Un Grand Corsaire se déplaçait rarement jusqu'à Marie Joie, même lorsqu'il y était invité. Il fallait qu'un événement exceptionnel se produise en général, et qu'une convocation impérieuse leur soit adressée sous peine de quoi, ils risquaient leur place. Mais Doflamingo avait de bonnes raisons de répondre à l'invitation, ce jour-là. Il avait eu connaissance d'un « secret » et comptait bien en profiter pour asseoir sa position au sein même du gouvernement mondial. Une fois que celui-ci se sentirait en danger, il n'y aurait rien qu'il pourrait désormais refuser au pirate.

Son arrivée au quartier général de la Marine passa plutôt inaperçu car peu étaient au courant de sa venue, exceptés les amiraux et l'amiral en chef. Ce dernier avait eu pour ordre de ne se préoccuper de rien, que le corsaire ne faisait que passer, et il s'était exécuté en grinçant des dents.

Après avoir laissé la charge de son navire à Diamante, Doflamingo se rendit donc à son rendez-vous, accompagné seulement de Resha qui prenait un soin particulier à rester à minimum trois pas de distance. Une fois arrivés au bureau où les attendait un petit homme portant un chapeau melon, la jeune fille se colla dans un coin et n'en bougea plus alors que le pirate s'avançait vers le représentant du gouvernement mondial. La conversation fut agitée, presque houleuse, et le fut davantage quand l'homme, en clair position d'infériorité, voulut négocier le retour de la Red Witch. Il argua qu'elle était bien trop dangereuse, même pour Doflamingo, et qu'il fallait qu'elle soit « gardée » dans un lieu sûr, loin des regards et des tentations. Il évitait de trop en dire, ignorant jusqu'où allait la connaissance du Grand Corsaire sur les pouvoirs de la jeune fille. Malheureusement, il se rendit compte que celui-ci était au courant de l'essentiel. Il n'eut pas d'autre choix que de promettre d'inscrire la Red Witch sur le registre répertoriant les pirates au service de Doflamingo en échange de quelques « services » que prodiguerait le pirate, notamment en ce qui concernait l'approvisionnement en esclaves pour les Dragons célestes.

Les négociations closes, le Grand Corsaire tourna les talons sans même prendre la peine de saluer son interlocuteur et fit signe à la jeune fille de la rejoindre. Elle lui obéit avec réticence, lui emboitant le pas alors qu'il parcourait de nouveau les couloirs de Marie Joie. Alors qu'ils s'approchaient de la sortie, une silhouette apparut dans l'encadrement de la porte, leur barrant le passage. Debout devant eux, les mains croisées dans le dos, se tenait Sengoku, le visage impassible.

- Je n'allais tout de même pas vous laisser partir sans m'avoir salué, jeune homme.

Doflamingo tiqua, pas habitué à ce qu'on le prenne de haut. Mais il savait aussi qu'il n'aurait jamais le dessus sur ce monstre de la Marine, donc il se contenta de lui adresser un sourire crispé.

- Vous êtes un homme occupé, voyons, je ne voulais pas vous déranger.

Après un échange de regards où chacun tenta d'imposer sa supériorité à l'autre, l'attention de Sengoku fut attirée par l'éclat rouge des cheveux de Resha. Il fronça légèrement les sourcils et s'avança vers elle, avant de se baisser à sa hauteur, une main gentiment posée sur son épaule pour la rassurer.

- Mais dis-moi, je te connais toi. Tu es la petite fille qui nous a volé un petit bateau, il y a quelques années !

Resha voulut répondre mais une seconde main se posa sur son épaule et elle se contenta de lever les yeux au ciel alors que Doflamingo s'était placé dans son dos, pas vraiment ravi de la tournure que prenaient les événements.

- Vous devez vous tromper, Amiral en chef, dit sèchement le pirate en raffermissant sa prise. Cette jeune femme fait partie de mon équipage.

Le Marine fronça davantage les sourcils devant l'attitude déplorable du corsaire et lui donna une tape sur la main pour qu'il relâche l'adolescente. Puis il se redressa et bomba le torse, fixant d'un air sévère le pirate face à lui.

- Donquijote Doflamingo, veuillez ne pas me prendre pour un imbécile. Cette enfant ne devrait pas se trouver à vos côtés. Soyez sûr que je vais me renseigner sur cette affaire, mais vous pouvez d'ores et déjà vous en aller sans elle.

- Oula mais il devient sénile avec l'âge, le papy, rétorqua le corsaire avec un sourire mauvais. Faudrait voir à changer de lunettes, elle porte son allégeance à même la peau.

D'un signe du doigt, il désigna le tatouage apparent. En apercevant la marque et la grimace de dégoût de la jeune fille, Sengoku sentit son sang bouillir. Son fluide se déploya, noircissant la peau, et il se mit lentement en position de combat. De son côté, Doflamingo avait saisi Resha pour la faire reculer derrière lui et s'était mis sur la défensive, ce sourire toujours détestable collé aux lèvres.

- Sengoku, il suffit ! Laisse-le repartir !

L'ordre fut aboyé par le petit homme au chapeau melon qui venait de s'interposer entre les deux ennemis. L'amiral en chef se crispa, avant que sa peau ne retrouve une teinte plus normale. Dans ses yeux en revanche brûlait toujours le feu de la colère, et il devait faire un gros effort pour ne pas coller une raclée au pirate qui le gratifia d'un majeur levé.

- Qu'il parte sans l'enfant, alors. Il est clair qu'elle n'est pas ici de son plein gré !

- Son sort ne nous concerne pas, Sengoku, rétorqua le petit homme en fronçant le nez de dégoût.

- Peut-être que VOUS, vous ne vous en souciez pas, mais je vous rappelle que les Marines sont au service du peuple !

- Vous êtes au service des peuples sous la bannière du Gouvernement Mondial et avant tout des humains ! Nous n'avons que faire du sort des monstres dans son genre !

- Mais je vous emmerde !

Les trois hommes tournèrent la tête vers la jeune fille d'un même mouvement, l'un surpris, l'autre énervé et le dernier ne cachant en rien son hilarité. Le petit homme au chapeau melon se redressa comme il put, adressant un regard de dédain à l'adolescente.

- ET insolente, en prime. Elle a tout à fait sa place parmi ces barbares !

Sans que personne ne put l'en empêcher, la jeune fille l'attrapa par la cravate et le tira à elle d'un geste brusque, avant de lui coller une claque d'une telle violence que sa tête partit s'encastrer dans le mur. Il glissa au sol, assommé, un filet de sang coulant le long de sa tempe. Sengoku esquissa un pas vers elle mais elle pointa son index vers lui avant de déclarer froidement.

- Marines, pirates ou encore Gouvernement Mondial, c'est la même chose à mes yeux. Mais des trois engeances, une seule a l'honnêteté de ne pas cacher le monstre d'inhumanité qui se tapit chez les autres.

Sur ces mots, elle enjamba sa victime sans se soucier de lui écraser la main au passage et sortit à l'air libre, éprouvant le besoin d'hurler sa rage face à l'océan. Désormais seuls, Doflamingo et Sengoku échangèrent un dernier regard avant que le pirate n'éclate de rire, fourrant les mains dans les poches de son pantalon.

- Elle a un sacré caractère, pas vrai ? Quel dommage qu'elle ait compris que vous ne voulez que la manipuler.

- Ne nous mets pas tous dans le même panier, gamin, rétorqua froidement Sengoku en se baissant pour ramasser le blessé. Tu as peut-être bien placé tes pions aujourd'hui, mais je n'en resterai pas là.

Doflamingo haussa les épaules et passa devant lui sans répondre, un sourire cruel aux lèvres.

Le Grand Corsaire retrouva la jeune fille non loin de la sortie, occupée à jeter de petits cailloux blancs dans la mer pour se défouler. Il admira la distance à laquelle elle arrivait à les lancer, puis se décida enfin à la rejoindre, glissant un bras autour de son épaule.

- Allez on rentre.

Elle fit exprès de se baisser pour qu'il ne puisse plus l'atteindre et passa dans son dos.

- Mais je vous en prie, aux hommes d'abord !

Il éclata de rire et ouvrit effectivement la marche. Ils embarquèrent rapidement et le navire prit le large vers sa prochaine destination.


Alors que Doflamingo était occupé à relater son entrevue à Diamante, il vit du coin de l'œil Resha se glisser en silence vers le mat et commencer à l'escalader, une couverture sur l'épaule. Il expédia la fin de son récit et leva la tête vers la vigie où elle venait de se réfugier, lançant d'une voix forte.

- Dis donc, je peux savoir ce que tu fais là-haut ?

Comme aucune réponse ne lui parvint, l'homme se servit de ses pouvoirs pour se hisser au sommet du mat et découvrir la cabane improvisée que s'était confectionnée la jeune fille. Assise en tailleur devant "l'entrée", une barre de céréales entamée en main, elle feint la surprise en le voyant apparaître devant elle.

- J'ai remarqué qu'il n'y avait pas de cabine pour les filles. Donc je vais où je peux hein.

- Mais voyons, tu as une cabine qui t'attend : la mienne.

Elle lui fit un joli doigt d'honneur pour exprimer toute la joie qui l'envahissait à cette nouvelle.

- Pourtant tu n'as pas fait la difficile, hier soir.

Elle tendit l'autre majeur en le fusillant du regard. Il se glissa dans la vigie et s'assit face à elle avec un sourire, attrapant ses mains pour l'obliger à baisser les doigts.

- Je t'ai dit que tant que nous serons sur ce navire, tu n'auras rien à craindre. Et c'est dur pour moi d'attendre, tu sais, fit-il d'une voix douce. Mais pour l'instant, on va juste faire en sorte que tu t'habitues à ma présence et à mon contact. Promis, ça n'ira pas plus loin.

- Nom de dieu mais c'est déjà trop ! Lâchez-moi, espèce de taré ! Je suis sûre que vous avez l'impression d'être super sympa là mais non, vous restez un putain de psychopathe !

- Tu préfères que je laisse libre cours à mon désir pour toi, peut-être ? répliqua-t-il tranquillement en s'affalant contre la paroi de bois.

Il l'attira à lui et elle se retrouva assise à califourchon sur sa taille, dans une position plutôt inconfortable et avec, deux choix aussi peu enviables l'un que l'autre : soit elle glissait vers l'avant pour se laisser aller contre son torse, soit elle partait vers l'arrière droit sur son bassin. Elle pâlit, réfléchissant à toute vitesse à un moyen de se sortir de là, essayant tant bien que mal de conserver son équilibre. Il lui sourit, puis attrapa ses cheveux pour les rejeter en arrière et dévoiler sa gorge qu'il caressa du bout des doigts.

- On dirait que tu as un souci, ma pauvre. Je peux peut-être t'aider à le régler, si tu m'expliques ce qui te chagrine.

- Je veux mourir, là, maintenant et définitivement !

Il sourit, et ses doigts suivirent la ligne de la gorge, descendant jusqu'à la clavicule avant de s'aventurer encore plus bas, vers le tatouage. Ce petit jeu commençait sérieusement à l'exciter, aussi fugace que soit le contact. Elle était complètement soumise à sa volonté, n'osant ni s'avancer, ni reculer, et fermait les yeux de toutes ses forces comme si elle essayait de se convaincre que tout ceci n'était qu'un mauvais rêve. Elle se crispa davantage lorsqu'il toucha la marque et glissa instinctivement en arrière. Il sursauta alors, surpris par le désir qui s'empara de lui, et ses mains accrochèrent la taille de sa partenaire involontaire pour la plaquer à lui. Un grognement presque sauvage s'échappa de sa gorge alors qu'il se redressait à moitié, tirant dans le même temps sur sa tunique pour tenter de la déchirer. Elle voulut crier, le corps basculant vers l'arrière, quand un grand coup à la base du mat fit violemment trembler le bois, la secousse se propageant jusqu'à la vigie. Rattrapé par son instinct de survie, le capitaine corsaire se releva d'un bond, ce qui permit à l'adolescente d'échapper à son emprise et de se réfugier le plus loin possible de lui, le corps parcouru de tremblements. Il hésita quelques secondes, mais un nouveau coup le força à redescendre, fou furieux et prêt à châtier le coupable en lui arrachant le cœur à mains nues.


Lorsque Sally avait compris que le méchant homme risquait de faire beaucoup de mal à sa protégée, elle s'était précipitée en bas du mat pour en frapper la base de toutes ses forces. Un deuxième coup attira le pirate sur le pont, et elle en profita pour remonter à toute vitesse. Elle surgit devant Resha et leva le pouce en signe de victoire. La jeune fille réussit tant bien que mal à se ressaisir et lui sourit, avant de souffler.

- Vite, reviens dans mes cheveux.

La Tontatta obéit rapidement, et elle avait à peine regagné sa cachette que de nouveau, l'homme se tenait sur le bord de la vigie, l'air particulièrement en colère. Évidemment, il n'avait trouvé personne à proximité du mat, et le mystère restait entier pour lui. Cela avait par contre eu pour conséquence de calmer ses ardeurs, à la grande satisfaction de la naine qui l'observait attentivement à travers deux mèches rouges.

- Je n'ai rien à craindre, hein, cracha Resha avec hargne alors qu'elle adoptait une posture défensive.

Il soupira profondément et inclina la tête.

- Je me suis peut-être un peu laissé aller, oui. J'aimerais te faire croire que ça ne se reproduira plus, mais je doute que tu me croies cette fois-ci.

- Effectivement. Donc vous comprendrez pourquoi je vais maintenant dormir ici et seule !

Il la dévisagea un instant en silence, puis de nouveau ses lèvres s'étirèrent en un sourire inquiétant.

- Non.

Sans prendre gardes à ses cris de rage, il chargea la jeune fille sur son épaule et redescendit tranquillement sur le pont. Diamante vint voir pourquoi on le dérangeait pendant sa sieste et commença à sermonner Resha, toujours juchée sur l'épaule du corsaire. Elle le fixa un instant, puis lui fit signe de s'approcher en pliant l'index. Curieux, il s'avança vers elle pour écouter ce qu'elle avait à lui dire. Il ne s'attendait certainement pas à ce qu'elle sorte littéralement les griffes pour lui labourer le visage.

Alors que son général jurait tout ce qu'il pouvait, les mains plaquées sur la peau brûlante, Doflamingo éclata de rire. Il promit quand même à son homme de main qu'il gronderait lui-même l'insolente pour le calmer, puis ordonna qu'on porte un repas pour Resha dans sa cabine, lui-même assurant qu'il mangerait en compagnie de son équipage. Par ce geste, Sally supposa qu'il voulait faire croire à la jeune fille qu'il n'était pas qu'un simple pervers prêt à l'agresser à peine ils se retrouveraient seuls… Mais même elle n'était pas si naïve, et elle se jura de redoubler de prudence.


Le reste de la semaine et le début de la suivante devaient malheureusement donner raison à la Tontatta. S'il faisait tout pour ne pas perdre le contrôle de lui-même, Doflamingo supportait de moins en moins d'être éloigné de Resha. Aux repas, il la voulait assise à sa gauche. Lorsqu'il devait rencontrer des partenaires financiers, elle devait l'accompagner. La nuit, il fallait absolument qu'il la garde contre lui, utilisant toujours l'excuse de vouloir faire en sorte qu'elle s'habitue à lui. Si elle réussissait, il ne savait comment, à échapper à ses bras, il la "punissait" en se montrant d'autant plus envahissant, allant jusqu'à imposer les divers habits qu'elle devait porter au courant de la journée. Bref, plus le temps passait et plus il faisait de Resha une poupée, essayant de manipuler à la fois son esprit et son corps. Malheureusement pour lui, la jeune fille fit preuve d'une force de volonté qu'il ne lui connaissait pas et annihila toutes ses tentatives de corruption. Sa plus grande victoire fut d'ailleurs de réussir à lui interdire totalement l'accès de la salle de bain lorsqu'elle s'y trouvait, ce qui l'empêcha notamment de l'espionner aux heures où elle se lavait. Il ne savait pas ce qu'elle utilisait pour bloquer la porte et se refusait à la défoncer, décidant tout simplement de prendre son mal en patience. Il ne sut jamais que son échec était dû à Sally qui poussait de l'autre côté du battant à chaque fois qu'il essayait d'ouvrir.

Puis vint ce matin fatidique où, alors qu'elle se promenait tranquillement sur le pont pour respirer le bon air marin, un jeune pirate nouvellement recruté eut le malheur d'entamer une conversation avec elle. La jalousie mordit le cœur à vif de Doflamingo, et il comprit que si le tatouage repoussait bien d'éventuels prétendants extérieurs à la Donquijote Family, il n'en était rien pour les membres de son propre équipage. Jusque-là, il avait évité de se montrer "affectueux" en public, se contentant de sa présence silencieuse à ses côtés. Ce jour-là, il comprit qu'il fallait leur prouver à tous, d'une autre manière, que nul autre que lui n'avait de droit sur la personne de Resha.

Il attendit patiemment que le pirate s'éloigne et se promit de l'exécuter plus tard, puis saisit la jeune fille par le poignet et l'entraîna à sa suite sans un mot d'explication. Depuis peu, elle avait cessé de se débattre et attendait juste que l'envie de l'emmerder lui passe, mais si elle avait su ce qu'il comptait lui faire, sans doute ne serait-elle pas restée aussi silencieuse.

Calmement, il l'assit sur le lit et prit place dans son dos, sa posture préférée. Les bras autour de sa taille et le menton reposant sur ses cheveux, il lui demanda.

- Rappelle-moi ce que je t'avais dit, au sujet des conversations avec d'autres hommes que moi ou Diamante ?

Elle se raidit instantanément.

- J'avais totalement oublié.

Le ton sincère de sa voix convainquit Doflamingo qu'elle ne mentait absolument pas. Il soupira et glissa son pouce sur son bras, hésitant une seconde sur l'attitude à adopter.

- Je vois… Je veux bien passer l'éponge pour cette fois, mais tu serais gentille de ne pas recommencer.

Elle hocha silencieusement la tête, mais ne se détendit pas pour autant. Il sourit alors que son mouvement avait eu pour effet de dégager son cou des mèches rouges qui le couvraient habituellement, et se pencha sur elle en raffermissant mine de rien sa prise. Elle sursauta en sentant les lèvres froides lui frôler la peau et eut un bref instant de panique, avant que des coups répétés ne soient frappés à la porte.

- Doffy, on a un problème !

Le pirate releva brusquement la tête et relâcha sa jeune victime pour ouvrir à Diamante qui attendait fébrilement de l'autre côté. Il n'entendit pas les deux soupirs de soulagement qui retentirent dans son dos, concentré sur ce que son homme de main lui expliquait. Un juron lui échappa et il se tourna vers Resha, avant de lui ordonner d'une voix impérieuse.

- Ne quitte pas cette cabine !

Puis il sortit, oubliant dans sa précipitation de refermer à clé derrière lui.


La raison pour laquelle Diamante avait osé interrompre son capitaine résidait dans la présence, sur le pont du navire, d'une trentaine d'hommes poissons à la mine patibulaire, armés jusqu'aux dents et ayant déjà abattus deux bleusailles. Un terrible cri de guerre retentit lorsqu'ils virent apparaître le Grand Corsaire. Un combat féroce s'engagea entre les deux groupes de pirates et les lames s'entrechoquèrent dans un fracas assourdissant.

Bien que certain de sa force, Doflamingo devait reconnaître qu'un homme poisson entraîné était un adversaire redoutable, alors une trentaine… La bataille tournait néanmoins à l'avantage de l'équipage Donquijote, lorsque le corsaire aperçut Resha sur le pont, attirée malgré elle par le bruit de la bataille. Tétanisée par la violence du spectacle, elle n'avait plus la présence d'esprit de tenter de se protéger, et il dut décapiter l'homme poisson qui tenta de se jeter sur elle, arme au poing. Elle sursauta lorsque le corps s'écrasa à ses pieds et releva la tête vers lui, croisant son regard.

- Rentre dans la cabine, immédiatement !

Il n'avait pas prévu que son cri à l'intention de la jeune fille attirerait sur lui toutes les attentions. Persuadés qu'il était désormais suffisamment distrait pour être battu, la moitié des assaillants se jeta sur lui, tandis que l'autre s'occupait de tenter de terrasser Diamante. Agacé, Doflamingo tua la quasi-totalité des pirates ennemis avec une facilité déconcertante et posa le pied sur le dernier survivant, le dévisageant avec un sourire mauvais aux lèvres.

- Je ne sais pas pourquoi vous vous êtes attaqués à ce navire, mais les faibles dans votre genre ne devraient pas essayer de jouer dans la cour des grands.

- Esclavagiste, siffla l'homme poisson avec haine, les pupilles réduites à l'état de simples fentes. Tu vas payer pour les crimes que tu as commis envers mon peuple.

- Je ne crois pas, non, rétorqua tranquillement le corsaire en l'abattant d'une "bullet string" en plein coeur.

Les yeux révulsés, l'homme poisson retomba sur le pont, un filet de sang rouge coulant d'entre ses lèvres entrouvertes. Satisfait, Doflamingo se redressa, certain de sa victoire. Son regard se posa de nouveau sur Resha, accrochée au bastingage alors que ses jambes manquaient de se dérober sous elle. Et il se figea.


Un des assaillants avait eu la présence d'esprit de se cacher dans l'eau, près de la coque du navire. Lui aussi avait entendu le cri du corsaire, et sa cible alors avait changé. Attendant patiemment qu'elle se rapproche du bastingage, il jaillit hors de l'eau à une vitesse phénoménale et enroula son bras froid et humide autour de la gorge de la jeune fille à laquelle semblait beaucoup tenir le grand pirate au manteau rose. Il sut qu'il ne s'était pas trompé lorsqu'un fil aussi fin qu'un cheveu et aussi dur que l'acier lui transperça le corps de part en part, atteignant ses points vitaux. Mais il se moquait désormais de mourir, tant qu'il réussissait à infliger une perte lourde à ce monstre. Il bascula de nouveau à la mer, entraînant avec lui la pauvre fille qui n'avait rien demandé à personne. Mais après tout, ce n'était qu'une humaine, alors peu lui importait. De nouveau en sécurité dans l'eau, il plongea plus profondément, jusqu'à ce que la dernière étincelle de vie ne quitte son corps meurtri. Peu importe, il avait entraîné la fille avec lui et savait qu'elle n'y survivrait pas. Enfin, il ferma les yeux, emportant dans la mort l'image du monstre marin qui nageait vers eux à une vitesse phénoménale, attiré par le sang qui s'échappait de sa blessure.


Abasourdi, Doflamingo ne pouvait s'empêcher de fixer les flots tumultueux où avait disparu le corps de Resha, les bras immobiles le long du corps. L'odeur de la mort avait attiré de nombreux prédateurs marins, et ceux-ci se disputaient désormais les restes de cadavres tombés à l'eau. L'ombre d'un instant, il faillit attraper les survivants non possesseurs de pouvoirs du fruit de démon pour les balancer à l'eau en leur ordonnant de lui ramener Resha, quitte à ce qu'ils y perdent eux-mêmes la vie, mais tout espoir le quitta lorsqu'il vit, flottant à la surface, le débardeur déchiqueté qu'elle portait avant de sombrer. Un requin passa par-là et le goba, avant de replonger dans les profondeurs.

A ses côtés, Diamante exprima tout haut ce que n'osait que penser son capitaine.

- Elle a beau ne pas pouvoir mourir d'une balle en plein cœur… On ne peut plus rien pour elle, maintenant. Elle a été dévorée dès qu'elle s'est retrouvée dans l'eau.

Il jeta un regard à Doflamingo et sursauta en voyant l'expression de son visage, avant d'hurler aux hommes encore vivants de se jeter à terre. Peu purent lui obéir à temps, et ils observèrent avec effroi les corps déchiquetés de leurs camarades, piégés dans une toile sanglante.


Trois mois avaient passé depuis le retour du jeune maître, trois mois qu'il passa enfermé dans son bureau à travailler comme un forcené. Parfois, un hurlement de rage faisait trembler les murs du palais, et tous s'empressaient de trouver une cachette pour ne pas subir la fureur de leur souverain.

La nouvelle de la mort de Resha avait été un coup dur pour Baby 5 également, qui se reprochait chaque jour de ne pas avoir insisté pour accompagner son amie sur le navire. Elle aurait pu la protéger, elle qui était formée au combat ! Mais chaque fois qu'elle en discutait avec Viola, celle-ci lui rappelait avec gentillesse que ce n'était pas de sa faute, que jamais elle n'aurait dû partir en mission en premier lieu, elle qui n'avait jamais eu à se battre. Mais alors que la princesse n'hésitait pas à rejeter l'entière faute de la disparition de son amie sur Doflamingo, Baby 5 n'arrivait pas à en vouloir au jeune maître.

- Tu comprends, c'est lui qui en souffre le plus, lui rappela-t-elle ce matin-là alors qu'elle venait de trouver Viola sur le pas de la chambre qui fut celle de Resha.

La jeune femme ne répondit pas, les larmes aux yeux. Baby 5 hésita un instant avant de l'enlacer brièvement pour tenter de la consoler. Elle-même émue, elle prétexta un entraînement urgent et s'éclipsa pour pleurer à l'abri des regards.

A nouveau seule, Viola baissa les yeux sur ses mains qu'elle avait jointe à l'arrivée de Baby 5. En écartant doucement les doigts, elle aperçut d'abord les cheveux verts ébouriffés, puis le bandana si reconnaissable de la petite Sally. La Tontatta lui sourit de toutes ses dents, puis leva le pouce en signe de victoire. Viola laissa échapper de nouvelles larmes, mais personne ne sut qu'une joie trop grande en était la cause.