Disclaimer : L'univers d'Aventures appartient à Mahyar et les personnages aux joueurs Krayn, Bob, Fred et Seb du grenier.
Merci pour vos reviews!
Je suis au taquet en ce moment sur l'écriture héhé. Et comme quoi, on s'habitue à tout. Je suis devenue une pro de l'écriture à une seule main. Je débite à présent presque aussi vite qu'avant :D.
** Yeux brillants ** Aucune paralysie ne m'empêchera d'écrire ! Voilà, c'est dit ^^
Bon sinon, je sais que je poste habituellement les interludes le dimanche. Mais celui-ci m'a donné du fil à retordre à la relecture (faut dire qu'il est volumineux). En plus, vu le contenu, je pense que c'est un chapitre de circonstances pour Halloween ^^.
Attention, à partir de maintenant, on entre en zone trouble. Le rating T est justifié :-).
J'espère que ça vous plaira!
Interlude - Sepulchrum tuum
La dernière entrevue avec son père l'avait laissé avec un sentiment latent de panique. Il avait depuis focalisé toute son énergie à trouver la faille dans sa prison mentale. Mais il avait beau y faire, il ne trouvait pas d'issue. En l'état actuel des choses, le démon pouvait faire ce qu'il voulait de lui. Et bien que lui ignorât parfaitement ce qu'il lui voulait, Enoch semblait vouloir en découdre.
Assez rapidement cependant, le manque de résultats dans ses expérimentations lui firent prendre conscience qu'il n'arriverait à rien avant qu'il ne soit trop tard. Il se résolut donc à accepter ce qui allait arriver : une confrontation. Il l'avait déjà combattu sous d'autres formes par le passé, mais les rôles étaient inversés aujourd'hui. Sa part démoniaque avait le contrôle et lui était confiné dans un coin de son esprit. Il ne serait pas en mesure de supporter un assaut psychique très longtemps.
Habituellement, il isolait ses pensées de celles de son démon en se divertissant. Lorsqu'il en avait l'occasion, il s'adonnait aux plaisirs de la chair, ce que Théo lui reprochait régulièrement, mais la plupart du temps c'était en jouant avec sa mémoire qu'il arrivait à se fabriquer une barrière mentale. Il doutait de l'efficacité de cette deuxième méthode dans le cas présent. Cependant, étant donné les circonstances, il n'avait d'autres choix que de se retourner vers l'intellect. Il fallait qu'il s'érige un bastion mental au plus vite.
Il avait pour lui d'avoir un esprit vif et beaucoup d'imagination. Sa moitié en était plutôt dépourvu, ou plutôt, son imagination n'était tourné que vers une seule chose : la violence. Il prit donc le contrepied de son alter ego en s'imaginant un endroit paisible où il se sentirait bien. Il se concentra pour faire faillir de son esprit quelque chose qui correspondait à cette image. Bien vite, le petit salon cosy ne fut qu'une simple pièce d'une immense bâtisse en pierres grises. Balthazar sourit. Il était satisfait de sa création. Déjà la peur refluait tandis qu'il arpentait le petit sentier de terre battue qui faisait le tour du bâtiment. A chaque fenêtre, il s'arrêtait pour imaginer ce qui se trouverait derrière les murs : chambres, salon, cuisine, couloirs ... Il ne sut pas vraiment combien de temps il passa à tourner ainsi, mais au bout d'un moment, il finit par connaitre chaque recoin, chaque pièce par cœur.
Il était en train de s'aménager un petit jardin arboré à l'arrière de la maison lorsque le démon se manifesta de nouveau. Il était afféré à fignoler l'agencement des arbres quand il sentit quelque chose changeait dans l'espace qu'il avait créé. Une petite table en fer forgé ainsi que deux chaises apparurent au milieu de l'allée. Le mage fit face à son père qui avait pris place à table et agitait doucement la timbale d'argent au creux de sa main.
- "Et moi qui croyais que tu n'étais pas manuel." déclara le diable en tendant la main vers un rosier. Il effleura les pétales humides du bout des doigts et toutes les fleurs virèrent au noir avant de se désagréger. "De la rosée ... Tu as le sens du détail, fils." ajouta-il en essuyant sa main sur sa veste.
- "Déjà de retour ..." Balthazar tentait de conserver son aplomb. Il sentait bien que son père était à bout de patience, mais il ne voulait pas lui montrer qu'il avait peur..
- "J'espérai te manquer un peu. Je pensais que tu apprécierais ma compagnie ..." Le démon observait les créations de son fils d'un mauvais œil. Ses doigts tambourinaient machinalement sur la table en métal
- "J'ai trouvé de quoi m'occuper comme tu vois."
- "Jolie maison, en effet. Tu as de la ressource, je ne peux le nier. Beaucoup de ressources ..." répéta-t-il d'un air soupçonneux.
- "Alors comment ça se profile dehors ?" tenta-t-il pour détourner la conversation de ce qu'il était en train d'entreprendre.
Enoch ignora la question et porta la coupe de métal à ses lèvres. Avec un petit sourire en coin, le plus jeune se concentra sur le liquide à l'intérieur. Il fut ravie de sentir le riche parfum du vin sur son palais. Ce ne fut pas au goût de son alter ego qui, visiblement agacé, expira bruyamment par les narines :
- "Ton petit tour de passe-passe ne m'impressionne pas." puis désignant l'ensemble de la demeure et du jardin, il ajouta : "Tu n'espères quand même pas me retenir avec ça ?" le démon plongea son regard d'onyx dans le sien.
- "A vrai dire, je n'ai pas l'intention de me laisser faire." il se surprit lui même de son hardiesse.
- "Hmmm, c'est vrai que tu as toujours eu un tempérament combattif." déclara le diable en se recalant dans sa chaise et en faisant tourner lentement le liquide bordeaux dans son récipient. "Malheureusement pour toi, je n'ai plus le temps de jouer au chat et à la souris." il reposa sèchement la timbale sur la table. Les deux surfaces en métal s'entrechoquèrent. "Je veux que tu me rendes ce que tu m'as pris."
- "Volontiers ... Si j'avais la moindre idée de ce dont il s'agit." répondit le mage avec emphase.
- "Je joue pas avec moi, fils. Tu vas le regretter ... Rends-moi le contrôle du corps."
Balthazar regarda son père avec un mélange d'appréhension et d'incompréhension. La requête ne faisait pas de sens à ses yeux, mais les mises en gardes répétées proférées par Enoch l'incitaient plutôt à ne pas le prendre à la légère. Cependant, il ne voyait pas comment il pourrait s'en sortir cette fois-ci.
- "Je ne l'ai pas ..." bredouilla-t-il. "Tu m'as confiner ici et ... "
- "Je te connais par cœur. Je sais que tu ne me rendrais jamais la vie facile. Cependant tu t'éviterais bien des misères si tu obéissais un tant soit peu." le démon se leva.
- "Je jure que je ne sais pas de quoi tu parles. Explique-moi au lieu de me menacer !" dit-il en haussant le ton.
- "Je ne sais pas ce que tu as fait lorsque tu as fait irruption dans mon esprit mais maintenant nous sommes bloqués dans une situation très inconfortable. Si tu ne coopères pas, je vais devoir me servir." gronda le diable dont la voix était de plus en plus gutturale et grave. La menace était palpable.
Balthazar fronça les sourcils. Que pouvait-il bien se passer à l'extérieur pour que son père se mette dans un état pareil ? Que redoutait-il ?
- "Que se passe-t-il là dehors ?" demanda-t-il une nouvelle fois alors que son interlocuteur se rapprochait dangereusement.
- "Il se passe quelque chose que je ne tolèrerais pas !" fulmina le démon dont les yeux semblaient flamboyer.
Tout indiquait dans son allure prédatrice qu'il allait passer à l'action d'un moment à l'autre. Le demi-diable prit donc les devants. Il détala en direction de son refuge. Il eut pour lui l'effet de surprise, ce lui donna le temps suffisant pour s'enfuir. Alors qu'il verrouillait la porte derrière lui, il entendit son alter ego rugir son prénom.
Il savait que son père trouverait rapidement le moyen d'entrer. Il devait se barricader au plus vite. Il avait déjà choisi le lieu. La bibliothèque se trouvait à l'étage. Il grimpa les escaliers au pas de course et traversa un couloir aux murs couverts de tableaux. Il s'arrêta un instant devant le portrait de sa mère. Cette image lui redonnait courage. Il entonna du bout des lèvres la comptine qu'elle lui chantait lorsqu'il était enfant. A cette époque, elle seule arrivait à le calmer lorsque sa part démoniaque s'en prenait à lui. Sa tendresse l'avait protégée pendant les premières années de sa vie et il avait hérité d'elle sa force de caractère. Le son de la porte d'entrée qui s'ouvrait avec fracas le tira de sa réflexion.
Sans plus d'hésitation, il entra dans la bibliothèque et verrouilla derrière lui. Il attrapa un énorme livre sur une des nombreuses étagères chargés d'ouvrages qui tapissaient les murs, puis prit place derrière le petit bureau qui trônait au centre de la pièce. Il déposa l'épais bouquin devant lui. Sur la couverture était gravé le titre : "Recettes alchimiques - Premier volume". C'était un livre qu'il connaissait bien. Il l'avait étudié en long, en large et en travers à l'académie de magie. Scrutant la porte, il murmura pour lui-même :
- "Voyons voir ce que donne mon intellect face à ta fureur." Il ouvrit d'un geste déterminé le livre. Les mots apparurent alors qu'il posait son regard sur les pages vierges. "Potion de dragon ... Mélanger une décoction de ..."
Au loin, Enoch hurlait d'une voix qui n'avait plus rien d'humaine :
- "Ton existence est inféodée à la mienne. JE suis la source de tes pouvoirs. Ici tu ne peux rien et ce n'est pas ce petit refuge que tu t'es bâti qui changera quelque chose!"
- "Prélever les écailles de dragon à la base du cou." Le démon se rapprochait. "Utiliser le creuset pour les réduire en poudre ..."
- "Je sais que tu te caches là ... Je peux sentir ta peur, fils." la poignée pivota lentement.
- "Incorporer la poudre ..."
Le cliquetis de la poignée qui revint à sa position initiale le fit sursauter, mais il poursuivit sa lecture. Le verrou tenait bon. Tenir un démon en colère en échec avec un simple livre de recettes alchimiques était assez cocasse en soi mais son plan semblait fonctionner pour le moment. Il entendit les pas s'éloigner, puis le silence se fit. Le calme n'était perturbé que par quelques bruits erratiques qui provenaient d'autres pièces de la maison. Enoch jouait avec ses nerfs pour tenter de le déconcentrer. Mais il pouvait bien s'amuser comme il voulait, lui avait tout son temps et des dizaines de livres en mémoire à ressasser.
Le statu quo dura un long moment. Il était en train d'entamer le dernier tiers de l'ouvrage lorsque finalement le démon se manifesta de nouveau. Son père se jeta si violemment sur la porte qu'elle vibra. Balthazar sursauta mais réussit contre toute attente à rester suffisamment concentré pour continuer sa lecture. Il tentait d'ignorer la poignée qui pivotait de manière anarchique sur son axe. Il souriait malgré la frayeur que cet acharnement produisait en lui. Les coups diminuèrent progressivement et la poignée s'immobilisa de nouveau. Il entendit comme des griffes qui raclaient le bois. Puis après quelques instants de calme, le diable reprit la parole.
- "Tes amis sont morts ..." Enoch avait parlé à voix basse, mais le mage avait parfaitement entendu ses propos. A cette annonce, il sentit quelque chose se briser en lui. Il s'interrompit bien malgré lui. L'instant suivant, il entendit un reniflement dédaigneux puis un cliquetis sourd; la porte se déverrouilla. "Aurai-je touché un point sensible ?" susurra le démon d'un ton doucereux.
Le mage tenta de se replonger dans l'ouvrage mais le mal était fait. Alors qu'il balbutiait quelques phrases, il vit la porte s'ouvrir sur la silhouette courbée de son père qui pénétra dans la bibliothèque d'un pas étrangement trainant. Fini le séducteur raffiné. Lui qui était habituellement soigné déambulait débraillé avec un léger mouvement ballotant particulièrement dérangeant. Ses cheveux détachés recouvraient une partie de son visage. Ses bras pendaient mollement de chaque côté de son corps tandis qu'il poursuivait sa lente avancée. Balthazar était figé par le choc de la nouvelle et regardait avec un mélange de fascination et de dégoût son alter ego s'approcher de lui. Ses mains tremblaient alors que l'émotion le gagnait.
Morts ? Ça n'était pas possible. Il lui avait fait promettre ...
Le diable s'avança jusqu'à son bureau. Une fois à sa hauteur, il releva la tête dévoilant des yeux à l'iris rouge sang anormalement grands et un sourire chargé de dents pointus de différentes tailles. Le monstre posa une main osseuse et griffue sur son livre qui fut réduit en cendres en un instant.
- "Bien tenté. Mais comme je te le disais, tes tours de passe-passe ne m'impressionnent pas." une langue bifide s'échappa de l'immonde dentition. "Sincèrement ... Que croyais-tu accomplir ? Je dois bien avouer que la méthode était originale, mais trouver la faille n'a pas été très difficile ... Depuis des années que tu parcours le monde avec ces guignols, je peux sentir cette immonde affection que tu as pour eux. Je la tolérais à peine lorsque que j'étais enfermé dans ton esprit étriqué. Mais maintenant ils ne sont plus là et je m'en réjouis. Leur trépas fut pour le moins glorieux !" Enoch jubilait.
- "Tu mens!" s'exclama Balthazar soudainement en soutenant le regard de la bête. "Tu avais promis de les sauver. C'était le contrat."
- "Erreur! J'ai promis de les épargner. Je ne leur ai pas fait de mal. Promesse tenue. Ils sont morts tous seuls. Ce n'est pas ma faute s'ils étaient trop lents pour s'échapper." déclara le démon faussement chagriné.
- "Tu joues sur les mots. Ce n'était pas ce qui était convenu." sa voix tremblait d'émotion.
- "Dans un contrat, chaque mot compte, mon petit. Tu devrais le savoir, surtout quand on passe un pacte avec le diable." Balthazar avait la nausée. "Tu ne te souviens pas n'est-ce pas ?" Enoch patienta quelques secondes en savourant le désespoir qui se peignait sur le visage de son fils. "Laisse-moi te montrer ce qu'on ton esprit de simple mortel a occulté." susurra-t-il en s'approchant à quelques centimètres de son visage.
Il n'eut pas le temps de protester, son père l'emmenait loin de son refuge mental, vers les terres qu'ils avaient détruites. Le paysage défilait à une vitesse folle devant ses yeux. Il s'agissait en vérité des souvenirs de sa moitié. Parfois son regard accrochait un détail et la scène s'imprimait dans son esprit comme une tâche rémanente dans l'œil qui a malencontreusement regardé le Soleil. Ce qu'il entraperçut le remplissait déjà d'effroi.
Bientôt, le décors se stabilisa. Il se tenait debout dans ce qui semblait être un véritable champ de guerre. Au milieu des incendies, il pouvait à peine reconnaître la forme des corps calcinés qui jonchaient le sol. Il ne voulait pas voir ça, mais il était dans l'incapacité de bloquer les pensées de sa part démoniaque. Grâce à cette forme de déplacement sans mouvement, ils glissèrent un peu plus loin. Ils dépassèrent rapidement ce qu'il reconnut comme les restes du campement du conclave puis ils s'arrêtèrent en particulier près d'une forme allongée sur le sol. Un cratère béant était situé à plusieurs mètres de là. Une fumée épaisse s'en échappait. Les arbres avaient été soufflés par la violence de l'impact. L'individu semblait avoir voulu se protéger derrière ce qu'il restait d'un large puits, mais en vain. De petites flammes jaillissaient par intermittence du corps noirci. Il regarda plusieurs fois autour de lui avant de réaliser où il se trouvait exactement.
- "Shin ?" bégaya-t-il désemparé. Qu'avait-il donc fait ? Cette vision lui brisait le cœur.
- "Je n'aurai jamais imaginé qu'un demi-élémentaire d'eau puisse se consumer avec autant d'ardeur." énonça didactiquement le démon en regardant le cadavre à ses pieds avec un air faussement affecté, ce qui, avec son aspect actuel, était particulièrement malsain. "Le météore est tombé avant qu'il est pu se mettre à l'abri."
Enoch ne lui laissa pas le temps d'assimiler ce qu'il venait de voir. Déjà, ils glissaient vers un autre endroit. Devant lui, la silhouette parfaitement identifiable de Grunlek se tenait le bras levé et le visage figé dans un cri. On eut dit une statue de pierre volcanique grossièrement taillée. Son père passa une main sur l'épaule du nain. Il pouvait sentir à travers cette connexion sensorielle inversée toutes les aspérités du cuir et de la peau brûlés. Il poussa un cri lorsque sous la pression de ces doigts étrangers la chair se craquela et que dans un sinistre crissement le bras se détacha du corps de son ami.
- "Arrête ... je t'en prie." le supplia-t-il. "Ça suffit ... Par pitié ..."
Indifférent à sa supplique, son alter ego l'emmena ailleurs. Il se sentit happé par l'arrière sur des kilomètres. Le paysage défilait à grand vitesse sous son regard hébété. Toujours plus morts et de destruction. S'en était insoutenable.
Il s'arrêtèrent au milieu d'un petit chemin champêtre que l'incendie ne semblait pas avoir encore atteint. La voix rauque de son père dans son dos le tira de son affliction apathique.
- "Celui-là à presque faillit s'en sortir. Mais son cheval et lui ont fini en torche vivante avant de pouvoir s'échapper de la forêt. La bête a continué jusqu'ici avant de s'effondrer. Lui était mort bien longtemps avant ça."
Un haut le cœur puissant lui retourna l'estomac lorsqu'il posait son regard sur le paladin dont le corps sévèrement brûlé était en partie caché sous le flan de Lumière. Il voulait les sauver et au final il ne leur avait offert qu'une fin horrible. Anéanti par le remord, il tomba à genoux devant la dépouille de son compagnon. Derrière lui, Enoch jubilait en silence. Il posa une main sur l'épaule tremblante de son fils.
A ce contact, Balthazar fut inondé de souvenirs et de sensations qui n'étaient pas les siens. Son esprit endolori était littéralement bombardée d'images infernales, de cris de souffrances, d'odeurs de brûlé et de chairs en décomposition. Il avait dans la bouche un arrière goût de mort et de sang. Tout son être se révoltait mais sont esprit était à présent trop fragiliser pour qu'il puisse y faire quoique ce soit. C'est alors qu'il sentit les bras de son père ... ses bras ... l'enlacer. Il eut un spasme de révulsion à cet attouchement indésirable. Mais le démon le tenait fermement. Rends moi ce qui m'appartiens. Il eut la sensation bizarre qu'il avait prononcé ces mots en même temps que son père. Il se débattait mollement tandis qu'une nouvelle vague de souvenirs le submergeait. Admire notre œuvre. La mise en abîme sensorielle lui faisait perdre progressivement toute notion d'identité. Bientôt des sentiments d'extase et de joie se mêlèrent à son profond dégoût et à sa peine. Était-ce lui ? Avait-il aimé ? Les images du saccage d'une cité affluèrent dans son esprit. Il avait rasé une ville, dévoré ses habitants. Il se souvenait du plaisir qu'il avait ressenti en plongeant ses crocs dans les corps encore tièdes. Tu as tué et ça t'a plu. Les yeux écarquillés, Balthazar sourit à l'idée. Oui, il avait aimé. Son sourire s'évanouit au moment où il réalisa ce qu'il venait de penser. Il secoua vigoureusement la tête. Ce sentiment n'était pas de lui. N'est-ce pas ? Quel genre d'homme serait-il s'il prenait maintenant plaisir à tuer ? Un monstre ... Il était un monstre ... N'es-tu pas fier ? Non ... Il ne l'était pas.
Il eut un sursaut de conscience. Son père profitait de sa faiblesse pour envahir son esprit. Aussi tourmenté qu'il était, il refusait de se laisser corrompre par une créature aussi vile. La colère monta en lui comme une vague déferlante. Avec l'énergie du désespoir, il s'arracha à l'étreinte en repoussant le diable avec violence. Les visions horrifiques disparurent le laissant haletant sur le palier de son refuge mental. Enoch réapparut dans son dos :
- "Pourquoi résistes-tu ? Tu ne fais que prolonger ta souffrance ..." Le mage sentit la main de son alter ego se refermer à la base de son cou. Cette fois-ci, il ignora la sensation biaisée. "Donne moi ce que je souhaite et tu seras libre de les rejoindre dans l'oubli." Les mots étaient chuchotés à son oreille.
Libre ... Libre de mourir ... Sa part démoniaque l'avait toujours considéré comme faible et inoffensif. Il l'avait longtemps cru avant de prendre en main son destin. Quiconque le connaissait aurait pu témoigner de sa combativité. Enoch l'avait été trahi de la pire manière qui soit. Il pensait avoir acquis la victoire en lui révélant le sort de ses amis, mais le premier choc passé, il n'avait fait qu'attiser sa haine. Il allait mourir, il en était à présent certain, mais il ne partirait pas seul. Le choix lui appartenait encore. Du fin fond de sa prison mentale, il possédait la seule chose que sa moitié infernale désirait : la liberté d'agir.
- "Tu n'obtiendras rien de moi." cracha-t-il. "Ta liberté ... je la refuse." la prise sur sa nuque se raffermit.
- "Pourquoi ?"
- "Tu tiens à ta liberté comme je tenais à eux. Œil pour œil, dent pour dent ..." Il entendit son père siffler de mécontentement.
- "Je ferai du reste de ta vie un enfer interminable !" rugit le démon en plantant ses griffes dans sa chair.
Étrangement, il ressentit la douleur en même temps que la sensation de ses doigts pénétrant ce corps étranger qui était le sien. Il s'arque-bouta en vain pour s'extraire de l'emprise et de la mise en abîme sensorielle qui menaçait de l'emporter de nouveau. Mais il tint bon. Sa décision était prise et elle était définitive. Sa part démoniaque était menacée par ce qui se passait dans le monde réel. Il allait résister jusqu'à ce que cette menace se réalise enfin. Quoiqu'il puisse lui arriver désormais, Balthazar ne laisserait pas le diable obtenir ce qu'il désirait, dût-il en prendre son âme.
- "Dans ce cas, je ferai du reste de ma vie ton tombeau ..." grogna-t-il les mâchoires serrées en attrapant fermement la main qui l'agressait.
Dans un claquement sourd, la porte de la maison se referma sur eux.
Voilà, voilà ... C'est le début de la descente aux enfers pour Bob ...
Sinon si comme dry1410 vous êtes fan de Shin, vous inquiétez pas, il finira par arriver. Encore deux chapitres :-) ...
PS : Le titre latin signifie : "Ton tombeau".
