Mardi 24 septembre 2013, Lyon
Pardonne-moi, Les Mots (2002)
Pardonne-moi
Les paupières de Severus papillonnèrent, la lumière autour de lui était éblouissante. Il ouvrit les yeux, tout était blanc autour de lui. Il n'était pas mort, il avait dû frôler la grande faucheuse pour la seconde fois, mais, même elle n'avait pas été intéressée par lui, elle avait préféré le laisser sur le carreau.
— Ah! Vous êtes réveillé! s'exclama Poppy en passant une tête devant le rideau.
Il ne se donna pas la peine de répondre, son cerveau encore au ralenti cherchait l'erreur. Son plan était pourtant parfait, la dose de poison qu'il avait ingérée aurait pu terrasser deux hommes de sa consistance. Il remarqua à peine que Pomfresh était partie et revenue, accompagnée de Minerva, qui faisait léviter Dumbledore dans son tableau.
— Oui, je l'ai appelée, elle ne va pas tarder, chuchota l'infirmière à l'oreille de la Directrice.
Elle fonça ensuite sur Severus et lui fit avaler plusieurs potions, Severus ne protesta pas, c'était lui qui les avait confectionnées. Pour finir, elle le releva sur ses oreillers et lui donna un verre d'eau fraîche.
— Ca suffit comme ça, grogna-t-il alors qu'elle tapotait sur les oreillers.
— C'est bon de vous voir réveillé, lui dit Minerva.
Il leva les yeux vers Albus, le sorcier croisait les mains sur son ventre. Il semblait réellement soucieux et regardait Severus avec intensité. Le Maître des Potions cherchait une parole pour répondre à cela quand Hermione entra sortit du bureau de Poppy comme une furie.
— Il va bien? demanda-t-elle d'une voix forte.
— Oui, Miss Granger, il est réveillé! dit Dumbledore qui prenait la parole pour la première fois.
Minerva marmonna au passage qu'il n'avait pas perdu sa mauvaise humeur, cela arracha un sourire à l'infirmière et à Hermione. Rogue nota que le regard d'Albus avait retrouvé sa lueur malicieuse, cette lueur qui avait la particularité de le mettre hors de lui.
— Vous pouvez remercier votre sauveuse, Severus, sans elle vous ne seriez plus parmi nous, s'exclama Dumbledore.
Hermione devint instantanément cramoisie, elle baissa la tête quand le regard flamboyant de Rogue se posa sur elle. Elle aurait voulu se faire toute petite. Dumbledore avait promis de garder son secret, Rogue la méprisait tellement qu'elle était certaine qu'il l'humilierait pour toujours.
— Petite sotte! siffla le Maître des cachots en rabattant ses couvertures. Ne vous a-t-on jamais appris à vous occuper de vos affaires!
Hermione recula contre le rideau, Dumbledore avec ses idées formidables venait de la mettre dans la Bouse de Dragon jusqu'aux oreilles. Severus, qui s'était assis sur son lit, il s'appuya pour se relever. Poppy avait accouru, dès qu'elle avait entendu ce vacarme.
— Severus, vous allez me faire le plaisir de vous recoucher! ordonna-t-elle de se voix la plus sévère.
— Femme, je ne vous ai rien demandé! aboya-t-il.
Il la poussa avec rudesse sur le côté et avança résolument vers Hermione, même en blouse d'hôpital, il était impressionnant.
— La Gryffondor que vous êtes s'est dit que vous pouviez vous mêler de ma vie, que vous en aviez le droit. Que c'est à la grande Hermione Granger, poursuivit-il avec dérision, qu'il appartient de décider si ce bâtard de Rogue doit vivre ou mourir?
Hermione le regarda avec défi, le bellâtre la remerciait ainsi? Il allait voir ce qu'il allait voir, foi de Granger!
— Si j'avais su que vous étiez à un point un goujat, j'aurais plutôt sauvé deux bézoards! répliqua-t-elle d'une voix glaciale. J'espère que vous le remercierez de la même façon, puisque tout est de sa faute, grogna-t-elle en pointant un index accusateur en direction du portrait.
Elle fit volte-face et disparut dans le bureau de l'infirmière, Severus n'en revenait pas, comment avait-elle osé lui parler ainsi? Où avait-elle appris la politesse, la petite sauvageonne? Il ne lui vint pas à l'esprit que lui aussi avait été affreusement offensant. Au même moment, Hermione se demanda comment elle avait réussi à ne pas lui coller une gifle. Ah! Ce qu'il pouvait être exaspérant!
Pendant ce temps-là, un silence de mort régnait sur l'infirmerie, Minerva s'était excusée discrètement, préférant ne pas éterniser cette visite désagréable à l'infirmerie. Dumbledore observait Severus, le Maître des Potions se fit la réflexion que l'ancien directeur était fâché, tout en semblant quelque peu amusé. Severus se dit que ces deux états d'esprit simultanés étaient impossibles, pourtant c'était tout à fait l'impression qu'il lui donnait.
— Elle a dit deux bézoards? réalisa-t-il.
Albus acquiesça avec un sourire, il plongea la main dans sa poche et froissa le papier d'un emballage de bonbon.
— Vous allez m'expliquer, vieux débris glucosé!
— Miss Granger a eu besoin de deux bézoards, expliqua-t-il avec un regard énigmatique.
Severus fronça les sourcils. Diantre! Pourquoi avait-elle utilisé deux pierres? Soudain la lumière se fit…
— Ne me dites pas que…
— Si mon petit, Hermione est venue me voir juste après vous ce soir-là et je lui suggéré que vous aviez besoin à nouveau de ses services, dit-il avec sa tranquillité habituelle.
— Pourquoi n'est-elle pas allée se vanter de m'avoir sauvé dans la Cabane Hurlante?
Il ne comprenait pas ce dernier mystère.
— Je vous laisse y réfléchir, mon petit, j'ai une partie de Bataille Explosive à jouer avec mes amis de la tour de Serdaigle.
Il s'apprêtait à quitter le tableau quand ajouta:
— Des excuses seraient les bienvenues, Severus.
Le Maître des Potions le dévisagea les sourcils froncés.
— Je vous prie de m'excuser pour cette scène regrettable, murmura-t-il les joues rougissantes.
— Je n'ai pas besoin de vos excuses, répliqua-t-il en riant, je pensais à Miss Granger. J'ai bien trop l'habitude de vos sarcasmes pour qu'ils me vexent.
Et il disparut, la toile devint noire durant quelques secondes, puis une ancienne Médicomage fit son apparition. Elle ne prêta pas attention au Potioniste, elle ouvrit un livre et se plongea dans sa lecture. Severus se leva, il renfila ses vêtements noirs, qui avaient été abandonnés sur une chaise près du lit. Il reposa la blouse blanche et sortit de l'infirmerie. Revenu dans ses appartements, il prit la décision d'envoyer une lettre, ce serait bien moins humiliant que des excuses prononcées devant une Hermione Granger en furie.
Il s'étonna lui-même, les mots coulaient sur le parchemin avec une telle facilité. C'était tout à fait différent de la lettre qu'il avait écrite pour Lily, s'il lui avait fallu plusieurs rouleaux de parchemin et heures pour rédiger la première, là en moins de dix minutes il avait obtenu le résultat qu'il désirait. Il la relut une dernière fois.
Ange,
"Pardonne-moi,
Si la douleur remue tout
Qu'elle me broie"
Je ne suis ni un Prince hongrois, ni un Prince hindou, ni un Prince arabe,
Je ne suis pas davantage un Prince aurore ou un Prince noir,
Je ne suis que le Prince de Sang-Mêlé qui souhaite inviter son Ange à dîner pour la remercier.
La date du dîner est laissée à la libre appréciation de l'Ange, sans doute trop occupée à sauver d'autres âmes en peine… Mais si l'Ange accepte, qu'elle renvoie ce hibou à son débiteur.
Le Prince de Sang-Mêlé
Voilà, la conclusion des aventures de la semaine dernière, j'espère que vous avez aimé…?
La suite demain!
