Edward était tellement préoccupé ces temps-ci par ses équations et ses calculs pour trouver une solution qu'il avait perdu le compte des heures. Il s'acharnait tellement sur ces chiffres qu'il en s'était pas aperçu que le soleil s'était couché depuis bien longtemps déjà. Ce n'est que lorsque la porte de l'entrée claqua qu'il se rendit compte qu'il était vraiment tard. Il entendit Clara monter les escaliers, ouvrir la porte de sa chambre et se lover contre lui sur le lit, le poussant contre le mur pour lui laisser de la place. Elle déposa un baiser sur son front.

"-Hello! Tout va bien?

-Humhum... Tiens j'ai pris un truc pour toi cet après-midi, c'est sur le bureau.

-Pour moi?"

Elle vit la petite boite noire attachée avec de la ficelle et la défit délicatement. Elle se retrouva face à un anneau simple en argent. Elle resta figée devant la beauté du bijou. Elle la retourna et vit son nom gravé à l'intérieur.

"-Hey, ça va?

-Edo.. Elle est vraiment magnifique!

-Bah c'est rien... Comme on a pas beaucoup d'argent en ce moment, j'ai pas pu t'offrir mieux... Et puis elle est très simple, j'avais peur qu'elle ne te plaise pas...

-Je la trouve vraiment très belle, merci mon Edo!!!"

Elle se précipita vers le lit et le serra dans ses bras. Il lui passa délicatement la bague à l'index gauche.

"-C'est toi qui es superbe en la portant... Alors? Ta « promenade » a été bonne?"

Le visage de la jeune fille perdit immédiatemment son sourire.

"-Hey ça va? Ça s'est mal passé?

-Un peu difficile... Il y avait beaucoup de gens dans les rues aujourd'hui... Et certains désagréables.

-Désagréables? Ils ne t'ont pas fait du mal au moins?

-Non, ne t'inquiète pas. Tout va mieux maintenant, je suis près de toi..."

À cet instant, elle se leva précipitemment et quitta la pièce, une main sur la bouche. Très surpris par ce reviremment soudain, il se leva aussi et l'entendit tousser avec force dans la salle de bain.

"-Clara??

-Oui, je kof.. je suis là...

-Tout va bien?

-Oui, ne.. ne t'inquiète pas, ça passe, c'est juste kofkof une petite toux de rien du tout...

-Bon... Je retourne dans la chambre, rejoins-moi quand tu te sentiras mieux...

-Oui, ne t'inquiète pas, je kofkof te rejoins de suite."

Livide et à genoux devant le lavabo qui arborait une inquiétante trainée rouge, Clara laissa couler un peu d'eau pour nettoyer et s'en passa sur le visage. Cette fois-ci, ça avait été une crise violente, plus violente que les autres. Ce qui l'inquiétait, c'est que les crises semblaient se rapprocher, elle en avait déjà eu une sur le chemin de retour il y a deux jours et elle n'avait pu le cacher que de justesse à Edward cette fois-ci. Quand allait se déclarer la prochaine? Comment réagirait-il s'il le savait? Elle était sûre qu'il se ferait un sang d'encre, convaincu que ses promenades étaient néfastes pour elle et l'empêcherait de sortir. Pour cette seule dernière raison, elle refusa de lui en parler avant d'y être réellement obligée. Perdre son travail et retourner à cette prison qu'était l'appartement, elle ne pouvait pas le supporter.

La douleur irridiait encore ses poumons, ça la brûlait horriblement. Elle sentait comme un feu qui la rongeait de l'intérieur. Elle but un peu d'eau, espérant que ça calmerait un peu, mais sa gorge lui faisait vraiment mal à force de tousser et eu du mal à déglutir. Elle sentait que ses poumons s'enflammaient à peine elle toussait un peu.

Dans un flash elle se vit dans une grande pièce entièrement lambrissée de bois. Le sol de la salle était défoncée et il lui semblait qu'elle était tenue violemment par les cheveux. « Je peux la manger? ». C'était un homme énorme au crâne rasé qui avait parlé. Les yeux horrifiés, elle tournait la tête de tous les côtés, cherchant un échapatoire. Deux femmes en robe noire étaient présentes, un enfant la tenait par les cheveux. Elle se sentait traîner devant une femme au centre de la pièce. Et elle le vit. Ce sourire narquois qu'elle n'arrêtait pas de voir dans ses rêves. Puis le visage qui entourait ce sourire. Une femme, les cheveux courts, noirs de jais. Elle semblait lui parler. Les seuls mots qu'elle put se rappeller étaient « voyageurs » et « soir ».

Elle savait qu'il s'agissait de ses souvenirs et essaya de forcer sa mémoire. Et elle vit l'immense Porte noire. Elle ressentit la terreur, elle voulait s'enfuir de cet endroit, échapper à ces choses noires qui voulaient l'attraper. Finalement, elles réussirent à l'entourer et la précipitèrent dans l'embrasure, face à cette multitude d'yeux et surtout ce grand oeil violet terrifiant. Le rire de cette horrible femme ricocha dans sa tête.

Elle revint alors à la réalité, haletante. Il lui avait semblé qu'elle rattrapait ses souvenirs au fur et à mesure des crises. Plus elles s'intensifiaient, plus elle se rapellait. Cela voulait-il dire que la Porte lui accordait ces souvenirs que parce qu'elle allait devoir bientôt se retrouver à nouveau devant Elle? Plus elle y pensait, plus elle en était convaincue: quand elle se rappellerait de tout, elle devrait quitter ce monde. Elle attendit cinq minutes et vint rejoindre Edward dans sa chambre, priant que le reste de la soirée se déroule sans problème. Croisant le regard inquiet du jeune homme, elle lui sourit. Rien ne s'est passé, essaya t-elle de se convaincre. Ce n'était qu'un mauvais rêve. Il est là, je suis là, et rien ne compte plus.

Edward s'inquiétait un peu de cette réaction inhabituelle mais quand il vit le sourire de Clara, il se sentit rassuré. Elle l'embrassa et il sentit aussitôt les chiffres s'envoler de sa tête surchaufée. Cette nuit, il le savait, Clara n'irait pas dormir sur le canapé. Le sourire aux lèvres, content d'être près de la jeune fille, il s'abandonna dans les bras de Morphée, serrant Clara contre son coeur.

Il se réveilla au milieu de la nuit quand des pas gravirent les escaliers et la porte de l'autre côté du palier s'ouvrir. Avant de se rendormir, la tête nichée dans le creux de l'épaule de Clara, il se demandait ce que le vieux pouvait bien fabriquer en ce moment pour être aussi absent. C'était si étrange qu'il soit aussi peu présent, mais, comme au fond cet état de fait l'arrangeait, il ne s'en inquiéta pas plus que ça et se rendormit quelques minutes plus tard.

Quand elle arriva au « Zu Hermanns » le lendemain matin et qu'elle commença à travailler, elle eu la mauvaise surprise de retrouver Hans Schubert qui l'attendait, un sourire vicieux vissé aux lèvres. Elle endura les remarques désobligeantes et ses regards rempli de sous entendus gras pendant toute la journée, auxquels elle répondait invariablement avec une froideur très inhabituelle pour elle.

Quand elle eu fini le service, elle rentra directement « chez elle », passablement énervée pour ne pas dire furieuse. Dire qu'elle devait supporter ça! Cet exécrable personnage allait lui pourrir régulièrement chaque journée, elle le sentait. Alors qu'ils avaient fini de manger et qu'Edward était retourné dans sa chambre, Clara entendit toquer à la porte. Elle se demandait si Hohenheim-san avait oublié les clefs, ce n'était pas son genre. En tout cas si c'était lui, elle se ferait un plaisir de le voir, ils se voyaient si peu ces derniers temps... La porte s'ouvrit sur le visage dégoulinant de pluie de... Eric.

"-Eric? Mais maismaismais... Qu'est-ce que tu fais là? Et tu es trempé en plus? Rentre vite, tu vas attraper la mort!

-Merci beaucoup...

-Comment tu m'as trouvée?

-C'est monsieur Hermanns qui m'a donné ton adresse... Tu avais perdu ça, je me suis dis que ça devait t'inquiéter."

Ce faisant, il sortit de sa poche l'anneau d'argent qu'Edward lui avait offert hier au soir. Elle avait été tellement préoccupée et énervée par ce monsieur Schubert qu'elle avait du la perdre dans le vestiaire.

"-Mais c'est ma bague! Merci beaucoup, où l'as-tu trouvée?

-Elle a du tomber par terre quand tu as rangé ton uniforme dans ton casier. T'as pas du t'en rendre compte, mais comme j'étais de corvée de ménage je l'ai trouvée sur le sol et j'ai pensé te la rapporter.

-Mais tu aurais du attendre demain!"

Il rougit.

"-Ben.. je me suis dis que tu devais y tenir alors ben j'ai demandé au patron où tu logeais et puis ben voilà... J'ai du courir pour pas me faire tremper, il pleuvait dehors. J'y ai pas réussi on dirait...

-Tu ne veux vraiment pas rentrer?"

Il était toujours sur le seuil, regardant par dessus son épaule, fixant un point derrière elle.

"-Hein? Ah euh ben, je voudrais pas te déranger... Bon je vais m'en aller alors. Je suis content d'avoir pu te rendre ta bague, on se voit demain d'accord?

-... D'accord, à demain Eric."

Edward était descendu silencieusement des escaliers et avait observé toute la scène derrière le dos de Clara. Il avait voulu lui faire peur mais arrivé à la dernière marche de l'escalier, il avait entendu la fin de la conversation. Surtout le « on se voit demain, d'accord? » et sa réponse affirmative. Et le nom de cet inconnu : Eric.

Il avait vu l'étonnement dans le regard du jeune homme dégoulinant sur le seuil quand il avait croisé son regard vert dans le dos de Clara. Cela devait être pour cela qu'il s'était retiré si rapidement. Il ne pouvait pas en croire ses oreilles. Clara lui avait menti? Elle fréquentait quelqu'un d'autre? Non, ce n'était pas possible, ça ne pouvait PAS être possible. La jeune fille referma la porte et, se trouvant nez à nez avec lui, eut un mouvement de recul.

"-Edo! Tu m'as fait une de ces peurs!

-Qui c'était?

-Hein? De qui tu parles?

-Ne joue pas les victimes Clara, ça te va très mal. Je voudrais savoir qui est le type qui était devant toi y a peine une seconde. Celui qui vient de partir."

Le silence s'installa entre eux deux.

"-Clara s'il te plaît réponds-moi. Tu m'as menti?"

Elle détourna le regard. Il lui prit le menton dans sa main de fer pour rediriger son visage vers lui. Il répéta un peu plus fort en articulant bien toutes les syllabes:

"-Tu m'as menti???

-Arrête Edo, tu me fais mal!

-Il n'y a pas de « Edo » qui tienne! Dis-moi qui c'était!

-Je ne peux pas!

-Ah tu ne peux pas? Et ben je vais quand même essayer de deviner: pendant ces soi-disantes « promenades » dans la ville, vous vous fréquentez c'est ça hein? Tu lui as dis aussi « Je t'aime »???

-C'est un ami!

-Un ami qui te rapporte mon cadeau? Un ami qui s'est trempé juste pour te rendre cette bague alors que vous pouviez vous revoir demain? Dis-moi franchement si tu l'as jetée dans la rue pour t'en débarrasser pour qu'il ne remarque pas que je t'aimais déjà!

-Lâche-moi!!!!

-Non!!!! Pas tant que je n'aurais pas de réponse!

-Tu ne comprends rien Edward! LÂCHE-MOI!!!!!

Elle le giffla. Elle avait crié tellement fort qu'il relâcha son étreinte, surpris, et elle réussi à s'échapper pour s'enfermer à clef dans la salle de bain.

Elle passa la soirée dans la pièce d'eau. Elle refusait de lui adresser la parole, même lorsqu'il tambourina à la porte et essaya de la forcer. Pour ne plus entendre les coups elle plaqua ses mains sur les oreilles. Elle ne comprenait pas pourquoi il s'était mis tellement en colère. Eric n'était qu'un simple ami, pourquoi il s'était emballé ainsi? Elle n'avait pas voulu lui dire qu'elle travaillait et qu'ils ne se fréquentait, elle et Eric, qu'en temps que collègues. C'était ça tout simplement. Quelqu'un avec qui elle s'entendait bien.

Elle ne voulait pas lui parler de son travail, elle avait prit la décision toute seule. Elle voulait garder cette marge de « liberté » qu'elle avait réussi à se procurer, une occupation qui lui permettait de donner un sens à sa vie en attendant d'être véritablement revenue chez elle. Mais à présent elle se rendit compte qu'elle aurait du lui en parler. Cela aurait sûrement calmé la colère et ils se seraient réconciliés. Elle était vraiment stupide, c'était elle la cause de cette dispute, elle et son stupide caractère. C'était à elle de s'excuser.

Edward ruminait d'amères pensées, assis en boule sur son lit dans un coin de la chambre. Il ne parvenait pas à croire réellement ce qui c'était passé. Elle l'avait trompé, elle aimait quelqu'un d'autre et chaque soir elle jouait une odieuse comédie. Il se sentait blessé en profondeur, comme si une bête furieuse avait lacéré son coeur pour en faire de la charpie. Chaque battement de son coeur dans la poitrine lui faisait mal, il lui semblait qu'à chaque sursaut il voulait s'échapper de sa poitrine. Il avait l'impression que son âme s'était vidée en quelques minutes, ne laissant que des cendres dans sa cage thoracique là où il y avait à peine quelques secondes, un coeur gonflé d'amour palpitait encore. Il avait mal, tellement mal.

Il revit dans un éclair la figure de son rival. Il essaya d'imaginer Clara courrant à sa rencontre dans les rues de la ville, pendant que de son côté il se démenait pour qu'ils puissent rentrer. Il souffrait de l'intérieur et la seule qui aurait pu l'apaiser, elle l'avait trahi. Il ne pouvait pas le lui pardonner. Il aurait voulu ne jamais avoir eu à la rencontrer.

Il entendit un faible grattement à la porte. Il refusa de bouger. Il ne voulait pas lui adresser la parole après ce qu'elle lui avait fait. Il s'imagina boucler sa valise et partir dans la minute, il ne voulait plus vivre sous le même toit qu'elle. Elle parla à travers la porte et il eut la furieuse envie de plaquer ses mains sur ses oreilles pour ne plus entendre sa voix, mais il écouta tout de même. Peut-être lui annonçait-elle qu'elle allait disparaître de sa vie.

"-Edward... Je sais que tu m'en veux à mort et je sais que tu dois souffrir de ton côté, c'est évident. Je l'accepte. Même si je m'excusais je me doute que tu t'en ficherais comme de l'an 40. Mais je ne suis pas là pour demander ton pardon, juste pour te donner des explications. Cet homme s'apelle Eric Close. Nous sommes collègues. Je t'ai dis que je partais me promener en ville depuis quelques temps, mais en réalité je travaille dans un café. J'ai pris la décision de travailler seule, pour ne pas me sentir coupable, ne pas avoir l'impression de vous encombrer, toi et Hohenheim-san. Je ne voulais pas être un poids pour vous, même si tu m'en assurais le contraire. Là-bas je me sentais enfin utile aux autres. La bague que Eric m'as rapporté a du glisser de mon doigt lorsque j'ai mis mon uniforme dans mon casier. Je ne m'en suis pas rendue compte.

Et je suis certaine que si Eric me l'as rapportée c'est juste parce qu'il devait se douter de la valeur et il pensait que je m'inquièterais beaucoup. Tout ce que je dis est la pure vérité, mais je te comprendrais parfaitement que tu ne le croies pas. Je voudrais que tu me pardonnes mais cette décision n'appartiens qu'à toi seul. J'attendrais ta décision et si tu souhaites que je parte, je m'y plierais. Je suis consciente que par mon obstination je t'ai fais beaucoup de mal. Mais sache que je n'aime que toi. Et que, sans doute, je n'aimerais que toi."

Le silence se fit. Son cerveau fonctionnait à plein régime et analysait les phrases qu'il venait d'entendre à toute vitesse. Elle ne l'avait pas trompé, elle n'aimait pas cet Eric. Elle travaillait dans un café, ils étaient collègues. Elle l'aimait. Son coeur ne lui fit plus mal. Chaque battement de coeur ne lui apportait plus aucune souffrance. Un grand calme avait fait place à la tempête de pensées qui l'habitait.

Comme dans un rêve, il se leva et ouvrit la porte pour y découvrir Clara, roulée en boule contre la cloison, des larmes ruisselant sur ses joues. Il s'accroupit près d'elle et lui releva le menton. Il voulait être sûr qu'elle éprouvait des sentiments pour lui.Quand il vit ses yeux, il comprit. La peine qu'il y lisait à l'intérieur était sincère et immense. Alors il l'entoura de ses deux bras et elle murmura à son oreille un « pardon » inlassable. Ils se levèrent tous les deux, rentrant dans la chambre. Alors qu'ils allaient s'endormir l'un contre l'autre, Edward lui demanda:

"-Tu sais, je n'ai pas tout à fait compris ta dernière phrase... Que-ce que ça veut dire « Sans doute je n'aimerais que toi » ?"

Il n'entendit pas la réponse, elle s'était déjà endormie. Quand il ferma les yeux à son tour, il ne vit pas les paupières de la jeune fille papillonner et une nouvelle larme naître dans ses yeux grands ouverts.