Hysteric Love
« Des portables qui s'cassent, une mauvaise insulte, une claque
Une porte qui claque, au milieu de la nuit
Si tu ressens sa douleur va le chercher sous la pluie
Si tes jugements et ses regrets le torturent
Dis-lui que c'est comme de l'or enfouie dans des ordures. »
(Rohff & Amel Bent- Hysteric Love)
Vingt-trois heures trente.
La pluie tombe à grosses gouttes, levant un vent de fraîcheur bienvenue sur Tokyo.
Tetsurô Kuroo pousse la porte de l'appartement qu'il partage avec son petit ami depuis presque trois ans. L'ancien capitaine de Nekoma essaie de se faire discret, pour ne pas réveiller Kei mais surtout pour ne pas s'attirer ses foudres. Toujours plus terribles, toujours plus violentes. Ce qui ne manquera pas d'arriver, parce qu'il a plus de trois heures de retard. Bokuto l'a traîné boire un verre à la sortie de son boulot, et il n'a pas su dire non à son ami. Pour sa défense, Kuroo n'a pas vu l'ancien as de Fukurodani depuis longtemps en raison de leurs emplois du temps respectifs. Mais cette excuse ne suffira pas, il le sait quand les yeux d'or d'un Tsukishima enragé se posent sur lui. Tetsurô grimace. T'aurais dû t'en douter mon vieux, songe-t-il en lui-même. Il ne dort pas, s'il te sait dehors. Kei n'attend même pas qu'il se soit déchaussé pour entamer son interrogatoire en règle.
Les questions fusent, telles des balles de fusil. Tetsurô se prête au jeu des questions réponses, sans faiblir et en soutenant le regard inquisiteur de son amant. T'étais où ? T'étais avec qui ? Vous êtes allés où ? Vous avez fait quoi ? Il voit les sourcils de Kei se froncer, et sait que l'orage va éclater. En effet, les reproches explosent au visage de Tetsurô dans la seconde qui suit. Tu ne penses jamais à moi. T'en as rien à foutre de moi. Tu passes tout ton temps avec tes potes, à croire que tu préfèrerais te marier avec eux plutôt avec toi. Et le meilleur pour la fin. Rien ne me dit que t'es pas retourné avec ta pute, dans mon dos. Kuroo se mord la joue plutôt que de balancer les mots qui lui brûlent la langue, pour ne pas envenimer l'état de Kei. Son geste a l'effet inverse. Qui ne dit mot, consens. Tu t'es vraiment remis avec elle, putain ! Tu peux pas me faire ça ! Ses nerfs lâchent enfin. Il lui hurle au visage, le regard sombre. L'accuse d'être paranoïaque, de mériter de se faire enfermer. En réponse, Kei lui balance son portable au visage. Kuroo évite le projectile sans difficulté, aidé par ses années de volley et l'habitude de ce genre de scènes d'hystérie. L'appareil se brise en morceaux au sol, tandis qu'il quitte l'appartement. Non sans claquer la porte avec violence.
Et lui se laisse glisser au sol, l'estomac en vrac et les larmes aux yeux. Comment en sont-ils arrivés là ? Comment on peut aimer quelqu'un à ce point, mais se déchirer à la moindre occasion ? Bokuto lui disait encore, quelques heures auparavant, que sa relation avec Kei était mauvaise. Pour lui, comme pour l'ancien central de Karasuno. Ils n'ont qu'une seule façon de s'aimer, et c'est de s'entredéchirer. Leurs disputes vont finir mal, un jour, comme ce chanteur de rock français et sa compagne actrice. Même la chaleur des réconciliations perd de sa saveur, avec le temps. Le problème, c'est qu'il est incapable de quitter Kei. Kuroo se sait de l'aimer comme ça, mais il est complètement fou de ce maudit binoclard. Fou de ce dernier depuis le tout premier jour, quand il n'était que ce gamin paumé et glacé en plein camp d'entraînement. Fou de ce physique d'ange, cachant un cœur de démon. Ils se sont aimés trop fort, trop vite, mais c'était impossible de résister. Peu importe si d'autres étaient blessés dans l'opération, comme le malheureux Yamaguchi. Peu importe qu'ils aient deux ans de différence. Peu importe qu'ils soient aussi éloignés l'un de l'autre, coincés dans deux lycées différents et rivaux. Il l'aimait, et l'aime encore. L'aimera sans doute toute sa chienne de vie.
Une longue minute s'écoule. Tetsurô enfile son manteau et attrape un sweat pour partir à la recherche de Kei. La pluie tombe toujours, et il s'est enfui avec seulement un t-shirt sur le dos. Faites qu'il ne soit pas allé bien loin. Heureusement, Tsukishima s'est juste réfugié sous le porche de l'immeuble voisin. Il tremble de froid, trempé jusqu'aux os, replié sur lui-même sous son abri de fortune. Quand il s'approche, Kuroo peut voir sa haute silhouette secouée de sanglots. Une vision qui lui arrache le cœur, et qui le fait se précipiter sur son Kei. Qui se confond aussitôt en excuses, malgré ses pleurs qui redoublent, le nez enfoui dans le creux de sa clavicule. J'en peux plus, putain. Je veux plus être comme ça, Tetsurô. Ce dernier sourit, dépose un baiser tendre sur le front de son jeune amant.
Parce que tout ira bien,
Tant qu'ils s'aiment.
