Corrigée par Auro75, merci à elle

Chapitre 10 - Laisser parler son cœur

Appartement de Thomas - Aux alentours de 4h du matin

La sonnette retentit dans tout le loft faisant sursauter et glisser du canapé Thomas. Il s'était assoupi un instant, laissant la pression des dernières heures redescendre. Grognant, une douleur diffuse dans les fesses et le crâne, il se remit sur ses pieds et commença un trajet à l'aveugle vers sa porte.

La sonnette se fit entendre une deuxième fois et Thomas maugréa. Qui que ce soit, il allait réveiller le blond qui squattait son lit. A cette réflexion, les derniers événements rattrapèrent la conscience du jeune brun et il se figea, puis se tourna lentement, se maudissant dans sa stupidité, et saisit son arme qui l'attendait, posée sur sa table basse.

Dans le noir, à pas feutrés, il gagna sa porte d'entrée, se collant au panneau de bois, son arme prête à servir. Il maudit son absence de judas et lentement appuya sur la poignée, entrebâillant le battant et glissant son arme par l'ouverture. Il entendit un juron et se recula en souriant. Fry.

Il ouvrit la porte au black et s'excusa pour son pistolet.

- Désolé, mais la nuit fut un peu galère.

- Pas grave, mec, juste ça surprend de se faire ouvrir par une arme. Répondit le jeune homme en souriant. Mais c'est aussi cool de voir que tu prends si à cœur la sécurité de Newt.

- Ouep, d'ailleurs j'espère que tu l'as pas réveillé, il a bien besoin de repos.

- Mais non, t'inquiète. Mère poule ou accro ? Demanda Fry en évitant la claque de Thomas sur sa nuque.

Les deux jeunes hommes avaient de suite sympathisé après leurs rencontres quelques mois plus tôt, se découvrant de nombreux points communs dont notamment un sens de la fête similaire. Thomas et Fry aimaient rire, danser, bouger et pousser volontiers la chansonnette pour épater les autres. Ils étaient des bons vivants.

- Accro... Soupira l'inspecteur. Oui, je crois que je peux dire ça. Pétard, quand tu me parlais de lui, j'avais pas capté à quel point il était fascinant.

Fry rigola ouvertement en s'asseyant sur le canapé de son ami et prenant la bière qu'il lui tendait. Il avait su avant tout le monde que le duo Thomas/Newt ferait des étincelles au sein de la bande. Bande que Thomas avait intégré un peu sans s'en rendre compte. Ils avaient très longtemps fonctionné entre eux, se liant peu voire pas du tout aux autres. Puis certains avaient fait des rencontres et le cercle s'était agrandi incluant les conquêtes du moment, garçon comme fille. Cette ambiance entre eux, ce qu'ils ressentaient, leurs amitiés quasi fraternelles en avaient fait fuir plus d'un ou une. Notamment pour Fry qui peinait à trouver celle qui ferait battre son cœur. Mais le jeune homme n'était pas particulièrement pressé, prenant ce que la vie lui donnait, évoluant au gré des envies. Il était depuis un an centré sur sa carrière qui prenait un bel essor et attendait avec impatience de voir si son travail lui donnerait la promotion qu'il attendait avec impatience. Il était un des agents en charge des contrats de la sécurité de la ville au sein de la mairie de Seattle. S'il faisait ses preuves, nul doute qu'il pourrait prétendre au poste d'adjoint à la sécurité du territoire.

En réponse à son rire franc, Thomas grimaça un sourire, pas vraiment convaincu que son attachement au séduisant écrivain soit une bonne chose.

- Je suis pas sûr que le fait de le trouver fascinant soit la meilleure idée du siècle cependant. Expliqua-t-il à Fry en se préparant à partir pour le poste central.

- D'après Gally, le terme « dévorer des yeux » serait bien plus juste. Pouffa Fry sous le rougissement significatif du brun. Mais je ne pense pas comme Gally « mère poule ». Newt a besoin de toi, autant pour régler toute cette merde que pour avancer. Il stagne en ce moment dans son rapport aux autres et Alby, Teresa et moi on l'a bien remarqué. Minho et Gally ne pensent qu'à le protéger mais on ne peut pas le protéger de tout. Ils l'ont tellement couvé cette dernière année qu'il n'a flirté avec personne. Et c'est pas bon ça, pas bon du tout. Jorge le dit assez, on doit s'ouvrir aux autres. Tu feras du bien à Newt même si vous ne finissez pas ensemble.

Thomas hocha la tête, comprenant bien qu'à travers ces mots, il avait la bénédiction du black pour draguer le magnifique blond. Il n'allait pas s'en priver de toute façon. Il termina de se préparer et donna quelques consignes de sécurité à son ami avant de passer vérifier que son invité était toujours endormi.

Il entra doucement dans sa chambre et ne put s'empêcher de sourire, attendri. Dans la clarté filtrant de l'éclairage du dehors, Newt avait un visage d'ange, ses mèches blondes éparpillés sur l'oreiller comme une auréole. Il semblait bien plus détendu, calme et serein. Thomas s'avança et posa un baiser sur son front, tirant un grognement adorable de la bouche de l'endormi.

- Ouep, tu es cuit, mec. Commenta Fry qui l'avait suivi.

Thomas rougit spontanément sous la remarque, puis se tourna, envoyant un beau fuck à son ami. Fry pouffa ouvertement en le suivant vers la porte d'entrée. Les jours suivant allaient être passionnants à suivre pour ce duo qui se formait. Fry avait presque hâte de voir comment les choses allaient tourner.

Il ferma à double tour la porte derrière le policier puis jeta un coup d'œil à Newt. Le blond dormait toujours. Il regagna le canapé en sortant son téléphone de sa poche arrière, enclencha la touche « raccourci » pour joindre Alby. Il lui fit un rapide compte-rendu de la situation, prit les dernières nouvelles communiquées par Minho et se laissa glisser dans un demi-sommeil. Il avait au moins trois heures devant lui avant de devoir réveiller le blond et refaire un point avec les forces de l'ordre. Le temps d'une bonne sieste pour avoir le courage de tenir la journée du lendemain.

Appartement de Thomas - Au lever du jour

Newt s'éveilla doucement, reprenant lentement conscience de son état d'esprit, des tourments de son âme et de son cœur, se remémorant les derniers événements et les circonstances de sa venue dans ce lit bien moelleux. Il ouvrit les yeux et admira la vaste pièce qui reflétait le tempérament de Thomas.

Les murs peint en pastel invitait au calme, des tableaux modernes étaient comme autant de tâches de couleurs égayant la pièce et le mobilier en bois noir, sobre et élégant rajoutait juste le trait de caractère manquant au décor. A côté de la fenêtre, le bureau du jeune brun était bien encombré de papier et de matériel informatique. Newt y distingua deux cadres photos, sûrement la famille de son hôte.

Il se tourna et son regard se posa sur la porte du dressing de l'inspecteur et son sourire tranquille se mua en sourire franc et amusé. Sur la porte, des centaines de magnets différents étaient collés. Il aperçut dans le lot, des écussons d'équipe de base-ball, des enseignes de grands groupes de la distribution, des photos de chanteurs ou chanteuses, et des mots. La collection était impressionnante.

Newt s'étira et se leva lentement, grimaçant de se sentir habillé. Sa jambe était douloureuse des dernières heures et il râla de ne pas avoir sa cane pour l'aider. S'appuyant avec force sur le bord du lit, il réussit à se mettre debout. Puis, sautillant sur sa jambe valide, il quitta la chambre, se demandant bien qui avait passé la fin de nuit avec lui dans l'appart. Une odeur de café lui chatouilla les narines dans le couloir et il sourit en reconnaissant la voix grave de Fry en train de chantonner aux rythmes de la radio.

Il entra dans le vaste salon-cuisine de Thomas et se racla la gorge, rigolant au sursaut de son ami.

- Pétard, Newt, tu m'as fait peur. Râla le jeune black en s'avançant vers le blond.

Il le prit dans une forte étreinte, fermant les yeux de tendresse et se sentant de suite rassuré de le tenir contre lui. Newt se laissa aller dans le câlin. Fry était tactile et Newt n'avait jamais eu de soucis avec cet état de fait. Les étreintes de Fry avaient toutes un sens et celle-là visait clairement à le rassurer sur le fait qu'il était bien en vie.

Fry le lâcha puis l'aida à s'asseoir sur un des tabourets du bar de Thomas.

- Je t'ai fait un petit-déjeuner de roi mon Newty. Thomas avait un frigo bien rempli. Commença Fry en reprenant place devant la plaque à induction. Pancake comme tu aimes et café fort, avec un flan à la cannelle.

Les yeux de Newt brillèrent de gourmandise. Fry était un as de la cuisine et il connaissait ses goûts par cœur. Il le remercia d'un sourire et commença de suite à manger, se rendant soudain compte qu'il était affamé.

- Bon appétit mon Newty ! Ça fait plaisir de te voir avec de l'appétit.

- Merci Fry. C'est grâce à toi, tu sais que je suis incapable de résister à ta cuisine. T'es le meilleur. Le remercia le blond avec un sourire sur ses lèvres rougis de confiture à la myrtille, son péché mignon.

Fry se posa en face de lui et mordit aussi avec un gémissement de satisfaction intense dans un pancake doré à souhait. Pendant un moment ils mangèrent en silence puis l'écrivain demanda :

- Thomas est reparti au poste ?

- Oui, il a été rappelé par son travail. Minho m'a fait un topo de la situation il y a pas une demi-heure.

- Raconte. Demanda le jeune blond en se resservant du café.

-Ok. Ils ont chopé le Grant mais ce type a réagit vite et a demandé à avoir un avocat. Un gros con d'après Teresa qui défend les mafieux et les truands de l'état sans s'occuper de sa conscience. Donc, autant dire que l'interrogatoire est difficile et long. L'avocat fait obstruction sur tout.

- Je vois bien le genre. Mais s'il a pu avoir aussi vite un avocat c'est qu'il a peut-être contacté sa patronne.

- Ouep ! Les gars y ont pensé et tâchent de se renseigner de ce côté-là, mais le technicien des communications du poste commence pas avant neuf heures.

- Donc faut attendre qu'il arrive. En déduisit le blond en s'essuyant la bouche avec une serviette en papier.

- Exact, mon chou ! Fry commença à rassembler les reliefs de leurs petit-déjeuner avant de poser la question qui lui taraudait l'esprit depuis le coup de fil de Minho. Et toi, ça va ? Remis de ce qu'a dit le Norve ?

Newt se figea en plein pliage de sa serviette de papier. Il souffla un bon coup et releva un regard un peu perdu vers son ami. Les événements de la nuit éclatant en flash dans son esprit la peur de la course poursuite malgré son calme apparent, la rage devant les mots du prisonnier de Thomas et Minho, et puis cette peine immense qui l'avait accompagné toute la nuit et qu'il ressentait encore maintenant malgré les mots et gentillesses de Fry.

- Je... Je suis perdu Fry, complètement perdu. On avait les conclusions qui se disaient officielles, on y croyait tous. Commença le jeune homme. Mais tout n'est que mensonge, un énorme mensonge. Je suis le seul coupable, coupable d'avoir pris des vies, coupable d'avoir brisé des familles, coupable des morts de Ben, Winston et Chuck...

- Non, Newty, tu n'es coupable de rien. Tu es une victime comme nous tous. Le contra avec force le black en posant sa main sur son épaule. Tu te penses et te crois coupable parce que ce Janson en a après toi et ta vie. Mais c'est eux les fous, eux qui ont pressé les détentes, eux qui ont tout manigancé. Nous, nous sommes les cibles et les victimes. Et toi, encore plus que nous, parce que tu ne sais même pas ce qu'on te veut au final.

Newt le regarda intensément, ses yeux sombres s'emplissant de larmes, il se laissa aller contre son ami. Fry le serra contre lui, passant ses doigts dans les cheveux fins du blond, murmurant tout bas des paroles de réconfort.

- Sois fort, jeune padawan, tu vas en avoir besoin. Souffla le cuisinier en souriant doucement et se penchant pour embrasser le crâne du plus jeune. On est là et on pense tous pareil, tu le sais bien. Et les autres ne comptent pas.

- Merci Fry, tu es un vrai ami.

Newt se dégagea doucement de l'étreinte, essuya ses yeux et adressa un pâle sourire à son ami pour le rassurer un peu. Il allait pour rajouter quelque chose quand la sonnette retentit dans l'appartement, les figeant tous les deux sur place. Newt trembla involontairement, il était encore à fleur de peau. Fry contourna le plan de travail et prit dans ses mains le grand couteau de cuisine qu'il avait posé là dans l'éventualité d'une attaque.

Newt le regarda en fronçant les sourcils, mais Fry ignora sa surprise et d'un mouvement de la main, lui enjoignit de se lever pour se planquer dans la salle de bain qui fermait à clé. La sonnette se fit de nouveau entendre ainsi qu'une voix grave à l'accent espagnol.

- Fry, Newt, c'est Jorge. Ouvrez.

Newt souffla et Fry abaissa son arme improvisée. Mais les recommandations de Thomas flottait dans son esprit. Il se devait de contrôler l'identité de leurs visiteurs. Il s'avança jusqu'à la porte et se colla contre le panneau de bois. Avec Thomas, ils avaient convenu d'un mot de passe pour confirmer les identités.

- Mot de passe ? Demanda le black. Les mots qu'il attendait étant le titre du troisième livre du blond.

- Liberté fondamentale. Répondit la personne derrière la porte.

Fry poussa un soupir de soulagement et ouvrit la porte en grand livrant passage à Jorge, le psy de la bande. Il donna une franche poignée de main à son ami et le fit entrer dans l'appartement. Newt se leva en le voyant et fondit dans ses bras, lui réclamant une forte étreinte. Jorge le prit sans hésitation contre lui, mais adressa un long regard de ses yeux noirs à Fry, lui demandant indirectement l'état d'âme du blondinet.

- Mal, troublé. Je vous laisse un moment, je dois prévenir mon patron que je ne serai pas au bureau ce matin. Fry prit son téléphone, reposa le couteau et quitta la pièce s'enfermant dans la chambre du brun pour téléphoner en paix.

Newt s'écarta de Jorge et lui adressa un sourire crispé avant de baisser la tête, soudain honteux de ses réactions d'enfant. Il se crispa quand Jorge passa un doigt sous son menton et l'obligea à se redresser, plantant son regard noir dans le sien. Le psy soupira, visiblement agacé du trouble renvoyé par les prunelles du jeune homme.

- Pas d'apitoiement, pas de culpabilité, pas de tort. Tu es la victime, au même titre que les autres. Commença Jorge en le faisant se rasseoir sur le tabouret. Il se posta devant lui et continua. Tu as repris en une nuit le regard que tu avais un an après les faits. Un regard plein de doute, plein de souffrance, et surtout plein de cette culpabilité d'être encore vivant. Ce regard était normal à cette époque, mais pas maintenant.

- Mais... Tout me désigne comme responsable, Jorge. Tout est arrivé par...

- Non ! le coupa l'homme. Rien n'est ta faute. Tu es un enfant Newt, un enfant victime de la folie d'une poignée d'hommes. Le passé de tes parents, leurs actes, leurs vies ne seront jamais de ton fait, ne feront jamais de toi un coupable. Tu as eu ta vie, et en aucune façon elle ne peut être responsable de ce qui s'est passé et de ce qui va arriver.

- Mais j'ai peur, mal et puis cette peine qui est là. Il posa sa main sur son cœur pour appuyer ses mots. Sans parler de ma rage. J'aurais pu le tuer hier soir ce type, je te jure que j'aurais pu. Il avait aucun remord, aucune honte... Rien... Il frissonna intensément sous les sensations que lui renvoyaient son corps et sa mémoire.

- Oui, c'est normal que ce type ne ressente rien pour ce qui t'a si profondément marqué. Ce type n'avait personne dans les morts de ce jour, personne qu'il chérissait comme toi tu aimais Chuck, Ben et Winston. Et surtout, ce type a perdu son âme depuis longtemps, son sens de la vie est émoussé, tronqué par les actes de folie qu'il a dû accomplir. Tu ne l'aurais pas tué. Tu le crois parce que tu étais en colère, très en colère mais tu te serais arrêté avant. Au pire, il aurait eu très mal au crâne et à la gorge.

- Tu crois vraiment ?

- Oui Newt, parce que tu as un cœur et que tu as appris que toutes les vies sont précieuses même quand elles ne méritent pas d'être sur Terre. Jorge lui adressa un sourire tendre en pressant son épaule. Il passa de l'autre côté du plan de travail et se servit un verre de jus de fruits qu'il avala d'une traite avant de reprendre. Ta rage est aussi légitime. Elle s'est réveillée avec la réouverture du dossier. Tu veux des réponses et tu retrouveras ton calme quand tu les auras. Mais ta rage ne doit pas devenir un handicap, tu dois t'en servir comme d'une force. Tu dois te servir d'elle pour aller plus loin Newt, comme quand il a fallu se remettre debout.

Le blond soupira. Comment oublier les durs mois de rééducation quand il tenait à peine assis dans un fauteuil roulant sans crier de douleur ? Comment oublier les heures de souffrance et de torture dans les barres parallèles pour retrouver un semblant d'autonomie ? Comment oublier les pleurs et la douleur de ces moments horribles ? Il avait mis comme un cache sur ses souvenirs douloureux en écrivant et avec les derniers événements, tout revenait sur le devant de sa mémoire.

- Au-dessus, au-dessus Newt. Tu en es capable, je le sais. Affirma Jorge en le fixant. Ce combat tu vas le mener avec Minho, Gally, Fry et les autres. Vous allez tous traverser ça et en ressortir encore plus grand. Et moi je pourrais partir, en retraite, aux Caraïbes avec mes honoraires. Rajouta-t-il en souriant narquoisement.

Newt éclata de rire sous la blague récurrente du psy. Jorge était un bon vivant qui aimait la vie et faisait volontiers des blagues avec les jeunes patients de son cabinet pour dédramatiser les situations critiques. Newt était pourtant habitué à ses paroles pleines d'humour mais le ton de l'homme était toujours tellement désabusé dans ces moment-là, qu'il rigolait à tous les coups.

Il se calma doucement et reporta son attention sur son psychiatre. Il lui sourit et dit avec conviction.

- Oui, chef ! Au-dessus, toujours au-dessus ! On va vaincre !

- Parfait gamin ! Le sourire de Jorge devint éclatant. Il lui tendit sa main et Newt tapa dedans dans un check plein de confiance retrouvée.