Les flash-back dans ce chapitre sont, à mon sens, assez important. Ce chapitre est important
Dean et l'alcool, ça ne va pas ensemble, Dean et tous ces sentiments refoulés… enfin bref
Tout ça pour dire : merci encore!
Bisous
.
.
"Non, je n'ai pas prévu de rentrer," en calant le téléphone entre son oreille et son épaule pour allumer une cigarette, les mains libres. "Papa, s'il te plaît. On en a déjà parlé."
"On n'en a pas parlé, Dean. Je t'ai écouté faire un caprice, comme toujours."
Assis sur le rebord de la fenêtre ouverte, Dean ferme les yeux. "Pourquoi tu ne peux pas prendre en considération ce que moi, je veux? Pourquoi c'est toujours toi qui décides, pourquoi tu es si envahissant et si… pourquoi ce que je veux faire de ma vie ne compte pas à tes yeux?"
"Parce que tu es mon fils et parce que je décide," comme l'évidence.
"Tu sais que j'ai vingt ans?"
"Et il serait vraiment temps que tu penses à grandir," réplique John. "Je veux que tu rentres à la maison, Dean, et je ne plaisante plus. Tout ça a assez duré."
"Mais tu ne m'écoutes pas, ou-"
"Non, je ne t'écoute pas," un ton plus haut. "S'il faut que je vienne te chercher pour te faire obéir, je vais venir. Et tu ne vas certainement pas aimer, alors je te conseille de faire ce que je te dis de faire. C'est si compliqué que ça?"
Dean ravale difficilement sa salive. Des kilomètres et des kilomètres, et John a toujours autant d'influence, et Dean toujours autant de mal à lui tenir tête, même s'il fait vraiment comme si. Il souffle. "Tu peux me passer maman?"
"Non."
"Pourquoi?" les yeux sur la cigarette qui se consume tout doucement sans qu'il tire dessus.
"Parce que c'est un très mauvais jour," amer. "Et parce qu'elle ne va pas reconnaître ta voix. Je préfère t'épargner ça."
"Tu préfères m'épargner ça, mais tu veux que je rentre?"
"Tu es insupportable, Dean," répond John, vraiment agacé. "Tu passes ton temps à fuir tes responsabilités pour n'en faire qu'à ta tête. Boire, fumer et coucher à droite et à gauche avec n'importe qui, ça suffit. Tu crois que je vais te laisser faire ce que tu veux?"
"Mais je ne suis pas un enfant! Papa, je-"
"Tu es un enfant," en le coupant. "Et tu es le mien. Fais ce que je te dis, et grandis un peu."
"Mais je-"
"Dean," siffle John.
Dean serre les dents pour ne pas pleurer, parce qu'il a beau tout faire pour essayer, il reste toujours ce même gosse un peu bancal, toujours trop peu stable, et John le sait. Dean l'entend soupirer, puis reprendre :
"Tu rentres à la maison."
"Non, papa, je-"
"Mais je rêve," s'emporte John. "Qu'est-ce que je t'ai fait pour que tu sois aussi difficile à gérer? C'est pas possible d'être borné à ce point."
"S'il te plaît," plus doucement, changeant d'approche. "Laisse-moi rester ici, et je… pourquoi je ne pourrais pas être flic ici? Qu'est-ce que ça change?"
"Dean…"
"Je peux avoir maman?" d'une petite voix. "Je voudrais vraiment l'entendre, je… s'il te plaît. Et je viendrai passer le week-end à la maison, si c'est ce que tu veux. Tout ce que tu veux."
Encore une fois, John soupire bruyamment. Conciliant sans l'être vraiment, parce qu'il ne fait des concessions que si Dean va dans son sens, il acquiesce :
"D'accord, je vais te passer ta mère," dit-il. "Je t'ai prévenu, Dean, alors ne viens pas te plaindre ensuite."
"Ok."
Il y a des bruissements d'air dans le téléphone, et le cœur de Dean s'emballe un peu, alors même qu'il n'a pas encore entendu sa voix. Il respire. "Maman?" tout doucement. "Eh… c'est moi. C'est Dean. Est-ce qu-"
.
"Ok," en posant le gobelet sur le bureau. "Sammy?"
"Je n'ai jamais trompé Jess, tu sais?"
"C'est ce qu'elle croit?" en s'asseyant en face de lui. "Elle croit que tu couches avec Ruby?"
"Mmh," soupire Sam. "Je ne ferais jamais ça, c'est juste… non. Ça ne me viendrait jamais à l'esprit de la tromper. Elle m'a à peine laissé en placer une, et puis elle est partie. Comment on peut régler nos problèmes si elle ne me laisse même pas parler?"
"Peut-être que vous ne pouvez pas régler vos problèmes," répond Dean. "Vous êtes ensemble depuis le lycée, et peut-être que maintenant… peut-être que vous n'êtes plus compatibles. Comme Cas et moi."
Sam hausse un sourcil, puis secoue la tête. "Cas et toi, vous êtes plus que compatibles."
"On se supporte," évasif. "Puis on a pas besoin d'être compatibles. Ce qui compte, là, c'est Jess et toi."
"Ruby a vraiment proposé qu'on aille au bar?"
"Mmh," affirmatif. "Cas et Charlie viennent. Et je vais demander à Benny. C'est ta soirée, alors ne pense pas trop à me surveiller. Le but, c'est que tu ne te souviennes de rien, demain matin. Ok?"
"Très intelligent," remarque Sam. "Vraiment, c'est-"
"On s'en fout, Sammy," en le coupant. "Tu vas t'amuser, oublier un peu Jess, et ça va te faire du bien. Tu as dit que tu avais besoin d'un verre."
"Et Amy?"
"Amy ne veut pas venir," simplement.
"Je peux te poser une question?" demande doucement Sam, et Dean acquiesce, bien qu'un peu réticent. "Est-ce que… tu lui as parlé de Cas? De ce qui s'est passé entre vous?"
"Il n'y a rien à dire," du tac-au-tac. "Je n'ai pas besoin de parler d'un truc qui date d'autant de temps. Il n'y a rien. C'est terminé."
"Tu crois vraiment que-"
"Sammy," l'interrompt Dean. "Crois-moi. Charlie, et maintenant toi… vous n'allez quand même pas tous vous y mettre? On est amis. On se supporte."
"Si tu le dis, Dean. Si tu le dis."
Il y a un très court silence. Dean inspire, parce qu'il ne sait pas s'il ment, ou bien alors s'il croit si fort à ce qu'il dit que le mensonge n'en est plus un. Il ne sait pas.
"Dean?"
Il se retourne vers la porte, puis se lève pour s'approcher d'Amélia. "Il faut que tu t'en ailles?" demande-t-il.
"Oui," en l'attirant à elle. "Fais attention à toi, ce soir. Ne bois pas trop, et appelle-moi si ça ne va pas."
"Prom-"
"Ne promets pas," en le serrant plus fort. "Tu as déjà promis, la dernière fois, et ce n'était pas vraiment… non, tu étais dans un sale état. Fais juste attention à toi. Je t'aime."
La tête posée sur son épaule, Dean ferme les yeux.
.
"Charlie, tu bois aussi?" en comptant les verres à shot.
"Il faut quelqu'un pour conduire," en secouant la tête, répondant par la négative. "Et pour faire attention à toi et à ta trop grosse tendance à l'excès."
Dean lève les yeux au ciel. "Je n'ai aucune tendance à-"
"Si," intervient Sam, en même temps que Castiel.
"Oh, mais taisez-vous et buvez," réplique Ruby, avant d'attraper la bouteille de tequila pour remplir les verres alignés les uns à côté des autres. "On est pas là pour parler des états d'âmes de Dean."
"Bien dit," approuve celui-ci.
Il prend deux shots, vide le premier puis le deuxième, en saisit un troisième, mais Benny, à côté de lui, le lui arrache des mains. "Partage un peu," dit-il. "Tu vas mal finir si tu bois autant et si vite."
"Mal finir?" avec un autre shot.
.
Dean se rattrape au bord de la table, et se demande vaguement s'il a réellement bu à ce point. Au point de ne plus marcher droit et de ne même plus vraiment tenir sur ses jambes. Il n'arrête pas de sourire, sans savoir pourquoi, parce qu'il n'a pas envie de sourire, parce qu'il a tellement d'alcool dans le sang que toutes ses émotions semblent trouver le moyen de déborder. Il ne sait pas non plus pourquoi boire autant, pourquoi passer la soirée à regarder Castiel pendant que lui ne le regarde pas vraiment. Castiel ne le regardait plus, et Dean a bu comme pour fermer les yeux à son tour. Sur cet horrible vide qu'il ressent, qu'il a toujours ressenti sans lui, mais pas de cette manière si absolue.
Il tend le bras vers la bouteille. Charlie agrippe son poignet. "Très mauvaise idée," dit-elle. "Je crois que tu as eu ton compte pour ce soir."
"Pas d'accord."
"Dean," en le serrant un peu pour attirer son attention. "Tu te sens bien?"
"Plus mieux que ça, même," avec un rire. "Regarde-le, regarde… Cas. Tu vois? C'est un ange. Je pourrais… embrasser les anges."
"Tu ne voudrais pas t'asseoir, plutôt?"
"Non," plus agressif. "Je veux boire. Pour oublier que c'est plus mon ange à moi, et tu sais… j'avais accepté ça, je pouvais vivre sans lui même si c'était difficile, mais maintenant qu'il est là qu'est-ce que je dois faire?"
"Dean," insiste Charlie, alors qu'il garde les yeux braqués sur Castiel, debout de l'autre côté de la table. "Je pense vraiment que tu devrais t'asseoir."
"Tu sais?" le ton plus bas. "Il y a eu un moment donné dans ma vie où je ne pouvais plus m'asseoir parce que Cas baisait vraiment beaucoup. Il baisait plus et mieux, si mieux que n'importe qui. Et je me suis tapé un nombre de personnes incalculable, vraiment… beaucoup de gens. Peut-être que c'est vrai, peut-être que je suis une salope, et puis tant pis, c'est pas grave parce que Cas ne va plus jamais me baiser, maintenant. Super. Pas super du tout."
"Bordel," fait Ruby, derrière lui. "Mais qu'est-ce qu'il a bu, au juste? Il est pas bourré, il est complètement déchiré."
Charlie soupire, puis échange un petit regard avec Sam, près de Castiel. Elle tire un peu sur le bras de Dean, sans succès. "Dean," encore une fois.
"Je vais chercher une autre bouteille," en se dégageant.
Il commence à s'éloigner, le pas vraiment chancelant, mais s'arrête quand il sent une main se glisser dans la sienne. Castiel le force à se retourner, sans violence mais sans non plus lui laisser la moindre chance de rompre l'étreinte, serrant sa main plus fort. "Assieds-toi et arrête de boire," dit-il. "Tu ne tiens même plus debout. Est-ce que tu te rends compte à quel point c'est dangereux, Dean? Pourquoi tu ne-"
"Tais-toi," en posant l'index sur sa bouche. "Tais-toi, Cas, je peux plus entendre ta voix."
"Quoi?"
"Viens là," un bras passé autour de sa taille pour l'attirer à lui, alors que Castiel se fige. "Ça va aller, mon ange. Ça va aller. Je suis désolé."
Parfaitement immobile, Castiel n'esquisse aucun geste pour le prendre dans ses bras en retour, reste simplement debout contre lui, et Dean le serre vraiment très fort. Il laisse une de ses mains à l'arrière de sa nuque, caresse presque tendrement ses cheveux en respirant le lilas. "Si tu savais comme je suis désolé," répète-t-il. "Ne me pardonne jamais, d'accord? Tu ne peux pas me pardonner. Je regrette que tu sois là parce que j'ai… parce que je suis… je suis parti pour te laisser partir parce que c'était tout ce que je pouvais te donner. C'était la seule chose de bien. Je suis si désolé. Je suis désolé."
Trop ivre, Dean ne remarque pas à quel point Castiel est figé. Il est tard et la musique n'est plus que douceur des basses, mais son souffle à son oreille est tout ce qu'il entend maintenant.
Castiel ne répond pas, rencontre brièvement Charlie du regard, et celle-ci se contente de secouer la tête, comme impuissante.
"Pourquoi tu ne me regardes plus, Cas?" en descendant dans son dos. "Ça me fait mal. Tu me regardais beaucoup, avant, et tu… je ne suis plus aussi joli qu'avant?"
"Dean, il faudrait que tu-"
"J'ai mérité que tu ne veuilles plus de moi," en le coupant. "J'ai mérité tout ce qui ne va pas dans ma vie, j'ai mérité de me sentir comme ça. J'ai tout mérité parce que je casse tout… tout ce que je touche. Je suis une mauvaise personne et je-"
Castiel l'attrape par les épaules pour le forcer à reculer. "Arrête," dit-il. "Tu as beaucoup trop bu, tu ne vas pas bien, et-"
"Toi, arrête… arrête de dire ça, je vais bien," sèchement. "J'allais bien jusque-là, je m'en sortais et puis t'es arrivé avec tes yeux tout bleus et tu sens… tu sens vraiment toujours si bon, Cas. Tu dois venir du ciel. Personne ne sent aussi bon que toi."
"Tu as conscience de tout ce que tu dis?"
"Non," en secouant la tête, les larmes aux yeux. "Je sais pas. J'ai rien dit. Je veux boire de l'eau. Je peux avoir de l'eau?"
"Oui," répond Castiel. "Tu peux avoir de l'eau, mais je vais aller t'en chercher pendant que tu t'assois."
"Non," encore une fois. "Je ne veux pas que tu me laisses tout seul. Je suis perdu si tu n'es pas là."
"Dean?" intervient Charlie. "Tu veux que j'appelle Amy?"
Dean semble réfléchir un long, très long moment, puis hoche finalement la tête. "J'ai Amy," murmure-t-il. "C'est vrai que j'ai Amy, et je l'aime, mais alors pourquoi… pourquoi je veux Cas aussi? On peut avoir deux personnes en même temps?"
"Je ne sais pas, Dean," souffle Castiel. "Est-ce que tu veux toujours de l'eau?"
"Ouais."
"Tu penses que tu vas vomir?"
"Je pense que je vais pleurer," en frottant distraitement sa joue. "Oui, je vais vraiment pleurer. On va chercher de l'eau?"
Castiel acquiesce, et Dean prend sa main, s'appuyant un peu sur lui quand ils marchent jusqu'au bar. Il pose un coude sur le comptoir, sans bouger pendant que Castiel parle au barman.
Les yeux baissés, Dean ne le voit pas revenir vers lui, et sursaute un peu alors qu'il pose un verre devant lui. "Bois doucement," dit-il. "Et dis-moi si tu as envie de vomir."
"Je vais pas vomir, Cas," avec une gorgée d'eau. "Ça va."
"Ça ne va pas du tout," en secouant la tête. "Je crois que tu ne te rends pas compte à quel point tu te mets en danger. Si personne ne te surveille, tu continues à boire, et ensuite...?"
"Mais Charlie me surveille," pour protester. "Ruby trouve que c'est drôle, et Sam discute avec Benny. Ils doivent être bien bourrés, tous les deux, parce qu'ils ne s'aiment pas beaucoup. J'espère que Sammy va un peu mieux que toute à l'heure. Moi… pas."
"Je sais."
Dean termine son eau d'une seule traite, repose le verre mais le garde dans sa main. Il relève la tête. "Ça va pas du tout," souffle-t-il. "C'est vrai que ça ne va pas du tout, et je-"
"Essaie de respirer plus doucement, et calme-toi."
"T'as dit que j'étais une erreur et je… sais," en avalant difficilement sa salive, les sanglots coincés dans sa gorge. "Je sais. Je sais."
Et son cœur bat si vite, si vite, et ça fait mal. Dean adresse un petit regard à Castiel, qui le lui rend, l'expression trop calme. "Peut-être que tu devrais-"
"Mais… qu'est-ce que je t'ai fait…?" coupe Dean. "Regarde-toi, t'es même plus… même plus comme avant. T'es tout abîmé. Pourquoi tu m'as laissé te faire ça, Cas? Je suis désolé."
"Arrête de dire que tu es désolé," en se détournant.
Juste une dizaine de secondes, il se détourne, et Dean a le temps d'éclater en sanglots, en même temps que le verre éclate dans sa main. Il s'en rend à peine compte, serre le poing comme instinctivement. La douleur irradie, le verre s'enfonce profondément dans sa paume, un soulagement quand Dean cesse de ressentir pour se concentrer sur le sang qui glisse entre ses doigts.
.
"Dean?" en refermant la porte. "Dean, est-ce que ça va?"
Toujours assis sur le rebord de la fenêtre, les genoux ramenés contre son torse et l'avant-bras posé dessus, Dean ne répond pas. D'une main, il essuie ses joues, et Castiel s'approche. La première chose qu'il remarque, ce sont les marques sur l'intérieur de son poignet. Dean suit son regard, et puis quelque chose qui ressemble à de la panique l'envahit, si vite qu'il n'a même plus l'impression de respirer.
"Dean?"
"J'ai pas-" en ramenant son bras contre lui. "J'ai pas fait exprès. Je sais pas… pas ce qui s'est passé, je me suis brûlé, c'est juste… un accident."
"D'accord," tout doucement. "Tu veux bien mettre ton bras sous l'eau froide?"
"Pourquoi faire?" l'air plus que confus.
"Ça va te faire du bien," répond Castiel, en tendant la main vers lui.
Dean hésite, mais accepte finalement de descendre du rebord pour prendre sa main et le laisser l'entraîner dans la salle de bain. Castiel tourne le robinet, puis retourne délicatement son poignet pour le mettre sous l'eau. Les brûlures sont petites et rondes, et Dean fond en larmes quand il les voit. "J'avais… je… j'avais une cigarette, et je… j'ai pas fait exprès," répète-t-il, alors que Castiel attrape une serviette propre pour le sécher. "Cas j'ai… je sais pas."
"Ça va aller," simplement. "Ne t'inquiète pas. Ça va aller."
"Je parlais à mon père, et je… il m'a prévenu, pourtant," le regard vraiment perdu. "Il était en train de me hurler dessus, de dire que j'étais… juste un enfant, que je devais obéir et arrêter de… et je voulais parler à ma mère, parce qu'elle, elle l'aurait pas laissé faire ça. Elle aurait voulu que je fasse ce que je voulais. Elle m'aurait laissé rester ici."
"Et… qu'est-ce qu'elle a dit?" en ouvrant un tiroir pour en sortir une trousse de premiers secours.
Les pleurs de Dean redoublent. "Je suis mort pour elle," dit-il. "C'est tout, je suis mort, j'existe plus. Comment je suis censé faire si j'ai plus ma mère?"
"Je suis vraiment… désolé, Dean."
Celui-ci relève la tête pour le regarder. "Je suis du poison pour toi," laisse-t-il tomber. "Je détruis tout entre nous, je détruis tout et je suis… je ne sais pas pourquoi je suis comme ça. Comment on fait pour pas faire mal? Peut-être que tu devrais t'en aller, Cas, et c'est pour ton bien."
"Arrête," une main sur sa joue. "Tu te sens juste très mal pour l'instant, mais arrête… arrête."
"Pourquoi tu ne pars pas?"
"Parce que je n'ai pas envie de partir. Je suis bien avec toi."
"C'est faux," en secouant la tête. "Personne n'est bien avec moi, et comment tu pourrais vouloir de quelqu'un qui appartient déjà à n'importe qui? Je ne serai jamais à toi, Cas, jamais juste à toi parce que j'ai-"
"Dean," coupe Castiel.
"Je n'aime même pas ça, tu sais?" sans bouger quand Castiel applique un pansement sur ses brûlures.
"Qu'est-ce que tu n'aimes pas?"
"Baiser comme ça, avec tout le monde, c'est pas… ça veut rien dire."
"Alors pourquoi est-ce que tu le fais?" parce que Castiel a sincèrement besoin de connaître la réponse.
"Ça te ferait du bien de le savoir?" les yeux dans les siens. "J'ai pas d'excuses, et je veux pas que tu m'en trouves. Je suis juste… je ne suis pas une bonne personne. Ils m'oublient tous, je suis… tu te souviens? La personne d'une nuit, puis ensuite je suis un souvenir et je sais. Je n'ai pas envie d'exister."
.
Castiel attrape la main de Dean et essaie de le forcer à desserrer le poing, sans y arriver. "Dean… ouvre la main," et sa voix claque comme un ordre. "Ouvre la main."
"… quoi?" après une seconde.
"Je te dis d'ouvrir la main," répète Castiel.
Perdu dans l'ivresse, Dean baisse les yeux. Le sang roule le long de son bras, la douleur est lancinante, et il fronce très fort les sourcils.
"Dean!" un ton plus haut. "S'il te plaît, ouvre la main."
"D'accord," en obtempérant. "Ça va… c'est rien. C'est rien du tout."
"Dean, je-" commence Charlie, en arrivant près d'eux. "Oh… putain, mais putain de merde," en faisant signe au barman, qui lui balance un torchon propre. "Qu'est-ce qu-"
"Mais j'ai juste pas fait attention… pourquoi vous vous énervez comme ça?"
Castiel retire les plus gros éclats de verre, et Dean se braque. "Arrête," en reculant d'un pas. "Tu me fais mal, et j'ai pas envie… laisse tomber, Cas. C'est bon. Je vais boire un peu, et ça va passer."
"Tu ne vas rien boire du tout," moins doux. "Viens t'asseoir."
"Pourquoi on me donne des ordres, ce soir?" contrarié. "Je ne vois pas pourquoi je devrais encore t'obéir. T'es pas mon père, que je sache."
"Non, mais viens quand même t'asseoir. S'il te plaît."
"Amy va venir te chercher," ajoute Charlie, en prenant doucement sa main.
"Super," raille Dean.
Il accepte finalement de s'asseoir, et se laisse tomber sur une chaise. Charlie ne lâche pas sa main, l'enroule dans le torchon, puis replie ses doigts dessus. "Ça va aller?"
"Qu'est-ce qui s'est passé?" demande Sam.
"Mais rien," en marmonnant.
"Ça n'a pas l'air d'être rien," commente Benny.
"Oh, Benny… ferme-la."
Castiel, près de lui, soupire de lassitude. "Tu es en train de devenir agressif, Dean," dit-il.
"J'ai juste envie de dormir," en posant un coude sur la table pour tenir sa tête, qui lui semble soudain vraiment très lourde. "Tu crois que je peux m'endormir?"
"Pas maintenant."
"Mais pourquoi?" en soufflant.
"Attends d'être rentré."
"Pourquoi personne d'autre que moi n'est bourré?" se plaint Dean. "C'est nul."
"On est tous bourrés," répond Castiel. "Beaucoup moins que toi, et tu as l'impression d'être le seul parce que tu as vraiment dépassé le stade de ce qui est acceptable."
"Rabat-joie," les yeux à demi-fermés.
"C'est vrai que tu as l'air très joyeux, là tout de suite."
Sam fronce les sourcils, pose son verre puis se penche vers son frère, qui réagit à peine. "Dean, mais… qu'est-ce qui te prend de te mettre dans un état pareil?" fait-il. "Tu ne sais pas être raisonnable, et… tu allais mieux, ces derniers temps."
"Mais ça va très bien, Sammy. Ne t'inquiète pas."
Il ferme complètement les yeux pour ne plus voir personne, et devine les mains d'Amélia sur son visage plus qu'il ne les sent, quelques minutes plus tard. "Eh," souffle-t-il.
"Tu veux bien rouvrir les yeux?"
Dean ne répond pas, le sommeil si attirant qu'il se laisse glisser. Amélia lève la tête vers Charlie. "Tu peux aller me chercher un fond d'eau très froide? Et un verre de sirop de citron. Avec une paille," demande-t-elle, avant de recentrer son attention sur Dean. "Dean, fais un effort. Tu m'entends?"
L'effort est surhumain, mais Dean rouvre les yeux. Son regard passe d'Amélia à Castiel, et il éclate de rire. Un rire douloureux et déchirant.
"Dean?"
"Ça va, Amy," en détournant les yeux.
"Regarde-moi," en attrapant son menton pour le forcer.
Encore une fois, Dean ferme les yeux. Charlie revient, pose le sirop sur la table, puis lui tend un verre, à peine un fond d'eau. "Qu'est-ce que tu vas faire, avec ça?" alors qu'Amélia le prend, puis jette l'eau au visage de Dean, qui sursaute en grognant. "Ah, c'est… radical."
"Mais pourquoi t'as fait ça?" s'indigne Dean, en essuyant son visage. "Je suis tout mouillé."
Amélia attrape le verre de sirop, puis le tient pour lui. "Bois un peu," dit-elle.
Sans cesser de grommeler, Dean se penche pour prendre la paille entre ses lèvres. Il avale plusieurs longues gorgées, puis se détourne. "C'est bon, maintenant."
"Tu veux vomir?"
"Mais non," agacé. "Ça va. Je veux marcher," en commençant à se lever.
Castiel, toujours près de lui, appuie un peu sur son épaule pour l'obliger à rester assis. "C'est tout sauf une bonne idée," assure-t-il. "Ne te lève pas."
Très délicatement, Amélia prend sa main dans la sienne, enlève le torchon, puis jure entre ses dents. Dean se braque, resserre le poing et ramène son bras contre lui.
"Dean… regarde-moi," murmure Amélia. "Ça va. Ça va aller. Personne ne t'en veut, et ça va aller. D'accord?"
"Mais j'ai… je ne voulais pas."
"Je sais," toujours plus douce. "On en reparlera demain. Pour l'instant," en relevant la tête. "Mis à part Charlie et Ruby, lequel d'entre vous est le moins ivre?"
Tous les regards se tournent vers Castiel, et celui-ci ouvre la bouche, la referme, et hoche la tête. Amélia se mord la lèvre. "Je suis désolée de te demander ça, mais est-ce que… tu pourrais m'aider à le ramener? Il va s'endormir tout de suite une fois allongé, mais sur le chemin, je ne… je ne préfère pas être seule avec lui quand il est dans cet état."
"Est-ce qu'il est violent?" en penchant la tête.
"Pas avec moi," répond Amélia. "Pas vraiment avec les autres. S'il cherche encore à se blesser, je ne pourrai pas l'en empêcher. Je ne suis pas assez forte. Je suis désolée de te le demander, vraiment, mais-"
"Aucun problème," en la coupant. "Ne t'inquiète pas."
Amélia lui adresse un petit sourire de remerciement, avant de caresser la joue de Dean. "Dean? Tu crois que tu peux marcher?"
"Bien sûr," plus enthousiaste.
Il s'appuie contre la table pour se lever, ébouriffe gentiment les cheveux de Sam, distribue des sourires vraiment trop ivres, et commence à se diriger vers la sortie d'un pas à la fois chancelant et décidé, Castiel moins d'un mètre derrière lui. Amélia soupire. "Je peux savoir?" demande-t-elle. "Qu'est-ce qui lui a pris? Pourquoi boire autant? Ce n'est jamais sans raison," en se tournant vers Sam. "Sam?"
Celui-ci prend une courte inspiration, tenté de dire la vérité. Il finit par se taire, parce que Dean est son frère et que s'il ne veut rien dire, Sam ne dira rien non plus.
"Si tu veux mon avis," intervient Ruby, plus qu'éméchée. "Ton mari a juste beaucoup de problèmes avec ses sentiments. Ses sentiments pour toi, et ses sentiments pour Castiel."
Il y a un silence de plomb, un silence vraiment pesant, et Amélia cherche le regard de Sam, puis celui de Charlie. "Vous n'allez rien me dire, tous les deux?"
"Parle-en avec lui," répond Charlie. "Avec Dean."
"Mmh," les sourcils froncés, avant de se tourner vers Ruby. "Quel genre de sentiments, à ton avis?"
"Je ne suis pas dans sa tête," avec un haussement d'épaules. "Dean est trop compliqué et trop perturbé pour que j'aie envie de savoir ce qui se passe dans sa tête. C'est toi la psy. Charlie a raison, tu devrais en parler avec lui."
