pour attraper le bus de onze heures treize.
J'entends des «boum boum » dans ma tête et j'ai l'impression que plus jamais, plus jamais, je ne voudrais mettre de nourritures dans ma bouche – j'ai mal au cœeeeeeeeeeeeur ! Je monte dans l'autobus et m'assois juste derrière le chauffeur, les doigts cramponnés au poteau de soutien, le front collé au métal frais. Je me répète en boucle, pour essayer de me le faire croire que : «ce n'est pas l'alcool qui me met dans cet état, c'est tout le sucre que j'ai ingéré avant ».
Mais pourquoi je n'ai pas vomi, putain ! J'irais bien, maintenant, si j'avais vomi hier soir. Ou si j'avais pris de l'aspirine. Hein, petit con, pourquoi n'as-tu pas pris d'aspirine, Potter ?
Je descends à l'arrêt le plus prêt de l'école et me dépêche de dévaler la légère pente – comme si je pouvais gagner quelque chose en arrivant à l'heure du lunch. Je vois Poudlard et m'approche rapidement.
Lorsque je mets un pied dans l'école, il est midi pile. La première cloche a donc déjà sonné et la deuxième devrait le faire d'une seconde à l'autre. Je me dirige vers mon casier et vois, de loin, Seamus, assis devant le sien.
—Seam' ?
Il tourne lentement la tête vers moi et il éclate de rire, avant de s'agripper le ventre en grimaçant.
—Pas fort ? je demande en approchant.
—Non, pas fort du tout. Toi ?
—Moi aussi. Tu vas rester ici ?
—Jusqu'à ce que Dean arrive et qu'il me traîne dans la cafete.
Je lui tapote amicalement l'épaule, puis reviens dans le corridor pour me rendre jusqu'à mon propre casier. En tournant le coin, j'aperçois mon comité d'accueil – composé de deux personnes et c'est tout – Drago et Indy. Indy hausse les épaules, puis son regard tombe sur moi et il me pointe du doigt.
De mieux en mieux. Voilà comment Drago va me voir, maintenant.
Je rebrousse chemin, très vite et viens m'appuyer sur le mur, le temps de souffler – espoir absurde d'avoir un teint qui ne soit pas verdâtre. Ensuite je reviens et percute Drago de plein fouet.
—Hé ! je m'exclame gaiement.
Il recule d'un pas. Je pense qu'il partait à ma poursuite.
Je le dépasse et vais à mon casier. Je me sens dégueu et vraiment pas bien. J'ai l'impression d'avoir de la crasse dans le cerveau…
Qu'est-ce que c'est que cette attitude que j'ai eue avec Drago ?
—Harry, ça va ? me demande Indy.
—J'ai un peu la gueule de bois, j'explique, en levant les yeux vers Drago.
Ce dernier semble comprendre tout à coup et sourit en coin, ce qui me donne encore plus envie de m'enfoncer dans un trou.
Je pivote – BEAUCOUP trop vite – sur mes talons pour faire face à mon casier et sens ma tête tourner.
—Oh la la, Harry ! Tu as l'air tellement à l'Ouest, rit Indy. Tu devrais aller faire un tour à l'infirmerie.
Il me caresse les cheveux – plus gentiment que ce à quoi je m'étais d'abord attendu – et s'éclipse. Non ! Je ne voulais pas rester tout seul avec Drago. Je suis trop pathétique. Reviens !
—Il a raison. Tu as l'air fracassé.
Je lève les yeux vers lui et il a tout l'air de se foutre joyeusement de ma gueule. Je suis si pitoyable, ça me ferait presque chialer. Comment pourra-t-il un jour s'intéresser à moi encore – si tant est qu'il se soit jamais intéressé à moi – avec l'image que je lui donne en ce moment ?
—Tu vas me raconter comment c'est arrivé ou il va falloir que je te supplie ?
Mais vas-y, tourne le couteau dans la plaie, enfoiré !
—Dégage, Malefoy !
—Allez ! Tu t'es suffisamment fait désirer.
—Je suis sérieux, je gronde en lui jetant un mauvais regard. Je suis déjà mal, reviens demain, je serai d'humeur à t'envoyer chier proprement, mais là tu frappes un mec à terre.
Oui, parce qu'en plus, quand je suis malade et affaibli, je suis amer et mieux vaut éviter de me pousser dans mes retranchements.
Je referme la porte de mon casier et m'écrase le front sur le métal froid en fermant les yeux. Ça fait du bien…
On m'attrape par le coude. C'est Drago. Il me tire vers lui.
—Allez viens. On va à l'infirmerie.
—Fous-moi la paix, je gémis en retirant mon bras de sa prise.
Je m'accroche à la surface lisse du casier…comme si je me prenais pour l'une de ces grenouilles dont les doigts sont adhésifs et qui peuvent coller sur les objets verticaux.
Malefoy soupire bruyamment et tourne vers moi un regard désappointé.
Je m'arrache le front de la fraîcheur du casier et me redresse complètement de sorte à soutenir mon propre poids. J'ai un haut-le-cœur et grimace en pinçant la bouche, craignant que quelque chose n'essaie de remonter.
—Allons-y, je décrète.
Il me fait signe de passer devant et je le soupçonne de ne faire ça que pour me voir tanguer jusqu'au local de Pompom, ce qui est définitivement très bas.
Non, en fait, je suis de mauvaise foi. Je suis tellement fâché contre moi-même de me ridiculiser ainsi que je fais de la projection sur lui. Drago doit juste vouloir me suivre au cas où je m'effondre, pour qu'il puisse me rattraper. Je suis une loque.
—Excuse-moi, d'être un boulet, je marmonne à mi-chemin.
—Pas grave, rétorque-t-il.
Je pouffe et il rigole.
La porte rouge est en vue, ouverte. Je me glisse à l'intérieur de la salle et surprends Lavande assise sur la table d'examen, le thermomètre sous la langue, vaguement olivâtre.
—C'est toi qui l'as saoulée ou l'inverse ? me demande sournoisement Malefoy, au creux de l'oreille.
Je frisonne des pieds à la tête et le fusille du regard en essayant de me gratter le tympan tellement sa chatouille. Il sourit simplement.
—Messieurs ? nous interpelle Mrs Pomfresh. Y a-t-il un problème ?
—C'est Potter, répond pour moi Drago.
L'infirmière me jette un œil, puis fait une moue mécontente.
—Vous aussi ? Vous étiez ensemble, hier ? demande-t-elle.
—Oui, répondons-nous, Lavande et moi, d'une même voix blanche.
—N'ouvrez pas la bouche, s'écrie Pompom, le thermomètre !
—J'ai juste besoin d'aspirine, j'insiste.
—Vous avez mal à la tête ?
Foutument mal !
Je hoche la tête et elle me fait couler un verre d'eau, puis me tend deux petites pilules bien blanches et bien rondes que je gobe avidement.
—Merci infiniment, je lance dramatiquement, comme si elle venait de me guérir du cancer.
Je sors ensuite bien vite de l'infirmerie et vais me plaquer le front à la première fenêtre que je vois.
—Attends un peu, ça va bien finir par faire effet, m'encourage Malefoy, dans mon dos.
—Si tu vas la voir et que tu réussi à m'en apporter deux autres, je ferai tout ce que tu voudras.
—Tout ? Tu veux dire que je pourrai enfin avoir un «Bonjour » en bonne et due forme ?
Je tourne la tête dans sa direction, il était plus proche que je ne l'avais d'abord cru et je grimace.
—Tu devrais reculer. J'en mourrais s'il fallait que je te vomisse dessus.
Il fait un pas en arrière, sa bouche formant un pli dégoûté.
—Sérieusement, Malefoy, je te serais reconnaissant de t'en aller, maintenant. Savoir que tu me vois, comme ça, ça me rend dingue, c'est pathétique.
—C'est ridicule. Tu n'es pas la première personne que je vois qui a la gueule de bois.
—Je sais…mais c'est différent. Je ne veux pas que tu me voies comme ça à l'avenir.
Si je n'avais pas si mal à la tête, je serais en train de me la faire exploser sur la vitre.
—Au moins, tu n'as pas vomi. Brown a vomi.
—Ah oui ?
—En cours de maths. Elle était à un cheveu d'en mettre partout sur Préville… Quel dommage !
J'éclate de rire, gémis parce que ça se répercute dans mon crâne, puis continue à rigoler tout doucement. Malefoy s'approche, puis rabat sa large main derrière mon crâne.
—Tu fais pitié, dit-il avec douceur.
—Oh non ! Ne dis pas ça, je gronde en serrant les paupières et les poings.
Je ne veux pas avoir l'air d'une fillette fragile, merde ! Je veux avoir l'air d'un putain de mec viril…et gay. Je ne veux pas avoir l'air de la petite chose qu'il doit protéger, c'est hors de question.
—Je ne disais pas ça pour me moquer de toi, pour une fois. C'est juste étrange de te voir comme ça… C'est bizarre d'avoir le sentiment clair que je ne dois pas me foutre de toi, en ce moment.
—Alors arrête de te foutre de moi !
Il rit doucement, puis commence à caresser mon cuir chevelu.
—Avant, tu ne m'aurais jamais laissé être témoin de ça…
—C'est toi qui me suis partout. C'est toi qui étais à mon casier et qui m'a forcé à venir ici. Et pourquoi tu t'es encore approché ? Tu n'attends vraiment que ça, hein, que je te vomisse dessus !
Sa main cesse de se perdre dans mes nœuds et il recule à nouveau.
—Tu es vraiment agaçant, Potter, il éructe, railleur.
Sur ce, il s'en va, me laissant tout seul, dans mon couloir, avec l'envie de plus en plus irrationnelle de péter le mur à coup de tête.
Je retourne à l'infirmerie, geins un grand coup auprès de Mrs Pomfresh, jusqu'à ce qu'elle me consigne dans un lit avec l'ordre de me reposer jusqu'à la reprise des cours, dans un peu plus d'une heure.
Lavande est à côté de moi, dans un autre lit simple, les yeux grands ouverts, mais totalement vides. Je comprends qu'elle ne veut pas parler et comme ça ne me dit rien non plus, je respire un grand coup, puis tente de m'assoupir. Je sens enfin l'aspirine faire son effet et ma migraine s'étioler peu à peu.
Je repense aux quelques minutes qui viennent de passer et à quel point je suis un débile. Seul un crétin congénital peut traiter Malefoy comme je l'ai traité à l'instant. Allez, imbécile, pendant que le mec de tes rêves te caresse les cheveux, arrange-toi pour glisser dans la conversation quelque allusion concernant une éventuelle régurgitation. Allez, imbécile, tandis qu'il s'inquiète pour toi et tente de t'aider, traite le de pot de colle et de tyran.
Comment anéantir toutes vos chances de succès auprès de votre Apollon, selon Harry Potter.
Non mais tire-toi une balle, Potter ! C'était presque une déclaration qu'il te faisait et tu l'as carrément envoyé chier.
Moi qui me demandais comment réagir en le revoyant, après qu'on se soit embrassés… En tant que pénitence, je devrais m'enfoncer des pousses de bambou sous les ongles, tiens ! Revenons-en au bon vieux châtiment Viêt-Cong, ou je ne sais trop quoi.
Je m'enfonce la tête dans l'oreiller et tente de me souvenir de ce à quoi ça avait l'air, Malefoy qui me flatte les cheveux. Sa paume chaude et lourde contre mon crâne, ses doigts effilés et plus légers qui forment une étoile, écartés dans tous les sens. La douceur et la délicatesse du mouvement tantôt circulaire, tantôt aléatoire. C'était parfait.
O
Je me réveille sans le souvenir de m'être endormi. L'effet de l'aspirine s'est pas mal dissipé et je grimace légèrement en me redressant en position assise. Lavande n'est plus à mes côtés et son lit a été refait.
Au même moment, Pomfresh sort de son bureau, en alcôve, suivie de Drago. Elle m'aperçoit et se dirige vers moi, mais je n'ai d'yeux que pour lui, qui reste en retrait, derrière elle.
—Vous vous sentez mieux, Mr Potter ? me demande l'infirmière.
Je hoche la tête en lorgnant le blond.
—J'ai encore un peu mal à la tête, j'ajoute.
—Vous avez pris vos aspirines il y a deux heures. Il est trop pour que je vous en donne encore.
Je fais la moue, j'aurais bien ingurgité le flacon au complet, si tu veux tout savoir.
—Miss Brown est rentrée chez elle, désirez-vous que nous joignions vos parents ? Pour qu'ils viennent vous chercher ?
—Ce n'est pas nécessaire, je vais le reconduire, coupe Drago.
—Vous pouvez conduire, dans votre état ?
Son ton soupçonneux est très éloquent.
—Oui, se contente de répondre Drago sévèrement.
Pomfresh lui tend un billet d'excuse pour justifier son absence au dernier cours, puis va en chercher un autre dans la salle adjacente qu'elle me remet également. Le regard qu'elle accorde à chacun de nous est bien différent. Alors qu'elle a pour moi beaucoup de sympathie – en raison de mon état –, elle semble croire que Drago feint – ce que je crois aussi, d'ailleurs.
Nous sortons du local d'urgence pour regagner nos casiers. Aussitôt que nous sommes hors de vue, Drago vient se coller à moi et me tend la main.
Je fronce d'abord les sourcils et pleins d'émotions me submergent. Il veut me prendre la main ? Il est revenu ! Il est venu me chercher, malgré le fait que j'ai été d'une humeur massacrante et que je l'ai rembarré plusieurs fois, en ligne. Il va me raccompagner chez moi.
Il veut prendre ma main…
Subtilement, je referme les poings pour…voir ? J'ai les mains moites. Merde ! Je frotte mes paumes contre mes vêtements, en essayant de faire en sorte qu'il ne me voit pas, puis viens saisir ses doigts et…
—Qu'est-ce que tu fais ? s'étonne-t-il en s'éloignant, arrachant sa main de l'emprise de mes doigts.
Si je n'étais pas complètement certain de ce que je viens de faire, je me demanderais, à voir sa tête, si je n'ai pas essayé de lui mettre ma main dans le pantalon. Il est complètement abasourdi, les yeux écarquillés.
Je pique un fard et détourne la tête. Mais qu'est-ce qu'il veut si ce n'est pas… ? Qu'est-ce que j'ai fait ?
Je suis mortifié. Je viens de me prendre une veste ! C'est tellement humiliant. Et, merde !, ça fait mal ! Non content d'être gêné par mon geste, je suis déçu de la réaction de Drago. Je suis déçu qu'il n'ait pas voulu me prendre la main.
—J'ai des aspirines, lance-t-il lorsque nous passons devant les abreuvoirs.
Il me présente à nouveau sa main, paume ouverte vers le haut, cette fois, les deux petites pilules se foutent de ma gueule en se fondant presque dans la blancheur du teint de Drago. Bien qu'il m'en coûte, je les saisis et les avale d'un coup, puis vais les noyer à grandes gorgées d'eau.
—Merci, je marmonne à l'adresse de Malefoy, en me tournant vers lui.
—De rien.
Son regard reste inchangé. Il est droit, les bras croisé, l'air légèrement irrité – mais juste légèrement…j'espère.
—Tu n'as plus mal au cœur ? m'interroge-t-il.
Et je secoue la tête de droite à gauche.
—N'avais-tu pas dit que si je te procurais d'autres aspirines tu ferais tout ce que je veux ?
Il s'enfonce dans sa rangée de casier et me signifie d'un simple regard que je suis supposé le suivre. Je lui emboîte le pas.
—Oui. Alors, euh… Salut !
Il fait son code puis ouvre son casier, en rigolant.
—J'avais dit : « Un "Bonjour !" en bonne et due forme ».
—Bonjour… ?
—Bonjour.
Il empoigne mon polo d'uniforme par le collet et me tire vers lui. Il embrasse chastement mes lèvres, sans effusions ni rien, puis revient à son casier, un petit rictus satisfait sur le visage. Et étrangement, au même moment, l'aspirine libère ses agents actifs et mes maux de tête sont pulvérisés. Je me surprends à sourire, alors que je pensais cette journée marquée du sceau du cauchemar.
Drago revêt son manteau d'automne, prend son sac et referme son casier.
—Tu as besoin d'aller à ta case?
—Oui.
Nous marchons côte à côte, emballons rapidement mes affaires, puis nous dirigeons vers le parking. J'arrive le premier à la voiture et m'installe sagement sur le siège passager tandis qu'il va ranger son sac à dos dans le coffre.
—Tes parents sont chez toi ? demande-t-il, une fois à mes côtés.
—Non. Ils ne finissent normalement pas avant sept heures et rentent rarement avant huit.
Il acquiesce puis conduit lentement vers chez moi.
—Tu lui as dit quoi, à Pomfresh ?
—Que j'avais mal à la tête.
—Oui, mais pour qu'elle te laisse rentrer chez toi…
—J'ai fait comme toi et Brown. J'ai geint pendant une heure d'avoir mal au cœur, au foie, d'avoir chaud et froid…
—Et elle a marché ?
—Pas vraiment, grimace-t-il. D'habitude, je n'ai pas vraiment de mal à faire marcher les gens, mais aujourd'hui, j'étais…ailleurs, disons.
—Pourquoi ?
Il me jette un regard mitigé et je me tortille sur mon banc.
—Je pensais à toi…et à quel point tu m'avais énervé. Et ça m'énervait d'essayer encore de venir t'aider alors que tu m'avais envoyé bouler…à de nombreuses reprises.
—Tu aurais dû juste t'en aller…
—Quoi ? s'emporte-t-il piqué au vif. Tu aurais préféré rester à l'infirmerie ?
—Ce n'est pas ça ! C'est juste que de toutes les personnes que je connaisse, tu es le seul que je ne veux pas qui me voie en pleine…déchéance !
—Tu n'étais pas en pleine déchéance. Un peu patraque, c'est tout.
—Je ne me traînais pas par terre, c'est vrai, mais quand même. S'il avait fallu que je vomisse ou que…je ne sais pas… Je n'étais pas à mon avantage.
Il sourit subtilement.
Nous tournons dans ma rue et en moins de deux, nous sommes dans l'allée.
—Je peux entrer ? demande-t-il.
Il pose la question, mais déjà le moteur est coupé et sa ceinture de sécurité est défaite. J'accepte avec un sourire flou, je suis vraiment content, mais, en même temps, si incertain. Je voudrais que l'on soit encore très jeunes et que je puisse demander : est-ce que tu veux sortir avec moi ? Au moins savoir si oui ou non, l'intérêt est partagé. Est-ce qu'on s'amuse ? Est-ce qu'on s'essaie ? Est-ce que tu apprends à te connaître ? Ou est-ce que tu m'aimes ?
Est-ce que tu m'aimes ! Non, mais ça va pas ? On se connaît à peine. Tu m'attires. Tu m'intrigues, certes. Mais m'as-tu rendu amoureux ? Même moi je ne le sais pas.
Je le rejoins devant la voiture et on va à la porte principale pour que je le fasse entrer. Il me prend la main. Ses doigts glissent furtivement dans ma paume et vienne l'emprisonner. Un fourmillement bizarre me parcourt les dernières phalanges, comme s'il avait serré très fort et que le sang avait arrêté de circuler dans cette partie de mon anatomie. C'est complètement stupide car il ne serre pas ou à peine. Je comprends mieux sa réaction de toute à l'heure.
Je replie mes quatre doigts et mon pouce sur le dos de sa main, puis desserre ma prise lorsque je réalise que le bout de mon pouce atteint mon majeur. Le but n'est pas non plus de lui broyer les métacarpes.
C'est ridicule, nous n'avons que trois pas à faire pour nous rendre jusqu'à la maison, ça ne mène à rien de me prendre la main en bas des marches. Pourtant il le fait et moi, mon cœur bat la chamade. Devant la porte, je n'ai pas envie de sortir mes clés. J'ai envie de garder sa main dans la mienne encore…longtemps. J'ai envie de me tourner vers lui et de lui proposer d'aller se promener, dans la rue, juste marcher, comme un couple de quadragénaires.
Je déverrouille la porte et fais entrer Drago. Il me lâche et je fais glisser mon sac de mon épaule, qui s'écrase contre la patère.
—Tu veux boire ou manger quelque chose ? je demande.
—Non, ça va.
J'acquiesce, mais pour que le silence ne s'éternise pas, je me dépêche de me diriger vers la cuisine et me sers un verre d'eau. Drago me rejoint après un bref moment, sans son manteau et ses chaussures.
—Tu as toujours mal à la tête ?
—Un peu, mais c'est supportable.
—Tu veux aller t'allonger ?
—Non, je ne veux pas que tu partes.
Le coin droit de sa bouche se relève.
—Qui t'a parlé de partir ?
Une zone un peu au Sud de mon estomac gronde d'approbation alors qu'une infime partie de moi est en extase devant son audace et son aplomb.
Il me fait faire le tour de l'îlot, rapidement, en me tenant par la main, et me traîne dans les escaliers alors que j'ai encore mon ridicule verre d'eau servant à faire diversion serré entre mes doigts.
Il est en train de nous conduire vers ma chambre et, soudainement, une alerte se déclanche dans ma tête. Sexe. Allons-nous…? Alors que nous nous sommes embrassés il y a…un, deux, trois jours ? Ma salive s'épaissit et ma trachée s'étrécie… Voilà ! Je vais suffoquer ! Je déglutis avec insistance et essaie de me calmer. Si je veux dire à Drago que je ne veux pas coucher avec lui, il faut que je le lui dise maintenant.
Il s'arrête devant la porte close de ma chambre. Je regarde sa main qui tient la mienne, puis son visage tourné vers la poignée en or plaquée… Son audace et son aplomb se transforment à mes yeux en effronterie.
C'est de l'expérimentation, la fouine ? Tu t'amuses bien ?
Oh ! Et puis je me fous de la réponse. Que ce soit l'un ou l'autre, si tu veux quelque chose de moi – quelque chose comme ça, je veux dire – il faudra que tu me charmes plus que ça, mon gaillard.
—Je vais aller à la salle de bain, si tu veux te mettre plus à l'aise.
Désinvolte. Egal à lui-même. J'irais jusqu'à dire sûr de lui. Tu t'imagines en train de coucher avec quelqu'un, mon grand, pas en train de jouer à Démineur.
Bon ! Il ne faut pas que je cède à la panique. Si je lui dis, il ne va pas tenter de me violer, non plus. Il sera un peu déçu, tout au plus…ou alors il s'en ira…
—Ensuite, on pourrait descendre regarder un film, continue-t-il.
—Un film ?
—Oui, au cas où tu t'endormes. Et je te réveillerai avant de partir.
Mon cœur à une ratée. Il ne voulait pas… Il ne pensait pas…
J'implose de joie.
—Je ne m'endormirai pas, je fais, solennel.
—Tu aurais le droit, tu as eu l'air épuisé toute la journée.
—Non, ça va. Je suis plein de… d'énergie.
Parlez-moi de contradictions : le fait qu'il n'ait pas eu envie de coucher avec moi m'excite significativement plus que l'idée qu'il le veuille.
J'ouvre la porte de ma chambre, le regarde entrer dans la salle de bain, puis me dépêche de me changer. Je mets un jogging et un t-shirt – les plus assortis que j'ai – me disant qu'il ne faut pas en faire trop non plus. Je me passe un coup de brosse dans les cheveux et en arrache une bonne poignée au passage. Quand je ressors, Drago est sur le pas de la porte.
—Tu veux que je te prête un chandail ? Un pantalon plus confortable ?
—Non. J'ai un match ce soir, j'irai directement à l'aréna, autant rester comme ça.
—D'accord. Vous jouez contre qui ?
—Les Mangemorts de Blacksquare, il répond, lugubre.
Je fronce le nez, suite aux confidences de Bailey, je me doute de la raison de ce manque d'enthousiasme.
—Vendredi prochain, c'est contre moi, je relance avec un sourire.
—Effectivement, me répond-t-il avec le même sourire.
Ses mains se referment de chaque côté de mes flancs et m'attire à lui. Il m'embrasse, sur la bouche, d'abord, puis ses bras s'engouffrent sous mon chandail et ses lèvres dévient. Je caresse son dos, les mains à plat sur ses omoplates, et le presse contre moi. Son visage est enfoui dans mon cou et il ne laisse pas énormément d'endroits découverts où je pourrais toucher sa peau. J'entreprends donc de défaire sa cravate, déboutonner quelques boutons, puis ouvrir largement son col de chemise. Je sens la pulpe de ses lèvres frémir contre ma gorge et je fais courir mes doigts dans sa nuque.
L'excitation grimpe en moi, rapide et indéniable. Une faible décharge électrique semble partir de tous mes nerfs pour aller titiller mon cerveau, le prévenir qu'il y aura bientôt une rafale et s'assurer qu'il soit bien prêt à l'encaisser. Je pourrais presque sentir mon corps se réchauffer et mes pupilles se dilater.
Après m'avoir dévoré la gorge de baisers, il relève son visage vers le mien et je viens cueillir ses lèvres plus désirables que jamais. Il m'étreint fermement, mon corps et le sien s'imbriquent l'un dans l'autre, et bon Dieu que c'est bon. Nos langues se retrouvent enfin et mes paupières frémissent avant de se fermer complètement. C'est différent de la dernière fois, il n'y a pas la moindre hésitation, on croirait qu'elles sont animées de leur propre désir, de leur propre plaisir de se retrouver. Le casse-tête de nos jambes prend forme, tout à coup, l'une des siennes serrée entre mes cuisses. Tout, de ses jambes jusqu'à sa bouche, est parfait. Ses mains semblent me recouvrir tout entier, me caresser d'un bout à l'autre de mon corps : mes cheveux, mes fesses, mes reins, mon ventre, mes épaules, mon visage…aucune partie n'est laissé-pour-compte.
Je me déplace jusqu'au mur et il vient m'y acculer, m'y presser. J'arrache violement son polo et sa chemise de son pantalon d'uniforme et touche sa peau directement, ses reins. Mes doigts sont parcourus de fourmillements et mon cerveau est complètement électrisé. C'est à la fois doux et chaud et moite.
Sa bouche se défait de la mienne et son souffle rauque est pesant sur mon visage. Essoufflé et toujours un peu embrouillé, j'avance mon visage vers lui encore, de la façon la plus avide qui soit. Ma bouche semble courir après son souffle, on dirait qu'il ne faut pas en perdre une miette. Il me repousse dans le mur aussitôt, ses deux poings m'y maintenant solidement. Mon torse gonfle puis dégonfle de moins en moins vite, au fur et à mesure que je reprends une respiration plus normale.
Drago finit par enlever ses mains de sur moi. Sans me regarder, il va de nouveau s'enfermer dans la salle de bain et un gargouillement m'échappe.
Je baisse les yeux pour voir à quel point il est évident que je suis bandé dans ce putain de pantalon jogging. Je retourne également dans ma chambre en me demandant ce que je vais bien pouvoir faire. J'ouvre la fenêtre en grand et laisse le froid s'engouffrer dans l'espace. Je prends de grande bouffée d'air et essaie de penser à des choses désagréables ou douloureuses.
Je finis par me calmer, assez rapidement, ne voulant pas faire attendre Drago trop longtemps – et penser à Drago ne m'aide pas énormément à empêcher mon érection. Je reviens sur le palier, mais Drago n'est pas là. Le robinet coule dans la salle de bain et je décide de l'attendre ici, gentiment.
J'espère qu'il ne voudra pas rentrer tout de suite finalement, voyant que je ne suis pas si mal en point. Pas assez, du moins, pour regarder un film sagement. Je rougis à cette réflexion.
Drago sort de la salle d'eau, l'air un peu moins hagard.
—On va regarder un film ? je demande, enthousiaste.
Il me regarde, l'air d'hésiter, quelques secondes, mais accepte, au final.
Nous descendons au sous-sol et j'ouvre la porte de la vidéothèque familiale des Potter. Drago se penche par-dessus mon épaule et lit les tranches des boîtiers des DVDs et des cassettes.
—Vous avez beaucoup de films, remarque-t-il.
—Pas mal, oui. Mon père est cinéphile, en plus d'être cinglé.
Drago rigole et dépose sa main dans le creux de mon cou et de mon épaule. Je dis «dépose » parce que son geste me semble calculé, exactement pour que ce soit agréable, intime, mais également pour que ça ne puisse pas déraper. Je me décide donc à faire des efforts aussi de mon côté et à refouler mon envie.
—Ton père est plutôt…bien, je trouve.
—Mouais… Il est correct pour un père, je suppose.
S'il m'entendait.
—Je parlais physiquement.
Le peu d'équilibre que j'avais, recroquevillé sur mes orteils, fout le camp et je tombe dans les genoux de Drago qui manque de tomber aussi.
—Hé ! Tu vas bien ? s'inquiète-t-il en revenant près de moi.
—Tu trouves mon père physiquement ?
—Euh… Quoi ?
—Tu as une opinion sur le physique de mon père ? je répète en des termes qu'il saura saisir.
J'ai les yeux comme des ronds de flans. Comment peut-il avoir ce genre de…pensées ? A l'endroit d'un homme adulte ! De mon père qui plus est.
Mon hébétude le fait sourire et il hausse simplement des épaules en retournant à son étude de mes vidéos.
—Attends, Drago, es-tu sérieux ?
—Oui. Pourquoi ça t'étonne tellement ?
—Il est…âgé !
Là, il s'esclaffe carrément et je me mords la langue. Ça me met un peu en rogne qu'il rit de moi, comme ça.
—J'espère que tu ne vas pas soudainement arrêter de me trouver beau quand je serai…âgé.
—Non ! Mais tu ne devrais pas le trouver beau. Il est trop vieux pour toi…
—Tu es jaloux ? me demande-t-il, un peu surpris, un peu taquin.
Je roule des yeux. Moi ? Jaloux de mon père de trente-neuf balais ? C'est la meilleure !
—Je suis perplexe, reprend-il suite à ma réaction.
—Moi aussi.
On se regarde puis un drôle de rire nous prend.
Drago secoue la tête.
—Franchement, tu ressembles énormément à ton père, m'avoue-t-il. Je me dis que si tu lui ressembles, à son âge, tu risques d'être encore plutôt canon.
—Encore ? je soulève avec un large sourire.
Il me fait un clin d'œil. Puis clôt la conversation en me pointant les rangées de films sous nos yeux.
—Je n'ai pas vu beaucoup de films. Qu'est-ce que tu me proposes ?
—Tu n'as pas vu beaucoup de films ? je m'étonne.
—Je te l'ai dit…ma mère ne voulait pas que je regarde la télé. Je faisais du sport, je lisais, je dessinais, j'écoutais de la musique…
—D'accord. Que dis-tu de…Pulp Fiction ? S'il faut faire ta rééducation, on commencera par les classiques.
Drago attrape le DVD et lit derrière, le synopsis. Son front se plisse et il fait la grimace.
—J'ai pas envie de me casser la tête sur un film, si ça ne te dérange pas.
—D'accord. Fight Club? Avec Brad Pitt.
Je lui tends le boîtier et il regarde rapidement le tout.
—Non plus.
—Tu es difficile pour quelqu'un qui n'y connaît rien, je bougonne.
—Ah, ah, il ironise.
Je me casse la tête à lui proposer une dizaine de film, mais ils sont tous trop ceci, trop cela. Je comprends maintenant pourquoi il n'a presque rien vu. Alors que je pense avoir mis la main sur quelque chose, Légendes d'automne, c'est trop long. Je lui propose un Walt Disney et cela insulte môsieur.
—Tu me prends la tête, je marmonne au bout d'un moment.
—D'accord, d'accord, un dernier.
—Forrest Gump, avec Tom Hanks.
Il lit le résumé, sourit, puis me le rend. Il passe le test.
—Pour vrai ?
—Ouais.
Il va s'asseoir dans le divan et je me dépêche d'aller mettre le DVD dans le lecteur. En revenant, j'éteins les lumières, puis vient m'asseoir avec lui, un zeste plus près de lui qu'il ne faudrait. Je me dis d'abord qu'il va s'éloigner, comme il essayait tout à l'heure de garder sa libido bridée, mais il ne le fait pas. Pas du tout.
O
Au bout de trente minutes de visionnement, j'ai plus ou moins décroché du film. Je suis en train de m'endormir. Ce n'est pas que je n'aime pas le film, mais j'ai mal dormi, j'ai passé une journée difficile et j'ai juste envie de tomber dans les bras de Morphée. J'avais choisi un film intéressant exprès pour éviter de somnoler. Pour Drago, ça a marché. Il est ab-sor-bé. Enfoiré.
Nous nous sommes rapprochés depuis le commencement… En fait, je me suis rapproché. Lui, il a passivement subit. Je me suis callé contre lui assez vite. Ensuite, je n'ai fait que m'affaisser jusqu'à presque lui tomber dans les bras. Je me suis enroulé dans le jeté en laine de ma mère et je repose pitoyablement contre lui, baillant aux corneilles.
O
Je suis en train de devenir fou. Alors que je commençais à m'assoupir, Drago a passé un bras sur moi. Au début, je trouvais ça agréable, mais là c'est insupportable. Il me caresse depuis au moins dix bonnes minutes. Pas directement, mais sa main n'arrête pas de faire de longs et lents va-et-vient sur mon ventre. D'abord il n'a fait que la poser là, innocemment. J'ai senti la petite bête sauvage au creux de mes reins ronronner d'allégresse et je me suis dit : «Oh oh ! Tu n'aurais jamais dû me la rappeler celle-là. » Je pensais que ça resterait ainsi, mais il a doucement commencé à effleurer ma peau, puis à me flatter le haut de l'aine…et maintenant j'en suis là.
Je suis dur à mort ! Je ne peux pas juste me lever et aller dans la salle de bain, ce serait vraiment flagrant. Quoique c'est tout de même ce qu'il nous est arrivé, tout à l'heure…mais là je suis le seul. Parce que, oui, j'ai regardé, me demandant ce qu'il lui prenait, et il n'en est tout bonnement pas conscient.
Je pourrais me tourner, aussi, pour qu'il ne me touche plus là…mais j'ai pas envie… Quelle cruauté ! La vérité c'est que j'aime la façon dont Drago me touche.
Cette petite pécheresse indécente est en train de me rendre cinglé. Quand elle descend lentement vers l'élastique de mon jogging, millimètre par millimètre, et que, arrivée à la limite de son étirement, elle laisse la pointe de ses ongles coupés ras grafigner les deux centimètres de peau un peu plus sensibles que mon pantalon découvre… Merde ! Je pourrais hurler.
Je remercie, par ailleurs, le ciel que Drago ne puisse pas lire mes pensées parce qu'il ne verrait plus jamais sa main aussi blanche, pure et virginale qu'avant… Et qu'il me prendrait pour un fétichiste et qu'il foutrait le camp.
Soudainement, Drago éclate de rire, ça accentue la pression de ses doigts et je me contorsionne pour étouffer le gargouillement dans mon estomac. Un petit gémissement m'échappe, tout de même couvert par l'éclat de Drago. Bien joué, Forrest !
—Tu veux que je m'en aille, demande Drago, abruptement.
—Hein ? Non, pourquoi ?
—Tu n'écoutes pas. Ça te gonfle, je devrais y aller.
Il se hisse dans le canapé et je le repousse au fond abruptement.
—Non ! C'est juste que… Je l'ai vu souvent, je ne ris pas, mais j'aime ça. C'est drôle.
J'ai l'air plus désespéré qu'amusé, s'il faut être honnête, mais il est hors de question qu'il s'en aille, pas maintenant.
—Tu devrais juste aller te reposer…
—Non, je ne suis pas fatigué. Pas du tout, ça va.
—Arrête, tu es presque étendu sur ma cuisse. Tu ne tiens plus.
—Non, je suis en pleine forme, c'est l'extase…
Je blêmis. Pas un lapsus, pitié, pas un lapsus qu'il pourrait comprendre.
—Non, vraiment, tu as l'air crevé…
Ses doigts se ferment sur mon ventre et je manque de souffle.
—Hé, ça va ?
Il se redresse un peu plus et je saute sur mes pieds, lui tournant le dos, dépité et effrayé qu'il ne me surprenne. Je me décide à aller aux toilettes, mais un peu trop tard, et Drago m'attrape et me tire à lui.
—Qu'est-ce que tu as ?
Il ne semble pas si inquiet, mais plutôt énervé de ne rien comprendre.
Les mots restent coincés dans ma gorge et je m'étonne moi-même de réagir comme ça. Drago se lève à son tour et j'ai un hoquet de frayeur quand il me tourne complètement vers lui. Mon érection frotte contre sa cuisse et la honte me grimpe au visage.
—C'est…
Je n'ose par regarder la tête que fait Malefoy – et quelle tête il doit faire –, j'ai envie de m'enfoncer six pieds sous terre. Il va sûrement me dire d'aller régler le problème vite fait… Merde. Lui qui pouvait à peine me toucher l'épaule tout à l'heure. Je suis maudit.
Il lâche la prise qu'il avait sur mon bras.
Il va s'en aller.
Ces doigts m'effleurent en même temps que cette pensée. Sa main s'abat directement sur la zone.
Je me crispe tandis que mon souffle se perd et je fais un pas en arrière, pour me dégager.
—C'est à cause de ça ? m'interroge Drago.
Sa voix est captivante, plus grave, et son bras s'est raffermi dans mon dos, pour me retenir. Il se concentre très sérieusement sur sa tâche et ça me fait un effet incroyable. Mon propre soupir de contentement me trouble, comme si le son n'était pas le même que lorsque je m'occupe de ça moi-même.
—Approche, m'ordonne Drago en se rasseyant sur le canapé.
Confus, je le laisse me guider par les hanches. Il me mène jusqu'à lui, puis m'assied entre ses cuisses, callé contre lui dans le divan, jambes écartées. La situation me fait franchement rougir, mais l'attente de l'éventuelle jouissance est beaucoup plus importante que ma frayeur.
La main désormais plus tiède de Drago défait le lacet de mon pantalon et l'écarte juste assez pour se frayer un chemin à l'intérieur. Mes abdos se contractent en un sursaut, comme s'ils essayaient de défendre ma pudeur, et Drago me retient d'un bras solide. Il m'aplatit contre son corps et mes deux mains viennent se saisir de ses cuisses. On frémit en chœur.
Sa main gauche vient caresser mon torse et mes tétons, s'attardant sur mon cœur, parfois, comme pour vérifier que je suis toujours en vie. Ce qui ne devait pas être une mince affaire étant donné la vitesse à laquelle il battait. Sa main droite se remet alors en route, sa lenteur est une torture, puis elle s'empare de ma verge et là, ma foi, je gémis. Je gémis d'un plaisir coupable et inavouable. Un son qui sent le sexe à plein nez. Je lui caresse l'intérieur des cuisses, voulant le remercier et l'inciter à continuer, mais je me doute que je ne lui procure pas le quart du plaisir qu'il me donne en ce moment même.
Son premier va-et-vient me fait frissonner et je l'encourage en prenant un certain rythme, moi aussi, avec mon bassin. Je sens le sien se soulever derrière moi et son érection frotter contre mes fesses. Son souffle chaud sur ma nuque est à faire chavirer, ça et ce grondement guttural qui lui échappe par moment.
Je ne sens que trop la grande délicatesse qu'il met dans son geste, ce que je peux comprendre, étant donné le fait que nous ayons tous les deux une queue et que nous connaissons la douleur de se la faire malmener.
J'ouvre la bouche et réalise que j'halète. Je reprends mon souffle et murmure :
—Plus fort.
Drago s'exécute parfaitement. Il accentue la pression autour de ma verge qui me semble si pleine, prête à exploser. Je me fais de plus un plus brutal à l'endroit de sa propre érection, en réponse au plaisir qu'il me donne. La jouissance approche et je la sens, plus intense que jamais, comme une vague qui se creuse et se prépare à tout ravager sur son passage. Comme si le sang qui coule dans mes veines, se rendait tout entier entre les doigts de Drago. Mon souffle se fait de plus en plus saccadé et moi, je me fais de plus en plus bruyant. Je tends la tête en arrière et Drago vient me bouffer la gorge de baisers. Je viens violemment. Ensuite Drago retire sa main de mon pantalon.
Je ne me laisse pas le temps de reprendre mon souffle ou de me calmer, je fais volte face et viens écraser ma bouche contre la sienne. Mon genou glisse entre ses cuisses et ma main plonge jusqu'à son érection. Il m'attrape le visage, tout en m'embrassant et en gémissant, il m'ordonne de continuer encore et encore, puis il jouit à son tour, dans ma main.
Je roule à sa gauche, prêt à mourir, parce que j'ai connu le vrai orgasme. Un sourire extatique s'étale sur mon visage et je fixe le vide en reprenant mon souffle. C'est absurde, je suis encore puceau techniquement, mais je pourrais jurer sur ce que j'ai de plus cher au monde que tout le sexe se résume à cela.
Au bout de quelques minutes, Drago se relève. Je le suis des yeux en essayant de camoufler mon sourire-de-puceau-qui-vient-de-le-faire.
—Il va falloir que j'y aille.
—Quoi ? je m'écrie en faisant éclater en mille morceau ma bulle d'allégresse.
—J'ai mon match dans à peu près une heure et il faut que j'aille me changer, maintenant.
Il me fait un sourire très très concupiscent et je me rengorge sans la moindre once d'humilité, de la façon la plus nombriliste qui soit. Oh oui ! Tout ce plaisir était à moi.
Malgré tout, il revient sur le divan, m'enlace et m'embrasse, plus calmement. Je soupire d'aise, c'est simplement plus fort que moi.
—Reste, je m'entends lui demander.
—Je ne peux pas, il répond en s'éloignant.
Je vois qu'il a l'air nerveux et je me décide à la jouer cool.
—Tant pis, alors.
Je me penche et l'embrasse encore.
Finalement, il me quitte en me disant «A demain ! » en bonne et due forme, ce qui me fait regretter de ne pouvoir le garder avec moi. J'aurais pu lui dire de venir ici après le match, mais mes parents auraient été là et il n'aurait pas pu rester – plus, j'aurais dû dire à mes parents que nous nous voyions. J'aurais aussi pu lui demander de m'appeler, mais…je pense que nous n'en sommes pas encore là. Je ne sais plus trop. Au fond, ce qui s'est passé cet après-midi, au lieu de m'indiquer clairement où nous en sommes, m'a plutôt enfoncé dans mon doute.
Qu'est-ce qu'on fait, Malefoy ?
O
O
Mardi.
Il n'était pas à l'école aujourd'hui. Ou alors il a juste manqué le cours de math.
Peut-être qu'il ne voulait pas me voir…
Parkinson et Zabini étaient là et tout semblait normal. J'ai traîné avec Bailey, mais je n'ai rien dit à personne au sujet de…
De rien en fait.
O
Mercredi.
Je n'ai pas dormi de la nuit hier. Je n'arrêtais pas de me retourner dans tous les sens en me posant des questions. S'il me disait qu'il voulait seulement essayer des choses, est-ce que ce serait mal de lui donner mon accord ? Est-ce que je devrais lui dire que je suis prêt à le faire même si ce n'est pas parce qu'on est ensemble ? Juste pour voir comment c'est ? Et s'il fait tout cela pour tromper notre ennui ? Si c'est un jeu auquel il veut on s'amuse, entre amis ? Est-ce que là aussi je dois accepter ça ? Sachant qu'il peut très bien y en avoir d'autres, des amis ? Disons Zabini – quelle horreur ! Et où est-ce que s'arrêterait le jeu, hein ? Quand ? Est-ce qu'il faut tout faire, tout voir et tout essayer ?
Et si je tombais amoureux, moi ? Je ne voulais pas m'attarder à ça. Tout faire pour ne pas laisser cette idée s'insinuer dans ma tête.
Pas là aujourd'hui non plus. J'ai demandé à Bailey si elle savait quelque chose, mais rien. Pourtant elle est curieuse, elle me demande s'il y a du nouveau, je suis sûr qu'elle connaît la réponse. Mais je n'ai pas pu la lui donner.
Hermione sait. Je lui ai dit. Elle est étonnée et triste pour moi. Elle me suggère d'attendre.
Je me demande s'il ne lui est pas arrivé un accident.
J'ai regardé les nouvelles télévisées, mais rien.
Pas de Zabini. Ni de Parkinson.
O
Jeudi.
Toujours pas là.
J'ai appelé chez lui. Une fois. J'ai attendu une seule sonnerie. Et j'ai raccroché. Je suis nul.
Et je suis triste comme la mort.
À suivre...
(1) Citation de Quino
(2) SPM : Syndrôme Pré-Menstruel. C'est la raison pour laquelle les filles sont de mauvaise humeur lorsque la date de leur règle approche. Je pense que la plupart des Québecois connaissent ça, mais pas les Français.
STH
