NdT : comme toujours, Merlin est à la BBC et cette fic est à Itar94.

Merci à toutes celles et ceux qui suivent cette traduction ;)


Chapitre 11 : Tomber malade, quelles que soient les circonstances

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Merlin est anormalement silencieux. Quand on lui pose une question, il ne fait que hocher les épaules, hocher la tête ou soupirer, mais il ne répond que rarement. Arthur lui demande s'il va bien, et Merlin dit,

— Oui, ça va. Comment voulez-vous vous habiller aujourd'hui ?

Et le sujet de sa santé est abandonné.

— Rien de trop officiel, je n'ai pas de réunion aujourd'hui – dieu merci, dit Arthur.

Il s'étire comme un chat qui vient de se réveiller, avec un coup d'œil surpris vers son serviteur. Ce dernier n'a étrangement pas répondu par une remarque sarcastique ou moqueuse. Pour essayer d'obtenir une réponse ou au moins de dérider le jeune homme, il ajoute,

— Ce conseiller, Seigneur Matthew, a essayé de m'arracher une oreille avec ses dents, hier. Il a eu de la chance que je n'avais pas mon épée.

Il n'y a pas de 'Je le comprends, vous êtes un tel crétin qu'il est normal que vous l'irritiez, sire.'

— Il est vraiment énervant, continue Arthur. Un peu comme toi.

Pour être honnête, le conseiller est le parfait opposé de Merlin. Là où Merlin est comme un rayon de soleil, ce conseiller exaspérant est aussi joyeux et amical qu'un nuage annonceur de tempête. Toute la ville partage l'opinion d'Arthur – et sa tendresse.

Merlin hoche la tête, avec un air détaché et lointain, et rentre dans la chaise placée de l'autre côté de la table. Le plateau qu'il portait dans les mains tombe au sol avec fracas. Le serviteur trébuche, parvient à se rattraper à la table, et reprend son équilibre. Il regarde stupidement les objets au sol, comme s'il était surpris de les y voir.

Arthur plisse les yeux, se lève et s'approche de lui.

— Tu es encore plus maladroit que d'habitude, et tu n'es pas insolent. Tu t'es cogné la tête ou quoi ?

— Ouais, vous aussi. J'veux dire, vous êtes plus stupide que d'habitude, dit Merlin avec quelques secondes de retard.

Sa voix est faible et un peu rauque. Maladroitement, il s'agenouille et commence à ramasser ce qu'il a fait tomber. Ses mouvements sont tremblants et il a l'air un peu hébété.

— Peut-être que tu devrais aller te reposer.

Merlin secoue la tête.

— Je vais bien. Juste un peu fatigué.

Il attrape le coin de la table d'une main, se remet sur pieds avec une lenteur insoutenable, et reperd l'équilibre.

Boum.

— Merlin ! crie Arthur.

Il se rue près de Merlin. Il passe en mode automatique, le pouls battant à cent à l'heure ; il pose une main sur le front du serviteur, vérifie qu'il respire et que son cœur bat. Tout est calme et assuré mais son souffle est un peu sifflant et Merlin est aussi pâle que de la farine – non pas qu'Arthur soit assez souvent près des cuisines pour que sa comparaison soit vraiment parfaite – et Arthur le met dans une position assise, la tête de Merlin contre son torse.

— Aïe.

— Tu vas bien ? Comment tu te sens ? Tu as mal ? Tu t'es blessé ?

Les mots s'échappent de la bouche du prince. Merlin ne s'est pas cogné la tête, n'est-ce pas ? Les mains du prince se dépêchent de palper la tête du serviteur à la recherche d'une bosse ou d'un signe de blessure ; heureusement, il n'y en a pas. Mais son front est chaud, trop chaud, sous sa paume.

Le sorcier cligne des yeux.

— Ça tourne...

— Bon, met un bras autour de mon épaule et repose-toi sur moi.

Arthur l'aide à se relever comme il le ferait avec un soldat blessé. Le serviteur est étrangement léger (un million de petites inquiétudes passent dans l'esprit d'Arthur : depuis quand Merlin n'a-t-il pas eu un repas complet ?) mais ses jambes sont longues et ne veulent pas coopérer, alors il doit lutter pour lui faire traverser la pièce.

— Tu aurais dû me dire que tu étais malade, imbécile ! le réprimande le prince.

Il ignore ses protestations et le dépose sur son lit. Merlin murmure qu'il va bien, que ce n'est qu'un coup de froid ; Arthur, naturellement, ne l'écoute pas et tire les couvertures sur le corps du jeune homme qui semble soudainement si fragile et pâle et frêle. Arthur a une petite crise de panique – Merlin a-t-il toujours été aussi mince et pâle ? Il a l'impression qu'il pourrait se briser comme du verre ! Et si cette maladie était grave ? Qu'est-ce qui l'a causée, est-il malade depuis longtemps, pourquoi Arthur ne s'en est-il pas rendu compte – depuis combien de temps est-il comme ça ? Et s'il ne guérissait pas ?

Il prend quelques inspirations profondes pour se calmer et s'assure que Merlin est à l'aise sous au moins cinq couvertures épaisses avant d'ordonner au garde dans le couloir d'aller chercher Gaius. Peut-être est-ce l'urgence dans la voix du prince ou bien son regard fou d'inquiétude ; quoi qu'il en soit, le garde se rue vers les appartements du médecin sans perdre un instant.

En moins de huit secondes, Arthur retourne au chevet de Merlin et s'assoit près de lui avec précaution. Merlin est presque endormi, blotti dans les couettes. Il a l'air si pitoyable qu'Arthur ne peut pas s'empêcher de lui caresser le front, le bout de doigts touchant sa mèche. Merlin émet un son qui ressemble à celui que ferait un chaton.

— … Ne refais plus ça, murmure calmement Arthur sans savoir s'il l'entend. Je vais perdre des années de ma vie à m'inquiéter pour toi. Je n'avais jamais eu un serviteur aussi horrible avant.

Merlin ouvre un peu les yeux. Il semble très, très fatigué et il lui faut une éternité pour parler – d'une voix ni très claire ni très forte.

— V'dites toujours… suis un horrible serviteur, murmure-t-il, épuisé.

— Tu n'es presque jamais à l'heure, tu es insolent, tu continues à te jeter au-devant du danger et tu es un désastre à la chasse. Ouais – tu es un horrible serviteur.

Merlin glousse. L'hilarité qui brille dans ses yeux illumine tout son visage – et le cœur d'Arthur. Son rire se transforme à mi-chemin en toux et Arthur continue de lui caresser le front, pour l'apaiser.

—… Vous détesteriez que ça se passe autrement, murmure le sorcier.

Arthur sourit doucement, en un accord tacite. Un serviteur parfait, soumis, silencieux, calme, obéissant et ponctuel le rendrait absolument fou, et il ne peut imaginer une vie sans le sorcier jovial, gentil, généreux et merveilleux à ses côtés. Il est comme mon autre moitié, songe Arthur, ce qui lui réchauffe le cœur. Quand il réalise ce qu'il vient de penser, la chaleur monte jusqu'à son visage et il s'éclaircit la gorge ; heureusement, Merlin est à moitié endormi et il n'a pas remarqué son comportement étrange.

— J'ai appelé Gaius, il devrait être là dans quelques minutes. Il trouvera ce qui ne va pas. Est-ce que tu t'es senti malade plus tôt aujourd'hui ?

— … Juste un peu fatigué...

Arthur ne peut pas s'empêcher de froncer les sourcils. Il n'aime pas cette réponse. Il a le sentiment que Merlin est le genre de personne à cacher des choses jusqu'à la dernière minute et à mettre le bien-être des autres avant le sien. Si un fléau frappe la ville, Merlin s'occuperait de tous les autres, mais si quelque chose lui arrivait, il se tairait pour n'inquiéter personne. C'est une terrible contradiction, pense Arthur. Il devrait donner à Merlin l'ordre clair et sans appel de ne plus rien lui cacher s'il se sent malade ou mal à l'aise. Arthur est beaucoup plus inquiet quand Merlin ne dit rien.

Un coup est frappé à la porte et Gaius entre, avec un sac de matériel et d'ingrédients que le prince ne reconnaît pas. Arthur se lève pour faire de la place au médecin, sans quitter son serviteur des yeux.

Quelques minutes plus tard, Gaius a fini d'examiner son patient et d'écouter ce qu'Arthur lui dit de la maladie de Merlin, et il conclut,

— Ce n'est rien de sérieux, sire. Je vais préparer une potion qu'il devra prendre tous les matins et tous les soirs pendant quelques jours. Il doit rester au chaud, se reposer et manger régulièrement. Ne vous inquiétez pas, sire, il ira bien.

Arthur soupire profondément. Merlin ira bien. Tout ira bien. Alors que Gaius part, en promettant de revenir avec la potion dans l'heure qui suit, le prince reprend sa place au chevet de Merlin. Il reste assis là, en caressant parfois les cheveux du sorcier qui s'est endormi (ils sont vraiment doux et magnifiques), bordant les couvertures dès que Merlin semble avoir un peu froid ou qu'il est mal à l'aise, et il murmure des inepties à l'oreille du jeune homme. Merlin se penche vers lui, comme s'il se rapprochait lentement du corps chaud du prince. Ça ne dérange pas Arthur. Toute personne qui arriverait et les verrait ainsi serait choquée de voir l'inquiétude réelle sur le visage du prince.

— Tu dois arrêter d'être malade, chuchote Arthur en repoussant une mèche de cheveux derrière l'une des oreilles ridicules de son serviteur. Je n'aime pas ça.