Note : Salut à tous ! Bonne lecture...
Durant la période qui suivit, les différentes enquêtes sur lesquelles les quatre gryffondors s'étaient plus ou moins penchés piétinaient ennuyeusement (pourtant, avec les cours et autres devoirs qu'ils avaient à faire, l'ennui aurait dû être le dernier sentiment éprouvé).
Néanmoins, semblant de consolation dans tout cela : Harry avait enfin réussi à rencontrer son directeur qui, bien que semblant – comme toujours – très occupé, n'hésita pas un instant pour lui accorder les quelques minutes durant lesquelles il avait souhaité s'entretenir avec lui.
Harry expliqua alors au mieux tout ce qu'il savait, tâchant toutefois d'arranger parfois ses propos afin de ne pas se prendre de remarques professorales justifiées (comme les sorties nocturnes, par exemple). Mais ces petits regard pétillants que lui lança régulièrement Dumbledore par-dessus ses lunettes en demi-lune ne firent que renforcer dans sa conviction le jeune homme, à savoir : ses tentatives de dissimulation n'avaient aucun effet sur le vieux sorcier !
Celui-ci se montra néanmoins clément et préféra s'en tenir aux conséquences plutôt qu'aux causes.
- Je te remercie Harry, pour la confiance que tu m'accordes en venant ainsi me révéler tout ce que tu as pu apprendre concernant cette affaire. Te dire que tout va bien – comme nous avons pu le répéter un si grand nombre de fois – ne serait pas digne de cette confiance. Malheureusement, la situation est telle que je ne peux pas te rendre la pareille en t'expliquant ce qu'il se passe – cela dépasse de si loin ce que l'on pourrait imaginer...
Ce qui ne manqua pas d'interpeller encore plus Harry.
- ...mais surtout, ajouta Dumbledore avec gravité, plongeant ses yeux bleus dans ceux de son élève, tu dois comprendre que vous mêler de tout ça pourraient vous exposer à un grave danger. Ainsi, même si je sais pertinemment que ce sera une chose difficile pour toi et tes amis, je vous demande instamment de ne plus tenter quoi que ce soit pour en savoir davantage.
Et effectivement, après de telles paroles, Harry savait que ça serait plus que difficile – ça deviendrait certainement impossible !
- Maintenant, pardonne-moi Harry, mais j'ai du travail qui m'attend. Je vais donc te laisser et te souhaiter une bonne journée en te remerciant encore pour toutes ces confidences que tu viens de me faire. Elles me seront bien utiles.
- Euh...oui. Bien, professeur.
Et il regarda Dumbledore s'éloigner, croisant au passage le professeur McGonagall qui arrivait à sa rencontre et qui jeta un furtif - mais expressif - coup d'œil par dessus l'épaule de son directeur, remarquant aussitôt Harry.
Ne voulant même pas savoir si elle avait l'intention de l'attraper au vol pour lui demander ce qu'il faisait là, Harry ne demanda pas son reste et se hâta d'aller rejoindre ses amis à la bibliothèque.
- Il t'a dit quoi ?, n'en revenait pas Ron.
- Que s'en mêler serait trop risqué, répéta à nouveau Harry.
Emy en avait les yeux ronds et la bouche ouverte comme une boîte à lettres, tandis que Hermione avait adopté son air réfléchi.
- Hum..., finit-elle pas marmonner. Il y a bien un lien entre tout ça, mais pas un qui doit correspondre à ce que nous avons déjà envisagé.
- Pourquoi tu dis ça ?, lui demanda Ron, surpris, redressant la tête qu'il avait mollement posée entre ses bras croisés sur la table autour de laquelle ils s'étaient installés.
- Parce que Dumbledore nous connait bien et est suffisamment intelligent pour deviner là où nos réflexions ont dû nous mener. Mais après ce qu'il a dit à Harry, je suis un peu perdue, avoua Hermione en soupirant. J'ai l'impression qu'il y a derrière tout ça quelque chose de « trop gros » pour nous. Dumbledore n'est pas quelqu'un qui parle à la légère. De même qu'il n'exagèrerait jamais ses propos pour essayer simplement de nous dissuader de venir traîner dans ses pattes. S'il avertit Harry qu'il y a un véritable danger à tenter de s'en mêler, c'est que c'est vrai !
- Même s'il sait également que ce genre d'avertissement n'a que peu d'effet sur nous, fit observer Harry avec un petit sourire en coin qui en dit long.
- Quoi ? Après toutes ces mises en garde, vous avez toujours l'intention d'aller questionner Roger et Adel ?, s'inquiéta Emy.
- Oui, confirma Harry. En plus, après la réaction qu'a eu Dumbledore lorsque je lui ai parlé des deux serdaigles et de Lynch, je suis plus que convaincu qu'ils sont bien mêlés à tout ça. Reste à savoir maintenant, dans quelle mesure...
- Mais à quoi correspond ce « tout ça », murmura alors Hermione, les sourcils froncés. La disparition de Belby n'est pas un but en soit même, j'en suis persuadée. Il n'aurait pas...disparu juste comme ça, sous les actes malveillants de quelqu'un. Elle fait parti d'un tout. Mais « quel tout » ? Combien de personnes sont vraiment mêlées à tout ça ? Quel est leur rôle ? Et dans quel but ?
Hermione se frotta le front et Ron se gratta la tête.
- Tu parles que ça m'a l'air compliqué, soupira-t-il.
Puis, se tournant soudain vers Emy, l'air réjoui :
- En tout cas, maintenant, je suis désolé, mais tu ne pourras plus nous dire que Lynch est hors de cause et victime de coïncidences.
- On dirait que ça te fait plaisir, rétorqua la jeune fille brusquement.
- Euh...non, pas vraiment, se tempéra soudain Ron qui comprit aussitôt que sa réflexion avait été plus que maladroite. C'est juste que...
- « Que » nous n'en savons toujours pas plus et que tu commences à m'agacer à toujours tout lui mettre sur le dos ! Qui te dis que Roger et Adel ne sont pas concernés par cette disparition et cette affaire au même titre que tu soupçonnes Ewan, hein ?
- On se calme, intervint juste à temps Hermione, alors que Ron s'apprêtait à répondre. Il est de toute façon évident que ces trois-là ont quelque chose à y voir. Mais dans la mesure où nous n'avons pour le moment que quelques fragments de l'histoire qui, en fonction de la manière dont on les observe, peuvent fournir des explications totalement contradictoires, restons-en aux faits et évitons les remarques inutiles et déplacées, d'accord ?, dit-elle en regardant Emy puis Ron, avec un peu plus d'insistance.
- D'accord, marmonna celui-ci.
- D'accord, dit à son tour Emy en regardant Ron, l'air calmée. Excuse-moi de m'être énervée comme ça, Ron. Après tout, il y a certainement une part de vérité dans ce que tu dis, mais je ne sais pas ce que j'ai, toute cette affaire me dérange et me préoccupe. Je ne pourrais pas trop comment l'expliquer, mais...je crois que je suis frustrée.
- Ça, c'est parce que, comme nous, tu ne comprends pas ce qu'il se passe, tout en sachant que les autres ne savent rien, qu'on ne peut rien leur dire et que les rares personnes qui doivent savoir quelque chose ne veulent pas non-plus nous en parler, expliqua Ron avec assurance.
- Euh..., tu peux synthétiser, s'te plaît ?, lui demanda Harry, l'air perplexe.
- On est tous frustrés !
- Aaah ! Merci.
Peu de temps après, histoire de s'intéresser à autre chose et de combler leur temps-libre (moments vacants que Hermione et Emy n'arrivaient pas comprendre comment ils faisaient pour avoir avec tous les devoirs qu'ils avaient), Harry et Ron s'étaient mis une nouvelle idée en tête : découvrir la nature - et identité - de ces trois points qui étaient mystérieusement apparus sur la carte du Maraudeur.
Les deux filles n'essayèrent même pas de leur expliquer qu'ils avaient autre chose de plus important à faire – comme apprendre leurs leçons. Ainsi, durant leur présence dans leur salle commune, attablées et entourées de nombreux bouquins, elles les laissaient dans leur coin à observer dans la plus grande discrétion la carte de Harry en espérant pouvoir de nouveau visualiser ces choses étranges.
Et un soir, enfin :
- Là !, s'exclama soudain Ron. Dans la même pièce que la première fois : trois points sans nom !
- T'as raison, s'enthousiasma Harry.
- Alors ? Qu'est-ce qu'on fait ?
- Ben, on n'est pas restés assis ici tout ce temps pour seulement attendre de les voir, non ? J'ai pris ma cape, on garde la carte et on y va.
Et sans dire un mot à leurs amies (sachant déjà ce qu'elles leur auraient répondu), Harry et Ron se rendirent le plus vite possible vers cette salle de cours inutilisée, là où ils étaient certains d'avoir entendu de nouveaux chuchotements à son approche, mais là où, une fois de plus, devant la porte, le silence se fit - et où, à l'intérieur, comme prévu, personne n'apparut.
Ils étaient alors entrés recouverts de la cape et étaient restés un long moment sans bouger juste derrière la porte refermée, espérant avoir donné l'illusion que quelqu'un avait simplement ouvert puis fermé la porte de l'extérieur, sans être pour autant entré. Peut-être, passées quelques minutes de silence, les inconnus se seraient révélés pensant être seuls. Mais...
- Non mais franchement, se moqua légèrement Emy (bien que cette capacité à se dissimuler d'absolument tout l'effrayait un peu), vous ne pensez pas que « s'ils » vous ont fait le coup une fois, ils n'allaient pas vous le refaire une deuxième, puis une troisième...?
Seuls des grognements déçus se firent entendre en guise de réponse avant que Ron et Harry ne montent bouder un petit moment dans leur chambre.
Quand ils en descendirent, ni Hermione ni Emy n'entendirent plus quoi que ce soit à ce sujet.
C'est dans une fausse ambiance studieuse et sereine que passèrent les jours suivants. Les étudiants de Poudlard poursuivaient leur apprentissage et les rendez-vous à la bibliothèque se succédaient. Emy y retrouvait la plupart du temps un Ewan neutre ou parfois un peu renfermé. Cependant, un vendredi soir précédent une nouvelle sortie à Pré-au-Lard, elle eut la surprise de rejoindre un partenaire qui lui parut d'humeur plus « joyeuse » qu'à l'accoutumée – humeur qui ne put empêcher Emy de se demander si cet état était de bon ou mauvais augure pour elle.
...car un serpentard non-renfrogné n'était généralement pas bon signe pour un élève d'une autre maison (encore moins pour un gryffondor).
Cependant, la jeune fille tâcha de prendre les choses du bon côté et se montra optimiste plus que méfiante.
C'est durant cette séance que les deux élèves furent interrompu par McLaggen qui, toujours aussi imbu de lui-même, demanda à Emy de lui accorder un instant de son temps sans se préoccuper du regard étonné puis contrarié que lui adressa Ewan.
Les deux élèves de Gryffondor s'éloignèrent dans un rayon vide pour parler plus tranquillement - McLaggen affichant alors son sourire de séducteur tandis que Emy le regardait sceptique.
- Qu'est-ce qu'il t'arrive Cormac ?, demanda-t-elle poliment en restant toutefois sur ses gardes.
- Oh..., fit le garçon en souriant de plus belle. Je me demandais simplement si tu avais prévu d'aller à Pré-au-Lard demain.
Et là, un mauvais pressentiment poussa Emy à se retrancher derrière des barricades.
- Euh...oui, c'est prévu, dit-elle. On s'est déjà organisé une journée avec mes amis et je compte bien en profiter avec eux.
Elle n'avait pas trop osé lui répondre les yeux dans les yeux parce qu'en réalité, aucun programme particulier n'avait été établi. Mais pour connaître un tant soit peu le garçon qui se trouvait en face d'elle (et mieux encore grâce aux anecdotes d'Hermione), elle teint à mettre les points sur les « i » au plus vite.
- Ah..., soupira exagérément McLaggen. Dommage alors...J'avais l'intention de te demander de passer la journée avec moi. Tu ne préfèrerais pas ?, lança-t-il d'un ton enjôleur.
Oh que non !
- Ben...c'est vraiment gentil à toi d'avoir pensé à moi, s'excusa Emy en se sentant un peu rougir. Mais...enfin, tu comprends ?...je me suis déjà engagée ailleurs et comme je n'ai pas pu participer à la première sortie, je me languis vraiment d'être avec eux.
McLaggen resoupira.
- Bien, je vois que je m'y suis pris trop tard, dit-il avec un sourire déconfit. J'espère bien avoir plus de chance avec toi la prochaine fois. À plus tard, Emy !
Et il s'en alla rejoindre ses camarades – qui ne perdirent pas un instant pour se pencher vers lui et lui demander ce qu'il en était. De son côté, Emy avait l'impression de venir de se sortir d'une toile d'araignée particulièrement gluante et ne songeait qu'à une chose : vite retourner s'assoir et qu'on lui fiche la paix !
Qu'est-ce qu'il lui avait pris tout d'un coup, à McLaggen ? Il n'avait jamais montré le moindre signe d'intérêt pour Emy jusqu'à présent ? C'était sa nouvelle coupe de cheveux qui produisait ce genre de changement comportemental ? En tout cas, une chose de sûre : Cormac McLaggen n'était absolument pas son type ! Est-ce qu'elle en avait vraiment un ? Elle n'en savait rien - mais McLaggen : jamais !
Soulagée de pouvoir retourner à sa table, elle y prit place et se saisit de sa plume tout naturellement pour continuer son travail, lorsqu'elle sentit soudain le regard d'Ewan braqué sur elle. Ne pouvant l'ignorer – ce garçon ayant un don pour forcer les gens à s'intéresser à lui – elle finit par relever la tête, extatique. Elle découvrit le serpentard qui la regardait tout en affichant un petit sourire qui ne présageait rien de bon en matière de pacifisme.
- Qu'est-ce qu'il y a ?, demanda-t-elle néanmoins le plus calmement possible.
Ewan posa sa plume, sourit de plus belle et observa Emy le regard pétillant.
- Alors, il t'a invitée à sortir avec lui, l'autre guignolo ?
Emy en avala sa salive de travers. Elle n'aurait non-seulement jamais imaginé qu'Ewan ait pu les entendre de là où il se trouvait, mais encore moins qu'elle l'entendrait un jour lui parler de ce genre de choses. Malgré son étonnement, elle vira pivoine en deux secondes.
- Euh...pas vraiment, bredouilla-t-elle mal-à-l'aise.
Ewan haussa les sourcils et accentua son sourire.
- Bah...!, fit Emy gênée. Il voulait juste qu'on passe notre samedi à Pré-au-Lard ensemble, c'est tout.
- Et toi, tu n'appelles pas ça t'inviter à sortir avec lui ?, se moqua gentiment le serpentard.
Emy se piqua un far, mais réagit assez bien - et vite.
- Bon, de toute façon, qu'est-ce que ça peut te faire que McLaggen m'ait invitée à sortir avec lui ?
- Oh...rien, resta évasif Ewan. C'est juste que je trouve ça bizarre que tu ais refusé. Vous iriez bien ensemble, tous les deux.
Il se moquait d'elle ou quoi ? Bien sûr...c'était flagrant. Mais Emy ne put se retenir de le prendre au premier degré.
- Non mais dis donc ! J'te signale qu'on n'a strictement rien à voir l'un avec l'autre ! Et puis...et puis...
Elle ne savait pas quoi dire tellement il l'exaspérait. Mais une soudaine apparition lui offrit le moyen rêvé pour se venger.
- Et puis tiens, dit-elle d'un ton singulièrement plus calme, en parlant de couple, voilà ta petite amie qui rapplique.
Et avant même qu'Ewan n'ait compris où Emy voulait en venir, il vit s'assoir à côté de lui dans une posture langoureuse Millicent Bullstrode. Faisant le rapprochement, il fixa stupéfait d'abord sa camarade de maison avant de porter un regard mitrailleur vers Emy qui souleva juste le temps qu'il fallut ses yeux vers lui, avant de replonger la tête sur son parchemin, un petit sourire satisfait au coin des lèvres.
Restant toutefois maître de ses émotions, Ewan se conduisit comme à l'accoutumée avec Millicent – qui finit par comprendre, au bout d'une conversation trop vite achevée à son goût avec son beau serpentard – qu'elle n'en tirerait rien de plus cette fois-ci encore. Néanmoins satisfaite d'avoir eu le sentiment d'avoir un peu plus assis sa position avec Lynch, elle prit fièrement congé non sans avoir lancé un regard supérieur vers Emy.
...et si celle-ci s'était laissée aller, elle aurait volontiers lâché un : « Qu'est-ce que cette fille est bête ! ».
...chose qu'elle ne fit évidemment pas, préférant se concentrer discrètement sur ce que son partenaire risquait de lui sortir en terme de répliques cinglantes.
Mais à sa grande surprise, Ewan resta concentré sur ses parchemins et autres volumineux livres traitant des animaux fantastiques durant tout le reste de la séance.
Ils se quittèrent même dans une assez « bonne » ambiance – et cela ne fut pas pour déplaire à Emy, car maintenant son travail sur son dossier terminé, il lui restait encore ses devoirs pour le lendemain. Mais pour ça, elle préférait, comme ses amis, aller les faire dans sa salle commune.
- Franchement !, protesta une nouvelle fois Ron. Les profs pourraient un peu plus tenir compte du travail supplémentaire que représente de faire ce foutu dossier et y aller mollo sur les devoirs ! Regardez-moi ça !, justifia-t-il en jetant sans ménagement sur la table, où les quatre s'étaient installés, tous ses livres et notes.
- Ron !, le regarda sévèrement Hermione. Je te rappelle que ce dossier fait parti intégrante de nos épreuves de BUSE. Et au lieu de rouspéter, tu ferais mieux d'apprécier le fait qu'il s'agisse-là d'une matière que nous avons toute l'année pour préparer.
- « Apprécier » ?, s'étrangla le garçon. Tu plaisantes, j'espère !
- Pas du tout, rétorqua Hermione qui avait déjà pris place et ouvrait consciencieusement son livre de runes.
Harry et Ron la regardèrent estomaqués.
- Cette fille est complètement..., commença Ron en regardant Harry.
- Tais-toi, lui conseilla alors celui-ci. Je te rappelle qu'il ne lui faudrait pas plus de quelques secondes pour te mettre hors d'état de parler.
C'est ainsi que le souvenir douloureux de son frère, qui lui avait fermé la bouche telle une fermeture éclair, fit son petit effet sur Ron qui préféra ravaler sa réflexion et bouder sur ses livres.
Harry, Ron et Hermione avaient déjà commencé à travailler avec plus ou moins de motivation depuis quelques minutes, quand Harry remarqua Emy, droite et grimaçante près de la table, qui semblait avoir quelques difficultés avec son sac.
- Quelque chose ne va pas, Emy ?
La jeune fille lui jeta un regard noir et maugréa :
- C'est ce fichu sac ! Il refuse de s'ouvrir.
- Comment ça : « il refuse de s'ouvrir » ?, répéta Harry interloqué. Passe-le moi, ce sont peut-être les brides qui sont coincées quelque part.
Persuadée que la tentative de son ami se solderait par le même échec que la sienne, Emy tendit son sac en soupirant à Harry...qui eut beau insister de toutes ses forces, au risque d'abimer le sac, mais ne parvint pas à l'ouvrir non-plus.
Ron et Hermione s'intéressèrent à leur tour au problème, mais...
- Désolée Emy, finit par abdiquer Hermione après avoir utilisé tous les sortilèges qu'elle connaissait en matière de fermeture et verrouillage. À l'évidence quelqu'un a ensorcelé ton sac et je ne sais pas comment y remédier.
- Faut vraiment avoir rien à faire pour s'amuser à ça, souffla Ron en remuant lentement la tête.
Et là, d'un coup, ce fut l'étincelle. Tu parles qu'il n'avait rien dit, qu'il avait semblé le plus normal possible ! La peau de vache ! Quand Emy lui mettrait la main dessus le lendemain, plus grand qu'elle, plus fort qu'elle, plus serpentard que jamais qu'elle - elle s'en moquait, elle lui dirait sa façon de penser et il aurait intérêt à réparer ses dégâts – le tout accommodé des excuses qui allaient avec pour l'avoir ainsi empêchée de faire ses devoirs !
Son air soudain réfléchi puis mordant inquiéta les trois autres.
- Euh...ça va, Emy ?, lui demanda doucement Hermione.
- Oh que oui, ça va !, s'assit brusquement la jeune fille en imaginant tout ce qu'elle aurait aimé pouvoir lui faire à cet instant. Ça va même très bien !
Son ton de voix avait beau exprimer tout à fait le contraire, aucun des trois autres n'osa aller plus loin dans l'interrogatoire. Mieux valait se remettre au travail.
Fort heureusement, les nuisances occasionnées furent minimes - car entre Harry, Ron et Hermione, il s'en trouva toujours un pour permettre à Emy de consulter les ouvrages et notes dont elle eut besoin pour faire ses devoirs comme il se devait.
Mais le lendemain matin, à peine un pied posé dans la Grande Salle et le regard tourné vers la table de Serpentard, sans mot dire et devant l'expression stupéfaite des trois autres, Emy fonça les poings faits vers son cher partenaire qui, pour une fois, se trouvait dans cette pièce en même temps qu'elle – et qui lui donna, au moment où il la vit s'avancer vers lui, l'horripilante impression qu'il s'attendait à la voir débouler ainsi (ce qui eut le don de la mettre d'encore plus mauvaise humeur).
Sans même se soucier des regards aussi stupéfaits qu'outrés des camarades de Lynch qui venaient de voir débarquer une personne indésirable à leur table, Emy posa brutalement son sac au beau milieu de celle-ci, en plein devant Ewan - faisant sauter au passage quelques bols de céréales - et croisa les bras en fusillant du regard la seule personne qui pouvait être à l'origine de cette mauvaise blague.
À cet instant, si Emy n'avait pas été dans un tel état, focalisée sur la réaction du garçon, peut-être se serait-elle rendue compte que son acte – proche pour certains de la témérité – fut tout à coup suivi par nombre d'élèves, appartenant ou non aux maisons concernées, qui furent prit d'un grand intérêt pour ce qu'il allait suivre.
- Alors ?, finit par grincer Emy devant le regard amusé d'Ewan, qui observait le sac sans avoir encore prononcé le moindre mot.
- « Alors » quoi?, finit-il par répéter, malicieux. Très joli sac, si tu veux mon avis. Dommage que quelques céréales risquent d'y rester collées si tu ne te dépêches pas de l'enlever de là.
Et là, les autres serpentards qui n'avaient toujours pas opté pour une réaction à prendre devant cette provocation gryffondorienne, décidèrent d'en rire un bon coup.
- Tu te fiches de moi ou quoi ?, s'énerva Emy – que ses amis observaient à distance, toujours plantés à l'entrée de la Grande Salle, s'interrogeant sur le bienfait d'intervenir ou non, au risque de déclencher une hémeute. C'est toi qui a fait ça !
- Ah bon ?, s'étonna poliment Ewan, qui afficha alors unpetit sourire révélateur. Et...tu as des preuves ?
Tout autour d'eux, les autres semblaient bien s'amuser. Mais entre les deux concernés, il s'agissait véritablement d'un bras de fer – que bien entendu, aucun ne tenait à perdre.
- « Des preuves » ?, se moqua Emy. Comme si j'avais besoin de preuves pour savoir que tu es capable de jeter n'importe quel sort sans que quiconque s'en rende compte peut-être !
- Oh ! Tu me flattes, sourit de plus belle Ewan. Ceci-dit, tu es donc soit complètement inconsciente...ou totalement stupide.
- Elle est les deux, murmura alors sur un ton parfaitement audible Bullstrode à Parkinson.
Emy prit sur elle de ne même pas regarder ces deux pestes.
- Car si tu as bien compris cela, poursuivit calmement Ewan, venir ainsi me provoquer pourrait t'amener d'autres petits...désagréments. Tu ne crois pas ?
Mais loin de se démonter, Emy se montra stoïque.
- Hé ! J'te signale que si tu ne t'étais pas « amusé » à me coller mon sac, je n'aurais pas eu besoin de venir ici – et sache au passage que je m'en serais fort bien passée – pour te...provoquer ? Pfff, tu parles d'une provocation. C'est une réclamation, rien d'autre !
- Ah ! Dans ce cas, ça change tout.
Contrairement à Emy qui bouillait intérieurement, Ewan, lui, ne semblait pas pressé de mettre un terme à leur échange.
- Mais tu sais, dit-il plus doucement en se penchant légèrement vers Emy. Il ne fallait pas m'embêter.
L'embêter ? L'embêter ? Emy fronça les sourcils. Quand est-ce qu'elle l'avait embêté ?
Brusquement :
- Non mais, t'es gonflé ! C'est toi qui a commencé avec McLaggen que je sache !
À peine le nom du gryffondor fut-il prononcé que le commérage démarra dans les rangs des serpentards. Qu'est-ce que ce prétentieux venait faire là-dedans ?
- Peut-être, admit nonchalamment Ewan. Mais rien ne t'obligeait à poursuivre..., lança-t-il avec un regard éloquent.
- Dans ce cas, votre altesse, le salua ridiculement Emy, sachez que je ne reste généralement pas sans répondre à ce genre de plaisanterie. Et puis, reste fairplay, l'occasion était trop belle.
Personne ne comprit, mais tous remarquèrent l'expression qu'afficha Ewan - même Emy se demanda si dans ce regard calculateur il n'y avait pas une légère crainte à avoir quant à une éventuelle riposte de sa part. Mais...
- Fort bien, sourit finalement le garçon de bonne grâce. Ton acte est justifié, je ne te tiendrai donc pas rigueur de cette intervention indélicate durant mon petit-déjeuner.
- Trop aimable, ironisa Emy devant la formulation.
Mais voyant soudain Ewan se saisir de son sac pour le lui tendre sans avoir pour autant effectué le moindre geste qui donnerait l'impression qu'il soit enfin déverrouillé...
- Heu...tu n'oublies pas quelque chose ?, lui demanda-t-elle avec un grand sourire, tout en attrapant le sac qu'elle secoua légèrement juste à côté de son visage.
- Comme quoi ?, répondit-il, faignant la surprise.
- Comme me décoincer mon sac !
...sur quoi, elle faillit ponctuer tout ça d'un « andouille ! » bien placé.
- Ah ! Mais pour ça, des excuses me semblent de mise, il me semble, lui répondit Ewan en se redressant pour lui faire face.
Des quoi ? L'expression d'Emy parlait d'elle-même et Ewan n'en était que trop ravi – et ce n'était rien comparé aux visages réjouis des serpentards qui suivaient avidement l'échange.
Emy soupira donc un bon coup et...
- Très bien, dit-elle fièrement. Je ne songeais plus aller jusque là, mais si tu y tiens absolument, je veux bien écouter tes excuses avant que tu ne remettes mon sac dans son état d'origine.
Une exclamation étouffée envahie la Grande Salle – preuve que de voir quelqu'un tenir tête à Ewan Lynch était une grande première. Même Adel et Roger échangèrent un regard inquiet. Quant à Ewan, l'espace d'un instant, Emy put lire une parfaite incrédulité sur son visage avant que celui-ci ne reprenne son masque habituel.
- J'ignorais que tu avais autant d'humour...et de courage, Emy. C'en serait presque admirable. Tu as donc de la chance que je sois de bonne humeur ce matin. Mais je suis navré, concernant ton sac, ton manque de compréhension t'obligera à te racheter toutes les fournitures qu'il contient – car, crois-moi, personne ne pourra te l'ouvrir à part moi.
Sur quoi il se rassit et se désintéressa d'elle, sous l'air proche de la félicité de Bullstrode.
- Humpf...ça, ça m'étonnerait, sous-entendit Emy en ramenant le long de son corps le sac qu'elle tenait toujours tendu devant elle. Tu n'es pas la seule personne à maîtriser les enchantements dans ce château. Je prendrai donc la peine d'aller voir Flitwick pour qu'il s'occupe de ç...
- Reste ici !, ordonna soudain Ewan d'un ton sec, stoppant Emy dans son entreprise de s'éloigner, boudeuse.
Le ton, l'atmosphère, tout avait basculé si subitement. Emy, qui avait fini par rentrer dans le jeu, sentit tout son corps parcouru d'un frisson. Ewan s'était soudainement redressé. Avec froideur, en un instant, il récupéra sans autorisation le sac qu'il effleura à peine du bout des doigts avant de le rendre à sa propriétaire.
- Épargne-toi ce genre de déplacement à l'avenir, dit-il en fixant Emy étrangement. Ça vaudra mieux pour tout le monde.
Aucun ne comprit vraiment ce qu'il venait de se passer – et beaucoup se trouvaient de toute façon trop éloignés pour avoir bien tout vu. Certains pensèrent qu'Ewan était suffisamment intelligent pour savoir quand arrêter la plaisanterie, d'autres prirent plutôt le parti de penser que le serpentard n'avaient tout simplement pas envie de se faire réprimander par un enseignant si celui-ci venait à être mis au courant de ses agissements.
Face à tout cela, Emy resta un instant immobile, ne comprenant pas ce qu'elle avait dit qui ait pu renverser aussi radicalement la situation. Il l'avait faite tourner en bourrique tant qu'il l'avait voulu et au dernier moment, plutôt que de la pousser à devoir encore courir derrière son professeur - comme si elle n'avait que ça à faire en ce moment - et parfaire ainsi sa mauvaise blague jusqu'au bout, il lui avait facilité la tâche avec un comportement lunatique au possible. C'était à n'y rien comprendre ! Y avait-il seulement quelque chose à comprendre ? Bien sûr qu'il y avait quelque chose...Ewan avait des défauts mais depuis le temps, Emy savait qu'il n'avait pas celui d'être versatile. Qu'est-ce qu'elle avait bien pu faire ?
De son côté, le serpentard s'était déjà détourné et rassis au milieu de ses camarades qui prirent soin d'ignorer magistralement la gryffondor, jusqu'à ce que celle-ci réalise enfin qu'elle n'avait plus rien à faire là et qu'il était bien inutile de vérifier si son sac s'ouvrirait enfin normalement.
Elle alla donc rejoindre ses amis qui l'attendaient toujours avec une certaine appréhension et qui eurent la politesse de ne pas (trop) la bombarder de questions sur ce qu'il venait de se passer.
Instinctivement, sans savoir si elle faisait bien ou pas, Emy garda pour elle le brusque changement de comportement d'Ewan ainsi que sa remarque, se contentant de décrire les faits dans leurs largeurs.
Elle savait qu'elle prenait un risque en agissant de la sorte - surtout compte tenu de tous les mystères qui enveloppaient actuellement le château et du fait que le moindre indice était assujetti à les aider à comprendre. Mais depuis le début, quelque chose en elle la poussait à réfuter toutes mauvaises actions en provenance d'Ewan (même si celui-ci avait tout pour mettre aux anges un procureur). Alors venir maintenant rapporter ça, surtout auprès de ses amis - dont certains ne se privaient pas de se montrer particulièrement virulent à l'égard de Lynch - ça aurait été un peu comme retourner sa veste et faire exactement l'inverse de ce en quoi elle croyait.
À suivre...
