* * * Voix-off Gossip Girl * * *

Miracle ou mirage: Queen B serait de retour! Pour rétablir l'ordre dans son royaume? En tout cas, garde à vous!

* * * Scène 1 * * *

Il n'y avait plus qu'elle.

Non pas que les autres eussent mystérieusement disparu par un quelconque tour de passe-passe, mais il ne les voyait plus. Blair était là et le reste n'était plus.

Debout au milieu du silence et du vide, Chuck était tétanisé.

Blair...

La torpeur s'effaça tout à coup, laissant place à la confusion la plus totale. Les questions se bousculaient dans sa tête: pourquoi était-elle là? Etait-elle réellement au courant comme ses paroles semblaient le sous-entendre? Et, dans ce cas, comment avait-elle découvert le pot-aux-roses, alors qu'elle était censée être confinée dans une clinique privée, loin de tout moyen de communication?

Au milieu de ces pensées, il était surtout tiraillé par des sentiments contraires: le bonheur, le soulagement même, de la retrouver. Mais aussi la colère et l'angoisse de la savoir loin du centre de soins. Elle n'aurait pas dû être là, elle n'était que dans la première phase de la thérapie. Elle n'était pas guérie, alors cette sortie dans le monde extérieur ne la mettait-elle pas en danger? Mais d'un autre côté, comment aurait-il pu nier le contentement égoïste que sa présence lui procurait? Tout à coup les nuages se dispersaient, les contours devenaient plus nets, la réalité plus réelle et l'horizon plus clair.

C'est en la voyant s'approcher des marches qui reliaient la scène à la salle qu'il reprit conscience de son corps et qu'il s'élança vers elle, arrivant le premier et lui tendant la main pour l'aider à descendre le petit escalier.

Elle arriva à son niveau et ils s'observèrent un silence, laissant leurs yeux dire mieux que des mots ce qu'ils ressentaient. La symbiose opéra, comme autrefois, comme avant les démons.

Et là, face à ce visage fier, conquérant et pourtant non dénué de tendresse, Chuck comprit: SA Blair était revenue.

Toujours sur scène, légèrement au-dessus de lui, la jeune fille posa délicatement sa main dans la sienne et il s'empressa de l'embrasser avec fougue et respect. Le visage de Blair se fendit en un sourire amusé et elle descendit les marches, sans le quitter du regard. Lui non plus. Comment l'aurait-il pu?

Ils s'observèrent une seconde supplémentaire, dans un silence pudique et qui voulait pourtant tout dire...

Alors Blair lâcha sa main et, réajustant son air machiavélique sur son visage, le dépassa pour rejoindre les autres. Il la suivit des yeux, admiratif, passant instantanément du statut d'acteur à celui de spectateur.

Et Dieu que c'était bon...

* * * Scène 2 * * *

- Blair! s'exclama Serena, bondissant enfin de sa chaise.

Elle fit le tour de la table et enlaça sa meilleure amie.

- Mais qu'est-ce que tu fais là? demanda-t-elle, aussi éberluée que les autres.

Elle s'éloigna de la brunette et poursuivit, sourcils froncés, telle une mère grondant son enfant:

- J'espère que tu ne t'es pas enfuie de la clinique?

Les lèvres de Blair se retroussèrent.

- Ca, c'est plutôt une spécialité Van Der Woodsen...

Elle se tourna vers Eric.

- Sans vouloir t'offenser...

- Pas de problème! la rassura-t-il, plus amusé qu'autre chose par ce vieux souvenir.

Elle hocha la tête avec un demi-sourire qui s'évanouit dès que son regard tomba sur Dan, Jenny et Vanessa. Debout au coeur du Victrola, ceux-ci n'avaient pas bougé.

- Vous ne vous êtes pas encore rassis? Qu'est-ce que vous attendez?

Le trio échangea un regard triangulaire. Blair semblait en grande forme, mieux valait ne pas la contrarier... Et puis, pour être tout à fait honnête, ils n'auraient manqué pour rien au monde le grand retour de Melle Waldorf.

Celle-ci se tournait justement vers Serena.

- Même chose pour toi...

La jolie blonde sourit et s'éxécuta avec diligence. Blair pivota alors sur ses talons et observa Chuck en silence. Ce dernier alla s'asseoir sans rechigner.

- Bien... commença-t-elle. Maintenant que tout le monde est installé, je déclare la réunion ouverte!

- A vrai dire, on avait plutôt terminé... contrecarra Dan.

- On en aura terminé quand je le dirai, rétorqua Blair. Pas avant.

- Et si tu commençais par nous dire pourquoi Son Altesse Sérénissime nous fait l'obligeance de sa présence? suggéra Carter, non sans ironie. Ou plutôt, dis-nous lequel d'entre eux t'a lâchement appelée à l'aide... poursuivit-il en désignant ses acolytes du menton.

Blair ne cherchant pas à le contredire, les jeunes gens commencèrent à lorgner leurs voisins du coin de l'oeil, se demandant qui était le traître. En tout cas, qui que ce fût, la malheureux était à plaindre! Chuck avait été très clair: le premier qui s'aviserait de déranger Blair durant sa thérapie aurait affaire à lui... D'ailleurs, l'oeil meurtrier de ce dernier traquait déjà sa proie.

- Alors? répéta Carter.

- C'est Chuck.

Le principal intéressé se tourna vivement vers elle.

- Pardon?

- Tu ne m'as pas laissé un message sur mon répondeur avant-hier soir? rappela-t-elle.

Tout à coup, la mémoire revint au jeune homme. La veille de l'infiltration, il avait cherché un exutoire à ses angoisses dans la boisson, en vain. Alors il l'avait appelée, espérant que le son de sa voix le calmerait là où sa meilleure bouteille de scotch avait échoué.

- Je ne sais pas pourquoi je te laisse ce message: je sais que tu n'as pas accès à ton portable. Je crois que j'avais juste envie d'entendre ta voix... Tout va très vite ici... En temps habituel tu aurais été mon point de repère, et sans toi j'ai le vertige... J'ai besoin de toi Blair... Soigne-toi vite et reviens-moi.

Il revint au présent et riposta:

- C'est impossible... Tu n'avais pas accès à ton portable!

- Les autres pensionnaires peut-être, rétorqua-t-elle en haussant les épaules. Mais les médecins ont très vite compris que Blair Waldorf n'était pas comme les autres...

Chuck se remémora les anecdotes que Serena avait pu lui raconter sur le séjour de Blair à la clinique:

- Apparemment tout se passe bien, si ce n'est que Blair continue à se plaindre de la couleur lavande de sa chambre. (...) Il semblerait que, pour les convaincre de repeindre les murs, elle soit allée jusqu'à dire que cette couleur était à vomir...

Oui, Blair menait bel et bien la vie dure au personnel, et il le savait. Mais dans ce cas, si elle avait accès à son portable, pourquoi ne l'avait-elle pas appelé durant tout ce temps?

Devinant ses pensées, elle prit les devants afin d'éviter tout malentendu:

- Néanmoins j'avais promis de ne l'utiliser qu'en cas d'urgence. C'est pour ça que je ne vous ai pas appelés: je savais que ce break était pour mon bien... Mais ça ne m'empêchait pas d'écouter de temps en temps mon répondeur!

Chuck carra la mâchoire. Ainsi, c'était donc lui qui avait trahi la promesse qu'il avait exigée de tout le monde? Quelle ironie...

- Et qui d'autre? continua Carter.

Ses amis le regardèrent, perplexes: pourquoi pensait-il que deux personnes avaient fait appel à Blair?

- Ben oui, elle a l'air plutôt au courant, et c'est pas Chuck qui a dû entrer dans les détails... expliqua-t-il. Je me trompe?

Sans quitter Chuck des yeux, Blair sourit. C'est à son petit-ami qu'elle s'adressa, négligeant le jeune Baizen.

- Quand j'ai eu ton message, j'ai su que quelque chose n'allait pas. Quelque chose de grave, sinon tu n'aurais jamais téléphoné... Mais je savais aussi que, si je te contactais, tu aurais refusé de m'en dire davantage pour ne pas m'inquiéter.

Elle tourna la tête vers Serena.

- Même chose pour toi S...

Elle orienta ensuite son regard vers Nate.

- Toi, j'ai hésité... Tu es si facile à manipuler! Mais, finalement, j'ai décidé d'aller droit au but et de m'adresser à la personne qui me dirait tout sans broncher.

- Qui? gronda Chuck.

Blair reporta son attention sur lui mais garda le silence un instant, ménageant son effet avec délectation.

- Une personne qui m'était redevable depuis qu'elle avait essayé de rendre son actuel petit-ami jaloux en rôdant autour de toi...

Chuck leva les yeux au ciel tandis que tous les regards se tournaient vers Jenny. Celle-ci s'empourpra et se ratatina sur son siège.

- Je savais pas qu'elle quitterait la clinique! se justifia-t-elle.

Chuck poussa un soupir. Il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même: il n'aurait pas dû laisser des enfants se mêler d'histoires d'adultes...

- Voilà comment j'ai découvert toute l'affaire. Quant au résultat de votre piètre infiltration, je l'ai bien entendu appris derrière ce rideau en même temps que vous...

Cette simple phrase suffit pour que les mauvais souvenirs ressurgissent et que les visages se décomposent. Chuck lui-même perdit la petite flamme qui brillait depuis quelques minutes dans ses prunelles.

Blair les observa à tour de rôle en silence et, tout à coup, s'écria:

- Ca suffit!

Les jeunes gens, perdus dans leurs pensées, sursautèrent. Le rappel à l'ordre avait été brutal.

- On arrête de se lamenter sur son sort et on ouvre grand ses oreilles! reprit Blair.

Elle commença à faire lentement le tour de la table.

- Bien... Vous avez donc cherché à démontrer que le père de Chuck avait été assassiné par Hank Pioneer dans un pseudo accident de voiture, parce que Bart avait appris quelque chose de compromettant sur lui lors des soirées organisées par la Société des Gentlemen. Et, finalement, en apprenant que jamais Hank n'aurait pu découvrir que Bart faisait partie de la Société parce que celui-ci devait être d'une prudence à toute épreuve en raison de son statut de président, vous avez réalisé que vous aviez fait fausse route. Exact?

Un silence attesta ses dires. Celle-ci s'arrêta tout à coup de marcher et, bras croisés, les toisa.

- Vous êtes complètement stupides ou quoi?

Chacun la regarda, ébahi, agacé ... et un peu honteux.

- Je peux savoir pourquoi, en raison de son statut de président, Bart n'aurait pas pu faire une erreur et dévoiler son identité? Est-ce qu'on n'a jamais vu un président se planter et ses vilaines petits magouilles dévoilées? Le Watergate, ça vous dit quelque chose?

Les jeunes gens échangèrent un regard circulaire. Elle n'avait pas tout à fait tort... Satisfaite, Blair reprit sa petite ronde, et son discours par la même occasion:

- Bref, l'enquête n'est pas terminée, il est encore possible que Hank Pioneer ait fait assassiner Bart. En revanche, ce qui est certain, c'est que vous êtes toujours au point mort. Mais, heureusement, pas enterrés.

A cet instant, elle pivota sur ses talons et entreprit de tourner autour de la table dans le sens inverse.

- Dans cette enquête, comme dans toute enquête, il y a très exactement quatre faits à prendre en compte: la victime, le coupable, le crime en lui-même et le mobile, expliqua-t-elle en comptant sur ses doigts. Or, vous ne vous êtes attachés que sur deux de ces facteurs: le coupable, Hank Pioneer, et le mobile, la Société des Gentlemen. Ce qui était finalement le plus difficile!

Ses auditeurs échangèrent un regard: encore une fois, elle n'avait pas tort...

- C'est en enquêtant sur les deux facteurs à notre portée que nous réussirons à résoudre cette affaire, pas autrement. J'ai donc commencé par le plus évident: la victime...

Elle s'arrêta et claqua deux fois dans ses mains. Surgissant de nulle part, Dorota s'approcha à petits pas pressés de sa maîtresse, les bras chargés de dossiers. Elle adressa son habituel petit sourire jovial mais réservé à la cantonade tandis que Blair se saisissait des dossiers … pour les laisser lourdement tomber sur la table.

- Ce sont les comptes bancaires de Bart Bass.

- Ses comptes? s'étonna Dan. Comment y as-tu eu accès?

Blair et Dorota échangèrent un regard qui en disait long.

- Admettons que ce soit un miracle? proposa-t-elle.

Dan sourit.

- Admettons... lui accorda-t-il. Et Hercule Poirot a appris quelque chose d'intéressant en les épluchant?

- Bien évidemment... répondit Blair. Sinon je ne serais pas là devant vous! J'ai appris que Bart rémunerait largement un détective privé, Andrew Tyler.

Autour de la table, un ricanement général retentit. Gênée, Serena expliqua avec douceur:

- Nous sommes au courant B... Bart avait employé Andrew pour monter un dossier confidentiel sur chacun d'entre nous lorsqu'il a épousé ma mère...

Blair serra les dents et se tourna vers Chuck.

- Chuck... Toi qui connais les tarifs de Mr Tyler... A combien estimes-tu le prix des trois dossiers Van Der Woodsen?

Chuck, qui n'avait pas ricané et qui écoutait Blair plus sérieusement que jamais, compta mentalement:

- Je dirais dans les 15.000 dollars...

- Mais Andrew a rendu beaucoup d'autres services à Bart tu sais! ajouta Serena. Donc même si c'est plus, ça ne veut rien dire!

- Vraiment?

Le visage de Blair se défit. Elle jeta un regard à Dorota, qui haussa les épaules et, lentement, elle reprit les dossiers sur la table, l'air abattu. Elle fit demi-tour, prête à partir.

- Et moi qui ai eu la faiblesse de trouver bizarre le fait que Bart ait versé à Andrew Tyler en douze ans un peu plus de 780.000 dollars...

Un pas...

Deux pas...

Trois pas...

- Blair attends!

Le visage soi-disant attéré de Blair se tordit en un sourire victorieux tandis qu'elle se retournait et rejoignait la table.

- Je m'occupe d'interroger Andrew Tyler avec Chuck, annonça-t-elle. Nous avons rendez-vous avec lui à 15h.

Les deux amants échangèrent un regard complice.

- Pendant ce temps, reprit-elle, un autre groupe sera chargé d'enquêter sur le deuxième facteur: le crime en lui-même. Vous n'avez même pas pris la peine de chercher si quelque chose dans cet accident suggérait une malveillance quelconque!

- La police a dit que... commença Eric.

- La police a dit ce que le généreux donateur de la tombola de cette année voulait qu'elle dise, l'interrompit Blair. Non, il faut mener notre propre enquête.

- Comment? demanda Serena. Il y a des mois que ça s'est passé et nous n'avons rien de concret sur quoi travailler!

- Eh bien justement, répliqua Blair, trouvons du concret. Des photos.

- Des photos? s'étonna sa meilleure amie. Mais nous n'avons pas accès au fichier de la police!

- Qui a besoin de la police lorsque presque six millions de new yorkais sont équipés d'un téléphone avec appareil photos … et une plate-forme qui répertorie tous ces clichés?

Une petite voix, qu'on n'avait pas encore entendue ce jour-là, murmura:

- Gossip Girl...

Toutes les têtes se tournèrent vers Jonathan. Celui-ci s'empourpra et expliqua:

- C'est bien ça non? Tu veux récupérer les photos que les témoins de l'accident ont envoyées à Gossip Girl?

- Bingo! Pour la peine, c'est toi qui t'en occupes. Tu t'étais bien débrouillé en la contactant en juin... Tu n'as qu'à prendre les deux autres mioches comme assistants.

Jonathan et Eric échangèrent un regard entendu tandis que Jenny rougissait de honte. La mioche? Elle était prête à riposter mais Serena la prit de court:

- Et moi? demandait-elle. Tout le monde a quelque chose à faire dans cette enquête: Nate, Vanessa et Carter ont dû infiltrer la Société ; Eric, Jonathan et Jenny contacter Gossip Girl ; toi et Chuck interroger Andrew Tyler... Il n'y a que moi qui n'ai rien à faire!

- Heu... Y'a moi aussi! rappela Dan en levant légèrement le bras.

Blair s'arrêta de marcher et les observa droit dans les yeux.

- Vous deux, je vous réserve la meilleure part...

Leurs sourcils se haussèrent.

- Je vous charge de vous débrouiller pour que votre famille ne vole pas en éclats.

Dan et Serena échangèrent un regard gêné tandis que Blair concluait, amusée:

- Bon courage...