Avant de commencer à parler de ce chapitre, je tiens à inviter tout le monde à jeter un oeil à mon autre fic (Rédemption). Le fait que ce soit un OC-OC risque d'en refroidir beaucoup, mais avant de me condamner, je vous supplie de quand même essayer (si je veux avoir quelques lecteurs, je suis bien contrainte de mendier xD). Cette nouvelle fic traite de la vie d'un Mangemort en fuite (Neil Brown de son petit nom) et comme le titre l'indique de sa rédemption (enfin vu comme il est obtu, c'est pas gagné -_-'). Quelque chose d'assez psychologique donc, avec une sorte de anti-héros insupportable. Et puis un peu d'action et des clins d'oeil aux personnages de JKR.

Maintenant que j'ai fini de me faire de la pub, on peut en revenir à Kassidy. Il s'agit là d'un chapitre de transition, mais je l'aime assez. Les fans de Magdalena devraient être content parce qu'elle est à l'honneur. Une infirmière traumatise verbalement notre héroïne (j'en dis pas plus) et la relation Kassidy-Sirius commence à évoluer.

(si vous pouviez éviter de m'envoyer des colis piégés pour cette fin assez mesquine, je vous en serais reconnaissante)

Bonne lecture !

x

Chapitre 10 : L'infirmerie.

x

Les rayons du soleil, taquins, me sortirent du sommeil et réveillèrent du même coup la douleur qui tiraillait mon abdomen.

Dans cet état comateux, je poussai un léger grognement mais gardai les paupières closes. Une main souleva ma tête et je sentis contre mes lèvres le rebord d'un gobelet. J'avalai le liquide sans me soucier de sa composition. Je n'étais pas en assez bonne santé pour me méfier.

La main replaça une mèche de cheveux derrière mon oreille et caressa mon front.

J'arrivai à sourire malgré ma souffrance : à mon souvenir personne n'avait jamais fait preuve d'une telle tendresse à mon égard. Je clignai des paupières pour m'habituer à la lumière matinale.

« Ça va ? »

J'hochai la tête avec le maximum de vigueur qu'il m'était possible, c'est-à-dire bien peu.

« Je suis désolé.

– C'était pas toi. »

Je constatai avec étonnement que ma voix était légèrement rauque.

« Tu veux t'asseoir ? »

Je grimaçai : « Non, je crois que ce serait une mauvaise idée. »

Je dégageai la couverture d'un faible coup de pied et relevai un peu ma chemise. Il détourna le regard pudiquement.

« Je ne vois pas, lui dis-je. La cicatrice. Elle est comment ? »

Il jeta un coup d'œil incertain sur mon ventre.

« Dans les cinq centimètres environ, large et rose.

– Ah ! S'en est fini de ma carrière de mannequin ! »

Je voulus rire mais le son s'étouffa dans ma gorge : j'avais trop mal pour y parvenir.

« Tu as besoin de quelque chose ?

– Reste avec moi s'il-te-plait. »

Ma demande le surprit et, se penchant en avant, il murmura gêné : « Je ne sais pas si c'est prudent… »

Je rétorquai :

« Si elle avait voulu me tuer, elle l'aurait fait, Severus. »

Après une brève hésitation, il tira une chaise à côté du lit et s'y installa. Je lui tendis ma main et il y plaça la sienne.

« Je sais bien que tu n'aurais jamais fais ça, ajoutai-je en la serrant doucement. Ce n'est pas ta faute. » Et, à voix basse, je lui demandai : « Qu'as-tu dis à Dumbledore ?

– Que je t'avais trouvé comme ça.

– Il t'a cru ?

– J'en doute. »

Je lui souris : « Je lui dirai que ce n'était pas toi. Jusqu'à présent personne n'a parlé, et on s'arrangera pour que ça reste ainsi. Je vais m'occuper de toute cette histoire… »

Il secoua la tête, amusé. « Occupe-toi d'abord de guérir. Moi j'ai fais le nécessaire pour qu'aucun possédé ne se balade dans les couloirs, la nuit. »

Je tirai sur sa manche pour l'attirer vers moi. Il se dressa de toute sa hauteur auprès du lit, faisant rempart de son corps au soleil éclatant. Je posai mes deux mains sur ses épaules ; nos cheveux, noirs et blonds, se mêlèrent dans cette étreinte amicale. Contre mon oreille, il dit : « A l'avenir, essaye d'éviter les poignards, Kassidy. Ce serait con que tu meurs si jeune. » Et je lui promettais sottement : « Je ferai de mon mieux pour t'éviter cette peine. »

x

Les portes de l'infirmerie s'ouvrirent sur un petit homme au physique étroit. Une barbe grise, éparse et inégale parsemait ses joues caves. Il arborait une tenue simple mais soignée : une robe de sorcier noire de coupe classique surmontée d'une cape de velours bleu nuit doublée de brun. Les chaussures à boucles qui terminaient ses jambes grêles étaient faites de cuir de Magyar – les écailles brillaient à chaque pas d'une lueur d'obsidienne – et les lacets cobalts passées dans les encoches rappelaient le bleu de son pardessus. Il avançait en triturant dans ses mains moites un chapeau melon marron.

« Père ! »

Je me redressai si vivement que la douleur se raviva. Je perdis le souffle une seconde tandis que l'infirmerie tournoyait autour de moi dans un kaléidoscope de blanc, de gris et d'azur.

Le bruit d'une canne contre le carrelage intrigua mes sens et, une fois la plaie rendormie, je relevai les yeux.

Elle se tenait dans l'embrasure de la porte, la bouche pincée et les prunelles dédaigneuses sous ses lourdes paupières fardées. Quelques mèches blanches supplémentaires se perdaient dans le blond de son chignon impeccable depuis la dernière fois où je l'avais vue. Les pieds chaussés d'escarpins brillants, une robe fuseau noire, elle semblait être venue ici davantage pour participer à un bal que pour rendre visite à sa fille hospitalisée.

Elle boitait, certes, mais refusait de s'en laisser affecter : elle ne quitterait ses talons pour rien au monde, même si elle devait pour cela adopter une démarche ridicule – et c'était exactement ce à quoi elle était forcée. Quelques gouttes de sueur perlaient sur son front et sa peau était plus diaphane que jamais. Elle avait mal, elle aussi.

« Mère. Qu'est-il arrivé à votre jambe ?

– Rien qui ne te concerne, répondit-elle sèchement en prenant appui sur le mur. »

Elle envoya valser sa canne – tige noire surmontée d'un hippogriffe miniature – sur le sol et le carreau se fendilla sous l'impact.

« Maudits escaliers, pesta-t-elle. Comme s'il n'aurait pas été plus simple d'installer cette infirmerie au rez-de-chaussée ! »

Père fit remarquer aimablement : « La température est plus agréable ici. »

Elle lui jeta un regard noir :

« Je ne t'ai pas demandé ton avis, Logan. »

Il se pencha pour caresser mes cheveux doucement, sans se laisser autrement démonter par l'agressivité de son épouse. Il avait pris l'habitude des remontrances et peut-être à l'heure actuelle ne les entendait-il même plus.

« Cesse un peu de la materner. Tu vois bien qu'elle va très bien ! C'est même à se demander ce qu'on est venu faire là… »

Et après on s'étonnait que je sois devenue une adolescente individualiste et coléreuse ?

« J'ai été conduite en urgence à Sainte-Mangouste. Il a fallu tout une équipe de chirurgiens pour réparer les dégâts et stopper l'hémorragie. Sans compter qu'à l'heure actuelle les Medicopharmaciens se tapent la tête contre les murs parce qu'ils ont découvert dans mes analyses une substance qui n'a rien à y faire et dont ils ne savent pas enrayer la propagation. Alors de là à dire que je vais bien…

– Cesse un peu de jouer les martyrs ! s'emporta-t-elle. Ça a toujours été pareil avec toi : tu fais une montagne de rien ! »

Les doigts de Père tremblaient dans mes cheveux.

« Et puis peut-être que si tu te comportais convenablement, personne n'aurait eu l'idée de te poignarder ? » Elle plissa le nez : « Je suis sûre que ce sont ces sang-de-bourbes que tu fréquentes. Je t'avais pourtant prévenue qu'on ne peut jamais faire confiance à cette engeance.

– Regina, ça suffit ! »

Plus qu'un cri, c'était un grondement qui avait franchi les lèvres de Père. Ses épaules tressautaient par à-coup. Etait-ce le résultat de la peur que ma blessure lui avait inspiré ou bien la conséquence d'un brusque excès de fureur à son encontre ? Je n'aurais su le dire. Quoiqu'il en soit, Mère perdit de sa superbe, blanchit plus encore et, sonnée, se laissa aller contre le battant de la porte d'entrée.

« L…L…ogan ! Je t'interdis de me parler sur ce ton ! »

Mais son injonction perdait toute crédibilité : sa voix montait dans les aigus outragés, sa langue balbutiait maladroitement derrière sa dentition de porcelaine. Elle avait même plaquée la main sur son cœur tant elle était choquée par ce brutal revirement des rôles.

Il s'écoula quelques minutes de ce silence tendu, un silence que venait à peine troubler le doux frottement de la caresse paternelle sur ma tête. J'abaissais les paupières, rassérénée par ce contact. Sans Mère, les choses auraient pu être tellement merveilleuses…

« Bien. Maintenant que ton père a vu que tu n'étais pas à l'article de la mort, je crois qu'il serait temps que nous rendions visite à cette chère Druella. » Elle développa à mon attention, avec ce regard par en dessous qui signifiait qu'elle m'accordait là un immense privilège : « Cygnus a perdu beaucoup d'argent au cours de ses trois dernières années. Ils pensaient remonter la pente, mais ça n'a pas été le cas. Je suis très intriguée de savoir s'ils possèdent toujours ce service en cristal qui aurait dû me revenir… »

A l'origine, et bien qu'elle ne l'ait jamais exprimée explicitement, Mère aurait dû épouser Cygnus Black. Depuis que la mère de Narcissa l'avait devancée dans son projet marital, elle n'éprouvait envers elle qu'aversion et jalousie.

« J'ai entendu dire que leurs finances étaient si serrées qu'ils avaient été contraint de vendre une de leurs propriétés à des Parvenus. » Elle rit : « J'ai eu l'idée grandiose de gagner leur amitié et de leur proposer un prêt. »

La fortune des Andersen était dans les dix plus importantes d'Angleterre, mais même sachant cela, je n'admettais pas que nos fonds puissent simplement servir à satisfaire une vieille vengeance. D'un point de vue pécuniaire, ce « prêt » s'apparenterait plus à un don qu'à une possibilité de grossir sérieusement notre compte en banque grâce à un remboursement futur et – surtout – aux taux d'intérêts associés. Car dans le jargon propre aux sangs purs, un « ami » donnait sans espérer recevoir en échange. C'était là le but qu'elle poursuivait : pouvoir les humilier élégamment en leur soufflant « Je connais votre situation et je vous offre mon amitié. » Personne n'y croirait vraiment : ni les Black, ni le reste de la communauté sorcière. Tous sauraient apprécier le sarcasme de sa proposition.

Elle se moquait bien de renier les valeurs commerciales de sa famille d'adoption. Les Andersen étaient des marchants aux tarifs incorruptibles, des hommes et des femmes penchés sur leurs feuilles de revenus, vérifiant toujours chaque ligne avec minutie, ne serait-ce que par simple plaisir de savoir chacun des chiffres conforme à leurs prévisions. Sans être avares, nous étions attentifs à ne pas jeter les galions par les fenêtres. Et elle détruisait nos principes, piétinait notre goût du calcul et des transactions avantageuses.

Si un jour j'ai un enfant, je lui inculquerai la rigueur économique des Andersen.

Combien de monticules d'or avait-elle dilapidé en forfanteries et en caprices ? Combien en gaspillerait-elle encore au cours des années à venir ?

« Si jamais ils annulent leur réception de Noël, ils tomberont en disgrâce. Alors ils accepteront. Ils n'ont pas d'autre choix. »

Elle secoua doucement la tête pour s'extirper de toute cette jubilation anticipée et ses yeux pâles accrochèrent la maigre silhouette de Père. Ils s'entre-regardèrent. Elle avec dédain et suffisance – elle tenait ce pauvre bougre sous sa coupe –, lui avec une courtoisie indifférente. A nouveau, il mettait son cœur et ses pensées à l'abri de toute atteinte, et il lui présentait la figure docile qui l'accommodait tant. Satisfaite, elle permit à ses lèvres de s'incurver très légèrement, et dit d'une voix glaciale : « Ma canne est tombée. Qu'est-ce que tu attends pour la ramasser ? » En quelques enjambées, il était à ses côtés, s'accroupissant pour ramasser la branche d'ébène filiforme, sans protester – et sans même simplement songer à protester – devant l'attitude soumise qu'elle lui imposait.

Loin de le remercier, elle ajouta avec hargne : « Je dois vraiment tout te dire ! » Et elle franchit les portes de l'infirmerie sans un coup d'œil en arrière.

Père, lui, s'arrêta, la main à plat sur le bois. A la tension que je lisais entre ses omoplates, je devinais qu'il hésitait. Mais il prit sur lui, abandonnant sa carapace, faisant fi des conséquences et il se retourna.

« Rétablis-toi bien, ma chérie. »

Les iris noirs des Andersen luisaient d'un feu ancien, le feu de la volonté, de la fierté, de la vertu. Et je sus que l'âme de Père existait toujours quelque part, sous la chair froide et les faux-semblants, et qu'elle irradiait de la clarté d'antan. Je compris qu'elle hibernait simplement mais qu'à jamais, pour moi, en cas de nécessité, elle serait vive et attentive.

Tout à coup, je voulus dire quelque chose. Quelque chose de gentil, de vrai, quelque chose que je ne me serais jamais permise de prononcer avant aujourd'hui et que Mère aurait prohibé si elle avait pu savoir qu'un jour cette pensée chatouillerait le bout de ma langue, rebondirait sur mon palais, glisserait sur mes gencives pour se changer en sons, en syllabes, en mots. En une déclaration d'amour filial.

J'aurais voulu.

Mais le temps de trouver le courage nécessaire, ils étaient déjà loin.

Une autre fois. Je le lui dirai une autre fois.

Mais en replongeant sous les draps, je sus que j'avais laissé filer la seule opportunité de dire à mon père combien j'étais heureuse qu'il soit venu, combien je chérissais son affection. J'avais perdu la chance d'une vie d'être enfin, pendant une seconde, l'enfant que j'aurais rêvé être.

Et je tentai de me persuader, en enfouissant ma tête dans l'oreiller, que ça n'avait pas tant d'importance.

x

Sur la table de nuit trônait un bouquet magnifique, probablement élaboré par Narcissa elle-même car jamais je n'avais vu un fleuriste arranger des myosotis, des anémones, des thyrses de lilas, des camélias en boutons de roses et des azalées volumineuses avec tant de raffinement. Ils rependaient dans la pièce un parfum suave et printanier qui, j'en étais certaine, aurait pu inciter même un mourant à lutter pour retrouver la santé et la vigueur de sa jeunesse. Je la soupçonnais d'avoir enchanté les plantes et le vase pour me remonter le moral.

Pendu à mon poignet, une amulette en forme de croissant de lune était sensée m'aider à retrouver la forme. C'était un cadeau de Bellona ; elle l'avait acheté à Friedrich, un marchand ambulant de Pré-au-Lard dont la camelote ne méritait pas une noise l'unité. A la vérité, je me fichais de savoir si le morceau de bois me serait utile ou non : Bellona m'avait offert un présent de rétablissement, et le fait suffisait amplement à me réjouir.

Remarquant la chaîne en argent sur laquelle j'avais flashé au cours de l'été, Severus avait tenté d'effacer sa culpabilité en dévalisant la moitié de son compte en banque pour l'investir dans son achat. J'appréciais le geste, mais je m'arrangerais pour que la somme réapparaisse miraculeusement dans son coffre à Gringotts ; sans lui en faire part, bien sûr, pour sauvegarder sa fierté et lui épargner une gêne facilement évitable.

Avec son humour décalé, Betty McLinden m'avait fait porter un assortiment de stylos Bic multicolores, de feuilles quadrillées, de fournitures moldus diverses et variées. J'en ferais bon usage, sous l'œil exaspéré de nombre de mes camarades.

Enfin, sur mes genoux, le cadeau de Magdalena :

J'enfournais chocolat sur chocolat, en me délectant du goût sucrée et pâteux autant que des trois rouleaux de parchemins qui les accompagnaient.

x

Poudlard, salle commune, dix octobre, 2h du matin.

Les Médicomages t'ont emmenée il y a quatre heures. Je suis enfin parvenue à approcher Severus et à lui tirer les vers du nez. Il raconte probablement autant de conneries que de vérités, mais j'ai su obtenir l'essentiel des informations.

Je préfère mettre les mots sur papier plutôt que de les retourner inlassablement dans ma tête :

J'espère que ça ira, Kassidy. Il ne se passe pas une minute sans que je ne m'interroge sur ton état.

Cissy pleurniche sur l'épaule de Severus. Je te laisse imaginer la tronche qu'il tire…

Si tu étais là, tu en rirais avec moi. Alors reviens vite. Je n'aime pas être la seule à me moquer de Narcissa. D'autant plus que quand tu n'es pas là, c'est moi qui passe pour la méchante.

x

Poudlard, couloir paumé, dix octobre, vers midi.

Les rumeurs sur ta blessure circulent et s'amplifient toutes les minutes. J'ai entendu une petite de Poufsouffle dire qu'un Ronflak Cornu t'avait embrochée. Je me demande où est-ce qu'ils vont pêcher des idées pareilles.

Tu es devenue célèbre, ma grande. On est suivi en permanence par une bande de vautours dégénérés qui n'attendent qu'une seule chose : qu'on leur livre un nouveau scoop sur ton état de santé. Je m'amuse à leur rétorquer qu'il t'ait poussé une troisième jambe. Tu verrais leur tête ! C'est tordant.

Ah oui avant d'oublier… William Boot a dit de toute ça que « ce n'était pas une grande perte ». Alors Severus lui a écrasé le nez pendant que je lui administrais un petit sortilège de ma composition : il s'est baladé tout nu dans les couloirs, pissant le sang, en beuglant pour qu'on fasse réapparaître ses fringues. C'était très divertissant. Tu aurais adoré, j'en suis sûre.

x

Poudlard, Grande Salle, table des Serpentard. Toujours dix octobre.

Dumbledore a annoncé que tu te remettais doucement de ton opération et que les médecins attendaient les résultats des analyses pour confirmer ta rémission.

Sans transition : River vient de bousculer Circée. Elle a cassé son talon. Elle a l'air toute petite maintenant (et très fâchée).

Oh !

Tu viens de rater quelque chose.

Elle lui a retourné une gifle (tu sais, ce genre de gifle qui claque, qui résonne pendant cinq minutes et qui laisse une marque rouge indélébile ?) et elle est partie en coup de vent.

Je vais essayer d'en savoir plus. Je te tiens informée.

x

Parc de Poudlard, sous la pluie, matinée du onze octobre.

Black est venu me trouver après le petit-déjeuner. J'allais le renvoyer bouler (il faut bien que quelqu'un s'en charge, puisque tu n'es pas là) mais il ne m'en a pas laissé le temps. Il voulait savoir comment tu allais. Et il avait presque l'air concerné

Tu as intérêt à m'expliquer ce qui se passe. Un jour il t'ignore, le lendemain il te hait et le surlendemain il s'inquiète. C'est à n'y rien comprendre.

(Rassures-moi : tu n'as pas couché avec lui au moins ?)

((Non, je rigole. Pas la peine de faire cette tête…))

x

Poudlard, salle glauque. Treize octobre au soir.

Severus mijote quelque chose mais je ne comprends pas quoi. Il nous a fait venir, Narcissa, Avery, Rosier et moi dans cet endroit. Et je crois qu'il essaye de nous retenir ici.

Il fait en sorte de fournir des éléments à la discussion, il propose des trucs, nous prend à partie. Ce n'est pourtant pas dans son caractère de tendre vers le monologue (du moins pas ce genre de monologue futile). Quelque chose cloche, je le sens.

Il a l'air inquiet. Et pas seulement pour toi et ta blessure. Il craint quelque chose d'autre.

Ou alors le fait d'être coincée ici avec Junior perturbe mes pensées et je vire parano ? (Non d'une chouette !, si tu le voyais avec cette veste beige… c'est à pleurer tellement il est sexy là-dessous !).

x

Même endroit, même soir, mêmes protagonistes.

Evan a proposé un jeu. Je suis sûre qu'il ne sait même pas qu'il s'agit du dérivé sorcier d'un jeu moldu antérieur.

Narcissa appréhende. Elle regarde son verre de Whisky Pur-Feu comme s'il allait lui sauter à la gorge d'un instant à l'autre. Severus et Rosier sont à leur aise. Et je devine qu'Avery regrette qu'on n'ait rien de plus fort (vu sa constitution il pourrait se vider trois bouteille qu'il marcherait encore droit !).

La seule règle à respecter est de boire lorsqu'on a vécu la situation énoncée (j'aime les jeux d'alcool et leur simplicité enfantine). La magie se charge du reste : on a le droit à un mensonge, avant d'être éjecté en dehors du cercle tracé au sol.

Rosier commence en douceur par un « J'ai embrassé une fille. »

Nous buvons tous (j'ai pensé à toi au passage), sauf Narcissa qui nous regarde avec de grands yeux. Elle n'aime déjà pas la tournure que prennent les évènements. Elle aimerait quitter le cercle, mais en même temps elle a bien trop peur de paraître coincée.

« T'as embrassé qui Severus ?

En quoi ça te concerne ? »

Va falloir que tu m'expliques un jour pourquoi tu apprécies ce vieil hibou mal léché…

Il coule un regard vers Narcissa.

« J'ai embrassé un garçon, dit-il. »

(Dans un autre contexte, venant de lui, la phrase aurait pu être hilarante.)

Je suis la seule à boire.

Elle rougit. Tant de pudeur dans un même corps, c'est incroyable… Je ris et elle plisse les paupières, l'air menaçant.

« J'ai fais l'amour avec au moins une personne ici présente. »

Ça c'était bas, Cissy !

Je lève mon verre, imitée par Avery et Rosier. Ils s'entre-regardent une seconde. Junior n'a pas l'air enchanté.

« J'ai toujours su que vous étiez gay tous les deux. »

Mon humour les laisse de marbre. Je crois qu'Avery vient de comprendre que j'ai couché avec un de ses meilleurs amis.

A mon tour : « J'ai fais un rêve cochon. »

Les gars lèvent les yeux au ciel, l'air de dire que ma question n'a pas d'intérêt. Mais je ne m'occupe pas de leur tendance naturelle à la perversité : je cherche l'étincelle lubrique dans l'âme de Narcissa. On ne peut décemment pas être aussi vertueuse.

Elle hésite et trempe ses lèvres en grimaçant dans le liquide ambré.

« Je le savais ! Je le savais ! Tu n'es pas une sainte ! »

Je jubile, sous l'œil blasé de ton abruti de meilleur ami.

Avery prend la parole, me coupant dans ma danse du bonheur : « J'ai oublié le nombre de mes aventures d'un soir. »

Pourquoi il me regarde comme ça ?

C'est drôle… J'ai comme une petite soif soudain…

« J'ai été amoureux. »

La phrase de Rosier jette un froid. Narcissa m'observe du coin de l'œil. Je soulève mon verre et avale une pleine gorgée d'alcool. Ma gorge brûle.

Avery ne bouge pas d'un cil, sa coupe demeurant immobile devant lui. Il ne boira pas.

Pour détendre l'atmosphère, Severus propose : « J'ai déjà rêvé de coucher avec Potter. »

Loin de parvenir à alléger l'ambiance, sa question l'alourdit encore davantage : je bois. Que ce soit vrai ou faux, quelle importance ?

Le premier mensonge n'était pas de mon fait.

x

Quelque part vers Proxima du Centaure, quatorze octobre.

J'ai mal à la tête, c'est affreux. Dis, Kassy, pourquoi j'ai fait toutes ces choses dans ma vie ?

Pfff. Je te paris que Severus ne voudra même pas me préparer une potion contre ma migraine post-beuverie. Je le hais.

x

Poudlard, près du bureau de Dumbledore, quinze octobre au matin.

Dumbledore nous a fait venir, Narcissa, Severus et moi. Je lui ai demandé de nous autoriser à te rendre visite mais il a refusé. Je l'ai qualifié d'« espèce de vieux grincheux sans cœur » juste avant qu'il ne nous annonce que tu serais de retour demain.

Cissy est une vraie pile électrique, elle ne tient plus en place tellement elle est contente. Je crois qu'elle est allée voir les elfes de maison pour qu'ils préparent un gâteau ou quelque chose comme ça, histoire de fêter ton retour. Une vraie mère poule (je plains ses futurs rejetons…)

Il paraît que ta convalescence est loin d'être finie. Il y a eu des complications je crois. Mais si tu es transférée à Poudlard, j'imagine que ça signifie que ça va tout de même assez bien.

Tes sarcasmes et ta mauvaise humeur commençait vraiment à me manquer. Et puis River se croit le chef de la maison parce que tu n'es pas là. C'est tout bonnement affligeant. Il est grand temps que tu reviennes prendre les choses en main.

x

Seize octobre.

Tu dormais quand on a voulu te rendre visite. J'ai laissé les chocolats et les parchemins à ma sœur pour qu'elle te les donne à ton réveil.

(Je rivaliserai pas avec le bouquet de Narcissa, mais j'espère que tu apprécieras quand même. Et puis de toute façon c'est ça ou rien, alors t'as intérêt à t'en contenter !)

Repose-toi bien. A tout à l'heure,

Lena.

x

PS : Edward a fait comprendre à Circée qu'il n'avait pas l'intention de l'épouser. D'où le clash de l'autre jour. Je sais pas pour toi, mais moi je peux pas m'empêcher de sourire…

x

Sa silhouette se découpait dans la pâle lumière lunaire. Il se tenait immobile à côté du lit, les pouces accrochés aux passants de son jeans. Il était habillé en moldu – pull noir, Lewis et chaussures de ville à demi défoncées aux pieds.

Une cigarette entre ses lèvres laissait s'échapper l'arôme âcre du tabac dans la pièce. Il la retirait tantôt pour expirer une fumée doucement mouvante, terne, auquel son regard – couleur de cendres lui aussi – demeurait agrippé, tantôt il la replantait dans son bec et replaçait ses mains autour de sa ceinture. Il réfléchissait, cherchait une réponse au creux de la brume grise qui enveloppait son visage et s'élevait vers le plafond.

« Black ? »

Il sursauta et ses prunelles se tournèrent aussitôt vers les draps blancs et vers mon visage tout aussi livide, déposé sur un traversin immaculé.

« Ça a quelque chose à voir avec ce sortilège, n'est-ce-pas ? demanda-t-il en guise de salutation, tout en écrasant sa clope sur le dessous de sa semelle.

– Oui. »

Nos deux voix se mêlèrent ; la mienne, féminine et un peu rauque, contre la sienne, rendue nasillarde par la cigarette mais d'un timbre agréable, grave et posée : « Je suis désolé. »

Il s'étonna de m'entendre répéter ces mots : « Je suis désolée, Black, de t'avoir lancée ce sort. Ce n'était pas une vengeance, c'était juste de la stupidité, une stupide, stupide, stupide perte de contrôle. » Je me redressai en grimaçant, caressant mon ventre sous les draps dans l'espoir d'en chasser la douleur. « Je ne suis pas quelqu'un de bien. Je me laisse guider par des pressentiments, des pulsions dévorantes, par la haine. Et je hais des tas de choses. »

Il sourit, sans m'interrompre toutefois.

« Je n'aurais pas dû te demander de m'aider après ce que je t'ai fait endurer. »

Il secoua la tête.

« Je n'aurais pas dû refuser. »

Il planta son regard d'argent dans le mien. Un drôle de regard, ni malveillant ni véritablement bienveillant ; un contact oculaire courtois et navré : « Si tu ne savais pas pour Rémus, je t'aurais dénoncée.

– Tu peux le faire si tu veux. »

J'avais rarement connu un si grand calme à l'intérieur de moi. J'étais sereine à l'idée d'être expulsée de Poudlard, paisible quant à l'obligation de mettre un terme à mes études et à mes projets professionnels. Ça m'était égal.

« Tu peux le faire. Mais j'aimerais qu'on la détruise avant mon départ. J'y ai bien réfléchi ces derniers jours, et je pense avoir un début de plan pour venir à bout de Parca.

– Parca ? m'interrogea-t-il.

– C'est son nom. »

Je retirai mes pieds de dessous les draps et le vrillai d'un regard menaçant, en le pointant de mon index :

« Ne va surtout pas t'imaginer que je suis une sorte d'héroïne. Je n'ai pas votre trempe à vous, les Gryffondor. Mais je voudrais… »

Je cherchai mes mots, mal à l'aise.

« … faire quelque chose de bien ? proposa-t-il, décidemment amusé par le tour que prenait la conversation.

– Mmh. Oui. Plus ou moins. Et puis me venger surtout. » Je maugréai : « C'est qu'elle m'a bien amochée, la garce. »

Black me considérait toujours avec amusement.

« C'est d'accord. Dis-moi quand tu veux que –

– Tout de suite ce serait bien.

– Je croyais que tu n'avais qu'une ébauche de plan ?

– J'ai dis ça pour être modeste. Et puis tu n'imagines pas comme une semaine et demie d'ennui et de quasi-solitude passe lentement. Je suis sûre que si je m'étais penchée sur la question j'aurais pu trouver un moyen de cambrioler Gringotts. Alors bon… ce n'est pas un monstre démoniaque qui pourra s'opposer à mon génie.

– Je vois que la modestie t'a déserté aussi vite qu'elle t'a investie.

– Le génie ne s'embarrasse pas de modestie. »

Je glissai l'extrémité de mes petits pieds laiteux dans les chaussures déposées à mon chevet. Je voulus me pencher pour introduire l'index entre mon talon et le cuir, afin de mieux agencer la ballerine à ma peau, mais le simple fait de tendre mon bras dans ce but suffit à réveiller la Douleur ignoble. Je mordis mes lèvres et m'autorisai une deuxième tentative qui s'avéra être toute aussi infructueuse.

Black, quant à lui, regardait ailleurs pour ne pas m'embarrasser. J'appréciais sa prévenance mais :

« Black, appelai-je d'une toute petite voix. »

Il pencha son visage vers moi.

« Ecoute. C'est très gênant pour moi de te demander ça mais… »

Il s'était déjà agenouillé devant le lit, sans présenter le moindre signe d'embarras. La lune jouait sur les mèches sombres de sa chevelure, y ajoutant des reflets de gris et d'argent, et sa paume soulevait ma cheville avec l'obligeance d'un dévot parant sa déesse.

« C'est la première fois que tu plies le genou devant moi. »

Ayant chaussée mon pied gauche, il m'accorda un coup d'œil sournois :

« Et c'est la première fois que tu es contrainte d'implorer mon aide pour quelque chose d'aussi élémentaire. »

Vexée, je frappai son épaule de la pointe de ma ballerine.

« Aïe ! Mais ça fait mal !

– Tu l'as cherché. »

Il grommela un juron – quelque chose sur une dragonne hystérique – et apporta à mon pied droit le confort qu'il méritait. Sa main était agréablement fraiche sur mon mollet et il accomplissait sa tâche avec sérieux et délicatesse, comme investi d'une mission divine. Je songeais à la sandale de verre de Cendrillon et un sourire flotta sur mes lèvres. Comment pouvais-je me laisser aller à rêver de romantisme et de conte de fée alors que mon chevalier servant n'était rien d'autre qu'un prince déchu, bouffi d'orgueil, de préjugés impérissables et radié de sa famille comme le plus vulgaire des êtres de maison ?

« A quoi tu penses ?

– Potter aurait été plus crédible dans le rôle du chevalier. »

Il haussa les sourcils, perplexe.

« De quoi tu parles ? »

Je lui fis signe de laisser tomber.

« Tu sais qu'on voit quasiment tout sous cette chemise de nuit ? lança-t-il négligemment une minute plus tard, après s'être relevé. » Il observait la coupe de ses ongles avec un soin tout ironique.

« Black ! glapis-je, mortifiée, en resserrant mes bras autour de ma poitrine.

– Ne t'en fais pas, poursuivit-il en posant une main rassurante sur mon épaule. Ce n'est pas comme s'il y avait quelque chose à voir… »

J'écrasai son pied.

« Aoutch ! Mais qu'est-ce qui te prend ? Furie ! »

Un bruit de pas mit fin à notre dispute et bientôt l'infirmière déboula dans la pièce, échevelée et sa chemise toute de travers.

« Kassidy ! hurla-t-elle. Où croyais-tu aller comme ça ? Enlève ces chaussures et file dans ton lit.

– Mais –

– Il n'y a pas de « mais » ! Tu viens de te faire opérer. Tu es faible.

– Je ne suis pas –

– Tu as besoin de repos. »

Elle acheva, catégorique : « Dis à ton petit-ami de revenir à des heures plus appropriées. »

Black et moi échangeâmes un regard offusqué.

« Je ne sors pas avec cette folle furieuse ! protesta-t-il. »

Pomfresh sembla remettre son visage et abandonna le tutoiement familier avec lequel elle m'invectivait.

« Sirius Black. J'aurais dû m'en douter. » Elle soupira. « Ne venez pas me sortir vos balivernes. J'ai été élève ici moi aussi. Je sais très bien ce qui se passe après le couvre-feu.

– Oh mon dieu, j'ai une vision d'horreur, soufflai-je à Black en aparté.

– Estimes-toi heureuse, Andersen, moi au moins je suis canon, rétorqua-t-il à voix basse. Je pourrais pas en dire autant te concernant. »

J'allais répliquer quand, remuant le couteau dans la plaie – drôle d'expression considérant ce que je venais de subir quelques jours plus tôt – l'infirmière lâcha :

« J'espère au moins que vous vous protégez !

– Oh ! Merlin ! m'exclamai-je, révoltée par le flot d'images surréalistes qui m'assaillaient. » Black. Nu. Terrible, terrible image.

« Ne prenez pas cet air-là, jeune fille. Si vous saviez le nombre d'étudiantes qui viennent en douce à Sainte-Mangouste pour se faire avorter, vous ne seriez pas aussi scandalisée ! »

Black inclina le buste, un large sourire plaqué sur son visage d'abruti congénital.

« Je vais vous laisser Mesdemoiselles. Les discussions contraception à trois heures du mat' c'est vraiment trop bizarre pour moi. »

Il avança vers la sortie, les mains dans les poches.

« Ne croyez pas vous en tirez à si bon compte, jeune homme ! J'en parlerai à votre directeur de maison et des points vous seront retirés ! Et que je ne vous reprenne plus à troubler la convalescence de mes patients ! Ni à fumer dans mes locaux ! »

Dos à Pomfresh je bougeais les lèvres en silence : Je me tire dès qu'elle sera repartie se coucher. Rendez-vous dans le Hall.

Lorsqu'il fut parti, elle me mena jusqu'à ma couchette et me retira mes ballerines sans faire preuve d'aucune douceur.

« Je te ramène ton antidouleur. Ne bouge pas d'ici. »

Je glissai précautionneusement mes jambes sous les draps et patientai docilement.

« La fiole n'est pas verte normalement ?

– C'est une nouvelle concoction, moins forte que la précédente. »

J'avalai d'un trait le liquide ambré. Le corps secoué d'un frisson odieux – le goût était plus qu'infect – j'agrippai la main de l'infirmière pour m'allonger plus facilement.

Elle s'assit à mes côtés.

Je cillai.

Les couleurs de l'infirmerie se mêlaient pour former des taches sombres aux coloris innommables, noir bleuté, brun-gris et autre jaune-vert agressif qui provenait de l'éclairage des appartements de Pompom, qui filtrait par l'entrebâillement et s'ajoutait à mon hallucination visuelle.

« Qu'est-ce que – ? »

Elle caressait mes cheveux avec une tendresse presque inquiétante.

« Allons, je voyais ton reflet dans la vitre. Tu ne crois tout de même pas que je t'aurais laissée filer avec ce garnement ? »

Mes épaules tressautèrent sous le rire muet qui m'agitait.

« Vous êtes une vraie dragonne. »

Elle tapota ma tête en souriant. « C'est mon métier. »

Tandis qu'elle s'éloignait, j'imaginai Black, seul et immobile devant les hautes portes du Hall, attendant inlassablement ma venue. Cette fois-ci, le dragon l'avait emporté sur le chevalier et je demeurerais prisonnière de sa tour blanche, toute en draps de coton et en rideaux de soie éthérés.

« Potter aurait été mieux dans ce rôle, c'est sûr. »

Pomfresh se retourna : « Tu as dis quelque chose ? »

Quelques mots furent prononcés, mais je m'endormis avant d'avoir pu achever ma phrase.

x

Nous avancions en silence, éclairés seulement par nos « Lumos » respectifs. Une lumière bleue, froide, se répercutait sur les pierres des cachots et illuminaient nos visages d'un éclat pâle et maladif.

« Tout est prêt ? »

Je caressai machinalement le tissu de la robe de chambre, là où la blessure poursuivait sa cicatrisation.

« Tous ceux qui ont subi le sortilège sont momentanément enfermés. De cette façon, même si elle parvient à les posséder, ils ne pourront pas nous atteindre. Et pour davantage de précaution, je suggère qu'on barre en plus la porte d'entrée.

– Ça paraît sensé, reconnut-il en pénétrant dans la petite salle. »

Il effectua un petit tour sur lui-même, afin d'en embrasser chaque recoin. Sous œil s'arrêta une seconde sur la lanterne en fer forgé.

« Alors c'est ici que les Serpentard pratiquent la Magie Noire ? »

Son ton se voulait désinvolte, mais le mépris qui suintait implicitement sous ses mots ne m'échappa pas une seconde.

« Oui. C'est le lieu de réunion du Cercle. » Je lui offrais un sourire vacillant : « Je sais que ça te dégoûte plus qu'autre chose –

– Non tu crois ? ironisa-t-il à voix basse, plus pour lui-même que pour moi.

– … mais c'est un grand honneur que je te fais là. J'aurais pu choisir n'importe quelle autre pièce. »

Il m'observa, un peu surpris :

« Alors pourquoi celle-là ? »

Je laissai mon regard vagabonder sur les sofas éventrés, les tables et les tabourets estropiés. Je caressai en pensée la voûte de la cellule, suivant les crevasses discrètes entre les pierres aux teintes grises et ocre. Je retirai mes chaussures, pour savourer le contact rêche des tapis poussiéreux sous mes pieds, et leurs couleurs effacées par les siècles.

« Parce que je m'y sens bien, voilà pourquoi.

– Cet endroit respire le vice, souffla-t-il en menaçant le mobilier d'une œillade foudroyante, comme craignant l'attaque d'une chaise branlante.

– Tu te trompes. Cet endroit est synonyme de sécurité, de confiance, d'amitié. La noirceur n'est qu'une façade, Black. Mais ce qui se cache derrière dépend de chacun d'entre nous. Pour certains c'est le simple plaisir de se savoir puissant, pour d'autres la soif de connaissance. Et quelques uns y cherchent l'apaisement. »

Il se laissa tomber lourdement sur le tapis central.

« L'apaisement ? »

Je lui souris doucement, baissant le nez sur mes mains blanches.

« Avant, je crois que c'était toi mon apaisement. Je te hurlai des insanités à la figure et ensuite je retrouvais mon calme. Mais ça n'a pas suffit. Alors je me suis tournée vers la Magie Noire. »

J'accompagnai du bout des doigts les motifs délavés, soulevant de petits nuages de cendres pour chaque centimètre parcouru.

« Quand je pratique un sortilège noir et que je sors d'ici, je suis sereine. Le reste du temps, je suis en lutte constante. Je l'ai réalisé en rencontrant certaines personnes dernièrement. Et je l'ai encore plus compris avec ce coup de poignard.

– Comment ça ?

– Quand je me suis évanouie, j'ai été soulagée. Adieu la douleur, le questionnement, le combat. Adieu la colère. Tu l'ignores mais il y a des souvenirs qui me bouffent. Et si je n'évacue pas ce… ce feu… qu'il y a à l'intérieur de moi, je risque de simplement devenir folle. Tu me condamnes pour mes pratiques, et je le conçois, mais saches que c'est sans elles que je serais véritablement un monstre. »

Je plantai mon regard droit dans le sien :

« D'ailleurs tu en as fait l'expérience l'autre soir. »

Il hocha la tête. « Je crois que je comprends, répondit-il sobrement. »

Embarrassée par le silence qui s'installait et par les confidences qui flottaient encore dans l'air, je me penchai brusquement vers lui, affichant une humeur joviale que j'étais loin de ressentir :

« Il est temps de commencer. Je te rappelle le déroulement des opérations une dernière fois ?

– Ça va, Andersen, je ne suis pas stupide…

– Tu me lances le sortilège, rétorquai-je sans lui prêter aucune attention. Tu attends que la lanterne s'éclaire – ça voudra dire que je suis bien arrivée là-bas – et tu bois cette fiole. Cela fait, tu t'endormiras et, si tout marche comme prévu tu me rejoindras dans sa demeure. Si mes déductions sont exactes – et elles le sont forcément – Parca est vulnérable face aux interférences. Je l'ai déduit de ma dernière… ou plutôt de mon avant-dernière rencontre. Son attitude laissait à penser qu'elle avait quelque chose à craindre de moi et –

– Tu radotes, Furie.

– Furie ? m'étranglai-je. »

Il bougonna : « Quoi ? J'essaye d'être sympathique en te trouvant des petits noms adaptés à ta personnalité. Ce n'est si pas évident, figure-toi. Dragonne et Démon auraient pu aller, mais je me suis dit que ça ne te plairait pas. »

Je grinçai des dents : « Furie ne me plait pas non plus.

– Fais pas ta difficile… Je vais quand même pas t'appeler Agneau… »

J'inspirai une bouffée d'air, bloquai ma respiration et poussai un long soupir de désespoir : « Et si on oubliait les petits noms, la camaraderie et que tu te contentais d'Andersen ? »

Il fit mine de réfléchir :

« Oui, maintenant que tu me le dis, c'est vrai que ça paraît approprié. » Il répéta le nom deux ou trois fois, comme testant les sonorités. « Andersen… Andersen, oui c'est pas mal. »

– Merci, Black. Et maintenant si on revenait aux choses sérieuses ? » Je ne lui permettais pas de m'interrompre une nouvelle fois : « Donc pour résumer succinctement : une fois là-bas, tu la démolis.

– Et toi tu te tournes les pouces ? rit-il.

– Moi je sers d'appât, imbécile. Si ça foire, je serais la seule à en pâtir. Mais tu veux peut-être qu'on échange les rôles ? »

Il fit signe que non.

« Bien. Tu es prêt à jouer au prince charmant ? »

Une fossette se creusa dans l'une de ses joues, signe qu'une remarque concupiscente ne tarderait pas à venir.

« Ça dépend. J'ai le droit au baiser de la belle, après l'avoir secourue ?

– Plutôt crever, Black.

– Attention à ce que tu dis. Je pourrais te prendre aux mots… »

Je m'agitai nerveusement sur le tapis. Il sembla remarquer mon trouble car l'étincelle amusée dans ses prunelles se dissipa instantanément.

« T'en fais pas, Andersen. Ton génie ne te fera pas défaut. Tout ira bien. »

Tout ira bien. La phrase magique.

« Prête ?

– Prête. »

Et avant d'avoir pu déterminer si je l'étais véritablement ou non, il avait prononcé la formule.