Bonjour à tous !
Je vous retrouve avec la suite des aventures de Nerys et Fred :)
Votre silence sur le chapitre précédent me fait peur ahah, j'espère que vous n'avez pas détesté/été déçus et que la suite vous intéresse toujours ^^
J'ai encore plein de choses à vous raconter. L'histoire est longue, mais parce qu'un univers entier à renier et des habitudes acquises depuis l'enfance à bousculer, c'est compliqué ;)
Au passage je vous préviens que je risque d'être moins régulière dans mes publications maintenant que le NaNo est terminé (perdu ! 30.000 mots pour moi) et qu'une période difficile s'annonce (les examens) mais j'espère pouvoir poster quelque chose pendant les vacances de Noël au plus tard :) En tout cas je ne vous abandonne pas !
Je vous embrasse tous, et j'espère que la suite vous plaira.
J'attends vos retours dans les commentaires avec impatience.
Bonne lecture !
CHAPITRE 11 : NOVEMBRE (3)
Briséis était allongée à côté d'elle dans le lit, le nez plongé dans un bouquin d'études des runes. Le titre n'indiquait rien de très scolaire; visiblement elle le lisait pour son propre plaisir. Nerys se demandait bien ce qu'elle pouvait y trouver d'intéressant mais se gardait de tout commentaire. Chacun ses passions après tout. Elle-même se serait volontiers lancée dans la lecture de son ouvrage sur les Sortilèges de guérison élémentaires mais elle avait l'esprit trop préoccupé pour pouvoir s'y intéresser. Maintenant que Gale lui avait révélé la vérité, elle voyait tout d'un nouvel œil. Potter n'avait donc pas menti; le Seigneur des Ténèbres avait donc assassiné Cédric Diggory. Cette pensée lui faisait froid dans le dos. Nerys n'avait jamais été proche de Cédric mais c'était un garçon qu'elle trouvait charmant et qu'elle appréciait en tant que camarade. Il réunissait objectivement toutes les qualités de quelqu'un de formidable et l'idée qu'il ait été tué de sang-froid était terrifiante. Elle comprenait maintenant ce que la thèse de l'accident avait de rassurant et pourquoi le ministère s'y accrochait désespérément.
Il y avait d'autres questions qui tournaient dans son esprit : comment Gale était au courant ? Faisait-il parti des partisans ? Et son père ? Crimson Avery était tout son univers, un homme aimant et un père bienveillant même si son absence s'était souvent faite ressentir. Elle l'aimait car il avait toujours fait passer ses désirs avant les siens, comme la dernière promesse qu'il avait faite à sa mère. Il n'avait jamais cherché à la fiancer contre son gré, il n'avait jamais eu un mot trop fort pour elle, il ne lui avait jamais dicté le comportement qu'elle devait avoir. La confiance qu'il plaçait en elle et la liberté qu'il lui accordait en conséquence avaient porté leurs fruits : Nerys s'était toujours montré exemplaire. A Poudlard elle savait bien s'entourer sans jamais se faire remarquer, et elle avait trouvé comme futur époux le digne héritier de la famille Fawley.
- Tu crois qu'on a le choix Briséis ? Demande brutalement Nerys, soucieuse de l'univers entier qui lui paraissait si différent.
Les boucles brunes de Briséis s'agitèrent derrière l'ouvrage. Elle pris le temps de finir sa lecture avant de finalement se tourner vers Nerys.
- Sur quelque chose en particulier ?
Nerys se rappela sa promesse, celle de ne rien dire à Briséis et aux autres. Son amie n'était sûrement pas au courant du retour du Seigneur des Ténèbres et il n'était pas question pour Nerys de trahir la confiance de Gale. Elle regretta soudain sa question qui glissait vers un terrain dangereux. Évidemment que sa question paraissait déplacée... Heureusement Briséis se montra peu méfiante et accepta finalement de lui répondre malgré son silence.
- Je crois qu'on vient d'un univers où il y a peu de place pour les choix. On doit se comporter d'une certaine façon, répondre d'une certaine manière, épouser celui qui nous a été désigné...
Elle eut une légère grimace à cette dernière phrase, repensant sans doute à une future union déplaisante qui s'annonçait. Nerys n'avait jamais osé aborder de nouveau le sujet avec elle et son expression lui faisait comprendre qu'elle avait bien raison. L'affaire semblait tassée pour le moment, il n'y avait aucune raison de réveiller le démon qui sommeillait en Briséis. Nerys soupira.
- Oui, je suis contente d'avoir eu le choix, pour Amadeus.
A son grand étonnement Briséis se mit à ricaner, comme si elle trouvait cette réponse stupide.
- Tu penses sincèrement que tu as eu le choix ?
- Comment ça ?
L'estomac de Nerys se contractait dans une drôle de sensation, une appréhension grandissante face à une réponse qui s'annonçait détestable.
Amadeus avait été son ami pendant si longtemps, toujours charmant et joueur, toujours présenté sous un jour si parfait que Nerys se demandait pourquoi elle n'avait pas craqué avant. Elle avait toujours pensé que Amadeus s'intéressait à elle, elle savait qu'il la trouvait jolie avec ses longs cheveux sombres et sa peau hâlée, mais la réciprocité ne s'était construite qu'au fil du temps. Jeune adolescente elle ne se serait jamais intéressé à lui, elle le voyait simplement comme un ami. Et les années passant et le monde adulte approchant, il avait semblé évident que Amadeus était le futur époux idéal.
- Il sait comment plaire.
Nerys rougit. Amadeus avait toujours eu des attentions douces envers elle, un cadeau à chaque anniversaire, une rose envoyée par hibou chaque matin de Noël. Elle pensait que c'était sa manière de la séduire, et la technique avait porté ses fruits puisque toutes ces petites attentions l'avaient finalement faite craquer.
- Il flirtait.
- Mon père parle depuis des années de votre mariage, répliqua Briséis.
Nerys sentait ses joues la chauffer et une impression désagréable prendre possession de tout son corps. Briséis lui présentait les choses d'une manière nouvelle. Là où Nerys n'avait toujours vu que du flirt et un joli amour d'enfance, Briséis semblait y lire autre chose, de beaucoup plus sombre et malsain : de la manipulation.
- Tu penses qu'il ne m'aime pas ?
Elle devait avoir l'air idiote et naïve de poser cette question, comme si les sentiments faisaient partis de leur monde. Nerys savait depuis toujours que les mariages n'étaient pas liés à l'amour mais aux alliances. L'amour vient après le mariage, disait Mrs Fawley.
- Il t'adore Nerys, tu es si parfaite. Mais ce n'est pas pour ça qu'il est avec toi.
La conversation prenait un tournant gênant et Nerys fut presque soulagée de voir Briséis se replonger derrière son livre. Il y avait peu de choses dont Nerys était certaine dans son univers, et elle réalisait que l'une d'entre elles pouvait finalement être faussée. La dévotion et l'affection de Amadeus à son égard étaient-elles réelles ? Ou n'était-ce qu'un jeu pour faire passer une alliance arrangée en un mariage désiré ? Soudain tout était flou. Et Nerys réalisa soudain à quel point ce mariage n'était pas un désir profond pour elle, mais simplement le cheminement logique d'une vie toute tracée. Il n'y avait jamais eut de passion entre eux, à peine du désir. Leur amitié avait évolué en alliance parce que c'était le schéma de vie le plus simple. Elle s'était trompée sur toute la ligne.
Et puis de derrière son ouvrage la voix de Briséis s'éleva, témoignant d'une sagesse que Nerys lui connaissait peu :
- Mais je pense qu'on a toujours le choix Nerys.
Toujours le choix oui... Mais à quel prix ?
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Nerys était perdue dans ses pensées, observant le petit Potter s'agiter au milieu d'une tête rousse et d'une tignasse épaisse. Le survivant était affreusement banal : ni séduisant, ni repoussant. Elle entendait parfois dans les couloirs les filles se pavaner à son passage ou murmurer des théories sur son genre de filles. L'année passée, quand il s'était montré au bal en présence de Parvati Patil, elles avaient été nombreuses à être jalouses. Parvati elle-même avait laissé tomber son partenaire au dernier moment pour préférer s'y rendre avec Potter, il était comme un trophée accrochée à son bras. Le choix de Potter n'était pas étonnant : Parvati Patil était sans conteste la plus jolie fille de leur année, si ce n'était de tout Poudlard. Même sa soeur, Padma, qui lui ressemblait pourtant comme deux gouttes d'eau, semblait dénuée de cet éclat de charme qui faisait toute la différence.
- Tu en pinces pour ce dégoûtant Potter ou quoi ?
La voix de Dylan, sans élégance et au ton sec, la ramena à la réalité. Il l'observait les sourcils froncés, n'ayant rien manqué de son observation. Elle se sentit idiote et en même temps soulagée de ne pas avoir laissé son regard dévier vers Fred Weasley. Il occupait toujours ses pensées mais il avait été mis au second plan l'espace de quelques jours compte-tenu de la révélation qui lui avait été faite. Mais Nerys sentait que plus les jours passaient, plus son esprit divaguait de nouveau vers lui. Elle avait un instant espéré que la nouvelle mortelle et sérieuse la remettrait sur le droit chemin et lui ferait oublier son désir idiot d'adolescente mais ce n'était pas le cas. Elle avait l'impression d'avoir le nom de Fred Weasley imprimé dans la peau : impossible de s'en détacher.
- Cesse de dire des balivernes Dylan, c'est comme ça que sont lancées les rumeurs.
Gale prenait sa défense bien sûr, comme toujours. Elle lui adressa un regard reconnaissant. Elle n'avait aucune envie de se lancer dans un discours pour justifier que non, elle n'en pinçait pas pour Potter, et entendre Dylan prétendre le contraire juste pour l'agacer. Ses manières et son humour étaient si différents des leurs qu'il donnait l'impression d'être issu d'un autre monde. Ces écarts de conduite ne le mettaient pourtant pas sur la touche, ce qui illustrait parfaitement la différence de traitement qui existait entre eux : Dylan était un homme, et un Rowle, ce qui justifiait un certain laxisme à son égard. Nerys était une femme, née Avery, et elle savait qu'à ce titre elle risquait davantage que lui en cas d'écart.
- Ce n'est pas mon comportement qui est sujet à rumeur, répondit Dylan vexé.
Nerys avait l'impression que l'attaque ne lui était pas directement destinée mais visait plutôt Gale. Ce dernier gardait un regard froid et une expression indéchiffrable mais Nerys devinait quel agacement la remarque de Dylan devait provoquer. Ses joues prirent une teinte rosée mais elle s'abstint de tout commentaire. Dylan avait raison après tout : la rumeur qui courait sur Adrian et elle (même si elle semblait s'être vite tassée) se fondait sur un geste déplacé qu'elle n'aurait jamais dû accepter. L'affection d'Adrian n'avait rien de déplacé mais ça, les autres ne pouvaient pas le savoir. Elle se devait se montrer plus prudente.
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L'agitation en cours de défense contre les forces du mal avait une raison complètement invraisemblable : Fiona Reed et Judith Greene semblaient être en pleine dispute et avaient refusé de s'asseoir côte à côté; Fiona avait donc pris place à côté de Angelina Johnson, ce qui avait contraint Lee Jordan à changer de place mais il avait refusé de s'asseoir près de Patricia Stimpson, ce qui avait contraint Constance Arrens à se dévouer et s'ensuivait une longue liste de places bousculées et de paires improbables. Nerys avait réussit à se glisser près de Briséis avant le mouvement de foule, mais Gale s'était retrouvé de force à côté de Lee Jordan. Ils étaient assis devant elles et Nerys s'amusait assez de la situation :
- Quel honneur de s'asseoir près de Gale Selwyn.
- Ton humour ne fait rire que toi, Jordan.
- Alors que toi tu es un vrai marrant. J'aimerais tellement que m'apprennes à être comme toi.
- Tu ne mérites même pas que je te parle.
Leur échange semblait sans fin puisque Lee Jordan ne cessait de vouloir embêter Gale Selwyn qui, malgré toute l'indifférence et le mépris qu'il tentait de manifester, ne résistait pas à la tentation de vouloir lui clouer le bec. Nerys avait conscience d'assister à un véritable combat de coqs qui n'aurait sans doute pas de vainqueur.
- Quelle bande d'idiots, commenta Briséis discrètement.
Nerys se garda de tout commentaire mais songea que Briséis était sans doute la plus piquante et fière de tous.
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Elle se tenait volontairement à l'écart de ses cinq camarades qui admiraient la paire de Niffleurs que Gobe-Planche avait récupéré. Les deux créatures étaient plus petites que la moyenne ce qui laissait penser que ce devait être des bébés, ou du moins pas des Niffleurs tout à fait adultes. Gobe-Planche les avait enfermés dans une petite cage remplie d'objets dorés et ils semblaient particulièrement heureux dans cet univers.
- Avant de commencer ce cours, j'aimerais vous informer que suite au retour du professeur Hagrid, je quitterai Poudlard dans deux semaines. Je l'ai tout de même informé du projet que nous avions en cours avec les Demiguises et il a accepté de poursuivre. Il n'y aura donc aucun changement pour vous.
Gobe-Planche n'alla pas plus loin dans ses explications mais Nerys croyait déceler une certaine déception dans son ton de voix, comme si elle regrettait de devoir partir. Son rôle de professeur avait l'air de lui plaire, ce n'était pas la première fois qu'elle faisait un remplacement au sein de Poudlard et Nerys songea qu'il était dommage de se priver d'un si bon élément au sein de l'équipe professorale. Rubeus Hagrid n'était pas méchant ni trop sévère pour être détesté mais sa conception toute personnelle du danger n'en faisait pas le professeur idéal aux yeux de Nerys.
Le professeur enchaîna en leur expliquant ce qui les attendait pour le cours du jour : ils devraient observer les Niffleurs, réaliser des croquis, et devraient lui rendre pour la semaine suivante un descriptif détaillé de la créature, comme si ils réalisaient un inventaire des créatures magiques. L'exercice s'annonçait compliqué. Mais ce n'était pas tout :
- Je vais vous demander de faire deux groupes de trois.
A ces mots Wendy Calloway sauta littéralement sur Olivia pour l'attirer près d'elle et de Callaghan. Visiblement son partenariat raté avec George Weasley l'avait définitivement vaccinée des jumeaux. Olivia adressa à Nerys un sourire vaguement confus, puis se retourna vers ses deux camarades. Nerys savait qu'elle ne portait pas spécialement Calloway dans son cœur mais elle était sans doute trop polie pour refuser une invitation qui semblait si sincère.
Et puis Nerys se retrouva confrontée à l'autre versant du problème : les jumeaux Weasley.
D'un pas hésitant elle se dirigea vers eux puisqu'ils seraient ses partenaires de travail de la semaine. La proximité de Fred lui réchauffait le cœur, mais celle de George lui donnait envie de prendre ses jambes à son cou. Comment le jumeau maléfique allait-il se comporter ? Elle les observa en approchant. Elle reconnaissait Fred encore plus facilement maintenant. Son regard était différent, sa posture était différente. Elle en venait même à se demander comment les gens pouvaient continuer à les confondre éternellement, si ce n'était par un soucis de facilité. Et puis, sans prévenir alors qu'elle arrivait à leur hauteur, George Weasley passa un bras affectueux autour de ses épaules.
- Quel bonheur de faire équipe avec toi.
Elle jeta un regard interrogateur à Fred qui s'esclaffa, et fit un mouvement d'épaule pour se dégager de la poigne de George.
- Je crois qu'elle t'as reconnu Georgie.
Évidemment, la blague préférée des jumeaux était de se faire passer l'un pour l'autre et ce n'était pas la première fois que Nerys en était victime. Lorsqu'ils étaient en troisième année, le professeur de défense contre les forces du mal avait imposé à Nerys Avery et George Weasley de travailler ensemble pendant une heure de cours. Nerys s'était pliée à la volonté professorale mais d'assez mauvaise foi, accueillant son camarade avec toute la froideur dont elle capable. Le rouquin s'était montré amusant, pas du tout vexé par son comportement distant, et même nettement trop à l'aise pour quelqu'un qu'elle ne connaissait pas. Elle avait été surprise et s'était finalement dit que George Weasley était un drôle de phénomène. Ce n'était qu'à la fin du cours que le rouquin s'était penché vers elle avec un sourire moqueur sur les lèvres : "je ne suis pas George". Fred Weasley avait subtilisé la place de son frère pour se moquer d'elle et cela l'avait assez vexée pour qu'elle soit déterminée à apprendre à les différencier.
Ce souvenir avait longtemps été désagréable pour elle, mais maintenant qu'elle connaissait mieux Fred, elle se sentait presque nostalgique en y repensant.
- Tu es pleine de surprises Avery, lui lança George.
Il semblait moins sur la défensive, sans doute rendu confiant et de bonne humeur grâce à la présence de son frère. Nerys prêtait à peine attention à lui, son regard perdu dans celui de Fred. Il avait son habituel demi-sourire si craquant, la lueur impérissable dans ses yeux, ses cheveux indisciplinés. Son estomac se contractait dans une sensation aussi douloureuse que délicieuse et son sang bouillonnait dans ses veines. Un instant ses pensées dévièrent pour rejoindre le pays de l'imagination et tout ce qu'elle aurait aimé partager avec lui. Heureusement la voix de George la ramena à la réalité.
- Comment tu arrives à faire la différence entre nous ?
Il la regardait d'un air à la fois curieux et moqueur, comme si il posait une question mais qu'il en avait déjà deviné la réponse. Nerys se sentit rougir. Savoir différencier les jumeaux Weasley n'était pas une compétence dont elle se sentait spécialement fière.
- Et bien Fred il a...
Elle se sentait complètement idiote et confuse, incapable de répondre à une question si simple car elle sentait que cela pourrait lui porter préjudice. Fred avait ces tâches de rousseur en forme de la constellation du lion sur la mâchoire et c'était le premier signe distinctif qu'elle avait vu entre eux mais elle craignait que George ne se moque d'elle et en vienne à la conclusion qu'elle avait procédé à un examen très détaillé de son frère.
- Peu importe Weasley, fit-elle finalement avec un geste de la main agacé.
Les apparences, toujours, et savoir jouer un rôle aidait à se sortir de nombreuses situations. D'un coup elle se montrait froide et méprisante et cela devrait suffire à éloigner les questions gênantes. Et en effet, George Weasley resta silencieux.
Le reste du cours se passa presque en silence, ils ne discutaient que pour les besoins du cours, mais Nerys sentait peser sur elle le regard inquisiteur de Fred. Elle se concentra de toutes ses forces pour ne pas regarder dans sa direction et ne pas se laisser aller, une nouvelle fois, à des pensées inavouables.
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Nerys poussa la porte avec le cœur rempli d'appréhension. La petite note d'Ombrage, qui lui était parvenue par l'intermédiaire de Pansy Parkinson, lui avait fait l'effet d'une douche froide : "Miss Avery, je désire vous rencontrez à mon bureau ce soir, à 19h" avait indiqué Ombrage de son écriture délicate. Nerys n'avait aucune envie de se retrouver face à elle une nouvelle fois mais elle n'avait pas le choix. Il lui semblait qu'elle ne devait pas se mettre Ombrage à dos et que l'ignorer ne lui attirerait que des problèmes.
- Miss Avery, la salua Ombrage lorsqu'elle poussa la porte.
Son air était plus sévère qu'à l'ordinaire et Nerys su qu'elle l'avait contrarié. Elle ne s'était pas manifesté et ce silence était son erreur.
- Je pensais vous revoir plus tôt dans mon bureau, lui indiqua Ombrage en l'invitant à s'asseoir d'un geste de la main.
Nerys tira la chaise et s'y installa, essayant de se donner une allure confortable alors qu'elle était terriblement mal à l'aise. Elle avait le drôle de pressentiment que l'entrevue allait se terminer en interrogatoire.
- Je suis désolée professeur, je n'avais rien d'intéressant à vous révéler. Mes recherches ont été vaines malgré mes efforts. Je n'attire pas la confiance de la majorité ici.
Nerys savait qu'elle mentait très bien, c'était l'une des premières choses qu'elle avait appris à faire. Effectivement elle n'avait pas grand chose à raconter, mais simplement car ses recherches avaient été extrêmement limitées. Elle n'avait pas eu envie de jouer le rôle d'agent double pour le compte d'Ombrage et elle pensait pouvoir s'en tirer à bon compte mais elle s'était trompée ! Ombrage était aussi plus douée qu'il n'y paraissait avec son sourire faussement enjôleur. Nerys sentait que les choses tournaient en sa défaveur et que le mécontentement d'Ombrage risquait d'avoir des conséquences.
- Peut-être vos recherches ont-elles été mal dirigées Miss Avery. Je n'aimerais pas imaginer que Fred Weasley a une mauvaise influence sur vous. Imaginez ce que tout le monde en penserait !
Elle était perfide, malsaine, et très douée pour lancer des menaces dissimulées. Nerys sentait l'appréhension gagner son cœur. Ombrage n'oserait tout de même pas lancer des ragots à son sujet, comme une élève frustrée ? Difficile de dire jusqu'où elle était prête à aller pour contre-carrer Potter.
Elle était prise de panique, elle avait envie de fuir. Mais Ombrage n'en n'avait pas fini avec elle. Nerys réalisait maintenant que Ombrage n'était pas une petite femme idiote à la loyauté disproportionnée. Elle l'avait sous-estimée; la défaite était inévitable.
- Un peu de thé ?
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- Tu fais encore équipe avec les Weasley ?
La voix de Gale était sèche, et Nerys sentait la désapprobation émaner de tout son corps. Il n'aimait pas quand elle se mettait à fréquenter d'autres personnes à la classe moins digne. Elle l'avait déjà entendu faire une ou deux remarques sur Olivia ou Finn pendant les dîners mais elle avait préféré les ignorer plutôt que de se lancer dans un débat sans fin avec lui. Nerys était une fille bien élevée et elle ne voyait pas où était le mal à sympathiser un peu avec des sang-mêlés. Ce n'était pas comme si Finn et Olivia étaient subitement devenus ses meilleurs amis... Elle avait le droit de s'entendre avec d'autres camarades de classe ! Même Fred Weasley après tout ! Ca n'enlevait rien à sa dignité et elle savait que ces relations seraient de l'histoire ancienne une fois Poudlard laissé derrière. Gale ne pouvait pas lui reprocher de vouloir profiter plus sereinement de sa dernière année avant d'affronter le monde impitoyable de la vie d'adulte... Mais si, il le lui reprochait.
- Tu devrais faire attention à tes fréquentations, à force ils vont te prendre pour l'amie des moldus.
Son ton était courtois et ses paroles polies mais l'insulte masquée n'échappa pas à Nerys. "Être l'amie des moldus" était la pire chose qui pouvait arriver à sa réputation. Les sang-purs tenaient à la supériorité que leur donnait leurs arbres généalogiques et aucun d'entre eux n'aurait aimé être vu comme l'ami des moldus. Si l'un d'entre eux avait osé avoir de telles relations, il aurait été mis de côté et oublié. Il n'aurait plus fait parti de leur cercle et de leur univers. Gale essayait donc de lui faire comprendre qu'elle était sur la pente descendante mais Nerys n'était pas de son avis. Le travail scolaire la protégeait, ses actions (dans une certaine mesure) n'auraient pas d'incidence sur sa vie extérieure.
- N'exagère pas Gale, c'est juste un devoir, je n'avais pas le choix...
Nerys coula un regard en direction de Briséis pour tenter d'avoir son soutien. Cette dernière était occupée à faire les mots croisés magiques de son exemplaire de la Gazette du jour, sans participer à la conversation. Leurs regards se croisèrent mais Briséis se contenta de hausser les épaules dans un signe d'impuissance et de désintérêt. Elle n'avait sans doute pas envie de se prendre le bec avec Gale.
- De toutes façons je dois y aller. On travaille juste une soirée et après c'est terminé.
Elle tentait de rassurer Gale mais savait que c'était en vain : il était toujours inquiet pour elle et ses amis, qu'ils fassent le moindre pas de travers. Nerys se demandait parfois ce qui arriverait si l'un d'eux agissait honteusement; la réponse était toujours la même : Gale se détournerait de la dite personne et continuerait son chemin sans aucun scrupule. Nerys l'adorait mais elle savait que le pardon ne faisait pas parti de ses qualités. Elle ne devait jamais le décevoir, au risque d'en souffrir.
Elle rassembla ses affaires dans son sac en silence, et se dirigea vers la sortie.
Dix minutes plus tard elle arrivait à la bibliothèque. Le samedi soir n'était pas le soir préféré des élèves pour travailler. Elle-même avait été étonnée lorsqu'elle avait reçu la missive de Fred (transmise par Angelina, qui l'avait passé à Finn, qui l'avait passé à Adrian, qui lui avait donné) qui lui indiquait ce rendez-vous pour travailler sur le devoir de Soins. Les jumeaux n'avaient jamais semblés très soucieux de leurs études et Nerys s'imaginait déjà faire la plus grosse part du travail seule. Le petit mot l'avait réconfortée. Elle était même contente d'avoir l'occasion d'être avec Fred dans un autre endroit que le parc sombre. Ils s'ignoraient le reste du temps, s'échangeant parfois des regards mais rien de plus. Ces derniers jours elle avait été distraite, préoccupée par une affaire plus importante, mais Fred Weasley avait de nouveau fait son entrée dans ses pensées.
La bibliothèque était, sans surprise, presque vide lorsque Nerys s'y glissa. Une petite table était occupée par trois Serdaigles, une autre par la petite Granger, et une plus grande rassemblait presque tous les Poufsouffles de son année, dont Olivia. Cette dernière lui adressa un sourire en la reconnaissant, auquel Nerys répondit avec joie. Sa relation avec la petite Poufsouffle était simple et douce, et Nerys était contente de pouvoir côtoyer une personne différente de son cercle habituel.
Et puis il était finalement là, dans un coin, installé à la la table la plus éloignée de l'entrée. Assis avec nonchalance sur sa chaise, le coude négligemment posé sur la table, il attendait sa venue. Le charme qu'il dégageait la frappa en pleine poitrine, et elle se demanda comment elle n'avait pas pu remarquer avant à quel point il était séduisant. Son regard la faisait fondre, ses mains qu'elle savait chaudes lui donnait le tournis. Elle sentait son cœur battre dans sa poitrine à une vitesse irréelle, son estomac se lancer dans des saut périlleux invraisemblables et son sang bouillonner en elle comme si une éruption s'annonçait. Elle était, heureusement, habituée à se maîtriser.
- Salut, dit-elle maladroitement en prenant place à côté de lui.
Leur proximité la mettait mal à l'aise par la tentation qu'il représentait. Elle réalisa que faire équipe avec Fred Weasley était peut-être dangereux pour elle. Elle savait qu'elle ne devait pas céder, que c'était mal, que Fred représentait tout ce qu'elle n'avait pas le droit de désirer, mais parfois la frontière lui semblait bien floue et elle ne comprenait plus pourquoi elle ne devait pas se laisser aller. Le désir n'influençait-il pas sa raison ? Elle ne devait pas se laisser faire !
Fred semblait loin de toutes ces considérations.
- George ne viendra pas, il avait mieux à faire.
Il semblait détendu, presque indifférent. Le cœur de Nerys se serra. Fred n'était sûrement pas aussi tourmenté qu'elle, parce qu'il n'était sans doute pas habité par le même désir. La déception était si vive, comme un coup de poignard dans le cœur, qu'elle dû se retenir de ne pas prendre la fuite.
Le désir était compliqué à gérer, mais la tristesse elle y était plus habituée. Il fut facile de composer un visage de circonstances et un sourire poli.
- Mieux à faire, vraiment ? Demanda t-elle.
Elle n'était pas surprise par l'absence de George Weasley, elle en était même presque soulagée. Elle ne l'appréciait pas, et il ne l'appréciait pas non plus. Le seul avantage à sa présence c'est que ses pensées étaient moins dirigées vers Fred.
- Tout à fait. Nous menons un projet révolutionnaire.
- Comment ça ?
Fred se pencha vers elle avec un air conspirateur, mais par réflexe Nerys recula immédiatement. Sa proximité était trop dangereuse, trop tentante.
Sa réaction vive sembla le surprendre mais il ne fit aucun commentaire. Nerys se sentit rougir de gêne. Il ne devait pas comprendre ce qu'elle voulait, entre un baiser volé, et un réflexe distant; mais il était trop gentil pour le lui faire remarquer. Il sortit de sa poche un petit bonbon violet, d'apparence inoffensive. Voulait-il l'amadouer en lui proposant des sucreries ?
- C'est un secret, précisa t-il.
Elle acquiesça pour lui signifier qu'elle ne dirait rien. Dans son univers, ils étaient maîtres pour garder les secrets.
- Je te présente le bonbon évanouissement. Bon, le nom n'est pas encore défini, c'est notre dernière invention. Si tu l'avales, un évanouissement garanti pour une durée de quelques secondes, une bonne excuse pour manquer un cours !
Elle eut un sourire mi moqueur-mi attendri. Évidemment l'idée de ne la surprenait pas. Les jumeaux n'étaient pas connus pour leur assiduité exemplaire, loin de là. Qu'ils aient mis leur talent au service de la farce et de la flemme était sans surprise. La création d'un tel bonbon nécessitait des connaissances et des compétences qui n'avaient rien de scolaires et avaient sans aucun doute été développées ailleurs, ce qui prouvait leur potentiel. Ce projet expliquait en outre beaucoup de choses. Les professeurs n'avaient qu'à bien se tenir !
- Je n'ai pas trop envie de servir de cobaye, mais merci. C'est une idée intéressante.
Elle attrapa le bonbon et le fourra dans sa poche.
- Nous sommes toujours les premiers cobayes, c'est sans danger ! Bon, que fait-on pour les bébés Niffleurs ?
Ils passèrent ensuite près d'une heure à discuter et travailler sur leur devoir de Soins. Nerys s'étonna de son implication et de son sérieux. Les jumeaux Weasley n'étaient pas connus pour être de grands travailleurs et on les imaginait plus volontiers se défiler face à une tâche pareille. Mais Fred faisait l'effort de s'impliquer et elle en était touchée.
Lorsqu'il était concentré dans la lecture d'un ouvrage, elle se risquait parfois à un regard dans sa direction. Elle essayait de ne pas le fixer plus de quelques secondes même si la tentation était grande. Fred Weasley avait si peu souvent cet air sérieux que cela le rendait encore plus terriblement craquant. Nerys avait l'impression d'assister à un spectacle rare qu'elle aurait aimé pouvoir observer aussi longuement qu'elle le souhaitait. Mais la bienséance lui interdisait de s'attarder trop longtemps dans l'observation.
Dans sa poche elle ne cessait de tripoter le bonbon qu'il lui avait offert, comme un talisman. Elle était contente d'avoir été mise dans la confidence. A défaut de déclencher du désir chez Fred, elle avait au moins sa confiance. Peut-être pourrait-elle s'en contenter.
Ils avancèrent à bon rythme sur le devoir et, au bout d'un moment, Nerys songea qu'une simple rédaction serait nécessaire pour remettre tout en forme. George et Fred ayant fourni les croquis les plus intéressants, elle s'y collerait sans problème. Ils finirent pile au moment du couvre-feu. Les élèves commencèrent à rassembler leurs affaires et à se lever dans un même mouvement. Olivia leur adressa un petit signe de la main en prenant la sortie avec ses amis. Nerys répondit avec un grand sourire.
- C'est une chouette fille, commenta Fred alors qu'ils se dirigeaient ensemble vers la sortie.
Nerys acquiesça. Olivia Jones était sans aucun doute la fille la plus gentille qu'elle connaissait.
Et puis en sortant de la bibliothèque il y eut la douche froide : Gale l'attendait dans le couloir.
Son regard glissa sur elle puis s'attarda sur Fred. Son visage inexpressif était une véritable torture, elle aurait aimé comprendre quelles pensées se dessinaient dans son esprit mais rien n'était lisible. Pourtant le sourire de Fred et sa propre mine réjouie avait de quoi créer des dégâts : Nerys était prise sur le fait en train de sympathiser avec Fred Weasley. Les autres élèves étaient déjà loin dans le couloir.
- Qu'est-ce que tu fais encore là Weasley ?
Gale venait de déclencher les hostilités, sans trop de surprise finalement. Nerys savait que sa proximité évidente avec Fred devait créer de la colère chez lui, et de la déception. Elle ne pouvait rien lire dans son expression de visage, mais il était facile de deviner. Elle espérait naïvement que Fred esquiverait mais c'était mal connaître l'orgueil des Gryffondors.
- On discutait.
Il répondait avec nonchalance et détachement mais elle le connaissait maintenant assez pour déceler l'air froid dans sa voix. Gale détestait les jumeaux, elle le savait, et elle savait aussi que c'était réciproque. Son meilleur ami n'était pas beaucoup apprécié en dehors du petit cercle des Serpentards, il était jugé arrogant et sans pitié. Le portait était réaliste, mais il oubliait de mentionner les qualités certaines de Gale.
- Avec Nerys ? Je ne crois pas.
- Parce que tu décides pour elle ? Répondit Fred avec provocation.
Il n'aimait pas le ton de Gale et son air supérieur. Fred avait raison d'une certaine façon, ce n'était pas à Gale de décider pour elle. Mais la situation était plus complexe que ça : Gale ne faisait que prononcer la règle universelle qu'elle devait suivre, sous peine de subir des conséquences désastreuses. Il ne décidait pas pour elle, il lui rappelait les règles de leur univers si bien cadré. Un sang-pur ne fraternise pas avec un traitre-à-son-sang, c'est l'ennemi. Et Gale attendait bien sûr qu'elle le soutienne, mais Fred aussi.
Elle se sentit rougir, incapable de savoir quoi dire pendant quelques secondes.
Il y avait Gale et la confiance qu'il mettait en elle, en sa capacité à ne pas se mêler au bas-peuple, en son désir de toujours bien faire. Et il y avait Fred, qui ne la connaissait pas vraiment, qui semblait s'amuser de la situation sans vraiment s'y sentir impliqué. Il n'était pas si difficile de faire un choix après tout.
- Ce n'est pas parce qu'on fait un devoir ensemble qu'on discute Weasley, annonça t-elle le plus diplomatiquement possible.
Elle voulait prendre le parti de Gale sans tout à fait vexer Fred. Mais, avec cette remarque, elle reprenait ce personnage de petite héritière parfaite que rien ne venait perturber. Ce fut donc sans surprise que le visage de Fred traduisit sa déception et sa rancœur. Le rejet de Nerys ne lui plaisait pas, et ce n'était pas la première fois. Nerys sentit une boule dans son estomac se former, brûlante, dévorante, destructrice. Mais sa raison était trop forte pour flancher; il y avait eu les menaces d'Ombrage et maintenant l'ombre de Gale. Se passer d'une nouvelle amitié ne serait sûrement pas si compliquée...
- Ne t'inquiètes pas Avery, je ne risque plus de t'embêter. Vous faites une charmante paire tous les deux, lança t-il ironiquement.
Et il s'éloigna, la laissant seule dans le couloir avec Gale. Elle se tourna vers lui. Elle craignait qu'il n'ait compris ce qui se passait réellement, qu'il ait ressentit le désir qu'elle pouvait avoir pour cet idiot de rouquin et sa gêne face à la situation. Mais Gale était véritablement insondable. Il la fixait de ses yeux sombres sans manifester la moindre émotion. Que pensait-il ? Que savait-il ? Elle ne pouvait pas lui poser la question.
- Je ne veux plus que tu parles à Weasley, jamais.
La sentence tomba, irrévocable.
L'ordre de Gale n'appelait pas à la protestation. Nerys savait qu'elle n'avait pas le droit de lui répondre et de se défendre. Il avait raison après tout. Fred Weasley n'était pas fréquentable, et le fréquenter ne lui apporterait rien de bon. Elle avait vécu dix-sept années de perfection sans jamais se poser de questions, et c'était sa seule présence à lui qui avait bousculé son univers si parfaitement cadré. Ils n'étaient pas vraiment amis, au mieux de bons camarades, alors ça ne devrait pas être si difficile de se passer de sa présence.
La solution à ses problèmes était donc toute trouvée : adieu Fred Weasley.
