Chapitre 11
Reid, recroquevillé dans un coin de la cabane, avait le regard vide. Ses yeux cernés semblaient morts.
Il croyait avoir vécu le pire, avoir tout enduré.
Mais l'enfer était donc comme l'univers : infini.
Reid aurait donné n'importe quoi pour que Dieu mette enfin un terme à ses souffrances et que, là, à cet instant précis, il le fasse mourir.
La mort… C'était la seule porte de sortie.
Personne ne viendrait jamais le secourir. Ni Hotch, ni Jason, ni Morgan… Personne. Le FBI avait lamentablement échoué. Reid en était à présent persuadé. C'était terminé.
Et Tobias ne le relâcherait jamais… encore moins maintenant que Reid savait.
Spencer se sentit subitement coupable d'aveuglement ou de naïveté. Peut-être les deux à la fois…
Il essaya d'être honnête avec lui-même. En réalité, ne l'avait-il pas toujours su ? Ne l'avait-il pas même un peu cherché ?
Le jeune homme ferma un instant les yeux, faisant remonter ses souvenirs à la surface de sa mémoire…
Les mains de Tobias sur lui, les gestes doux et tendres, la toilette intime… et leurs corps qui s'effleurent. Reid se revit blotti dans les bras de Tobias, lové contre son torse nu, respirant sa peau, sa sueur, s'enivrant de l'odeur de son corps… Il avait aimé se sentir ainsi enlacé, protégé, touché, caressé… mais pas jusque là, non, pas jusque là…!
Il se sentait glisser inexorablement vers une sorte de chute finale. Tobias avait tout pris : sa liberté, sa volonté, sa dignité… Reid, mentalement, rectifia : presque tout pris. Tobias ne l'avait pas encore entièrement possédé…
Mais cela ne saurait tarder, non ?, pensa Reid. Il fallait qu'il soit prêt à affronter cette demande-là. Parce que ce serait une demande, n'est-ce pas ? Reid avait confiance en Tobias. Jamais il ne le prendrait contre son gré, jamais il ne le forcerait…
Reid imagina ce qui allait se passer s'il acceptait de s'abandonner : les caresses obscènes et cette soumission ultime dont parlait la Bible…
La pénétration…
Le mot explosa dans son crâne contre une bombe.
Reid n'était pas prêt à endurer cette possession violente du corps, cette sensation invasive, la douleur physique, l'abandon moral, la détresse psychologique… et, par-dessus tout, l'abominable pêché religieux.
Spencer cherchait désespérément un moyen de mettre un terme à cette situation.
Fuir ? C'était impossible. Il était drogué, entravé par les menottes et enfermé à clef. Et cela faisait longtemps qu'il ne tenait même plus debout.
Se suicider ? Il n'y avait rien, dans cette infâme cabane perdue au milieu de nulle part, pour mettre fin à ses jours… De toute façon, il n'avait plus aucune force physique. Et Reid, même au milieu de cette désespérance, même sans espoir, ne voulait pas commettre ce pêché-là.
Il était à la merci de Tobias. A sa complète merci. Dans la vie comme dans la mort. Il fallait attendre de tomber sous le déferlement de violences, ou de succomber à une injection fatale.
Peut-être que son corps décharné et squelettique rendraient bientôt l'âme sous une pluie de coups de fouet ou de coups de poings… ? Peut-être que son cœur, affaibli par le Dilaudid, lâcherait enfin ?
Son esprit était brisé, ses nerfs rompus et psychologiquement, il n'était plus qu'une épave, vaincu. Alors pourquoi son corps continuait-il à résister ? Pourquoi un souffle de vie traversait encore ses poumons ?
Combien de temps, encore, à endurer tout ça ? Des mois ? Peut-être des années ? Reid pensa à tout ce qu'il avait déjà expérimenté et tout ce qui risquait maintenant de lui arriver…
Une boule au fond de la gorge, le ventre noué, Reid aurait voulu crier, hurler sa rage et son désespoir. Même pleurer lui aurait sans doute fait du bien. Mais il en était incapable. Il n'en avait plus la force. Il ne pouvait rien faire… sinon subir.
Et il subirait.
Il subirait tout… jusqu'au bout.
Puisque Dieu voulait lui faire boire le calice jusqu'à la lie…
Repensant à la Bible, tout d'un coup, Reid se sentit comme apaisé.
Les paroles du Seigneur…
Lévitique, chapitre 20, verset 13…
Il entrevoyait, enfin, une porte de sortie.
A la merci de Tobias… dans la vie comme dans la mort… dans la mort comme dans l'amour…
Charles, parlant par la voix de son fils, le lui avait dit : « Si tu tentes encore mon fils, je te tuerais… »
La moitié de la personnalité de Tobias le désirait, l'autre moitié, celle par laquelle il faisait vivre son père, était prêt à le tuer.
Charles entendait appliquer la parole du Seigneur, même la plus extrême… surtout la plus extrême.
Que disait le Lévitique, chapitre 20, verset 13 ? …ils seront mis à mort, leur sang retombe sur eux.
Tobias ne pourrait certainement pas supporter le conflit entre ses désirs invertis d'un côté, et de l'autre les commandements religieux que lui avaient inculqué son père. Son esprit scindé en deux allait exploser.
Reid pensa que sa seule chance résidait dans cette schizophrénie.
La tentation de la chair…
De la petite mort à la grande, il n'y avait qu'un pas… un seul pas à franchir… Plus de souffrance, plus de coups, plus de drogues…
Dans les bras de Tobias, dans la soumission de son corps au sien, dans l'abandon charnel et sensuel, tout cela serait fini.
Enfin fini.
A suivre…
