Obsession amoureuse – Chapitre 11 – À chacun ses défaites, à chacun sa prison de satin


Lorsque la cloche retentit, Deidara se dépêcha de rassembler ses affaires pour les mettre dans son sac et rapidement se faufiler parmi les élèves. La journée l'épuisait déjà et pourtant, il n'était encore que midi moins le quart.

Le jeune blond en avait marre, des cours, de la routine. Il en avait marre de marcher dans ce long corridor à la recherche de son casier. Il en avait marre de tourner la tête dans tous les sens et ne voir que des visages inconnus, d'être enfermé dans sa bulle. Il ne savait pas comment en sortir, il voulait bien tenir cette promesse qu'il avait fait à son frère aîné, mais au fond il avait peur car il n'avait aucune idée de comment il allait redevenir comme avant. Lui... il l'avait détruit, au point où, aujourd'hui, Deidara ne savait plus qui il était.

Deidara soupira, puis arriva enfin à son casier. Il attrapa le cadenas et fit sa combinaison rapidement pour l'ouvrir. Autour de lui il entendait des millions de conversations de toutes sortes entre chaque bande d'amis qui passaient derrière lui. Il aurait aimé faire parti de ces cliques, comme avant, comme dans sa vie d'avant. En Europe, lorsqu'il vivait chez sa mère, il était un garçon populaire, il avait énormément d'amis, il sortait tous les vendredis… Et maintenant, il faisait parti de ceux qui étaient invisibles, ceux qui se faisaient bousculer car on ne leur portait guère attention.

Puis, Deidara, pensa à Sasuke. Ce garçon " coincé ", timide et naïf qui était follement amoureux de son frère. Il se souvint de cette première rencontre dans la salle de bain. Sasuke était comme lui au fond. Il souffrait de quelque chose qu'on pouvait appeler " maladie " tant ça mettait de temps à guérir, et qui s'appelait cœur brisé. Longtemps, Deidara s'était demandé si cette maladie guérissait, si elle aboutissait au bout de la route à un rétablissement… Longtemps il s'était dit que c'était impossible qu'une telle douleur finisse par s'estomper. Et pourtant, il avait bien fait d'y croire, car aujourd'hui, il commençait à se dire que peut-être Dieu l'entendait là-haut, dans ses prières muettes.

Le jeune blond tourna alors la tête, l'oreille sensible attirée par un rire, une voix qu'il connaissait bien. Il ne fut pas surpris d'y voir sa jolie cousine, en train de draguer un certain Kiba Inuzuka, un ami de l'équipe de basket de son frère Naruto. Ah celle-là, songea Deidara, elle ne changerait jamais !

Lorsque le grand brun partit, avec ses amis, dont un rouquin que Deidara ne manqua pas de regarder du coin de l'œil, Ino s'approcha de lui.

- Hey salut cousin, s'exclama-t-elle en s'appuyant sur le casier voisin.

Deidara prit son sac dans lequel il y avait son déjeuner et referma son casier en s'efforçant de sourire.

- Salut, Ino. À ce que je vois, tu te cherches déjà un petit ami ?

La jeune blonde lui fit une grimace.

- Ça va bien, ma chère cousine adorée ? Oui, et toi mon beau Deidara ? Ça fait plaisir la courtoisie, mon petit, répondit Ino en tapotant l'épaule de son cousin.

Ledit cousin ne fit qu'un " ha, ha, ha " qui renforça le rire de la blonde. Il commença à marcher et sa cousine le suivit en sautillant joyeusement.

- On déjeune ensemble ?

- Hn, si tu veux, dit Deidara en haussant les épaules, fixant ses pieds.

- Oh mince ! S'écria Ino en s'arrêtant alors soudainement.

Deidara s'arrêta quelques pas plus loin et se retourna. Une expression confuse se peignit sur ses traits fins.

- Un problème ?

- Oui ! J'ai carrément oublié, mais je devais aller voir un de mes profs ce midi. Vraiment navré Dei, on se voit plus tard Okay ?

- M'oui, c'est pas grave.

- Merci tu es un ange ! Oh et, au fait, dit-elle. Tu voudrais me rendre un petit service ?

Elle s'approcha comme pour lui confier un secret et Deidara fronça les sourcils car les yeux de sa cousine se firent plus sérieux, et la lueur d'inquiétude y brillant au fond l'inquiéta également.

En posant ses mains froides sur les épaules du blond, Ino chuchota en se penchant:

- Tu veux bien retrouver Sasuke et lui tenir compagnie ?

- Sasuke ? s'étonna Deidara. Tu veux dire Sasuke Uchiwa ?

- Oui, il n'y en a pas une centaine dans c't'école, ricana Ino en roulant des yeux.

- Pourquoi veux-tu que je le retrouve ?

- Il ne va pas bien ces derniers temps. Je crois pas que ce soit bien pour lui qu'il reste seul.

- Je vois…

- Tu feras ça pour moi ?

- Je dois déjà le faire pour mon frère, alors bon…

- Hein ?

- Laisse tomber, soupira Deidara. C'est entre nous… Enfin bref. Oui je crois pouvoir faire ça…

- Oh merci ! S'exclama Ino en lui sautant au cou et Deidara lâcha une plainte.

- Argh, Ino, tu pourrais ne pas m'étouffer ? J'aimerais terminer la journée en vie au moins…

- Roh, rabat-joie ! Si on ne peut plus dire à son cousin combien on l'aime… !

Deidara roula des yeux à l'attitude gamine de sa cousine, mais en fit un petit sourire amusé, se rappelant aussi qu'elle arrivait facilement à lui remonter le moral. Elle était douce et gentille, elle était comme tous les membres de sa famille, joyeuse et rayonnante, car la vie était belle et rayonnante… Était-il le seul à avoir goûté à cette partie amer de la vie ? Était-il le seul à avoir eut droit à une part de l'enfer, plutôt qu'à une part du paradis ?

Ino le tira de ses pensées.

- Enfin, quoiqu'il en soit ! Prends bien soin de lui, il est gentil tu verras, je crois que vous vous entendrez bien. Et si cette garce de Sakura Haruno reviens dans les parages, tu la remballes Okay ? Ne la laisse pas s'approcher de Sasu !

- Je ne pige rien du tout à ce que tu me racontes, Ino, souffla Deidara, la voix lasse d'exaspération.

- Oui, oui, je sais, rigola nerveusement, gênée, la jeune fille en agitant ses mains devant son visage. Seulement si tu vois une fille aux cheveux roses s'approcher, tu prends Sasu et tu t'enfuis !

- Okay, accepta Deidara toujours avec lassitude.

- Merci ! Mon petit cousin adoré ! Maintenant j'y vais, à plus !

Alors qu'elle disparaissait en courant au bout du couloir, Deidara grogna:

- Oh là, doucement avec ton " petit cousin ", tu n'es plus vieille de moi que de deux mois !

Mais elle était déjà partie. Deidara regarda un long moment le coin du couloir auquel sa cousine venait de tourner. Puis il soupira profondément en tournant les talons.

- Ce qu'elle peut être exaspérante…


J'étais à la cantine. Je grignotais sans grande conviction les derniers morceaux de mon sandwich, alors que mes yeux étaient perdus quelque part sur la table, fixant un point inexistant. Ma mâchoire effectuait des mouvements faibles et sans motivation. J'avais pas faim. J'avais pas faim depuis plusieurs jours, et je me faisais pitié de les compter.

Nous étions le 19 janvier. C'était la semaine des examens, des évaluations et j'avais tellement passé de temps à étudier ces dernières semaines que j'étais certain de passer comme sur des roulettes, les deux doigts dans le nez. J'étudiais, oui, car c'était tout ce qui me gardait encore en " vie ". Rien d'autre ne m'intéressait… Et encore moins ce journal de malheur qui me fixait, à chaque soir, sur ma table de chevet sur laquelle je l'avais soigneusement posé. C'était bête à dire, mais autant qu'il avait pu me soulager ce journal, là, j'avais plutôt l'impression qu'il voulait me remettre à la figure comment j'avais été stupide ! Tous ces mots qu'il renfermait, mes mots, mes sentiments… Ce serait trop douloureux de l'ouvrir.

- Hm, hm.

Ce petit toussotement me fit relever la tête doucement. Je ne lâchai pas mon sandwich que je venais de croquer, et mes yeux étaient fatigués. Je remarquai Deidara, debout devant ma table, avec son sac.

- Salut, dit-il.

- Hn… 'lut, marmonnai-je.

- Ino m'a dit que tu ne te sentais pas bien…

J'ouvris des yeux horrifiés.

- C'est elle qui t'envoie ?

Mon cœur se mit à battre la chamade, reconnaissait ce sentiment déchirant. Ma plaie se mit à s'élancer, en des spasmes douloureux qui m'engourdissaient dans tous les membres de mon corps. Les yeux bleus… les yeux bleus me faisant face à L'instant, étaient trop durs à regarder.

Je rebaissai la tête, tremblant.

- Sasuke…

- La dernière fois c'était ton frère… Tu m'as adressé la parole parce qu'il te l'a demandé et là, c'est ta cousine…

- C'est vrai, mais si j'avais aucune envie de te parler, est-ce que je serais là, tu crois ?

Je relevai la tête, curieux, et étudiai chaque mot de la dernière phrase. Deidara avait un regard dur, en même temps d'être profond et envoûtant, mystérieux. Il y avait quelque chose d'étrange parce que j'avais l'impression de connaître ce qui était caché en lui, j'avais la sensation de déjà savoir tout de lui, mais d'un autre côté, il était fermé à double tour. Lire en lui c'était comme chercher une aguille dans une botte de foin.

Je soupirai.

- Alors tu veux vraiment me causer ? Je dois t'avertir avant: je suis pas intéressant !

- Je pense qu'on a plus d'une chose en commun, tous les deux, dit-il en venant prendre place devant moi, posant son sac sur la table.

Je croisai ses yeux, un petit moment, vite électrocuté par le bleu identique des yeux de Naruto. Deidara lui ressemblait trop, c'en était déstabilisant

- Quoi ? murmurai-je.

- Oui, c'est vrai. Je ne m'en suis pas rendu compte avant mais… À bien y penser, on se ressemble plus que ce que l'on croit.

- Donne-moi un exemple, peut-être, dis-je, tressautant légèrement, pris de petits tremblements.

Je reposai mon sandwich dans le plastique qui l'enveloppait et le remis dans mon sac. J'avais déjà pas faim, là, j'étais sur le bord de gerber. Alors je mis de côté toute nourriture et me concentrai sur ce que disait mon interlocuteur. Il venait donc de se pencher un peu comme pour me confier un quelconque secret.

- Ta souffrance…

- Ma quoi ? M'exclamai-je. Tu me racontes quoi, là ?

Il poussa un petit rire et j'en restai fasciné. Il n'avait jamais sourit devant moi et… et… qu'est-ce qu'il était magnifique avec ce petit sourire et ce rire… J'avais presque envie de sourire aussi, de l'imiter.

Une main devant sa bouche, il se reprit et continua, baissant la tête pour fixer mes doigts tremblants qui jouaient au piano sur la table.

- Oui… Dans tes yeux je vois une souffrance hors norme. Elle me fait penser à moi cette souffrance, cette lueur dans tes yeux. Ton regard me fait penser à moi, c'est pour ça que je dis qu'on se ressemble.

- Ça n'a rien à voir, grognai-je. Et puis, qu'est-ce que tu veux à la fin ? Ino t'a demandé de me surveiller comme si j'étais un bébé ? Qu'est-ce que tu connais de ma vie, d'abord ? Tu comprends rien de ma douleur, alors fiche-moi donc la paix ! On y trouvera tous notre compte si tu me laisses tranquille !

Oh là, Sasuke, du calme, pensai-je. Je le regardai me regarder. Nous nous fixâmes un long moment, moi perdu dans les tréfonds de son âme, moi accroché à ses yeux, ses yeux bleus. Moi… Dans le néant total…

Je rebaissai misérablement la tête. Deidara n'avait pas bronché. Comme si mes paroles ne lui faisaient ni chaud ni froid, comme s'il savait déjà que je ne pensais pas ce que je disais.

- E-Excuse-moi, je suis brusque…

- Non, au contraire, je comprends.

- Pardon ? sifflai-je en levant la tête.

Il fixait toujours mes doigts, maintenant couchés, immobiles, mais tremblants.

- Quand je dis qu'on a au moins une chose en commun, c'est de ça que je parle…

- … De quoi, e-exactement ?

- De ça, répéta-t-il en souriant mélancoliquement, perdu dans l'admiration de mes doigts mais je savais qu'il pensait à autre chose qu'à la texture de la peau de mes doigts. De ce que tu ressens là… continua-t-il en posant sa main sur sa poitrine.

Je fermai mes yeux.

- Tu es exactement comme moi, murmura-t-il et quand je rouvris les paupières, je constatai que c'était maintenant lui qui les avait fermés.

- Comme toi ? M'étonnai-je. Dans quel sens ? Je suis pas blond ni antisociable… Enfin, peut-être un peu… Mais au moins je suis sympathique, toi tu m'as carrément remballé la première fois qu'on s'est rencontré.

Il poussa un nouveau petit rire.

- Pas dans ce sens-là !

- Alors dans quel sens ? répétai-je.

- Je parle de… de ton cœur, qui est brisé, dit-il et j'eus un brusque mouvement de recul.

Sa main sur sa poitrine ne bougea pas d'un centime près, alors que dans la mienne, ce fut le cataclysme. Mon cœur, brisé, comme il l'avait si bien dit, se mit à battre la chamade. Et en mille morceaux, c'était plutôt difficile de frapper des cymbales. Disons que ça élargissait un peu plus la plaie, déjà grande ouverte.

Je grimaçai, nauséeux et Deidara poursuivit:

- Le mien est dans le même état, chuchota-t-il. Et je n'ai jamais voulut l'avouer à qui que ce soit. T'es le seul… j'ai toujours dit que c'était rien, ce qui m'était arrivé, que c'était juste un petit chagrin d'amour d'adolescent… que c'était rien mais en fait… c'était la catastrophe de ma vie. La pire tempête.

Je me répétai chaque mot dans ma tête, comme si ça pouvait me consoler.

Deidara avait les yeux remplis d'eau lorsqu'il les leva vers moi. J'en sursautai. Les miens ne tarderaient pas à s'humidifier également, mais pour l'instant, ils étaient secs.

- On a ça en commun, déclara-t-il.

- Le cœur en miette, ouais je vois, quelle ressemblance excitante !

- C'est morose, mais… c'est ça.

- Deidara… ?

- Oui ?

- Si c'est trop personnel, tu n'es pas obligé de répondre, mais, je peux te poser une question ?

- Vas-y.

- Voilà, commençai-je. Euh… D'où viens-tu ? Avant de venir dans ce lycée ? J-je veux dire… Je connais ton frère depuis longtemps mais toi, c'est… Je t'ai jamais vu dans le décor avant…

J'affichai un air mal à l'aise suite à ma question. Ma voix tremblotait, et Deidara avait les yeux fermés. Il les rouvrit, analysant ma question et décida d'y répondre. Je me tendis, prêt à tout entendre:

- Je vivais en Europe avec ma mère. Nos parents sont divorcés depuis une décennie. Chacun notre tour, nous allions vivre avec elle. Cinq ans, c'était moi, cinq ans c'était lui… Ça a été comme ça toute notre enfance. Mais récemment, j'ai dû revenir au Japon pour des raisons… de cœur, balbutia-t-il en rougissant adorablement, jouant machinalement avec son col de chemisier. Et Naruto… a décidé d'aller passer quelques semaines avec maman parce que sinon elle allait se sentir seule…

- J'en ai rien à faire, soufflai-je en détournant la tête pour regarder les nombreuses cliques aux alentours, tous les élèves prenant du bon temps avec leurs amis.

La vie était rose pour eux, elle était sombre pour moi.

Deidara soupira, et doucement, je me calmai, laissant passer ma colère qui se transforma en peine profonde. J'eus envie de me mettre à pleurer à chaudes larmes comme un bébé n'ayant pas son biberon.

- Ça fait une semaine, déjà, dis-je. Que ton frère a dépassé l'atlantique.

- T'es vraiment obsédé ma parole, s'écria Deidara. T'as même compté les jours ou quoi ?

- Obsédé, non, rectifiai-je. Stupide, oui.

- Ne dis pas ça… Personne n'est stupide lorsqu'il est amoureux.

- L'amour, c'est stupide.

- C'est ce qu'on peut penser… Tu sais, j'ai passé d'innombrables jours à me dire devant le miroir combien j'étais stupide d'avoir aimé un tel crétin, et crois-moi, ça n'arrange rien.

- Un crétin ? répétai-je en souriant doucement.

- M'ouais, ce gars était un crétin fini, marmonna-t-il en baissant la tête sur ses doigts qu'il entremêlait nerveusement. J'ai honte d'être sorti avec ce macho, ce salopard, ce…

- C'est bon, l'interrompis-je, je crois que j'ai comprit.

Il me sourit, et je fus de nouveau surpris.

- Tu crois que mon frère est stupide ?

- Quoi ? m'étranglai-je.

- Mon frère… Il est stupide, tu crois ?

- N-Non… enfin… peut-être.

- Dis-le, insista-t-il. Ça fait du bien, crois-moi.

Je sursautai tout doucement.

Il souriait encore plus, me laissant presque voir ses dents, droites et parfaites, brillantes d'une éclatante blancheur.

- Il…

- Oui, dis-le, ce mot qui te démange.

- …est un crétin, lâchai-je d'un coup.

- Tu te sens mieux ?

- C'est ridicule ton…

- Mon frère est un idiot, déclara-t-il en élevant la voix, m'interrompant brusquement. Un parfait idiot !

- Je suis quoi, moi, pour l'avoir aimé ? Pour l'aimer encore ? Un idiot doublé d'un aveugle ?

Je me mis à rire tout doucement, le cœur soudainement plus léger que jamais. Deidara suivit mon rire.

- Oui, malheureusement l'amour rend aveugle… On n'y peut rien.

- Il va falloir que je m'achète des lunettes, dans ce cas, ricanai-je pour détendre l'atmosphère dans mon cœur.

- Oui, avec des montures violettes, je pense que ça t'irait bien.

- T'es sûr ? Violet ?

- Pour sûr, s'exclama-t-il. J'irai avec toi les choisir !

Je continuai à rire. Je n'avais pas rit comme ça depuis un moment déjà. Deidara s'esclaffa avec moi, je me sentais bien. J'aurais voulut que ça dure, que ce sentiment incroyablement apaisant vienne remplacer ou remplir le trou dans ma poitrine.

Deidara tendit la main et la posa sur les miennes, qui étaient inertes sur la table depuis tout à l'heure. Surpris, je baissai la tête, arrêtant progressivement de rire, et posai mon regard sur mes mains sous la sienne.

- Je te connais pas mais… J'ai très envie qu'on soit amis. Tu sais, avant, j'avais des amis, mais aucun d'entre eux n'ont su m'attraper quand je suis tombé…

- …

- Quand on s'y accroche de toutes nos forces… La chute n'est que plus féroce. Dure, et douloureuse. Je le sais, je sais ce que tu ressens…

Je fermai les yeux. Comme je l'avais prédit: mes yeux s'humidifièrent. Je les gardai fermés pour éviter que mes larmes glissent. Mes dents pénétrèrent ma chaire alors que je me mordais les lèvres très fortement.

La voix de Deidara sonnait douloureuse et rassurante à la fois.

- Enfin bref, je dis n'importe quoi, je m'éloigne désolé…

Il reprit sa main et se frotta les yeux fougueusement, mal à l'aise. Quelques larmes avaient coulées sur ses joues, formant deux traces.

Lentement, comme si mon cerveau avait ramolli, je m'étendis sur la table pour attraper ses poignets. Je voulais voir son visage, me rassurer que je n'étais pas le seul qui vivais un désarroi immense, une peine atroce.

Quand je vis ses yeux, je fus rassuré.

- Deidara, moi aussi je veux être ton ami ! Soyons amis, soyons…

- … amis…

- Oui, soufflai-je.

Je lâchai ses poignets. Je me redressai.

Il essuya une dernière larme.

- Tout ce que j'ai besoin, marmonnai-je. C'est… de quelqu'un qui pourra me dire, que le danger approche… Parce que comme tu le dis… l'amour rend aveugle, alors le danger… je ne le vois pas… Je l'ignore ou bien je le nie… Je ne l'avoue pas…

- …

- J'ai juste besoin d'un panneau " stop ", qui se plantera devant moi quand le temps sera venu. Un ami qui pourra me tendre une main quand je serai effondré par terre…

- Je peux être ce panneau " stop ", Sasuke, sourit-il, amusé par cette métaphore sorti de je ne sais où. Et je ferai mieux que te tendre la main quand tu seras à terre.

Je fronçai les sourcils, curieux.

- Je ferai mieux que ça, répéta-t-il.

" Je vais t'empêcher de tomber."


Sakura Haruno, adossée au mur du fond de la cafétéria, près de la porte de sortie, observait de loin Sasuke. Le jeune homme riait avec un autre blond. Dans ses yeux luisaient de la haine profonde, et un brin de malice. Elle avait l'expression très dure sur le visage, les bras croisés, et les sourcils froncés.

- Ça a été facile de te mettre en morceaux, Sasuke Uchiwa, murmura-t-elle pour elle-même. Mais tu as fait fuir Naruto, espèce de gamin inutile !

Elle médita un long moment, fixant avec dédain et rage le jeune garçon qui semblait s'amuser avec son " nouvel ami ". Non seulement Sakura était jalouse de Sasuke, mais elle était aussi enragée. Il avait réussit, contrairement à elle, de capturer le cœur de Naruto Uzumaki, le garçon qu'elle voulait plus que tout, mais aussi, il l'avait humiliée en publique la semaine dernière, en lui versant ce jus sur la tête. Elle était en colère contre lui, et cette colère, elle allait s'en servir pour se venger.

Au même moment, elle sentit une présence s'approcher et elle tourna la tête.

- Salut ma belle, fit une voix grave et séduisante.

- Toi ? S'exclama Sakura, surprise mais sans plus, paraissant même presque ennuyée.

Un grand jeune homme approcha, émergeant du corridor adjacent. Il était assez massif et musclé, une tête brune et des yeux bruns ordinaires. Il avait en main son sac et un ballon de basket. Elle soupira en roulant des yeux, détournant ensuite le regard.

- Je t'ai manqué, Sakura ?

- Fiche-le camp.

- Aller, mon amour, t'es pas contente que j'aie intégré ton lycée ? C'est pour toi que je me suis fait viré de notre ancienne école. Je voulais être ici avec toi.

- On n'est plus ensemble.

- Bébé…

- Il n'y a pas de " bébé " qui tienne ! S'écria-t-elle, énervée, en tournant la tête vers lui.

Mais la jeune femme, croisant le regard de séducteur de son ancien petit ami; Ricky. Le même bagarreur qui avait poussé Sasuke durement sur le terrain quand il s'était interposé dans la partie. Sakura repensa à cette soirée, et une idée lui vint.

Un sourire énorme s'étendit sur ses lèvres brillantes de gloss, et Ricky grimaça.

- C'est quoi ce sourire ?

- Tu ferais n'importe quoi pour que je redevienne ta petite amie, hein ?

- Ça dépend de ce que tu entends pas " n'importe quoi ", soupira Ricky en s'appuyant sur le mur.

- Eh bien, regarde, là-bas, commença-t-elle en désignant du doigt Sasuke à l'autre bout, assis à une table à discuter avec le même blond. Tu te souviens de ce jeune brun ?

- Oh… Euh pas vraiment. Je suis censé le connaître, bébé ?

- Veux-tu arrêter avec tes bébés à la con ! Grogna Sakura. Écoute-moi plutôt. La dernière partie de basket que vous avez disputé ici… La bagarre qui a éclaté… Tu te rappelles ?

- Oui, oui, mais quel est le rapport ?

- Le petit qui s'est interposé et que t'as poussé, c'est ce minable, là-bas.

- La gueule d'ange ?

- Oui, lui !

- Sakura, je comprends rien !

- Je veux que tu lui fasses la vie dure, déclara Sakura, le regard débordant de mauvaises intentions.

Ricky en fut même presque effrayé, l'espace d'une minute, avant qu'il ne se reprenne. Il sourit également. C'était dans ses cordes. Il adorait intimidé les gamins qui se prenaient pour des bêtes féroces. Et ce minus qui avait pensé pouvoir protéger son ami lors d'une bagarre, il allait se le faire les yeux fermés, les doigts dans le nez.

- Okay, bébé, pas de problème, dit-il en rigolant et Sakura roula des yeux, énervé au mot " bébé ". Mais euh… En quel honneur ?

- Disons juste qu'il… a besoin d'une bonne leçon.

- Je commence tout de suite si tu veux, ma belle !

- Non, non, non ! S'écria Sakura, horrifiée en levant les mains.

- Quoi ?

- Attends…

- Combien de temps ?

Sakura réfléchit.

- Quelques semaines.

Le temps que Naruto revienne et assiste au spectacle, pensa-t-elle. Comme ça, il verrait quel minable ce gamin était réellement.

- Tout ce temps ? Se plaignit la brute.

- Eh oui, tu devrais patienter. Mais je ne t'empêche pas de tourner autour de ta proie. Tu peux même le harceler. Mais tu ne le touche pas avant que je ne t'en aie donné le signal. Compris ?

Pas avant que Naruto Uzumaki n'ait remit les pieds ici, continua-t-elle de se dire mentalement.

Un rire menaça de résonner dans l'air. Ça s'annonçait amusant, elle en avait déjà l'envie de rire à gorge déployer.

- Alors ? Sakura, ça veut dire que tu m'en dois une !

- C'est bon, on sort ensemble, si ça te chante, soupira, lasse, Sakura.

- Ça c'est ce que j'appelle un compromis, s'excita Ricky en se penchant pour embrasser ardemment son ex petite-amie ou plutôt, sa nouvelle petite-amie.

Sakura, intérieurement, était impatiente que le massacre commence. Il ne fallait attendre que quelques semaines, quelque mois tout au plus, et Sasuke allait payer. Payer pour quoi ?

Pour s'être mit dans son chemin.


- Sasuke ? Tu vas descendre cette année, tu crois ? Ça va être froid !

- J'ai pas faim !

J'entendis mon frère soupirer bruyamment. J'étais en petite boule dans mon lit, assis tout au fond, le dos au mur, les jambes remontées, le menton entre mes genoux. J'avais chaud, j'avais froid, je savais plus où j'en étais. Ma tête me faisait mal, mon cœur saignait encore. Et ce journal me fixait, toujours posé à la même place. Les mêmes mots me revenaient en tête. " Naruto l'avait lu… Naruto l'avait lu… " Je me sentais d'autant plus mal, ouvert tout grand. Il avait lu les plus sincères de mes pensées, les plus profonds sentiments cachés en moi. Que je lui vouais. Mes battements de cœur, chaque pompe de sang, chaque respiration, lui étaient voués.

Je soupirai à mon tour. Bon, pensai-je. Il allait falloir que je me lève un jour. Cette année, de préférence. J'avais une envie d'écrire, ça me démangeait. J'avais envie de me lever, de prendre ce journal et de l'ouvrir pour soulager mon âme, y délivrer tous les mots pesants sur tout mon être. Écrire, c'était encore ma passion malgré tout. J'allais me sentir mieux après quelques coups de crayons, après quelques paragraphes. Mais j'avais peur… Et s'il avait écrit quelque chose à la suite de mes nombreux mots ?

Tremblant, je finis par me déplacer sur mon lit. Je me dirigeai à quatre pattes vers ma table de chevet et me penchai, tendis le bras pour attraper mon journal. Je l'ouvris, mon cœur n'ayant jamais battu aussi vite avant. Du coin de l'œil, j'aperçus la neige tomber, les flocons violemment poussés dans tous les sens. Je tournai les pages, regardant les journées passer depuis que j'avais commencé à écrire à l'intérieur. Le 17, le 18, le 19, le 20 décembre…

Le 1er janvier.

- Je n'ai rien écrit à cette date, dis-je tout haut dans un murmure pour moi-même.

Puis je réalisai.

Que c'était son écriture. Je me sentis tout à l'envers. Mon estomac en fut retourné. Là, c'était certain, je n'avais pas faim, et Itachi pouvait de ce pas aller donner mon plat à une famille défavorisée en Afrique.

Je tremblais.

" Désolé si j'écris mal, et si tu n'arrives pas à lire mon écriture. Ce sera peut-être mieux ainsi… je ne mérite pas que tu te donnes encore plus de mal à me lire. Je suis juste désolé, c'est tout, et c'est pas grave si tu as envie de déchirer cette page… Elle ne servira à rien, ce ne sont que des mots.

Je suis désolé pour tout. J'ai pas été à la hauteur. Tu es bien mieux que moi. Trop bien pour moi.

P.S: Tu n'es pas invisible ! "

Étrangement, mon regard ne fut pas embrouillé, et mes yeux restèrent secs. Encore heureux, pensai-je.

Je sautai par terre, me mis à genoux devant mon lit. J'ouvris rapidement le tiroir et cherchai un crayon rapidement. Lorsque j'en trouvai un, je me mis à barbouiller à l'encre noir tous les mots qui se trouvaient sur cette page. Aucune larme, juste de la colère. Mon poignet en fut engourdi après ça. Mais il restait une petite espace en bas, où j'écrivis:

Vraiment, c'est la pire connerie à faire, ça, tomber amoureux ! Non mais franchement ! Ça fait mal, c'est nul et… ça fait mal.

Demain est un autre jour. On me l'a dit, et redit. Bien sûr que c'est un autre jour. Mais aussi, c'est le début du reste de ma vie. Et le reste de ma vie, ce sera sans lui !

J'en ai marre de rester cloitré dans cette prison de satin. Marre de cette encombrante et étouffante obsession amoureuse…


FIN