Bonsoir bonsoir ! Je suis très, très contente, j'ai retrouvé l'inspiration (avec mes soucis de PC, je n'avais pas écrit depuis un mois...) et je sens la fin approcher, en tout cas pour ce qui est de l'étape brouillon. Pour info, j'en suis au 25e chapitre et ils sont en sixième année ;)

Merci à Muntittra et Lolitamaguis pour leurs reviews anonymes ! :D

Note (1) Swish and Flick : est un groupe de wizard rock à qui on doit l'incroyable chanson "Draco Malfoy". Allez écouter, c'est flippant et génial !

Précédemment : Les cours et la vie ont repris et Harry a du mal à suivre. Draco rage et déprime et se languit pendant tout le mois de Janvier. Puis en février, sans trop de raison, Harry lui envoie sa Carte du Maraudeur et lui demande d'aller à Pré-au-Lard avec lui pour la deuxième fois...


HIBRIDAE

TROISIÈME ANNÉE

Chapitre 11 : Sorcière Borgne et Cabane Hurlante

"Tu me sniffes, Malfoy ?"


12 février 1994 – Vers la statue de la sorcière borgne

– Tiens donc, Harry Potter ? Je n'y croyais plus. Monsieur se fait plus attendre que le nouvel album de Swish and Flick (1), ce qui n'est pas peu dire, le groupe est dissout, ironisa Draco de sa voix traînante, en sortant de l'ombre.

Cela faisait plus d'une heure qu'il attendait Potter et qu'il suivait ses mouvements sur la Carte du Maraudeur avec un désespoir grandissant. Sa patience avait atteint ses étroites limites depuis belle lurette. Pouvait-on avoir pire timing que Harry Potter ?

Au début, tout s'était passé comme prévu. Draco avait petit-déjeuné à la table de Serpentard, Potter avait petit-déjeuné à la table de Gryffondor. Après avoir dit au revoir à Weasley et Granger, qui avaient eux l'autorisation d'aller à Pré-au-Lard, Potter avait quitté la Grande Salle. Quelques minutes plus tard, Draco l'avait suivi.

Il avait sorti la Carte du Maraudeur de sa poche et trouvé l'étiquette « Harry Potter » qui cavalait dans les escaliers, en direction du deuxième étage. Sans quitter son nom des yeux, Draco s'était lancé à sa poursuite, mais il n'avait pas été assez rapide. En effet, au moment même où il allait tourner dans le couloir de la sorcière borgne, il vit une banderole proclamant « Neville Londubat » se diriger vers celle qui disait « Harry Potter ».

Décidant que Londubat n'était pas son problème mais celui de Potter – ce qui ne l'avait pas empêché d'insulter sa mauvaise étoile – Draco s'était caché dans un placard à balai pour attendre son heure. A la lumière d'un Lumos, il suivait l'évolution de la situation sur la Carte. A ce moment-là, sa patience avait déjà sévèrement ébranlé ses frêles limites.

Elle les avait carrément explosées quand une banderole « Severus Snape » avait rejoint les deux Gryffondors sur la Carte du Maraudeur. Potter était-il un aimant à ennuis ? La réponse ne pouvait être que oui.

Cinq minutes plus tard, les deux banderoles « Harry Potter » et « Neville Londubat » avaient quitté le couloir pour gravir les escaliers jusqu'au septième étage, où se situait l'entrée de la Tour de Gryffondor. Leur progression était aussi lente et exaspérante que la routine matinale de Blaise.

Priant tous les chevaliers de la Table Ronde de lui transfuser sagesse et pondération par le biais de la pensée, Draco avait gentiment attendu dans son placard à balai et – miracle ! – la Carte lui avait finalement indiqué que Potter s'était débarrassé de Londubat et qu'il redescendait vers Draco.

Bref, Draco avait poireauté une heure dans un placard et il avait sérieusement envie de pisser.

Devant ses sarcasmes et son air méprisant, Potter se contenta de sourire, comme pour dire « désolé, c'est l'histoire de ma vie, tu peux pas test » et il tapota la statue de la sorcière borgne en murmurant « Dissendium ».

La bosse de la statue pivota, révélant une ouverture suffisamment grande pour laisser passer un adulte. Potter sauta dans l'ouverture comme s'il faisait ça tous les jours après le petit-déjeuner.

– Tu viens ? cria sa voix avec un écho lugubre.

– C'est comme si j'étais déjà là, répondit gauchement Draco, avant de s'engouffrer lui aussi dans le passage secret.

Il atterrit dans un tunnel souterrain sombre et humide, aux parois effritées et au sol accidenté.

– Est-ce que c'est là que tu amènes toutes tes conquêtes, Potter ? renifla-t-il en pointant sa baguette illuminée vers le plafond, pour vérifier qu'il n'allait pas s'écrouler sur leurs têtes.

– De quoi tu parles ? soupira le Gryffondor, en le prenant par le bras. Allez, avance, on a du chemin à faire.

– Cho Chang ? J'ai vu son petit sourire, et ton air constipé, quand vos deux équipes se faisaient face avant le match de la semaine dernière. C'était mièvre à en mourir, ricana Draco, en se dégageant d'un mouvement sec.

Il n'allait pas se laisser traîner par la manche comme un enfant ou un chien, merci bien.

– Elle est jolie, c'est tout. Ça m'a un peu déstabilisé, répliqua froidement Potter.

Il avait l'air de vouloir ajouter quelque chose, mais il resta silencieux. Draco trotta un moment derrière lui, en donnant occasionnellement des coups de pied dans les cailloux qui roulaient sous ses chaussures. Quand un des projectiles de fortune rencontrait les chevilles de Potter, il souriait à peine.

Il avait accepté de passer la journée avec Potter, bien sûr qu'il avait accepté, comment aurait-il pu dire non ? Depuis leur discussion devant le bureau de Lupin jeudi soir, la sortie à Pré-au-Lard hantait ses pensées. Qu'est-ce qu'il avait hâte ! Retourner à Pré-au-Lard avec Potter... non, simplement passer du temps avec Potter, c'était plus qu'il n'espérait.

Depuis la reprise des classes, Draco avait appris à se contenter d'un message ou un regard. Il n'osait pas espérer plus, pour ne pas se faire du mal.

Pourtant, maintenant qu'il y était... au lieu de rentabiliser chaque instant en faisant rire Potter, au lieu de profiter de l'obscurité pour toucher accidentellement Potter, il lui envoyait des cailloux dans les chevilles. Draco était nerveux et irrité. Chaque mimique et chaque geste de Potter lui hérissaient le poil. C'était comme s'il était en compagnie d'un ennemi ou d'un étranger, comme s'ils ne se connaissaient plus.

Après un quart d'heure de marche, l'ambiance pesante devint insoutenable. Draco avait envie de hurler ou de frapper Potter. Il avait envie de remonter à la surface ou de creuser un trou pour s'enfoncer encore plus bas.

Les ondes négatives que Draco dégageaient durent atteindre Potter, car ce dernier posa doucement sa main sur son épaule, avec un regard incertain.

– Hey, Malfoy... Je... On va passer un moment sympa, okay ? J'aimerais voir Zonko, la Cabane Hurlante, peut-être boire de nouveau un verre avec toi, ou simplement qu'on se balade. je vais devoir garder ma Cape, malheureusement, mais il n'empêche que j'ai vraiment besoin de prendre l'air, de sortir de Poudlard. Je... Si on pouvait au moins être amis...

– Amis ? répéta Draco.

Ce mot n'avait soudain aucun sens.

– Je... je ne sais pas, Malfoy ! Je t'ai dit, c'est compliqué, en ce moment. Et avec toi aussi, c'est compliqué... Pourtant, tu me manques. Ce qu'on avait, pendant les vacances, me manque...

Draco ne pouvait plus respirer. Comment faisait-on déjà ? Son cœur avait explosé car trop plein d'émotions, ses poumons s'étaient rabougris par manque d'air. Il avait manqué à Potter.

Par contre, amis ? Qu'est-ce que ce mot voulait dire ?

– Mais ma vie est... maudite, continua Potter, en détournant le regard. Il y a trop de choses que je dois gérer, je ne veux pas, je ne peux pas...

– J'ai compris, Potter, l'interrompit Draco, en hésitant entre rire et pleurer.

Potter l'accusait souvent d'en faire des caisses, mais il ne s'était sûrement jamais entendu parler. Ma vie est maudite. Ma vie est maudite, je ne peux, non, je ne veux pas...

Ridicule, songea Draco, les yeux secs. Pathétique.

Malheureusement, ça faisait quand même mal.

– Je n'attends rien de toi, dit-il simplement. Par contre, c'est toi qui invites aujourd'hui.

– C'est la moindre des choses, répondit Potter, en lui adressant son premier sourire de la journée.

xXx

Le reste du trajet dans le passage secret passa beaucoup plus vite. Maintenant que Harry avait dit à voix haute ce qu'il avait sur le cœur, il marchait d'un pas plus léger, et il s'autorisait à flirter avec Malfoy. Ce qui n'était pas vraiment sain ni honnête, quand il y pensait : il venait de demander à Malfoy s'ils pouvaient être amis...

Toutefois, sa petite Hermione mentale ne faisait pas le poids face au doux plaisir d'entendre les gloussements discrets de Malfoy, de sentir ses doigts entrelacer les siens un instant ou de recevoir ses coups d'épaule joueurs.

Harry n'avait qu'à faire semblant que le dernier mois et demi n'était pas arrivé et il se sentait bien. Heureux. Malfoy et lui se charriaient comme avant, se cherchaient comme avant et, quand ils atteignirent la trappe qui menait à Honeydukes, tout en haut des escaliers, ils s'embrassèrent comme avant, comme s'ils n'avaient jamais arrêté.

– Bonjour, souffla doucement Malfoy, en caressant les lèvres de Harry du bout des doigts, avec une expression proche de la vénération.

– Bonjour, répondit Harry, en l'entraînant dans un câlin sur un coup de tête.

Malfoy laissa échapper un petit cri de surprise mais ses bras se refermèrent autour de Harry sans hésitation. Ses bras se serraient et desserraient convulsivement dans le dos de Harry, l'attirant encore plus près de lui, le défiant de s'échapper.

S'étaient-ils déjà pris dans les bras ? Harry n'en était pas certain. Ils n'en avaient peut-être pas eu l'occasion jusque-là. Harry ne prenait dans ses bras que les personnes qui lui avaient manquées ou qu'il avait failli perdre.

Blotti contre l'autre sorcier, il eut l'impression de comprendre ce que cela faisait d'être un voyageur rentrant chez lui ou un marin touchant finalement terre. Émus aux larmes, ces nomades se promettent de ne pas repartir et se rongent les ongles à sang d'avoir un jour largué les amarres.

Pourtant, le lendemain ou le surlendemain, l'océan et le reste du monde les appellent et ils admirent déjà l'horizon avec envie. A chaque fois qu'ils reviennent, ils commettent la même erreur, ils oublient qu'ils chérissent leur port d'origine parce qu'ils n'y restent pas.

S'ils s'y installaient, le dégoût, le ressentiment et la lassitude allaient inexorablement s'infiltrer dans leurs cœurs, et c'était des sentiments qu'ils ne voulaient en aucun cas éprouver à l'encontre d'un lieu qu'ils aimaient. Oui, ils étaient contraints de s'éloigner, s'ils souhaitaient préserver leur Éden.

– Tu es fait en guimauve, le taquina Malfoy sans rompre le câlin, le nez fourré dans le cou de Harry.

Il respirait un peu plus fort que d'ordinaire.

– Tu me sniffes, Malfoy ? Je préfère être une guimauve qu'un type bizarre, rétorqua Harry, en caressant les cheveux de Malfoy.

Ils avaient poussé depuis le début de l'année scolaire et arrivaient maintenant aux épaules du blond. Harry les aimait bien comme ça. Il se retint de demander à Draco de les laisser longs. Il n'avait pas le droit d'exiger cela de lui;

– Tu ne sais pas quand te taire, Potter ? répondit Malfoy, sa gêne faisant trembler sa voix. Et arrête de bouger.

– Je ne bouge pas !

Malfoy inspira encore – il était définitivement en train de le sniffer – et il murmura :

– Bien.

Ils restèrent comme ça un long moment. Malgré son fantasme d'être un navigateur sans attache, Harry aurait voulu prendre un couteau et graver cet instant dans son cœur. Rien que Malfoy et lui entre deux mondes, et le temps suspendu.

Finalement, Malfoy relâcha son étreinte et regarda la trappe au dessus de leurs têtes.

– On y va ? J'ai vraiment besoin de pisser.

– On y va, confirma Harry en poussant résolument la trappe vers le monde des mortels.

Un instant plus tard, Draco poussait avec tout autant de résolution la porte des toilettes les plus proches.

xXx

– Est-ce que tu était obligé de choisir ce hibou-là ? grimaça Harry, en glissant plusieurs Gallions dans la paume de la main de Malfoy.

Le blond posa l'argent sur le comptoir avec un sourire satisfait.

– Merci Madame et bonne journée, dit-il poliment, avant de sortir de la Poste.

Il tint la porte une seconde de plus que nécessaire, permettant à Harry, sous la Cape, de se faufiler derrière lui.

– Trois Gallions ! Pour envoyer une lettre à ta mère ! rouspéta Harry, toujours invisible.

– Un très bel oiseau, commenta Draco, en prenant le chemin de Zonko, le magasin de farces et attrapes. Allons, ne fais pas ton imitation d'écureuil en colère, Potter, ça ne prend pas.

– Tu ne vois même pas quelle tête je fais, je suis invisible, rétorqua Harry, d'un ton supérieur.

– Bien vu, Potter. Tu as sans doute raison, je ne devrais pas me fatiguer à me représenter ton expression faciale actuelle. Mon imagination débordante ne pourrait sûrement jamais rivaliser avec les horreurs que la nature peut produire.

– Ah, la nature en fait des choses horribles, des cheveux couleur papier recyclé et des yeux comme un jean délavé...

– Un nid de corbeaux en guise de chevelure et un regard sirop à la menthe bon marché...

– Des angles pointus de partout et une langue de vipère...

– Des genoux tordus et des lèvres gercées et des sourcils comme des chenilles et... voilà Zonko.

Harry bénit le fait que Malfoy ne puisse pas le voir car il bugua bêtement pendant une seconde, ne comprenant pas ce que le blond venait de dire. Absorbé par leurs chamailleries, il ne s'était pas rendu compte qu'ils étaient arrivés devant le magasin de farces et attrapes.

Il regretta très vite d'avoir insisté pour y aller. Zonko débordait d'élèves de Poudlard et Harry était obligé de faire des exercices de contorsionniste pour ne pas marcher sur les pieds de quelqu'un et trahir sa présence.

Malfoy, lui non plus, n'avait pas l'air ravi d'être bousculé en tous sens. Cinq minutes après être entrés dans la boutique, ils en ressortirent avec un soupir soulagé, les poches remplies de Bombabouses, de Savons Sauteurs et de Tasses à Thé mordeuses.

Comme c'était une belle journée ensoleillée, ils décidèrent de continuer leur balade, plutôt que de se réfugier aux Trois Balais.

Harry craignait aussi, il fallait l'avouer, de s'asseoir face à Malfoy dans l'auberge et d'être encore une fois pris par l'envie irrépressible de l'embrasser… ou plus. Il ne voulait pas tenter le diable.

De toute manière, Malfoy semblait content de marcher avec lui dans les rues enneigées de Pré-au-Lard. Il lui racontait avec passion et moult détails les ragots de Serpentard. Harry ne l'écoutait que d'une oreille, en partie parce qu'il ne connaissait aucune des personnes dont Malfoy parlait, en partie parce qu'il était trop occupé à le regarder, lui et la vapeur qui s'échappait de sa bouche.

Ils gravirent la petite colline qui menait à la Cabane Hurlante en se taquinant. Arrivés au sommet, ils se lancèrent aussitôt dans une bataille de boules de neige absolument inéquitable, car Harry était toujours invisible.

Après que Malfoy, détrempé et frigorifié, ait déclaré forfait, ils s'accoudèrent à la barrière, le souffle court. Harry garda sa Cape d'Invisibilité.

La neige semblait étouffer tous les sons, hormis celui de leur respiration. Le silence était apaisant. C'était comme s'ils étaient seuls au monde.

Harry aurait pu passer la journée là mais, à un moment donné, Malfoy se tourna vers lui et avança la main dans les airs. Ses doigts se refermèrent à cinq centimètres de la joue de Harry, sur du vide.

Un flash de mélancolie traversa ses yeux gris.

– C'est injuste que tu puisses me voir et pas moi, murmura-t-il avec une franchise déconcertante. Ah, avant que j'oublie, Potter… ta Carte.

Il tendit aveuglément la Carte du Maraudeur vers lui et Harry sortit la main de sous sa Cape pour la prendre.

Leurs doigts se frôlèrent, avec une sorte d'étincelle ridicule. Sans réfléchir, Harry se pencha et embrassa l'autre garçon à travers le fin tissu de la Cape d'Invisibilité.

Malfoy fit un petit ''Oh !''. Sa surprise passée, il pressa un instant ses lèvres contre celles de Harry, les yeux fermés et l'air grave, avant de reculer lentement la tête.

Harry ne pouvait pas supporter son air blessé et il se colla contre Malfoy, l'emprisonnant dans ses bras. Malgré la Cape et leurs vêtements, être tout contre le blond fit battre son cœur de façon erratique, et un flot de souvenirs encore tendres lui revint en mémoire.

Malfoy écoutant Nevermind pour la première fois. Malfoy avec son tee-shirt des Weird Sisters qui lui servait de pyjama. Malfoy lui embrassant passionnément le cou. Malfoy gémissant de plaisir quand Harry lui rendait la pareil. Malfoy le masturbant. Harry lui faisant une fellation.

A quelques millimètres de l'entrejambe de Harry, il y avait le sexe de Malfoy. Harry sentit toute pensée rationnelle le quitter. Sirius Black ? C'était comme s'il n'en avait jamais entendu parler.

Son érection commençait à se faire douloureuse et Harry se frotta contre la jambe du Serpentard, cherchant à soulager sa tension. Il grogna sans retenue, son invisibilité lui donnant l'impression que cela n'arrivait pas pour de vrai et que tout était permis, même de se servir de Malfoy comme ça.

Visiblement, Malfoy n'avait pas le même raisonnement que lui.

– Tu ne sais pas ce que tu veux, Potter, souffla-t-il en s'écartant, ses bras repoussant aveuglément Harry.

Toi ! C'est toi que je veux ! criait une petite voix dans le cœur et les veines de Harry, mais le brun l'ignora.

– C'est vrai, je suis paumé… Mais je ne m'excuserai pas pour t'avoir embrassé, répondit-il, en regardant Malfoy droit dans les yeux, même si cela ne servait pas à grand chose, le blond ne le voyant pas.

– Embrassé ? répéta Malfoy, l'air incrédule, son expression attendrie transformée en une grimace amère. Ton prétendu baiser n'était pas plus matériel que du vide. Tu es aussi insaisissable que du vent, Potter.

Malgré le côté grandiloquent de cette réplique, Harry se la prit de plein fouet, comme un parpaing dans la gueule. Ça faisait mal, parce que c'était vrai. Ce que Malfoy et lui avaient était un fantasme sans avenir, quelque chose de fragile qui ne menait à rien.

Quelques conversations par P.d.C, quelques baisers, quelques fous rires... c'était bon, ça avait rendu Harry heureux, mais Harry n'avait pas le temps ni l'énergie de chercher le bonheur ou de construire une relation secrète avec Malfoy. Une relation... l'idée même le dépassait.

Il avait treize ans et un tueur en série à ses trousses. Treize ans ! Il ne s'imaginait pas sortir avec quelqu'un. Il ne savait même pas ce que ça impliquait : s'offrir des cadeaux, se dire bonne nuit, manger à la même table ?

– Montre-toi, grogna Malfoy. Je déteste te parler quand tu es là-dessous.

Harry tira sur sa Cape, pour montrer son visage déformé par la colère et la frustration. Il était sûr d'une chose : il n'était pas du vent. Il avait proposé à Malfoy d'aller à Pré-au-Lard ensemble et il était bien là, il était venu. Pourquoi ne pouvaient-ils pas continuer à se charrier et à faire des batailles de boules de neige ?

– Tu n'es qu'un mirage, dit Malfoy en détournant la tête, comme si Harry le dégoûtait.

– Tu racontes n'importe quoi, Malfoy, ricana Harry, un peu cruel, un peu hébété. Je suis là, devant toi.

– Maintenant oui. Mais tu as disparu de ma vie pendant un mois, Potter.

Harry battit des paupières.

– J'avais oublié ton amour pour le drame, Malfoy, répliqua-t-il, avec un petit rire sans humour. Sincèrement, on aurait dit une réplique de mauvais film. Tu vis ta vie comme si c'était un roman, avec tes belles métaphores ou je ne sais quoi.

– Peut-être, mais moi au moins je ne me fous pas de toi !

– C'est que tu penses ? Vraiment ? Que je te mène en bateau ?

– Tu l'as dit toi-même, Potter, ta vie est un merdier ! Je n'ai aucune envie d'être un de tes nombreux problèmes ou secrets, articula Malfoy entre ses dents, sa magie craquant autour de lui.

– Et tu ne t'es jamais demandé de qui c'était la faute si j'avais une vie pourrie, une vie maudite ? hurla Harry.

Pendant quelques secondes, se fut comme si on avait mis le monde sur pause. Puis, tout se remit en marche.

– Qu'est-ce que tu insinues, Potter ? demanda lentement Malfoy, comme s'il avait mal entendu.

– Allons, Malfoy, ne joue pas à ça avec moi, dit Harry avec cruauté.

Maintenant qu'il était lancé, il avait l'impression que rien ne pourrait l'arrêter sauf, éventuellement, une météorite qui s'écraserait sur l'Ecosse.

– On sait tous les deux ce que tu m'as fait boire contre mon consentement, Malfoy.

D'où venait cette haine ? En pensait-il seulement un mot ?

– Je vois, dit Malfoy d'un ton neutre, sa rage trahie par ses narines dilatées et ses pommettes tressaillantes. Je t'ai cru, quand tu m'as dit que tu ne regrettais pas cet incident. Tu m'as même remercié pour t'avoir sauvé la vie, Potter, continua-t-il, toujours de son ton insupportablement neutre.

– Je me rappelle très bien de ce que j'ai dit dans la Forêt après le cours sur les Hippogriffes. Mais Malfoy, ne fais pas semblant d'être moins intelligent que tu ne l'es. Tu l'as bien senti que la Forêt nous faisait dire n'importe quoi, que c'était elle qui parlait !

– Tu ne m'as jamais pardonné pour l'incident, réalisa le blond, en ouvrant de grands yeux. Pour quelque chose que j'ai fait dans la panique, à onze ans ! Je… Je ne veux pas en entendre plus, Potter. C'est toi, la malédiction… tu blesses tous ceux qui ont la folie de vouloir être proches de toi.

– La malédiction, c'est le sang de licorne qui nous pousse l'un vers l'autre contre notre volonté ! cria Harry avec désespoir, ne sachant comment rattraper le tir et enveninant encore plus la situation.

– Ah, parce que maintenant c'est à cause du sang de licorne qu'on passe du temps ensemble ? C'est à cause de l'incident si tu as quasiment vécu dans mon dortoir pendant une semaine ? rit Malfoy, hystérique. Merde, je n'y crois pas ! Tu… tu es vraiment pire que tout, Potter. J'en ai fini avec toi.

Harry regarda Malfoy s'en aller en se demandant ce qu'il venait de faire. Il n'avait apparemment pas besoin de sang de licorne pour foutre sa vie en l'air.

xXx

Dortoir de Serpentard

« Draco Malfoy : J'espère que tu es actuellement en train de te gausser, allongé sur un canapé, la tête sur les genoux de Parkinson. Au moins, un de nous deux n'aurait pas envie de mourir. Raconter à Snape que j'étais à Pré-au-Lard, pour te venger ? Même de ta part, c'est un coup bas. J'ai perdu la Carte du Maraudeur dans l'histoire et ma Cape d'Invisibilité. Dommage que j'aie toujours mon Parchemin de Communication, j'aurais aimé qu'un prof m'en débarrasse. Ca me fait trop penser à toi, et pas en bien, Malfoy. »

« Harry Potter : Si tu y tiens tant, jette ton P.d.C, Potter ! Après ce message, le mien deviendra un petit tas de cendres. »

En dépit de ce qu'il venait de prétendre, Draco ne parvint pas à détruire son Parchemin de Communication. Il le plia en huit avec application, avant de le ranger tout au fond de sa malle, en se promettant de ne plus jamais y toucher.

Le reste de l'année passa, ni rapidement, ni lentement. Passa tout simplement.

Aux alentours de Pâques, Granger le gifla mais Draco ne se souvenait plus pourquoi.

Mi-avril, Potter et lui s'affrontèrent sur le terrain de Quidditch. Malgré tous les efforts de Draco, l'équipe de Gryffondor gagna la Coupe.

En Juin, la période des examens de fin d'année commença, lui permettant de se plonger dans ses révisions sans que personne ne vienne le faire chier. Pansy et Blaise avaient tous deux remarqué que les derniers mois n'avaient pas été faciles pour lui mais Draco aurait préféré revivre sa dispute avec Potter devant la Cabane Hurlante plutôt que de leur avouer qu'il était amoureux du Survivant.

Le moment de prendre le train pour Londres arriva finalement. Pendant que ses camarades débattaient avec animation de l'évasion inexplicable de Sirius Black, enfermé sans baguette dans le bureau du Professeur Flitwick au septième étage, Draco regardait le paysage défiler derrière la fenêtre.

Il ne reverrait pas Potter avant deux longs mois, et il hésitait entre délivrance et désolation.


A Suivre...


Prochain chapitre en ligne le 26 mai : Début de la 4e année ! Petit accrochage dans le train et fouine rebondissante...

Ouaip, Harry et Draco se disputent comme des idiots. Je sais. C'est nul, mais c'est comme ça. C'est des sales gosses.

J'espère tout de même que cette histoire vous plait toujours ! N'hésitez pas à me laisser vos avis et impressions :)