Chapitre 10/
Un mois s'écoula sans qu'il se passe rien qui mérite d'être raconté. Yoshiki prenait de vraies vacances pour la première fois depuis longtemps. Il n'avait strictement rien à faire. Pas de projets de solos, pas de X Japan et il avait laissé la direction des affaires courantes de Extasy Records à sa mère qui en était la vice-présidente. Celle-ci, qu'il voyait souvent puisqu'elle était venue vivre à Los Angeles, se réjouissait d'ailleurs de le voir prendre un vrai repos et faisait tout pour lui faciliter la vie.
Se retrouver totalement libre avait d'abord produit une drôle d'impression sur Yoshiki. Depuis qu'il s'était lancé dans la musique, il n'avait jamais passé un seul moment sans avoir quelque chose à faire, même en congé. Au départ, il s'était mis à tourner en rond dans sa maison avec le désagréable sentiment que sa vie était complètement vide. Puis il avait découvert le plaisir qu'on ressent à se lever le matin en se disant qu'on n'a rien de particulier à faire et, par conséquent, que tout nous est permis. Il n'en profitait pas pour faire la grasse matinée non, il restait un incorrigible couche-très-tard et lève-très-tôt. Il n'en avait que plus de temps pour le plaisir.
Il s'occupait de lui et de son corps malmené par des années de jeu de batterie effréné. Il se faisait chouchouter par son kiné durant de longues heures de massages qui le soulageaient considérablement. Ensuite, vêtu le plus souvent d'un survêt léger, il sortait de chez lui pour faire un peu de jogging ou il marchait sur le front de mer où des dizaines de promeneurs à pieds ou en rollers venaient respirer l'air iodé.
Il n'y avait personne en train de se baigner car on était au mois d'octobre et le vent soulevait de gros rouleaux de mer grisâtre. Les yeux tournés vers l'horizon, vers le Japon, Yoshiki sourit en se demandant ce que ses amis pouvaient bien faire à l'instant.
Côté cœur, il se sentait mieux depuis qu'il était là. Ce mois passé tout seul au calme lui avait permis de faire le point sur beaucoup de choses. La douleur que lui avait causée la trahison de Junno s'était apaisée, ses sentiments aussi. Il s'était fait à l'idée qu'il s'était trompé et ne pensait désormais plus qu'à rebondir au sortir de cette parenthèse de sérénité.
Comme d'habitude, il ouvrit sa boîte aux lettres en rentrant chez lui cet après-midi là. Au milieu de cinq ou six lettres qui, au vu des petites cœurs dessinés sur les enveloppes devaient être des lettres de fans qui avaient réussi dieu sait comment à trouver son adresse, il y avait un pli sans aucune adresse dessus. Intrigué, Yoshiki l'ouvrit en pensant qu'il s'agissait peut-être d'un de ses prospectus de la mairie. Il s'agissait d'un billet, écrit à la main et lorsqu'il reconnut l'écriture, son cœur, si reposé jusque-là, fit un tel bond qu'il en eut presque mal. Il faillit jeter la lettre comme s'il avait peur qu'elle ne fasse voler en éclat le cocon douillet qu'il avait réussi à se construire. Mais ses doigts la tinrent pourtant fermement et il ne put s'empêcher de lire ce qui était écrit :
Bonjour Yoshiki.
Je préfère t'écrire plutôt que de me présenter devant ta porte, le risque est trop grand que tu me la fermes au nez.
J'ai appris ce qui t'es arrivé, comme tout le monde. Je te vois venir, non je ne suis pas en train de me réjouir ! Je suis plutôt consterné et furieux contre ce Junno. Et dire que quand je l'ai vu sur scène, j'ai pensé que X-Japan irait loin avec lui…Oui j'étais dans la salle ce jour-là.
Tu vas me trouver gonflé te dire ça après deux ans à nous faire la gueule mais je m'inquiète pour toi. Je sais ce qui te liait à Junno, ne me demande pas qui me l'a dit.
Je suis parti comme un lâche la dernière fois que je suis passé vous voir au studio. Je ne saurais pas vraiment t'expliquer pourquoi. J'étais gêné, je croyais que tu allais me jeter devant tout le monde. Et pourtant j'avais envie de te voir.
Dis Yoshiki, est-ce que tu m'aurais vraiment jeté ? Tu ne m'as jamais dit que tu me haïssais alors je me demande où nous en sommes aujourd'hui.
Je te donne mon numéro. C'est toujours le même mais tu l'as peut-être effacé de ton répertoire. Appelle-moi ou envoie-moi un texto que ce soit pour me dire « dégage de ma vie » ou « si on se voyait pour discuter ? » Je n'ai pas envie qu'on continue plus longtemps sur un non-dit.
A bientôt peut-être, Toshi.
Yoshiki n'en revenait pas et ne sut pas vraiment comment réagir. Il ressentait un mélange étrange de colère et de plaisir. De colère, parce qu'il trouvait effectivement que Toshi était gonflé et de plaisir parce qu'au fond de lui, il désirait cette entrevue.
Il y avait son numéro de téléphone écrit en bas de la feuille. Toshi avait bien fait d'y penser parce que Yoshiki avait réellement effacé son numéro dans un accès de rage lorsqu'il avait décidé de quitter le groupe. Il le connaissait toujours aussi bien.
Je l'appelle ou je ne l'appelle pas ? Yoshiki pensa qu'il valait mieux le faire tout de suite sinon, il risquait de ne plus en avoir le courage. De toute façon, Toshi était au Japon alors…
- Mais ?!!
Mais si cette lettre ne comportait pas d'adresse, ça voulait dire que Toshi l'avait posté lui-même, qu'il était ici ?!
Yoshiki rentra chez lui et décrocha son téléphone sans plus attendre. Il n'eut que le temps de deux sonneries pour entendre les battements de son cœur s'accélérer puis la voix de Toshi s'éleva dans le combiné :
- Allô ?
- Où tu es ? demanda abruptement Yoshiki sans se soucier d'être grossier.
- Oh Yoshiki…moi aussi je vais bien merci !
Le ton de Toshi était légèrement amusé ce qui tira un grognement mécontent à Yoshiki :
- J'ai trouvé ta lettre…tu es à Los Angeles ?
- Oui, à l'hôtel St James, celui qui est près des bureaux d'Extasy Records.
Yoshiki ne lui demanda pas s'il l'avait fait exprès et répondit sans plus attendre :
- Bouge pas, je viens te voir.
- Dois-je mettre un gilet pare-balles ?
Toshi semblait avoir dit cela avec plus d'inquiétude que d'humour réel tellement la voix de Yoshiki était sèche. Ce dernier s'en rendit compte et fit un effort pour parler avec un peu plus de douceur :
- Non, ne t'inquiète pas. Je ne viens pas chercher d'embrouilles. A toute à l'heure.
Pourquoi allait-il là bas au juste ? C'est la question qui traversa l'esprit de Yoshiki lorsqu'il prit ses clefs de voiture mais il ne s'accorda pas un instant pour y réfléchir. Il y allait, c'était tout, parce qu'il aurait sûrement regretté de ne pas le faire.
Il trouva l'hôtel sans mal et eut la surprise de trouver Toshi assis sur les marches du perron de l'hôtel. Ses éternelles lunettes de soleil vissées sur le nez, il leva la tête vers Yoshiki avec un léger sourire :
- Quelle voiture ! Je connaissais la Mercedes d'avant mais alors là, tu fais fort ! Ca peut rouler à quelle vitesse cet engin ?
- 300 km/h, répondit Yoshiki en agitant les clefs de sa Lamborghini blanche tellement reconnaissable que les fans lui écrivaient parfois sur son myspace qu'il l'avait vu passer en ville. Inutile de dire que je suis frustré quand je roule à cinquante en ville !
Toshi émit un petit rire, se leva et s'approcha de Yoshiki pour poser sa main sur son bras.
- Allons-y.
- Où ?
- N'importe où. On n'a qu'à sortir de la ville pour pouvoir rouler à toute vitesse dans le désert.
- Tu n'as pas peur que je t'assassine et que j'abandonne ton corps au milieu de nulle part ?
- Il faut savoir vivre dangereusement parfois.
- Arrête ton char, tu ne voulais jamais m'accompagner sur les montagnes russes quand on était mômes…
Toshi eut un sourire étrange :
- Tiens, tu te souviens de ça.
Puis il dépassa Yoshiki et alla lui-même s'asseoir à la place du passager car il savait déjà que Yoshiki acceptait. Ce dernier ne fut même pas surpris et rentra de bonne grâce dans la voiture qu'il démarra.
Quelles retrouvailles étranges…Pas de « bonjour », ni de « tu vas bien ? », pas de gêne, ni d'engueulade. C'était comme s'ils s'étaient quittés il y avait tout juste quelques heures.
Néanmoins, Yoshiki ne se sentait pas très tranquille avec Toshi si près de lui. Son attirance pour lui était revenue en force. Une personne extérieure aurait pu se demander comment Yoshiki pouvait être encore amoureux de Toshi après avoir connu Junno qui était beaucoup plus beau. Certes, Toshi n'était pas un modèle de canon mais autrefois, quand Yoshiki n'allait pas bien, il était capable de l'apaiser avec un mot, un geste ou l'un de ses sourires si chaleureux. Au fond, Yoshiki regrettait de ne plus pouvoir partager avec lui ce genre de moments et il se disait qu'il avait bien fait d'accepter de le revoir. Avec un peu de chance, ils parviendraient peut-être à reconstruire leur ancienne complicité ?
- Tu vas drôlement vite !
Yoshiki sortit de ses pensées et se rendit compte qu'il avait été très imprudent. Il avait conduit par réflexe jusqu'à la sortie de la ville, l'esprit complètement déconcentré. Ils roulaient à présent sur la large route qui menait au désert et comme Yoshiki ne faisait pas attention, le compteur affichait près de 160 km/h. Heureusement qu'il y avait beaucoup de distances entre les voitures ! La sienne étant décapotable, Toshi devait crier pour se faire entendre dans le vent qui leur fouettait le visage. Mais le sien était fendu d'un large sourire, signe qu'il ne craignait pas du tout la vitesse.
- Regarde ! dit Yoshiki en indiquant à Toshi un panneau bleu célèbre qui indiquait qu'ils étaient sur la route 66.
- Ah génial ! On se croirait dans un film !
L'idée de Yoshiki était de rouler jusqu'au prochain bled où ils pourraient acheter des sandwichs et se payer une bière comme dans un bon vieux road-movie. Lorsqu'il vit Toshi se lever, s'accrocher au pare-brise pour mieux sentir le vent, il se sentit tout d'un coup léger et même euphorique. C'était comme avant, comme si ces trois dernières années n'avaient pas existé.
Le vent les empêchant de vraiment discuter, Yoshiki décida de mettre la radio à fond. C'était quelque chose qu'il adorait faire : rouler à grande vitesse avec de la musique. Quand il était seul, il lui arrivait même de chanter. Il pouvait constater à chaque fois à quel point il chantait faux mais, au moins, personne ne l'entendait !
Lorsqu'il enclencha le lecteur CD, il se rendit compte qu'il avait oublié de retirer l'album Jealousy. Oui, il écoutait son propre groupe ! Et comme c'était Toshi qui chantait, il n'avait pas le sentiment d'être narcissique. Toutefois, il fut gêné lorsque l'intro de Silent Jealousy retentit. Toshi était vraiment là cette fois et il se demanda si c'était une bonne chose de lui mettre cela dans les oreilles. Et pourtant, à sa grande surprise, Toshi se mit à headbanguer et à chanter le plus fort qu'il pouvait contre le vent, son sourire aussi large que possible.
- Yoshiki chante !
- Rêve toujours !
- Rho allez, je me moquerai pas promis !
- Nan ! Et par pitié, assis-toi, si jamais je freine, tu vas passer par-dessus bord.
Toshi lui tira la langue mais se rassit quand même sans cesser de se trémousser et de chanter. Et Yoshiki l'écouta pendant une bonne heure, le temps d'arriver dans un petit bled appelé Williams, un de ces mini-villages perdus au milieu du désert de Californie, toujours propices à des évènements terrifiants dans les mauvais films d'horreur.
- Mon dieu, les gens doivent se faire chier ici ! commenta Toshi en jetant un coup d'œil aux baraques en bois.
- Tu serais surpris du nombre de touristes qui passent par ici, répondit Yoshiki. Mais en ce moment, c'est vrai que ce n'est pas la saison. Allons voir ce qu'on trouve à manger dans la supérette.
- Je crois que je ferais mieux de rester là pour surveiller la voiture, dit Toshi. Elle est un peu voyante pour un coin pareil, tu vas te la faire voler !
- Ah d'accord ! De toute façon, je sais ce que tu aimes, dit Yoshiki en sortant de la voiture. Crie bien fort si on t'agresse !
Ce ne fut heureusement pas nécessaire. Yoshiki acheta ce qu'il fallait mais, comme il avait de discuter tranquillement avec Toshi, il décida qu'ils emmèneraient la voiture à l'écart du bled et qu'ils mangeraient là.
Ils s'installèrent donc, toutes portes ouvertes, au bord de la route. Heureusement que le temps était couvert parce qu'il n'y avait aucun endroit ombragé où s'abriter.
Toshi se leva pour se dégourdir les jambes tandis que Yoshiki restait assis à sa place. Il regarda longtemps le dos de celui qui avait été son meilleur ami. Devait-il le dire au passé ? Depuis la séparation, il clamait que son meilleur ami était hide mais à présent, il comprenait qu'il n'en voulait plus à Toshi. La facilité avec laquelle ils s'étaient retrouvés prouvait à quel point leur relation était spéciale.
- Tu as toujours une bonne voix, dit-il soudain. Mais tu as un peu perdu dans les aigus. Je suppose que tu ne la travailles plus comme avant.
Surtout pas avec le genre de musique qu'il faisait maintenant. En dépit de toute l'affection qu'il pouvait avoir pour Toshi, il ne pouvait pas cesser de penser que sa carrière solo actuelle était un véritable gâchis.
Toshi se retourna. Il avait le soleil derrière lui de sorte que Yoshiki ne pouvait pas vraiment lire son expression. Mais il répondit d'une voix douce :
- Non, c'est un peu la relâche depuis que je suis parti, par rapport à ce que je faisais pour X.
Yoshiki hocha la tête et sortit de la voiture pour venir s'asseoir sur le capot, une bouteille de bière à la main. Il avait envie de mettre directement les pieds dans le plat et ne tarda pas davantage à mettre son envie à exécution car il savait que Toshi ne s'énerverait pas si lui-même restait calme en cas de…divergences.
- Toshi, pourquoi es-tu à Los Angeles ? Ne me dis pas que tu es venu juste pour moi.
Toshi vint s'asseoir à côté de lui sur le capot chaud et Yoshiki ne vit plus que son profil à demi caché par ses cheveux noirs :
- Non, je te rassure, répondit-il. J'avais des choses à faire, Masaya a une filiale ici. Mais quand j'ai su que tu étais là, je n'ai pas résisté à l'envie de te contacter.
- C'est hide qui t'a tout raconté n'est-ce pas ?
- Ne lui en veux pas, dit Toshi. Il…il a toujours été triste de ce qui s'est passé…entre nous.
- Oui je sais, je ne lui en veux pas. Je trouve même qu'il a bien fait parce que je suis content de te voir.
Voilà c'était dit. Le premier pas était toujours le plus difficile. Yoshiki avait cru qu'il aurait plus de mal à le dire mais finalement, c'était sorti tout seul et sans douleur. Et il en fut récompensé lorsque Toshi lui répondit tout aussi sincèrement :
- Je suis content que tu le prennes comme ça. J'aurais dû essayer de reprendre contact avec toi plus tôt.
- Oh non, tu arrives juste au bon moment, répondit Yoshiki avec un léger rire. Avant, j'étais avec Junno qui t'avait remplacé et je n'aurais pas forcément bien réagi.
Parce que j'aurais été très embêté entre mes sentiments pour Junno et ceux que je ressens pour toi…
- Et encore avant, ajouta Yoshiki, j'aurais été encore trop en colère. Tu sais, il m'a fallu un moment pour digérer ton départ.
- Oui je m'en doute…
- S'il te plaît Toshi, je n'ai pas envie de parler maintenant de ce qui s'est passé. On vient de se revoir, tout va bien, je ne veux pas replonger déjà dans les souvenirs de ce qui nous a séparé.
- Oui d'accord, je comprends. Tu te rends compte que nous n'avions jamais été séparés aussi longtemps ? Depuis nos cinq ans, le plus long temps qu'on a dû passer l'un sans l'autre c'était sûrement quand tu t'es retiré six mois à Los Angeles pour finaliser Art of Life.
- Oui je crois…, murmura Yoshiki en sirotant pensivement sa bière.
Toshi près de lui qui lui parlait doucement avec un sourire dans la voix. C'était un moment qu'il avait dû vivre mille fois depuis qu'il le connaissait et il réalisait maintenant à quel point cette chose toute simple lui avait manqué.
- Yoshiki, demanda encore Toshi, tu n'es pas trop malheureux de la trahison de Junno ? Je m'attendais à te voir déprimé mais j'ai été soulagé en voyant que tu avais bonne mine.
- J'ai été malheureux pendant un moment, répondit Yoshiki. Franchement, ça a été un énorme coup de massue. Mais depuis que je suis en vacances ici, ça va mieux. Je n'y pense plus et je laisse faire la police. Ils sont toujours introuvables mais on finira bien par leur mettre la main dessus.
- Et le groupe ? Que va-t-il devenir ?
- On va encore chercher un autre chanteur.
- Ca va être difficile.
- On n'a pas le choix. A moins que tu ne veuilles revenir.
Yoshiki eut comme une pointe de regret d'avoir dit tout haut l'espoir qu'il nourrissait en secret depuis qu'il avait retrouvé Toshi. Mais ce dernier soupira légèrement :
- Je ne peux pas Yoshiki, je suis désolé. Si je suis parti avec pertes et fracas, ce n'est pas pour revenir trois ans plus tard. Je n'ai pas encore trouvé ce que je voulais.
- Ah oui ? Il faudrait que tu m'expliques un peu ce que tu espères trouver en chantant pour des gamins ou pour des vieillards, rétorqua Yoshiki avec une pointe d'aigreur venue de sa déception.
Pour le coup, Toshi aurait pu se vexer mais il répondit avec un calme parfait :
- Tu sais à quel point j'allais mal quand je suis parti. J'essaie juste de me reconstruire, de mener une vie dont je puisse être fier. Une vie pure.
- Et c'est moi qui t'ai mis dans cet état ? demanda Yoshiki avec un pincement au cœur.
- Pas seulement toi, c'était tout un ensemble de choses. Mais moi non plus, je n'ai pas envie de parler de ça maintenant.
- Quoi que j'aie pu te faire, est-ce que tu m'as pardonné ?
Toshi releva la tête et lui adressa un sourire franc :
- Tu crois vraiment que j'aurais déposé cette lettre dans ta boîte si je ne t'avais pas pardonné ?
Yoshiki n'eut pas le temps de répondre que Toshi lui avait déposé un bisou sur la joue. Un geste d'enfance qui le toucha profondément.
Comme le soleil allait se coucher, ils décidèrent de rentrer en ville. Malheureusement…
- Merde ! Pourquoi ma caisse ne démarre pas ?!
Yoshiki avait beau tourner et retourner la clef, le moteur se contentait de tousser avant de s'arrêter. Aucun moyen de rentrer. Les deux amis s'entre-regardèrent et poussèrent le même soupir consterné.
- On est dans la merde…
- Je ne te le fais pas dire…
- Y'a un garage dans ce trou à rats ?
- Je crois oui, derrière la buvette. Ce n'est pas loin.
- Tu te sens prêt à pousser la voiture ?
- Ben va bien falloir…
Et voilà les deux compères qui sortent de la voiture et la poussent à l'arrière. Ils n'avaient pas l'air fier, c'était le moins qu'on puisse dire ! A un moment donné, Toshi fut pris d'un irrépressible fou rire.
- T'as respiré trop de poussière ou quoi ? voulut savoir Yoshiki.
- Je pensais juste que c'est incroyable ce qui nous arrive là. On vient de se réconcilier et on trouve le moyen de tomber en rade dans le trou du cul des États-Unis !
- J'vois pas ce qui y'a de drôle…marmonna Yoshiki sous l'effort.
- Ben rien…et là je pense à une photo de toi dans le prochain tabloïd en train de pousser ta belle bagnole qui marche plus dans ce bled !
Le rire de Toshi était si communicatif qu'il finit par s'étendre à Yoshiki. Il fallut qu'ils s'arrêtent pour calmer leur fou rire avant de repartir.
Ils arrivèrent enfin au garage où un mécanicien ventru et serviable jeta un œil à la mécanique et décréta une surchauffe du moteur :
- Ce sera rien messieurs ! Elle sera prête à repartir demain matin !
- Demain ? fit Toshi. Mais où pouvons-nous passer la nuit ?
- Ben y'a un motel à la sortie du village. Vous pouvez y aller, y'a pas grand-monde en ce moment.
- Merci beaucoup, nous repasserons demain.
Mais le chanteur eut bien du mal à entraîner Yoshiki qui avait autant de mal à quitter sa voiture qu'une maman son enfant au premier jour d'école.
- On va pas la laisser là, on va me la piquer !
- Yoshiki, on n'a pas le choix. Et un garage est toujours le plus sûr endroit où nous pouvons la laisser. Elle ne serait pas plus en sécurité dans le parking du motel !
Yoshiki fut bien obligé de céder.
- Quelle poisse…
- Oh aller, prend-le comme une aventure comique !
- Quand on sera rentrés peut-être…
Le motel à une étoile fournissait des chambres au confort spartiate. Ils prirent une chambre double avec deux petits lits séparés et l'humeur de Yoshiki ne s'améliora pas en entrant dans la pièce à l'odeur de renfermé.
- Pas le grand luxe ici…
- Tu t'attendais à quoi ? demanda Toshi en se jetant joyeusement sur son propre lit. Tu es trop habitué à descendre dans des palaces Yoshiki, tu as perdu l'habitude de la simplicité !
- Dis tout de suite que je suis devenu snob !
- Oh loin de moi cette idée ! rétorqua Toshi d'un air impertinent.
Dehors la nuit tombait. Comme aucun d'eux n'avait faim, ils décidèrent de rester dans leur chambre jusqu'au lendemain. Les poignets de Yoshiki, fragilisés par la batterie, lui faisaient mal depuis qu'il avait poussé la voiture.
Toshi vint s'asseoir près de lui en le voyant masser ses poignets :
- Tu as mal ? J'aurais dû penser que ça ne te ferait pas du bien.
Il prit délicatement le poignet droit de Yoshiki et le palpa jusqu'à ce qu'il se crispe, indiquant le point douloureux. Ensuite, il le massa délicatement, faisant chauffer doucement les articulations pour calmer la douleur. C'était quelque chose qu'il faisait autrefois et il n'avait pas perdu la main. Le cœur dilaté d'une joie douce, Yoshiki se laissa faire et ferma les yeux pour mieux apprécier le contact. Comme il était bien là avec Toshi près de lui.
Toshi s'occupa également de l'autre poignet et lorsqu'il eut fini, Yoshiki était sur le point de s'endormir.
- T'as des doigts de fées, murmura-t-il. Je n'ai plus mal.
Toshi sourit et lui caressa doucement le front. Yoshiki se rendit alors compte qu'il portait toujours ses lunettes de soleil. Une manie qu'il avait d'oublier de les retirer même à l'intérieur. Il leva une main et les lui retira.
- C'est la première fois que je vois tes yeux aujourd'hui.
Toshi rit, un peu confus :
- Oui je sais, je suis incorrigible avec ces lunettes !
Yoshiki contempla son visage comme s'il ne l'avait jamais vu et se sentit soudain une telle envie de l'embrasser qu'il préféré se tourner sur le côté en faisant mine de vouloir dormir :
- J'suis fatiguéééé !
Il sentit Toshi lui donner une tape sur l'épaule :
- Moi aussi, je vais me coucher. Bonne nuit Yo-chan.
Yoshiki se retourna brusquement à ce surnom et sourit largement :
- Toi aussi To-chan.
Yoshiki se retourna vers le mur et Toshi éteignit la lumière. Il l'écouta remuer dans son lit et, au bout de plusieurs minutes, il l'entendit respirer régulièrement .Sûr qu'il dormait, il se tourna de l'autre côté, vers lui. Coup de chance, Toshi dormait sur le dos, un bras au-dessus de sa tête. S'il avait pu, Yoshiki serait venu se coucher près de lui pour le serrer dans ses bras. Mais il dut se contenter de le regarder et ne s'en priva pas, jusqu'à ce que ses paupières lourdes se ferment d'elles-mêmes.
