Chapitre 11: Malentendus et faux-semblants.
Harry et Ron avaient décidé d'une petite entrevue avec Ginny pour remettre les choses dans le bon ordre, seulement la tâche avait été largement plus ardue, car la jeune fille nourrissait une rancune indicible contre son frère. D'ailleurs, sachant qu'elle était tout aussi butée que lui, cela n'avait rien arrangé; mais à force de jouer des coudes, Harry était parvenu à lui faire entendre raison. Cette petite mésaventure réglée, ils étaient allés prendre leur dîner dans la grande salle. Cependant comme l'avait fait remarqué Ron, leur amie Hermione manquait à l'appel, Ginny leur avait donc expliqué que le comportement de cette dernière était plus qu'étrange ces derniers temps, et Harry n'avait pu que confirmer, elle évitait tout le monde et plus particulièrement refusait qu'on s'approche d'elle.
" Je crois que cette histoire lui fait peur, elle passe des heures dans sa chambre, elle emprunte tellement de livres que je suis sûre que dans peu de temps la bibliothèque sera vidé au profit de ses appartements." Dit Ginny mi-inquiète, mi-amusée. Ce type d'attitude n'était pas très éloigné de son comportement habituel, certes, seulement cela arrivait uniquement à l'approche des examens, et tous savaient que ce n'était pas ça qui la mettait dans pareil état.
- Quel genre de livres à t-elle emprunté?" Demanda Harry nerveux.
- Des tonnes, mais je crois que le sujet de ses dernières recherches a changé. Je ne sais pas ce que c'est mais la lycanthropie ne l'intéresse plus."
- Tu ne pourrais pas essayer de trouver ce que c'est, en allant la voir?" Proposa Ron.
- Non, elle ne me laisse pas entrer si on va dans sa salle commune, et c'est rare, on reste dans le salon. J'ai bien tenté d'entrer dans sa chambre, mais rien à faire." Répondit Ginny abattue.
- Alors il faut qu'on jette un coup d'œil au registre de Mme Pince." Déclara Harry, le plus sérieusement du monde.
- Mais t'es cinglé, cette vieille pie ne te laissera jamais ouvrir ce truc, c'est comme son journal intime. Cette femme est complètement folle, même avec ta cape d'invisibilité, tu ne pourrais pas lui soutirer." Clama Ron abasourdi par l'idée farfelue de son meilleur ami.
- Il n'a pas tort." Renchérit Ginny.
- Je sais bien et c'est la raison pour laquelle, quelqu'un va devoir faire diversion." Dit-il lançant un regard lourd de sous-entendus au rouquin.
- Non, non, non, non Harry, elle va me pulvériser si je fais tomber rien qu'un livre."
- Pas besoin d'abîmer ses précieux petits ouvrages." Continua t-il, un sourire étrange accroché au visage.
- Tu n'y penses pas, elle ne va même pas lever un sourcil." Dit Ginny.
- De quoi?" Demanda Ron, n'ayant absolument pas saisi la demande implicite du brun.
- Il veut que tu fasses du charme à Pince."
- Hors de question, t'es pas fou, et puis Gin a raison elle ne va pas me regarder deux minutes."
-Bien sûr que si." Répliqua t-il toujours aussi moqueur. " Elle va même être folle de toi." Finit-il, sortant une petite fiole contenant un liquide rose bonbon.
- Oh non.." S'épouvanta Ron.
- Oh si.."
Les trois compères finirent par aller se coucher et avant qu'Harry ne prenne l'escalier le menant aux dortoirs des garçons, Ginny lui planta un baiser sur le joue, au plus grand dam de son frère, qui leva les yeux au ciel sous le regard plus que moqueur de sa petite sœur. C'était sa façon à elle de lui dire qu'il allait devoir rapidement s'adapter car elle ne se gênerait plus. D'ailleurs ayant remarqué leur petit échange, Harry la regarda avec un petit air de reproches, lui demandant silencieusement de ne pas pousser trop loin. Elle hocha la tête et sans se départir de son sourire, partit.
" Je ne m'y ferais jamais." Se lamenta le rouquin.
- Il va bien falloir, désolé."
Ron songea que c'était sans aucun doute la pire journée de sa vie. Il n'avait pas eu le droit de voir Lavande, qui venait tout juste de se réveiller, alors qu'il avait pu la veiller silencieusement pendant toute la durée de son comas. Il avait l'impression de marcher sur la tête. Ensuite il avait découvert son meilleur ami accroché tel une ventouse à sa sœur et maintenant, il allait devoir faire du charme à la bibliothécaire la plus coincée du siècle. Il souffla avant de s'effondrer comme un masse sur son lit. La journée du lendemain allait paraître interminable.
Hermione se leva aux aurores comme à son habitude, mais le manque de sommeil et ses pleurs incessants se rappelaient douloureusement à elle. Le visage bouffi, les yeux rouges et les cheveux encore plus en bataille que d'ordinaire, lui donnaient une allure des plus dépressive. Elle attacha grossièrement le nid de corneille qui lui servait de chevelure et alla prendre sa douche, priant pour que son ami serpentard ai déserté les lieux. Merlin était avec elle puisqu'effectivement le jeune homme était visiblement toujours dans sa chambre, le croiser une nouvelle fois dans cet état l'aurait à nouveau mis dans l'embarras. Elle entra dans la cabine, une fois débarrassée de son pyjama et laissa couler abondamment l'eau tiède sur sa figure difforme. Un maléfice cuisant n'aurait sans doute pas fait plus de dégâts. Après être sortie, elle pût constater avec soulagement que son visage était redevenu normal, à l'exception de ses yeux toujours aussi abîmés par ses larmes. Elle brossa tant bien que mal ses boucles rebelles, les emprisonnants dans une queue de cheval, s'habilla et sortit le plus silencieusement possible. Pour tomber nez à nez avec un Draco Malfoy mal réveillé et en boxer pour couronner le tout.
" Bonjour Draco." Dit-elle timidement, tournant la tête vers le mur, afin d'éviter que son regard ne dérive sur la nudité évidente du garçon face à elle, qui de son côté semblait ne pas s'en faire. Après tout quand on a un corps aussi sculptural pourquoi se soucier de la gène se dit-elle, avant de se fustiger mentalement.
- Salut, tu me laisses passer?" Demanda t-il à moitié endormi.
- Euh.. Oui oui bien sûr." Frôlant presque le mur elle s'éloigna vivement et le blondinet entra, sans sourcilier.
Hermione prit le parti de s'assoir sur le divan, où la veille, elle s'était montrée faible. Il fallait qu'elle lui parle et ce de toute urgence, alors autant attendre qu'il finisse de se laver pour être sûre de pouvoir lui en toucher deux mots. Elle attendit patiemment et au bout d'un petit quart d'heure, la porte s'ouvrit pour dévoiler un Draco Malfoy en pantalon et chemise ouverte, une serviette nonchalamment posée sur ses épaules. Alors qu'il se frottait les cheveux d'une main, il remarqua qu'Hermione était restée et qu'elle semblait vouloir lui parler de quelque chose, sentant le malaise arriver au grand galop, il feint de ne pas l'avoir vu et se dirigea vers sa chambre, seulement ayant remarqué le changement dans son regard, Hermione le retint par la manche et l'obligea à lui faire face.
" J'ai besoin de te parler.. D'hier." Murmura t-elle presque. Draco leva les yeux au ciel, alors qu'elle ne regardait pas et opta pour le mensonge.
- Je me disais bien, tu as eu une attitude étrange." Dit-il posément.
- Je sais, en fait c'est parce que j'ai cru que..." Tenta t-elle, mais le serpent par peur, effectua une attaque préventive.
- Je sais très bien ce que tu croyais, mais tu crois mal!" Tonna t-il, mais alors qu'il voyait le regard douloureux d'Hermione se remplir à nouveau de larmes, il comprit qu'il s'était fourvoyer, il avait mal interprété sa réaction de la nuit dernière, ils ne parlaient pas du tout de la même chose et Draco saisi qu'il l'avait profondément blessé.
La brune de son côté était perdue, sa poitrine semblant pouvoir de fendre à tout moment, comment pouvait-il être au courant, avait-il remarqué quelque chose lorsqu'elle avait fui la veille? La raison importait peu, désormais elle savait qu'elle ne pouvait pas compter sur son soutient et cela la peinait énormément. Elle se retourna et décida de partir mais il la retint par le bras.
" Hey je suis ton ami, tu le sais, je n'ai pas voulu te blesser." Essaya t-il, mais sachant qu'il ne savait pas du tout de quoi elle voulait parler se rattraper s'annonçait impossible.
- Ah oui et bien on ne dirais pas, je pensais que tu comprendrais." Cracha t-elle, des trémolos dans la voix. Elle se dégagea et retourna dans sa chambre, le laissant une fois de plus totalement désemparé. Abattu il se réfugia à son tour dans ses quartiers, le weekend allait être des plus joyeux. Il s'allongea sur son lit et se saisissant du cadeau qu'Hermione lui avait fait, l'observa religieusement, pour ensuite le porter à ses oreilles. Un "MP3", s'il se souvenait correctement du nom qu'elle avait donné à cette petite boîte métallique quelques semaines plus tôt. Elle avait préenregistré de la musique dessus, de la musique moldue, Draco avait déjà dévoré presque toute la liste de lecture, cherchant à connaître la jeune fille à travers ses mélodies douces et entraînantes. Fermant les yeux il se laissa aller, fredonnant l'air qu'il était en train d'écouter.
De leur côté les trois fauteurs de troubles, à savoir, Harry, Ron et Ginny, se préparaient à agir. Harry sous cape d'invisibilité se chargerait de subtiliser le registre de retrait des livres, lorsque Ginny lui donnerait le feu vert, vérifiant de son côté qu'aucun élève ne remarque le carnet s'ouvrir sans l'aide de personne. Pour Ron la tâche s'avèrerait des plus dangereuse... D'ailleurs cette position ne l'enchantait guère, il aurait largement préféré être sous la cape d'invisibilité, Harry aurait très bien pu prendre sa place. Il fallait toujours que ses amis l'embarque dans des situations plus périlleuses les unes que les autres, il avait l'impression de s'enfoncer une fois de plus dans la forêt interdite pour y rencontrer Aragog. Pourquoi Merlin y avait-il de telle créature dans le monde magique, les acromantules étaient sans aucun doute les pires bestioles aux yeux de Ron et à ce moment précis, Mme Pince leur ressemblait à s'y m'éprendre. Elle était vieille, laide, la bouche pincée et le regard inquisiteur, rien qui ne puisse le réjouir, alors lui faire du charme, superbe idée. Il penserait à remercier Harry chaleureusement pour son inventivité, la seule chose intéressante dans ce paysage lugubre, c'était que Ginny lui avait promis de le laisser rendre visite à sa chère Lavande, s'il parvenait à ses fins. Que ne faut-il pas faire par amour, songea t-il, avant de s'approcher nerveusement de la bibliothécaire aigrie.
