Et voici le nouveau chapitre, avec le POV d'Alyssa sur la révélation d'Astrid ! On va revoir quelques visages familiers, il va y avoir des larmes, de la PASSION, du désespoir, et... De l'alcool, évidemment xD Anyway, j'espère que le chapitre précédent vous a plu, et que celui-là va vous plaire tout autant ! Enjoy !
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Yo Heirei ! Ca faisiat longtemps que t'étais pas passée. ET TU T'APPELLE ASTRID ! La chaaaance, je rêverai d'avoir ce nom. Il est tellement classe. D'où mon choix pour le prénom de mon ange, du coup x) Anyway, merci beaucoup !
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Une joyeuse St Valentin
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– … Et tu es un ange ! s'insurgea Alyssa avec colère. Tu comptais me le dire ? Un ange, non mais sérieusement. Un ange !
– Oui, je suis au courant, sourit faiblement Astrid.
– Mais moi je ne l'étais pas ! s'indigna Alyssa
Elle fusilla Astrid du regard, manquant de mot pour exprimer sa rage et son sentiment de trahison, puis elle se volatilisa.
Alyssa avait instinctivement tendu son esprit vers un endroit où elle se sentirait en sécurité. Lorsqu'elle réapparut, elle réalisa qu'elle s'était téléportée dans la maison du Dakota, par réflexe. Elle émit un grondement de rage. Où aller ? Crowley aurait été son premier choix, mais il était en fuite… Elle secoua la tête, résignée, et se téléporta à nouveau.
Elle réapparut dans l'appartement de Léo. Sous les yeux de ce dernier. Le jeune homme poussa un hurlement aigu et laissa tomber les sacs de courses qu'il avait dans les mains. Attirée par le bruit, Barbara fit irruption dans la pièce, un paquet de biscuits dans une main et un stylo agressivement brandi dans l'autre :
– Quoi, quoi ?! Qu'est-ce qu'il se passe ? Oh, Alyssa !
– Elle a… Elle s'est… Elle est apparue par magie ! s'étrangla Léo. T'as pas vu ça ?
Barbara ouvrit de grands yeux et se tourna vers Alyssa :
– Vraiment ?
Alyssa fut brièvement déchirée entre son instinct démoniaque lui soufflant d'éviscérer ces deux emmerdeurs pour calmer ses nerfs, et son côté humain qui voulait se plaindre et s'indigner, de préférence devant un public. Heureusement pour Léo et Barbara, après tout ce temps passé auprès du club anarchiste, Alyssa était devenu moins antisociale que le démon moyen.
Et puis, elle se souvenait toujours avec affection des lasagnes de Léo.
– J'ai besoin d'alcool ! gémit-elle en s'effondrant dans les bras de Barbara. Et d'un câlin, j'ai vraiment besoin d'un câlin là !
La sœur de Léo eut le mérite de s'adapter très vite aux circonstances et étreignit la démone en lui tapotant dans le dos, tandis qu'Alyssa pleurnichait sur son épaule.
– Va chercher la vodka et le rhum dans le frigo, lança Barbara en dirigeant lentement Alyssa vers le canapé. Je sens qu'on va en avoir besoin.
– Mais elle est apparue par magie, fit faiblement Léo.
– Bah les voies du Seigneur sont impénétrables, qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Allez, magne-toi, tu vois pas qu'elle pleure ?! Ah les mecs, tous des incapables !
Léo obéit dans un état second, tandis qu'Alyssa et Barbara allaient s'asseoir sur le canapé de l'appartement. Lorsque Léo revint avec trois verres, qu'il remplit généreusement, la démone s'était déjà un peu calmée.
– Ça va mieux ? fit Barbara en tapotant avec sollicitude le dos de la petite brune.
Celle-ci hocha la tête, le menton tremblotant misérablement. Dès que Léo eut rempli les verres, elle attrapa le sien et le vida cul-sec.
– Alors, qu'est-ce qui t'est arrivé ? fit finalement Barbara. T'as croisé un chien des enfers ?
– C'est Astriiiiiid…
– Évidemment, marmonna Léo. Eh, mais, attends, tu m'as toujours pas dit comment t'avais fait pour apparaître au milieu de mon appart' !
La démone décida qu'elle n'était pas à un drame près et que ces deux humains étaient tout à fait aptes à encaisser la vérité, alors elle déclara platement :
– Oh, ça c'est rien, je me suis téléportée.
– Tu t'es quoi ?! s'étouffa Léo.
– Oh mon dieu je savais que tu étais spéciale ! s'échauffa Barbara. C'est pour ça que t'es calée en démonologie et en trucs surnaturels, tu es secrètement un agent du Vatican avec des superpouvoirs, hein ? Hein ?!
L'expression d'Alyssa se figea quelque peu. Ah oui. Oups. Barbara et son obsession de la consommation du surnaturel, ça lui revenait maintenant…
– Non, en fait je ne suis pas humaine…
Léo commença à hyper-ventiler, et Barbara lui colla un sac en papier entre les mains sans même tourner les yeux vers lui. Elle regardait fixement Alyssa d'un air fasciné qui n'était pas sans évoquer le regard d'un psychopathe.
– Je le savais, murmura l'humaine. Le surnaturel existe…
– Oui, avoua Alyssa.
– Alors t'es quoi ? Mutante ? Loup-garou ? Vampire ?
– Euuuuh, je suis un démon.
Léo devint tout blanc, et se mit à respirer frénétiquement dans son sac en papier. Les yeux de Barbara se mirent à pétiller :
– Trop bien !
– Ne sors pas le ketchup, glapit Alyssa. Je suis non-comestible !
– Et ça te fait mal, les crucifix ? s'enquit Barbara avec une curiosité morbide. L'eau bénite ? Le sel ? Le poivre ? La messe ? Le latin ? Ma présence de catholique convaincue ?
La démone lui jeta un regard exaspéré :
– Eh, tu es censée me consoler, pas chercher des moyens de torture !
– Oups, pardon.
– Elle n'a pas tort, fit Léo qui avait repris des couleurs (même s'il se cramponnait toujours à son sac en papier). Qu'est-ce qui t'est arrivé ?
Le menton d'Alyssa se remit à trembloter, et elle fondit en larmes :
– Astrid m'a mentiiiii !
– Quoi ? s'indigna Barbara ! Mais c'est horrible ! Comment est-ce qu'elle a osé ?
– Une minute, fit lentement Léo. Elle est humaine, au moins, Astrid ?
– Oh, non. C'est un ange.
Du coup Léo se remit à hyper-ventiler dans son sac, tandis que Barbara, hérissée une seconde plus tôt, se calmait soudain et prenait un air songeur :
– Ah, dans ce cas c'est différent…
– Non, ça l'est pas ! s'indigna Alyssa.
– Bah, si, quand même, un ange, c'est le top du top niveau divin, alors je suis sûre qu'elle avait une raison, vu que notre Seigneur est infaillible.
– Mais justement, ses raisons étaient des raisons à la con ! Elle m'avait dit qu'elle était une Illusionniste, et c'était cool, je veux dire, qui n'est pas fan des créatures du chaos à tendances homicides ?
Léo se mit à respirer encore plus vite dans son sac en papier, devenant de plus en plus pâle. Mais Alyssa n'en avait pas fini :
– Mais là il s'avère que c'est un ange ! Et les anges, ça tue les démons ! Et c'est pas le pire problème ! Le problème c'est qu'elle m'a rien dit ! Bordel, on vit ensemble, on a assassiné des gens en duo, on a monté un complot terroriste et même participé à la fugue de l'Antéchrist, elle aurait pu me dire qu'elle avait des plumes, merde !
Léo renonça à son sac en papier, et laissa tomber sa tête dans ses mains en gémissant avec un désespoir qui n'était sans doute qu'à moitié feint :
– Pourquoi moiii…
Barbara le repoussa sans ménagement, et enveloppa Alyssa dans un câlin réconfortant qui faillit bien casser trois côtes à la démone.
– T'inquiète, je suis sûre qu'elle regrette.
– Elle a intérêt, oui ! tempêta la petite démone.
– Tu vas aller la voir, elle va s'excuser et tout va s'arranger sans problème, poursuivit Barbara en relâchant Alyssa de son étreinte.
– Comment ça, je vais aller la voir ? s'indigna la petit brune. Et si je veux plus jamais la voir, hein, t'y as pensé à ce cas de figure ?
Barbara haussa un sourcil, comme une mère confrontée à un gamin faisant un caprice :
– Parce que tu ne veux plus jamais la voir ?
– Euh…
– C'est bien ce que je pensais, fit l'humaine d'un ton suffisant. Et puis, en plus, c'est un ange. Le top du top, la crème de la crème, la cerise sur le gâteau. Le degré d'au-dessus serait de draguer Jésus, mais ça serait du blasphème.
– Ça serait surtout de la nécrophilie, marmonna Alyssa.
Barbara l'ignora, et pointa agressivement un doigt vers la démone :
– Tu la laisses filer, et je te le pardonnerai jamais. Capiche ?
Alyssa se laissa tomber contre le dossier du canapé, croisant les bras d'un air boudeur, avant de soupirer d'un air faussement contrarié :
– D'accord, d'accord ! Mais pas tout de suite. Je vais la laisser mariner dans son jus.
– Demain, pas plus tard, contra Barbara. C'est le jour idéal.
– Bah, pourquoi ?
– Parce que demain c'est la St Valentin, espèce de créature du diable. Il n'y a rien de plus romantique.
Alyssa ouvrit la bouche pour dire que : premièrement, elle n'était pas une créature de Lucifer, merci bien, et deuxièmement, elle ne sortait pas avec Astrid : puis elle se ravisa, et se contenta de soupirer d'un air dramatique :
– D'accord, d'accord ! Bon. Distrayez-moi en attendant.
– Voilà autre chose, marmonna Léo. On pourrait, euh, aller voir un film ?
– Ou bien on pourrait coucher ensemble, proposa joyeusement Barbara. Si ça se trouve, ma foi te purifiera et tout !
Léo regarda Alyssa, qui avait l'air de considérer l'idée avec appréhension et un peu de curiosité, puis regarda Barbara qui la fixait avec un large sourire digne d'Hannibal Lecter, puis il se leva du canapé et déclara platement :
– Ouais, ben moi, je vais voir un film.
oOoOoOo
Alyssa marchait dans les rues de New York, l'esprit ailleurs. Il faisait nuit, et plutôt froid. Février à New York, ça voulait évidemment dire qu'il faisait une température digne du cercle polaire… Heureusement qu'Alyssa, en tant que démone, était insensible au froid. Elle aurait chopé une pneumonie si elle avait été humaine. Au lieu de ça, elle s'amusait à souffler des panaches de buée blanche.
Comme les humains avaient besoin de dormir, la démone avait laissé Barbara et Léo roupiller (après s'être platement excusée auprès de Léo de ne rien lui avoir dit, lui avoir assuré qu'elle n'allait pas le tuer, et lui avoir rappelé qu'elle avait toujours adoré sa cuisine), et était partie se changer les idées avant de retourner chez Astrid. Elle espérait à moitié tomber sur une bande de voyous bourrés ou un agresseur éventuel, pour se calmer les nerfs. Elle était loin d'être une bagarreuse, mais elle était une démone : la violence, c'était son péché mignon…
Malheureusement, les rues étaient désertes. Elle soupira, pêcha son téléphone portable dans son sac, et sélectionna un numéro dans sa liste de contacts, avant de porter l'appareil à son oreille au bout de deux sonneries, on décrocha.
– Allô ? lâcha une voix méfiante.
– Hey Crowley, fit la petite brune avec un large sourire. Comment va la vie ?
– Mal, fit sèchement le démon. Je suis poursuivi par les sbires du diable, tu as oublié ?
– Bouh, pauvre de toi, fit Alyssa d'un ton sarcastique. Ça serait pas arrivé si tu m'avais parlé du pistolet magique !
– … Pourquoi est-ce que tu m'appelles ? lâcha Crowley d'un ton résigné.
– Bah, je me suis disputée avec Astrid, et…
– Alors quoi, je suis ton second choix ? s'offensa Crowley.
– Techniquement tu es mon troisième choix, je sors juste de chez les frangins second choix. Plus précisément du plumard d'un des membres de la fratrie. Mais bref ! Alors en fait Astrid et moi on…
– Je veux pas savoir ! la coupa Crowley. Ça fait vingt-cinq ans que je t'ai dit que je n'écouterai plus tes peines de cœur et je n'ai pas changé d'avis. Va pleurnicher sur l'épaule de quelqu'un d'autre !
– Eh ! se vexa Alyssa. T'es censé être mon allié !
– Oui, mais pas ton journal intime. Démerde-toi.
Et il raccrocha. Alyssa fixa son téléphone avec incrédulité, complètement indignée, et s'exclama dans la rue vide :
– Je t'ai mis sur un foutu trône, pignouf ! Elle est où la reconnaissance ?! Ingrat ! Fils de… Fils biologique de pute ! T'as de la chance que ta mère adoptive soit une démone cool, va ! J'espère que tu vas passer une St Valentin de merde, nah !
Elle fourra rageusement le portable dans son sac à main, et poursuivit son chemin à grands pas. Au bout d'une ou deux minutes, cependant, elle ralentit. Elle ne savait pas vraiment où elle allait… Avec un lourd soupir, elle renversa la tête en arrière, fixant le ciel. La lumière artificielle des réverbères empêchait de distinguer les étoiles, et le ciel nocturne était d'un noir d'encre. Déprimant.
Elle soupira à nouveau, lourdement. Bon. Si elle n'avait personne à embêter et plus aucun public auquel se plaindre… Il n'y avait plus qu'une chose à faire.
Elle se téléporta.
Elle réapparut chez Astrid. Il faisait nuit noire mais comme l'Illusionniste ne dormait pas, la maison était toujours éclairée. La télé était allumée et un documentaire sur les loutres passait : Gabriel et Astrid le regardaient, vautrés sur le canapé, le premier en grignotant des bonbons et la deuxième coincée entre deux chats avachis à moitié sur elle.
– Alyssa ! s'exclama Astrid en se levant d'un bond.
Les deux chats qui roupillaient sur elle tombèrent au sol avec un miaulement offensé, et s'éloignèrent d'un air vexé. Gabriel, lui, haussa un sourcil, puis déclara sans bouger du canapé :
– Bon, je vous laisse, hein.
Et l'instant d'après, il n'était plus là. Astrid, grâce à la balise placée sur le Vaisseau de son frère, devina immédiatement qu'il s'était rendu au Nouveau Mexique, sans doute en quête d'une fille facile et d'une blague homicide à lancer.
L'ange et la démone restèrent face à face une seconde, sans rien dire, à se regarder avec embarras. En fond sonore, le documentaire expliquait joyeusement que les petits loutrons restaient avec leur mère jusqu'à l'âge de six mois. Finalement Alyssa se racla la gorge et croisa les bras :
– J'espère que tu es désolée.
– Ça dépend, fit Astrid après un temps de surprise. Techniquement, oui…
– Seulement techniquement ?!
– Eh ! Je vois mal comment j'aurais pu t'annoncer ça ! Surtout avec, euh, le contexte de l'Apocalypse et des anges étant des connards de manière générale.
Alyssa émit un reniflement amusé, mais ne se détendit pas pour autant :
– Pas faux. Sur quoi d'autre tu m'as menti ?
Astrid leva les mains en signe de reddition :
– Pas grand-chose. Je suis effectivement arrivée sur Terre il y a deux-mille ans, parce qu'à force de jouer les grandes gueules j'étais à deux doigts de la Chute, et que j'ai donc préféré fuguer. Depuis, je me cache du paradis. Et j'évite de chasser les démons sans le club anarchiste au cas où ils pourraient parler de moi à Lucifer, que j'évite également. Tu te souviens que je t'ai parlé de Sealiah ?
Alyssa hocha la tête, et Astrid continua :
– C'est moi. C'est mon vrai nom, je veux dire. Et ce que je t'ai dit sur Sealiah devrait combler les vides sur ce que je ne t'ai pas dit à mon sujet.
Alyssa finit par hocher la tête, lentement. Babybel, un chat blanc rondouillard, se frotta aux pieds de la démone, qui l'attrapa d'un geste absent et se mit à le caresser, déclenchant un ronronnement assourdissant pour une si petite bête. Astrid sourit brièvement, puis reprit son sérieux :
– Tu le soupçonnais, non ?
– Que tu sois un ange ? devina Alyssa. Non, pas du tout. Mais je savais que tu n'étais pas une Illusionniste. Tu es trop puissante, trop dangereuse. Je me disais que tu devais avoir un lien avec l'Enfer, peut-être. J'étais carrément à côté de la plaque.
Son ton était devenu légèrement amer, et Astrid secoua la tête :
– Non. Enfin, si, tu étais à côté de la plaque pour envisager l'Enfer. Mais pour le reste, pour moi, tu ne te trompais pas. Tu réalises que c'est comme ça que j'ai pu te retrouver ?
Alyssa eut l'air sceptique :
– Tu n'étais pas en train de me suivre ?
– Pas du tout, je chassais, sourit l'ange. Mais je t'ai entendue m'appeler, alors… J'ai laissé ta prière me guider et pan, voilà que je me suis retrouvée là.
Et elle avait sorti Alyssa d'une situation plutôt délicate. Encore. Comme au bon vieux temps…
– Ma prière ? releva Alyssa en reposant Babybel le chat par terre. Je suis un démon, ma vieille, si je priais j'en ferais probablement un anévrisme.
Astrid leva les yeux au ciel puis, comme la tension s'était un peu dissipée et qu'elle en avait marre d'être debout, elle se laissa retomber dans le canapé et baissa le son de la télé. Suivant son exemple, Alyssa s'assit sur un fauteuil, à distance respectueuse.
– Je ne parle pas du fait de réciter des Ave Maria, lâcha l'ange avec un sourire en coin. Je parle d'un appel qui vient du fond de l'âme. Tu ne connaissais même pas mon vrai nom, mais tu me connais tellement bien que tu as quand même réussi à diriger ton appel vers moi, à m'atteindre, alors que ça fait des années que je suis habituée à bloquer les pensées parasites de croyants qui m'appellent.
Alyssa la fixa sans rien dire, puis se gratta le nez et regarda ailleurs en maugréant :
– Oui, bon, j'étais un peu dans la merde alors c'était purement instinctif, hein.
Ça n'empêcha pas Astrid de sourire jusqu'aux oreilles. La démone lui jeta un regard en coin, et sourit, elle aussi :
– Et tu m'as entendue alors que tu bloques le reste des gens ? la taquina-t-elle. Je savais que tu m'adorais.
– En fait je t'ai entendue parce que tu me connais tellement bien que ton appel était très précis, très focalisé, fit Astrid d'un ton dégagé. Tu as traversé mes barrières habituelles parce que ces barrières sont destinées à repousser les inconnus et que, comme me l'a dit Gabe il y a six heures, « l'amour transcende toutes les barrières ». Donc techniquement, c'est toi qui m'adores.
Alyssa se mit à postillonner et protester en bafouillant, rouge comme une betterave, ce qui fit bien rigoler Astrid :
– T'inquiète, va. Je t'adore aussi.
– T'as une drôle manière de le montrer, bougonna la démone.
– Espèce d'ingrate, j'ai tué deux types pour tes beaux yeux, tu devrais être contente.
– Tiens oui, c'est vrai ça, se rappela soudain Alyssa. Vu que les frères Winchester sont morts, ça veut dire que l'Apocalypse est finie ?
Elle avait mis un long moment à y penser… Astrid roula des yeux, et la détrompa :
– Non, les anges vont les ramener à la vie. Dommage, oui, je sais.
– Quoi ? s'indigna Alyssa. Mais c'est pas juste ! Ce sont des connards, ils devraient rester morts. T'es sûre de ça ? Comment tu le sais, d'ailleurs ?
Astrid se contenta de hausser les épaules :
– Gabe.
– Gabe, répéta Alyssa d'un air dubitatif. Parce que cet ahuri sait ce que…. Ooooh attends une minute. Est-ce que Gabe est un ange ? Comme toi ?
Astrid grimaça légèrement et ce fut le seul indice dont la démone avait besoin. Elle ouvrit de grands yeux scandalisés, et gueula si fort que tous les chats dans la pièce s'enfuirent au galop :
– RAH MAIS C'EST PAS VRAI ! Vous êtes combien à la fin ?!
– Juste Gabe et moi, relax !
– T'es sûre ?! Non mais parce que vous poussez comme des champignons apparemment !
Astrid leva les yeux au ciel :
– Oui, je suis sûre. Que Gabe et moi. On a quitté les Cieux ensemble et on est logiquement les seuls déserteurs de notre race.
– Mouais, maugréa Alyssa. Au moins, ça explique pourquoi vous êtes frère et sœur alors que les Illusionnistes n'ont pas de famille…
– Encore un indice, sourit faiblement Astrid.
– Ça aurait été plus simple de me le dire carrément, lâcha la démone en croisant les bras.
Puis elle poussa un lourd soupir. Elle ne pouvait pas en vouloir à Astrid de lui avoir caché ça. Après tout, elle aussi avait ses petits secrets. Comme par exemple le fait qu'elle avait créé les chiens de l'Enfer…
– Bon, j'te pardonne alors, lâcha la petite brune en se massant les tempes. Je dois être complètement timbrée mais je m'en fous.
Astrid la regarda avec prudence du coin de l'œil :
– Je suis toujours la même personne, tu sais.
– Je sais, je sais, soupira la démone. Mais quand même, admets que c'est bizarre d'apprendre ce genre de choses. Est-ce que ça veut dire que je dois t'appeler Sealiah ?
L'ange fit une drôle de tête :
– Non merci. Je me suis habituée au nom d'Astrid. Par contre, si tu me parles dans ta tête en t'adressant à Sealiah, je pourrais t'entendre.
– Vraiment ? ne put s'empêcher de faire la démone d'un ton incrédule.
– C'est le principe de la prière. Essaie, tu vas voir. Promis, t'en feras pas un anévrisme.
Alyssa haussa un sourcil mais ferma les yeux et se concentra. C'était un geste énorme de confiance, et Astrid ne put s'empêcher de sourire bêtement, incroyablement soulagée de voir que les choses n'avaient pas changé entre elles. Elle ne savait pas comment elle aurait fait, sans sa démone.
Astrid était toujours consciente, de manière distante, des prières qui lui étaient adressées. L'ange Sealiah n'était pas très connu, alors celles-ci étaient rares. Il ne fut pas difficile de distinguer la voix d'Alyssa, d'abord indistincte, puis de plus en plus forte à mesure qu'Astrid se concentrait dessus.
« … Sealiah. Sealiah. Quel nom à la con, déjà. Eh, tu m'entends ? Si tu me fais marcher je te jure que je ferais disparaître le cocktail Bellini de ce continent », menaçait la voix de la démone.
– Je t'entends très bien, lâcha l'ange avec amusement.
Alyssa lui jeta un regard pas du tout impressionné, puis se re-concentra et sa prière résonna nettement dans la tête de son amie :
« Quel est le vrai nom de ton frère ? »
Astrid secoua la tête avec regret :
– Je lui ai promis de ne pas te le dire. Mais il y a suffisamment d'indices pour que tu le devines seule, si tu y penses deux minutes. Le plus gros indice est son nom.
Le visage de la démone s'illumina d'un sourire de mauvais augure, et elle se frotta les mains comme un méchant de dessin aimé :
– Ooooh, c'est intéressant ! Loki ou Gabe ?
– Gabe, répondit Astrid avec un sourire en coin.
Elle fit apparaître dans sa main une canette de bière décapsulée, et la porta à ses lèvres en observant Alyssa qui réfléchissait intensément. La situation était redevenue normale, détendue et amusée, comme d'habitude.
– Gabe, répéta Alyssa. Un diminutif de son nom d'ange, vu qu'il n'y a que toi qui l'appelles comme ça. Je me trompe ? Non ? Ah ! Alors, quel ange a un nom qui comporte le diminutif de Gabe ? Hum, je pourrais avoir besoin d'Internet, à moins que ça soit Gabriel, ah ah !
Elle rigola, puis posa les yeux sur Astrid, qui se contenta de hausser un sourcil dans sa direction. Alyssa ouvrit de grands yeux et émit un couinement aigu :
– C'est Gabriel ?! L'archange ?!
Muette, Astrid hocha la tête avec un sourire railleur, et but une gorgée de bière. Alyssa avait l'air d'un poisson hors de l'eau, ouvrant et refermant la bouche sans qu'un seul mot n'en sorte.
– J'ai couché avec un archange ?! finit par éclater la démone.
Astrid s'étrangla promptement avec sa bière, qui lui ressortit direct par le nez.
– Tu as quoi ?! bredouilla-t-elle quand elle eut fini de tousser. Avec Gabe ?! Mais quand ?! Je vous ai pas quitté des yeux !
La démone eut le bon goût de prendre un air honteux :
– Tu étais à la chasse et on regardait un film ennuyeux, alors on s'est trouvé une autre distraction. Et puis après Gabe et toi vous vous êtes engueulés, et tu te hérissais dès qu'on parlait de lui, alors j'allais certainement pas mettre le sujet sur le tapis.
– TU AS COUCHÉ AVEC MON FRÈRE !
– IL ÉTAIT PARFAITEMENT CONSENTANT !
– C'est pas une raison !
– De quoi ? s'indigna Alyssa. Si les deux parties sont consentantes et enthousiastes, je vois pas ce qui pourrait possiblement empêcher un rapport sexuel !
– Oh, trois fois rien, juste ce qui s'appelle des CONSÉQUENCES ! Tu n'utilises aucune contraception et je sais que Gabe non plus ! Bon, au pire on se serai téléportée en France ou ailleurs pour te faire avorter dans un pays civilisé, vu que dans cette nation de conservateurs bornés c'est hyper-difficile de se faire retirer un parasite de l'utérus, mais quand même ! Un peu de précautions, ça ne t'aurais pas tuée !
Alyssa croisa les bras d'un air buté :
– Quelle importance ? Je te rappelle qu'en tant que démon, je contrôle mon Hôte et donc je peux pas tomber enceinte !
– T'es sûre que cette théorie tient, même face à la copulation avec un ange ?
Alyssa marqua un temps d'arrêt. Visiblement, non. Ravie, Astrid enfonça le clou :
– Oui, parce que la Grâce de Gabe pourrait remettre en route toute ta machine à procréer sans ton consentement, en purifiant ton contrôle démoniaque !
– Tu bluffes, renifla Alyssa.
Mais elle n'avait pas l'air si sûre d'elle. Astrid haussa un sourcil dédaigneux :
– Pas du tout. Gabe a déjà eu des gamins avec des femmes qui étaient jusque-là complètement stériles, genre, à cause de maladies ou autre. Gabe est une vraie machine à mouflets. Il a eu au moins quinze Néphilims, ce foutu coureur de jupons.
– Quoi ? s'ébahit Alyssa en oubliant de bouder. Gabe a eu des gosses ?!
Astrid haussa les épaules :
– Ouais. Ça fait deux millions d'années qu'il vagabonde sur Terre en se faisant passer pour un humain charmeur, un dieu païen ou un Illusionniste. Les bons coups ne manquent pas, et parfois, bah, il y a des conséquences.
– Et qu'est-ce que les petits sont devenus ? s'enquit la démone avec curiosité.
– Morts, fit sèchement Astrid.
Souvent, Gabe ignorait qu'il avait enfanté un gosse. Il ne le réalisait que bien plus tard, quand Astrid lui rapportait à contrecœur les histoires des chasseurs qui avaient tué un « monstre inconnu ». Les Néphilims étaient humains, mais avec une fraction de pouvoir angélique, et ils étaient terriblement perdus, incapables de savoir d'où ils venaient, pourquoi ils vieillissaient si lentement, quels étaient les limites de leurs pouvoirs. Ils étaient seuls, et effrayés, comme Jesse le Cambion. Du coup, ils étaient souvent repérés et éliminés, soit par des humains, soit par des anges.
Astrid avait rencontré cinq des enfants de Gabriel (deux qui s'étaient rangés et avaient vécu paisiblement, avant d'être tués par des anges et trois qui étaient morts jeunes, massacrés par des chasseurs qui avaient peur de leurs pouvoirs). Gabe, lui, n'en avait rencontré qu'un seul (un de ceux tués par les chasseurs). À chaque fois que Gabe apprenait qu'il avait un rejeton, il tenait d'entrer en contact avec lui ou de le protéger : mais bien souvent, ce genre d'info arrivait trop tard à ses oreilles. Le Néphilim était déjà devenu dangereux, ou s'était caché, ou était mort.
– Oh, finit par lâcher doucement Alyssa. Désolée.
Astrid poussa un long soupir, puis termina sa bière et fit disparaître la canette vide d'un claquement de doigts.
– Ne le sois pas, ce n'est pas ta faute. Et puis, ni Gabe ni moi n'avons été proches de ses enfants. Souvent, quand nous apprenions leur existence, il était déjà trop tard. Ils étaient traqués, comme Jesse.
Il y eut un bref silence, puis Alyssa demanda pensivement :
– Si j'avais un gosse avec Gabe, ça serait un Cambion ou un Néphilim ?
Astrid cligna des yeux d'un air alarmé. Ce n'était pas une question à laquelle elle avait très envie de trouver une réponse… La démone, voyant son regard, se contenta de rigoler :
– T'inquiète, tu serais la marraine !
– Andouille, soupira Astrid avec affection. Hey, j'y pense, je voulais te montrer une fanfiction hilarante sur Lucifer, ça te tente ?
– Carrément.
Et c'est ainsi que l'ange et la démone se retrouvèrent tassées sur le canapé, tenant l'ordinateur portable d'Astrid entre elles, et ricanant de concert en lisant des crack-fics sur le fandom de Supernatural. Visiblement le pauvre prophète branché sur la fréquence des Winchester avait continué à écrire, et ses livres étaient en ligne. Avec l'entrée en scène des anges, les possibilités se multipliaient et les histoires délirantes aussi.
– Qu'est-ce que tu penses du Sastiel ? fit Alyssa à son amie avec un sourire en coin.
– C'est quel couple ? fit distraitement Astrid qui lisait le résumé d'une fic où Lucifer était visiblement une victime incomprise.
– Sam et Castiel.
– Qu'est-ce que c'est que cette habitude à la con de mélanger les noms des personnages pour créer un nom de couple ? pesta Astrid. C'est n'importe quoi. Je préférais quand on se contentait de les coller, genre, Dean/Castiel.
– Non mais quand tu colles les noms comme ça, ça indique celui qui est au-dessus au lit.
Du coup l'ange marqua un temps d'arrêt, et se tourna vers la démone avec incrédulité :
– Vraiment ?
Alyssa hocha gravement la tête :
– C'est pour ça que je suis en faveur du nom unique pour les couples. Ça garde le mystère, on ne sait pas qui sera en dessous dans l'histoire !
– Pas vraiment, pointa Astrid. Dans le Sastiel par exemple, c'est le prénom de Sam qui vient en premier !
– … Merde, t'as raison…
Derrière elle, un reniflement amusé se fit entendre, et elles tournèrent vivement la tête. Gabriel, adossé au mur de la cuisine, les regardait d'un air faussement pensif, une étincelle hilare dansant dans ses yeux. Il était visiblement revenu voir comment ça se passait, et les observait depuis un petit moment.
– Vous vous êtes réconciliées je vois.
– Hello, Gabriel ! chantonna Alyssa.
Gabe grimaça, et sa sœur lui jeta un regard moqueur. Eh oui, une fois la vérité dévoilée, plus question de revenir dessus. L'archange soupira d'un air résigné, mais ne nia pas et ne s'enfuit pas. C'était un progrès. Astrid lui tira la langue, puis proposa d'un air goguenard :
– Tu veux venir lire de la fanfiction avec nous ?
– Je considère sérieusement l'idée d'en écrire une, fit Gabriel d'un ton badin en s'approchant. Je parie que j'aurais un succès de malade et des tas de groupies.
Alyssa émit un reniflement moqueur :
– Tu vas écrire sur toi, je suppose ? « Les fabuleuses aventures de Loki l'archange fugueur » ?
Astrid ricana et Gabe eut l'air vexé :
– Ah ah, très drôle. Non, je vais écrire sur vous, bande de nouilles. Votre co-dépendance, votre obsession avec les chats, vos complots terroristes, vos angoisses existentielles quand il y a plus de chocolat dans le placard, et les innombrables scènes de ménage auxquelles j'assiste. Il ne me reste plus qu'à trouver un titre. Vous avez bien dit que mélanger les noms c'était la nouvelle mode pour nommer un couple ? Ok, qu'est-ce que vous pensez de… Altrid ? Alyd ?
– Alyrid ? proposa Alyssa en rigolant.
– Pourquoi le nom d'Alyssa est en premier ? protesta Astrid. Le nom d'Astryssa, c'est mieux ! Ou Astraly ! Et puis, c'est pas comme si la démone allait être au-dessus.
Gabriel et Alyssa échangèrent un bref coup d'œil, et les yeux d'Astrid s'agrandirent avec effarement en comprenant :
– Sérieusement ? Argh, trop d'informations…
– D'un côté c'est logique, fit Gabe avec un sourire en coin. Elle essaie de compenser pour sa taille de naine, ça lui donne finalement l'occasion d'avoir un point de vue élevé, si je puis dire…
Alyssa lui jeta un coussin à la figure, et Gabe esquiva en ricanant. Astrid, elle, se frotta les yeux puis marmonna qu'elle vivait vraiment avec des pervers obsessionnels. La démone lui tapota l'épaule avec compassion :
– T'inquiète, va. Heureusement, tu m'as, moi.
– Je ne sais pas si je dois être très rassurée…
oOoOoOo
Astrid, Alyssa et Gabriel finirent la soirée dans un bar branché de Londres, en Angleterre : et Astrid fit semblant de ne pas voir son frère et sa démone disparaître tous les deux pendant une heure, puis revenir un peu échevelés mais ricanant comme des idiots.
– J'espère vraiment que vous n'aurez pas de gosses, se contenta de dire Astrid quand Alyssa et Gabriel la rejoignirent au bar.
– T'inquiète, on a eu une longue conversation sur la contraception avant de faire quoi que ce soit, la rassura Alyssa en lui piquant son verre.
Astrid regarda sa démone d'un air clairement dubitatif, puis tourna les yeux vers Gabriel, qui expliqua avec un sourire en coin :
– On a tenté le préservatif.
– Ce que chaque adulte responsable et ne désirant pas d'enfant devrait faire, fit Astrid d'un ton réprobateur. Puis-je savoir pourquoi tu n'as jamais utilisé de moyen de contraception avant ?
– Euuuh, j'y pensais pas ?
– Tu avais surtout tes pouvoirs pour disparaître de la vie de ces pauvres femmes à qui tu donnais neuf mois de nausées, un sale morbac à nourrir, et d'importantes probabilités de voir ledit morbac faire de la magie avant d'être tué par des chasseurs ! accusa sa sœur.
Gabriel grimaça mais il n'était pas assez bête pour nier. Astrid avait raison. Il avait toujours eu un problème avec les responsabilités. Prendre les choses en main, c'était pas son truc. Généralement, ça ne lui venait même pas à l'esprit. La preuve, il s'était enfui du Paradis, abandonnait ses maîtresses diverses sans un regard en arrière… Et même quand il envisageait d'agir, il confiait la tâche de se salir les mains à quelqu'un d'autre. C'était ce qu'il avait fait en confiant à Astrid son plan au sujet de la cage de Lucifer.
– J'ai beaucoup mûri ! protesta faiblement l'archange.
Astrid émit un reniflement moqueur, et Alyssa ricana. Visiblement, elles n'en croyaient pas un mot. Gabriel prit un air boudeur, et fit apparaître un verre de Dark Mai qu'il se mit à siroter en tournant ostensiblement le dos aux deux filles.
– Tiens, au fait ! déclara soudain Alyssa. J'ai couché avec Barbara cette nuit.
Astrid ferma les yeux d'un air résigné :
– J'aurais pu vivre sans cette information, merci bien.
– C'est qui Barbara ? demanda Gabriel avec curiosité.
– Une fille, lâcha Alyssa d'un ton évasif.
– Oh oui, rien que ça, ironisa Astrid. C'est juste une fille. Plus précisément, une tarée à vocation religieuse qui fait une fixation sur le fait de manger les créatures surnaturelles pour aspirer leur force et qui veut assaisonner des démons avec des condiments bénis.
Gabriel s'étrangla de rire, et se tourna vers Alyssa, incrédule :
– Et tu as couché avec elle ?! Mais t'as aucun instinct de survie ou quoi ?
– Bah quoi ? protesta la démone. C'était fun. Bon, certes, c'était pas mon meilleur coup. Une fois j'ai baisé avec un incube, c'était le Nirvana.
– Oh, moi aussi ! s'intéressa Gabe. Une succube, par contre, une femelle. C'était génial. Elle voulait m'épouser après.
– Ah, t'as bien de la chance, moi il voulait me tuer après.
– D'un autre côté, c'est vrai que tu es chiante, glissa Astrid mine de rien.
– De quoi ?! Même pas vrai ! J'ai une personnalité attachante comme tout ! Je suis adorable, plein de gens peuvent témoigner.
Astrid haussa un sourcil :
– Tu frappes les serveurs.
– C'est arrivé une seule fois ! s'indigna la démone. Toi tu tues des gens !
– Seulement des connards et des créatures louches ! protesta Astrid.
– Mon œil, je t'ai vue tuer deux humains vertueux pas plus tard qu'hier !
– Vertueux ?! s'insurgea l'ange. Ils méritaient de crever, ouais !
– … Ouais, pas faux. Mais pour les non-humains et les connards que tu zigouilles, éthiquement, est-ce que ça fait une différence ? Ils ont une âme quand même !
Du coup, Astrid marqua un temps d'arrêt, car c'était une très bonne question. Surtout en ce qui concernait les êtres et créatures non-humains. Les chasseurs étaient très prompts à catégoriser tout ce qui n'était pas humain comme dépourvu d'âme, de conscience, et de sentiment. Seulement, il ne fallait pas perdre de vue que ce point de vue avait longtemps été celui de l'Église sur les femmes, puis sur les hommes de couleur… Ah, la bigoterie humaine et son infinité d'impasses…
Finalement, l'ange haussa les épaules :
– Non, t'as raison. Pas de différence.
– Ah ah ! triompha Alyssa sous le regard amusé de Gabe. Tu vois, c'est pas moi la psychopathe ici.
– Je ne suis pas une psychopathe ! s'offusqua Astrid.
– Je répète : tu tues des gens !
– Ouais, bah chacun ses loisirs okay ?
– Tu trouves ça sain comme loisir toi ?
– Bah, au moins c'est marrant, se défendit l'ange. Ça me permet d'exprimer ma créativité et tout. C'est bon pour mon développement intellectuel.
Alyssa leva les bras au ciel :
– Je renonce ! T'es complètement barge.
Gabriel, mort de rire, fit apparaître un cocktail violet qu'il passa à la démone. Celle-ci l'engloutit d'un coup. Astrid, elle, termina à petite gorgées son Bellini, puis déclara mine de rien :
– D'un autre côté, moi, j'ai jamais baisé avec une créature qui voulait me bouffer au barbecue.
Alyssa cligna des yeux sans comprendre :
– Un succube ?
– Barbara, grosse nouille ! se fâcha Astrid.
– Ah ouiii, ça. Bah, ça s'est fait un peu par hasard, tout ça, je m'ennuyais, j'étais déprimée, Léo était sorti pour hyper-ventiler dans un sac en papier, alors bam, c'est arrivé.
– C'est qui Léo ? interrogea Gabe.
Contrairement à sa sœur, il n'avait jamais fait la connaissance ou même entendu parler de cet humain. Alyssa haussa les épaules :
– Mon ancien colocataire.
– Oui, elle squattait chez lui avant de squatter chez moi, expliqua Astrid avec un sourire en coin.
– Ah, comprit Gabriel. C'est ton ex ?
Drôle de question. Alyssa haussa un sourcil :
– Non. Pourquoi ?
– Pour rien, éluda Gabe. Et à présent, est-ce que tu te tapes Astrid ?
Alyssa s'étrangla avec son cocktail, tandis qu'Astrid se frappait le front, mortifiée par le manque de tact de son frère. La démone, une fois qu'elle eut retrouvé sa respiration, lança un regard noir à l'archange qui les regardait d'un air innocent :
– C'est pas un peu tard pour poser la question ? On faisait trembler les murs il n'y a pas trois quarts d'heure !
– Ça m'était sorti de l'esprit, se défendit Gabe. Et puis, c'est une question légitime ! Y a des jours où je me demande vraiment si vous n'êtes pas en couple. Genre, secrètement mariées.
Astrid renifla avec dédain en s'accoudant au bar :
– Frangin, tu te fais vraiment des idées. Tu connais mon opinion sur le sujet : le mariage, c'est un concept débile, et si je devais me marier, ça serait ivre à Las Vegas et déguisée en homme.
Alyssa lui jeta un regard interloqué :
– Pourquoi déguisée en homme ?
– Juste pour me foutre de la gueule du prêtre.
– … T'as vraiment des passe-temps à la con.
Il y eut un moment de silence, où ils sirotèrent leurs boissons alcoolisés tout en observant les humains danser sur la piste. Puis Gabriel revint au sujet principal :
– Du coup, vous n'êtes pas ensemble ? Z'êtes sûres ?
– Non, Gabe, on n'est pas ensemble, soupira sa sœur avec lassitude. Et oui, je suis sûre. Et la prochaine fois que tu me poses la question, je t'enfonce un cactus de trente centimètres dans l'orifice de ton choix, c'est clair ? Trouve-toi une autre obsession.
Gabriel leva les mains en signe de reddition. Alyssa rigola, puis reposa son verre vide sur le bar :
– Ouais, Astrid a raison. Pas pour le cactus, hein, même si sa démontre sa, heu, créativité. On n'est pas ensemble et ma seule partenaire récente, ça a été Barbara.
Tiens, Barbara. Astrid l'avait oubliée, celle-là. Elle poussa un lourd soupir de martyr, puis demanda par acquis de conscience :
– Elle a essayé de te tuer après ?
– Bah non. Même pas.
– Et est-ce que tu as essayé de la tuer ?
– Nope. Je me suis dit que ça jetterait un froid sur ma relation avec Léo. Déjà que le pauvre a dû encaisser le fait que le surnaturel existe…
Astrid passa sur le fait que la démone avait finalement révélé l'existence du surnaturel à Léo, et secoua la tête avec agacement :
– De toutes les personnes disponibles sur cette planète, il a fallu que tu choisisses cette timbrée obsessionnelle…
Gabriel sourit discrètement, puis lança mine de rien :
– Tiens, Astrid, t'avais pas reçu un texto d'Ajay auquel tu devais répondre ?
Astrid, comprenant la manœuvre de son frère, glissa la main dans la poche de son blouson, à la recherche de son portable. Aussitôt, Alyssa déclara précipitamment :
– Ah mais de toute façon, je compte pas la revoir, hein ! Et puis, ce n'était pas si bien que ça. Je sais même pas pourquoi j'ai accepté !
– Un moment d'égarement ? proposa Gabe qui riait sous cape.
– Sans doute. Les circonstances, l'alcool, l'insurmontable douleur de la trahison de ma meilleure amie qui m'a pas dit qu'elle avait des plumes…
– Je t'ai déjà dit que j'étais désolée ! protesta Astrid.
Gabriel hocha gravement la tête, puis se tourna vers Alyssa :
– Elle ment mais ça serai gentil de prétendre que tu la crois.
Astrid jeta un regard indigné à son lâcheur de frère puis, comme la démone avait l'air de beaucoup s'amuser, l'ange sortit son portable de sa poche et l'alluma pour faire mine de consulter ses messages. Aussitôt, Alyssa prit un air alarmé, et s'exclama :
– Et puis, elle a pas été des plus aimables !
– Ah bon ? fit innocemment Astrid.
La démone hocha gravement la tête :
– Elle m'a souhaité une joyeuse St Valentin en avance puis elle m'a viré de son plumard parce qu'apparemment je sens le soufre.
Astrid émit un reniflement amusé. C'était vrai : Alyssa était une démone, bon, démone artificielle certes, mais démone quand même. Et elle sentait donc vaguement le soufre… Ça ne dérangeait pas Astrid, mais c'était uniquement parce qu'elle était si habituée à cette odeur qu'elle ne sentait même plus la faible fragrance qui accompagnait Alyssa partout.
Gabriel, lui, marqua un temps d'arrêt :
– C'est la St Valentin aujourd'hui ?
Astrid regarda sa montre, qui affichait quatre heures du matin, ainsi que la date :
– Yep. Depuis quatre heures. Pourquoi, tu as quelqu'un en tête ?
Gabriel secoua la tête :
– Non, mais la St Valentin est le moment idéal pour consoler les célibataires déprimées. C'est fou comme les filles sont réceptives à cette période de l'année ! Bon, je file, du coup. Soyez sages.
Et il disparut dans un bruissement d'ailes. Astrid leva les yeux au ciel en marmonnant quelque chose comme « j'en reviens pas que ce soit cet irresponsable qui me dise d'être sage », puis jeta un coup d'œil aux alentours pour vérifier que personne n'avait vu l'archange se volatiliser. C'était le cas et, rassérénée, elle fit apparaître un bol d'amuse-gueules à portée de main.
– Vous fêtez la St Valentin mais pas Noël ? s'étonna Alyssa.
– On ne célèbre que les fêtes païennes, expliqua doctement Astrid. Considère ça comme une forme passive de rébellion.
– Pas bête.
Elles se remirent à grignoter leurs biscuits apéritifs en silence, observant avec amusement les danseurs complètement beurrés. Astrid chercha mentalement Gabriel, et repéra sa balise à New York. Avec un peu de chance, il tomberait sur Barbara et serait traumatisé… L'idée lui arracha un reniflement amusé.
– Et maintenant ? finit par demander Alyssa.
– Quoi, et maintenant ?
– Bah, c'est la St Valentin. Qu'est-ce que penses d'aller dévaliser une chocolaterie ?
Astrid fit mine de réfléchir :
– Et puis, il faudrait aussi qu'on retourne au Q.G. Le club de lecture doit penser que tu m'as assassinée ou un truc comme ça.
– Pfff. Tu me connais, je suis une drama queen. Si je t'assassinais, je le ferais pas dans la discrétion et ça passerait au moins au journal national. Bon, du coup, on dévalise une chocolaterie et on partage avec le reste de la bande ?
– Ça me paraît être un bon plan.
Elles échangèrent un regard réjoui, puis Astrid termina son Bellini, et reposa le verre sur le comptoir avant de se tourner vers Alyssa :
– C'est parti. Joyeuse St Valentin, démone.
Et elle lui offrit son coude dans un geste galant et terriblement démodé. Alyssa esquissa une révérence ironique, et posa la main sur le bras de l'ange :
– Joyeuse St Valentin, espèce d'emplumée.
Et elles se volatilisèrent en direction d'une boutique de chocolat de Washington, un large sourire aux lèvres.
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A suivre !
Elles sont trop mignonnes, mon ange et ma démone xD
