Jeudi 13 Aout 2015 :

Je me regarde dans le miroir. C'est une chose que je ne faisais presque jamais avant. Enfin si, pendant quelques minutes, le temps de me laver les dents et de passer de l'eau sur mon visage. Mais ces derniers temps, j'ai pris l'habitude de faire plus attention à moi. Je sais bien ce qui est à l'origine de mon nouveau comportement, et je ne suis pas encore complétement à l'aise avec cette idée. Victoria me dit que c'est naturel, c'est humain d'être un peu narcissique et de vouloir présenter une certaine image aux autres, mais je ne suis pas sûr d'être prête à le reconnaitre, même pas à elle.

Enfin, aujourd'hui, je me regarde, me scrute et essaye d'être la plus objective possible. Les trois semaines à Hawaï ont eu raison de ma pâleur habituelle et j'ai de jolies couleurs sur mes joues. Mes cheveux ont l'air d'avoir éclaircis d'au moins une teinte et ils sont beaux, brillants et trop long. Mes yeux bruns sont toujours là, rien de nouveau de ce côté-là et mon visage ne présente pas de particularité remarquable à mon sens, quelques marques de soucis sur mon front, pas de plis au coin de mes yeux qui auraient été la marque d'une vie passée à sourire. Je porte un teeshirt à manche courte bleu uni dont le décolleté n'a rien d'extravagant, il n'est pas trop serré mais laisse apparaitre mes formes d'une façon qui me semble appropriée. J'ai mis en bas un pantalon en lin crème, il fait vraiment trop chaud pour mes habituels jeans.

Objectivement, j'ai vraiment l'air d'une femme. Mes seins sont lourds et mes hanches élargies sous une taille restée fine malgré la grossesse. Je ne crois pas être ce qu'on appelle une beauté classique, comme Rosalie, ni même exotique comme Angéla ou Emily. Mais je ne saurais pas vraiment être juge.

Après avoir hésité pendant au moins un quart d'heure, je me décide finalement à attacher mes cheveux en une queue de cheval haute. Il fait trop chaud pour les garder lâchés même si je trouve que mon visage fait plus habillé quand ils encadrent mon visage. Je ne suis pas de celle à sacrifier mon confort pour mon apparence.

En sortant de la salle de bain, j'attrape mon sac à main et mes clefs de voiture. Pas de besoin de veste aujourd'hui, la journée est particulièrement radieuse. La maison semble un peu vide maintenant qu'Alice a rejoint ma mère pour passer le reste des vacances. Dans deux semaines elle sera de retour et avec elle la maison reprendra vie. Rien de tel qu'une jeune fille de onze ans extravertie pour mettre de l'ambiance.

Je soupire. Elle me manque, même après les trois semaines idylliques que nous venons de passer au bord de la mer.

Je sors et grimpe dans ma voiture. Je suis obligée de mettre la clim tellement la chaleur est écrasante. J'entre l'adresse du restaurant dans le GPS et passe la marche arrière.

Nous avons choisi un lieu à mi-chemin entre chez lui et chez moi, le restaurant donne sur la plage de Redondo à Des Moines, ça a l'air chouette sur les photos mais je ne connais pas l'endroit.

Edward m'a terriblement manqué pendant ses trois semaines. J'avais comme des démangeaisons dans les doigts tous les soirs tellement j'avais envie de l'appeler et de lui parler. De lui raconter nos aventures de la journée et de l'entendre me raconter les progrès de Katie ou de l'avancée de son entrainement. Mais entre notre emploi du temps chargé et le décalage horaires, nos appels ont été trop épisodiques. Et puis, j'ai aussi eu l'impression qu'il avait besoin de prendre ses distances et de se concentrer sur sa fille et sa saison à venir.

Mais aujourd'hui nous allons déjeuner, tous les deux. Seulement tous les deux. Je sais bien que nous ne sommes que deux amis qui se retrouvent après une longue absence mais après avoir réalisé mes sentiments pour lui il y a quelques semaines, je crois que mon cerveau ne peut pas s'empêcher de chercher un sens à chaque petit mot, chaque petit geste. Je secoue la tête pour me changer les idées. Peut-être qu'en fait c'est moi qui avais besoin de prendre mes distances finalement.

J'en ai parlé avec Victoria, car je parle de tout avec elle et elle m'a dit de ne me fermer aucune porte, mais de ne pas vouloir allez trop vite. Je lui ai rapidement dit que j'étais persuadée qu'Edward ne verrait en moi jamais qu'une amie, j'avais d'ailleurs été claire avec lui. Elle a juste haussée les épaules et nous avions changé de sujet. Je lui ai parlé de mes rêves, qui ont changé dernièrement. Il y a toujours les frissons provoqués par un souffle rauque dans mon cou, un poids qui m'écrase la poitrine et m'empêche de respirer et la douleur qui me déchire les entrailles puis le corps tout entier. Mais parfois, le rêve habituel se contorsionne dans une autre réalité et la douleur devient doucereuse et pulsatile, le souffle chaud et le poids sur moi presque réconfortant. En général, je me réveille à ce moment-là, toujours tachycarde et en sueur, mais les sensations sont différentes.

Victoria me parle de désir. Elle a beau me dire que c'est une émotion normale chez une jeune femme de 29 ans, je préfère refouler ces sensations pour le moment. Chaque chose en son temps. Je ne suis pas encore prête. Et ça, Victoria l'entend bien.

Il est midi et demi quand je me gare dans le parking de la petite Marina qui donne sur la baie. J'ai toujours adoré cette région. I peine dix minutes j'étais encore sur l'autoroute, traversant des zones périurbaines grises et tristes malgré le soleil de l'été et me voilà maintenant sur la baie, le soleil se reflétant dans l'eau clapotante de l'océan Pacifique. Car même s'il parait presque endormi maintenant, remonté aussi loin dans les terres et bien différent des eaux furieuses que j'ai eu l'habitude d'admirer aux bas des falaises de la Push quand j'étais adolescente, il s'agit du même océan.

L'air est rempli de sel et des mouettes hurlent sur la plage en contrebas. La marée est haute à cette heure et l'eau recouvre presque la totalité du sable. Pas de pêche aux coquillages, pas non plus cette odeur légèrement désagréable de vase qui flotte souvent quand l'eau se retire.

La terrasse du restaurant est animée, il y a du monde. J'ajuste mes lunettes de soleil et m'approche de l'hôtesse. Edward n'est pas encore là. Il ne peut rien contre ma ponctualité presque maladive. Nous avons réservé la table à mon nom, pour plus de discrétion. J'ai souvent tendance à oublier qu'Edward est une personnalité publique. Pour moi, plus que le joueur de football surdoué il est mon ami mais, avec la saison qui approche, il m'a dit que les journalistes avaient à nouveau tendance à le suivre à la trace.

Je m'installe à notre table qui est agréablement tenue à l'ombre par un grand parasol mais placée tout contre la balustrade ce qui nous permet d'avoir une jolie vue sur la baie. Il y a beaucoup de bateaux sur l'eau, les gens ont l'air heureux.

J'ai le regard perdu au loin quand je sens une ombre plus dense m'envelopper. Je me retourne et vois Edward me sourire. Je ne peux empêcher mon cœur de sursauter dans ma poitrine. Il porte une casquette et des lunettes de soleil, mais je le reconnaîtrais entre mille. Je me lève pour lui dire bonjour et à peine suis-je sur mes deux jambes qu'il m'enlace dans une rapide étreinte. Comme toujours, la surprise de sa proximité est rapidement oubliée et je profite du moment.

Il m'éloigne de lui et me scrute, les mains toujours posées sur mes épaules.

« Les vacances te réussissent ! Tu es splendide Bella. »

Je sais que je rougis. Je ne veux pas, mais je le sens. Alors je souris et l'observe à mon tour. Je sais qu'il a repris intensivement l'entrainement ces trois dernières semaines et ça se voit. Même si je l'ai toujours trouvé massif et large d'épaule, on a l'impression que sa carrure est encore plus épaisse. Il a l'air d'un solide mur de muscle.

« Et on dirait que l'entrainement te réussit, tu as l'air imbattable !»

Il me sourit mais je le sens réservé tout d'un coup. Pour un homme qui, il y a quelques temps ne parlait presque que de l'impatience qu'il avait de retrouver un terrain de foot, il semble tout à coup bien réservé.

« Quelque chose ne va pas ? » Je lui demande en m'asseyant.

« Non, pas vraiment. » Il s'assoit en face de moi et attrape le menu dans lequel il se plonge comme s'il pensait y résoudre un problème difficile.

« Si tu le dit » Je le laisse à sa mauvaise humeur et me plonge moi aussi dans le menu. Tout me fait envie mais je me décide finalement pour une grosse salade composée et un verre de thé glacé. Edward commande un steak et de l'eau et je le taquine sur son régime alimentaire. Je le sens qui se détend à nouveau et je me demande ce qu'a encore bien pu faire son ex pour qu'il soit comme cela. En général c'est suite à l'une de ses frasques qu'il se referme comme une huitre.

« Kate va bien ? »

« Oui, elle va bien. Elle marche de mieux en mieux et je sens que je ne vais pas tarder à devoir lui courir après. »

J'imagine cet homme imposant courir recourbé derrière sa minuscule et radieuse petite fille et l'image me fait sourire.

« Et Alice ? Hawaii lui a plût. »

« Oh oui, beaucoup. Je crois qu'elle était presque prête à s'y installer définitivement. Heureusement, l'idée d'entrer bientôt au collège et de retrouver ses copines a été plus forte que l'appel insulaire ! »

« Raconte-moi comment était vos vacances. »

Je ne peux pas lui résister quand il me regarde comme ça, alors je lui raconte.

Hawaii est vraiment un archipel extraordinaire. Et même si je ne suis pas du genre à lézarder sur une plage, nous y avons tous trouvés notre compte. Nous avons nagé, pêché, exploré, visité. Les lagons, les dunes, les montagnes, les temples et les volcans. Tandis que je parle avec animation, je le vois qui se détend et qui souris.

« Vous ne vous êtes pas ennuyé à ce que je vois ! »

« Non, c'est vrai. Mais je dois t'avouer une chose. Il y a un truc qui m'a beaucoup manqué là-bas. »

« Ah bon ? Et quoi donc ? La pluie et le brouillard Washingtonien ? »

« Mais non, gros bêta. Nous avons eu droit à une belle tempête tropicale pour soulager notre manque de mauvais temps! » Il rit et je continu avant de perde toute mon audace. « Ce qui m'a manqué, c'est toi ». Je rougis. J'ai l'impression d'avoir fait une boulette et d'en avoir trop dit. Mais je le vois qui se fend d'un large sourire et je respire à nouveau.

« J'avoue que nos longues conversations m'ont manqué à moi aussi. »

Je suis soulagée. Nous sommes sur la même longueur d'onde.

« Bon et toi alors, tu es prêt pour ton match demain contre les Broncos ? » La présaison commence demain et je sais que ce sont quatre matchs test pour la saison à venir. Les Seahawks vont rencontrer les quatre équipes de la division ouest de l'American Football Conférence durant le prochain mois avant de commencer la saison classique contre les Rams de Los Angeles mi-septembre. (Merci Charlie pour les leçons intensives auquelles j'ai eu droit pendant trois semaines. Je suis presque devenue incollable sur le sujet maintenant.) Il se rembruni légèrement.

« Quoi ? J'ai dit quelque chose de mal ? »

« Non, non » s'empresse-t-il de répondre. « Mais je crois que pour la première année de ma carrière, je ne suis pas impatient. »

Il a l'air presque déçu par lui-même.

« Pourquoi ? » Je sais qu'il est passionné, cela se voit à la façon dont son allure change dès qu'il parle de son sport. Son regard s'éveille, son visage s'éclairci et ses mains s'agitent quand il raconte une des multitudes d'anecdotes qu'il a amassé au fils de ses années de pratique.

« Je ne sais pas trop. Peut-être que je deviens trop vieux. »

Je soupire. Il a baissé les yeux et ne me regarde plus. Je pense qu'il y a quelque chose qu'il ne veut pas me dire. Il a presque l'attitude d'un patient qui cherche à minimiser sa consommation de cigarette ou d'alcool devant son médecin.

Finalement, il redresse la tête et me regarde droit dans les yeux.

« J'adore le football. Franchement pendant des années, je crois que je ne vivais quasiment que pour ça. Et vraiment, je crois que je réalise à quel point j'ai dû délaisser ma femme pour l'amour de mon boulot. Mais là, ce n'est plus pareil. Il y a Kate. Et j'ai peur de me perdre à nouveau dans l'entrainement, les coéquipiers et les matchs et de ne pas lui consacrer le temps que je devrais. Je suis son père et avec Heidi qui joue aux abonnées absent, elle n'a que moi maintenant.»

Ah ! L'éternel dilemme des parents qui travaillent. Le tiraillement entre les obligations familiales et les obligations professionnelles. Quelle mère travailleuse n'a pas eu les mêmes interrogations ? Ressenti la même culpabilité ?

J'ai commencé Pre-med quand Alice avait 3 mois, et même si j'ai essayé d'être disponible pour elle au maximum, entre les cours et les révisions et ensuite les stages et les gardes j'ai manqué beaucoup de choses. C'est ce que j'explique à Edward. Je le vois qui m'écoute avec attention et qui s'apaise.

« C'est normal du coup. De se sentir comme ça ? »

« Franchement oui, c'est ce qui fait de nous des parents. » Enfin un bon parent, je rajoute pour moi-même. Heidi aime probablement sa fille à sa façon, mais la manière qu'elle a eu de la laisser tomber dès qu'elle a compris qu'elle n'aurait pas la garde exclusive et la jolie pension alimentaire qui va avec est vraiment répugnante.

« Putain, merci Bella, je ne sais pas ce que je ferais sans toi. » Il a l'air franchement soulagé et se laisse retomber lourdement dans son siège qui craque sous la contrainte.

« Et ça se passe bien avec la nouvelle nounou ? »

« Oui, c'est cool. Elle est en garde partagée avec Hope, du coup, je la pose le matin chez Emmett et Rose qui habitent à côté et je la récupère le soir. Les miss ont quelques mois d'écarts mais je suis sûr qu'elles vont faire la paire bientôt. Mais Miss Cooper à l'air d'avoir la tête sur les épaules et si Rosalie lui fait confiance, alors moi aussi. »

« Désirez-vous un dessert ? » La serveuse s'est approchée de nous si discrètement qu'elle nous fait sursauter.

Edward me regarde d'un air interrogateur. Franchement, je mangerais bien encore un petit quelque chose alors je hoche la tête.

« Je vous amène la carte tout de suite. »

Je choisi une coupe de glace tandis qu'Edward se contente d'une salade de fruits frais. Il m'explique rapidement les termes de son régime drastique. Les mélanges hyper-protéinés, les restrictions alimentaires, le comptage des calories, la règle du zéro alcool.

« Et tu arrives à t'y tenir pendant toute la saison ? »

« Tu sais bien que non, parfois je fais des écarts, mais en général, je les paye dur. Y'a qu'à voir l'année dernière. Du coup j'évite. »

« Et du coup, le camp d'entrainement, c'était comment ? »

« C'était normal. Y'a pas eu de gros changement dans l'équipe en attaque et dans aussi le staff cette année, du coup, on se connait bien et on a juste eu besoin de bien dérouiller notre jeu et d'affiner notre stratégie. » Quand il commence à me parler de ses joueurs et à entrer dans des détails plus technique il me perd. Mais moi je le retrouve, l'homme passionné que je commence à bien connaitre et il est tellement beau, tout son visage s'anime et s'éclaire. Il est sublime et je crois que je l'aime.

Subitement, je sens que l'atmosphère change autour de nous. Les gens sont plus bruyants, plus agités. Ils regardent vers nous, pointent des doigts dans notre direction. Edward s'aperçoit lui aussi du changement et il commence à se lever. Mais un groupe d'adolescents plus audacieux s'approche avant qu'il n'ait le temps de demander l'addition à la serveuse.

Il signe quelques autographes et fait quelques photos avec ses fans tandis que je reste à le regarder. Je ne suis toujours pas très à l'aise dans la foule alors je préfère le laisser gérer. Il est dans son élément, il plaisante avec quelques personnes, se fend de quelques pronostics avec d'autres. Heureusement, l'ambiance est bon enfant et la foule se dissipe rapidement. Personne n'a fait attention à moi et j'en suis profondément soulagée.

Nous finissons par quitter le restaurant bras dessus bras dessous, Edward faisant rempart entre moi et le reste du monde. Nos flancs se touchent et comme à chaque fois, son contact me trouble. Il me trouble car je devrais être mal à l'aise mais je ne le suis pas, loin de là. Confuse, je tente de m'écarter et Edward, ayant sans doute ressenti mon malaise sans pouvoir en saisir la cause me laisse rapidement m'éloigner.

« Désolé. » Murmure-t-il sans quitter la rue des yeux.

Je ne dis rien, je ne peux pas expliquer ce que j'ai ressenti. Ce n'est pas la sensation habituelle oppressante qui m'étouffe quand on me touche. Non, j'en voulais plus, en tout cas, mon corps en voulait plus je crois. Mais je ne crois pas que mon cerveau soit prêt. Pas encore. Et puis je ne pense pas qu'Edward me voit comme ça.

Je n'ai pas envie que l'on se quitte sur ce malentendu alors quand on arrive à ma voiture je le serre dans mes bras et lui fait une bise rapide sur la joue.

« Merci Edward, je suis vraiment contente qu'on ait réussi à se voir avant ta reprise. »

« Moi aussi Bella. Franchement, je ne sais pas ce que ferais sans toi ! On se parle rapidement au téléphone ? »

« Ce soir ? »

Il rigole devant mon empressement.

« A ce soir Bella. »

« A ce soir ! »


Les choses avancent un peu mais il ne faut pas être pressé avec eux deux, entre une inepte sociale et un homme fraichement blessé faut pas s'attendre à autre chose!

Merci à celles qui ont commenté le dernier chapitre!

J'espère que cette suite vous plaira.

Remarquez la chronologie et le temps qui passe, cela fait presque un an qu'il se sont rencontré pour la première fois maintenant!

A bientôt.