Hiccup ne se sentait pas bien. Il n'avait pas envie de se faire examiner. Pas envie du tout. Il ne voulait pas qu'on le voit, qu'on voit son corps. Jack, qui marchait à ses côtés dans les couloirs du bâtiment, serra sa main en le regardant.

- Hic ? Qu'est-ce qui ne va pas ?

- Rien. Tout. Tout ne va pas, Jack. J'ai… j'ai pas envie de… Ce... c'est dégradant.

- Eh… souffla Jack qui comprit où était le problème. Je sais que ça n'est pas facile d'en parler, de le montrer. Mais c'est très important pour nous ; ça peut nous faire gagner le procès contre mon père.

Hiccup ne put s'empêcher d'émettre un rire jaune en disant tout bas :

- Quelle chance alors que ton père soit venu me violer ce matin.

Jack s'arrêta de marcher, ses épaules affaissées, le regard soudain voilé.

- Hic, fais pas ça… Ne sois pas sarcastique. Pas avec ça. Je t'en prie.

Hiccup secoua la tête. Il savait que la réalisation de ce que son propre père avait fait à son meilleur ami depuis toujours affectait bien plus qu'il n'y paraissait Jack.

- Je suis désolé mais… j'ai vraiment pas envie qu'on me pose des questions et qu'on me regarde sous tous les angles ce soir. Je voudrais juste éteindre mon cerveau et reposer mon corps. Je suis fatigué et j'ai mal.

Il ajouta d'un ton résolu en voyant Jack prendre une mine attristée :

- Mais je le ferais. Évidement que je le ferais. J'ai juste l'impression qu'on va me disséquer. Dans tous les sens du terme. Je suis pas spécialement excité par rapport à ça. J'ai… J'ai déjà eu ma dose de honte pour la journée, c'est tout.

Jack détestait qu'Hiccup se sente comme ça mais il n'y avait rien qu'il puisse faire. Juste être là. Sans pouvoir aider plus. Le brun capta le sentiment d'impuissance dans les yeux bleus de son ami. Il se rapprocha et vint se blottir contre son torse, l'entourant de ses bras. Il ne voulait pas que quelqu'un d'autre le touche ; seul le contact de Jack était rassurant et indispensable. Sauf qu'un des médecins allait justement devoir le toucher, inévitablement, ce soir. Alors il s'imprégna un instant de l'odeur familière et rassurante de Jack, gravant dans sa peau le contact avec celle, pâle, du garçon.

L'albinos serra doucement le plus jeune dans ses bras, tentant de ne pas mettre de force dans l'étreinte pour ne pas lui faire de mal.

- On va faire ce putain de procès, on va le gagner, et on va retrouver – trouver – nos vies, pour de vrai, quand Ivan sera derrière les barreaux, chuchota Jack dans ses cheveux.

Hiccup se contenta de hocher la tête dans le cou de l'autre. Ils se séparèrent puis allèrent rejoindre les deux agents qui étaient quelques mètres devant eux.

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Jack en avait marre d'attendre. Vraiment. Ça devait bien faire plus d'une heure qu'il était coincé dans une salle d'attente pendant que les médecins s'occupaient d'Hiccup. Un des deux agents étaient resté avec lui, l'autre gardant la porte de la chambre de son ami. Mais le policier ne disait pas un mot et Jack ne voulait pas le déconcentrer dans sa surveillance ; on était jamais trop prudent. Alors il attendait.

Ça le stressait de savoir Hiccup dans une pièce avec plein d'inconnus. Qui devait l'interroger et lui poser des questions auxquelles il ne voulait certainement pas répondre. Sa jambe trépignait nerveusement tandis qu'il la tapotait avec ses doigts. Il se leva finalement et commença à marcher. Là c'était sûr, ça faisait bien beaucoup plus d'une heure. Il avait besoin de savoir qu'Hiccup allait bien. Ça le rendait fou de rester ici sans rien pouvoir faire en sachant que l'autre passait un dur moment.

Soudain, son téléphone sonna. Quand il vit le nom de celui qui l'appelait – et l'heure qui commençait mine de rien à se faire tardive –, il s'inquiéta un peu. Il répondit avec un « allo » anxieux.

- Jack, mec, tu es où ?

- Bunny, est-ce que tout va bien ?

- Bah… je m'inquiète pour toi, répondit son ami comme une évidence. Je suis passé chez les filles aujourd'hui et elles m'ont dit qu'Anna était partie…

Whao. Ça paraissait à Jack comme il y a une éternité alors que c'était il y a deux jours. Comment le temps pouvait passer à la fois si vite et si lentement ?

- Jack ?

- Désolé Bunny c'est… je sais pas quoi te dire, ça m'a mis un coup au moral mais je me dit que c'était sa décision, pas la mienne. De toute façon, elle ne me parlait plus depuis l'accident. J'espère juste qu'elle ira bien.

- D'accord mais… Hiccup et toi vous allez bien ? Parce que je passé chez vous, ça m'a inquiété de ne pas vous y trouver en sachant que vous étiez pas non plus chez les filles.

Jack adorait Aster. Mais il serait volontiers passé de son altruisme maintenant. Parce que, franchement, qu'est-ce qu'il pouvait répondre à ça ? « Déso, mec, on est l'hôpital parce que mon père a encore violé Hiccup et qu'on porte plainte parce qu'il m'a battu pendant plus de 8 ans. Oh, on risque sûrement de se faire tuer dans les jours prochain si mon père nous chope. Bye. » Jack gronda.

- Bunny, é…

- Je m'inquiétais pour toi et aussi… j'aurais voulu parler à Hiccup. Il ne répond pas non plus à son téléphone.

Hein ?

- Pourquoi ?

Jack savait qu'Aster aimait bien Hiccup, que c'était réciproque mais ils… avaient échangé leur numéro et se parlaient ? Depuis quand ?

- En fait il s'est passé quelque chose. Je ne voulais pas lui dire mais j'ai pensé qu'il valait mieux qu'il soit au courant. J'ai croisé Jonathan.

- Jonathan ? S'étonna Jack. Ouais, Hic et lui ont rompu il y a plus d'une semaine.

- Oui, bah du coup je l'ai su, ça, lui dit Aster d'un ton bougon. Sauf que quand je l'ai vu draguer un mec au bar, je savais pas qu'il avait quitté Hiccup, donc je suis allé lui passer un savon, parce que je me sentais trop mal vis-à-vis d'Hiccup, tu vois ? Je me suis royalement fait envoyer chier. Et puis… au fil de la soirée, enfin… j'avais un peu bu et on a fini par coucher ensemble. Je me suis senti vraiment mal et je voulais le dire à Hiccup, genre… M'excuser tu vois, parce que c'est pas cool, même s'ils ont rompu. Surtout que franchement, j'ai jamais eu des vues sur John quand il était avec Hiccup, il était juste là.

Jack avait écarquillé les yeux ; il avait l'impression que trop d'informations arrivaient à son cerveau en même temps. 1) Jonathan se consolait en se tapant d'autres types, ce que Jack trouvait vraiment nul, étant donné qu'Hiccup l'aimait mais ça n'était pas vraiment ses affaires et il doutât qu'Hiccup en soit touché, vu dans quoi ils s'étaient embarqués. 2) Aster et John avait couché ensemble. 3) Aster était gay ? Jack avait bien remarqué que le garçon ne semblait pas s'intéresser aux filles. Enfin, il avait eu quelques doutes mais… soudain, toutes ses fois où il avait remarqué qu'Aster regardait Hiccup avec insistance lui revinrent en mémoire.

- Attends, il fit doucement d'un ton suspicieux, est-ce que tu ne serais pas intéressé par Hiccup par hasard ?

- Quoi ? S'étouffa l'autre. Mais enfin c'est pas le sujet !

- Mais tu l'es ?

- Oh ne me sert pas ton numéro de grand-frère à la con, Jack ; Hiccup est un gars sexy, intelligent et drôle. Sans compter que c'est surement l'être humain le plus gentil de l'univers. Évidement qu'il me plait, mais il était en couple quand je l'ai rencontré je te rappelle. Je me suis pas posé la question plus que ça.

- Hn…

C'était pas le moment. Vraiment pas le moment.

- Jack, gronda Aster en réponse.

Et il ajouta en prenant un ton un peu inquiet :

- Ne lui dis pas pour John et moi, je m'en chargerai.

Jack se pinça l'arête du nez. Vraiment, vraiment pas le moment.

- Et tu vas me dire où vous vous planquez à la fin ? J'entends bien que quelque chose ne va pas.

L'albinos faisait confiance à Aster. Vraiment. Dans la bande d'amis qu'il s'était trouvée cette année, c'était celui avec lequel il avait le plus d'affinités. Mais de là à tout lui dire, c'était un peu trop. Même si, de toute façon, il allait finir par le savoir, comme il y allait avoir un procès.

- Aster, fit finalement le jeune homme. En fait ça tombe un peu mal. Hiccup et moi on est… chez une amie d'Hic. On a quelques problèmes personnels et on ne sera surement pas chez nous pendant quelques jours.

Il y eut un blanc.

- Jack, est-ce que l'un de vous est blessé ?

Oui.

- Aster, on… enfin ça va. Promis, tu en sauras plus dans quelques jours, sûrement, mais pour l'instant, je peux pas en parler. Les filles ne sont pas au courant et j'ai pas envie qu'elles s'inquiètent. Tu pourras ne pas leur dire qu'on a déserté l'appart, s'il-te-plait ?

A nouveau, il fallut un temps au garçon pour répondre d'un ton sombre.

- Tout ce que tu veux, mec. Mais ça me fait un peu flipper ton histoire.

- Je sais, je suis désolé, Aster. Je te promets que tu seras informé de ce qui se passe.

- Hn, souffla Aster dans le combiné, vraiment pas convaincu. Faites… juste, faites attention à vous, ok ? Si tu as besoin de quoi que ce soit, et ça inclut le fait de se débarrasser d'un corps, tu m'appelles et je rapplique aussi vite que je peux. Ça marche ?

- Ça marche, sourit Jack. Merci, Bunny.

Jack raccrocha.

Sa vie lui apparaissait complétement surréaliste ses derniers temps. Il s'était fait tirer dessus, son ex-copine – dont la sœur était presque chef de gang – était partie venger son petit frère, Rapunzel – tout chez elle était littéralement surréaliste, pas besoin d'argumenter –, son père, sa mère, Hiccup, sa demi-sœur, la plainte. Et au milieu de tout ça, où était passé sa vie normale ? Les dossiers à rendre pour la fac, les devoirs à faire, son job de serveur, les amours, les soirées entre potes. La normalité et la banalité d'une vie simple lui manquait, même s'il ne l'avait vraiment jamais connu.

Les pensées du garçon furent interrompues par un médecin qui se posta devant lui, sous le regard attentif de l'agent de police.

- Monsieur Frost, nous en avons fini avec monsieur Haddock.

Argh ! Il dit ça comme s'ils l'avaient vraiment putain de disséqué, soupira intérieurement le garçon.

- Au vu de la situation, vous dormirez dans une de nos chambres de garde, continua le médecin, puis se tournant vers le policier : votre collègue vous y attend, vous et monsieur Frost.

Il hocha la tête avant de repartir, sans laisser le temps à Jack de dire quoi que ce soit. Celui-ci soupira. Il n'aimait pas ce médecin. Il n'avait pas l'air très porté sur le social et, au fond de lui, l'albinos rageait de savoir que c'était lui qui s'était occupé d'Hiccup. Il soupira, tentant de refréner ses instincts qui lui criait d'aller frapper ce pauvre médecin ou n'importe quoi pour se calmer.

Jack – son gros sac sur le dos, grondant sourdement – et l'agent suivirent l'homme jusqu'à la pièce où se trouvait Hiccup, devant laquelle se tenait leur second garde du corps officieux. Le docteur reparti ; Jack resta planté là devant la porte pendant un instant. Il entra et lâcha un « bonne nuit messieurs », ne voulant pas paraitre grossier. On ne lui répondit pas. L'albinos ferma la porte derrière lui. La pièce était plus grande que ce qu'il avait imaginé, avec deux lits, un bureau et deux fauteuils. Il y avait même un meuble, un micro-onde et une cafetière. Aucune lampe n'était allumée mais les volets ouverts faisaient entrer assez de lumière.

Hiccup était recroquevillé devant la seule fenêtre de la pièce, regardant dehors, emmitouflé dans son large pull et portait déjà un short de pyjama. La nuit était noire et un nuage rouge de pollution empêchait les étoiles d'être pleinement visibles. Mais le brun avait le regard fixé sur l'horizon, entre les lumières de la ville, écoutant distraitement les nombreux bruits de voitures et de voix. Jack pencha un peu la tête après avoir posé son sac au sol, se débarrassant de son pull par la même occasion, se décalant pour apercevoir le visage de son ami.

- Hey, il souffla doucement pour qu'Hiccup se rende compte de sa présence.

Le garçon tourna la tête vers lui, un peu surprit.

- Salut, murmura-t-il simplement, lui offrant un petit sourire

Jack le lui rendit et s'assit en tailleur sur le lit près de la fenêtre. Ils ne parlèrent pas, contemplant l'extérieur sans un mot. Jack aurait voulu dire beaucoup mais ne savait pas par quoi commencer. Alors il se taisait. Quant à Hiccup, il n'avait pas envie de parler. Pas maintenant. Il voulait juste profiter du silence, du calme. Finalement, Jack craqua en émettant un petit rire. Il se justifia aussitôt qu'Hiccup tourna la tête vers lui :

- Cette histoire est en train de me faire arrêter de fumer.

C'était vrai : il n'avait pas allumé de cigarettes depuis le matin. C'était vraiment inhabituel. Hiccup sourit à son tour après y avoir réfléchit un instant.

- Comme quoi, il y a des miracles.

Jack était plutôt fier de son effet : le sourire d'Hiccup était sincère. Une bonne nouvelle ne pouvait pas leur faire du mal. Il haussa les épaules, l'air de rien.

- J'ai plus qu'à résister à la tentation d'aller dehors, maintenant.

- Tu sais que ni moi, ni les charmants messieurs devant notre porte ne te laisserons sortir, Jack, contra gentiment le garçon.

- Alors c'est officiel, j'arrête la cigarette, si même les flics s'y mettent.

Hiccup rit un peu ; le son fit réchauffer le cœur de Jack. Il avait l'air d'aller mieux.

- On devrait dormir, Hic. Demain, ça risque d'être une sacrée journée.

Le brun fit la moue. Il se leva pour s'asseoir au pied du lit où était Jack. Prudemment, il étendit sa jambe gauche et défit sa prothèse, la posant contre le mur. Il soupira en massant un peu son moignon.

- Elle te fait mal ? Demanda Jack d'un ton doux.

- Un peu.

Ils parlaient rarement de la jambe d'Hiccup. C'était devenu un peu tabou, comme beaucoup d'autres choses. Mais Jack savait que, encore maintenant, elle faisait souffrir son ami. Il savait que, parfois, il lui arrivait d'avoir des douleurs fantômes, même s'il ne comprenait pas toujours comment elles marchaient. Il se souvenait, lors de sa rééducation, qu'il avait souvent été sujet à ce genre de crise. Mais dès qu'ils avaient quitté la maison du parrain du garçon pour habiter seulement les deux, Hiccup avait finit de s'appuyer sur lui, de lui demander son aide pour se débrouiller tout seul à chaque fois qu'il avait mal.

- Jack, c'est bon, je ne suis pas mourant.

L'albinos releva vivement la tête en entendant le ton un brin moqueur de son meilleur ami. Il fronça les sourcils quand Hiccup continua sur un ton plus sombre :

- Tu fais… cette tête, là, de quand tu t'inquiètes trop.

Jack ne sut pas quoi répondre. Évidement qu'il s'inquiétait. Il aurait fallu être stupide pour ne pas voir que, malgré son air déjà plus détendu, Hiccup n'en menait pas large.

- Je suis toujours inquiet pour toi, Hic, il soupira, baissant la tête.

- Eh bien arrête, ça n'aide aucun de nous deux, trancha Hiccup.

- Je sais, répondit Jack puis il ajouta : je ne peux pas guérir de toutes mes addictions en un jour.

Hiccup grimaça puis finit par sourire en levant les yeux au ciel. A nouveau, leur regard se perdirent au-delà de la fenêtre. Au bout d'un moment, Jack décida de lâcher :

- Je crois que Bunny à un béguin pour toi.

- Aster ? S'étonna Hiccup en tournant brusquement la tête.

- Il m'a appelé tout à l'heure. Il s'inquiétait à propos du départ d'Anna.

- Oh… j'ai l'impression que c'était il y a une éternité.

Jack hocha la tête :

- Je me suis fait la même réflexion. Enfin, il voulait savoir comment j'allais et aussi, il voulait te parler.

Hiccup haussa les sourcils.

- Il ne veut surement pas que je te dise qu'il te trouve, et je le cite « sexy, intelligent et drôle », au fait, donc pas de bourdes quand…

Jack ne finit pas sa phrase. Quand tout ça sera fini. Hiccup souffla :

- J'aurais pas penser… on s'est parlé souvent, bien sûr et on s'entend plutôt bien mais je ne pensais pas qu'il s'intéressait aux mecs, encore moins à moi. Pourquoi il ne m'a jamais rien dit ?

La question surprit beaucoup son ami.

- Bah… t'étais avec John, Hic, il allait pas venir entre vous deux.

Le brun porta une de ses mains à sa bouche, prenant une expression choquée.

- Oh mon dieu… il murmura et leva des yeux horrifiés vers Jack. J'avais oublié. J'avais oublié ! Je suis complétement monstrueux je viens d'oublier le mec avec qui je suis sorti pendant presque 6 mois et de qui j'étais amoureux…

Jack fit la moue : pas classe, en effet.

- Tu étais amoureux ? Il demanda quand même. J'ai cru que tu n'hésiterais pas à l'accueillir à bras ouverts.

- Ouais… je le croyais moi aussi il y a deux jours. Et puis... et puis Ivan. Je pense que… même s'il revient aujourd'hui et qu'on se remet ensemble, je ne pourrais jamais lui parler de tout ça. J'ai essayé beaucoup de fois mais j'ai jamais réussi. Je lui faisais confiance mais je ne me sentais pas… pas totalement en sécurité avec lui.

Hiccup ne lui avait jamais dit ça ; Jack pensait qu'il se sentait vraiment bien avec John. Visiblement, ça n'était pas si rose que ce qu'il avait imaginé. Hiccup parlait si peu souvent de sa vie privée, cela dit, qu'il était dur de se faire une idée.

- Comment Aster en est venu à te parler de ça ? Demanda le brun en déviant la conversation.

- Oh il… c'était un accident : John et lui ont couché ensemble et il se sentait mal par rapport à toi, alors il voulait s'excuser. Et te le dire lui-même.

Jack aurait pensé qu'Hiccup le prendrait plus mal que ça. Il était content que le brun ne soit pas triste en apprenant la nouvelle. Alors il ajouta d'un ton badin :

- Et aussi, il a peut-être vu là une occasion de se rapprocher de toi.

Hiccup esquissa à peine un sourire, semblant perdu dans ses pensées ; il n'était pas du tout dans une telle dynamique. Il ne voulait pas penser à ça maintenant. Enfin même s'il le voulait, il ne pourrait pas. Rien que de penser à toucher quelqu'un d'autre que Jack lui donnait la nausée. Il faudrait d'ailleurs qu'il fasse des efforts pour ne plus ressentir ça. Chaque chose en son temps, cela dit.

- Tu sais, Hic, commença Jack qui voyait bien que son ami se renfermait sur lui-même, je t'ai trouvé très courageux tout à l'heure, avec l'inspecteur. C'était la chose à faire.

Hiccup baissa la tête, jouant nerveusement avec ses mains, et Jack aperçut brièvement des bandages propres sur ses poignets. Le brun frissonna, fermant les yeux. Il se sentait vide. Comme si les émotions avaient déserté son cœur. Il n'y avait qu'un gouffre sombre et sans fin. Il remettait en question sa propre existence. Il sentit des larmes envahir ses yeux et souffla doucement pour tenter de se calmer, se mordant la lèvre.

- Hiccup ?

La voix de Jack était tendre et rassurante ; pourtant, elle n'eut aucun effet. Hiccup était comme perdu à l'intérieur de lui-même. Et il n'aimait pas ce qu'il y voyait. Il n'était pas courageux, comme son ami lui avait dit. Il faisait ça parce qu'il avait peur. Parce qu'il était terrifié que ça soit pire, même si pour le moment, le concept de « pire » ne lui parlait pas tant il avait l'impression de toucher le fond. Mais la vie lui avait appris qu'il y avait toujours pire.

Hiccup sursauta quand il sentit la main de Jack se poser sur son bras. Il vit les lèvres de son ami bouger mais n'entendit pas ses mots, son esprit embué. Tendrement mais fermement, Jack l'amena à se coucher sur le flanc, lui-même se décalant pour lui laisser la place. Hiccup se sentait amorphe ; plus rien ne répondait, ni son corps ni son cerveau. Il n'arrivait pas plus à bouger qu'à penser. Il aurait voulu. Pourtant, rien ne se passait. Est-ce qu'il faisait une crise de panique ? Il se sentait trembler mais ne pouvait rien faire contre ça. Il était presque sûr de ne pas pleurer, mais il avait l'impression de s'étouffer.

Soudain, il vit Jack s'accroupir aux côtés du lit ; l'albinos avait une mine consternée. Il lui tendit quelque chose et Hiccup mit longtemps à l'identifier. Le garçon renifla en prenant Toothless dans ses bras pour le serrer contre son cœur, calant sa tête contre la peau noire du dragon en peluche. En face de lui, Jack grimaça, se sentant impuissant et inutile. Il amena une main vers le visage de son ami pour lui caresser doucement la joue, y enlevant quelques mèches auburn.

Quand il vit que, finalement, les tremblements d'Hiccup se calmaient un peu, il se redressa, ignorant la douleur dans ses genoux. Il se retourna pour tirer le fauteuil tout près du lit. Il s'y assit confortablement de travers, enlevant ses chaussures, ramenant ses longues jambes par-dessus l'accoudoir. Il posa sa tête sur le lit, tout près de celle d'Hiccup puis lança son bras droit pour qu'il entoure le corps du garçon, sa main dans son dos, pour que celui-ci se sente le plus entouré et protégé possible. Sa main gauche reprit sa place sur la tête d'Hiccup, recommençant à caresser sa peau et ses cheveux.

Dehors, la pluie commença à tomber, et la douce mélodie des gouttes qui s'écrasaient sur les carreaux de la fenêtre berça les deux garçons. Jack se blottit un peu plus contre Hiccup, chuchotant parfois quelques mots A un certain point, il crut que le brun s'était endormi. Il continua de la cajoler tendrement, descendant sa main sur sa taille comme pour le couver, écoutant distraitement sa respiration et la musique de la pluie mêlée à celle de la ville. Mon dieu, il aurait aimé pouvoir protéger Hiccup. Il aurait aimé pouvoir absorber ses malheurs et douleurs, quitte à en mourir si c'était nécessaire pour le bonheur du brun.

Alors que Jack commençait à fermer les yeux, épuisé lui aussi, son nez lisse posé contre le front d'Hiccup, ce dernier poussa un murmure presque inaudible :

- Je suis mort de peur, Jackson.

- Ne le sois pas, Hiccup, chuchota l'autre d'une voix douce en réponse, frottant son nez contre la peau constellée de grain de beauté, y déposant un léger baiser. Je suis là. Je ne laisserais plus rien t'arriver. Je n'échouerais pas une troisième fois. Fais-moi confiance.

Hiccup redressa la tête, poussant un peu le bras de Jack qui l'entourait. La détresse que Jack lut dans ses yeux verts lui retourna l'estomac. Il ramena sa main gauche sur la joue d'Hiccup, la caressant affectueusement avec son pouce. Leur nez se touchaient et leurs lèvres n'étaient pas loin de faire la même chose. Cette proximité ne dérangeait absolument pas Jack et elle avait l'air de rassurer étrangement Hiccup, qui referma un instant les yeux.

- J'ai jamais été prêt à faire ce qu'il fallait pour l'arrêter mais cette fois, je te le jure, Hiccup, je ne me défilerais pas.

Le brun le fixa un moment, frissonnant quand le souffle de l'autre lui chatouilla les lèvres. Il amena doucement sa propre main vers le visage de Jack puis toucha sa joue, sa pommette son front, son nez et ses lèvres – il effleura les siennes, tant ils étaient proches – du bout des doigts comme s'il avait peur de lui faire mal. Les orbes bleus de Jack naviguait à toute vitesse, ne sachant plus quoi regarder. Hiccup murmura, sentant lui-même un souffle d'air chaud rebondir sur sa peau :

- Tout le monde va le savoir. Ce que ton père m'a fait.

Les yeux de Jack brillèrent quand il répondit d'une voix basse :

- On ne donnera pas ton nom.

- Tous les gens qui te connaissent, qui me connaissent, comprendront vite. Les journalistes ne mettront pas longtemps à faire le rapprochement. Tout le monde… tout le monde va le savoir. Tout le monde va le savoir.

Hiccup s'agita, répétant spasmodiquement sa dernière phrase d'un air complétement affolé. Jack essaya de le calmer en maintenant son visage tout contre le sien.

- Hiccup, Hiccup, chut. Respire. Respire calmement, avec moi. S'il-te-plait, ça va aller.

Le brun était épuisé et stressé tout ce qu'il avait vécu aujourd'hui ; c'était trop. C'était beaucoup trop à encaisser et il était en train de craquer. Véritablement. Jack monta entièrement sur le lit, sans s'arrêter de tenir Hiccup contre lui et de lui murmurer des paroles réconfortantes, essayant de ne pas s'effrayer quant à son état. C'était normal que ça arrive.

Aussi délicatement que possible, il amena Hiccup contre lui, entre ses jambes, son corps contre le sien, espérant de tout cœur que le contact l'aiderait au lieu de le faire paniquer encore plus. Il ne s'y attendait pas mais Hiccup lâcha la peluche qui tomba au sol et vint de lui-même caler sa tête dans son cou, se blottissant contre lui, l'écrasant presque dans une étreinte désespérée. Jack le serra contre lui, le berçant doucement, lui frictionnant le dos.

- Hiccup s'il-te-plait, calme toi. Je suis là. Je serais toujours là. Quoi qu'il arrive. Respire.

Le brun essaya de parler mais réussit seulement à sangloter, s'accrochant encore plus à Jack. L'albinos continua ses mouvements, ses bras entourant fermement le corps tremblant de son ami.

- Je… je ne v-veux plus le f-faire, J-Jack. Je ne veux p-plus…

- Hiccup, ça ira, répondit l'albinos en maquant de pleurer d'impuissance. Ça ira, je te le prom…

- N-non, non…

Jack ne savait pas quoi faire : il ne pouvait pas retirer leur plainte. C'était fait. Ils avaient un avocat, les médecins avaient vu Hiccup, l'avait surement photographié, établit un rapport détaillé. C'était trop tard pour revenir en arrière. Et… et tout le monde allait savoir qu'Ivan Frost battait son fils et avait violé le meilleur ami de celui-ci à plusieurs reprises. Il serait impossible effectivement, même s'ils essayaient de cacher son identité, que personne ne comprenne que la seconde victime d'Ivan Frost était Hiccup Haddock, et que la rumeur se propage. Tout le monde va le savoir.

Il prit de grandes inspirations avant de parler pour paraitre calme. Il se redressa, relevant la tête d'Hiccup pour qu'il le regarde en tentant d'ignorer la souffrance qu'il lisait dans les yeux de son ami et les larmes sur ses joues.

- Hic, il devrait être plus effrayé que nous. C'est lui le monstre, pas nous. C'est lui qui sera pointé du doigt.

- Je n-ne v… je ne veux p-pas que tout l-le monde sa-ache ce qu'il m-m'a fait, J-Jack.

Jack comprenait. Il comprenait vraiment. Mais qu'est-ce qu'il pouvait faire ? Il avala difficilement sa salive en gardant le visage d'Hiccup en coupe.

- Ça fait des années qu'on se cache. On a cru que ça marcherait et regarde où ça nous a mené. Ça a recommencé. Et si on ne fait rien pour l'arrêter, ça recommencera. Encore et encore. Je suis vraiment tellement désolé qu'il faille passer par là, qu'il faille s'exposer à ce point, mais on a plus le choix, Hiccup. Il faut qu'on aille au bout de ce qu'on a commencé pour pouvoir avancer. Je t'en supplie, Hic. J'ai besoin que tu sois avec moi. J'ai besoin de toi.

Au fil du discours de Jack, les larmes d'Hiccup s'étaient taries et les deux orbes verts s'étaient fixées dans leurs homologues bleus. Il savait. Il savait que Jack avait raison. C'était trop logique pour être ignoré. Hiccup ferma les yeux et se laissa tomber en avant, posant son front contre la joue de Jack. Ce dernier soupira presque de soulagement en fermant à son tour les yeux ; Hiccup allait aller bien. Il était fort. Il pouvait y arriver.

- Ça ira. On affrontera tout ça ensemble. Comme on l'a toujours fait. Et Rapunzel sera là, elle aussi, pour nous soutenir. Son père et l'inspecteur North aussi. Ça ira.

Il sentit que le brun hochait la tête contre lui puis qu'il se laissa glisser pour se coucher à nouveau sur lui, remettant sa tête dans le cou de Jack, posant un baiser sur la peau lisse et diaphane en un geste qui fit sourire l'albinos. Le plus vieux repassa ses bras autour du corps de son ami. Il se débrouilla pour se mettre sur le flanc sans éloigner Hiccup, dans une position plus confortable pour eux deux, son menton contre le front de l'autre, leurs jambes entremêlées.

Ils ne parlèrent pas pendant un moment, savourant simplement l'étreinte. Jack savait qu'Hiccup ne dormait pas parce qu'il jouait distraitement avec les petits cheveux blancs qui trainaient sur sa nuque, remontant parfois sa main pour lui caresser la joue, puis retraçant du bout des doigts la ligne de sa mâchoire. Le contact était doux et faisait sourire tendrement Jack, qui profitait de l'attention. De son côté, il grattait le dos du plus jeune, déposant parfois un baiser sur son front ou dans ses cheveux.

- Je voudrais que tes amis soient au courant avant que le procès ne commence, finit par murmurer Hiccup d'un ton calme, quelques larmes trainant encore dans sa voix enrouée.

- Ce sont aussi tes amis, Hic, se contenta de répondre Jack.

- Je sais. Mais justement. Ils vont forcément finir par le savoir et… je crois que ça serait plus facile si ça venait de nous. Je pense que je serais plus à mène de les regarder à nouveau si c'était moi qui leur apprenait, plutôt que s'ils le lisaient dans les journaux ou le voyaient à la télévision. Je sais que… je sais qu'ils comptent pour toi et je les aime bien. J'aimerais pas ne jamais plus pouvoir les fréquenter parce que j'ai trop honte.

L'albinos prit un instant pour y réfléchir. Puis il soupira, admettant que le brun était juste dans son raisonnement.

- Je comprends ce que tu veux dire, Hic.

- Ça… enfin, moi, ça m'a fait du bien de le dire à Zel. Je suis content, maintenant, qu'elle soit au courant. C'était dur, mais je suis soulagé qu'elle soit à nos côtés et je sais qu'elle ne nous juge pas.

- On… on leur dira. Je ne sais pas encore quand, mais on trouvera un moment pour le dire avant que tout ne soit rendu public.

Hiccup laissa échapper un « merci ». Il avait raison ; Jack avait déjà failli parler à Anna, non ? Donc il pouvait très bien le dire à Tooth, Sab, Astrid, Eret et Aster. En énumérant les noms de ses amis, Jack pensa que ça faisait beaucoup de gens au courant. Il se gifla mentalement en se rappelant que le pays, le monde entier serait au courant d'ici peu. Hiccup avait bien fait d'amener le sujet ; Jack allait leur dire. Et ils seraient là pour les soutenir. Même si Jack ne les connaissait que depuis 7 mois, il avait déjà créé des liens avec chacun d'eux, alors qu'il n'avait jamais eu d'autres amis qu'Hiccup dans sa vie. Ça ne pouvait que prouver qu'ils étaient de bonnes personnes, non ?

- Tout ira bien, lâcha finalement Jack en posant un nouveau baiser sur le front d'Hiccup.

Puis il ajouta après un moment :

- Il faut vraiment qu'on essaye de dormir un peu, Hic.

- Je sais, répondit Hiccup d'une petite voix.

Jack hésita un instant. Devait-il aller dans l'autre lit ? Hiccup ne semblait pas bouger. Lui-même se sentait bien. A nouveau, il changea légèrement de position, afin qu'Hiccup soit plus confortablement installé. Celui-ci soupira, se calant contre le torse de l'albinos.

- Tu comptes dormir tout habillé ? Il murmura, la voix endormie.

Jack sourit devant la remarque en serrant le brun contre lui. Mais très vite, son sourire se fana. Il voulait être prêt à tout il ne comptait pas dormir. Mais il ne voulait pas le dire à Hiccup, pour ne pas l'inquiéter.

- Je suis bien installé, j'ai pas envie de me lever pour me changer, mentit-il d'un ton fatigué.

Hiccup ne répondit rien ; Jack fut presque sûr qu'il avait compris, mais il ne protesta pas.