Ils étaient tous dans le salon d'une immense maison en banlieue à dix minutes du centre de New York. A la fin de la cérémonie, le Maire les avait conviés à se retrouver chez eux pour se remémorer des bons moments avec Jane et remercia les personnes qui s'étaient déplacées pour soutenir la famille. Rick et Kate étaient dans un coin du salon un peu à l'écart des autres convives. Ils observaient les différentes personnes autour d'eux et restaient plongés dans leurs pensées lorsque le Maire s'avança vers eux. Il serra la main de Rick puis celle de Kate avant de parler.
- Merci d'être venu. Cela me touche.
- C'était une belle cérémonie, Bob.
- Merci Rick.
- Dites-moi que l'enquête avance.
Il avait dit cela en regardant Kate droit dans les yeux. Elle se sentit mal mais ne le montra pas.
- J'aurais quelques questions à vous poser plus tard si possible.
- On peut le faire maintenant. Je ferais tout pour vous aider.
Malheureusement, la femme du Maire avait tout entendu. Elle se tenait à quelques pas d'eux et les regarda avec beaucoup de colère.
- Vous êtes obligés de parler de ça, ici ? Maintenant ? On vient d'enterrer notre petite fille !
Les autres participants s'étaient tous retournés pour regarder la scène. Bob s'approcha doucement de sa femme et lui dit quelques mots à l'oreille. Il paraissait si doux avec elle. Peut-être que leur mariage n'exploserait pas malgré la perte de leur seul enfant. Il laissa sa femme quelques secondes pour dire à Beckett et Rick de l'attendre dans son bureau. Ils se dirigèrent vers le couloir qui donnait sur d'autres pièces et entrèrent dans le bureau après avoir ouvert une salle de bain et un cellier. La pièce était lumineuse. Son immense bureau en bois massif trônait au milieu de la pièce. Des bibliothèques habillaient presque tous les murs sauf dans un coin où se trouvait un canapé. Kate s'assit sur ce dernier alors que Rick faisait le tour des bibliothèques. Il arriva à un rayonnage et sourit. Toute cette partie servait à ranger les livres « Richard Castle ». Il interpella doucement sa muse et lui montra de la main toutes les reliures qui portaient son nom.
- Je ne blaguais pas quand je disais que le Maire était fan.
Elle sourit en voyant sa tête de gamin si honoré d'avoir le Maire de New York comme lecteur fidèle. Elle se permit tout de même une réponse.
- Je le sais très bien que ce n'était pas une blague. Pourquoi auriez-vous pu me suivre partout sinon ?
Il acquiesça et continua à lire les autres reliures des livres de Bob. Il sortit un petit livre d'une étagère et l'ouvrit délicatement à la première page. Il caressa du bout des doigts le titre écrit en noir sur une page jaunie. Il déglutit difficilement en pensant à ce que ce petit livre lui rappelait. Il revoyait Alexis tout sourire ouvrir son paquet, curieuse de savoir ce qu'il avait encore trouvé pour sa petite fille. Elle ne devait avoir que 5 ans lorsqu'il lui avait tendu le paquet mais il se souvenait parfaitement de l'expression de son visage lorsqu'elle avait découvert la reliure du livre, celui-ci paraissait si ancien. Elle lut le titre à haute voix et huma l'odeur des pages tout aussi jaunies que l'exemplaire du Maire. « Alice aux pays des merveilles », 18ième livre édité. Il lui avait offert son tout premier livre alors qu'elle ne savait même pas lire, mais il y tenait tellement. Il voulait également que ce soit l'un des premiers sortis et que ce soit ce conte en particulier. Il lui avait promis de le lui lire tous les soirs. Elle avait sauté de joie tandis qu'il tentait de lui expliquer en gros de quoi ce livre parlait. Elle n'écoutait qu'à moitié et n'avait retenu que la promesse qu'elle allait avoir une histoire tous les soirs avant de s'endormir. Sa petite fille, sa raison de vivre. Il savait qu'à la place de Bob, il ne survivrait pas à cette perte. Une voix le sortit de ses pensées.
- Castle, ca va ?
Il releva la tête et la regarda, jambes croisées, son regard si doux posé sur lui.
- Oui, je pensais juste à Alexis. Une fois de plus.
- Pensez qu'elle vous attend sagement chez vous. Il ne lui arrivera rien tant que je serai à vos côtés. Je vous l'ai déjà dit et surtout déjà promis.
Il lui sourit doucement. Le Maire entra dans le bureau et les remercia de l'avoir attendu. Il s'assit à côté de Kate sur le sofa et se tourna vers elle.
- Je vous écoute.
- Je suis vraiment désolée de devoir vous le dire mais après avoir gratter un peu à droite et à gauche dans la vie de Jane, nous sommes finalement arrivés à la conclusion qu'elle a été tuée à cause de sa filiation avec le Maire, votre poste. Je devais vous le dire. On ne pense pas qu'il s'agisse d'un acte gratuit ou d'un problème de dispute entre ados. C'est le travail d'un pro qui n'a laissé aucune trace.
Bob se passa une main sur le visage alors que Castle le regardait en fronçant les sourcils. Il le plaignait vraiment à ce moment précis. Même si Beckett savait annoncer les mauvaises nouvelles et soutenir les familles des victimes, elle venait de lui avouer que c'était en partie de sa faute si sa fille était morte. Kate enchaîna.
- Mais, on va le retrouver et Jane pourra reposer en paix. Ca, je vous l'ai promis et je compte bien tenir cette promesse. En attendant, je dois vous poser des questions.
Rick s'approcha du canapé mais resta debout, il voulait écouter attentivement les réponses de son ami.
- Avant d'être retrouvée, Jane se trouvait à une fête. Vous savez avec qui elle y allait ? Et surtout pourquoi était-elle dans une ruelle loin de cette fête ?
- Je n'en ai aucune idée. Elle devait dormir chez une amie après la fête.
- Qui était au courant de cela ? Qui aurait pu savoir où elle se trouvait ?
- Je ne sais pas.
- Avez-vous reçu des menaces dernièrement ? Sur vous ou votre famille ? Connaissez-vous quelqu'un qui pourrait toucher à votre fille pour vous atteindre ?
- Non. Je sais que la politique peut être dure mais je suis à ce poste depuis plus de 10 ans et il est clair que certains se lassent de me voir et veulent me voir partir mais je ne pense pas que l'on puisse abattre ma fille juste pour une histoire de Mairie. Sinon, je l'aurais laissé sans même réfléchir. Mon poste ne vaut pas la vie de ma fille.
Castle le comprenait et regarda la réaction de Kate. Elle n'insista pas mais il vit qu'elle était frustrée de ne rien avoir de plus probant. Elle remercia Bob et se leva. Elle précisa à Castle qu'elle l'attendait dehors. Il resta quelques minutes à parler avec le Maire alors qu'elle retourna avec les autres convives et attendit son partenaire. Quelques minutes plus tard, Castle sortit du bureau et chercha Kate des yeux. Soudain, il la vit, au bout du salon en train de discuter avec un autre homme. Il ne le connaissait pas mais il la vit tendre l'une de ses cartes et lui sourit avant de s'éloigner. Avant qu'elle n'arrive vers lui, Rick détailla l'homme et ne put s'empêcher d'imaginer pourquoi elle lui avait donné une carte, pourquoi elle lui souriait et d'où elle le connaissait. Une pointe de jalousie naquit en lui mais il changea son expression lorsqu'elle fut à sa hauteur.
- On va au 12th ? Esposito a du nouveau.
Rick acquiesça sans lui poser de questions. Dans le taxi, il fut très silencieux et elle savait que quelque chose clochait. Pourtant, elle ne lui demanda pas ce qui n'allait pas mais se doutait qu'il lui en parlerait bien à un moment donné.
Au commissariat, Esposito et Ryan se trouvaient dans l'ascenseur en train de se disputer à propos d'une affaire en cours. Lorsqu'ils arrivèrent enfin en bas, ils virent Castle et Beckett sortir d'un taxi, tout deux habillés en noir, Ryan interrogea Espo pour savoir où avaient été leurs deux compères habillés ainsi. Javier haussa les épaules alors qu'ils s'apprêtaient à rentrer dans la voiture de fonction d'Esposito. Kate s'approcha d'eux avant qu'ils n'y montent.
- Vous allez où ?
- On a un nouveau meurtre mais Gates a dit que vous aviez déjà assez de boulot donc c'est pour Ryan et moi.
Elle fronça des sourcils et les laissa partir. Elle n'aimait pas ne pas travailler entièrement avec son équipe au complet et ne devait sans doute gratter sa nouvelle piste qu'avec Castle. Mais, elle se retourna vers lui alors qu'il paraissait toujours silencieux et absent. Il passa à côté d'elle sans lui adresser le moindre regard ou encore lui demander où les deux autres se rendaient. Ce ne fut que dans l'ascenseur qu'elle lui posa une question.
- Vous avez un problème ? Vous êtes silencieux depuis que nous avons quitté le maire et vous n'avez pas voulu savoir où partaient Ryan et Espo.
- Aucun problème. Mis à part le fait qu'une jeune fille ait été tuée et que nous n'avons aucune piste !
Il avait utilisé un ton sec et coupa court à la discussion en sortant de l'ascenseur alors que les portes venaient de s'ouvrir sur la criminelle. Il s'assit sur sa chaise et sortit son téléphone pour envoyer un texto ou faire semblant et éviter le regard de Kate. Elle se mit à son ordinateur et rechercha un nom. Elle sortit une photo sans rien dire et l'accrocha au tableau, dans la colonne suspect. Elle se remit sur sa chaise et remplit un rapport. Castle regarda enfin la photo qu'elle venait d'accrocher et se leva pour mieux regarder. Il posa un doigt sur la photo et se tourna vers Beckett. Il lui posa une question.
- Pourquoi ai-je l'impression de le connaître ?
- Il était à la cérémonie tout à l'heure.
Castle serra des dents. Bien sur qu'il le reconnaissait, c'était l'homme avec qui elle parlait avant leur départ.
- Pourquoi l'avoir mis sur le tableau comme suspect après l'avoir dragué ?
- Pardon ?
Elle se leva et se plaça face à lui.
- Je vous ai vu lui parler et lui sourire avant de lui donner votre carte.
- Et alors ?
- Et alors, vous…
Il s'arrêta car il ne savait pas quoi répondre. Elle lui sourit doucement alors qu'il semblait perturbé.
- Castle, je lui ai donné ma carte pour qu'il passe au commissariat. Cet homme est le fils d'Olivier Mullen. Or, je l'avais vu dans l'ascenseur au QG de son père. Je n'en étais pas sûre mais à ce moment-là, j'avais bien vu le lien de parenté et c'est pour ça qu'Esposito a cherché dans la famille de Mullen. Quand je l'ai vu à l'enterrement de Jane, j'ai tout de suite pensé qu'il se passait quelque chose. Que ferait le fils de l'adversaire du Maire à l'enterrement de Jane ? Je lui ai juste demandé de venir pour répondre à nos questions.
Il se sentit légèrement idiot d'avoir de suite pensé qu'elle lui offrait son numéro pour sortir un soir. Par contre, Kate voulait savoir si elle avait vu juste.
- Vous étiez jaloux ?
Il la regarda et hésita. Elle pencha légèrement la tête sur le côté pour lui montrer qu'elle attendait une réponse honnête. Il ouvrit la bouche pour parler sans trop savoir quoi dire mais fut interrompu par Gates. Le demi-sourire de Kate s'évanouit alors que leur capitaine vérifiait qu'ils avançaient. Beckett lui précisa ce qu'ils avaient fait et qu'ils attendaient la visite du fils. Gates parut convaincue et repartit dans son bureau. Kate aurait voulu qu'ils continuent leur conversation et que Rick puisse répondre à la question mais ce dernier la devança.
- On fait quoi maintenant ?
Elle le regarda et se mordit légèrement la lèvre. Elle avait bien une idée mais ne pouvait la réaliser ici.
- Rentrez chez vous un peu profiter de votre famille.
Il fronça les sourcils car il ne souhaitait pas la quitter. Pas tout de suite.
- Vous ne venez pas avec moi ? Je veux dire, celui qui m'a fait enlever court toujours. N'ai-je pas besoin de protection rapprochée ?
Il leva un sourcil en faisant un petit sourire et elle le lui rendit automatiquement.
- Très bien mais on va chez moi et je prends les deux dossiers pour qu'on travaille dessus. On a forcément loupé quelque chose. Surtout sur ce JD. Je pense que l'on peut trouver.
Dans l'ascenseur, elle se demanda si c'était une bonne idée de l'avoir invité vu qu'elle arrivait de moins en moins à résister au besoin d'être avec lui. C'était trop tard et elle devait assumer les conséquences de sa requête. Elle sourit légèrement en imaginant le genre de conséquences.
Assis sur le canapé de Kate, l'ordinateur portable de sa partenaire sur les genoux, Castle fronçait les sourcils alors qu'il recherchait quelque chose sur internet. Beckett, assise à ses côtés relisait les rapports d'autopsie de Lanie ainsi que tous les détails de la scène de crime. En rentrant ici, elle avait décidé de se changer pour quitter les vêtements réservés aux enterrements. Des cadavres de plats chinois trônaient également près de l'étalage des photos et feuilles du dossier. Castle tapa les deux lettres « JD » dans Google. Cela ne donna rien de probant mais il s'en doutait avant de l'avoir tapé. Il referma l'ordinateur et le posa loin du champ de bataille que représentait la table basse de Kate. Cette dernière le regarda et voulut récapituler ce qu'ils savaient.
- Bon, on sait que c'est un pro qui a fait ça. On a une carte avec deux lettres sur le corps, une jeune ado rentrant d'une fête sans savoir pourquoi elle se trouvait là, un père Maire avec beaucoup d'adversaires voulant le faire tomber, un enlèvement de l'un de ses mécènes par des amateurs qui avaient pour ordre de vous enlever en laissant des indices, un fils de politique présent aux funérailles. Je n'oublie rien ?
Castle haussa des épaules mais ne rajouta rien. Kate enchaîna.
- A vous de jouer. Donnez-moi un seul scénario à la Castle. J'en ai grand besoin là.
Il se frotta le menton alors qu'elle allait boire ses paroles. Elle savait que ce genre de conversation l'aidait beaucoup à trouver des solutions à certains mystères autour des homicides. Il se redressa légèrement et commença à exposer son idée.
- Je pense sincèrement que mon enlèvement n'a été orchestré que pour occuper les policiers. Retarder l'enquête. Je veux dire, tout New York sait que je travaille avec vous, c'était dans les journaux. Le commanditaire voulait juste faire diversion nous empêchant ainsi d'avancer sur le meurtre de Jane. Puis, je suis un ami du Maire, il aurait sans doute pensé qu'au vu de notre relation, l'affaire de mon enlèvement aurait été prioritaire et on aurait pataugé car même en retrouvant ce James et ses copains, cela n'aurait rien donné, ils ont juste été payés pour faire ça. Donc encore plus de temps perdu. Et, le temps dans une campagne est quelque chose de très important. Tant que Bob ne saura pas qui a tué sa fille, il ne pourra pas faire son deuil et son travail, son combat pour être réélu passera en second.
- Tout nous ramène à son adversaire le plus proche alors, Olivier Mullen. Mais il a un alibi.
-Bien sûr qu'il a un alibi. Si c'est lui qui a fait tout ça juste pour gagner une Mairie, il aurait prévu un alibi en béton. Mais, un pro a fait ça. Il a très bien pu engager quelqu'un. Souvenez- vous, il est riche depuis la mort de sa femme.
- Cela colle mais pour le « JD » ?
Les deux partenaires se turent et réfléchirent au scénario le plus probable pour cette carte. Tout à coup, comme connectés, ils se tournèrent l'un vers l'autre et prononça en même temps la même phrase.
- JD est le tueur à gage !
Yeux dans les yeux, Castle sourit légèrement lorsqu'il vit l'excitation que cela procurait à sa partenaire. Elle était parfaite pour lui. Il le savait et pouvait le confirmer à chaque fois qu'ils échangeaient ce genre de possibilités, lorsqu'ils finissaient les théories de l'autre ou encore lorsqu'ils avaient les mêmes idées exactement au même moment. Jamais il ne s'ennuierait avec elle, raison pour laquelle il avait quitté Gina : l'ennui. Elle se leva précipitamment et parcourait la pièce en marchant. Il la regarda et attendit qu'elle parle.
- Mais, si Mullen a payé ce JD pour tuer Jane, pourquoi avoir laissé une carte sur le corps ? Je veux dire, Jane morte, il pouvait être sûr d'être payé. Il n'avait pas besoin de laisser de signature.
- Signature !
A ce mot, Castle se souvint d'une recherche qu'il avait faite pour un livre.
- J'ai fait appel à un tueur à gage. On en trouve si facilement si vous saviez ! ajouta-t-il face à son air étonné. Je voulais que Derrick Storm soit confronté à l'un d'entre eux. Une petite chasse à l'homme.
- Castle, je l'ai lu.
- Pardon. J'ai donc rencontré l'un d'entre eux anonymement dans un bar sombre. Quel cliché !
- Castle ! Où vous voulez en venir ?
- Ces mecs-là laissent des signatures. Ils en laissent quand ils sont plusieurs sur le coup. On met un contrat sur la tête de quelqu'un et le premier qui l'exécute gagne le pactole. Mais pour savoir qui, ils ont un signe, un symbole et dans ce cas-là, une carte. Et grâce à la police, on peut parfaitement le vérifier. Certains laissent une brûlure avec un symbole précis à un endroit précis, d'autres coupe un doigt, toujours le même. Et j'en passe. Mais, avec les rapports d'autopsie, les enquêtes policières, tout cela est mis sur papier et peut être contrôlé par le commanditaire et le tueur à gage est payé.
- On a donc mis un contrat sur la tête de Jane.
Castle fit une légère grimace. Il fallait avoir une vraie haine contre Bob pour engager plusieurs tueurs de sang froid afin de s'en prendre à la fille du maire. Mais sa théorie collait. Par contre, Kate voulait des preuves. Ce qu'elle lui fit savoir en suivant.
- Comment savoir s'il y avait un contrat sur la tête de Jane ?
- Qui s'occupe de ça ? Je veux dire, il y a bien des flics qui s'occupent de démanteler ça, non ? Vous savez qui ?
Elle sourit légèrement en guise de réponse. Elle attrapa son portable et composa un numéro. Il attendit patiemment qu'elle ait finie. Il l'entendit laisser un message à son interlocuteur et elle raccrocha. Elle se rassit à ses côtés et comme chez son psychiatre la veille, elle rassembla ses jambes sous elle et regarda son partenaire. Ils ne pouvaient rien faire de plus, les théories avaient été jetées sur la table, démantelées, réécrites. Ils devaient attendre que l'homme joint par Kate rappelle et que le fils Mullen se pointe au commissariat le lendemain. Il se serait sans doute bientôt levé pour dire, je dois y aller. Mais, encore une fois, elle ne voulait pas le laisser partir. Elle trouva une excuse pour le faire parler, et retarder ainsi son départ. Avec Castle, c'était très facile de le lancer.
- Je vous ai entendu parler tout à l'heure. Pendant que je me changeais.
- Ah oui. Alexis m'a appelé. Elle s'inquiétait déjà de ne pas me voir au loft.
Kate s'en voulait. Il avait une raison de plus de devoir rentrer chez lui mais il n'en fit rien et la regarda intensément. Puis, il rompit le contact pour réfléchir quelques secondes. Il ne savait pas s'il pouvait se le permettre mais il se sentait plus proche d'elle que n'importe quelle autre femme de sa vie. Il se lança et lui posa une seule question.
- Vous voulez des enfants ?
Elle fronça les sourcils et baissa la tête sans oser croiser à nouveau son regard. Il s'en voulait terriblement et voulut retirer sa question.
- Vous n'êtes pas obligée de répondre. Mais vous n'en parlez jamais et je me demandais.
Elle souffla doucement et releva la tête avant de le regarder et de commencer à lui expliquer.
- J'ai toujours cru que si je voulais avancer, évoluer dans mon travail, je devais me refuser à en avoir. Je n'avais pas le temps, ni l'énergie et cela aurait été égoïste de ne penser qu'à moi. Je ne voulais surtout pas que mon enfant craigne qu'il puisse perdre sa mère à cause de son travail. Car oui, en portant ce badge, je risque tous les jours ma vie. Vous le savez, vous l'avez vu de vos propres yeux. Mais, beaucoup de choses ont changé.
- Quoi donc ?
- Ne faites pas l'innocent. Tout d'abord, il y a eu Jordan Shaw. Elle assure en tant qu'agent du FBI et mère présente, même par téléphone. Une lueur d'espoir est née. Et si c'était possible pour moi aussi sans lâcher ce boulot. Et puis, il y a eu Richard Castle.
Il se rapprocha doucement d'elle pour pouvoir mieux l'entendre ou mieux la sentir. Sa voix avait baissé d'un ton lorsqu'elle avait prononcé son nom. Pourtant, il la relança.
- Qu'y-a-t-il avec moi ?
- Je vous ai vu avec Alexis. J'ai juste vraiment apprécié vous voir aussi papa poule avec elle. Cet homme de douze ans de maturité aussi présent pour sa petite fille. Et, j'ai vu tellement de fois le rapport que vous avez avec elle. Un rapport si privilégié. Je pense et espère avoir le même avec mon père. C'est si touchant et cela donne envie. Je veux dire, je ne pourrais pas faire d'enfant seule. Mais, je voudrais juste que mon enfant ait un père aussi présent, doux, attentif, drôle. Alors, pour vous répondre, si je trouve le bon, oui je veux des enfants.
Il sourit légèrement avant de lui répondre.
- Tout ce que je retiens c'est que vous voulez que le père de vos enfants soit comme moi.
Elle lui sourit sincèrement en voyant qu'il était resté bloqué sur ça. Elle aurait voulu lui répondre qu'elle ne voulait pas qu'il soit comme lui, elle voulait que ce soit lui. Ils n'en étaient pas là mais elle aimait fantasmer sur cette image. Ils ne dirent rien pendant de longues minutes. Il avait le regard un peu dans le vide alors qu'elle l'observait voulant apprendre par cœur chaque détail de son visage. Elle repensa à sa déclaration alors qu'elle était sur le point de mourir. Tout au long de leur partenariat, il avait su être le plus honnête possible. Enfin, c'est ce qu'elle croyait. Elle le revoyait lui dire ce qu'il pensait de leur relation alors qu'il estimait qu'elle devait arrêter d'enquêter sur le meurtre de sa mère de peur qu'elle n'en ressorte pas vivante. Elle lui devait aussi la vérité. Elle inspira profondément et commença à parler.
- Castle, je dois vous dire quelque chose.
Il releva les yeux vers elle et sentit dans son regard que c'était important. Il ne comptait pas l'interrompre.
- Depuis la fusillade,…
Elle s'arrêta quelques secondes et posa une main sur son cœur comme si chaque fois qu'elle entendait ce mot, des douleurs fantômes réapparaissaient. Pourtant, elle continua.
- Je ne vous ai pas dit mais je vois un psy. Régulièrement. Je sais que je ne suis pas obligée de vous raconter tout ça, mais je pense que vous avez été honnête avec moi pendant toutes ces années et que je dois vous le rendre.
Il grimaça légèrement et s'en voulait tellement qu'elle croit qu'il était honnête avec elle. Il aurait voulu qu'elle s'arrête. Il lui avait menti et omis de lui raconter toute son histoire avec son mystérieux interlocuteur au sujet de l'affaire de Johanna. Il se leva pour la faire arrêter et se dirigea vers la porte.
- Je dois y aller.
Elle fronça les sourcils et se leva pour le rattraper. Qu'avait-elle dit pour le faire fuir ? Il ouvrit la porte rapidement mais elle attrapait déjà son poignet.
- Rick. Restez, s'il vous plaît.
Toujours de dos à elle, il lança un regard sur sa main qui le retenait par le poignet. Il dit une seule phrase.
- Vous ne me devez rien du tout, c'est votre vie personnelle.
Il se libéra de son emprise et passa la porte. Il appuya sur le bouton de l'ascenseur alors qu'elle était sur son seuil à le regarder fuir. Elle préféra tout de même lui préciser quels sujets elle abordait avec son psy.
- Je ne parle pratiquement que de vous à mon psy, de notre relation. Alors, vous faites partie de ma vie personnelle. Beaucoup plus que vous ne le pensez. Et, j'en ai marre des faux semblants, des danses perpétuelles qui ne se finissent jamais sur quelque chose de concret. Je veux du concret, Rick. Je veux pouvoir vous sentir. J'ai besoin de vous. Avoir failli vous perdre deux fois, m'imaginer les pires scénarios m'a fait comprendre ça.
Ce fut très difficile pour elle de pouvoir dire cela sans se mettre en danger. Mais, elle avait confiance en lui et il devait le savoir. Il quitta le bouton de l'ascenseur des yeux et la regarda. Elle lui disait enfin ce qu'elle pensait et ressentait. Cette fois-ci, il n'allait pas tout gâcher avec ses frasques. Il se rapprocha doucement d'elle et s'arrêta à quelques pas.
- J'ai aussi besoin de toi, Kate.
Elle lui sourit doucement. Ca, elle le savait mais trouva agréable de l'entendre. Elle lui tendit une main et il l'attrapa. Elle l'attira doucement à elle et se blottit enfin contre son torse si accueillant. Il l'entoura et respira profondément son odeur et fermant les yeux. Son cœur battait la chamade et le suppliait d'aller plus loin, ce soir. Mais, son esprit le torturait. Il lui mentait et se sentit assez mal de voir qu'elle avait laissé tomber quelques barrières. Il aurait du temps pour y réfléchir plus tard et ne préféra que profiter du moment qu'il pouvait partager avec elle.
