Deux jours plus tard…
Une femme entra dans la salle du trône et se présenta devant Uther, accompagnée de Merlin et d'Arthur qui avait négocié cette audience. C'était une paysanne originaire d'Ealdor, elle était pauvre indubitablement, mais surtout c'était la mère du serviteur de son fils. Elle avait les mêmes yeux que lui, ce bleu si intense exprimant une douceur et une gentillesse incomparable.
Elle était venu lui demandé son aide, son village était attaqué depuis plusieurs semaines par des pilleurs qui volaient leurs maigres récoltes, et s'ils ne leur laissaient pas leurs victuailles, ils tuaient les villageois. Uther était leur dernier recours, le courage des chevaliers de Camelot une légende dans lequel résidait leur dernier espoir. Mais il y avait un hic, Ealdor était sur les terres de Cendred, pas les leurs…
- Il y a beaucoup d'enfants, certains ne seront pas assez forts pour survivre. C'est à peine si nous avons assez de nourriture et si Kanon prend notre récolte, nos enfants ne verront pas l'été prochain. Je vous en prie, nous avons besoin de votre appui.
Uther était assis sur son trône, son poing gauche devant sa bouche, comme pour dissimuler ses expressions. Il écoutait calmement les explications de cette femme, même s'il se doutait de ce qu'elle allait lui demander.
- Ealdor est dans le royaume de Cendred. C'est lui qui est responsable de votre sécurité.
- Nous avons demandé de l'aide à notre Roi, mais il ne s'intéresse guère aux régions reculées. Vous êtes notre unique espoir.
Malgré son statut, Hunith parlait fièrement. Elle essayait de convaincre Uther, espérant que le cocard autour de son œil pèserait dans la balance. Elle était frêle, petite et désemparée. Son apparence devait faire plier le Roi pour leur venir en aide. Il prit quelques secondes pour réfléchir, laissant ses yeux quitter la mère de Merlin pour se perdre sur le sol. Puis il se redressa, amenant ses poings ensemble, comme pour signifier que sa décision était prise et était irrévocable.
- J'éprouve pour vous la plus profonde compassion et j'aimerais beaucoup faire disparaître ce barbare de la surface de la terre, commença Uther sur un ton empli de compassion.
- Vous nous viendrez en aide.
Hunith commençait à y croire, Uther avait la même opinion qu'elle au sujet de Kanon.
- J'aimerais pouvoir le faire.
- Nous pouvons certainement envoyer quelques hommes, intervint Arthur.
Uther savait que son fils n'avait qu'une seule envie, aider cette femme et par la même occasion son serviteur.
- Mais non là n'est pas la question…répondit le Roi, avertissant Arthur qu'il n'avait encore pas compris où était le problème de cette requête.
- Alors qu'y a-t-il ? insista Morgane.
- Ealdor se trouve au-delà de la crète d'Alzéthir, si une armée de Camelot y entrait, ce serait un acte de guerre.
Hunith se mit alors à genou devant le Roi, désespérée. Il était son seul espoir, son village était plus proche de Camelot que du royaume de Cendred.
- Je sais que vous êtes un bon roi et un homme bienveillant. Je vous implore, je vous supplie de nous aider.
Merlin fut meurtri de voir sa mère se mettre à genou devant quelqu'un pour lui supplier son aide, personne ne devrait avoir à implorer pour survivre. Surtout pas sa mère.
- L'accord que nous avons conclu avec Cendred a exigé de nombreuses années. Je ne peux pas mettre en péril des centaines de vie pour un seul petit village. Je crains que Camelot ne puisse rien pour vous.
Morgane se dirigea vers Hunith et la releva, non sans avoir jeté un regard noir à son tuteur. Elle la fit sortir en silence, nul n'osant troubler leur sortie.
Uther se retira ensuite vers une salle plus petite, suivi comme son ombre par son fils qui essayait de le faire changer d'avis. Ils arrivèrent à destination, une salle exempte de tout garde, réservée au Roi pour qu'il y trouve un peu d'intimité. En résumé ils étaient seuls et Arthur en profita pour parler à son père avec moins de précautions.
- Père, nous ne pouvons pas laisser ces pauvres gens sans défense, ils vont se faire massacrer dès que Kanon reviendra. S'ils ne meurent pas faim avant ! Nous devons faire quelque chose, je comprends que cela soit risqué mais c'est la mère de Merlin et il a risqué sa vie plusieurs fois pour moi, et pas parce que c'était son devoir. Je lui dois. Et ne dites pas qu'il n'est qu'un serviteur et que…
- …à la tombée de la nuit.
Arthur cessa son discours en réalisant que son père avait parlé en même temps que lui depuis qu'ils étaient seuls dans cette pièce.
- Vous disiez quelque chose ?
- N'écoutes tu donc jamais quand je parle ?soupira le Roi.
Le jeune Prince fit une moue qui conforta Uther dans le fait qu'il n'avait rien retenu de ce qu'il venait de lui dire.
- Je te disais de prendre douze hommes avec toi. Pas d'armoiries ni de blasons sur les chevaux ou vos vêtements. Vous devez voyager léger et être le plus discrets possible, et pour ce faire vous partirez à tombée de la nuit.
Arthur fixait son père bouche bée, écarquillant les yeux. Il n'en revenait pas de ce qu'il venait de lui demander.
- Vous nous envoyez à Ealdor ?
- Merlin et sa mère doivent être en route pour retourner chez eux. Vous les retrouverez certainement avant qu'ils n'atteignent Ealdor.
- Je ne comprends pas, Père. I peine cinq minutes, vous assuriez que vous ne pouviez rien pour eux, leur village étant sur les terres de Cendred, cela déclencherait une guerre.
- C'est exact. Je ne pouvais pas accéder à sa demande en public dans le cas où Cendred avait un espion en place. Personne ne doit savoir que tu pars avec des hommes.
- Nous ne dirons rien.
- Et surtout vous n'avez pas le droit à l'erreur. Si vous vous faites prendre, je nierais vous avoir envoyés. Tu as bien compris ?
Arthur avait malgré lui un sourire immense sur son visage. Il n'aurait jamais cru que son père aurait été capable de prendre une telle décision.
- Tu devrais rassembler tes hommes au plus vite…
- Oui Père.
Uther vit son fils s'avancer d'un pas sûr vers lui pour…le prendre dans ses bras. Il retourna son geste avec émotion, abandonnant pour quelques instants son rôle de roi pour être simplement un père. Arthur se libéra doucement de l'étreinte, en sentant au passage la main nue de son père lui caresser les cheveux.
- Soit prudent, d'accord.
- Je vous le promets.
- Dépêche-toi, tu n'as pas beaucoup de temps pour préparer tes hommes…
Arthur jeta un dernier regard sur son père et partit de la salle.
- Arthur !
Le jeune prince se retourna à l'appel de son nom par son père.
- Prends Morgane avec toi, c'est une fine lame, tu auras besoin de quelqu'un pour veiller sur toi…
- Vous êtes sûr ?
- Totalement. Et surtout elle me tuerait si elle apprenait que je t'envoie là-bas sans elle…admit Uther en souriant.
