Voici enfin le vrai commencement des vingt-cinquième Hunger Games ! Je tiens à remercier tous ceux qui prennent la peine de me laisser des reviews. Sérieusement, si vous appréciez, n'hésitez pas à en laisser, c'est l'une des principales choses qui me motivent à continuer.
Vous remarquerez un petit changement de programme dans la narration. Mais bon, pour ceux qui prennent la peine de lire ceci, je ne vous retiens pas plus longtemps et bonne lecture!
CHAPITRE NEUVIÈME
La fin de l'innocence
Jour 1
Malek Roxen
Le son d'un cor suit la fin du décompte, et c'est dans un silence de mort que les tributs s'élancent vers la corne. Les Juges vont probablement ajouter une quelconque musique pour ajouter à la tension, mais ici, dans l'arène…rien.
-COURS ! je hurle en me mettant à courir à mon tour.
Aucun moyen de savoir si Elisa m'a entendu, ou si elle a compris que cet ordre lancé au hasard s'adressait à elle. L'adrénaline envahit mes veines et décuple mes forces. Un hurlement d'horreur parvient à ma gauche, attirant mon attention. Le garçon du district Neuf, celui qui avait fait une allergie à son costume, vient de se faire attraper par Lothar qui est en train de lui fracasser le crâne contre le sol de pierre. Du sang éclabousse son visage déformé par un sourire malsain. En regardant à droite, je vois une fille abattre une épée sur une autre. Deux autres tributs, plus proches de la corne, sont en train de se battre pour un misérable sac à dos. Le garçon du Dix vient de se saisir d'une hache et s'approche d'eux en lissant la lame…
Je me sens déconnecté de mon propre corps, de toute cette horreur qui se déroule autour de moi. Du plat de la main, je repousse un tribut qui s'élançait vers moi et l'envoi bouler un peu plus loin. C'est alors que je réalise que je me suis approché à moins de six mètres de la corne d'abondance. Je suis beaucoup trop proche ! La carrière du district Deux est à seulement trois mètres de moi, pour le moment trop occupée à combattre un autre tribut pour me prêter attention. J'en profite et me saisit des deux premiers sacs à dos qui passe à portée de mes mains.
Un couteau s'enfonce soudain dans l'un d'eux, a seulement quelques centimètres de mon visage. Mon visage effaré se lève et croise le regard de la Tatouée qui jure à cause de son coup manqué. Elle jette un regard à la carrière, puis me regarde et esquisse un clin d'œil. L'instant d'après, elle tournait les talons, un sac sur les épaules. J'en fais de même, juste à temps, apparemment. La voix de la carrière pousse une exclamation de surprise exactement alors que je lui tourne le dos. Un javelot se plante dans le sol à deux mètres de moi et un cri de rage s'élève. La panique commence à me gagner.
Inquiet malgré tout pour la santé de ma sœur, je fixe l'endroit où se trouvait sa plaque. La jeune fille est presque arrivée aux premières façades, et l'éventualité d'une cachette sûre en hauteur. J'aurais pu être soulagé de constater qu'elle m'a obéi en s'éloignant du bain de sang, si je ne voyais pas un tribut lui coller au train, une épée au poing. Glacé de terreur et trop éloigné pour réagir, je ne peux que voir ce type foncer sur elle dans l'espoir de l'assassiner froidement. Elisa ralentit sa course à la hauteur du mur et bondit sur la surface fissurée, entamant l'ascension. Elle remarque enfin son poursuivant et parvient à lui envoyer un coup de pied sous le menton. Le garçon chancèle, mais ces précieuses secondes offrent à Elisa le temps qui lui faut pour se mettre hors d'atteinte. De dépit, son adversaire frappe le mur de son épée.
-Bravo sœurette, je murmure pour moi-même, souriante.
Un gémissement de douleur me ramène à la réalité. Ma tête tourne juste à temps pour voir le garçon du Dix foncer sur moi, sa hache dégoulinant de sang et un sourire psychopathe sur les lèvres. Mon corps réagit par pur réflexe lorsqu'il se saisit des poignets du tribut. Profitant du poids et de la vitesse du garçon, je le fais balancer par-dessus mon épaule avec une facilité déconcertante, de la même façon que j'avais maîtrisé ce Muet lors de mon évaluation. Le Judo, qui retourne la force de l'adversaire contre lui, est l'une de mes spécialités.
Le dos du tribut s'écrase lourdement contre le sol, lui coupant le souffle et lui faisant lâcher son arme. Il est couvert du sang de ses victimes, même sur le visage. Dégoûté, je le frappe du talon à la tempe, l'assommant pour le compte. Après une vague hésitation, je ramasse la hache, l'essuie sommairement sur son manteau semblable au mien et me remets à courir vers les ruines.
En arrivant au premier cercle de débris, j'esquive de justesse un coup porté maladroitement par une fillette qui ne doit pas avoir plus de quatorze ans. Affolée d'avoir raté sa chance, elle lâche son arme et s'écroule à genoux, tremblante de terreur. C'est moi qui lui inspire cette peur. Moi, avec ma carrure athlétique, ma hache ensanglantée et mon regard dur. Cette pensée me brise le cœur. Je tends le bras dans une direction approximative et lui dit :
-Fous le camp. Arrange-toi pour ne plus croiser mon chemin.
Incertaine entre la reconnaissance et le soulagement, la fillette pousse un couinement et file entre les bâtiments écroulés. Lorsqu'elle disparait de ma vue, je peste contre moi-même. Cette gamine n'a aucune chance de survie. Une mort rapide entre mes mains aurait peut-être été un acte miséricordieux. Mais…je n'ai pas pu m'y résoudre. Je ne suis pas un meurtrier.
Avant d'aller plus en avant dans la ville en ruine, je jette en denier regard à la corne d'abondance. Comme moi, plusieurs tributs disparaissent déjà entre les débris, certains blessés et d'autres serrant des paquetages arrachés au bain de sang. Les combats au pied de cette étrange tour continuent, mais ils sont déjà moins étendus. Les carrières terminent de repousser les derniers retardataires, au milieu des cadavres et des flaques de sang. D'ici quelques minutes, tout le monde saura combien de victimes ont succombé au massacre.
Je m'enfonce un peu plus loin dans les ruines et finit par trouver un bâtiment ouvert dans lequel je pénètre. Le plafond s'est écroulé depuis longtemps, mais la plupart des murs du rez-de-chaussée tiennent toujours debout. Je m'assois au fond d'une pièce dotée d'une unique entrée et fixe le ciel. Mon cœur palpite encore frénétiquement, quand je réalise que j'ai survécu au bain de sang. Je suis toujours en vie ! Maintenant, les vrais Jeux peuvent commencer, à présent que les plus faibles ou les plus maladroits ont péri…
Un premier coup de canon me fait sursauter, me mettant en état d'alerte. C'est au troisième que je me souviens enfin de la signification de ces bruits et j'entreprends de les compter sur mes doigts. Au huitième coup de canon, le silence revient. Seulement huit victimes ? Dans le chaos où j'étais plongé, j'aurais aisément cru que nous tombions par dizaines…je n'avais pas l'esprit très rationnel. À bien y réfléchir, j'étais comme un animal effrayé. Comment peut-on infliger ça à des enfants ? Les Hunger Games m'apparaissaient déjà inhumains, mais maintenant que j'y suis, je réalise que j'étais encore loin du compte. C'est inacceptable, impardonnable…graduellement, ma haine du Capitole s'accroit encore.
Mais je ne leur offrirai pas le plaisir de sombrer dans le désespoir. Ravalant mes émotions, je concentre mon attention vers tout ce matériel que j'ai récupéré. Le premier sac à dos, d'un vert kaki très militaire, contient deux paquets de lanières de viande séchée, un silex et de l'amorce –ces connards ne pouvaient pas simplement me donner un briquet ?-, un rouleau de corde élastique ainsi que deux kilos de noix. J'y trouve également deux gourdes de la même couleur que le sac, mais bien évidemment, elles sont vides. Leur simple vue semble assécher ma gorge. Si je ne trouve pas d'eau dans l'autre sac, il va falloir en faire mon principal objectif…
Je ne trouve pas d'eau dans le second sac, mais le contenu n'est pas forcément pour me déplaire. D'autres provisions, sous la forme de petits sachets d'aliments déshydratés, une petite trousse de premiers soins qui ne sera utile qu'en cas de blessures mineures, une mystérieuse bouteille ornée d'un symbole étrange que je me promets d'étudier plus tard, une couverture isolante et pour finir, une lampe de poche fonctionnelle. Combiné à la hache que j'ai récupérée auprès du garçon du Dix, tout ce matériel me rend particulièrement bien équipé, du point de vue des Hunger Games. Si je peux trouver une source d'eau, il me sera possible de survivre une bonne semaine, à peine moins si je retrouve Elisa.
Elisa…la dernière fois que je l'ai vu, elle disparaissait dans les ruines. A-t-elle effectivement réussi à se mettre à l'abri ? Ou alors…ou alors, l'un de ces coups de canon était pour signaler sa mort ? Non, je refuse d'envisager cette possibilité.
À ce moment, un autre coup de canon retentit, élevant à neuf le nombre de victimes. De qui s'agit-il, cette fois ? Savoir que quelqu'un vient de mourir, sans savoir que qui il s'agit, est une véritable torture. En plus de mon inquiétude pour ma sœur, le souvenir de Karel vient me hanter. Elle a semblé vouloir me décourager de la rejoindre…mais a-t-elle réussi à s'en sortir aussi ? Elle a quand même obtenu un sept à son évaluation, ce qui n'est pas rien. Mais la note n'est pas une garantie. Des tributs ayant obtenu de hauts scores s'étaient vu mourir au bain de sang. Ce qui n'est pas pour me rassurer.
Un dixième coup de canon retentit, me rappelant l'urgence de bouger. C'est très certainement la meute des carrières qui s'est mise en chasse. Si je ne veux pas me retrouver dans leur passage, il me faut partir. Je rassemble donc mes affaires et ajuste mes sacs de façon à pouvoir les transporter le plus aisément possible. En cas d'attaque, je serai fortement désavantagé, parce que je ne peux pas bouger à mon aise. En soupesant ma hache, je siffle de mécontentement. C'est une arme bien trop lourde à mon goût, mais ça devra faire l'affaire.
Une nouvelle fois, j'affiche un masque déterminé pour les caméras avant de me mettre en route, prudemment. La rue est libre, alors je m'y engage.
Un silence uniquement ponctué pour le souffle du vent rajoute à cette ambiance post-apocalyptique que les Juges ont voulu donner. La façade des immeubles de chaque côté de la rue encombrée de carcasses de voitures rouillées ressemble à un amoncellement de crânes aux orbites vides. La plupart des étages au-dessus du rez-de-chaussée ont été proprement décapités, laissant souvent qu'un ou deux murs pour témoigner de leur ancienne existence. La rue en elle-même est fissurée, et par endroits, criblée de cratères, silencieux témoins d'un conflit ancien.
Cela ne ressemble pas aux autres aux autres arènes. Évidemment, jamais un lieu fait de la main de l'homme n'avait été utilisé. Mais il y avait autre chose, comme une aura…d'authenticité. Au fond de moi, je sens que cette cité est bien plus vieille qu'on pourrait le croire. Plus vieille que les Hunger Games. Peut-être même plus vieille que Panem elle-même.
Nous serions donc dans une ville de l'ancien monde ? Oncle David a un jour exprimé des soupçons comme quoi le Capitole en sait plus qu'il ne l'affirme sur le sort du reste de la planète, en dehors de nos frontières. Je ne sais à peu près rien sur l'ancien monde, hormis que le territoire occupé par Panem se nommait «États-Unis». Ici, c'est presque impossible de savoir le moindre détail.
À force marcher à travers ce véritable labyrinthe, je finis par réaliser que j'avance beaucoup plus lentement que je le devrais, si les routes n'étaient pas aussi impraticables. Même si cela ne fait qu'une heure que j'avance, mon corps et déjà en nage sous ce manteau de cuir. L'effort physique et l'air saturé de poussière contribuent à rendre ma bouche aussi pâteuse que du carton. J'ai besoin d'eau. Sans ça, je vais mourir avant même de rencontrer un autre tribut.
Mais où trouver de l'eau dans une ville ? Pour avoir moins chaud et ainsi mieux réfléchir, j'entreprends de retirer cet encombrant manteau avant de le fourrer dans un de mes sacs. L'eau est presque toujours un défi en soi dans les Jeux. Il s'est déjà vu des tributs d'une même alliance s'entretuer pour une simple bouteille d'eau. Il y a toujours un moyen de se procurer à boire durant les Jeux…j'espère.
Alors que j'essuie mon front, je réalise que cette étrange montre à mon poignet crépite de façon intermittente. Elle ne faisait pas ça avant. En imaginant un détecteur, je fais voler mon poignet devant moi au hasard et suis récompensé par un crépitement plus continu vers une zone particulière. Gliese m'a dit que cet objet était obligatoire, et que tous les tributs doivent donc l'avoir. Curieux, j'abandonne la prudence et décide de suivre cette piste que m'offre ma montre.
À mesure que mes pas me guident vers une autre rue, le bruit devient plus fort, plus précipité. On croirait entendre de petits pétards, comme ceux que les gamins font exploser au Nouvel An. Je tombe alors sur un très large cratère, d'environ cinq mètres de diamètre, qui déchire l'asphalte pratiquement au milieu de la route. La montre me conduit vers le centre de ce trou. En jetant un œil, je sens mon regard s'illuminer. De l'eau ! C'est de l'eau !
J'ignorais qu'il existait des détecteurs d'eau. Les baguettes de sourcier sont censées être des mythes, non ? Avec la technologie du Capitole, je suppose que tout est possible…en tout cas, cette source d'eau va me sauver la vie.
Je me laisse glisser vers le fond du cratère, mes deux sacs fermement serrés entre mes mains, et me réceptionne juste sur le bord de ce qui semble être une marre d'eau de pluie. L'eau est boueuse et franchement peu attirante, mais dans l'arène, je ne dois pas faire mon difficile. Je remplis rapidement ma première gourde, impatient d'étancher ma soif, quand soudain, un coup violent vient me l'arracher des mains. Alors que le récipient va voler un peu plus loin, renversant son contenu partout, j'écarquille les yeux en voyant le javelot pointé sur moi.
Ce qui me stupéfait le plus, cependant, c'est la personne qui brandit cette arme. Karel !
XXXXXXX
Elisa Summers
-COURS !
La voix de Malek résonne à mes oreilles et manque de me paralyser sur place. Puis, je me rappelle le sens de ce mot tout simple. Il faut que je fuie ! J'ai entendu parler de ce qui va suivre, alors que tous les tributs se précipitent vers la corne d'abondance. Certains ramassent déjà des armes, alors que d'autres s'empoignent à main nus. J'en vois un ou deux qui tournent les talons vers les ruines, dans l'espoir de suivre.
Des ruines ! De toutes les arènes qui pouvaient y avoir, celle-là est probablement la meilleure qui pouvait s'offrir à moi. Ce ne sera pas très différent des escalades que je faisais dans le district Huit.
Un cri d'horreur se coince dans ma gorge lorsque je vois un tribut se prendre un coup d'épée. Tellement de sang ! Il faut que je parte d'ici, je me répète. Allez ma fille, bouge-toi de cette plaque. Tu peux le faire !
Je fais un pas, puis deux, puis trois ; je suis à plus d'un mètre de ma plaque de départ quand j'hésite de nouveau. Malek va tenter de récupérer quelque chose de la corne d'abondance. Il va manquer de se faire tuer pour récupérer du matériel. La moindre des choses, c'est que je récupère aussi quelque chose, même de tout petit…
Je fais demi-tour et reviens sur mes pas, mes yeux balayant la vaste plaine se déroulant au pied de cette tour de métal. Il y a plein de trucs au sol : des petits couteaux, des bâches en plastique, des sacs, des boîtes en métal…je ne sais pas quoi prendre, et tandis que j'hésite, le temps me file entre les doigts. C'est finalement un hurlement de douleur qui me force à prendre une décision. Je me saisis d'une petite mallette en aluminium et fuie, le contenant serré contre ma poitrine. Le cœur battant, je tente de rejoindre au plus vite cette frontière de bâtiments fissurés, qui représente ma seule chance de survie.
Il me semble que mes jambes sont de plomb et que je mets des heures à parvenir à mon objectif. Tout mon champ de vision semble se rétrécir à cela, et plus rien d'autre ne compte.
Quand j'y arrive enfin, je glisse d'un geste la mallette sous mon large manteau et bondit sur la paroi, mes pieds et mes mains trouvant rapidement des prises. Les repas riches que j'ai pris ces derniers jours m'ont fait prendre du poids, mais je suis soulagé de constater que ma masse reste assez faible pour ne pas nuire à mes capacités de grimpeuse.
Une sorte d'instinct me prévient à temps du danger. Je regarde derrière moi et constate avec horreur qu'un tribut se précipite vers moi, une épée tâchée de sang à la main. Je ne l'ai pas entendu approcher, et maintenant, il est presque sur moi ! Je pousse un cri qui ressemble à un couinement de souris et j'envoie mon pied en arrière. Plus par chance que par talent, je parviens à frapper le garçon directement sous le menton. Sous le choc, il mord durement sa lèvre inférieure qui se met à saigner abondamment. Surpris, il recule de deux pas. C'est tout ce qu'il me fallait pour terminer de grimper au sommet de l'immeuble, hors de sa portée. Le garçon tente de m'atteindre avec son épée, mais le coup frappe le mur bien en dessous de moi. Il pousse un grognement mécontent, et je ne peux m'empêcher de lui tirer la langue. Même si, en réalité, je suis morte de terreur.
Le toit de ce bâtiment est assez large, ce qui me permet de m'éloigner le plus possible du bain de sang. Recroquevillé par terre, je me bouche les oreilles et chante «Brille, brille petite étoile» durant de longues minutes. Après avoir chanté trois fois, ma voix se brise et je tends l'oreille. Un lourd silence a remplacé les bruits de combat. Je n'entends plus que le vent.
Je sursaute lorsque j'entends le premier coup de canon. Je sais que c'est un coup par mort, mais je ne pensais pas que c'était si bruyant. Huit coups tonnent avant une longue pause, puis un neuvième, plusieurs minutes après. C'est fini. Neuf personnes sont mortes, et même si je ne les connaissais pas, je sens des larmes me rouler sur les joues. Je me fiche d'être filmé en train de pleurer.
Mais je ne peux pas me permettre d'être un fardeau. Pour aider Malek, je dois me reprendre et développer une stratégie. Déjà, je peux regarder ce que j'ai réussi à prendre à la corne d'abondance. La boîte métallique ne fait pas plus de quarante centimètres de long et n'est pas très lourde. Mon regard s'illumine en voyant le contenu.
Il s'agit d'une petite arbalète de poing, fait dans un matériau ultraléger qui me donne l'impression de soulever une brindille. Je me suis un peu entraîné avec ce genre d'arme, dans les derniers jours, sans réellement penser que j'en aurais une entre les mains dans l'arène. Un carquois bien garni se trouve au fond de la boîte, doté d'une lanière qui me permet de l'attacher aisément à ma ceinture.
Pour tester, j'encoche un carreau et vise une plaque de bois. Le projectile s'enfonce avec un claquement sec pile là où je le voulais, et avec pratiquement pas de bruit. Un rire soulagé m'échappe. J'ai une arme pour me défendre !
À peine je pense cela qu'une voix me parvient. C'est une voix masculine, rêche et mécontente, qui semble venir de quelque part sous mes pieds. Une fraction de seconde de seconde après, je repère un détail qui m'avait jusqu'ici échappé. Une trappe ! Il y a une saloperie de trappe qui permet de grimper sur mon toit ! Je n'ai pas le temps de me trouver une autre cachette qu'une silhouette apparaît.
-Salope de Pyro, grogne le tribut sans se rendre compte de ma présence. J'espère que ces putains de carrières vont se lasser de toi et te faire la peau. Je…
Il lève les yeux vers moi et arrête son monologue. Je le reconnais, pour avoir été assise face à lui durant tout le voyage en hovercraft. C'est le garçon au long nez crochu du district Sept. Le district avec cette fille brûlée qui parle de façon inquiétante. Il semble blessé au bras gauche, et son manteau déchiré est taché de sang. Diverses contusions sont venues se rajouter à l'œil au beurre noir qu'il arborait déjà. Le tribut fronce les sourcils en me voyant, puis un rictus se dessine sur ses lèvres en voyant l'arbalète entre mes mains. Je recule par instinct et tente de me saisir d'un autre carreau.
-On dirait que la chance me sourit finalement, dit-il. Une arme, entre les mains d'une gamine. Mais dis-moi, t'es la frangine de Malek Roxen, hein ? Il est où, ton frérot ?
Il s'avance vers moi, craquant ses jointures d'un air menaçant. Je pousse un nouveau cri d'horreur et accélère mes gestes en reculant. Pourquoi cette saloperie ne veut pas se recharger ? Non non non non non…
-Donne-moi ce truc ! ordonne-t-il en tendant la main. Et je te promets que ce sera pas trop douloureux.
-Non ! je m'exclame en tendant l'arbalète finalement chargée vers lui. Va-t'en, sinon je…je tire.
Il éclate de rire devant ma voix aiguë et mes mains tremblantes et s'avance davantage. Le regard qu'il me jette me donne froid dans le dos. J'ai déjà vu ça avant. Il veut me faire du mal. Et cette fois, je suis toute seule…Malek ne pourra pas venir me sauver.
-Tu sais, oublie ma proposition, annonce-t-il. Tu vas payer pour toutes les merdes qui me sont arrivées depuis le début. Je vais m'amuser avec toi…
Le garçon se jette sur moi. La panique explose en moi et je sens mes mains se crisper lorsque je hurle un «NON». Il s'immobilise soudainement, une expression ahurie sur le visage. Il ouvre la bouche pour parler, mais seul gargouillement s'échappe, en plus d'un large filet de sang. Les plumes de mon carreau d'arbalète dépassent de sa gorge…
Le garçon s'écroule sur ses genoux et arrache frénétiquement le projectile de son cou. La blessure se met à saigner encore plus. Je me rappelle qu'au kiosque de premiers soins, l'instructeur m'a dit qu'une blessure au cou qui saigne autant est mortelle. Le tribut n'a plus que quelques minutes à vivre. Et tout ce que je peux faire, c'est le dévisager avec horreur tandis qu'il agonise sous mes yeux. Et lorsque le dixième coup de canon retentit dans les cieux, je m'effondre.
J'ai tué. J'ai tué ce type de mes mains. Et ça a été si facile…j'ai juste eu à appuyer sur la gâchette, et à laisser faire le reste. Je me penche sur le côté et vomis. Mon estomac se vide de tout ce que j'ai mangé ce matin, jusqu'à ce qu'il ne me reste plus qu'une bile acide dans la bouche. Ensuite de quoi, j'éclate en sanglot et cours, sans prendre la peine de récupérer mes deux projectiles ou la mallette. Serrant mon arbalète contre moi, je déboule l'escalier que ma victime a emprunté pour monter, manquant de me briser la nuque à chaque moment, jusqu'à ce que je déboule dans la rue chargée de débris.
J'ignore combien de temps je cours ainsi, sans but.
XXXXXXX
Dans le Capitole
Dawn observe pensivement la fillette du Huit alors qu'elle tente de se remettre de son premier meurtre. Elle est impressionnée de constater que ce soit la petite, et non l'adolescent du Sept, qui ait remporté cet affrontement. La tribut a eu une chance insolente…
Ce qui porte donc le compte des morts à dix pour la première journée. Sur la vaste carte holographique, de petites étiquettes dispersées aux quatre coins de l'arène témoignent du dispersement des tributs. La meute des carrières de cette année semble installer un campement autour de la corne d'abondance. Vu la quantité d'eau qu'elle contenait, ils n'auront pas trop de soucis à se faire de ce côté-là.
-Madame la présidente ? demande un technicien. Devons-nous provoquer d'autres rencontres ?
-Non, répond-elle en secouant la tête. Laissons les citoyens du Capitole bien apprécier le bain de sang et faire leurs paris. Dès demain après-midi, toutefois, je veux que vous enclenchiez le programme S-33. Faisons-les angoisser un peu.
-Bien madame.
Dix morts au bain de sang est une moyenne acceptable. Il y a encore beaucoup de tributs, mais cela signifie qu'il y aura moyen d'étirer les Jeux sur une plus longue période. En espérant qu'ils ne meurent pas tous à cause de l'arène. Mais ils ne le feront pas. Il y a des cas très prometteurs, cette année. Trop prometteurs pour mourir bêtement de faim ou de soif. Entre autre…
Elle active un écran devant elle et jette un coup d'œil sur les prédictions du public. Sans surprise, la plupart des tributs de carrière sont favoris. Mais certains autres ont également l'affection du public, comme cette pyromane du Sept qui aurait fait flamber toute une forêt, ou cette fille tatouée du Trois. Sans oublier ce petit arrogant du Huit. Lui, il trône à égalité avec les carrières. Outre son haut score, il a réussi à fuir la corne avec une arme et deux sacs pleins à craquer. Il est bien parti.
Quant à la sœur, elle s'attire tellement de compassion qu'il ne serait pas surprenant qu'elle se gagne des sponsors. On verra combien de temps ça durera. Ce n'est pas en pleurnichant devant un cadavre qu'on peut survivre aux Hunger Games.
Oui, l'Expiation de cette année sera mémorable. Elle est heureuse d'être la présidente pour assister à ce moment.
« Qui souffre le plus ? La personne qui reçoit le coup de couteau, ou celle qui enfonce le couteau ? »
