Note: Aujourd'hui c'est la Saint Fye! Comment ça vous étiez pas au courant? Honte à vous!
Le bouton pour donner votre avis ne change pas, bonne lecture!
Réponses aux reviews:
Nandra : Bientot Kurogane va avoir de la fumée qui lui sortira par les oreilles!
Kahlane: Oui, ça papote aujourd'hui, mais je suis pas sûr que Fye en avait envie!
12 février: Frisson
Fye ouvrit les yeux. Son cœur rata un battement, tandis qu'il sentait un vent glacé le pénétrer jusqu'à la moelle des os. Il n'était pas à l'auberge du Chat Noir, pas à FlyCastle. Son corps tout entier trembla. Il savait où il était, au dernier endroit où il aurait voulu se trouver. Pourtant, il ne pouvait pas y être, c'était impossible, il ne pouvait pas être dans le palais de Seles… Le grand escalier qui menait à la salle du trône lui faisait face. Il l'emprunta avec lenteur. Il n'y avait pas âme qui vive, personne pour l'arrêter, ou lui demander où il allait. Après tout, ses faits et gestes avaient toujours été contrôlés quand il y vivait, alors pourquoi n'y avait-il personne pour l'arrêter ? L'air sentait la mort et le sang. Certaines fenêtres avaient explosé, et le froid s'insinuait dans chaque recoin, gelant les murs au point de créer des stalactites. L'immense escalier lui parut interminable tandis que seul le silence répondait à ses appels. Arrivé tout en haut, il s'arrêta un instant devant l'immense porte entrouverte où était gravé un énorme oiseau dont les ailes formaient des arabesques.
Elle grinça violemment quand Fye la poussa davantage. A l'intérieur le froid était insupportable. Il claqua des dents, et serra ses bras contre son corps pour tenter de se réchauffer, avant de chanceler. L'air était saturé de magie, d'une magie malsaine qui lui donna envie de vomir tripe et boyaux. Il ne pouvait malheureusement pas faire demi-tour. Il ne pouvait être qu'en plein rêve, un rêve issu de ses souvenirs tortueux. Il ne servait à rien de fuir, aussi il continua sa route. Il s'arrêta au centre de la pièce, les yeux baissés, où était gravé dans un cercle, le même oiseau que sur la porte d'entrée. Il hésita. Il sentait la présence de quelqu'un sur l'immense trône et n'avait pas envie de lever les yeux pour voir le fruit de ses pires cauchemars. Mais son rêve ne lui laissait guère le choix, et l'obligea à regarder celui qui se trouvait en face. Un adolescent y était assis. Il lui ressemblait comme deux gouttes d'eau, si ce n'était son regard vide, sans âme.
« Mon frère… » Murmura Fye dans un soupir qui se répercuta dans toute la pièce.
L'adolescent leva alors lentement son doigt qu'il pointa en direction de Fye qui se figea, attendant sa sentence.
« Tue… moi…. »
Fye se réveilla brusquement en sursaut. Il suffoquait. Son cœur battait à tout rompre. Incapable de se calmer, il resta pendant des minutes interminables dans son lit à tenter de retrouver sa respiration, dont chaque inspiration lui coutait. Son visage ruisselait de larme, son corps était trempé de sueur, et pourtant, il avait toujours le sentiment de sentir le froid glacial de son rêve. Il réussit à se calmer sans trop savoir comment, inspira profondément, et se décida à se lever. Il fallait qu'il se lave, il ne supportait pas de se sentir sale. Seulement, il n'était pas en état de faire chauffer de l'eau dans la salle commune, il ne voulait pas prendre le risque de croiser le brun dans l'état où il était et de sentir son regard inquisiteur sur lui. Il se contenta donc d'une toilette de chat avec un peu d'eau fraiche qu'il avait laissé en prévision et se changea. Il grimaça. Son dos arborait un magnifique tatouage noir qui représentait le même oiseau que dans la salle du trône. La peau était à vif, comme brulé. Mettre sa chemise lui parut une torture, mais il s'en accommoda comme il pouvait. Ce n'était pas la première fois que cela arrivait, et ce ne serait pas la dernière.
Il sursauta en entendant les pas de Kurogane à l'étage en dessous. Il était levé… Fye n'était guère en état de soutenir son regard, mais il avait toujours été matinal, le brun risquait de trouver cela étrange. Pour la énième fois, le blond se demanda pourquoi il en était arrivé là avec le brun. Pourquoi s'était-il battu à ses côtés, pourquoi s'être amusé à cacher son sabre, pourquoi lui avoir proposé de rester en prétextant lui trouver ainsi un travail. Même si faire le pitre avec lui et lui donner toute sorte de surnom ridicule empêchait Kurogane de trop voir à travers lui, cela ne durerait pas, il le savait pertinemment. Déjà, le brun avait compris qu'il savait se battre, et très bien, au regard qu'il avait senti en permanence sur lui durant le combat contre les malfrats. Il savait qu'il n'était pas n'importe qui. Et il ne le lâcherait surement pas de ci tôt avec ça. Fye trembla un instant, puis se força au calme. Même si Kurogane l'interrogeait, même s'il essayait d'en savoir plus sur lui, c'était sans importance. Il ne comprenait rien à la magie, et Fye avait tout un tas de mensonge en tête. Ou des demi-mensonges. C'était devenu tellement facile pour lui, depuis qu'il avait quitté Seles.
D'une nouvelle inspiration, il prit la mine qu'il arborait d'ordinaire et sortit de sa chambre. Il descendit doucement les marches qui grincèrent, comme à leur habitude, avant d'arriver dans la salle commune où Kurogane attendait visiblement, devant le bar, sa place habituelle.
« Bonjour Kuro-chan, tu as meilleure mine ce matin ! »
Le brun haussa les épaules, avant de lever un regard sombre sur lui. Danger, pensa instantanément le blond. Peut-être à cause de son rêve, il ne se sentit moins en capacité que d'habitude à faire face à son regard qui était bien plus insistant que d'habitude. Fye se rendit compte soudain, combien le brun avait changé en une semaine. Il ne paraissait plus épuisé, las, ou distant, ne répliquant à ses idioties que par automatisme. La force enfouie en lui se libérait peu un peu, comme un lion libéré soudain de sa cage. Non aujourd'hui, il ne pourrait pas esquiver comme à son habitude.
Un instant, il sentit ses maigres défenses vaciller. Pourquoi cet homme arrivait-il à le mettre à mal ? Pourquoi avait-il le sentiment qu'il pouvait lui faire confiance alors qu'ils se connaissaient à peine ? Etait-ce à cause de sa force ? De la détermination qui brillait soudain dans ses prunelles carmines ? Non, il ne pouvait pas. Personne ne devait savoir qui il était, pourquoi il se cachait, pourquoi il fuyait… Car au-delà du fait qu'il ne devait en aucun cas se servir de sa magie, il ne voulait surtout pas impliquer qui que ce soit dans ses problèmes.
Le regard de Kurogane cilla soudain. Il se leva, et s'approcha de lui. Le sourire de Fye trembla faiblement. Il n'aurait jamais dû descendre dans la salle commune.
« Hoy… T'es pâle. On dirait que t'as vu un fantôme. »
Tu ne crois pas si bien dire, faillit répondre Fye, mais il se retint.
« J'ai fait un cauchemar c'est tout. »
Kurogane ne répondit pas, mais Fye rêvait-il, ou percevait-il une certaine compréhension dans le regard du brun ? Se pourrait-il que lui aussi faisait souvent des cauchemars ?
« Vas te reposer alors, y aura pas de client aujourd'hui de toute façon non ? Tu m'as dit hier soir que tu laisserais boutique fermée aujourd'hui exceptionnellement. »
Le sourire de Fye s'élargit soudain. Derrière ses airs de grosses brutes, Kurogane pouvait se montrer gentil en fait.
« Tu es gentil Kuro-chan.
- Grumph, je ne suis pas gentil.
- Mais si tu peux l'être quand tu veux.
- Comment pourrais-tu le savoir ? On se connait à peine.
Il avait raison. Pourtant, plus Fye y pensait, plus il avait l'impression de connaitre Kurogane sans le savoir. Il réfléchit, mais quelque chose lui échappa, comme s'il avait essayé de retenir de l'eau entre les mains.
- Bah cela fait plus d'une semaine que tu es là maintenant.
Le brun haussa les épaules avant de s'asseoir sur l'une des tables de la salle commune, les bras croisés.
- Ca tombe bien de toute façon, qu'il n'y a personne aujourd'hui. Faut qu'on parle.
- Oh, de quoi donc ? Répondit Fye, moins sûr soudain que le brun le laisserait en paix aujourd'hui.
- L'autre jour, quand j'ai vu les… papillons, tu m'as demandé si je croyais au surnaturel.
- Oui
- Et quand je t'ai dit que non, tu as refusé de m'en dire plus, en disant que je n'étais pas prêt, pourquoi ?
- Je ne voyais pas l'intérêt tout simplement, vu que tu n'y croyais pas.
- Et si maintenant… j'acceptai d'y croire, me dirais –tu la vérité sur cette ville, ou sur toi ?
Fye frémit. Ainsi, c'était de ça dont il avait réfléchi toute la veille ?
- Quelle vérité ?
- Qu'il y a un sort aussi bien sur cette ville comme sur toi. Un sort qui m'a embrumé l'esprit, et m'a fait croire que je pourrais vouloir rester ici. Et un sort qui empêcherait quiconque de se souvenir de toi. Mais pour une raison que j'ignore, moi je me souviens toujours, et mes pieds m'ont toujours ramené ici à mes dépends.
Fye savait pourquoi Kurogane ne l'avait pas oublié. C'était de sa faute après tout. Yûko l'avait prévenu, quand elle avait exaucé son souhait d'être oublié du monde.
« Personne ne se souviendra de toi, mais à la seule condition que tu le désires. Si jamais tu te lies à quelqu'un, que tu interagies avec elle plus que pour de simple formalité, alors, cette personne ne pourra t'oublier »
Il s'était lié au brun à ses dépens. Il lui avait permis de rester à ses côtés, dans son auberge, il l'avait taquiné, embêté… Sans soupçonner la personnalité qui se cachait chez Kurogane. Il était loin d'être un idiot qui grognait et agissait avant de s'exprimer. Il savait réfléchir et se montrer perspicace. Il soupira, puis s'assit sur une autre table, non loin du brun. Il agita un instant ses pieds dans le vide comme un gosse, sans se départir de son sourire.
« Alors, tu as senti le sort qui régit cette ville. Comme tous les autres, tu t'es finalement fait avoir… Mais tu t'es «réveillé », tu as une sacrée force de caractère pour y arriver ! dit-il à Kurogane.
- Et quelle est ce sort alors ? Et comment se fait-il que tu en sois pas affecté ? T'es un… mage, ou quelques chose dans le genre ?
Fye se retint de rire en voyant la mine contrite du brun. Visiblement, il n'était pas encore tout à fait prêt, mais il faisait des efforts. En fait, il commençait à comprendre pourquoi il n'avait tout simplement pas pu le laisser l'oublier comme les autres. Parce qu'en sa présence, il oubliait un temps ses problèmes et son cœur s'allégeait.
« Disons que j'ai une certaine… sensibilité à la magie. Et toi aussi Kuro-chan, pour avoir vu les papillons.
- C'était quoi ces machins alors ?
- La manifestation de nos souhaits, tout simplement.
- Et pour le… sortilège qui est sur la ville ?
- C'est un sortilège qui veut te rendre heureux, te faire croire que vas bien et que tu mènes une jolie petite vie… Si tu as l'esprit un peu faible, pouf ! Tu te fais avoir !
- T'insinue que j'étais faible en arrivant ?
- Tu avais l'air au bout du rouleau en tout cas, mon pauvre Kuro-pon.
- La ferme. Je donne l'air que je veux.
Fye se retint de rire de nouveau. Décidément, c'était plus fort que lui. Il descendit de la table d'un petit bon agile avant de se diriger vers le bar.
« Bon, si tu as fini, je vais préparer le petit déjeuné !
- Pas de truc sucré ! Et non je n'ai pas fini ! Tu m'as pas expliqué pourquoi les autres t'oubli ? T'es recherché, t'as fait une connerie ?
Fye frémit légèrement. Décidément, Kurogane était bien trop perspicace aujourd'hui.
- Est-ce que cela va changer notre relation ?
- Re… lation ? Non mais n'importe quoi !
- Je me disais bien !
- Ton passé ne m'intéresse pas. Je voulais juste avoir la confirmation que je n'avais pas rêvé. J'aime pas être pris pour un idiot c'est tout.
- Voilà qui est réglé alors Kuro-chan… Diiis... Tu ne voudrais pas aller chercher un peu d'eau dans le puits, s'il te plaiiit ? répondit Fye d'un grand sourire.
Le brun soupira, grogna puis se leva, en levant lourdement les pieds. Fye en profita pour se détendre quelques minutes. Si Kurogane ne lui avait pas répondu qu'il se moquait de son passé, il ne savait pas ce qu'il aurait fait. Les choses se compliquaient décidément de plus en plus…
