Deux mois se sont écoulés depuis ce jour où il m'a abandonné et durant ce laps de temps, je n'ai pas revu une seule fois Peter.
Le corps de Sylar a été découvert quelques jours plus tard dans un entrepôt abandonné, salement amoché. La police recherche toujours le coupable de ce « crime atroce ». S'ils savaient … D'ailleurs, je n'ai jamais su comment il a pu retrouver ses pouvoirs.
Sylar mort, j'ai pu retourner dans ma véritable famille. Nathan et Anglela, bien que ne m'ayant rien dit, semblent très fiers de cette fameuse décision de Peter. Heidi s'est contentée de hocher la tete lorsqu'elle s'est faite passer un savon par son mari.
J'ai été accueillie à bras ouvert chez moi, à Odessa. Tous ont été heureux de me revoir mais moi, non. Rien n'est plus pareil. Maintenant que j'ai goûté à lui, je n'ai plus le goût à rien.
Evidemment, j'ai réintégré mon lycée et Zach m'a sauté dessus dès mon arrivé. Son enthousiasme a réussi à m'arracher un pauvre sourire. Mais le fait de revenir ici, de passer devant cette vitrine où je l'avais rencontré m'empêche d'avancer.
J'ai définitivement abandonné l'idée de devenir cheerleader vu où cela m'a mené les deux autres fois. Plus jamais.
A certains moments, j'ai l'impression de sentir sa présence. Il paraît que ça arrive à une personne à qui il manque un bras mais qu'elle continue de croire qu'elle en a un. C'est horrible, je le sais, mais c'est ce que je ressens.
Je ne suis plus que l'ombre de moi-même et je n'arrive pas à digérer ce que Peter a fait. Comment a t il pu ? Alors que Heidi était de notre côté et que nous venions de nous retrouver. Non, c'est idiot, nous ne nous étions pas retrouvés, nous avions juste succombé à nos envies.
De plus, je peux comprendre que cet épisode ait pu traumatiser Peter. C'est la première fois qu'il se laissait totalement aller avec moi pour se prendre quelques secondes plus tard, un coup de poing de son frère.
Bien sûr, j'aurais pu fuir d'Odessa pour retourner à New York mais à quoi cela aurait-il servit si Peter ne veut plus se donner la peine de poursuivre notre relation. Nous donner la peine. Je me souviens encore des mots de Heidi qui m'avaient redonné tant d'espoir, qui maintenant ne correspondent plus a rien.
Alors je tente d'avancer, pensant que le temps arrangera les choses mais je n'y crois pas beaucoup. Zach a bien remarqué mon état mais je me suis interdit de lui révéler quoique ce soit. Il ne comprendrait pas. Personne ne le peut.
Je suis tombée amoureuse de mon oncle et cet amour m'a totalement détruite. Qu'ajouter d'autre ? Je ne veux plus le revoir, plus penser à lui, simplement l'oublier. Mais c'est si dur.
Je referme mon journal intime et le pousse sur mon bureau. Je me lève en nouant mes cheveux en queue de cheval et passe devant mon miroir. Je m'arrête et fais quelques pas à reculons pour m'attarder sur mon reflet.
Je le trouve triste à mourir et m'en détourne rapidement. Je suis devenue la preuve vivante qu'un inceste ne mène à rien de bon. Ma mère m'appelle d'en bas pour dîner.
Devant mes parents et Lyle, je tente de sauver les apparences et durant ce dîner, je me force à sourire et à rire. Il faut que je garde espoir qu'avec le temps, je m'en remettrais. Je dois guérir. Guérir de lui.
Je me couche tôt le soir même, après avoir appris ma leçon de maths pour le contrôle du lendemain. Questions résultats scolaires, je m'en sors, puisque j'applique la même méthode que chez Nathan : s'abrutir dans le travail. Et ça marche.
Une lueur plus vive qu'à l'ordinaire me réveille. Aurais-je oublié de fermer les rideaux ? En ouvrant les yeux, je ne découvre pas mon plafond habituel. Brusquement, je m'assoie et le drap qui glisse sur moi dévoile ma nudité.
Je le ramène illico presto sur moi et examine ce qui m'entoure. Un coup d'oeil me suffit à reconnaître l'endroit. Il s'agit de l'appartement de Peter à New York. Mais qu'est-ce que je fous là ?
Une présence remuant à mes côtés ne me laisse pas le temps de plus m'interroger et je tourne la tête vers la droite pour découvrir l'autre occupant du lit. A mes côtés, Peter, tout aussi peu habillé que moi mais heureusement recouvert par le drap, s'éveille en douceur en remuant. Il pose ses yeux marrons sur moi et me lance :
- Bonjour ma beauté.
Il passe sa main sur le bas de mon dos nu et ce contact si surprenant me fait bondir. Je tente de sortir du lit mais je m'entortille dans le drap plus qu'autre chose. Heureusement d'ailleurs, sinon, je me serais retrouvée totalement nue en dehors, maintenant que j'y pense.
Dans un geste habile, Peter me saisit par la taille et me colle à son torse nu. J'essaie de me décoller de lui mais il a bien trop de force.
- Où compte tu t'enfuir comme ça jolie blonde ?
- Ca ne va pas, Peter ?! m'exclamé-je. Il n'y a rien que te dérange là ?
- La seule chose qui me dérange, c'est ton absence, révèle-t-il, d'un ton très sérieux.
Soudain, je m'éveille en sursaut, accompagnée de mon réveil. Je me mets assise sur mon lit bien à moi, dans ma chambre bien à moi. Ce n'était qu'un rêve ? Il avait l'air tellement réel.
Je me souviens du contact de sa peau tiède contre la mienne, son souffle, ses yeux, tout semblait réaliste. Comme si je l'avais vécu. Un frisson s'empare de moi et je m'empresse de sortir de mon lit pour aller me remettre les idées en place grâce à une douche bien chaude.
Après ça, je me sens déjà mieux mais ce rêve m'a quand même sacrément perturbé. Bien sûr, depuis mon retour, j'ai déjà rêvé de Peter mais jamais avec autant d'intensité et dans une telle situation.
La journée passe sans événements exceptionnels. Une journée de plus dans la vie morose de Claire Bennet. Je m'apprête à rentrer chez moi lorsque :
- Souris Claire ! m'agresse Zach en faisant le pitre devant moi.
Je lève les yeux au ciel et le contourne pour poursuivre ma route. Evidemment, Zach ne me lâche pas.
- Je suis prêt à faire n'importe quoi pour te faire sourire aujourd'hui.
- J'ai mal dormi cette nuit, avoué-je.
- Et c'est ça ton excuse bidon pour les deux mois qui viennent de s'écouler ?! proteste Zach en me tapant gentiment l'épaule.
Je le contemple avec un regard dans le genre : « Fous-moi la paix, tu commences à être lourd ». C'est mal connaître mon meilleur ami :
- Tu m'as pourtant tout dit concernant tes bizarreries.
- Moins fort ! m'exclamé-je alors que nous passons devant un groupe d'élèves.
- C'est bon. Je veux savoir Claire. Je veux savoir ce qu'il s'est passé lorsque tu étais à New York et ce qui t'as rendu à l'état de cadavre ambulant.
- Zach …, supplié-je.
- Tu m'as tout raconté la première fois, pourquoi pas cette fois ? Qu'est-ce qui a changé ?
- Rien. Et puis arrête de me harceler avec ça, je ne te dirai rien, à point c'est tout !
- Non.
Zach se positionne devant moi, me bloquant le passage, et croise fermement les bras sur son torse.
- Ca fait deux mois et ça suffit. Claire, tu sais que tu peux tout me dire et tu vas le faire, ici et maintenant.
Je le dévisage et découvre qu'il est extrêmement sérieux, ce qui est très rare chez lui.
- Tu te sentiras mieux après, ajoute t-il. J'ai lu ça dans un magazine.
- Tu ne lis que des magazines de jeux vidéos Zach, soufflé-je, consternée.
- Et si je te disais que je me suis abonné à Girls en cachette ?
Il a réussit à me faire sourire. Après tout, il a peut-être raison. Mais, il risque de ne pas comprendre.
- C'est quelque chose de … répugnant, il faut que tu le saches, le préviens-je.Tu risques de changer totalement d'opinion sur moi si je te le dis. Et je ne veux pas perdre mon seul ami.
- Je suis prêt à tout entendre, déclare t-il solennellement en se frappant le côté gauche de son torse du poing droit.
Je l'oblige à s'asseoir sur un banc à mes côtés, devant notre lycée, et lui avoue tout. Peter, moi, séduction, drague, moi, Peter, Nathan, Angela, grosse merde et à plus Peter. Zach aborde des yeux de merlan frit lorsque je finis mon résumé.
- Ouah ! parle t-il pour la première fois depuis le début de ma confession.
- Je sais. C'est …
- Digne de Roméo et Juliette ! finit Zach. Je comprends mieux ton comportement, pourquoi tu as autant de mal à t'en sortir. Tu t'es lancée dans un putain de truc complètement dément !
- Merci Zach, ironisé-je.
- Tu sais Claire, je n'ai jamais été un adepte des Feux de l'Amour, mais d'après ce que j'ai pu en voir, les personnages tentent toujours de se remettre avec celui qui les a quitté. Pourquoi tu ne fais pas pareil ?
- Parce que Peter m'a bien fait comprendre que c'était finit. Il a dit qu'il prenait cette décision, pour nous, malgré son amour pour moi.
- Le noble sacrifice, se moque Zach.
- T'es pas le mieux placé pour causer de sentiment, fais-je remarquer.
- Peut-être ! Mais moi, au moins, je n'ai pas le mérite d'avoir abandonné la fille que j'aime pour plaire à ma famille. Si ce mec avait eu des couilles, il aurait du envoyer paître le monde.
- Ce mec, c'est mon oncle, et puis ce n'est pas si simple, rectifié-je dans un soupir.
Je laisse glisser mon regard sur les élèves circulant autour de nous et j'avoue :
- J'ai rêvé de lui cette nuit. C'était … différent.
- Erotique ? suppose Zach.
- Non ! m'indigné-je. Ce n'est pas ça. J'aimerais qu'il sorte de ma tête, de mon esprit, de mon corps …
- Et ben pour ça, j'espère qu'il n'y est jamais entré, lâche Zach en grimaçant.
- Zach ! protesté-je. Comment tu peux penser à des trucs pareils ?! Non, il n'y est jamais … Enfin bref, je voudrais l'oublier mais je n'y arrive pas. Je ne sais plus quoi faire.
- Ma grande expérience avec les Feux de l'Amour me conseillerait de te rendre à New York, tirer un bon coup avec lui et là, tu seras apaisée.
- Qu'est-ce qu'il te prend de tout ramener au sexe ? fais-je, écoeurée.
- Mais, je n'ai pas d'expérience avec les Feux de l'Amour, ajoute Zach sans se laisser démonter. Alors, je dirais, que si tonton a décidé de couper les ponts, tu as deux solutions.
- Lesquelles ?
- Soit tu gémis, soit tu agis.
- C'est-à-dire ? questionné-je, sans comprendre.
- C'est simple. Soit tu continues à désespérer mais avec le temps, beaucoup de temps, ça finira par passer. Soit tu bouges ton cul jusqu'à New York pour lui poser un ultimatum.
- Je ne peux pas faire une telle chose, avoué-je. Je n'ai aucune idée de comment il pourrait le prendre.
- Il te l'a bien dit, il a pris cette décision malgré ce qu'il ressent pour toi, précise Zach.
- Oui mais à mon avis, il avait de bonnes raisons de prendre cette décision. Selon moi, il a du retourner la situation dans tous les sens et n'a trouvé que ça comme solution.
- Quelle solution ! s'exclame Zach d'un ton railleur. A sa place, j'aurais tout plaqué pour toi.
J'observe Zach avec plus d'attention qu'à l'ordinaire et demande :
- Tu ne serais pas jaloux par hasard ?
- Moi ?! Pas du tout ! se défend Zach. J'ai lu ça dans Girls. D'ordinaire, les gars vraiment amoureux ne doivent pas laisser interférer des interférences et foncer vers leur chère et tendre.
- Zach ?
- Oui ?
- Arrête de lire Girls, conseillé-je vivement.
Le soir, je me couche en repensant à ma discussion avec mon meilleur ami. D'accord, il ne m'a pas fait beaucoup avancer sur le sujet mais au moins, il est au courant de ce qui me tracasse et je sais qu'il va m'aider à retrouver le sourire. Quant à ses deux solutions, ni l'une, ni l'autre ne me plaît.
Je me penche pour éteindre ma lampe de chevet et me retourner dans mon lit si confortable. Je blottis Igloo, un ours blanc trop mignon, contre moi et sombre dans le sommeil.
Une voix me tire de mon sommeil et j'ouvre les yeux pour découvrir de qui il s'agit. Une femme sur scène chante un air lent et romantique accompagnée de ses musiciens. Deux mains passent autour de ma taille et me font sursauter.
Peter me tourne face à lui et je réalise qu'il est sur son trente et un. Costume, nœud papillon et tout le touintouin. Il se penche vers moi pour me murmurer à l'oreille :
- Tu es magnifique.
En baissant la tête, je m'aperçois que je porte une robe rouge sombre mi-longue au décolleté assez pigeonnant. J'en frémis et relève les yeux vers Peter qui me saisit la main droite et me fait tourner sur moi-même.
Il s'arrête pour me coller dos à lui, mains sur mes hanches, et continue à bouger sur le rythme de la musique. La bouche de Peter s'égare dans mon cou et je pose mes mains sur celles les siennes. Quitte à ce que ce soit un rêve, autant qu'il soit agréable.
Je fais quoi là ? Ok, c'est peut-être un rêve mais ce n'est pas de cette façon que je vais l'oublier. Avec toute ma volonté, je me dégage de son étreinte et m'enfuis en courant sans regarder derrière moi.
Je pousse une porte à double battant et tombe dans une pièce où Angela et Nathan jouent aux échecs.
- Ces deux là. Toujours à manigancer, calculer, nous menant à chaque fois à l'échec.
Je tourne la tête pour constater que Peter m'a rejoint et me parle tout en regardant sa mère et son frère. Ses yeux se plongent dans les miens et il m'avoue :
- Je n'y arrive pas Claire.
Les mots sont là mais ils ne parviennent pas à sortir de ma bouche.
- Aide moi.
Le regard de Peter est devenu suppliant et descend vers le bas. Je le suis et remarque que ses mains sont devenues radioactives. Il me fixe à nouveau d'un air paniqué tandis que ma voix me revient :
- PETER !
Le souffle de l'explosion me balaye dans une lumière rouge.
Je crois que mon propre cri m'a réveillé. Lorsque j'examine les alentours, je comprends que je suis tombée de mon lit. Je me mets sur pieds d'un mouvement et fonce dans la salle de bain pour me débarbouiller et m'habiller.
Ces rêves ne sont pas anodins. Soit Peter a un grave problème soit je délire totalement. Mais il faut que j'agisse. Dans quel sens mon Dieu ? Soit tu gémis, soit tu agis. Merci Zach.
Je rentre dans ma chambre en trombe et saisis mon sac de voyage. J'y fourre tout ce que je juge utile, surtout de l'argent, ma carte d'identité et mon nouveau portable rouge. J'ouvre alors la fenêtre et y jette mon sac plusieurs mètres plus bas.
J'enjambe le rebord et me propulse vers le sol. L'impact se fait dans un craquement de ma jambe gauche. Le temps de la remettre en place, de saisir mon sac et je fonce à toute allure dans une rue plus déserte.
De là, j'appelle un taxi qui ne tarde pas à venir et me dirige vers l'aéroport. Prendre l'avion seule est bien plus intriguant que je ne l'avais imaginé. Evidemment, le vol me parait durer une éternité et j'ai bien le temps d'y ruminer.
Je suis folle de faire une chose pareille, tout va me retomber dessus. Tant pis, je prends le risque. Si Peter est vraiment en danger et que je peux faire quoique ce soit pour le sauver, je le ferais. Sinon, je viens foutre une merde sans nom à New York.
Une fois arrivée, je quitte l'aéroport et prends de nouveau un taxi en direction de l'appartement de Peter. Je ne suis plus qu'une boule de nerfs vivante. Comment je vais gérer ça ? Comment je vais bien pouvoir lui parler ? Comment … Ferme là Claire, tu improviseras.
Je descends du taxi et monte quatre par quatre les marches menant au numéro 1407. Face à la porte, j'inspire profondément en fermant les yeux et je toque. Je dois insister avant d'entendre le verrou tourner.
Peter, ne portant qu'un bas de pyjama, m'ouvre, la tête dans le gaz. En m'apercevant, il semble frôler l'arrêt cardiaque car son expression change du tout au tout. Je lui débite d'un coup en pénétrant dans l'appartement :
- Je sais que je ne devrais pas être là, d'ailleurs je ne devrais même pas penser à toi parce que crois moi je me doute quelles conséquences ma présence ici peut avoir, mais c'est plus fort que moi, j'ai fais ces rêves et …
Mon regard tombe sur le lit de Peter où un corps s'y trouve. Une jeune femme blonde et apparemment peu vêtue se tortille pour se couvrir et me dévisage d'un air outré. Elle s'assoie sur le bord du lit et lâche :
- Pete, qui est cette fille et qu'est-ce qu'elle fait là ?
Pete ? C'est quoi ce surnom idiot ? Et d'abord, c'est qui cette femme ? Peter nous contemple, légèrement paumé. En une seconde, il vient de perdre tout l'amour que je lui portais encore. Brusquement, je fais volte-face et déclare :
- Aide toi tout seul Peter.
Je sors de l'appartement en courant et dévale les escaliers, mon sac toujours en main. Je quitte l'immeuble et traverse la route sans faire attention. Evidemment, une voiture pille mais arrive à freiner à temps.
Plusieurs mètres après, je m'engouffre dans taxi et ordonne au chauffeur :
- 215 Reed Street.
J'ignore comment cette adresse me revient en mémoire mais je sais qu'à cet endroit, j'en apprendrais un peu plus. Le taxi s'arrête une dizaine de minutes après devant l'important bâtiment. Une fois de plus, je monte les escaliers à toute vitesse, traverse le couloir donnant sur l'extérieur et m'arrête enfin devant une porte.
J'y frappe plusieurs coups avant que Mohinder m'ouvre, l'air étonné :
- Claire ? Je vous en prie, entrez.
- Merci Mohinder.
Je rentre dans son appartement tandis que l'indien demande, en refermant la porte :
- Je peux vous débarrasser ?
J'approuve en lui donnant mon sac et mon manteau et fais quelques pas dans la grande pièce. Son bureau et plusieurs tables sont recouverts de documents et papiers en tout genre et l'ordinateur émet un ronronnement régulier.
- Que puis-je faire pour vous ? me questionne Mohinder en s'approchant de moi.
- D'ailleurs, vous pouvez me tutoyer, précisé-je.
- Seulement si tu en fais de même.
Je hoche la tête positivement en croisant les bras sous ma poitrine et révèle :
- J'ai besoin de savoir, Mohinder. Je veux dire … qu'est-ce qui s'est passé ? Comment Peter a récupéré ses pouvoirs ? Comment a-t-il trouvé Sylar ? A-t-il des problèmes ? Peut-il communiquer par le biais des rêves ?
Mohinder passe une main sur sa barbe de quelques jours et répond prudemment :
- Doucement Claire. Commence par le début, s'il te plaît.
Je me laisse tomber sur un vieux canapé dans un coin et questionne d'un ton timide :
- Que t'a t-il raconté sur moi ?
- Tu es sa nièce.
Mohinder se rend compte de mon regard sceptique et enchaîne :
- Non ?
- Oui, bien sûr. Rien d'autre ?
- Pas que je sache Claire, qu'est-ce que je devrais savoir ?
- Rien, ajouté-je. Il est venu te voir après notre retour de l'Ohio, n'est-ce pas ?
Mohinder s'installe à mes côtés sur le canapé défoncé puis répond :
- En effet. Peter avait perdu ses pouvoirs à ce moment là.
- Tu as pu l'aidé ?
- Oui. J'ai prélevé un échantillon de son sang pour faire des analyses puis il est reparti à la recherche d'autres personnes comme vous, pour les cacher de Sylar.
- Maintenant que j'y pense, en profité-je, comment les protèges-tu ?
- Par l'intermédiaire de Matt Parkman, je travaille avec le FBI et ces personnes bénéficient du système de protection des témoins. Changement de noms, de domicile, tout est effacé sur eux, une nouvelle vie commence.
- Radical, commenté-je.
- Mais terriblement efficace. Quelle était la question à la base ? Excuse-moi Claire, mais j'ai passé une nuit à travailler sur le code génétique de … enfin bon, s'arrête Mohinder en passant une main dans ses cheveux bouclés.
- Peter. Comment as-tu pu l'aider à retrouver ses pouvoirs ?
- Oui, Peter. J'ai repéré dans son sang la même maladie que la petite Molly Walker même s'il y avait cette infime différence. Je l'ai donc traité avec le même remède dès qu'il est revenu de l'Utah.
- L'Utah ? répèté-je.
- Oui, Peter est revenu avec une femme ayant le don d'ubiquité.
- De quoi ? Mohinder, j'ai du mal à te suivre.
- Le don de se dédoubler, explique t-il rapidement. Donc, Peter est revenu, je l'ai soigné et je dois bien avouer que c'est grâce à ce pouvoir qu'il a réussit à vaincre Sylar. Il avait l'air très déterminé. Je n'ai pas cherché et l'en empêcher et Peter a absorbé le pouvoir de cette femme avant de se mettre à la recherche de Sylar.
- Tu as peut-être sauté des épisodes, non ?
- Sûrement. Les pouvoirs de Peter sont réapparus quelques heures plus tard et un jour, il est venu me dire qu'il allait tuer Sylar. Je ne sais ce qui a motivé son choix, mais il a trouvé Sylar, que Molly avait préalablement localisé.
- Que ce pouvoir la ? m'étonné-je.
- Oui, je pense que ton inquiétude sur le fait qu'il puisse ne plus rien contrôler l'a poussé à ne pas se lancer dans des mesures désespérées. Tu me suis ?
- Je crois.
- Je dois avouer que les médias ont bien étouffé l'affaire. Le corps de Sylar a été retrouvé dans un entrepôt abandonné mais il était dans un sale état. Presque entièrement détruit. Ca a du chauffer entre eux.
- Oh ! lâché-je en tripotant une de mes mèches.
- Mais Peter s'en est sorti en un seul morceau et depuis ce jour, je ne l'ai revu que très rarement. Il a bien sûr arrêté de contacter les personnes exceptionnelles et toutes celles sous notre protection ont pu reprendre leur vie d'avant.
- Tout est bien qui finit bien alors ?
- Pas exactement. J'ai trouvé que Peter, n'était plus exactement le même depuis votre retour de l'Ohio, je sais pas si ça peut t'aider ou si tu sais pourquoi.
- Je sais pourquoi.
Voyant que je ne dis rien, Mohinder poursuit :
- Je lui ai demandé pourquoi tu n'étais plus avec lui, il m'a répondu vaguement que tu étais chez Nathan et que dès que Sylar serait mort, tu retournais chez toi, à Odessa. Je ne sais pas ce qui s'est passé entre vous …
Mohinder remarque alors mon air triste et s'empresse d'ajouter :
- Mais ça ne me regarde pas ! Tu n'avais pas fait allusion à des rêves ?
- Ah si ! bondis-je en me redressant dans le canapé. Peter a t-il le pouvoir de communiquer par le biais des rêves ou d'attirer des gens dans ses rêves ou un truc dans le genre ?
- Pas que je sache, Claire. Suis-moi.
Mohinder se lève pour rejoindre son bureau où il s'assoie pour tapoter à son ordinateur. Une photo de Peter apparaît à l'écran et mon cœur rate un battement. Le généticien indien m'explique :
- J'ai recensé ici tous les pouvoirs de Peter et de qui il les a obtenus. Vol, de Nathan Petrelli. Régénération cellulaire, de … de toi. Télépathie, de Matt Parkman. Invisibilité, de Claude Rains. Précognition, d'Isaac Mendez. Télékinésie, de Sylar. Emission d'énergie, de Theodore Spargue. Force surdéveloppée, de Niki Sanders. Maîtrise du temps, de Hiro Nakamura.
- Maîtrise du temps ?! m'exclamé-je. Je ne l'ai jamais vu l'utiliser.
- Selon moi, c'est le plus compliqué des pouvoirs. Ouïe surdéveloppée, de Dale Smither. Ubiquité, d'Abigail Bates. Création moléculaire, de Bethany Dorrance. C'est tout.
J'écarquille les yeux face à cette liste et me demande comment Peter n'a pas explosé.
- C'est énorme ! avoué-je.
- Je sais. Mais je trouve qu'il s'en sort plutôt bien.
Je réfléchis une seconde, persuadée qu'un fait nous échappe. Je fais les cent pas devant le bureau de Mohinder et finit par claquer des doigts en lançant :
- Mais oui ! Dans l'Ohio, nous avons été accusés de meurtre parce que la police nous a découvert près du corps de … merde, comment s'appelait-il ? Jacob, Jacob Foxworth. Sylar l'a tué mais après, Peter a affronté Sylar donc …
- Donc, Peter a absorbé son pouvoir ! m'interrompt Mohinder. Bien sûr Claire.
- N'y a-t-il pas un moyen de savoir quel était son pouvoir ?
- Non. Les deux dernières personnes à le posséder ont emporté leur secret dans la tombe. Quand à Peter, je doute qu'il le sache, sinon il m'en aurait fait part.
- Peut-il l'ignorer ? questionné-je en m'approchant du bureau.
- Techniquement, oui. Tout dépend du type du pouvoir. S'il est latent ou comme tu supposes, n'a effet que durant son sommeil, il faudrait que de nombreuses conditions soient réunies pour s'en servir. Mais ce ne sont que des théories, Claire. Et puis qu'est-ce qui te fait croire que Peter possède un tel pouvoir sans s'en douter ?
- Deux nuits de suite, j'ai rêvé de lui et ça semblait tellement réel mais en même temps impossible. Tu vois, je me trouvais dans une situation improbable mais pour Peter, elle était normale.
- Tu as rêvé de Peter ? réalise alors Mohinder en se grattant le menton.
- Oui. Non ! C'est lui qui rêvait de moi et j'étais dans son rêve. Enfin, c'est l'impression que ça m'a fait.
- Oh. Je ne suis pas sûr de tout comprendre.
- Dans un des rêves, Peter m'a demandé de l'aide, je l'ai vu explosé.
- Claire, c'est le cauchemar de tout ceux qui connaissent Peter et qui en sont proches. Le voir explosé. Ca n'a rien d'exceptionnel.
- Peut-être. Mais, je me suis réveillée toute chamboulée et j'ai sauté dans le premier avion pour New York. Puis, j'ai foncé chez Peter et … et l'ai découvert en parfaite santé.
- Si tu es allée chez Peter, pourquoi ne pas être resté chez lui plutôt que venir ici ? s'interroge Mohinder en écartant les bras.
Je pose mes fesses sur un coin libre du bureau et déclare :
- Il me fallait des réponses.
- Et Peter me semble la meilleure personne pour t'en fournir.
Je reste muette un moment puis avoue :
- Lorsque je suis arrivée chez lui, il n'était pas seul. Je l'ai dérangé. Il était avec … quelqu'un d'autre.
- J'ignorais que Peter fréquentait quelqu'un.
- Moi aussi, soufflé-je en fixant le sol.
Mohinder me dévisage un moment mais je ne me sens pas la force d'affronter son regard. Oui, c'est répugnant, je commence à le savoir. Je dévie le sujet en relevant la tête :
- Tu es certain que Peter n'a pas absorbé les pouvoirs des autres personnes qu'il a mises en sécurité.
- Certain ! assure Mohinder. Il n'avait plus ses pouvoirs lorsqu'il les a rencontré donc il n'avait pas le moyen de copier leur ADN et une fois ces personnes prévenues, il ne les a pas revu, à part Abigail Bates, car il pensait que son pouvoir l'aiderait considérablement, ce que j'ai approuvé.
- Je vois. Nous sommes donc dans une impasse ?
- Laisse-moi réfléchir un instant, Claire.
Mohinder quitte la chaise de son bureau et je réalise alors que j'éprouve beaucoup de respect pour cet homme. En plus d'être intelligent, il est dévoué et toujours prêt à aider les personnes égarées.
L'indien plaque les deux mains derrière sa nuque et fait un aller-retour dans la pièce. Il s'arrête subitement en laissant tomber ses bras :
- La meilleure solution serait de contacter Peter mais je doute que tu approuves cette idée.
Trop intelligent.
- En effet. Tu n'as pas autre chose ?
- Contacter la famille de Jacob. Peut-être qu'elle sait quelque chose mais rien n'est moins sûr. Je suis vraiment à la masse, moi ! s'exclame t-il soudainement.
Je le regarde sans comprendre puis il me révèle :
- Tu m'as dit que tu avais sauté dans le premier avion, tes parents sont au courant j'espère ?
Je grimace et avoue doucement :
- Non.
Je réalise que mon portable est éteint dans mon sac et que mon père a sûrement tenté de me joindre. Je saute du bureau et me dirige vers mon sac tandis que Mohinder me dit :
- A la limite, je pourrais discuter avec ton père et tenter de lui expliquer la situation. Bien que je doute qu'il ne soit pas au courant de ton aventure avec Peter.
Bien trop intelligent.
J'approuve d'un geste de la tête en fouillant dans mon sac. Je trouve enfin mon portable et l'allume pour l'interroger. Cinq messages de mon père, rien que ça. En résumé, il s'inquiète et m'ordonne de le rappeler au plus vite pour lui expliquer pourquoi je me suis barrée de la maison.
J'appelle mon père et me lance dans une discussion ardue avec lui dans laquelle j'essaye de lui faire comprendre que Peter est en danger et a besoin de moi ici. Par la suite, je lui passe Mohinder qui valide mon histoire et promet de veiller sur moi.
Je dois avouer que question anges gardiens, je suis comblée. Je reprends mon père au bout du fil après que Mohinder ait reçu ses instructions et il me dit :
- Si tu sens que c'est ce que tu dois faire, vas-y ma Claire Bear, mais je désapprouve.
Nous concluons peu après ça et Mohinder commande des pizzas étant donné qu'il est près de midi. Au milieu de notre repas, des coups à la porte nous interrompent alors que Mohinder me racontait l'étendue de ses recherches.
Ce dernier se lève pour ouvrir la porte mais je ne vois pas de qui il s'agit, la porte étant hors de mon champ de vision. Par contre, je reconnais immédiatement la voix.
- Excuse-moi Mohinder, Claire est en ville et je me demandais si par hasard, elle ne serait pas venue te voir.
