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Chapitre 11 : Nuit de noces ?

Malfoy s'avança vers la porte fermée d'un pas assuré. Il était temps. Il appuya sur la poignée et pénétra dans la pièce. Le mobilier avait changé, la lumière était tamisée, mais c'était toujours le même lieu. Souvenirs…

L'heure était venue pour lui de se venger, et l'amertume que faisait naître en lui sa propre mémoire laissa place à une joie glaciale.

Un lit. Des draps blancs délicats. Un corps : une femme. Nue. Sa silhouette était parfaite ; sa peau douce et pâle, rosée par endroits, était caressée de toute part par le tissu mat qui lui servait de couverture. Sans pudeur, elle révélait son corps envoûtant. De longues jambes fines et souples, un ventre plat et velouté, des seins et des fesses ronds et fermes, un menton dont la courbure se faisait douce, des mains raffinées… et une gorge exquise. Quiconque la voyait ne pouvait s'empêcher de l'admirer, et elle le savait. Sans un regard pour l'intrus, la femme continuait de caresser la tête du serpent immense reposant à ses côtés, s'enroulant par moments autour d'elle. Ses cheveux dorés, coupés au carré avec un soucis de précision maladif, cachaient au Mangemort une partie de son visage, parmi laquelle ses yeux. Des yeux que le vampire savait d'un bleu-vert transparent, ensorcelants.

« Lucius… susurra-t-elle en se tournant enfin vers lui, délaissant l'animal »

Électrisé par cette voix, l'homme dû faire un effort magistral pour ne pas s'avancer vers cette Succube aux charmes ainsi dévoilés. Elle était toujours la même ; tentatrice et provocante, Sirène dévorant ses proies charmées. Mais il avait vieilli ; ces anciens tours ne fonctionnaient plus sur lui. Jamais.

« Alors finalement, coassa-t-elle avec mépris, tu t'es décidé à venir. Je me demandais combien de temps tu mettrais… Tu m'as déçu ; cela fait des années que j'attends ta visite. »

De nouveau, son attention retourna au reptile qui parcourait indécemment son corps et, du dos de sa main, elle effleura plusieurs fois le dessous de sa mâchoire, semblant avoir complètement oublié la présence de l'homme.

« Je pensais que tu te vengerais instantanément, continua-t-elle sans prendre la peine de lui faire face, que tu n'attendrais pas. Un peu plus et j'aurai cru que tu m'avais menti… Cher mari humilié et devancé par un autre, qu'as-tu fais pendant tout ce temps ? »

Elle était railleuse et désagréable. Au fond, elle ne valait pas la peine qu'il se déplace. Elle n'avait jamais valu la peine de quoi que ce fut.

Narcissia… A vingt ans, elle l'avait séduit, il l'avait mise enceinte et épousée, comme elle le projetait secrètement depuis quelques années. Tout avait été calculé de sa part ; il n'y avait jamais eu de sentiments, juste une froide méticulosité. Démon !

« Ah, Lucius, souffla-t-elle, tu n'as pas changé : toujours aussi glacial, élégant et impétueux… Quel dommage que tu n'aies jamais été qu'un larbin ; je t'aurai bien gardé dans mon lit… »

Il lui avait fallu bien des années pour comprendre cela, et quand la vérité lui avait explosé au visage dans ses propres draps, une rage sourde s'était installée en lui et n'avait cessé de grandir jusqu'à son arrivée dans cette même pièce où elle était née, atteignant enfin son paroxysme. Froide détermination. Cette mégère pouvait bien essayer de l'ensorceler, l'homme était désormais insensible au doux poison que cachaient chacun des mots que la belle femme prononçait, s'infiltrant sournoisement dans les esprits charmés.

« Je sens ta haine cher époux, reprit-elle, je la sens comme tu m'as appris à la sentir… Viens, approche… Tu m'as manqué… Oui… Les étreintes de Tom sont évidemment bien plus magiques que les tiennes, mais ce sont tes crocs dans ma chair qui m'ont le plus manqué… Viens… Je t'attends depuis si longtemps… Viens à moi comme tu l'as toujours fait… Viens… J'ai envie de toi, comme au premier soir… Viens… »

Alors le vampire s'approcha du lit et de la Succube aux bras ouverts, corps qu'il avait tant aimé. Son lit. Sa femme. La plus grande erreur de sa vie. Elle lui offrait d'elle-même sa mort, inconsciente, pensant être protégée par ce même charme qui l'avait perdu, lui, l'héritier Malfoy bien des années auparavant. Narcissia… Elle était bien trop orgueilleuse, bien trop fière de sa personne. Son plus grand bonheur était de mirer son enveloppe charnelle parfaite dans les yeux emplis de désirs de ses victimes alanguies. Durant tout ce temps, l'homme aux cheveux blonds n'avait été qu'un miroir.

Il s'assit à moitié sur le lit, les pieds posés sur le sol, tandis qu'elle lui retirait sa chemise, se coulant contre lui, séductrice, avant de plonger son regard dans le sien et de sursauter. Sa surprise passée, elle se fit langoureuse et le railla de nouveau avec une ironie amère.

« Moi qui te croyais aveugle grâce à notre Seigneur ! Ainsi il m'aurait menti ! … Mais non, tu sens la femme… Aurais-tu donc trouvé une nouvelle proie avec qui répéter la même histoire ? Celle-là aussi, tu l'as transformée en vampire pour qu'elle soit ta compagne ? N'as-tu pas peur de l'appeler Narcissia et qu'elle te trahisse ? »

Oui, il avait fait cela ; treize ans plus tôt, il avait donné à cette tigresse le pouvoir des êtres de la nuit. Lui-même avait été mordu deux ans après la naissance de Draco (et par là même deux ans après leur mariage) par un Maître Vampire à la recherche d'un apprenti qui avait jeté son dévolu sur Lucius Malfoy et lui avait enseigné son immense savoir (ce qui expliquait que le beau blond ait le corps d'un homme d'une vingtaine d'années, et non d'un quadragénaire). Sa chère femme, se voyant vieillir, l'avait alors persuadé de la faire vampire à son tour. Ainsi, comme s'il n'avait pas suffit qu'il lui ouvre les portes du monde des Mangemorts et la rapproche du Lord Noir, il l'avait dotée de crocs acérés et l'avait formée, tout comme il venait en partie de le faire pour la Sang-de-Bourbe. Chaque vampire emploie ses pouvoirs à ses idéaux. Elle avait immortalisé sa beauté et rajeuni ses traits pourtant peu entamés par l'âge. Lui n'avait rien dit et avait continué de servir Voldemort, tandis qu'elle élevait leur unique enfant, Draco. Le prix à payer pour tous ses pouvoirs. Son seul sacrifice…

Et puis, il y avait trois ans, cette femme était parvenue à ses fins. Convoqué par le Seigneur du Mal, le Mangemort s'était vu confier une délicate mission, comme toujours. Il s'agissait là de briser une Moldue qui avait humilié le Maître, mais attention, dans les règles de l'art et sans pitié ! Bien qu'il répugnât à tromper son épouse (aucun élément féminin n'atteignant sa beauté), l'homme s'exécuta, impassible. C'était ainsi ; Malfoy écopait depuis toujours des missions « sensibles », dans lesquelles, bien souvent, il jouait le rôle du bourreau… Le vampire était de ceux qui reconnaissent prendre du plaisir à torturer et à tuer leurs adversaires, sans hypocrisie. Tout cela avait été orchestré par son épouse, de connivence avec le Lord Noir. Le monstre avait été séduit par sa beauté, comme elle l'espérait depuis toujours. Les deux seuls obstacles à son ascension étant son mari et son fils, ce démon perfide avait décidé de se débarrasser des deux gêneurs… Voldemort avait donc fait s'attaquer Lucius à une Moldue possédant le don de Clairvoyance, qui l'avait maudit. Au lieu d'en mourir, il était revenu aveugle dans son manoir, pour trouver sa femme dans les bras de son Maître, et son fils, qui avait rejoint le camp opposé, froidement assassiné. La nouvelle reine s'était d'abord sentie contrariée devant l'échec de son plan, puis, croyant que l'homme qu'elle avait épousé était trop diminué pour se soulever, elle s'était contentée d'attendre…

Et il était venu. Pour se venger. Pour venger son fils qu'il aimait tant. Pour les venger tous deux de l'affront qu'ils avaient subi. Pour la tuer…

Féline, ses mains aux ongles longs glissèrent indécemment sur son torse, jusqu'à sa ceinture qu'elle entreprit de défaire de ses doigts agiles. Merlin… Elle le caressait voluptueusement quand, lassée de son absence de réaction et de son air glacée, la femme le tira contre elle, l'allongeant sur elle. Le Mangemort se laissa faire pour mieux la piéger tandis qu'elle finissait de le déshabiller. Sa peau douce sous la sienne… Ce parfum…

Lucius ouvrit les yeux. Le serpent avait disparu, les draps avaient pris une couleur crème et les cheveux de Narcissia lui descendaient jusqu'en bas des reins. Elle souriait, des fleurs blanches parsemant sa longue chevelure. Sur la table de nuit, un chapeau haut de forme noir et un bouquet de mariée. A côté du lit, reposant pêle-mêle ça et là, les éléments d'un costume, une robe écru, légère, un escarpin, une chemise…

« Enfin, mon Aimé, murmura-t-elle, la respiration hachée par l'excitation tandis que son jeune époux lui retirait ses bas sans cesser de l'embrasser, je suis à toi, pour l'éternité… »

Leur nuit de noce… Elle lui appartenait, il lui avait juré fidélité, et leur enfant grandissait petit à petit en elle… Sa Narcissia… Pour la première fois, ils consommaient une union légitime ; il ne s'agissait pas là d'une étreinte rapide et honteuse entre deux chambranles de portes, mais d'une fusion totale qu'ils partageraient avec délice, sans hâte. Plus rien ne comptait désormais aux yeux de Lucius autre que son épouse, et il était totalement absorbé par sa tâche qui consistait à achever de la dévêtir. Peu lui importait le jour qui se lèverait inexorablement le lendemain matin ; c'était dans les bras de sa Narcissia que cet homme voulait trouver le trépas. S'il devait mourir, il voulait que ce soit dans son lit…

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Appel à votre imagination : à votre avis, le bon vieux Lucius, il est foutu ?

Référence musicale, avez-vous vu (... dernier paragraphe.. facile !) ?

Bon, plus sérieusement, vous en pensez quoi ?

BW & l'AD