Bonjour !

Tout d'abord, merci pour vos reviews. Merci aux anonymes : Nana10 et Sandry, toujours fidèles au poste toutes les semaines !

Voici un nouveau chapitre où vous allez en apprendre plus sur Edward.

Je vous laisse le découvrir et je vous retrouve plus bas.

Bonne lecture.


Chapitre 10

« Fiancée, tu es fiancée ! Maman, quand est-ce que tu comptais me le dire ? » hurlai-je à pleins poumons à peine la porte des toilettes du restaurant refermée derrière nous.

Ma mère me regarda avec des yeux ronds, comme si elle me découvrait pour la première fois.

— Du calme ma chérie. Je voulais te l'annoncer ce soir justement, mais j'étais tellement excitée et nerveuse que ça m'a échappé, expliqua-t-elle en posant une main sur sa bouche avec un sourire désolé.

— Mais Maman, n'est-ce pas un peu précipité ce mariage ? Je veux dire, es-tu sûre que ce soit le bon cette fois ?

— Oh oui ! Pas de doute là-dessus, tu peux me croire ! répondit Renée en se passant les mains sous le robinet.

— Comment peux-tu en être si sûre après tes quatre divorces ? insinuai-je mesquinement tandis que Renée tamponnait ses mains humides avec une serviette en papier.

— Isabella Swan ! Ne recommence pas ! aboya-t-elle d'une voix forte et sans réplique en balançant rageusement son essuie-main dans une poubelle.

Instinctivement, je levai les mains en signe de reddition, réalisant trop tard que j'y étais allée un peu fort.

— Ok, Ok. C'est juste que… je m'inquiète pour toi Maman. Je ne veux pas que tu souffres, lui avouai-je en la regardant dans la glace.

Elle se tourna vers moi et posa ses mains aux ongles vernis bleu turquoise sur mes épaules. Son expression se fit plus tendre tandis qu'elle me regardait.

— Tu n'as pas à t'inquiéter ma chérie. Phil c'est le bon, crois-moi, m'assura-t-elle en rivant ses yeux aux miens.

— Quand l'as-tu connu ?

— Il y a six mois.

— Six mois ! Mais comment peux-tu te marier après si peu de temps ? m'exclamai-je.

— C'est très simple. Je l'aime, fit-elle innocemment en haussant les épaules.

— Mais ça ne suffit pas Maman !

— Peut-être que tu as raison, mais pour moi c'est l'essentiel. Je l'aime et on va se marier.

— Je suis sûre que tu ne connais même pas sa famille, remarquai-je.

— Eh bien si, figure-toi ! J'ai rencontré sa nièce et elle est délicieuse ! répliqua-t-elle.

Je soupirai, résignée. Pourquoi fallait-il que ce soit moi qui m'inquiète pour ma mère ? N'était-ce pas les parents qui devaient se ronger les sangs pour leurs enfants d'habitude ? Mais ma mère était une incorrigible rêveuse écervelée avec un cœur d'artichaut que j'avais consolé maintes fois suite à ses déceptions sentimentales.

Quatre fois elle était tombée éperdument amoureuse et s'était mariée en grande pompe. Quatre fois elle avait divorcé dans les larmes et les déchirements et malgré tout, elle continuait de tomber amoureuse. Malgré tout, elle y croyait encore.

— Comment fais-tu ça Maman ? la questionnai-je en soupirant.

— Quoi ma chérie ?

— Comment arrives-tu à tomber amoureuse si facilement sans être complètement paniquée ?

— Question d'entraînement ! Que veux-tu, toi tu refuses de tomber amoureuse et moi je ne peux pas m'en empêcher ! plaisanta-t-elle en posant une main sur ma joue.

— Je ne refuse pas ! m'insurgeai-je d'une voix outrée.

— Ah oui ? Alors pourquoi refuses-tu d'avouer que tu es amoureuse d'Edward ?

— Je ne suis pas… commençai-je avant de me stopper devant le regard de ma mère qui signifiait : tu vois, c'est bien ce que je dis !

— C'est mon patron, éludai-je.

— Et alors ?

— Alors quoi ? C'est mon patron point. Certes il est diaboliquement séduisant, mais je ne pense pas qu'une relation soit possible entre nous. Du moins de mon point de vue, alors tant qu'il reste mon patron et rien d'autre, j'évite les ennuis.

— Bella, tu ne peux pas fuir sans cesse, t'en rends-tu compte ? affirma Renée d'un ton ferme que je ne lui connaissais pas.

— Mais de quoi parles-tu ? m'écriai-je en secouant la tête, légèrement déstabilisée par les propos de ma mère.

— Tu as fuis Forks et Jacob pour venir ici et maintenant tu tentes de fuir Edward.

— Pas du tout ! Je… commençai-je avec agacement en me passant une main sur le front.

— Bella, laisses-lui une chance, me coupa ma mère.

Je la regardai un instant mais son regard ne cilla pas. C'était étrange. Oui, ce moment était vraiment étrange. J'avais ma mère en face de moi qui ressemblait vraiment à une mère, en occultant le fait qu'elle ne portait que son soutien-gorge sous sa veste de tailleur, et pas à une hippie fofolle sous ecstasy réchappée des années new-age.

— J'ai essayé Maman, crois-moi ! Mais il m'a mentit.

— Oh ! fit-elle avant de rester songeuse un instant.

Je me retournai vers le miroir pour lisser mes boucles en me félicitant mentalement d'avoir rabattu le caquet de ma mère.

— Et lui as-tu demandé des explications ?

— Euh… eh bien… non, pas vraiment.

— Bella, ce jeune homme a l'air de tenir à toi. S'il t'a mentit, il y a forcément une raison. Tu dois mettre les choses au clair, sinon cette relation est d'ors et déjà vouée à l'échec.

— Je sais ! Je sais tout ça ! Mais on ne se comprend pas. Et puis j'ai l'impression que c'est lui qui me fuit !

— Peu importe. Mais une chose est sûre Bella, si tu continue comme ça, tu vas le perdre. Alors ne le laisses pas s'enfuir ou tu risques de le regretter.

— Maman, non seulement il m'a mentit mais il me cache des choses sur lui et sur son passé. C'est très déroutant, et je ne sais plus quoi faire.

— Parle-lui, dit-elle en me fixant dans les yeux tandis que j'hochai lentement la tête.

Puis elle me relâcha et se tourna vers le miroir pour remettre en place son brushing à la Hilary Clinton.

— Oh ! T'aies-je raconté la fois où Brenda Baker, tu sais la femme du Pasteur, a servi une omelette aux champignons aux Travis pour le dîner ? s'exclama-t-elle soudainement avec une mine réjouie.

— Euh non, hésitai-je, désorientée.

— Ah ! C'était trop drôle ! Brenda avait ramassé des champignons hallucinogènes dans les bois pensant que c'était des lépiotes et ils ont déliré pendant toute la nuit ! Le Pasteur a même failli se jeter du premier étage avec la carpette de sa chambre pensant pouvoir voler comme Aladin et Madame Travis était persuadée d'être poursuivie par une mouche géante alors que c'était son mari qui lui courrait après dans toute la maison ! raconta-t-elle en gloussant.

Puis elle partit d'un grand éclat de rire et sortit des toilettes, me laissant seule avec mes réflexions. C'était ma mère. L'instant d'avant elle m'avait parlé avec un sérieux et une logique implacable, et là je retrouvais ma mère. Illuminée, exubérante et excentrique.

En souriant, je rejoignis notre table et la fin du repas se passa très agréablement. Les plats que nous avions commandés étaient délicieux et ma mère n'avait pas lésiné sur le champagne. A plusieurs reprises, mes yeux croisèrent les prunelles assombries d'Edward et je m'y perdis. Puis mon oncle, Phil et ma mère se retirèrent après nous avoir chaleureusement étreints.

Edward m'aida à enfiler ma veste et je frissonnai quand ses doigts s'attardèrent sur la peau nue de mes épaules.

— Tu as froid ?

— Non. Pas vraiment.

— Bella, accepterais-tu que je t'emmène finir cette soirée dans un endroit que j'affectionne particulièrement ?

— D'accord Edward. Mais je n'ai pas renoncé à avoir des explications. Tu me les dois, annonçai-je fermement.

— Tu les auras, je te le promets.

J'hochai la tête et il m'entraina vers la sortie.

oxOxOxo

Je clignai plusieurs fois des yeux quand le taxi nous déposa devant le Brooklyn Muséum. Le ciel s'obscurcissait lentement, alors que les rayons orangés du soleil déclinant laissaient la place à la pâle noirceur de la nuit proche.

Que venions-nous faire ici ? Il était plus de 22h30 et je doutais que le Musée soit encore ouvert. J'entendis Edward étouffer un rire, sûrement à cause de l'expression hébétée qu'il dut lire sur mon visage.

— Viens, dit-il en m'entraînant vers l'arrière du Musée.

Un gardien s'avança vers nous et je serrai plus fort la main d'Edward, pensant qu'il allait nous dire de déguerpir. Mais il n'en fit rien. Au contraire, il offrit une poignée de main chaleureuse à Edward accompagnée d'une rapide et virile accolade, puis il nous fit entrer par une porte dérobée et nous laissa après nous avoir souhaité une excellente soirée. C'était vraiment étrange.

— Comment… commençai-je.

— Cet homme est reconnaissant envers ma famille, m'expliqua-t-il, c'est pourquoi il me laisse rentrer ici quand j'en ai envie.

« Famille ? » me dis-je. Ainsi Edward n'avait pas qu'une mère. Dieu que cet homme était intrigant !

Le sourire aux lèvres, Edward m'entraîna à travers les allées du Musée. Nous traversâmes en silence des salles obscures remplies d'objet datant tantôt de la préhistoire, tantôt de la renaissance, et nous débouchâmes dans un vaste hall faiblement éclairé.

Je balayai l'immense pièce des yeux d'un air éberlué. Au mur, des tableaux pendaient, richement encadrés de larges moulures dorées. Seule une faible lumière éclairait les toiles par le haut, donnant aux lieux un aspect religieux, presque fantomatique.

— Oh ! Mon Dieu ! Edward… m'extasiai-je devant tous ces tableaux magnifiques.

— Ceci est une exposition du peintre français Paul Gauguin, expliqua-t-il avec un ample geste de la main.

— C'est… c'est impressionnant. Je ne connaissais pas toutes ces œuvres, murmurai-je en passant d'un tableau à un autre.

— C'est d'ici que je sortais quand je t'ai rencontrée à l'épicerie, m'apprit-il avec un petit sourire espiègle.

Voilà qui expliquait pourquoi il était à Brooklyn ce soir-là alors qu'il habitait la 5ème avenue à Manhattan. Je le regardai un instant dans la pénombre doucement éclairée par les lampes diffuses, jetant des ombres sur ses pommettes et faisant briller ses yeux comme des bijoux de jade.

Cet homme qui semblait immensément riche et qui habitait une des plus chères et plus célèbres avenue du monde n'aurait jamais dû se trouver dans ce quartier, mais il préférait visiter un musée de Brooklyn en pleine nuit plutôt que le Guggenheim ou le MoMA.

Je lui souris à mon tour et continuai à contempler les œuvres de Gaugin.

Je m'arrêtai devant une toile représentant un Christ peinturluré de jaune s'élevant sur un calvaire de bois mal équarri. A ses pieds, des paysannes étaient agenouillées, indifférentes. Elles semblaient être là parce que c'était la coutume de venir ce jour-là. Mais leurs yeux et leurs lèvres étaient vides de prières. Et la mélancolie de ce Christ de bois était indicible, il semblait se dire, en voyant à ses pieds cette humanité misérable et qui ne comprenait pas : « Et pourtant, si mon martyre avait été inutile ? »

Je fixai cette toile avec une émotion frappante et inattendue, les yeux brillants de larmes, quand je sentis la présence d'Edward à côté de moi. Sans même le regarder, je sentis ses yeux sur moi me brûlant comme des flammes.

Je fermai les paupières, trop bouleversée par le trouble qu'un simple tableau pouvait me faire ressentir, et une larme s'échappa pour glisser sur ma joue, laissant derrière elle une traînée humide et salée.

— C'est celui que je préfère, chuchota Edward d'une voix basse, comme pour ne pas briser la solennité de cet instant ou la quiétude des lieux.

— Il est magnifique, avouai-je de ma voix étranglée par mes larmes silencieuses.

— Gauguin était un artiste talentueux et acharné. Quand la passion de l'art s'est s'emparé de lui et l'a étreint tout entier, dans son âme, dans sa chair, il s'y est livré totalement, jusqu'à la souffrance, jusqu'à la torture. Cette œuvre que tu contemples est tellement cérébrale, passionnante, inégale encore, mais jusque dans ses inégalités elle est poignante. C'est une œuvre douloureuse, car pour la comprendre, pour en ressentir le choc, il faut avoir soi-même connu la douleur.

— Je la comprends, chuchotai-je.

— Je sais. Moi-aussi.

Je me tournai vers Edward, les yeux pleins de larmes et j'ancrai désespérément mon regard dans ses prunelles obscurcies.

— Parle-moi Edward. Avant que je ne fuis encore. Avant que je ne te fasse sortir de ma vie, même si je passe toute mon existence à le regretter.

Edward me regarda avec des yeux graves, acquiesçant silencieusement à ma demande, et nous reculâmes de quelques pas pour nous asseoir sur un banc faisant face au tableau de Gauguin.

— Je t'ai menti Bella, mais pas entièrement. Certes je ne suis pas sans famille, mais c'est comme-ci j'étais orphelin.

Je hochai la tête, l'invitant à poursuivre.

« J'ai grandi à Los Angeles avec mes parents et mon frère, Tyler. Nous étions tout sauf une famille unie, mais nous étions très aisés. Mon père était un médecin talentueux et reconnu. Il enseignait également la chirurgie cardiaque à l'université d'UCLA. Ma mère a fait son droit à Berkeley et est devenue une avocate de renom avant d'être élue à la chambre des Représentants. Mon frère et moi avons grandi dans l'opulence et le luxe. Tyler n'avait qu'un an de moins que moi et nous nous entendions vraiment très bien. C'était comme mon meilleur ami malgré la rivalité que notre père semait entre nous, raconta-t-il, un sourire nostalgique flottant sur ses lèvres.

« J'ai toujours été attiré par la musique, et mon père désespérait que je ne suive le chemin tout tracé qu'il avait choisi pour moi. Il me destinait à une brillante carrière de chirurgien, comme lui. Malheureusement pour lui, je ne vivais que pour le piano. Mais Tyler, lui, avait l'ambition de succéder à mon père. Il était doué et promis à un bel avenir, alors que moi je ne faisais que décevoir mes parents et tuer tous les espoirs qu'ils avaient nourris pour moi, continua-t-il d'une voix morne.

« Malgré tout, j'ai persisté dans ma voie. Peut-être par défi, je ne sais pas. Mais je me suis acharné sur mon piano. J'ai passé pas mal d'auditions, sans résultat, jusqu'à ce qu'un agent artistique me repère. Le soir de ma première représentation, j'avais travaillé d'arrache-pied et j'étais prêt à jouer devant un public et devant mes parents. »

Il se passa une main dans les cheveux tandis que j'attendais la suite, pressentant le drame terrible qui devait avoir frappé cette famille.

« Au moment de prendre ma voiture, j'ai fait comme une crise d'angoisse. J'étais tellement stressé et anxieux ! Alors j'ai téléphoné à Tyler pour qu'il vienne me chercher. Quand il est arrivé, il était très nerveux. Je lui ai demandé ce qui n'allait pas mais il n'a pas répondu, il m'a pressé de monter à l'avant et nous sommes partis à toute vitesse sur les routes sinueuses. Très vite je me suis rendu compte qu'il n'était pas dans son état normal, reprit-t-il en croisant très fort ses mains sur ses genoux.

« J'ai pensé qu'il avait pris de la drogue. Il était très pâle et transpirait beaucoup. Ses mâchoires étaient serrées et il cramponnait fortement le volant. Je lui ai demandé ce qu'il avait mais il n'a pas répondu. Il murmurait juste des choses que je ne comprenais pas.

Edward me regarda dans les yeux avant de poursuivre son récit.

« Tyler était visiblement ailleurs. Il roulait vite et la voiture chassait dans les virages. Je me cramponnais à mon siège en suppliant Tyler de s'arrêter pour que je puisse prendre le volant mais on aurait cru qu'il ne m'entendait pas. Alors je lui ai hurlé qu'il allait nous tuer s'il continuait. »

J'attrapai la main d'Edward posée sur son genou et la serrai entre mes doigts crispés. Il fit une pause pour avaler difficilement sa salive, puis reprit d'une voix brisée.

« Il a lentement hoché la tête, semblant recouvrer son calme, puis il a tourné vers moi des yeux épouvantés et dans un des virages des collines de Beverly Hill, la voiture a fait une embardée avant de s'écraser en contre bas. Il n'avait pas dû boucler sa ceinture de sécurité car il est passé à travers le pare-brise. Il est mort sur le coup. »

— Oh ! Mon Dieu ! murmurai-je, les larmes affluant de nouveau dans mes yeux devant l'horreur de son récit.

« Par miracle, je suis sorti indemne de cet accident, si on occulte quelques fractures et contusions, mais mon père ne m'a jamais pardonné d'avoir survécu. Ce soir-là, quand les médecins nous ont annoncé le décès de Tyler, j'ai vu dans le regard de mon père qu'il aurait préféré que ce soit moi qui meure et lui qui survive. Il a refusé qu'on autopsie son corps, doutant du fait que Tyler ait eut un jour un problème avec la drogue, et il a reporté toute sa peine, toute sa rancœur contre moi.

« Suite à ce drame, je n'ai pas pu affronter le poids de cette culpabilité et j'ai déménagé à Boston où j'ai repris mes études, puis j'ai trouvé ce boulot à New York. Je n'ai plus revu mes parents depuis la mort de Tyler. Pas un coup de fil pour Noël, pas une carte d'anniversaire. Depuis ce jour maudit où mon frère est mort, je n'ai pas retouché à un piano. Ca fait 8 ans. »

— Edward, je suis désolée, compatis-je, ne sachant trop quoi dire face à cette tragique histoire.

Il eut un profond soupir et me regarda douloureusement.

— Tu aurais pu m'en parler tu sais, plutôt que d'essayer de me repousser hors de ta vie, lui assurai-je.

— Essayer. C'est bien le mot qui convient Bella, releva-t-il. J'ai essayé tant que j'ai pu, mais tu n'es pas si facile à oublier.

— Pourquoi m'as-tu rejetée ?

— Parce que je ne voulais pas te corrompre. Quand je suis avec toi, tout est si facile. Tout me paraît plus simple. Je ne veux pas te gâter. Je suis une pomme pourrie, Bella et tu es si pure, si rafraîchissante, commença-t-il alors que je me rembrunissais. Tu es comme une bouffée d'air frais.

Pure ! Il pensait que j'étais pure ! Quelle ironie ! Je mordis violemment ma lèvre tandis qu'il continuait.

— Je ne suis pas quelqu'un de stable. Je suis trop démoli pour t'apporter quelque chose de bon, quoique ce soit. Tu mérites mieux Bella.

— C'est à moi seule d'en juger, appuyai-je fermement en le fixant dans les yeux.

Il sourit lentement et posa une main sur ma joue, mais il l'enleva brusquement en secouant la tête.

— C'est dingue ! s'écria-t-il. Je n'arrive pas à réagir correctement avec toi ! Tu bouleverses toutes mes convictions !

— Qui sont ?

— Que je suis le seul décideur de ma vie.

— Une utopie !

— Et que les jolies femmes sont stupides.

— Dois-je me sentir flattée ou insultée ? ironisai-je.

— Rassure-toi, tu es loin d'être stupide !

— Merci…

— Et c'est justement ça le problème… J'aurai préféré que tu le sois. Tout aurait été plus simple.

— Ah oui ? grinçai-je en fronçant les sourcils, pas sûre de suivre son raisonnement.

— Oui. Je t'aurai séduite, puis je me serais enfuit. Mais ça aurait été une erreur.

— Quoi ? De me séduire ou de t'enfuir ?

— Les deux.

Je me passai une main sur le visage. S'il savait à quel point il m'avait déjà séduite…

— C'est pourtant bien toi qui voulais me mettre dans ton lit, insinuai-je en me souvenant de notre entrevue dans son bureau le jour de son arrivée au journal.

— Je sais, concéda-t-il avec un petit sourire contrit. Je n'aurais pas dû. J'ai été idiot.

Que voulait-il que je comprenne ? Qu'il ne voulait plus de moi ? Pourtant sa main serrait toujours la mienne… J'étais totalement perdue. Voulait-il me séduire et s'enfuir ou voulait-il simplement que je disparaisse de sa vie ? Dans ce cas, pourquoi avoir accepté mon invitation au Twilight Café ? Pourquoi m'avoir caressée comme il l'avait fait au restaurant ? Et pourquoi m'avoir confié son histoire ?

— Toi aussi tu es difficile à cerner Edward ! m'emportai-je. Tu me dragues comme un malade et le jour suivant tu me rejettes ! Pourquoi ?

— Parce que tu n'es pas comme toutes les autres. Et chaque fois que j'ai envie de t'embrasser, chaque fois que tu me regardes avec tes grands yeux tendres et brûlants, je dois me rappeler que tu n'es pas comme elles. Je n'ai pas envie d'agir comme un parfait crétin avec toi et de ne plus jamais te revoir.

« Toutes les autres ? » pensai-je amèrement avec un pincement au cœur. Je restai silencieuse, les yeux rivés au sol en tentant de digérer les paroles d'Edward.

— Que veux-tu Edward ?

— Je ne sais pas ce que je veux, mais je sais ce que je ne veux pas.

— Et qu'est-ce que tu ne veux pas ?

— Que tu partes. Je ne veux pas que tu partes.

— Je suis là.

Il prit une profonde inspiration.

— Bella, je suis désolé de t'avoir presque chassée de chez moi ce matin.

— Et de m'avoir embrassée.

— Non, je ne suis pas désolé pour ça, démentit-il d'une voix rauque.

— Pourquoi ta mère est-elle à New York ? l'interrogeai-je soudain alors qu'il me fixait intensément.

— Je pense que c'est parce que je l'ai appelée avant-hier matin.

— Oh ?

— Je venais de te rencontrer et je ne sais pas pourquoi, mais grâce à toi j'avais l'impression d'avoir avancé. Depuis tout ce temps, il ne m'était pas arrivé de me sentir si bien. J'ai cru que je pourrais faire le premier pas et essayer de renouer avec eux. Je pensais qu'avec le temps, mon père aurait fini par me pardonner. Mais je me trompais.

— Que s'est-il passé ?

— C'est ma mère qui a répondu, mais je n'ai pas eu le temps de lui parler, mon père a coupé court à la conversation en me disant qu'il ne voulait plus rien avoir à faire avec moi maintenant que j'étais parti. J'ai entendu ma mère hurler et il a raccroché précipitamment. J'ai été mal toute la journée. C'est ce soir-là que je suis venu chez toi.

Voilà pourquoi il était si triste ? Si seul. Il avait l'espoir de renouer avec sa famille et son père l'avait rejeté. Je serrai fermement le poing, bouillonnant de rage au souvenir de sa douleur. Comment pouvait-on faire souffrir son fils de cette façon ?

— Mais pourquoi a-t-elle fait tout ce chemin si c'est pour se suicider avant même de t'avoir revu ?

— Je ne sais pas. Je n'ai pas pu lui parler tout à l'heure, elle était encore sous sédatif. Les médecins m'ont dit qu'elle était sûrement dépressive.

— Que vas-tu faire ? Tu ne vas pas la renvoyer à Los Angeles ?

— Pas pour l'instant. Elle va rester chez moi le temps qu'elle aille mieux.

Je pressai sa main plus fort.

— Edward, peut-être est-ce là l'occasion que tu attendais pour renouer avec ta famille ? Je suis persuadée que tu manques cruellement à ta mère. Elle a déjà perdu un fils, ça doit être très dur pour elle de ne plus te voir. Peut-être que tout ceci fera réfléchir ton père ?

— Je ne sais pas…

— C'est un si terrible drame que vous avez tous vécu. Il est peut-être temps pour vous de vous réconcilier, arguai-je en caressant doucement sa main.

— Après ce qu'il s'est passé aujourd'hui, je ne sais pas si je suis prêt à pardonner à mon père…

— Pourquoi ne pas commencer par ta mère ?

— Oui, peut-être.

Ses yeux happèrent les miens et je lui offris un sourire rassurant. Son regard perdu dans ses douloureux souvenirs m'atteignit en plein cœur. Je voulais tant le soulager de toute cette peine qui l'accablait et dont il était innocent. Mon cœur se serra douloureusement dans ma poitrine, et malgré tout, mes lèvres s'étirèrent en un sourire réconfortant.

Je caressai son visage bouleversé d'une main légère et suivis le contour de sa joue piquante, de sa mâchoire anguleuse, puis je glissai mes doigts dans les mèches de sa nuque. Lentement, comme pour lui laisser le temps de me repousser, je rapprochai mon visage du sien. Mes yeux ne quittèrent pas son regard embué, marqué par la souffrance du rejet, jusqu'à ce qu'il me fut trop pénible à supporter.

Je clôturai alors mes paupières, respirant par à-coups l'odeur toujours aussi enivrante d'Edward, et laissai mon nez frôler le sien. Nos respirations se firent heurtées et chaotiques alors que nos bouches étaient si proches de se retrouver, frémissant d'envie de s'oublier dans le plaisir, de se perdre dans le désir de l'autre.

Mes paupières toujours closes, je sentis les doigts d'Edward se faufiler sous mes cheveux et caresser tendrement ma nuque. Alors, éperdue de désir, le cœur battant à tout rompre, je laissai mes lèvres goûter les siennes. Sa bouche chaude se moula sur la mienne et m'arracha un frisson de plaisir. Je refermai mes doigts sur ses cheveux emmêlés en me collant à son torse large et puissant, et je recueillis un soupir d'Edward sur mes lèvres dont je me délectai comme d'un fruit sucré.

La pointe de sa langue suivit le contour de ma lèvre et ses bras se refermèrent autour de moi alors que je le laissais goûter ma bouche avec fièvre. Nous nous embrassâmes avec passion et urgence, nos corps en ébullition se pressant plus étroitement. Je ressentis les élancements brûlants du désir dans mon ventre, m'arrachant des gémissements frustrés, et c'est avec peine que je parvins à éloigner mes lèvres des siennes.

Je m'arrachai presque de son étreinte et me levai, rencontrant son regard interloqué.

Souriante, je lui tendis la main.

— Viens, murmurai-je d'une voix rauque.

Ses yeux happèrent les miens dans leur étincelante lueur, m'enflammant davantage de désir, et il saisit ma main dans ses longs doigts chauds qui avait jadis couru avec précision et délicatesse sur les claviers des pianos, faisant jaillir avec talent d'exquises mélodies centenaires.

Je regardai sa main se refermer sur la mienne et je me jurai qu'un jour ces doigts de virtuoses retrouveraient l'ivoire des touches d'un piano.


Alors je vous le dit tout de suite : le prochain chapitre sera un Lemon !

Je vous souhaite une bonne semaine et vous donne rendez-vous mercredi prochain. En attendant, n'hésitez pas à laisser une petite trace de votre passage !

Biz,

Sophie