Updated le 07/08/11

Un énorme merci à Mordax6, My-Doctor-Who, Cap'tain Rily et ainsi que OrangeMetallique pour vos reviews !

Et, une petite dédicace à ma p'tite soeur Servane ! Elle est bien courageuse de me supporter, de lire par petit bout mes brouillons, de m'écouter lorsque je lui raconte mes intrigues afin de savoir si cela tient la route et de tenter - oui, tenter parce qu'elle trouve toujours que c'est bien- de critquer ce que j'écris. Je voudrais la remercier aussi de me harceler de texto pour exiger, de m'ordonner d'écrire la suite, le tout pour m'encourager lorsque j'ai quelques pannes d'inspirations ou un petit coup de déprime. Je lui fais de gros bisous !

Allez tout de go, la suite ! Chapitre 10 ! Bonne lecture !


Chapitre 10

Louve suivait le Docteur silencieusement, observant avec de grands yeux tout ce qu'il l'entourait. Le gallifréen lui avait décrit le Tardis, mais c'était bien au-delà de tout ce qu'elle avait bien pu imaginer. Un pied à peine posé à l'intérieur du vaisseau, elle avait senti une légère brise la frôler avant qu'elle ne l'enveloppe dans une bulle d'une chaleur douce et enivrante. La jeune femme ne pouvait se l'expliquer, mais elle pensait avoir entendu des éclats de rires et des fredonnements d'une fillette que la brise portait jusqu'au creux de son oreille. Elle s'était sentie immédiatement bien à l'intérieur, le Tardis lui était comme une présence familière et rassurante. Le Docteur la guidait dans un dédale de couloirs et d'escaliers, un immense sourire aux lèvres. Il ne cessait de se retourner vers elle pour constater qu'elle était bien là. Finalement, elle lui avait pris la main pour le rassurer de sa présence. Louve ne l'avait jamais senti si léger. Il semblait presque sautiller.

Le gallifréen tourna sur sa droite et déboucha dans un petit couloir sans issue. Il s'arrêta. Il semblait hésiter tout à coup. Louve le sut tout de suite à la manière qu'il avait de se passer la main sur la nuque. Elle lui lâcha soudainement la main et s'avança vers une porte. Elle passa la main dessus et sous ses doigts elle sentit des reliefs. Elle les chercha du regard. C'était tout petit, juste au-dessus de la poignée. Une rose y avait été gravée. Elle sourit. Elle savait ce qu'était la pièce. Le Docteur se rapprocha de la jeune femme en voyant qu'elle venait de découvrir l'inscription sur la porte.

Normalement, les chambres de ses compagnons se trouvaient dans le précédent couloir. Il partageait volontiers le Tardis avec eux, sauf cette partie là. Elle n'était réservée qu'à lui. Ses compagnons pouvaient aller et venir à leur guise dans le vaisseau à part ici. C'était là que se situait sa chambre. C'était là, où il pouvait se réfugier quand il avait besoin d'être seul. Un lieu paisible qui n'appartenait qu'à lui. Il n'avait jamais permis à quiconque d'y poser un orteil. Mais avec Rose, cela avait été différent. Cela avait toujours été différent. Dès leur premier regard, dès le premier mot échangé, dès qu'il lui avait pris la main... Tout avait été différent.

Ce fut avec un énorme soulagement qu'il avait reçu le sac de la jeune femme dans les bras, alors qu'elle lui disait qu'elle ne comptait pas le lâcher de si tôt, au moment de repartir de la Terre, après leurs petits ennuis avec les Slitheens. A partir de ce moment là, il avait fallu qu'elle ait un lieu à elle dans le Tardis. Une pièce qu'elle pourrait investir complètement. Et, il ne sut trop comment, mais mût par un besoin irrépressible de l'avoir toujours plus prés de lui, il lui avait attribué la chambre en face de la sienne. Elle avait été la toute première à fouler le sol de ce couloir, comme le fait de pénétrer dans sa chambre. Parce que contrairement aux autres de ses compagnons, cela ne lui gênait pas de partager avec Rose ce lieu, qu'elle investisse totalement le Tardis. Parce que tout ce qui lui appartenait, lui appartenait aussi à elle.

Après la disparition de la jeune femme, il avait ouvert la porte puis embrassé du regard sa chambre, notant des détails sans importance, comme le livre de partition qu'elle étudiait, une robe -achetée sur un marché qu'ils venaient de faire- posée sur un bras du fauteuil... Tout un tas de détails qui faisaient que c'était Rose, notamment ce léger désordre qu'elle tentait de lui camoufler par divers moyens de sa penderie. Et puis, comme d'un commun accord avec le Tardis, il avait scellé la porte pour toujours, en se disant qu'il n'aura plus jamais l'occasion de débarquer dans sa chambre afin de la sortir du lit, où à celle de venir tout simplement la rejoindre pour discuter avec elle. L'inscription sur la porte venait d'un caprice du Tardis. Elle avait voulu marquer à sa manière le passage de la jeune femme mais aussi pour signifier que cette pièce n'appartiendrait qu'à une seule personne. Elle gardait jalousement la chambre de toute tentative d'intrusion. Elle n'aurait d'ailleurs en aucun cas permis que quelqu'un d'autre -même lui, c'est dire- que Rose y pose un pied.

Le Docteur aurait pu vider la pièce, mais cela aurait été trop douloureux. Et puis pour quoi faire ? Pour tenter désespérément d'effacer toutes les traces que Rose avait laissé dans le Tardis ? Même lui n'y croyait pas. La donner à un autre de ses compagnons ? Impossible. Cette pièce appartenait à Rose et le demeurerait. Elle n'était et ne serait à personne d'autre. La chambre était devenue comme une sorte de sanctuaire. Un lieu dédié à sa mémoire. A la seule et unique personne qui l'avait marqué à vif et qui s'était imprimée dans sa chair. A celle qui avait fait bien plus finalement d'être qu'une simple compagne.

Alors quand, il avait refermé la porte de la chambre de la jeune femme, il avait cru que cela aurait pu l'aider à tourner la page, clore définitivement le chapitre « Rose » de sa vie. Mais on ne tournait pas une page d'une histoire, qui vous a pris au corps et que vous écriviez à deux avec félicité, si facilement comme on pouvait fermer une porte. Combien de fois avait-il eu l'envie d'ouvrir la porte avec ce fol espoir que la jeune femme se trouvait dans sa chambre ? Et que tout ce qu'il avait vécu n'était qu'un simple cauchemar ? Tant de fois... De trop nombreuse fois...

- C'était ma chambre ? Demanda t-elle.

- C'est toujours votre chambre.

Louve fut surprise de l'entendre. Toujours. C'était étrange de l'entendre. Surtout de la bouche d'un homme tel que lui. Mais elle en comprit la raison. Il n'avait tout simplement pas pu s'y résoudre. La chambre était tout ce qu'il lui restait de Rose. La pièce était devenue une sorte de lien qui le reliait encore à elle.

- Je pensais que... Enfin... Bredouilla le Docteur. Mais il y a d'autres chambres. Je ne voudrais pas...

Elle sourit, attendrit de le voir mal à l'aise par cette attention. Elle comprenait ce qu'il voulait lui dire. Elle posa sa main sur son bras pour le rassurer. Alors qu'en elle, elle était loin de l'être. Elle appréhendait, sans réellement en connaître la raison. Elle avait peur de ce qu'elle allait découvrir et de ce qu'elle pourrait ressentir. Elle allait découvrir par la chambre, par les objets, par l'ambiance qui était vraiment la jeune femme Rose. Elle allait faire connaissance avec elle-même. Ce n'était pas si courant, ce qui se passait. Il y a quelques jours, elle n'était qu'une pauvre gamine amnésique repêchée de la rue pour devenir une fille de bordel n'ayant aucun avenir devant elle. Et, aujourd'hui, elle se découvrait en une jeune femme du futur partageant la vie du Docteur et qui avait pu rêver à d'autres horizons.

- C'est gentil, mais ça va aller.

Louve sentit aussitôt le gallifréen s'apaiser. Il sortit de sa veste son tournevis sonique qu'il pointa sur la serrure. Il poussa lentement la porte qui s'ouvrit avec un petit grincement. Il alluma la lumière, puis s'effaça pour laisser passer la jeune femme. Louve avança timidement dans la pièce. Elle passa le seuil et ouvrit les yeux en grand qu'elle ne se rappelait pas d'avoir fermés. Elle embrassa la chambre du regard. Quelque chose qu'elle identifia rapidement comme une bouffée de soulagement l'assaillit.

La pièce lui semblait familière. Elle s'y reconnaissait en quelque sorte, parce que c'est comme cela qu'elle aurait pu l'emménager. Cela lui plaisait. Elle s'y sentait à l'aise. Elle aimait la couleur prune de la couette du lit au désordre qui y régnait joyeusement. Elle sourit. Elle avait l'étrange impression que Rose venait tout juste de quitter sa chambre. Il lui semblait que rien n'avait bougé et que la chambre était restée tel quel depuis la disparition de la jeune femme. Et qu'elle le serait restée encore pendant très longtemps ainsi ; du livre négligemment poser sur le lit à la robe placée sur le fauteuil.

Elle avança tout doucement dans la chambre laissant ses yeux vagabondés, pour tout voir, enregistrer chaque détail. Son regard fit le tour de la pièce et retournèrent rapidement sur l'étagère, qu'il y avait au-dessus du lit, où siégeaient pas moins d'une dizaine de cadres. Chacune des photographies représentait une personne de la vie de Rose. C'était très troublant. Elle voyait enfin les personnes que lui avait décrites le Docteur. Cette femme blonde avec qui Rose posait devait être sans doute Jackie. Elles riaient, heureuses, se couvrant mutuellement d'un regard affectueux. Elle n'avait pas l'air aussi terrible comme le lui avait décrit le gallifréen. A moins que ce soit le souvenir de la gifle qu'il avait reçu de sa part, qu'il le faisait ainsi parler d'elle. La première claque de sa vie, lui avait-il dit. Néanmoins, elle avait perçu l'affection qu'il portait vers Jackie.

Un autre cadre représentait Rose entourée de deux hommes. L'un brun, un sourire à faire fondre n'importe quel cœur de glace, l'air charmeur, sûrement le capitaine Jack Harkness, l'autre, grand à la veste de cuir, un beau sourire aussi mais qui semblait cacher beaucoup de secrets. Les deux hommes avaient un regard bienveillant sur elle mais celui à la veste de cuir avait quelque chose en plus. C'était un regard caressant, chaud, tendre, qui brillait avec intensité, celui du gallifréen. Elle comprit que c'était l'ancien Docteur, celui que Rose avait rencontré dans le magasin. Le premier Docteur qui avait laissé place à celui qu'elle connaissait aujourd'hui. Un homme aux multiples visages. Comment Rose avait pu faire la transition entre les deux ? Comment l'avait-elle vécu surtout ?

Louve laissa errer son regard sur les autres cadres et le fixa sur le dernier. Une bouffée de tendresse l'envahit à sa vue. Pour la jeune femme, cette photo représentait tout ce qui unissait le Docteur et Rose. Elle avait pris par le bras son compagnon. Comme sur la photo qu'il lui avait montré, ils riaient. Ils semblaient si heureux ensemble. Ils avaient l'air de rire sans cesse. Et leurs regards accrochés l'un à l'autre qui reflétaient la même chose. Une vague de chaleur la submergea. Elle aimait cette image, surtout ce qu'elle suscitait. Cette impression de complicité, de tendresse et d'admiration qu'ils se portaient l'un à l'autre. Mais surtout ce qui ressemblait à un amour profond et éternel qui s'en dégageait.

Louve se retourna vers le Docteur. Il était resté sur le seuil. Il semblait hésiter à entrer. Avait-il peur de ce qu'il pourrait ressentir ? Elle lui tendit la main pour lui demander de la rejoindre. Elle voulait qu'il soit à ses côtés. Elle ne voulait plus être éloignée de lui. Elle avait si froid quand elle n'était pas prés de lui, ou bien tout simplement quand elle n'était pas dans ses bras. Il la regardait avec beaucoup d'intensité, un mélange de joie et de douleur.

- Venez...

La jeune femme le vit fermer les yeux un instant. Il semblait perdu. Elle comprenait que pour lui c'était éprouvant comme situation. Il n'avait pas retrouvé sa Rose. C'était difficile pour lui parce qu'il voyait en elle Rose et non Louve, celle qu'elle était en ce moment. Ça l'était d'autant plus difficile pour lui, qu'elle n'ait pas retrouvé la mémoire de sa compagne. Qu'elle ne se rappelle pas de lui et de ce qu'ils avaient partagé ensemble. Elle savait ce qu'il ressentait. Elle était aussi perdue que lui.

Louve lui sourit pour l'encourager, la main toujours tendue vers lui. Il se passa une main sur le pantalon, agité. Puis, finalement sans doute après une lutte acharnée dans sa tête, il avança d'un pas avant de se stopper dans son élan. Il regarda, un peu effrayé, ce qu'il l'entourait. Ses épaules se soulevèrent quand il prit une grande inspiration. Il s'approcha précipitamment de la jeune femme et lui prit la main qu'elle lui offrait. Il eut un petit sourire craintif.

- La salle de bains est derrière la porte coulissante, fit-il en lui montrant du doigt. Vous avez vos affaires dans la penderie... Mais si vous ne trouvez rien qui vous convienne ou qui vous plaise, le Tardis possède une garde-robe. Il suffit de reprendre le couloir sur votre gauche, de continuez jusqu'à l'escalier, puis de...

La jeune femme l'observa. Il parlait rapidement et elle n'arrivait pas à le suivre. Il était troublé, et il s'emportait. Elle lâcha sa main et alla se blottir contre lui, en enroulant ses bras autour de sa taille. Il s'arrêta surprit dans un premier temps, puis il l'enlaça à son tour. Il se mit à la bercer tout doucement pendant un long moment.

- Je vais vous laissez prendre vos aises...

- Non... S'il vous plaît... Ne me laissez pas toute seule...

- J'ai plusieurs choses à faire... Mais ne vous inquiétez pas, vous n'êtes pas toute seule. Le Tardis veille sur vous.

- Vous allez revenir ? Lui demanda t-elle prise de panique.

- Aussitôt que j'ai fini. Je vous le promets.

Le Docteur se détacha d'elle. Rassurée, Louve lui sourit et l'observa fermer la porte derrière lui. Elle resta un instant immobile au milieu de la pièce. Elle ne savait pas par où commencer, alors qu'une sensation bizarre lui nouait l'estomac. Elle aurait voulu que le gallifréen reste avec elle. Cependant elle comprenait que s'il la laissait seule un moment, c'était pour lui laisser prendre ses marques et du temps pour qu'elle s'habitue à ce lieu. Il ne voulait pas la presser et elle lui en était reconnaissante. Elle sursauta en apercevant son reflet dans un miroir. Filiforme, un teint pâle et fatigué, ses cheveux blonds qui tombaient en cascade jusqu'au creux de ses reins. Elle n'avait pratiquement plus rien en commun avec Rose. Elle décida subitement de débuter par la salle de bains. Elle devait effacer les traces de ces derniers mois sur elle. Ce serait symbolique, mais elle en éprouvait le besoin pour passer à autre chose et retrouver celle qu'elle était.


Georges assit dans un de ses confortables fauteuils club, les jambes allongées sur un repose pied, lisait en toute tranquillité dans sa bibliothèque. Un feu flamboyait dans l'âtre réchauffant ses membres engourdit par le froid et la vieillesse. Il sourit lorsqu'il sentit une petite brise l'effleurer. Elle était accompagnée de reflets bleus et d'un son bien particulier. Il ne se retourna pas quand il entendit une porte s'ouvrir avec un grincement plus que mélodieux et unique dans l'Univers. Il savait qui était son visiteur.

- Une rumeur court en ville depuis quelques jours, s'exclama t-il. Elle dit qu'un étranger rôde dans les rues et qu'il passe toutes les nuits avec une fille de Madame. Certains notables de la ville commencent à le jalouser de leur prendre la jeune femme. Ne vous ayant pas revu depuis l'autre soir, Docteur, j'en ai déduis que cela ne pouvait être que vous.

Le vieil homme leva les yeux pour rencontrer le regard du gallifréen. Il souriait et ses yeux avaient retrouvé cette pétillante, cette intensité qu'il lui avait toujours connu. Il se passa les doigts dans les cheveux et s'appuya de son épaule sur la cheminée, avant d'enfoncer les mains dans les poches.

- Effectivement, c'était moi.

- Louve est alors bien votre compagne Rose...

Le Docteur acquiesça de la tête.

- Je suis heureux, déclara sincèrement le vieil homme, que vous l'ayez retrouvé malgré les douloureuses circonstances. Mais, je vous prie de me pardonner...

- Pourquoi ? Demanda surprit le Docteur.

- De vous avoir en quelque sorte sermonner l'autre soir. Je n'en avais aucun droit.

- Je l'avais mérité, Georges. Vous aviez raison. J'ai tendance à être impulsif, à agir sans réfléchir aux conséquences que peuvent avoir certains de mes actes.

Le Docteur rencontra le regard coupable de Georges avant qu'il ne baisse la tête.

- Et parce que j'ai un aveu à vous faire. J'étais là lorsque Madame a trouvé votre compagne. Nous venions tout juste de mettre fin à notre conversation. Elle attendait une cargaison qui devait arriver par un de mes bateaux depuis plusieurs jours. J'ai observé toute la scène de loin et puis en voyant que ses filles...

Il s'interrompit quelques secondes, fuyant toujours le regard du gallifréen, avant de reprendre.

- J'aurais dû savoir qu'elle était votre compagne perdue. Je ne l'aurais jamais laissé là-bas, si je l'avais su...

Le gallifréen avança vers son ami, et s'accroupit devant lui.

- Vous ne pouviez pas savoir que c'était elle, lui dit-il doucement en posant une main sur son bras. Vous ne connaissiez Rose que par mes descriptions. Alors cessez de vous sentir coupable...

Le Docteur respira profondément et observa un moment de silence avant de continuer sur sa lancée.

- Néanmoins, cela confirme ce que je pensais. Qu'en aucun cas, ce n'est qu'une simple coïncidence que Rose se soit retrouvée dans cette ville.

- Comment cela ? Fit le vieil homme intrigué.

Le visage du gallifréen s'assombrit et une pointe de douleur se mit à scintiller dans son regard.

- Je vous avais expliqué que Rose se retrouvait piégée dans un monde parallèle. Il n'y avait aucun moyen pour que je puisse ou qu'elle puisse traverser le mur. Autrefois, quand mon peuple était encore de cet Univers, les passages entres les différentes dimensions étaient possibles. Mais avec sa disparition, ils se sont fermés à jamais. C'est pour cette raison que je suis persuadé que Rose n'a pas pu traverser le mur seule, ou qu'elle ait trouvé un passage... Bien qu'elle soit capable de l'impossible, rajouta le gallifréen non sans une pointe de fierté. Quelqu'un ou quelque chose lui a permis de rejoindre cet Univers. Ce que je ne comprends pas, c'est comment a-t-elle pu se retrouver à cette époque au lieu de la sienne ?

- Vous en avez une idée ?

- Non. Ce dont je suis certain, c'est que quelque chose l'a guidé et l'a attiré ici. Parce qu'on savait que je la retrouverais ici par votre intermédiaire. Cette chose est sûrement la cause de l'amnésie de Rose, involontairement ou non.

- Je suis désolé.

- Ne le soyez pas. Je l'ai retrouvé, c'est l'essentiel. Même si elle ne se rappelle pas encore, je sais que je retrouvais ma Rose, très bientôt.

Georges sourit en entendant le Docteur dire que c'était « sa » Rose. Il y a quelques temps, il ne se serait jamais permis une telle familiarité. Et le vieil homme comprit qu'il n'avait pas l'attention de laisser filer cette deuxième chance avec sa compagne.

- Comment va la jeune femme ? Et surtout comment prend t-elle toute cette histoire ? S'inquiéta t-il.

- Difficile à dire, répondit le gallifréen en lâchant un soupir. Même si je lui ai apporté la preuve qu'elle est bien Rose Tyler. Elle ne l'a pas encore admis. Rose est une étrangère à elle-même.

Le Docteur se releva et le vieil homme l'observa prendre place dans l'autre fauteuil. Il se laissa tomber contre le dossier. La joie d'avoir à nouveau la jeune femme dans sa vie était entachée par le fait qu'elle ne se rappelle de rien, de lui, de tout ce qu'ils avaient pu vivre ensemble, mais principalement de ces sentiments qui les liaient profondément tous les deux. Le gallifréen avait de la peine, cela se sentait.

- Rose n'a pas voulu me suivre le premier soir, expliqua t-il. Je n'étais qu'un inconnu qui lui disait des choses qu'elle ne comprenait pas. Il a fallu que je regagne sa confiance. Cela a été long. Mais maintenant, elle est en sécurité. Elle est avec moi.

- J'en suis heureux pour vous, Docteur. Quoi que vous puissiez dire, vous aussi, vous avez droit au bonheur.

Le gallifréen ne rétorqua pas et se tourna vers le Tardis. Elle trônait fièrement au milieu de la bibliothèque. Elle aussi était heureuse de retrouver Rose. Elle étincelait comme jamais, sa couleur bleue avait repris son intensité d'antan. Comme lui, elle retrouvait une partie de son âme.

- Par contre, je m'interroge sur le fait Docteur, que vous n'êtes pas avec elle en ce moment. Elle a besoin de vous !

- Je voulais la laisser seule un moment, pour qu'elle puisse se rapproprier les lieux, notamment sa chambre.

- Allez la rejoindre ! Tonna Georges. Plutôt que de tenir compagnie à un vieillard comme moi !

- Vous ? Fit le aussi en se tournant vers son ami, un immense sourire aux lèvres. Que devrais-je dire ?

- Docteur ! Vous avez l'énergie de la jeunesse ! Et de l'amour qui rajeunirait n'importe quel homme ! Alors foutez-moi le camp !

Sur ces mots les deux hommes se levèrent de leurs sièges. Le Docteur d'un bond alors que Georges le fit en prenant appui sur les bras de son fauteuil avec lui le poids de son âge sur ses épaules. Le vieil homme jeta un coup d'œil vers la cabine bleue, amusé de la voir ici avant de poser son regard sur le aussi Celui-ci se passa une main sur la nuque et grimaça légèrement comme pour se faire pardonner.

- Désolé Georges. Je sais que vous n'aimez pas que je matérialise le Tardis dans votre bibliothèque...

Le vieil homme éclata de rire, en se rappelant notamment de la dernière fois où le Docteur avait fait atterrir son vaisseau à la limite de la catastrophe. Le résultat ressemblait au passage d'une tornade. Toute la maison, jusqu'à ses fondations, en avait tremblé d'effroi. Et c'est avec le branle bas de combat que tout le monde s'était précipité à la bibliothèque pour comprendre ce qui venait de se passer.

- Événement exceptionnel ! S'exclama t-il. Exception à la règle ! D'ailleurs, cela mériterait d'ouvrir une bouteille de ce fameux bordeaux que vous aimez tant !

Le aussi rit. Georges était peut-être un écossais fier de ses origines, mais il s'était rapidement habitué à la gastronomie française.

- Georges...

- Allez débarrassez-moi le plancher, Docteur ! Tout de suite avant que je le fasse à coup de canne !

- Avant que je parte, me rendriez-vous un service ?

- Vous osez encore vous poser la question ! Lui reprocha le vieil homme faussement irrité.

Le aussi sourit de toutes ses dents. C'était exactement la réaction à laquelle il s'était attendu. Il se rapprocha de Georges et lui formula sa requête au creux de l'oreille.

- Considérez que c'est déjà fait, lui répondit Georges.

McDonald observa le Seigneur du Temps regagner le vaisseau et en pousser la porte afin de rentrer à l'intérieur.

- Docteur ? L'appela t-il avant qu'il ne disparaisse. Lors de votre prochaine visite, me feriez-vous l'honneur de me présenter Rose, votre compagne ?

- Gardez donc cette bouteille sous le coude, Georges. Nous aurons bientôt l'occasion de la déboucher !

Le aussi ponctua sa phrase d'un sourire et referma la porte sur lui. La lanterne au-dessus de la cabine commença à s'illuminer par intermittence et le vaisseau se dématérialisa avant de disparaître totalement. Georges s'avança en clopinant jusqu'à la fenêtre et regarda le ciel. Il aperçut une étoile filante fendre la nuit, laissant derrière elle une traînée de couleur bleue. Et il fit un vœu pour son ami. Celui qu'il retrouve sa compagne et qu'il goûte enfin à ce bonheur qu'il s'était refusé tant de temps avant de le laisser lui filer entre les doigts.


Le Docteur effectua quelques réglages puis contrôla les indications sur l'écran. Ravi du résultat, il sourit. Au moins, rien ne pouvait les déranger. Il regarda autour de lui et soupira en voyant le désordre qu'il avait mis pendant la réparation du vaisseau. Il ne pouvait décidément pas laisser la salle de contrôle dans cet état-là. Il jeta un coup d'œil vers le couloir. Il voulait retrouver Rose, constaté qu'elle était bien là. Que tout ce qu'il avait vécu ces derniers temps n'était pas le fruit de son esprit malade. Elle lui manquait déjà. Il éprouvait le besoin de la sentir en permanence auprès de lui. Il soupira à nouveau en enlevant sa veste et en relevant ses manches. S'il le faisait maintenant, il n'aurait pas à le faire plus tard, et il pourrait se concentrer sur la jeune femme entièrement. De plus, il avait promis de prendre un peu plus soin du Tardis. Il fallait qu'il tienne ses résolutions. Et puis, cela faisait vraiment mauvaise impression. Il fallait que tout soit parfait pour la jeune femme.

Sans un bruit, le aussi poussa doucement la porte et chercha du regard la jeune femme prit d'une soudaine panique. Ses épaules se relâchèrent en même temps qu'il poussait un énorme soupir de soulagement. Rose était bien là dans sa chambre. De nouveau. Enfin. Elle était de retour dans sa vie. Il entra dans la pièce et s'avança jusqu'à elle. Il observa la jeune femme assoupie sur la couette. Il sourit devant cette scène qui faisait remonter en lui des souvenirs similaires. Il la souleva tout doucement pour ne pas la réveiller, afin de la poser délicatement au creux du lit, au chaud sous la couette. Puis il s'assit sur le bord du lit et observa la jeune femme paisiblement endormie. Elle avait dû s'endormir en l'attendant. Elle avait besoin de repos. Les événements de ces derniers mois l'avaient épuisé mentalement et physiquement. Il posa sa main sur sa joue chaude. Elle était réelle. Il laissa glisser ses doigts, repoussant quelques mèches de ses cheveux dorés de son visage. Avec un nouveau sourire, il retrouvait ce parfum enivrant autrefois si familier du shampoing que Rose avait toujours utilisé. Il avait toujours le même effet sur lui. Sa chevelure sentait les fleurs sauvages après un orage d'été. Le Docteur resta ainsi un long moment, incapable de bouger, s'émerveillant de la présence de la jeune femme à ses côtés. Il ne lui en fallut pas plus en ce moment pour être heureux. Rose inspira profondément, puis poussa un léger soupir. Elle ouvrit brusquement les yeux et plongea dans le regard du Docteur.

- Venez... Lui demanda t-elle en tendant le bras pour s'emparer de sa veste afin de le retenir. Je ne veux pas dormir toute seule, s'il vous plaît...

Le aussi retira sa main de la joue de la jeune femme et baissa la tête. Il hésitait. Maintenant que Rose était en sécurité, il pensait que c'était une mauvaise idée de continuer de dormir avec elle. Cependant, durant les précédentes nuits, il s'était habitué à la présence de Rose dans ses bras. Elle lui procurait une telle sérénité, qu'il se sentait à nouveau en paix avec lui-même. Et il savait parfaitement que s'il refusait de dormir avec elle, il ne sentirait pas tranquille et ne trouverait ni le sommeil de la savoir si éloignée de lui.

Il hocha simplement de la tête et Rose lui sourit. Elle se décala aussitôt pour lui faire de la place dans le lit. Le Docteur retira ses chaussures, sa veste et sa cravate avant de se glisser sous la couette. Il s'allongea sur le dos, et Rose vint aussitôt se blottir contre lui. Il constata qu'elle retrouvait tout naturellement sa place, le visage au creux de son épaule et ce n'est pas sans surprise qu'il remarqua qu'elle s'agrippait à sa chemise. Toujours aussi belle. Terriblement fragile. Et encore plus terriblement attirante. Il était troublé. Malgré tout, il passa un bras autour de sa taille pour la maintenir contre lui puis ferma les yeux. Il se sentit aussitôt happé par le sommeil.

- Bonne nuit, ma Rose, chuchota t-il avant de s'endormir.