Bonjour à tous ! Voici le nouveau chapitre de ma fanfiction basée sur Harry Potter, écrite conjointement avec mon amie Labyrinthe-infini. Un chapitre assez long et riche en révélation, vous allez avoir de quoi lire cette fois ! Le cadre se met peu à peu en place et certains personnages commencent à se distinguer... En espérant que ce chapitre vous plaira, je vous souhaite une excellente lecture et pensez à laisser un petit review à l'occasion si cette fanfiction vous plait, ça fait toujours plaisir et ça motive à écrire la suite ! Merci d'avance.
Disclamer : l'univers de Harry Potter ne m'appartient pas, pas plus qu'à Labyrinthe-infini.
Chapitre 11 - La Salle des Fondateurs
Une brise fraiche soufflait sur le parc de Poudlard en cette fin d'après-midi. Les quelques élèves trainant aux abords du lac se hâtaient de regagner l'intérieur du château, chassé par la soudaine fraicheur. On sentait que les beaux jours de l'été s'éloignaient petit à petit pour laisser place à l'automne, humide et froid. Même le ciel, pourtant dépourvu de nuages, semblait s'être paré d'un bleu glacé et le soleil disparaissait déjà presque derrière les hautes cimes de la Forêt Interdite.
Arthémis perdit un moment son regard dans la contemplation des élèves en contrebas à travers la haute fenêtre, adossée contre le mur de pierre de la Salle de Métamorphose, étrangère au cours qui se déroulait autours d'elle, plongée dans ses pensées.
Une nouvelle semaine s'était lentement écoulée depuis sa dispute avec Mélanie, sans qu'aucun nouveau rêve partagé ne vienne hanter ses nuits. Au final, elle s'était retrouvée incapable de voir ce qu'il y avait de l'autre côté de l'ouverture de cette étrange pièce. Noah, qui avait été le seul à accepter de collaborer avec elle, n'avait pas non plus rêvé de la salle étrange au cours des jours précédents, à son grand dépit. Elle commençait à se demander si les tensions dans le groupe ne bloquaient pas tout simplement leur « connexion », dont elle ne saisissait pas encore la nature.
La jeune fille laissa échapper un soupir. Peut-être Mélanie avait-elle raison au final ? Peut-être avait-elle fini par perdre de vue l'essentiel à force d'être à ce point obsédée par ce songe ?
Dépitée, elle s'arracha à ses tristes pensées et se retourna vers le tableau… Pour se retrouver nez à nez avec le visage de son enseignante, à quelques centimètres à peine du sien !
Effrayée, Arthémis poussa un cri, manquant de tomber de sa chaise sous l'effet de la surprise. Satisfaite de son effet, le professeur Laglier se redressa, toisant la jeune fille de toute sa hauteur. C'était une petite sorcière mince et âgée, au visage carré et aux cheveux gris souris très courts, encadrant un visage allongé. Ses yeux aux pupilles d'ébène profondes, un peu fou, étaient cachés derrière une paire de lunette et pas un seul pli n'était visible sur sa robe. Il émanait d'elle une sorte d'aura impressionnante, qui forçait le respect et avait également quelque chose d'un peu effrayant, comme si la personne face à laquelle on se trouvait n'était pas totalement saine d'esprit.
- Et alors mademoiselle Grildal, vos doux songes seraient-ils plus agréable compagnie que mon banal cours sur le sortilège de Disparition ? lâcha la professeure de sa voix rauque avec un étrange sourire qui craquela son visage de rides.
- Non je… s'apprêta à répliquer Arthémis avant de croiser le regard de Célia quelques rangs plus loin qui lui faisait mine, à renfort de grands gestes, de ne pas s'entêter, je suis désolée madame.
- Je ne vous fais aucun reproche enfin, poursuivit l'enseignante d'un ton qui semblait indiquer le contraire, j'espère juste que lorsque vous aurez réussit à faire disparaitre vos doigts au lieu de l'objet de l'exercice vous ne m'en tiendrez pas rigueur !
Une bouffée de chaleur monta aux joues d'Arthémis mais une fois de plus, elle se retint de répliquer, ignorant tous les regards de la classe, désormais tournés vers elle. Elle ne tenait pas à se retrouver en retenue avec Lamanzana une fois de plus !
- Je vais me concentrer, assura-t-elle d'un ton un peu plus sec qu'elle ne l'aurait souhaité malgré tout, excusez-moi.
Estimant qu'elle en avait assez fait, l'enseignante lui adressa un ultime regard foudroyant avant de se retourner vers la classe comme si de rien n'était, poursuivant son cours théorique des plus complexes, agrémentés par moment de schéma explicatifs se traçant d'eux-mêmes à la craie sur le tableau noire.
Rouge de confusion et d'agacement, Arthémis plongea la tête entre ses bras et passa le reste de l'heure à fixer madame Laglier débiter ses théories magiques de façon obstinée, bien décidée à ne plus lui laisser la moindre occasion de la prendre en tord.
Enfin, la cloche raisonna, magiquement amplifiée par les murs du château, et les Serdaigles s'empressèrent de quitter la salle, fuyant l'excentrique sorcière qui leur servait de professeure. La jeune fille aux boucles brunes mit quelques secondes de plus à faire son sac, avant de rejoindre Lucile et Noah dans le couloir, restés seuls à l'attendre.
- Fini pour aujourd'hui ! affirma son amie en s'étirant paresseusement, on va directement à la Salle Commune ou vous préférez passer à la bibliothèque histoire de bosser un peu avant ?
- Partez devant, affirma Arthémis avec un sourire, Sylvia avait un truc à me montrer, elle m'attend au Troisième étage.
Les deux adolescents n'insistèrent pas, quoi qu'intrigués, et saluèrent leur comparse avant de s'éclipser à la suite des autres Serdaigle en direction de la Tour Nord. La jeune fille perdit quelques secondes à la regarder disparaitre à l'angle du couloir, rêveuse, avant de faire volte-face et de partir dans la direction opposée, la tête pleine de pensée.
La raison pour laquelle Sylvia l'avait ainsi convoquée l'intriguait. Elle avait simplement reçu le Syphlorin de la jeune fille le matin même, l'informant qu'elle avait « quelque chose à lui montrer », rien de plus. Depuis, ce message lui trottait dans la tête. Qu'est-ce que son amie pouvait bien avoir de si important à lui faire découvrir ?
Dévalant les escaliers sans prendre garde aux armures grinçant sur son passage, Arthémis ne mit que quelques minutes à attendre le pallier du troisième étage, dans lequel elle se rendait peu en général, la plupart des cours s'y déroulant étant optionnel.
Dans sa course, elle passa devant la porte légèrement entrouverte de la Salle d'Etude des Runes et s'y stoppa un moment, le cœur serré. D'où elle était, elle pouvait distinguer Mélanie à travers l'interstice, une main distraitement passée dans ses fins cheveux noirs, le visage tourné vers le tableau dans une expression concentrée. Son amie lui manquait, elle devait bien l'admettre. Elles s'étaient à peine parlé depuis leur altercation du Dimanche précédent, et le fait que Mélanie passe tout son temps avec ses amies de Poufsouffle n'arrangeait rien à la situation. Si seulement elle avait pu comprendre sa fascination pour ce rêve partagé…
Brusquement, l'adolescente tourna la tête vers la porte et son regard croisa temporairement celui d'Arthémis qui, rougissant sur le coup, reprit rapidement sa route, d'un pas précipité. Le cœur de la jeune fille se serra : pendant un bref instant elle avait cru déceler de la tristesse dans les yeux de son amie. Si toutes deux regrettaient la situation actuelle, pourquoi était-il se difficile de trouver un terrain d'entente ?
Plongée dans ses pensées, Arthémis ne vit pas le fantôme croiser sa route et le traversa de plein fouet. Elle en eut le souffle coupée, surprise : la sensation était extrêmement désagréable ! C'était comme se prendre un sceau d'eau glacée en pleine figure.
Visiblement vexé d'avoir ainsi été traversé, l'ectoplasme se tourna vers elle, les poings sur les hanches. Il était entièrement transparent et flottait à quelques centimètres du sol. Ses vêtements dataient d'un autre âge et une fraise aux proportions gigantesques dissimulait son cou. Une rapière tout aussi inconsistante que son être pendait à son flanc droit.
- Excusez-moi ! s'empressa de lancer Arthémis, désireuse d'éviter toute nouvelle altercation –avec un être surnaturel qui plus était, elle avait toujours du mal à s'habituer à la présence de fantôme dans le château depuis son arrivée, j'étais perdue dans mes pensées…
- Il n'y a pas de mal, répondit le mort avec un rictus qui démontrait le contraire, vous devriez regarder devant vous jeune fille, cela vous éviterait ce genre d'incidents avec d'autres de mes semblables légèrement moins… Compréhensif.
- C'est une évidence, répondit l'adolescente sans vraiment prêter garde aux propos du spectre, si vous voulez bien m'excuser, je suis un peu pressée…
Le fantôme la regarda s'éloigner sans plus de cérémonie d'un air consterné, visiblement vexé d'avoir été ainsi ignoré. Jamais un mortel ne lui avait à ce point manqué de respect depuis des dizaines d'années !
- Quel toupet ! marmonna-t-il dans sa barbe transparente, ignorer ainsi Sir Nicholas de Mimsy-Porpington… Votre fille va me donner du fil à retord Daniela, quoi que vous ayez pu en dire à l'époque !
Et, sans ajouter un mot de plus, il disparut à son tour, traversant le mur d'une salle de classe inoccupée d'un air distrait.
Arthémis, chassant rapidement le fantôme de son esprit, déboucha finalement sur le lieu de rendez-vous, un peu essoufflée. Sylvia l'y attendait déjà, sa silhouette se découpant sous les rayons lumineux d'une haute fenêtre à arcade. A la grande surprise de la jeune Serdaigle, une deuxième personne se trouvait à ses côtés.
L'entendant approcher, l'inconnue se retourna vers elle et Arthémis put reconnaitre Lyn Wanser, la préfète de Serpentard ayant pris Sylvia sous son aile. Cette dernière, apercevant enfin son amie, lui adressa un grand sourire et courut à sa rencontre.
- Ah 'Miss ! Tu es là ! fit-elle d'un air surexcitée, Lyn a trouvé un truc intéressant sur toi, il fallait qu'on te le montre !
La préfète s'avança à son tour, le visage énigmatique, scrutant Arthémis d'un regard calculateur.
- Alors c'est toi la fameuse fille de Daniela Grildal ? questionna-t-elle sans se départir de son air mystérieux, comme plongée dans une intense réflexion ravie de faire ta connaissance en bonne et due forme.
- On s'est déjà entrevue dimanche dernier, se rappela l'adolescente, intimidée par la préfète, quand on est venu chercher Sylvia sur le terrain de Quidditch… C'est toi qui prend soin d'elle à Serpentard non ? Je ne crois pas t'avoir déjà remercié pour ça !
Lyn inclina la tête. Elle ne souhaitait pas trop s'attarder sur son attitude envers Sylvia, qu'elle estimait légitime, mais la reconnaissance de la jeune fille lui allait droit au cœur. L'amitié semblait être une notion importante pour elle et, de plus, elle avait cru comprendre que l'adolescente était dotée d'un caractère bien trempé. Sur ces deux points, elles se ressemblaient fortement ! Il n'y avait pas à dire, cette Arthémis l'intriguait. Savoir qu'elle était la fille d'un personnage aussi célèbre que Daniela Grildal, pour qui elle avait toujours eu beaucoup de respect, ne faisait qu'ajouter à cette impression.
Sylvia se dandina sur ses pieds, gênée par le tour que prenait la conversation. L'apercevant, Lyn se reprit rapidement, revenant au sujet principal après un discret raclement de gorge :
- Hum, peu importe. Je voulais simplement te montrer quelque chose. Après que Sylvia m'ait parlé de toi et de ta mère, je me suis dit que ça pourrait t'intéresser. Suivez-moi.
Sans plus de précision, la préfète de Serpentard entraina les deux adolescentes à sa suite, intriguées. Les trois jeunes filles suivirent un épais tapis bleu jusqu'à une épaisse porte de chêne, calée sous une arcade de pierre. Gravés sur un écriteau d'or à sa gauche, se reflétaient les lettres « Salle des Trophées » à la lueur du jour déclinant par la fenêtre lui faisant face.
L'inscription ne servit qu'à titiller un peu plus la curiosité d'Arthémis, qui s'empressa d'emboiter le pas de Lyn une fois la haute porte poussée dans un léger grincement, Sylvia sur ses talons.
La Salle des Trophées était une vaste pièce brillamment éclairée. Partout s'étalaient d'interminables étagères et vitrines ouvragées, croulant sous les médailles et les coupes, bien souvent surmontées d'une photo et d'un écriteau indiquant tantôt des dates, tantôt des noms obscurs. L'or, l'argent, le cuivre et le bronze ruisselaient derrière le verre, conférant à la salle une impression de luxe et de chaleur des plus agréables. L'ambiance était à la fois feutrée et mystérieuse, comme si des siècles d'histoire de Poudlard y avait été entreposé.
Sans hésiter, Lyn s'avança entre les vitrines, s'attardant à peine devant chaque trophée. Arthémis hésita un instant, soufflée par la beauté transcendante de la pièce, avant de la rejoindre, dévisageant avec attention les écriteaux. Il y en avait tant qu'elle ne savait plus où donner de la tête, sans compter que la plupart des photos présentes étaient animées, lui décochant de flamboyants sourires ou d'affectueux signes de la main à son passage, troublant sa vision, sans cesse attirer par l'éclat d'un nouveau écusson. Curieusement, il n'y avait pas la moindre trace de poussière à la surface des diverses pièces entreposées. Des sortilèges de propretés avaient du être dressés autours des étagères, les protégeant à jamais des dommages du temps, comme pour conserver les souvenirs qu'ils contenaient.
Enfin, après avoir serpenté entre plusieurs mètres d'armoires d'aspect disparates, Lyn s'immobilisa face à une petite vitrine, calée entre deux colonnes de pierre, juste en dessous d'une fenêtre donnant sur le parc.
- C'est ici, indiqua-t-elle calmement à Arthémis en lui désignant une petite pièce de métal, avant de s'écarter afin de lui permettre de mieux voir.
La jeune fille s'avança, plissant des yeux pour percer les reflets à la surface de la vitre.
- Oh… souffla-t-elle en identifiant la minuscule pièce métallique circulaire, sur laquelle était gravée une boule de cristal, croisée de deux lettres « M » en italique.
En dessous, un mince écriteau de cuivre indiquait la mention « Daniela Grildal, plus jeune consultante auprès du Ministère de la Magie en divination ».
Au dessus du médaillon, s'affichait une large photo aux couleurs délavée d'une jeune fille au visage très similaire à celui d'Arthémis, si on excluait ses yeux d'un gris profond, la fixant avec insistance.
La jeune fille dévisageait sa mère d'un air incrédule, les lèvres pincées. Celle-ci lui rendit son regard courroucé, comme si elle avait su ce qu'elle pensait à cet instant précis.
- Je me suis dit que ça t'intéresserait de savoir que ta mère avait été récompensée pour service rendu au Ministère du temps de sa scolarité. Elle était en 5ème année à ce moment elle aussi, selon les dates indiquées. Sa première prédiction officielle, celle qui a lancé sa carrière…
Arthémis ne répondit rien. En fait, elle avait à peine entendu ce que Lyn venait de lui déclarer. Tout n'était plus qu'un ensemble de bruits diffus et de couleurs floues autours d'elle. Plus rien d'autre ne comptait que ce minuscule trophée dans sa vitrine, et la photo de sa mère au dessus.
Elle n'avait plus pensé à cette histoire de célébrité familiale depuis des jours, trop obnubilée par ses rêves. Voir cet écusson lui rappelait à quel point sa génitrice lui avait caché des choses pendant des années. En cet instant précis elle ne savait plus trop comment se sentir. La colère et le sentiment de trahison qu'elle avait éprouvé de prime abord s'étaient évanouis depuis longtemps.
Désormais, ne restait plus qu'une seule question dans sa tête : « pourquoi ? ». Pourquoi sa mère avait-elle choisi, d'un commun accord avec son père, de lui cacher son lien avec un monde magique pendant plus de quatorze ans ? Pourquoi une sorcière assez talentueuse pour décrocher une récompense dés sa Cinquième Année d'étude à Poudlard et suffisamment célèbre pour que chacun connaisse son nom et ses actions avait-elle choisi de couper ainsi les ponts avec ses racines du jour au lendemain, quitte à vivre telle une moldue ?
Arthémis secoua la tête, perturbée. Plus elle y repensait et plus il lui semblait évident que quelque chose de suspect se cachait derrière toute cette histoire. Quelque chose qui la concernait elle et que sa mère tenait à tout prix à ce qu'elle ignore, à un juger la sécheresse de sa dernière lettre. Restait à découvrir quoi.
- Tout va bien, Arthémis ? s'inquiéta Sylvia, la sentant brusquement pensive.
La jeune fille aux boucles brunes se retourna vers les deux Serpentard qui la fixaient d'un air mêlant inquiétude et curiosité. Une lueur éclaira brusquement ses prunelles alors qu'une phrase de Célia lui revint subitement en mémoire.
- Lyn ? fit-elle à l'adresse de la préfète qui haussa les sourcils, étonnée de se voir ainsi interpellée, une amie à moi m'a racontée que ma mère avait quitté la vie publique sorcière du jour au lendemain. Tu as l'air d'être calée dans les affaires de ce monde, est-ce que par hasard tu en saurais plus ? Comme la raison l'ayant poussé à faire un tel choix ?
L'adolescente cligna des yeux d'un air songeur, tentant visiblement de se souvenir d'un détail quelconque. Sylvia dévisagea ses deux amies, gênée. Elle espérait que montrer l'écusson de sa mère à Arthémis l'aiderait à lui changer les idées mais cela avait simplement réussi à lui rappeler un autre problème semblait-il. Pourquoi fallait-il toujours qu'elle se prenne la tête à ce point ?
Enfin, Lyn prit la parole, le regard vague :
- Tout ce que je sais c'est que cela a été très soudain, fit-elle, même le Ministère, avec qui elle travaillait régulièrement, n'a pas été mis au courant de cette décision parait-il. Ça avait fait couler beaucoup d'encre à l'époque ! Ma mère a même gardé les Gazettes du sorcier de l'époque tellement cela l'avait choqué. C'était une grande fan, tu comprends ? Je pourrais lui demander de m'envoyer les exemplaires si ça t'intéresse ?
- Avec plaisir ! la remercia Arthémis, reconnaissante, j'aimerai vraiment savoir ce qui lui a pris...
Lyn approuva d'un air grave, compréhensive. Quelque chose, en cette jeune Serdaigle, lui rappelait son propre comportement. Elle aussi aurait sans cesse cherché à connaitre la vérité sur quelque chose d'aussi important, même si cela signifiait déterrer les secrets du passé. Elle n'avait pas peur des conséquences : lorsqu'elle avait quelque chose sur le cœur, il fallait qu'elle règle le problème de la manière la plus directe possible, quitte à se brûler les ailes. Pour cette raison, elle souhaiter aider Arthémis dans ses recherches, ne serait-ce que grâce à quelques vieux journaux usés.
- Bon, sur ce les filles, fit la préfète de Serpentard en s'étirant paresseusement, il faut que je vous laisse ! Je croule sous le travail et si je ne prends pas un peu d'avance sur la semaine prochaine mon week-end est ruiné d'office ! Je retourne à la Salle Commune, à plus tard.
- Je t'accompagne ! fit Sylvia en se redressant brusquement, il faut que je fasse les devoirs que le professeur Puyol nous a donné en cours de rattrapage la dernière fois. Et toi Arthémis ?
L'interpellée fit un effort pour se détourner de nouveau de l'écusson dédié à sa mère, l'air un peu ailleurs.
- Je vais rester encore un peu ici je pense, fit-elle d'un ton songeur, on se voit ce soir au repas, à tout à l'heure !
Inquiète, Sylvia s'apprêta à protester mais un regard de la part de Lyn suffit à la dissuader. Arthémis avait besoin de passer un petit moment seule à réfléchir insister ne servirait qu'à la dérouter, mieux valait la laisser en paix pour le moment.
A contre-cœur, l'adolescente obtempéra et, après un dernier petit signe de la main triste en direction de son amie, fit demi-tour en direction de la porte menant sur le couloir, à la suite de Lyn.
Perdue dans ses pensées, Arthémis prit à peine garde au départ des deux Serpentard. Sa mère avait cessé de la dévisager à travers le cadre de sa photo et contemplait désormais un point invisible pour la jeune fille au loin, d'un air morose.
Sans vraiment y prendre garde, la Serdaigle effleura la vitre protégeant l'écusson du bout des doigts. Quand aurait-elle enfin droit aux réponses qu'elle méritait ?
Brusquement, un flash éclata devant ses yeux, lui arrachant un cri de surprise, plus violent encore que lors de sa première rencontre avec Noah. L'instant d'après, elle se sentit glisser au sol, les jambes fauchées, le souffle coupé.
Lyn, entendant le cri, fit volte-face alors qu'elle s'apprêtait à franchir le pallier de la porte, sa baguette fusant hors de son fourreau en un geste à peine perceptible. Elle eut juste le temps de se précipiter pour rattraper Sylvia qui venait de s'effondrer à son tour, le regard vide, la respiration sifflante.
- Sylvia !? s'exclama-t-elle, se laissant submerger par la panique, Arthémis !? Qu'est-ce qui vous arrive ?
Seul un souffle rauque et épuisé lui répondit. L'esprit des deux jeunes filles était déjà loin, trop loin pour être rappelé par sa simple voix.
- Laglier abuse vraiment avec ses devoirs ! râla Célia pour la quinzième fois depuis qu'ils avaient regagné la Salle Commune des Serdaigle, à moitié avachie sur le bureau sur lequel elle avait copieusement étalé livres théoriques et parchemins vierges, je ne comprends rien à cette histoire de sortilège de Disparition !
- Tu l'as déjà étudié pourtant, non ? fit remarquer Lucile, dont la plume tapotait le papier de son devoir depuis plusieurs dizaine de minutes, sans rien tracer pour autant, ça devrait être facile pour toi ! Personnellement je suis perdue…
La tête douloureuse, elle tenta une fois de plus se concentrer sur les lignes de formules incompréhensibles s'étalant sur son ouvrage, sans en comprendre le sens pour autant. Continuer à travailler la Métamorphose même après deux heures de cours lui semblait tout simplement insurmontable ! Elle avait déjà du mal avec les sortilèges de base des années précédentes, comment pouvait-elle maîtriser quelque chose d'aussi complexe que la Disparition ?
- Noah ? lâcha-t-elle d'un air distrait en traçant enfin quelques lettres de la pointe de sa plume, c'est quoi déjà la coefficient d'amplitude du mouvement de la baguette selon la taille de l'objet à faire disparaitre ? Je crois que tu l'as noté il y a quelques secondes et j'ai un doute…
L'interpelé ne réagit pas, se contentant de fixer bêtement un coin de la salle qu'il n'avait pas quitté des yeux depuis le début de leur séance de révision.
Pressée, Lucile claqua des doigts, attendant que le parchemin vienne, mais n'eut guère plus de réaction.
« Qu'est-ce qu'il a ? » articula silencieusement Célia en le dévisageant d'un air vaguement inquiet, trop heureuse de pouvoir s'intéresser à autre chose qu'à ses exercices de Métamorphose pour un moment.
La jeune fille suivit le regard de l'adolescent jusqu'à un canapé bleu nuit calé face à une étagère de livre, sur lequel Tommy, le préfet de Serdaigle, était allongé de tout son long, feuilletant distraitement une bande-dessiné, la patte d'une Chocogrenouille dépassant mollement de ses lèvres.
Célia cligna des yeux, sans comprendre, avant de se retourner vers Noah qui arborait désormais une expression légèrement stupide, la bouche à moitié entrouverte en train de mâcher le bout de sa plume.
Fronçant les sourcils, la petite sorcière sauta de son tabouret et vint se camper face au jeune homme aux lunettes, le forçant à s'arracher à sa contemplation hébétée, croisant les bras sur sa poitrine généreuse.
- Qu'est-ce que tu mates, Shun ? fit-elle, un petit sourire sarcastique sur son visage d'ange, parce que d'ici on dirait que tu fais les yeux doux à notre préfet national !
Béa et Lexie, qui jusqu'à présent avaient réussi à rester concentrées sur leur bouquin, dressèrent subitement l'oreille, une lueur d'intérêt illuminant leur regard. Même Lucile laissa échapper un « oh… » stupéfait face aux paroles de la préfète.
Noah rougit sur le coup face aux accusations, ne parvenant qu'à bredouiller quelques paroles incompréhensibles en guise de réponse, pour le plus grand bonheur de Célia.
- J'y crois pas ! s'exclama-t-elle, jubilant littéralement, tu le matais vraiment ! Tu es plus pervers que ce à quoi je m'attendais dis-moi !
- Non ! protesta Noah avec véhémence, retrouvant ses moyens, c'est ce devoir… Il est tellement peu intéressant qu'un rien me distrait ! Je me demandais juste quel type de BD il pouvait bien lire ! Je ne vais pas mater un mec ! Ce serait dégueulasse ! Je…
Le jeune homme s'interrompit brusquement, le souffle coupé, comme si quelqu'un venait de lui asséner un violent coup de poing entre les côtes. Sa vision se troubla et, un instant plus tard, il glissait de sa chaise, ses lunettes se brisant au sol dans un bruit sourd, étouffé par le cri de surprise de ses amis.
Lucile venait également de perdre connaissance de concert, s'écroulant littéralement sur son devoir, renversant de l'encre qui s'étala en une longue flaque noir sur ses parchemins.
- Lucile ! s'exclama Béa en tentant de la secouer tandis que Célia se précipitait vers Noah pour le relever, glapissant d'inquiétude, qu'est-ce qui leur arrive tout à coup !?
Des murmures stupéfaits s'élevèrent au sein de la Salle Commune alors que les élèves approchaient, à la fois intrigués et effrayés par l'étrange spectacle. Personne n'osait approcher les deux adolescents. A la surprise générale, ce fut Lexie qui se reprit la première, chassant les curieux d'un ordre sec.
- Il faut qu'on les emmène à l'infirmerie ! affirma-t-elle en direction de ses amies après avoir fait fuir deux premières années plus curieux que les autres en les menaçant de sa baguette, vite ! Toi là, donne-nous un coup de main !
Elle avait interpelé Tommy à l'autre bout de la pièce qui s'était aussitôt précipité, remettant en place son badge de préfet à la hâte, laissant sa bande-dessiné choir au sol sans plus de cérémonie.
Précautionneux, il se pencha à côté des deux adolescents évanouis et examina leur pupille d'une manière gauche, sans rien parvenir à en tirer. Rapidement, il dégaina sa baguette et marmonna quelques formules, sans plus d'amélioration, ce qui lui arracha un juron contrarié.
- Je m'occupe de lui ! fit-il finalement en chargeant Noah, qui commençait à gémir dans son inconscience, sur son épaule, Célia, envoie ton Syphlorin prévenir Puyol !
La jeune fille, blême de frayeur, eut besoin du soutien de Lexie pour finalement reprendre ses esprits et s'exécuter, tandis que Tommy et Béa disparaissait déjà par la porte au heurtoir en forme de tête d'aigle, Noah et Lucile sur leur dos respectif.
- Pourvu que ce ne soit rien de grave, bafouilla la préfète en rédigeant une brève missive d'une main tremblante à l'intention de la directrice de leur maison.
Mélanie mit quelques secondes à émerger du demi-sommeil dans lequel le cours de Runes Anciennes l'avait plongée. Le bruit de cloche finit par achever de la réveiller et l'adolescente se leva d'un bond, rangeant ses livres dans son sac avec précipitation. Sa journée était enfin terminée et elle n'avait qu'une hâte : rejoindre le lit moelleux aux épaisses courtepointes de son dortoir et ne plus en sortir de la soirée !
La semaine avait été éprouvante pour elle, autant du point de vue des cours que sur le plan personnel, et la jeune fille ne souhaitait qu'une chose : en finir au plus vite !
Encore à moitié ensommeillée, elle mit un moment à remarquer l'ombre qui venait de se dresser face à elle. Clignant des yeux d'un air hébété, elle se redressa pour croiser le regard inquiet de Joshuan, négligemment appuyé contre son bureau. Sous l'effet de la surprise, l'adolescente fit un bon en arrière, manquant de trébucher contre sa chaise et de s'affaler par terre.
- Tout va bien ? questionna-t-il lui arrachant un rire gêné.
- Oui ! fit-elle en dégageant négligemment une mèche de cheveux noirs de devant son front, je veux dire… Pourquoi ça n'irait pas ?
La salle s'était presque entièrement vidée désormais. A l'extérieur, la nuit commençait à tomber si bien que seules les lampes à gaz de la salle de classe éclairaient les deux adolescents, brouillant leurs traits dans la semi-pénombre. Joshuan se gratta la tête nerveusement.
- Je veux dire avec ton amie, celle de Serdaigle qui est arrivée en même temps que toi… Elle est passée à côté de la salle tout à l'heure et tu as détourné le regard à ce moment-là ! D'après Zita vous vous êtes un peu disputées en début de semaine. Je me demandais du coup si tu avais besoin de parler, tout ça…
Mélanie se mordit la lèvre inférieure, priant pour que son rougissement intempestif passe inaperçu dans l'ombre de la salle de classe. Ainsi il se faisait sincèrement du souci pour elle ? Au point de l'observer pendant le cours ? C'était embarrassant !
- Ne t'en fais pas ! s'empressa-t-elle de répondre, dissimulant sa confusion derrière les mots, c'est toujours assez explosif avec Arthémis et moi… Ca va finir par s'arranger ! Cette fille a un tempérament très fort et elle a juste un peu plus de mal que moi à s'adapter à Poudlard, ça peut se comprendre… Je suis sûr que d'ici deux jours il n'y aura plus aucun tension ! Mais c'est gentil de t'inquiéter en tout cas.
Joshuan haussa un sourcil dubitatif, faisant luire par inadvertance sa fine cicatrice à la lueur d'une lampe au passage. Mélanie sauta sur l'occasion pour changer de sujet :
- Comment est-ce que tu t'es fait ça ? fit-elle en désignant la longue estafilade argentée du bout du doigt, curieuse, ça ne ressemble pas à une blessure ordinaire… Un accident magique non ?
Le regard du jeune homme s'obscurcit brusquement et Mélanie ne put retenir un mouvement de recul, sous le choc. Pendant un bref instant, il lui sembla que toute la candeur dont son camarade de Poufsouffle avait fait preuve jusqu'à présent venait de s'évaporer. Tout à coup, il n'avait plus rien du bel adolescent dont elle ne pouvait détacher le regard il paraissait même quelque peu effrayant à la faible lueur environnante. Brusquement, Mélanie se sentit terriblement mal à l'aise en sa seule compagnie.
- Je… Désolée, bredouilla-t-elle en détournant le regard, c'était indiscret de ma part ?
- Non, lâcha Joshuan au bout d'un moment, se forçant à sourire, c'est juste que je n'aime pas trop en parler. Si tu veux bien m'excuser…
Sans rien attendre de réponse, l'adolescent s'apprêta à tourner les talons, tentant tant bien que mal de maîtriser son cœur, tambourinant dans sa poitrine. La question de Mélanie l'avait pour le moins désarçonné et il avait manqué de discernement en réagissant aussi violemment. Certes la curiosité de la jeune fille lui paraissait déplacée mais ce n'était pas une raison pour s'en prendre à elle de façon aussi virulente. Ce n'était pas comme si elle était responsable de sa cicatrice ou quoi que ce soit…
- Joshuan, bredouilla l'adolescente faiblement dans son dos, lui faisant lever les yeux au ciel avec agacement. Il n'avait ni le temps, ni l'envie de discuter des raisons de son emportement.
- Écoute Mélanie, je suis désolé mais… commença-t-il en se retournant vers sa camarade de classe avant de s'interrompre brusquement.
La jeune fille était d'une pâleur extrême et avait les yeux exorbités, fixés sur un point dans le vide dans une expression figée des plus inquiétantes. Joshuan mit une fraction de seconde à comprendre que quelque chose n'allait pas.
Brusquement, sans crier gare, Mélanie s'effondra au sol, manquant de se cogner contre le bureau lui faisant face au passage. Son camarade de Poufsouffle poussa un cri avant de se jeter vers elle, la rattrapant juste avant qu'elle ne se cogne contre le sol dallé, ses cheveux glissant sur sa nuque trempée de sueur. Elle haletait, visiblement en proie à une intense douleur intérieure. Ses yeux, mi-clos, étaient révulsés.
- Mélanie ! s'exclama Joshuan en tentant tant bien que mal de ne pas céder à la panique, toute hostilité disparue de son esprit, qu'est-ce qui t'arrives !? Tu m'entends ?
Seul un râle rauque lui répondit, ajoutant à son angoisse grandissante. Le jeune homme inspira un grand coup, tentant vainement de se calmer. Il n'était pas le moment de perdre ses nerfs : Mélanie avait besoin d'aide, et rapidement !
Sortant sa baguette de sa poche d'une main légèrement tremblante, il tenta de lancer un sortilège de lévitation sur la jeune fille afin de la transporter jusqu'à l'infirmerie, en vain. Avec un juron, il renouvela la tentative, tentant une variante plus simple de l'enchantement. Le corps de Mélanie se souleva de quelques centimètres avant de retomber au creux de ses bras, inertes.
- Merde ! siffla Joshuan, fou de rage, en jetant sa baguette inutile au fond de son sac, pas maintenant…
N'ayant plus le choix, il se résigna à hisser la jeune fille sur son dos, grimaçant sous son poids. Elle avait beau être une fille assez menue, lui-même n'était pas bien musclé et il faisait quelques centimètres de moins qu'elle, si bien que la transporter s'avérait pour lui une véritable épreuve.
Un nouveau râle de son amie l'aida à se remotiver et il sortit hors de la salle, sa force décuplée par l'anxiété. Il fallait qu'il trouve de l'aide.
- Professeur Selizergua ! fit-il en avisant son enseignante de Runes, encore présente à l'autre bout du couloir, plongée dans une longue discussion théorique avec son professeur d'Astronomie, venez m'aider ! Mélanie vient de perdre connaissance !
La sorcière filiforme au visage jovial et à l'épais chignon noir et emmêlé se précipita aussitôt dans sa direction, un air de franche appréhension sur le visage tandis que son collègue, médusé, restait scotché sur place, incapable de réagir.
- Mon dieu ! balbutia la jeune femme en prenant le pouls de son élève, déchargeant Joshuan de son poids en la prenant entre ses bras, il faut la conduire immédiatement à l'infirmerie, vite ! Aidez-moi professeur Ferez ! Joshuan, allez prévenir le professeur Londubat : il doit être dans les serres à cette heure !
- Comprit, approuva le jeune Poufsouffle en maîtrisant au mieux ses tremblements inquiets.
Reprenant le contrôle de son corps, l'adolescent s'élança à travers le couloir sans se retourner, dévalant les escaliers sans se soucier des élèves qu'il croisait, les bousculant sans ménagement. Il n'avait peut-être pas beaucoup de force mais sa rapidité était légendaire parmi ses condisciples : il atteindrait le parc en moins de deux !
- Place ! fit soudain une voix autoritaire quelques mètres devant lui.
Joshuan sentit brusquement la force d'un sortilège le soulevé et le plaquer contre un mur, lui coupant le souffle. L'instant d'après, une élève de Serpentard de Septième année lui passait devant à toute allure, baguette pointée, sans même lui prêter la moindre attention. Sur ses talons, flottaient les corps inanimé de deux jeunes filles de Cinquième année tout au plus, inconsciente.
Le jeune Poufsouffle eut à peine le temps d'entrapercevoir leur visage à la lueur des torches avant que l'étrange cortège ne disparaisse au coin du couloir et que le sortilège ne se dissipe, le libérant du mur avec les autres élèves.
« Ces filles… pensa-t-il tandis qu'une rumeur inquiète s'élevait à travers le couloir, elles étaient avec Mélanie lors de la Cérémonie de la Répartition, non ? Qu'est-ce que ça veut dire… ? ».
Perdu dans ses pensées, il mit un moment à se rappeler qu'il était censé courir prévenir le professeur Londubat de l'état de Mélanie le plus vite possible.
Chassant ses soupçons de sa tête, il se remit à courir, ignorant les murmures intrigués des sorciers en herbe qui le suivaient des yeux sur son passage. Il n'y avait pas de temps à perdre en réflexion : il fallait agir et vite !
Toujours cette même pièce plongée dans la pénombre, toujours ces étendards sinistres, voletant sous l'effet d'une brise invisible, toujours ce silence profond, impénétrable et angoissant.
Plongée dans une semi-torpeur, Arthémis observa les quatre coins de la salle s'illuminer tour à tour, laissant peu à peu apparaitre les silhouettes terrorisées de Sylvia, Noah, puis Lucile. Enfin, quelques minutes après ses condisciples, Mélanie la dernière se détacha à la lueur fantomatique du halo mystérieux venant frapper l'étendard de Poufsouffle, recroquevillée dans les plis de sa robe de sorcière.
La jeune fille releva la tête d'entre ses bras croisés, fixant Arthémis d'un air déconcerté, comme si son esprit n'était qu'à moitié présent et ne parvenait pas à saisir tous les détails de ce qui l'entourait.
Cet échange de regard agit comme un déclencheur sur le groupe et les cinq adolescents se levèrent subitement comme un seul homme, leur robe claquant de plus en plus fort sous l'effet de la bourrasque tourbillonnante les environnant.
Sans un mot, presque avec automatisme, Arthémis tourna les talons lentement, le cœur battant à tout rompre. Elle était là. L'ouverture mystérieuse qui hantait ses pensées depuis des nuits et des nuits, à portée de bras.
Tremblante de peur et d'excitation, la jeune fille leva le pied, franchissant la voûte courbée sans réfléchir. Il fallait qu'elle sache où menait ce passage à tout prix. Qu'importait les raisons pour lesquelles elle n'avait pas pu l'emprunter jusqu'à présent, cette fois-ci était la bonne, elle le sentait. La réponse tant désirée n'était qu'à quelques pas…
Haletante, luttant contre la violence du vent s'engouffrant dans l'ouverture, Arthémis s'avança dans la pénombre, suivie par ses amis. L'obscurité était si profonde à l'intérieure qu'on n'y voyait pas à un mètre. Etait-il réellement prudent de continuer ?
Hésitante, elle se tourna vers ses amis, en quête d'approbation, mais eut la surprise de se retrouver seule. Ils avaient disparus. Peut-être avaient-ils déjà franchit le passage tandis qu'elle restait sur place, en proie à ses doutes ?
Inspirant un grand coup afin de se donner du courage, la Serdaigle se tourna de nouveau vers l'obscurité pénétrante, et se remit à marcher, déterminée.
Brusquement, ce fut comme si l'ouverture l'aspirait et Arthémis se retrouva précipitée en avant, laissant la pièce mystérieuse derrière elle. La jeune fille tenta de crier mais aucun son de sortit de sa bouche. Elle ne pouvait que se laisser entrainer vers cette destination inconnue, incapable de lutter, le cœur battant à tout rompre, menaçant de sortir de sa poitrine.
Puis, tout à coup, une vive lueur jaillit devant ses yeux, l'éblouissant momentanément. Elle mit quelques temps à se rendre compte que sa course avait été stoppée et que ses pieds foulaient désormais un sol solide de pierre, à peine dissimulé par un fin tapis bleu nuit et rubis.
Arthémis cligna des yeux, hébétée. Elle connaissait ce tapis… Lentement, sans y croire, elle releva la tête, pour faire face à une minuscule vitrine, scintillant à la lumière du clair de lune. A l'intérieur, au dessus d'un médaillon terni, une photo de sa mère lui souriait d'un air étrange, mêlant tristesse et résignation. Sans un mot, le cliché lui adressa un clin d'œil, sous son regard ébahi, avant de brusquement s'effacer, ainsi que le reste de la Salle des Trophées de Poudlard, plongeant l'adolescence dans un sommeil sans rêve.
Arthémis s'éveilla brusquement en poussant un cri, se redressant d'un bond. Il eut un bruit sourd suivit d'un grognement de douleur. La jeune fille mit un moment avant de reconnaitre le lit aux barreaux de fer couvert de draps blancs et moelleux sur lequel elle se trouvait. L'infirmerie… Lyn avait du l'y conduire lorsqu'elle avait perdu connaissance.
Fiévreuse, elle mit un moment à remarquer la présence d'un jeune homme à son chevet, plié en deux, les mains pressées contre son nez enflé qu'elle avait visiblement heurté en se relevant si prestement.
- Oups, désolée Tommy… s'excusa-t-elle en reconnaissant le préfet de sa Maison, qu'est-ce que tu fais ici ?
- Je veillais sur toi en attendant que tu te réveilles, tu en as mis un temps ! grogna l'adolescent aux épais cheveux bruns en retenant une grimace de douleur, tes amis Lucile et Noah sont déjà réveillés depuis cinq bonnes minutes !
Arthémis se passa une main poisseuse de sueur dans les cheveux, éperdue, tentant tant bien que mal de remettre de l'ordre dans ses esprits.
-Lucile et Noah… ? bredouilla-t-elle en jetant un coup d'œil circulaire à l'infirmerie mal éclairée, vide en apparence, qu'est-ce qu'ils faisaient ici ? Il leur était arrivé quelque chose ?
Tommy soupira, visiblement agacé de devoir répondre à toutes ses questions. Caressant son nez meurtri avec soin, il tira à lui le tabouret le plus proche, destiné aux visites, afin de s'y assoir lourdement avant de répondre :
- La même chose qu'à toi et à cette fille de Serpentard, expliqua-t-il, ils ont brusquement perdu connaissance au beau milieu de l'infirmerie, ils sont tous les trois en pleine discussion avec le professeur Puyol dehors, histoire de comprendre ce qui s'est passé.
Du coin de l'œil, il désigna la porte légèrement entrebâillée de l'infirmerie de laquelle s'échappait un filet de voix diffuses, parmi lesquels Arthémis reconnut celles de Béa et de Lyn Wanser.
La jeune fille rejeta ses draps, se recroquevillant sur le lit le temps de réfléchir. Ainsi elle n'avait pas été la seule touchée par ce phénomène : Noah, Lucile et Sylvia s'étaient eux aussi évanouis en même temps qu'elle, et il y avait de fortes chances que Mélanie aussi ! Ce nouveau rêve partagé qu'ils avaient eu durant ce laps de temps était définitivement différent des précédents. Jusqu'à présent aucun ne s'était imposé à eux avec autant de violence, les frappant en pleine journée de la sorte. Il devait y avoir une raison à tout cela, ou un déclencheur ! Sans compter la conclusion de ce rêve… Pour la première fois elle avait enfin pu atteindre l'ouverture présente dans cette salle mystérieuse et la franchir, tout cela pour finalement débarquer dans la Salle des Trophées de Poudlard !
Elle se demandait si les autres s'étaient également retrouvés au même endroit ? Si tel était le cas cela ne pouvait signifiait qu'une chose : cet endroit qu'elle ne voyait qu'en rêve depuis des semaines était bien plus réel qu'elle ne le pensait jusqu'à présent, et désormais elle en connaissait l'emplacement ! Restait à s'assurer de la justesse de sa théorie, et ce le plus vite possible !
- Tu devrais surement aller les rejoindre, commenta Tommy en désignant la porte, la tirant de ses pensées, Puyol a dit qu'elle voulait vous parler à tous à votre réveil.
Arthémis inclina la tête, acquiesçant.
- Tu as surement raison… Merci d'avoir veillé sur moi !
Sans un bruit, elle se laissa glisser du lit et franchit l'infirmerie jusqu'à la porte de sortie, gagnant le couloir discrètement sous le regard déconcerté de Tommy. Le battant s'entrouvrit en grinçant, dévoilant un professeur Puyol en pleine discussion avec Lucile et Lyn, à la lueur des torches du couloir. Noah restait silencieux dans son coin comme à son habitude tandis que Béa, intimidée, restait légèrement en retrait, attendant que vienne son tour. Sylvia était adossée contre le mur et paraissait plus pâle qu'à l'ordinaire. Elle devait juste venir de se réveiller à en juger ses yeux rougis et gonflés. Quant à l'infirmière, mademoiselle Traine, faisant les cents pas sous une torche, ayant l'air de s'ennuyer à mourir, de gros cernes violets soulignant ses yeux de souris.
A peine Arthémis eut-elle franchit le seuil de la porte que toutes les têtes se tournèrent vers elle, à la fois inquiet et soulagé. Un seul échange de regard avec Noah suffit à la jeune fille pour comprendre que parler de leur rêve partagé était hors de question. Cela ne leur apporterait que des ennuis auprès des autorités compétentes et ils avaient bien mieux à faire à cet instant précis !
- Mademoiselle Grildal ! s'exclama le professeur Puyol en se précipitant vers elle, délaissant ses interlocutrices, vous vous sentez bien ?
- Oui, répondit la jeune fille d'un ton qui se voulait assuré, je vous remercie.
Sylvia se redressa, entrouvrant la bouche comme pour lui dire quelque chose avant de se reprendre brusquement, gênée.
Un grincement de porte dans le dos de la jeune fille lui indiqua que Tommy venait de les rejoindre, complétant le groupe. Le professeur Puyol passa d'un adolescent à l'autre avant de reprendre la parole d'un ton sec, visiblement ébranlée par ce qui venait de se passer.
- Bien, maintenant que nous sommes tous au complet j'aimerai des explications claires : que s'est-il passé ? Que faisiez-vous pour tous tomber dans un simili-coma simultanément de la sorte ?
Le ton de la vice-directrice était sans équivoque : visiblement, elle les soupçonnait d'avoir pratiqué une quelconque expérience magique réprouvée par l'établissement ou, tout du moins, de lui cacher quelque chose. Arthémis se mordit discrètement la lèvre. Leur directrice de Maison était têtue, dissiper ses soupçons n'allait pas s'avérer chose aisée !
- Je vous l'ai déjà expliquée professeur, répondit Béa, visiblement exténuée, Noah et Lucile se sont subitement écroulée, sans crier gare. Nous étions simplement en train de travailler sur le devoir du professeur Laglier avec certaines amies quand ils ont perdu connaissance. Tommy est venu nous prêter main forte pour les emmener directement à l'infirmerie sous les conseils de Lexie et Célia vous a fait parvenir un Syphlorin aussitôt pour vous prévenir.
- Idem de mon côté, surenchérit Lyn sans un haussement de sourcil, implacable, nous étions à la Salle des Trophés avec Sylvia. Je voulais montrer à Arthémis l'insigne de sa mère qui y est entreposé. En le voyant elle a perdu connaissance, tout comme Sylvia, et j'ai aussitôt foncé à l'infirmerie où je vous ai retrouvée. Rien de plus.
Le professeur Puyol les dévisagea d'un air soupçonneux avant de se retourner vers les souffrants, les sourcils froncés.
- Est-ce la vérité ? fit-elle, c'est vraiment tout ce qui s'est passé ?
Le ton de sa voix laissait comprendre qu'elle n'admettrait aucune forme de mensonge. Les quatre jeunes gens se dévisagèrent d'un air gêné jusqu'à ce qu'Arthémis ne se décide à prendre la parole pour le groupe, fixant le professeur dans les yeux :
- Oui madame, fit-elle avant d'ajouter, dans un sursaut d'inspiration, c'était surement du au surmenage, la fatigue. De tous les Cinquième Année nous sommes ceux à avoir l'emploi du temps le plus chargé avec nos cours de rattrapage !
Elle sut qu'elle était allée trop loin en croisant le regard du professeur Puyol, furibond. De toute évidence, elle ne la croyait pas. Il fallait bien dire que la probabilité pour laquelle les quatre jeunes gens s'effondrent de fatigue au même moment était des plus infimes !
- Qu'en pensez-vous mademoiselle Traine ? interrogea sèchement la vice-directrice en se retournant vers l'infirmière qui sembla brusquement émergée de sa torpeur, clignant des yeux d'un regard hébété, un surmenage aurait-il pu causer de tels symptômes chez quatre adolescents ?
- Je ne sais pas… lâcha-t-elle de sa voix trainante et désintéressée, c'est possible oui. Il est vrai qu'ils travaillent beaucoup, ce ne serait pas les premiers à tomber d'épuisement !
Intérieurement, Arthémis bénit l'incompétence de l'infirmière de l'école. Il y avait fort à parier que n'importe quel autre sorcier guérisseur compétent aurait été capable de déceler la nature magique de leur sommeil !
Soulagée, elle sentit brusquement un regard sur elle et tourna la tête pour tomber nez à nez avec les yeux soupçonneux de Lyn, qui la fixaient avec intensité. Avec horreur, Arthémis réalisa que la préfète de Serpentard avait compris que quelque chose se tramait.
« Pitié ne dit rien, pensa-t-elle le plus fort possible en plantant son regard cerclé d'or dans les orbes vertes de la jeune fille de 7ème année, ça ne nous apportera que des ennuis si le professeur Puyol vient à soupçonner quelque chose ».
La jeune femme aux courts cheveux aux reflets mauves resta silencieuse en moment, la dévisageant avec insistance, avant de brusquement se tourner vers l'enseignante d'Enchantement, attirant son attention d'un discret raclement de gorge :
- Hmm, professeur ? fit-elle d'un ton poli malgré une certaine fermeté, il commence à se faire tard et je fois aller m'excuser auprès du professeur Laglier pour avoir raté une bonne partie de mon cours de Métamorphose Avancée. De plus, ces jeunes gens sont épuisés par ce qui vient de leur arriver et ne comprennent pas plus que nous ce phénomène : mieux vaudrait les laisser se reposer avant l'heure du repas, vous ne pensez pas ?
La sorcière replète qui tenait lieu de directrice de Serdaigle dévisagea une dernière fois l'assemblée d'un œil sévère avant d'acquiescer de la tête, baissant les bras.
- Vous avez raison mademoiselle Wanser, approuva-t-elle à regret, filez récupérer, nous discuterons de tout cela une autre fois. Les préfets, raccompagnez vos camarades jusqu'à leur dortoir avant de vaquer à vos occupations, prudence est mère de sureté !
Les adolescents inclinèrent la tête en signe de reconnaissance avant de s'éloigner dans le couloir prestement, laissant le professeur Puyol discuter avec l'infirmière à voix basse.
Soulagée, Arthémis traina des pieds quelques peu afin de se rapprocher de Lyn, articulant un « merci » à peine audible sur ses lèvres. Le visage de la Serpentard était à peine visible à la lueur des torches mais, l'espace d'un bref instant, la Serdaigle crut la voir acquiescer légèrement du menton, comme pour lui faire comprendre qu'elle avait saisit son message.
Sylvia suivit l'échange silencieux du regard mais ne put se permettre le moindre commentaire, gênée par la présence de Béa et Tommy. La jeune fille trottina jusqu'à Arthémis, attirant son attention d'un sifflement discret. L'adolescente se Serdaigle tendit l'oreille, prudente.
- Il faut qu'on discute… commença Sylvia avait d'être interrompue d'un signe discret, à peine perceptible.
- Pas maintenant, souffla Arthémis, on parle de tout ça pendant le repas, là avec les préfets et Béa ça va être difficile… Rendez-vous à 19h30 dans la Grande Salle !
La jeune fille approuva avant de replonger dans le silence.
Arrivés à un embranchement, les deux groupes se séparèrent : les Serpentard prenant la direction des cachots et les Serdaigle montant les escaliers menant à leur tour.
Béa ne cessait d'entretenir la conversation, expliquant à quelle point elle avait été inquiète et comment les professeurs devraient leur donner moins de travail, vu le résultat, permettant à Arthémis de se plonger dans ses pensées. Elle n'avait qu'une hâte désormais : atteindre l'heure du repas pour partager ses soupçons avec les autres.
Mélanie entrouvrit les paupières, pour rencontrer subitement le regard sombre et profond de Joshuan, penché sur elle à quelques centimètres à peine.
Rougissant sur le coup, la jeune fille se redressa aussitôt, clignant des yeux en sentant poindre un mal de tête insistant au fond de son crâne. Autours d'elles, des voix diffuses résonnaient, trop distantes pour qu'elle puisse les interpréter. Les lèvres fines de Joshuan bougeaient face à elle sans qu'elle parvienne à comprendre un seul des mots qui en sortaient. Tout n'était que tâches floues autours d'elle en dehors de son camarade de classe si séduisant.
Pendant un bref instant, l'idée saugrenue de l'embrasser lui traversa l'esprit. Puis, subitement, son cerveau sembla se reconnecter à la réalité et elle se reprit bien vite en distinguant le visage des professeurs Selizergua et Londubat aux côtés de celui de Joshuan, tous trois très inquiets.
- Mademoiselle Lagrange ? Vous allez bien ? questionna l'enseignant de Botanique d'un ton soulagé en constatant qu'elle semblait retrouver ses esprits, qu'est-ce qui s'est passé ?
- Je… Je ne sais pas, bredouilla-t-elle en reconnaissant le couloir faisant face à la Salle de Runes Antiques, j'ai perdu connaissance… Mais ça va je crois.
- Vous aviez suffisamment mangé à midi ? demanda la professeure de Runes de sa voix douce, l'aidant à se relever, je vous ais senti distraite pendant mon cours… Vous nous avez fait une sacrée peur ! J'espère que vous prenez suffisamment soin de vous dernièrement ?
Mélanie s'adossa contre le mur le plus proche en sentant sa tête tournée une fois debout. Involontairement, son regard croisa celui du professeur Londubat. Devait-elle lui révéler le rêve qu'elle venait d'avoir ? Après tout, elle l'avait fréquenté pendant l'ensemble des vacances d'été et il avait toujours été là pour elle ses amis, se montrant presque paternel. Sur l'ensemble de ses enseignants il était de loin celui en qui elle avait le plus confiance.
Pendant un bref instant, elle fut tentée de dire ce qu'elle avait sur le cœur et simplement raconter la vérité à propos des rêves qu'elle partageait avec ses amies depuis des mois. Depuis la rentrée, ce cauchemar récurrent n'avait servi qu'à créer des tensions dans son groupe : elle voulait y mettre fin, s'en débarrasser pour enfin vivre pleinement sa nouvelle vie de sorcière.
Cependant, l'image d'Arthémis s'imposa subitement à son esprit et la jeune fille préféra se taire, gardant encore un peu pour elle ce lourd secret. Non, elle ne pouvait pas agir de façon si égoïste, pas sans avoir concerté les autres.
- Je pense que je me suis légèrement laissée aller, affirma-t-elle finalement à contrecœur, évitant le regard de son directeur de Maison, désolée de vous avoir inquiétés… Je vais bien maintenant !
Le professeur Selizergua fit un pas en arrière, lui laissant un peu d'air. La jeune fille se sentait coupable de devoir leur mentir mais elle n'avait pas le choix.
- Vous êtes sûre que vous ne voulez pas faire un tour à l'infirmerie ? insista l'enseignante, protectrice, le professeur Férez est allé prévenir mademoiselle Traine.
- Ça ira je vous dis, affirma Mélanie en se forçant à sourire ce qui ne fit qu'aggraver ses vertiges, je pense que je vais aller me détendre un moment dans la Salle Commune en attendant l'heure du repas, si vous voulez bien m'excuser…
L'adolescente s'éclipsa aussitôt sans attendre la réponse, désireuse d'échapper aux regards inquiets de ses professeurs au plus vite. S'ils continuaient à insister elle avait peur de finir par craquer et divulguer la vérité à propos de son rêve…
Un instant plus tard, un bruit de pas retentit dans son dos et Joshuan la rejoignit en courant, légèrement essoufflé.
- Désolée de t'avoir inquiété, fit-elle très vite avant de lui laisser le temps de lui poser une quelconque question, je vais bien je t'assure ! J'ai juste besoin d'un peu de repos je crois. Tu peux me laisser retourner au dortoir toute seule, tes amis doivent t'attendre quelque part, non ?
Décontenancé par la soudaine distance de la jeune fille, Joshuan acquiesça néanmoins.
- Tu es sûre que tu ne veux pas que je te raccompagne ? insista-t-il, réticent à la laisser seule après un incident aussi effrayant.
Mélanie laissa échapper un sourire, touchée par la galanterie du jeune homme. A n'importe quel autre moment, elle aurait accepté sans hésitation de pouvoir passer quelques minutes supplémentaires avec le beau Poufsouffle de sa classe, cependant en cet instant précis elle avait grand besoin de réfléchir. Seule.
- Je te remercie mais ça ira, assura-t-elle avec insistance en prenant quelques pas d'avance, va retrouver Hadrien, il doit se demander où tu es passé ! Merci encore pour tout, à ce soir au dîner !
Et, sans attendre sa réponse, elle fit volte-face et se précipita dans le couloir avant de brusquement s'interrompre, comme si elle venait subitement de se souvenir de quelque chose d'important, et de se retourner vers lui.
- Une dernière chose, lança-t-elle dans sa direction, est-ce que tu pourrais garder tout ce qui s'est passé pour toi ? Ce serait sympa.
- Bien sûr, approuva Joshuan sans réfléchir, s'attirant un sourire resplendissant en guise de récompense.
- Merci beaucoup ! Allez, je file !
Et, sans attendre son reste, la jeune fille se glissa dans un passage étroit menant à un escalier en colimaçon, se soustrayant à sa vue. L'adolescent resta planté sur place, déconcerté. Il avait beau ne pas être le Poufsouffle le plus perspicace de Poudlard, il avait l'impression persistante que Mélanie lui cachait quelque chose. Sans compter ces deux filles de Serdaigle, elles aussi inconscientes au même instant qu'il avait croisées en courant chercher de l'aide auprès du professeur Londubat. Il y avait définitivement quelque chose de louche dans le lien qui les unissait !
Joshuan hésita un bref instant avant de sortir de son sac un petit tas de plumes bleues, profondément endormi. Son Syphlorin entrouvrit les paupières, le dévisageant d'un air ensommeillé. L'adolescent le posa sur son épaule avant de déchirer un bout de parchemin d'une de ses feuilles de cours et d'y griffonner un petit mot.
- Tiens Kuroï, fit-il en accrochant la missive à la patte arquée du minuscule colibri magique, apporte ça à Hadrien s'il-te-plait, c'est pour lui dire de ne pas m'attendre, j'ai quelque chose à vérifier. Il doit être dans la bibliothèque à cette heure !
Le prénommée Kuroï opina du chef avant de déployer ses ailes bordées de plumes noires et de s'envoler gracieusement dans les airs, disparaissant en une fraction de seconde au coin du couloir. Joshuan l'observa s'éloigner un moment jusqu'à ce que sa longue queues irisées ne soient même plus visible à la lueur des chandelles avant de faire brusquement demi-tour et de se diriger vers l'infirmerie, montant les marches des escaliers sur son chemin quatre à quatre.
Mademoiselle Traine n'était peut-être pas l'infirmière la plus fiable qui fut mais, si ses soupçons se révélaient exacts, elle pourrait peut-être lui en apprendre plus sur ces mystérieuses pertes de conscience.
Pour une raison qui lui échappait il avait besoin de savoir et de comprendre ce qui se tramait entre ces cinq adolescents débarqués de nulle part à Poudlard, le seul endroit qu'il pouvait véritablement considérer comme une maison à part entière.
L'heure du dîner arriva avec une lenteur exaspérante. Lorsqu'enfin il fut temps de quitter les dortoirs pour rejoindre la Grande Salle, Lucile, Noah et Arthémis veillèrent à se mêler à la cohue des élèves avec un soin méticuleux, semant ainsi Célia qui, depuis leur évanouissement, semblait ne plus vouloir les lâcher d'une semelle à cause de « la peur de fou » qu'elle avait eu, selon ses propres termes.
Bien que son comportement touchait les trois adolescents profondément, il n'en demeurait pas moins agaçant et ne leur avait jusqu'à présent pas laissé une minute de libre pour discuter au calme de ce qu'ils avaient vécu au cours de leur sommeil, loin de toute oreille indiscrète.
Finalement, profitant du brouhaha et de la confusion régnant dans le hall, les trois Serdaigle parvinrent à se faufiler jusqu'à une Sylvia à l'air perdu, restant tant bien que mal campée à côté d'une des grandes torches de pierre éclairant la vaste salle.
- Vous êtes là ! souffla-t-elle discrètement avec soulagement lorsqu'ils l'eurent finalement rejointe, Lyn a été retenue à son cours alors je n'ai pas eu besoin de la semer… Vous n'avez pas eu trop de problème ?
- Célia et Béa étaient tellement inquiètes qu'elles ne nous laissaient jamais seule plus d'une seconde, même pour aller aux toilettes, soupira Lucile en remettant sa robe en ordre, froissée par la cohue, bon. Vous avez tous vu la même chose que ce que je pense pendant votre inconscience ?
- La salle mystérieuse, encore ! confirma Sylvia d'un ton surexcité, et cette fois j'ai été capable de sortir !
Noah acquiesça vivement, les joues en feu sous l'effet de l'excitation.
- Oui, moi aussi ! approuva-t-il, je n'ai pas reconnu l'endroit où ça débouchait mais il y avait des tas de médailles dans des vitrines…
- La Salle des Trophées ! confirmèrent Sylvia et Arthémis d'une même voix.
- On y était au moment où on a perdu connaissance, poursuivit la jeune fille au regard cerclé d'or toute seule, chuchotant à voix basse, si ça se trouve on n'était qu'à quelques mètres de la pièce mystérieuse sans s'en rendre compte ! Ca expliquerait pourquoi on a tous eu la même réaction au même moment !
Les quatre jeunes gens se dévisagèrent d'un air enjoué. Sur chaque visage se lisait la même curiosité pétillante, la même détermination.
Dans leur dos, les portes massives de la Grande Salle coulissèrent brusquement avec fracas et les élèves s'y précipitèrent comme un seul homme, manquant de les bousculer au passage.
- Qu'est-ce qu'on fait alors ? questionna Sylvia d'un ton pressé tandis qu'un groupe d'élève de sa classe se dirigeait dans leur direction.
- Rendez-vous dans la Salle des Trophées ce soir à minuit quand tout le monde sera couché, on verra sur place si on arrive enfin à dénicher l'endroit où est cachée cette foutue salle, susurra Arthémis, plus discrète que jamais, avant de se laisser porter par le flot des élèves et de disparaitre derrière les portes.
Noah et Lucile lui emboitèrent aussitôt le pas tandis que Sylvia se dirigeait vers la table des Serpentard, le sourire aux lèvres.
Les trois Serdaigle prirent place côte à côte, juste en face de Célia, Béa et Lexie, la première étant visiblement morte d'inquiétude après les avoir perdus dans la foule.
Il fallut attendre que les premiers plats commencent à apparaitre comme par magie dans les assiettes pour que la préfète ne se calme, se focalisant exclusivement sur la nourriture et offrant un instant de répits à ses amis.
- Qu'est-ce qu'on fait pour Mélanie ? glissa Lucile d'un ton coupable à l'oreille d'Arthémis en prétextant de se servir un grand bol de soupe, on devrait lui envoyer un Syphlorin pour la prévenir, non ?
La jeune fille aux boucles brunes se retourna en direction de la porte de la Grande Salle que son amie de Poufsouffle venait juste de franchir, absorbée dans une interminable discussion avec Swan et Zita. Arthémis haussa les épaules d'un air indifférent.
- Elle ne s'intéresse pas à ce rêve, affirma-t-elle d'un air neutre avant de reporter son attention sur son assiette, laissons-la tranquille. Si ça se trouve elle n'a même pas eut le même rêve que nous tout à l'heure.
Lucile et Noah échangèrent un regard mais se gardèrent de tout commentaire. La tension était encore palpable entre Arthémis et Mélanie et ils ne désiraient pas s'attirer les foudres de l'une ou de l'autre. La seule chose qui leur importait désormais était leur expédition nocturne à venir dans la Salle des Trophées !
« Pourvu qu'on ne croise pas Lamanzana dans les couloirs », songea Lucile en grimaçant « vu ce qu'elle a fait subir à Arthémis la dernière fois, j'ose à peine imaginer sa réaction si elle nous trouve hors de nos lits à une heure aussi tardive ! ».
La lune éclairait le dortoir des filles de Serdaigle à travers les hauts carreaux, baignant les draps de soie bleue de reflets d'argents envoutants.
Un silence calme et paisible régnait sur la pièce en arc de cercle, à peine rompue par les ronflements sonores de Célia par moment, entièrement dissimulée sous sa couette.
Arthémis fixait le plafond depuis près de deux heures désormais, immobile, ses yeux cerclés d'or grands ouverts jonglant de temps à autre entre les voûtes ouvragés du dortoir et les aiguilles de sa montre, qui semblaient avancer à une allure ridiculement lente.
Enfin, après un ultime « tac » sonore, l'aiguille des minutes et celles des heures atteignirent simultanément le chiffre douze, indiquant minuit.
L'adolescente se redressa aussitôt sur son lit, suivie par Lucile à quelques mètres d'elle, parfaitement éveillée.
Les deux jeunes filles échangèrent un regard avant de se glisser hors des draps silencieusement, se dirigeant jusqu'à la porte de sortie sur la pointe des pieds. Ni Lexie, ni Béa ne bronchèrent, plongées dans leur sommeil. Célia eut un ronflement un peu plus bruyants que les autres lorsqu'Arthémis posa la main sur la poignée de la porte, la faisant coulisser délicatement sur ses gonds, mais se retourna rapidement dans son lit en grognant, sans se réveiller.
Soulagées, les deux amies se glissèrent hors de leur dortoir et se dirigèrent en toute discrétion vers le passage menant à la Salle Commune, retenant leur respiration afin de ne pas réveiller la gente féminine de Serdaigle, leurs cheveux défaits bruns et châtains clairs respectivement scintillant au clair de lune filtrait à travers les fentes des portes.
Quelques minutes plus tard, elle pénétrait dans la vaste pièce remplies de canapés et d'étagères croulant sous les livres, vide à cette heure. Les braises froides, encore légèrement rougeoyantes de la cheminée projetaient leur lumière or sur l'imposante statue de Rowena Serdaigle, encore plus saisissante de beauté et de droiture dans la pénombre.
Arthémis déglutit. Il y avait quelque chose d'effrayant à croiser son regard figé à cette heure, comme si la fondatrice d'un autre âge pouvait toujours les juger à travers sa statue…
Un léger grincement fit sursauter les deux jeunes filles qui se détendirent aussitôt en voyant Noah se faufiler à travers la porte menant aux dortoirs des garçons pour les rejoindre, un air légèrement anxieux sur le visage, ses lunettes enfilées de travers.
- Désolé pour le retard, souffla-t-il tout bas en jetant des coups d'œil nerveux à droite et à gauche, effrayé à l'idée que quelqu'un puisse les surprendre, Léon a mis un temps fou à s'endormir… Il m'a parlé de filles toutes la soirée, j'ai du faire semblant de pioncer pour qu'il se résigne !
- Pas de soucis, fit Arthémis d'un ton pressant en entrainant ses deux amis jusqu'à la porte de sortie de la Salle Commune, dépêchons, Sylvia doit déjà être sur place !
Les trois jeunes gens franchir l'ouverture, débouchant dans le couloir de la Tour de Serdaigle sur la pointe des pieds. Le heurtoir en forme de tête d'aigle entrouvrit un œil sur leur passage et leur décocha un regard plein de dédain avant de se rendormir dans un léger ronflement métallique. La jeune fille aux boucles brunes lui tira la langue avant de se diriger vers l'escalier menant au centre du château.
- On n'y voit rien, se plaignit Noah en manquant de trébucher sur les premières marches et d'entrainer Arthémis dans sa chute au passage, ils éteignent les torches la nuit… Comment on va se repérer ?
- Laisse-moi faire, je vais tenter quelque chose, le rassura Lucile.
Sans un bruit, tira sa baguette de la poche de son pyjama dans un sifflement à peine audible avant de la pointer dans les airs. A la lueur de la fenêtre la plus proche, Arthémis put distinguer sur son visage une expression concentrée.
- Lumos… murmura la jeune fille en agitant légèrement le bois de charme.
Presque aussitôt, un éclat de lumière blanche très pure se mit à scintiller à l'extrémité de la baguette, nimbant les trois jeunes gens dans un halo circulaire similaire à celui d'une lampe torche. Noah émit un sifflement impressionné.
- Bien joué ! fit-il, une expression envieuse sur le visage, la lueur magique miroitant à la surface de ses lunettes, je n'arrive jamais à lancer ce sortilège plus de quelques secondes !
- C'est juste une question de concentration, sourit Lucile modestement, une fois que tu as réussi à suffisamment faire grandir le rayon de ta baguette il reste en place tout seul !
Arthémis hocha la tête, approbatrice.
- Passe devant, lui conseilla-t-elle, si on allume d'autres baguettes ça risque de faire trop de lumière et d'attirer l'attention des professeurs ou pire, de Lamanzana.
Un frisson d'horreur parcourut le groupe à la pensée de celle que bon nombres de leurs condisciples surnommaient affectueusement « l'ogresse de Poudlard ». L'idée même de la croiser en pleine nuit était littéralement terrifiante, d'autant plus pour Arthémis qui avait eu l'occasion de supporter sa présence pendant de longues heures le soir, en retenue !
- Avançons, proposa-t-elle après avoir inspiré profondément histoire de se redonner du courage, Sylvia nous attend.
Les trois Serdaigle s'exécutèrent et finirent de descendre l'escalier pour rejoindre le bâtiment principal. De nuit, les couloirs du château paraissaient étonnement sinistres et froids, et la présence presque assurée de fantômes dans les parages n'avait rien de bien rassurant !
Par chance, la Salle des Trophées n'était qu'à quelques étages de l'aile ouest et la distance à franchir était minime depuis leur tour. Ne leur restait plus qu'à se presser, avant de croiser un quelconque adulte responsable de la surveillance de nuit.
Ils ne mirent pas plus d'une dizaine de minutes pour rejoindre le couloir du troisième étage, guidés par le faisceau de la baguette de Lucile, serrés les uns contre les autres en fixant les portraits et armures endormis avec angoisse sur leur chemin.
Ils ne firent pas d'autre mauvaise rencontre que celle d'un fantôme de femme très belle, vêtue d'une longue robe grisâtre, flottant d'un air austère non loin du chemin menant à la Tour de Serdaigle. Fort heureusement, celle-ci ne sembla pas les remarquer et les contourna sans les voir, tête baissée, marmonnant des paroles incompréhensibles avant de disparaitre derrière un mur. L'apparition, bien qu'inoffensive, eut pour effet de terrifier les trois anciens Moldus qui pressèrent le pas jusqu'à la Salle des Trophées, redoublant de prudence.
Enfin, ils parvinrent face à la haute porte de chêne, emprunté par Arthémis un plus tôt dans la soirée. Après un ultime échange de regards avec ses amis, cette dernière posa la main contre le battant et le poussa, le faisant pivoter dans un léger grincement qui sembla assourdissant à leurs oreilles.
Prestement, les trois adolescents se faufilèrent à l'intérieur et Arthémis referma la porte prestement sur leur passage, poussant un soupir de soulagement avant de se retourner vers l'intérieur de la pièce.
Le faisceau de lumière s'échappant de la baguette de Lucile venait ricocher à la surface des multiples vitrines et récompenses rutilantes, illuminant la salle de milliers de minuscules reflets d'argent. Sylvia était déjà là, se tenant droit devant la récompense remise à la mère Daniela Grildal, de dos, ses longs cheveux raides et noirs tombant dans son dos.
Alors que les trois Serdaigle s'avançaient vers elle, Arthémis ne put s'empêcher de remarquer que quelque chose clochait. Sylvia lui paraissait plus grande que d'habitude, et ses cheveux plus courts, et tendant plus vers le brun.
Ce ne fut que lorsqu'elle fut à portée du rayon de lumière de la baguette de Lucile que la jeune fille se retourna vers les nouveaux arrivant, leur arrachant à tous un cri de surprise. Comme l'avait pressenti Arthémis, il ne s'agissait pas de Sylvia.
- Salut, lâcha Mélanie, un petit sourire timide aux coins des lèvres, j'avais peur d'arriver trop tard…
- Qu'est-ce que tu fais là ? fit Lucile, bouche bée sur le coup de l'étonnement.
Mais ce n'était pas elle que la Poufsouffle regardait. Arthémis s'était figée à sa vue et ne la quittait pas du regard depuis, le visage figé dans ce masque dépourvu d'expression qu'elle parvenait si bien à arborer pour dissimuler ses sentiments par moment.
Lentement, la jeune fille aux cheveux noirs s'avança, penaude, sans oser trop s'approcher des Serdaigle.
- Arthémis, je voulais te dire que… Je suis désolée, lâcha Mélanie sans oser croiser le regard insondable de son amie, je sais que je t'ai dit de laisser tomber cette histoire de rêve, qu'il ne m'intéressait pas mais… Je me suis rendu compte aujourd'hui après ce qui nous est arrivé à tous les cinq que j'avais tord, ou plutôt que je me mentais à moi-même. La vérité c'est que ce rêve m'effrayait jusqu'à présent. Il était la seule tâche dans cette nouvelle vie qui s'offrait à moi à Poudlard et pour cette raison je ne me sentais pas prête à y faire face…
Arthémis resta silencieuse face au discours de son amie, la laissant dire ce qu'elle avait sur le cœur jusqu'au bout. Mélanie inspira un grand coup avant de poursuivre, reconnaissante :
- Mais plus maintenant, fit-elle, après ce dernier rêve, j'ai compris que c'était notre devoir de comprendre quel est ce lien qui nous lie et d'où viennent nos pouvoirs. Pour cette raison je n'ai parlé à personne de ce qui m'était arrivé, pas même à Swan ni Zita, et j'ai attendu que la nuit soit tombée pour venir ici. J'étais sûre que vous y seriez ! Je voulais me racheter pour mon comportement de ces dernières semaines et te demander… Vous demander si vous voulez toujours de moi pour éclaircir ce mystère ?
Elle se tut, les lèvres tremblantes. Lucile laissa tomber son bras, bouleversée. Même sans la lumière de la baguette, il était aisé de lire sur le visage de la Poufsouffle à quel point elle se sentait coupable.
Arthémis prit quelques secondes avant de prendre la parole. Lorsqu'elle le fit cependant sa voix était comme enrouée, déformée par l'émotion qu'elle contenait :
- Ne t'en fais pas Mélanie, fit-elle sous le regard attendri de Noah et Lucile, je ne t'en veux pas, je ne t'en ai jamais voulu… En fait je comprends très bien ce que tu as pu ressentir ! Si quelqu'un doit présenter ses excuses ici c'est moi. Je n'aurai pas du m'entêter à ce point sans tenter de me mettre à ta place. Je te demande pardon.
L'instant d'après, les deux jeunes filles tombaient dans les bras l'une de l'autre dans une étreinte réconciliatrice, à l'image de Sylvia et Arthémis quelques jours plus tôt. Noah ne put retenir un sourire dans le noir. Ce groupe dans lequel il avait été embarqué bien malgré lui était des plus particuliers. Peu importait les disputes qui l'animaient ou les fortes personnalités qui le composaient, tous finissaient par s'entendre et se comprendre à un moment ou un autre. Jamais les tensions ne duraient bien longtemps…
- Les filles, les interrompit Lucille avec un demi-sourire, désolée de briser la séquence émotion mais on ferait mieux de nous mettre à la recherche de la salle de nos rêves avant que quelqu'un ne nous surprenne ici, vous ne croyez pas ?
Ramenées à la réalité, les deux amies réconciliées se séparèrent et coururent rejoindre les deux Serdaigle, restés un peu à l'écart, au moment précis où la porte de la salle coulissait silencieusement pour laisser entrer une Sylvia essoufflée.
- Désolée pour le retard ! s'excusa-t-elle promptement, Lyn a veillé tard dans la Salle Commune, je crois qu'elle s'attendait à quelque chose et…
La Serpentard s'interrompit brusquement en apercevant Mélanie au milieu du groupe, écarquillant les yeux de surprise. La Poufsouffle eut un petit sourire coupable.
- Oui, Mélanie est là finalement ! lâcha Arthémis avec une étonnante bonne humeur, entre vite ! On allait justement se mettre à chercher.
Sylvia hésita un bref instant, prête à bombarder ses amies de question, avant de finalement esquisser un haussement d'épaule résigner en levant les yeux au ciel et de s'exécuter, rejoignant les quatre autres intrus dans la Salle des Trophées.
- Je vous jure les filles, soupira-t-elle en dévisageant tour à tour Arthémis et Mélanie pour la forme, leur arrachant un sourire gêné, bon ! Par quoi est-ce qu'on commence ?
- Quelqu'un connais un sortilège de détection efficace ? questionna Noah en scrutant Lucile avec espoir, ça pourrait nous aider ?
- Il y a un sort comme ça que l'on voit cette année en Enchantement il me semble, réfléchit la Serdaigle visée dans un effort de remémoration pour ses livres de cours, mais rien d'assez puissant à mon avis pour une salle secrète d'un bâtiment magique d'une telle ampleur que celle de Poudlard ! Ce serait plutôt pour les cachettes moldues, ce genre de chose…
Mélanie l'interrompit d'un geste, les sourcils froncés en une expression concentrée.
- On ferait mieux de procéder de façon méthodique, fit-elle en parcourant la salle des yeux, vous vous souvenez où est-ce que vous avez débouché en sortant de la pièce du rêve ?
- Juste ici ! répondit Arthémis en désignant le mur juste en face d'eux, sûre d'elle, je le sais parce que c'était juste en face de la récompense attribuée à ma mère.
- ...La quoi !?
Noah et Lucile avaient tous deux poussé ce cri de surprise à l'unisson. Simultanément, ils tournèrent la tête dans la direction opposée à celle indiquée par leur amie, sous son regard agacé, détaillant d'un air effaré la photo de la jeune Daniela Grildal, les toisant d'un air réprobateur derrière sa vitrine. Mélanie ne réagit pas. Elle avait eut tout le loisir d'admirer le médaillon et l'écriteau l'accompagnant.
-Longue histoire, soupira Arthémis en éludant la question d'un revers de main, est-ce qu'on pourrait se concentrer sur ce pour quoi on enfreint le règlement de l'école ce soir s'il-vous plait ?
Honteux, les deux Serdaigle s'arrachèrent à regret de la contemplation de l'écusson, sans pour autant se défaire de leur air vaguement impressionné, avant de rejoindre leur amie dans le coin opposé de la pièce.
Lucile leva sa baguette, éclairant le mur à la recherche du moindre indice. Il était presque entièrement recouvert par deux larges armoires pleines à craquer d'insignes d'anciens préfets de Poudlard. Le faisceau de lumière pénétrant dans le minuscule interstice entre les deux commodes de bois ouvragé et Arthémis cru soudain distinguer un scintillement à l'intérieur.
- Ici ! s'exclama Sylvia, confirmant son soupçon au second passage du halo sur le pan de mur, j'ai vu quelque chose.
Sans un mot, la respiration haletante sous l'effet de l'excitation, Lucile s'avança et se pencha en direction du scintillement, sa baguette pointée dans sa direction, collant son œil entre les deux armoires commémoratives.
- Tu as raison ! s'écria-t-elle au bout d'un moment, il y a bien quelque chose ! Venez-voir !
Les quatre adolescents se précipitèrent aussitôt, s'agglutinant devant l'interstice en s'accroupissant, éclairés par le rayon de lumière de la baguette de Lucile.
Dans un premier temps, Arthémis ne parvint à rien distinguer, gênée par les cheveux de Mélanie devant elle. Puis, ses yeux s'habituèrent peu à peu à la pénombre et elle aperçut finalement, gravé à la surface de l'épais mur de pierre derrière les armoires, un minuscule écusson à peine visible, scindé en quatre segments. Sa forme n'était pas sans rappeler une réplique miniature du blason de Poudlard !
- Qu'est-ce que c'est que ça ? fit Sylvia, un peu déçue, en s'écartant afin de permettre aux autres de mieux voir le mystérieux symbole, on dirait un simple sceau qui aurait été posé sur une brique pendant la construction, comme on voit dans la plupart des bâtiments !
- Pas si sûr, répliqua Mélanie en dégainant sa baguette magique, écartez-vous, j'essaye quelque chose !
Arthémis et Noah s'exécutèrent, laissant la jeune Poufsouffle pointer le mince bâton en bois de chêne entre les deux armoires. L'interstice était si étroit que l'objet passait à peine.
- Alohomora, psalmodia lentement l'adolescente, la main crispée, plus concentrée que jamais.
Il y eut une vague lumière bleue mais rien de plus ne se produisit. Agacée par le manque de succès de sa tentative, Mélanie répéta l'incantation deux ou trois fois avant de finalement renoncer, s'écartant du symbole gravé à son tour.
- Rien à faire, soupira-t-elle, je rate peut-être quelque chose dans le sortilège ?
- Je ne pense pas, répliqua Lucile d'un air songeur, à mon avis s'il y a un passage quelque part il est suffisamment bien dissimuler pour résister face à une formule du niveau d'un Premier Année. Il doit y avoir une autre solution.
- Peut-être qu'on s'est trompé ? proposa Noah d'un ton découragé en s'accroupissant se laissant tomber sur le tapis, juste en face des armoires vitrées, peut-être que cette salle n'est rien de plus qu'un rêve au final et qu'on s'est emballés ?
Arthémis eut une moue dubitative. Elle ne voulait pas y croire : ce cauchemar oppressant la hantait depuis trop longtemps pour qu'elle baisse les bras à quelques centimètres à peine du but ! La solution était là, devait elle, elle en était persuadée ! Restait à la dénicher…
- Quel est ton secret… ? murmura-t-elle à l'attention du symbole mystérieux, s'accroupissant de nouveau devant l'interstice, le regard dans le vague, sous les yeux de ses amis.
Sans réfléchir, elle fit passer ses doigts entre les deux commodes. Le passage était étroit mais, en les étendant un peu, elle pouvait toucher le sigle. La pulpe de son index et de son majeur vint caresser la surface à la fois douce et rugueuse du mur de pierre, effleurant les irrégularités creusée par la gravure.
Brusquement, une sorte de frisson lui parvint, remontant le long de son bras à partir de ses doigts, comme une décharge. Arthémis retira vivement sa main sur le coup, surprise. Une trainée d'étincelles restèrent accrochés à ses ongles avant de s'évanouir dans les airs, sous le regard ébahit des autres apprentis sorciers.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? questionna Sylvia, soucieuse, avant de brusquement plaquer les mains contre ses tempes, retenant un cri.
Une sorte de vrombissement venait subitement de raisonner à l'intérieur de sa tête, comme en provenance d'un autre monde, profond et caverneux. La même sensation venait de frapper simultanément Arthémis, Mélanie, Noah et Lucile qui grimaçaient de concert, le visage plissé en une expression douloureuse.
Soudain, quelque chose se mit à vibrer dans la pièce, sans qu'ils puissent en déterminer l'origine. Entre les deux armoires, une lueur d'un blanc éblouissant commença à fuser.
- Ecarte-toi, Arthémis ! s'écria Mélanie en agrippant son amie, la forçant à reculer de quelques pas tandis que Noah en faisait de même, se redressant d'un bond.
Grand bien leur en pris car, un instant plus tard, les deux armoires semblèrent subitement se compresser sur elles-mêmes sous l'effet d'un puissant sortilège, libérant un espace d'au moins deux ou trois mètres entre elles-deux. Sur le mur, désormais nu, la marque mystérieuse grésillait désormais, parcouru d'étincelles similaires à celles qui s'étaient échappés des doigts d'Arthémis.
Dans un grincement sonore, comme si quelqu'un s'amusait à racler ses ongles contre la pierre brute, le symbole se mit brusquement à enfler, occupant peu à peu tout l'espace disponible entre les deux armoires écrasées, s'élevant jusqu'à dépasser nos héros d'un bon mètre. Les gravures ressortirent petit à petit du mur, laissant apercevoir quatre formes distinctes : un aigle, un blaireau, un serpent et un lion. Les représentants de chacune des quatre Maisons de Poudlard. Désormais, c'était une véritable réplique d'une taille gigantesque de l'écusson de l'école qui se dressait face à eux, les surplombant de toute sa hauteur, imposante.
Dans un ultime claquement sourd, deux poignées de pierre jaillirent brusquement à la base du symbole géant, le scindant en deux, avant qu'enfin la lumière ne reflux, plongeant les cinq amis dans la pénombre de nouveau, à l'exception du sortilège d'éclairement, encore en marche, de la baguette de Lucile.
- Qu'est-ce que c'est que ça… ? finit par souffler Mélanie, éberluée, la première, après un instant de stupéfaction générale.
-Je ne sais pas, lâcha Lucile, tout aussi estomaquée, en éclairant la surface désormais entièrement gravée du mur face à eux de sa baguette, on dirait que le symbole s'est transformé en une sorte de double-porte en forme d'écusson de Poudlard au contact d'Arthémis… Qu'est-ce que tu as fait ?
L'interpellée du déglutir plusieurs fois avant de retrouver l'usage de sa voix, soufflée :
- Je… Je ne sais pas, fit-elle en se massant le bout des doigts, encore légèrement vibrants et engourdis, j'ai juste effleuré le symbole… Il devait être ensorcelé pour réagir au contact de l'un d'entre nous !
-Mais… Pourquoi ? s'exclama Sylvia en sortant à son tour de sa torpeur, je veux dire… C'est tout simplement démentiel ! Pourquoi y aurait-il un passage caché dans cette école destinée à n'être ouverte que par nous ? Ca n'a pas de sens !
- On va bien voir ça.
Sans rien ajouter de plus, Arthémis s'avança vers la porte nouvellement apparue, posant ses mains d'un geste ferme et assurée sur les poignées. Elle ne rencontra aucune résistance et aucune étincelle ne jaillit cette fois.
Dans un dernier sursaut d'hésitation, elle se tourna vers ses amis qui ne firent rien pour l'empêcher d'aller plus loin, retenant leur souffle. Tous n'avait qu'une hâte : découvrir enfin ce qui était dissimulé derrière cette porte !
Sans plus de cérémonie, Arthémis inspira un grand coup, avant de tirer de toutes ses forces. Dans un grincement rauque, les battants coulissèrent aussitôt avec lenteur, dévoilant un large passage vouté, plongé dans une pénombre saisissante. Un vent froid s'en dégagea, fouettant le visage de la jeune fille et faisant claquer son pyjama, comme pour l'inviter à entrer.
S'armant de courage, l'adolescente franchit l'ultime pas la séparant du corridor, et s'engouffra à l'intérieur, disparaissant dans l'obscurité.
Après une brève seconde d'hésitation, Mélanie se jeta à sa suite, le son de ses chaussures raisonnant sur les dalles froides, suivie par Lucile, dont la lueur projetée par la baguette éclaira un moment la voute du passage, avant de disparaitre à son tour au loin, puis de Sylvia. Noah ferma la marche, tremblant de tous ses membres, ses lunettes glissant sans cesse de son nez sous l'effet de la transpiration. A peine eut-il franchit la minuscule marche menant à l'intérieur que les portes coulissèrent brusquement pour se fermer derrière lui dans un claquement sinistre, faisant frissonner et le plongeant dans le noir total.
- L…Lumos, marmonna-t-il avec angoisse en cherchant sa baguette à tâtons dans sa poche de pantalon, mince ! Lumos !
La seconde tentative fut la bonne et une vive lueur bleuté s'échappa soudain de son pyjama, rebondissant contre les parois de pierre. Légèrement rassuré par l'éclairage magique, Noah reprit aussitôt son chemin, sa baguette pointée en avant, comme pour se protéger.
Il n'eut pas à marcher longtemps. Bien vite, le halo de la baguette magique de Lucile luit fit écho au loin et il franchit une nouvelle arcade avant de déboucher enfin dans une salle gigantesque, très haute de plafond, aux murs en hexagone, bordés de colonne richement sculptées à même la pierre.
- Oh bon dieu… souffla-t-il bouche bée en contemplant la pièce, lâchant sa baguette sous le coup de la surprise.
Celle-ci roula jusqu'au mur le plus proche, projetant un halo de lumière sur des tentures vert émeraude, parées d'un serpent argenté brodé. Sur les trois autres murs faisant face au passage, s'alignaient respectivement des draperies d'or et de rubis, d'un bleu céruléen et de bronze et de noir et de jaune. Un lion, un aigle et un blaireau venait ornementer ces riches parures, encadrant un lustre magnifique, éteint. Il n'y avait aucun doute possible.
- C'est pas vrai… souffla Sylvia, sans parvenir à détacher son regard du plafond, sous le choc.
- Elle existe vraiment alors… murmura Mélanie, tout aussi déconfite, se laissant glisser à terre, les jambes fauchées.
Arthémis ne répondit rien, s'avançant au centre d'un pas incertain. Était-ce réel ? Ne s'agissait-il pas encore d'un de ces rêves qui ne cessaient de hanter son sommeil ? Non… Le doute n'était pas permis ! Un sourire triomphant fendit soudain ses lèvres alors que la certitude qu'il s'agissait bien là de la réalité se frayait une place dans son cerveau. Figée, elle tourna la tête vers ses amis, qui la contemplait sans un mot, incapable de trouver quoi dire, un air émerveillé collé sur le visage
- Oui, lâcha-t-elle dans un souffle, en inclinant la tête, c'est bien la pièce de notre rêve. Elle existe bel et bien et était à Poudlard depuis le début.
