Disclaimer : L'univers de Star Trek et ses personnages ne sont pas ma propriété, je ne tire aucune rémunération de leur emprunt...
Merci à toutes les personnes qui ont pris le temps de me laisser leur avis sur le chapitre précédent =)
Et j'espère que vous pardonnerez le temps qu'il m'a fallu pour poster ce chapitre ^^'
Bonne lecture !
Certitudes
Chapitre 11
- Vingt heures. Ce soir, répéta-t-il.
La bonne humeur et l'euphorie légère qui l'avaient envahi au cours du déjeuner s'étaient estompées rapidement dès qu'ils avaient regagné le salon.
Il avait pensé… Mais non, il ne pouvait pas en vouloir à Spock d'avoir envie de revoir sa planète et sa famille. Même – ou surtout ? – dans cette situation. Et puis, il ne s'agissait que de deux semaines.
Le vulcain le dévisageait comme s'il avait eu une autre réaction, plus sanguine, et non comme s'il venait juste de répéter platement ses mots.
- Souhaiteriez-vous que je diffère mon départ ?
Oui.
- Non, vous avez raison. Nos permissions ne dureront pas éternellement, et Amanda et Sarek doivent attendre votre venue depuis notre retour sur Terre, j'imagine. Ce soir est parfait.
Mais son ton avait dû être trop neutre et son sourire trop peu authentique pour avoir l'air parfaitement sincère. D'ailleurs, Spock avait cessé de rassembler les quelques affaires lui appartenant encore dispersées dans la pièce et l'étudiait très attentivement du regard. L'amiral continuait de sourire et fit mine de ne pas remarquer que la prise de son ami se resserrait sur le padd qu'il avait en main.
Spock fit un pas en avant, jeta un bref coup d'œil vers le bureau comme s'il hésitait à y déposer son padd puis renonça visiblement à ce qu'il envisageait de faire un instant plutôt car il recommença à partir en quête des objets qu'il récupérait dans le salon.
Jim se contenta de le suivre des yeux.
Il avait peut-être les idées plus claires à présent mais Spock s'était bien gardé de lui demander des explications supplémentaires. Il lui avait signifié ses intentions de plus d'une manière… et chacune de ses tentatives avait aboutie à un résultat assez mitigé. Ce n'était pas très surprenant qu'il choisisse maintenant la prudence dans ses actes. Surtout après sa réaction de la veille. Si cela aurait pu désarçonner un humain, qu'est-ce que ça pouvait être pour un vulcain ? Son éclat de panique avait forcément dû entamer une part de son assurance.
Spock qui avait agi avec un tel naturel que ses souvenirs du soir précédent étaient encore extrêmement… vivides dans son esprit. Les doigts qui se refermaient sur ce livre qu'il lui avait offert lui avaient saisi le menton et avaient glissés sur sa mâchoire, la main qui tenait la harpe vulcaine s'étaient aventurée sur son corps jusqu'à…
- Vous savez, dit-il en se levant, vos affaires seront toujours là lorsque vous reviendrez, vous pouvez laisser ce dont vous n'aurez pas besoin sur Vulcain.
Le scientifique continua à rassembler ses possessions et ne leva les yeux vers lui que lorsqu'il s'appuya contre le bureau.
- Vous voulez que je reste dans cet appartement.
Pas une question. Mais une pointe d'étonnement quand même.
- Si cela vous convient, bien sûr.
Un bref instant, quelque chose vacilla dans son regard et Jim fut certain qu'il allait se pencher vers lui. Pourtant, son aîné se contenta de saisir sa harpe et de la reposer sur l'étagère qui était devenue sa place au cours des dix derniers jours.
Même s'il ne se lançait pas dans de grandes déclarations, le vulcain devait bien, à ce stade, deviner une part de ses souhaits et il n'aurait sans doute pas été très étonné s'il lui demandait pourquoi il choisissait ce moment précis pour partir.
Il ne le ferait cependant pas ; il connaissait déjà en partie la réponse. Depuis le début, il exprimait ses doutes et, maintenant qu'il prenait une décision, Spock voulait être certain qu'il s'assure de faire le bon choix. Il allait lui laisser de l'espace, du temps pour réfléchir seul. S'il changeait d'avis, son aîné reviendrait peut-être avec de nouveaux arguments. Et dans le cas inverse… ils reprendraient visiblement les choses là où ils les avaient laissées.
L'amiral n'aurait toutefois pas été contre l'idée d'oublier la partie où il retournait sur sa planète pour en arriver directement aux retrouvailles…
Jim se sourit à lui-même.
Il ne pourrait plus tromper personne en prétendant qu'il s'agissait simplement d'une profonde amitié, et encore moins lui-même. Pas lorsqu'il éprouvait déjà un vif sentiment de perte alors qu'ils allaient vraiment se séparer pour la première fois en cinq ans. Et d'autant moins lorsqu'il songeait sans honte à toutes les découvertes et les « premières fois » qu'ils pourraient partager dès le retour du vulcain. Il n'y pensait pas vraiment avec appréhension mais avec une sorte d'anticipation qui aurait bien été capable de lui faire demander à Spock d'annuler son voyage sur le champ.
Il se réprimanda mentalement et se força à chasser cette pensée de son esprit. Il devait faire preuve de patience, mettre toutes les chances de leur côté pour que cette relation-ci ne soit pas gâtée par ce qui avait fait échouer les précédentes. Certes, elle avait des bases solides mais elle pouvait être sujette à ce qui avait détruit les autres et comportait des inconnues malgré la confiance qu'ils avaient l'un en l'autre.
Il n'avait d'ailleurs pas rendu la situation des plus simples en finissant par fuir chacun des contacts que le vulcain avait initié ; il aurait aimé au moins éclaircir ce point avant qu'il ne parte. Et s'assurer lui-même que cela n'allait pas être une constante. Il n'avait jamais été homme à fuir les contacts intimes lorsqu'il les désirait et il ne voulait pas que cela change, surtout pas concernant l'homme qui allait peut-être s'installer définitivement avec lui.
Jim vit son aîné quitter la pièce avec les affaires qu'il avait décidé d'emporter et soupira.
Lui non plus n'était pas prêt à renoncer et il se sentait maintenant paré à affronter les obstacles qui se dresseraient sur ce chemin particulier.
KSKSKSKSKS
18h34.
Son regard glissa de l'écran de l'ordinateur à Spock lisant consciencieusement son padd.
Il avait opté pour des vêtements civils terriens pour ce retour sur Vulcain et Jim s'était demandé un peu plus tôt si ce n'était pas une façon détournée de faire passer un certain message à ses parents lorsqu'il les reverrait.
Pour l'heure, cela était cependant assez loin de son esprit. Là où ses robes vulcaines lui donnaient une certaine majesté, ces vêtements-ci accentuaient cette impression de force et de souplesse qui se dégageait de lui. C'était du moins sur ces termes qu'il s'était fixé, en fin d'après-midi, lorsqu'ils avaient achevé leur partie d'échecs. Il avait de toute façon eu assez de preuves au cours des années que ces doigts qui faisaient défiler les données ou cette nuque à peine courbée ne pouvaient pas être qualifiés de fragiles.
L'amiral déglutit et reposa les yeux sur son écran.
18h42.
Ca devenait un rien obsessionnel. Et Spock, s'il se rendait compte de ces regards fixes dont il le gratifiait depuis le déjeuner, devait forcément en ressentir une certaine gêne. Il ne parvenait pourtant pas vraiment à s'en empêcher. S'autoriser à songer à ses précédentes relations en mettant le vulcain dans l'équation faisait forcément naître des images un peu perturbantes dans son esprit, et un désir plus vif qu'il n'aurait cru cela possible. En se permettant d'ouvrir cette porte, il se découvrait des envies qu'il ne se soupçonnait pas avoir. Qu'il ait eu un aperçu de la façon dont elles pouvaient être comblées ne l'aidait pas non plus à les mettre de côté et à se contenter de cette relation redevenue platonique pour les deux semaines à venir.
- Si vous avez une demande à me soumettre, je suis à votre disposition, Jim.
Sans s'en rendre compte, il s'était à nouveau perdu dans sa contemplation silencieuse et la voix grave de Spock l'avait presque fait tressaillir. Il sourit légèrement après s'être fait surprendre de cette façon mais ne détacha toutefois pas son regard du sien. Ce n'était pas vraiment dans son ton ou son expression mais il y avait quelque chose de tellement invitant dans cette simple déclaration qu'il dût réprimer un frisson d'anticipation.
Il nota brièvement que presque dix minutes de plus étaient passées.
C'était un peu stupide. Si proche de son départ alors qu'ils avaient eu une journée entière. Il n'aurait jamais eu besoin d'une telle permission avec une femme, il aurait simplement agi.
Le vulcain retourna à son padd.
Assez.
Il fallait qu'il cesse une fois pour toutes ces comparaisons inutiles, qu'il ne se laisse plus à ce point déstabiliser par cette part de Spock et qu'il redevienne lui-même, écoutant ce qu'il voulait vraiment en ne se souciant pas excessivement de considérations qui ne dépendaient pas vraiment de lui.
Jim se leva, contourna le bureau et traversa la pièce jusqu'à se retrouver en face du scientifique installé dans le canapé. Le vulcain leva les yeux vers lui, l'expression neutre ; Jim sourit et se pencha vers lui, ne résistant pas au besoin de glisser sa main dans la masse sombre de ses cheveux.
- Il y a bien quelque chose…, murmura-t-il en se courbant davantage, remarquant à peine qu'il mettait le padd de côté, avant de s'emparer de ses lèvres avec une impatience qui aurait pu le surprendre, s'il avait pris le temps d'y penser.
Il n'avait pas eu l'intention que ça aille plus loin que cela – cette pression sur ses lèvres, ce mordillement léger, ces brèves caresses de leur langue – mais en quelques secondes il avait déjà perdu ce qui lui restait de contrôle sur lui-même. Peut-être parce qu'il avait été de plus en plus obsédé par ces idées au fil des heures, il se laissait finalement porter par ses instincts.
Toucher. Goûter. Sentir. Spock.
Il était très conscient qu'il pressait le vulcain contre le dos du canapé et que sa main voyageait sur son estomac sous la tunique épaisse, il percevait les frissons qui le traversaient et se rendait compte que Spock le tenait de plus en plus fermement contre lui. Tout en continuant de lui rendre son baiser affamé.
Durant une fraction de seconde, tout cela lui sembla incroyablement juste, sachant que lorsque leur besoin physique serait comblé, ce serait toujours son meilleur ami (plus que ça à présent) qui lui ferait face, celui qu'il connaissait et qui le connaissait mieux que personne d'autre lui semblait-il, et ses doutes d'un jour perdirent tout leur sens. Puis il sentit Spock le soulever et la pensée s'évanouit.
Il avait le souffle court et le vulcain profitait de leur baiser rompu pour intervertir leur position, avec des mouvements souples et assurés. Il se retrouva à moitié allongé, son aîné le surplombant comme quelque grand félin sauvage. Et ses pupilles étaient si dilatées qu'elles se fondaient presque dans leur iris sombre.
Il frémit et, dans la seconde, Spock dévorait à nouveau ses lèvres, pratiquement couché sur lui et répondant à ses mouvements désordonnés. Si ça continuait comme ça, il allait à nouveau-
Beep
Beep ?
Il glissa sa main sur la hanche fine, finissant par l'agripper et-
Ce bruit, à nouveau.
Spock releva la tête, sa frange en désordre et les émotions présentes dans son regard commençant à disparaître.
Beep. Beep. Beep.
Jim ferma les yeux.
Comme s'il avait inconsciemment su que quelque chose du genre finirait par se produire, il avait programmé l'ordinateur.
Il rouvrit les yeux et sourit légèrement bien que frustré.
- Si vous ne partez pas maintenant, vous allez rater votre vol.
A son expression encore trop ouverte pour dire qu'il avait totalement retrouvé son contrôle, il pouvait dire que le vulcain était plus qu'un peu chagriné par la situation. Une petite grimace au niveau de la lèvre inférieure, son regard qui vacillait entre ses yeux et ses lèvres, sa prise sur son biceps. Et sa voix profonde non plus ne masqué pas cette frustration.
- Je suis certain que mes parents ne seraient pas offensés de voir mon arrivée retardée de quelques jours, répondit-il d'un ton presque bourru.
Malgré lui, il rit. Comment avait-il seulement pu croire un jour que Spock se forçait à faire cela ?
- J'ai bien peur que, si vous restez ce soir, je ne vous retienne un peu plus longtemps que cela, contra-t-il, amusé.
Le vulcain ne soupira pas mais leva un sourcil et se redressa finalement.
- C'est en effet très probable, finit-il par répondre.
Debout à ses côtés alors qu'il s'était lui aussi redressé, il paraissait toujours aussi réticent mais la main qu'il passa consciencieusement dans sa frange et la manière dont il réarrangea sa tunique lui assura qu'il allait écouter son conseil.
Un nouveau bip de l'ordinateur et cette fois Jim soupira.
- Vous devriez vraiment y aller.
Son ami hocha la tête. Mais ne bougea pas. Il restait une hésitation dans son regard. Et l'expression de l'amiral devint plus interrogative que résignée. Spock leva finalement sa main à hauteur de son visage puis suspendit son geste. C'était cette barrière entre coutumes humaines et vulcaines qui se dressait devant eux à cet instant, n'est-ce pas ?
Jim ne choisit rien de plus qu'un simple sourire pour passer au-delà et les doigts chauds se posèrent sur sa tempe.
Le contact fut extrêmement bref pourtant il en resta un peu désorienté. Chaleur. Sentiments. Espoirs. Il ne savait pas vraiment mettre les mots exacts sur ce qu'il avait perçu. Et déjà le vulcain se penchait une seconde vers lui pour effleurer ses lèvres d'un baiser chaste et doux avant de s'éloigner.
Il le vit rassembler les quelques possessions personnelles qu'il avait décidé de prendre avec lui et se diriger vers la porte.
- Spock ?
Il se tourna vers lui, aussi composé que dans ses habitudes, prêt à faire face au monde extérieur, mais l'observant néanmoins avec cette attention particulière qui semblait toujours uniquement dirigée vers lui.
Toutefois, il eut beau tenter de trouver les mots adéquats pour tout ce qui lui traversait l'esprit à ce moment précis, rien ne franchit ses lèvres. Et pourtant, Spock hocha simplement la tête comme s'il comprenait parfaitement ce qu'il ne parvenait pas à exprimer et qui se résumait à plus que « vous allez me manquer » et « je vous attendrai ».
Il quitta l'appartement en silence.
Jim parvint à rester calme et ne pas tenter de le rattraper uniquement parce qu'il savait qu'il reviendrait.
A suivre...
Le prochain chapitre sera enfin le dernier, et j'espère que vous passerez de bons moments avec cette fanfiction jusqu'à sa fin ;)
