Chapitre 11 :
A la fin de la première semaine, la bronchite de Grissom s'était améliorée. Pour sa plus grande joie, il ne toussait presque plus, avait récupéré sa voix et ne faisait plus de poussée de fièvre. Ce qui, selon lui, était le signe évident qu'il pouvait reprendre le travail. Seule sa cheville persistait. Certes, elle était moins gonflée, mais demeurait toujours bleue et dès qu'il forçait un peu trop lui élançait. Voyant que son fils allait mieux, Elizabeth décida qu'il était temps de rentrer. Catherine vint voir son ami quelques jours avant la fin de son arrêt maladie, accompagnée de sa mère (un charmante vieille dame aux cheveux gris et aux yeux verts prénommée Lily) et de sa fille. Claire retrouva Lyndsey avec plaisir, tandis qu'Elizabeth se mettait à bavarder avec la mère de Catherine. Sara resta interdite.
« Comment… ?
_ Nos mères se connaissent depuis… longtemps, lui expliqua Gil. Tout comme Lyndsey et Claire. En fait, Catherine et elle m'ont accompagné pendant mes séjours chez Maman presque tous les ans.
_ Nous avons eu l'idée malheureuse de les présenter, ajouta Catherine. Depuis, dès qu'Elizabeth vient à Vegas, il faut absolument qu'elles se voient…
_ Et râlent au sujet des risques de notre métier, conclut Gil en grimaçant. Tout en essayant de nous caser l'un avec l'autre ! Elles ont eu du mal à nous croire que nous ne soyons que des amis très proches, mais juste des amis ! Jusqu'à…
_ Un certain séminaire, termina Catherine en prenant un cookie.
Un sourire éclaira le visage de Gil qui caressa doucement les phalanges de Sara.
_ Au fait, où est Warrick ? demanda-t-il.
_ Chut ! fit Cath' en regardant en direction de leurs mères. Occupé. J'ai une fuite dans ma salle de bains.
Un sourire amusé étira les lèvres de Sara. Catherine comprit le sous-entendu. Les deux femmes éclatèrent de rire. Seul Grissom ne sembla pas comprendre. Le remarquant, Sara lui dit.
_ Je t'expliquerai la prochaine fois que nous aurons une fuite dans la salle de bain.
Le rire de Catherine repartit de plus belle. La visite se poursuivit jusqu'à ce qu'un coup de téléphone de Warrick annonce que la fuite était réparée et le repas prêt. Les trois femmes partirent laissant les Grissom en famille. Avant que Sara parte travailler, après le repas, Gil lui glissa dans la main un sachet en papier.
_ Pour l'équipe, fit-il. Ça vous changera. Tu viens avec moi chez le médecin ?
_ Bien sûr. Rendez-vous à onze heures c'est ça ?
_ Mon chéri, fit alors Elizabeth en touchant le bras de son fils qui se retourna, intrigué. Mary m'a invitée à venir faire les boutiques avec elle. Mardi prochain, ajouta-t-elle à sa question muette. Ça ne t'embête pas si je reste ? Claire pourra repartir seule pour Los Angeles, ton frère est rentré de son voyage en France.
Gil hésita. Non pas qu'avoir sa mère avec lui le gênait, mais il aurait aimé retrouver le calme de leur maison et avoir Sara pour lui tout seul. Il échangea un regard avec Sara.
« Pas de problème Maman.
Elizabeth déposa un rapide baiser sur sa joue et sortit son portable.
_ Qu'est-ce que… s'étonna Sara.
_ Je sais, fit Gil en souriant. Ça surprend toujours de voir ma mère sortir son portable tactile pour envoyer des SMS. Il faut s'y faire. Maman est plus moderne que moi ! »
Sara éclata de rire et attrapa ses clefs. Une main sur la poignée de la porte d'entrée, elle allait l'ouvrir quand une main la fit pivoter. Deux lèvres se plaquèrent sur les siennes. Elle joignit ses mains derrière la nuque de son homme et approfondit leur baiser, voulant qu'il ne finisse jamais. Une exclamation dégoûtée les tira de leur bulle. Ils se retournèrent et virent Claire, une grimace sur le visage.
_ Y a des enfants ici !
Gil haussa les épaules et attira Sara contre lui.
_ Tu es sûre que tu dois aller travailler ?
Sara sourit et déposa un rapide baiser avant de s'éloigner. Un autre baiser et, le sachet de cookies, son sandwich et ses clefs en main, elle partit. Gil se retourna, un sourire aux lèvres. Installées devant un jeu de cartes, elles le regardaient un sourire amusé. Attrapant ses béquilles, posées contre le guéridon de l'entrée, il partit dans son bureau. La soirée se passa tranquillement, Elizabeth lisait, tranquillement installée dans le divan, une tasse de thé devant elle. Claire travaillait, assise à la table de la cuisine, pendant que Gil mettait à jour sa paperasse. Vers vingt et une heures, il sortit enfin de son bureau et attrapa un cookie.
_ Tonton ! Une partie d'échec ça te dit ? lui proposa Claire, qui achevait une partie de rami avec sa grand-mère.
Après l'assentiment de ce dernier, la partie commença. Quelques trois quarts d'heures plus tard, la partie s'achevait avec une victoire, durement arrachée à sa nièce, de Grissom. A cet instant, le téléphone portable de Gil sonna.
« Grissom ? Ah ! Bonsoir Conrad. Que me vaut le plaisir de votre appel ? Mmh… oui. Sur mon bureau, Catherine pourra vous les donner, elle sait où je les range. Pas là ? Sara est dans le coin ? Ok… Dans ce cas, demandez-lui. Bien. Rien de neuf sur le quadruple meurtre ? Je l'espère Conrad, je l'espère. Bonne soirée. ».
****
Un cri de peur retentit dans la demeure silencieuse, réveillant en sursaut Gil et Sara. Tous deux se précipitèrent dans la chambre de Claire et Elizabeth. Ils trouvèrent la vieille dame, réveillée en sursaut par les sauts de Claire sur le lit qui montrait quelque chose sur le couvre-lit. Sara prit cela pour une tâche mais qui s'avérait être une araignée. Voyant qu'il ne s'agissait pas de quelque chose de grave, elle fit demi-tour, et regagna sa chambre à tâtons.
Gil sourit.
« Ecrase-la Tonton ! Ecrase-la ! Tu sais bien que je hais ces bestioles.
_ Mais non, fit doucement Grissom. On va juste la remettre dehors. Regarde-la, elle est terrifiée.
Un reniflement incrédule lui répondit. Doucement, Gil attrapa l'araignée et ouvrit la fenêtre de la chambre et posa l'araignée sur l'appui de fenêtre. Puis il referma la fenêtre et s'apprêta à quitter la pièce.
_ Mais elle va revenir ! s'exclama Claire.
_ Mais non, répondit-il en étouffant un bâillement.
_ Allez dors maintenant, fit Elizabeth en se recouchant. Il est trop tôt pour réveiller toute la maison ! Bonne nuit, chéri. »
_ Bonne nuit Maman. »
Refermant la porte, Gil retourna se coucher. Sara s'était déjà rendormie. Sans bruit il l'entoura de ses bras et s'endormit.
****
Sara s'avança vers le bureau de la secrétaire tandis que Gil allait s'asseoir dans la salle d'attente.
« Bonjour mademoiselle, fit-elle. Nous avons un rendez-vous avec le Dr Francis.
_ Ah oui… Mr et Mrs Grissom ?
_ Non, juste le Dr Grissom.
_ Bien, le docteur va vous recevoir dès qu'il en aura fini avec son patient.
_ Merci. »
La jeune femme rejoignit Grissom. Lequel semblait on ne peut plus impatient. Le livre qu'il avait pris gisait sur ses genoux.
_ Gil, détends-toi, lui chuchota Sara. Ce n'est qu'une visite de contrôle.
Il lui adressa un sourire d'excuse. Elle lui prit les mains, l'empêchant de pianoter sur sa cuisse.
_ C'est votre premier rendez-vous ? lui demanda une femme enceinte.
_ Vous savez c'est normal d'être nerveux, ajouta l'homme qui l'accompagnait avant que le couple n'ait pu répondre. Nous aussi, nous l'étions. Et puis finalement tout s'est bien passé. Ils m'ont envoyé dans une pièce à part pour que je puisse… donner ma semence pour qu'Holly soit inséminée.
_ Pardon ? s'étrangla Grissom.
_ Vous savez, fit la femme. Il n'y a pas de honte à admettre qu'on a du mal à avoir un enfant. Surtout lorsqu'on est vieux, ajouta-t-elle en détaillant Gil du regard.
_ Il y a méprise ! fit Sara. Nous sommes là pour la cheville de Gil.
_ Gil ? releva l'homme. Gil Grissom ? L'entomologiste de la police scientifique ?
_ Lui-même, répondit Gil, gêné.
_ J'ai lu tous vos livres ! Et je…
_ Mr Grissom ! appela le médecin.
Retenant de justesse un soupir de soulagement, Grissom attrapa ses béquilles et entra dans le cabinet après avoir salué le couple.
****
Après un rapide examen, le médecin regagna son bureau tandis que Gil remettait chaussettes et chaussures.
« Votre arrêt s'est terminé hier soir, fit le praticien en consultant ses notes. Apparemment votre bronchite est guérie. Vous toussez moins. Pas de fièvre. Et votre voix est revenue.
_ Je peux reprendre alors ? demanda Gil plein d'espoir.
_ Votre cheville par contre… je pense qu'un peu de kiné ne lui fera pas de mal.
_ Mais je peux reprendre ?
_ Oui mais…
_ Génial !
_ Mais quoi ? demanda Sara en souriant de l'impatience inhabituelle de son homme.
_ Vous gardez les béquilles, je vous mets de la kiné trois fois par semaine pendant deux semaines et vous conservez votre traitement.
Au fur et à mesure le médecin et Sara purent voir que le sourire de Gil redescendait graduellement.
_ C'est tout ? demanda-t-il.
_ C'es tout, confirma le médecin en souriant. Par contre, j'aimerai profiter que je vous ai sous la main pour faire un bilan complet. Déshabillez-vous s'il vous plait.
_ Hein ? demanda Gil interloqué.
Le docteur répéta sa demande. Réticent, furieux de s'être fait piéger de la sorte, il obtempéra.
_ 1m75, fit le médecin. Balance.
Soupirant, Gil obéis.
_ kg. Bien…
_ Bien quoi ?
_ Dr Grissom, vous êtes en surpoids.
_ Vous vous fichez de moi ? demanda Gil en enfilant sa chemise.
_ Non. Il va falloir vous mettre au régime.
_ Parce que je ne le suis pas ? rétorqua Gil en terminant de se rhabiller. Ecoutez, je mange bio à peu près tous les jours, je fais de l'exercice, je cours sans arrêt dans mon travail. Alors, je pense que le régime est superflu. Dis-lui Sara.
La jeune femme, amusée sans le montrer, leva les mains, refusant de se mêler de leur dispute.
_ Dr Grissom, si je vous dis ça c'est pour vous. Avez-vous pensé que l'infarctus survient beaucoup plus sur des sujets en surpoids ou obèses.
Pour Grissom, c'en fut trop. Il se leva d'un bond.
_ Viens chérie, on y va. Combien je vous dois ? »
Il tendit un chèque au médecin, attrapa son ordonnance, et sortit sans un mot. Sara serra la main du praticien, interloqué, et sortit. Elle rattrapa Grissom dans le hall du cabinet.
_ Chéri, attends-moi ! Gil !
_ Quoi ? demanda-t-il en colère en se retournant. Tu vas me dire que je suis gros c'est ça ?
_ Parle-moi autrement s'il te plait ! Rétorqua Sara. Et ralentis l'allure !
_ Non ! Il parait qu'il faut que je fasse du sport !
_ Gilbert Henry Grissom ! s'écria Sara, employant son nom complet (ce qu'elle ne faisait que quand elle était furieuse). Vas-tu te calmer ?
_ Tu as peur que je fasse un infarctus ? Comme il parait que j'y suis sensible à cause de mon poids !
Tout en se disputant, ils étaient arrivés à leur voiture. La main de Sara s'abattit violement sur sa joue. Il la regarda, surpris. Depuis qu'ils étaient ensemble, c'était la première fois qu'elle le giflait. Sara le plaqua contre la voiture et planta son regard devenu chocolat noir dans les yeux ciel d'orage de son amant.
_ Gilbert. Arrête cette stupide comédie. Le médecin ne disait cela que pour ton bien. C'est son rôle. Oui je sais, ça ne fait jamais plaisir d'entendre ça. Mais écoute-moi bien. Je n'ai jamais passé que tu étais gros. Et je ne le penserai jamais. Compris ?
Elle attendit qu'il hoche la tête avant de poursuivre.
_ Bien. Je t'aime toi, pas ton indice de masse corporelle. Et je suis fière de toi tel que tu es. Compris ?
Deuxième hochement de tête.
_ Parfait. Maintenant, tu vas monter dans cette voiture, sans rien dire. On va rentrer à la maison.
Ils roulèrent quelques instants en silence, la radio meublant un silence inhabituel entre eux.
_ Dis, tu crois qu'elle avait raison ?
_ Qui ? demanda Sara.
_ La femme dans la salle d'attente. Tu sais quand elle disait que j'étais vieux…
Sara profita d'un feu rouge pour se tourner vers son amant. Il fixait la route, un air maussade sur les traits.
_ Mais non.
Silence.
_ Elle avait raison finalement, fit-il alors qu'ils repartaient.
_ Redis une nouvelle fois ça, et ta joue gauche ne sera plus la seule à être rouge !
Tournant à gauche, Sara s'arrêta quelques minutes plus tard devant un parc et coupa le moteur.
_ Viens, allons nous promener. »
Sans mot dire, Grissom obtempéra. Clopin-clopant, il suivit Sara. Ils s'assirent au pied d'un arbre.
_ Chérie…
_ Oui mon ange ? fit-elle en se tournant vers lui.
_ Je m'excuse…
Elle déposa un rapide baiser sur ses lèvres.
_ N'en parlons plus. Mais cesse de penser cela. Gilbert, tu n'es pas obèse, tu n'es pas vieux. Oui tu ne ressembles pas à Hugh Grant ou George Clooney, mais tu vaux mille fois mieux qu'eux. Et tu fais un métier utile, eux non. Ensuite, et ce sera ma dernière raison, c'est de toi dont je suis tombée amoureuse et avec qui je vis. Pas d'eux ! »
