Disclaimer : Cette fanfiction s'inspire complètement de l'univers de Suzanne Collins.

Remerciements : C'est la reprise pour tout le monde, me revoilà encore ! Bonne lecture, j'attends vos reviews avec impatience !


La vie est redevenue comme avant, définitivement. Les jours ont repris leur chemin et nous ont entraîné, petit à petit, vers notre destin.

Seul à l'arrière de la boutique, les mains dans la pâte à pain, je rajoute un peu de farine avant de continuer à la malaxer. Je ne suis pas tout à fait sûr de la recette, papa est parti servir un client et je ne sais pas si ma pâte a la bonne consistance pour que je la forme et la mette au four. Même si j'adore ça, cuisiner n'est pas si facile. Surtout lorsque ma mère est à côté, pestant contre papa qui s'occupe de moi.

Ah, si seulement elle pouvait...

Je m'arrête aussitôt. Non. Ce que j'ai pensé... C'est mal. Je ne dois pas souhaiter la mort d'une autre personne, surtout celle de ma mère ! La Moisson se charge déjà de nous priver des nôtres. Je soupire. Âge de huit ans, je commence enfin à comprendre l'horreur de la situation. Je ne comprends pas encore tout, et je ne saisis surtout pas le sens de cet horrible événement, mais j'ai bien compris que les gens qui partaient ne revenaient jamais.

- Ça va, tu t'en sors ?

Je secoue la tête, et cela suffit à éloigner ces pensées négatives de moi. Papa est revenu à mes côtés. Il observe ma préparation, verse un peu de farine sur le plan de travail et m'indique comment malaxer la pâte pour la rendre parfaite. Je l'écoute, essayant de tout retenir, me voyant à nouveau nommé Grand Pâtissier de Panem. Je divague tellement que mon coude heurte la carafe d'eau, qui s'effondre sur la pâte. Je pousse un cri en attrapant le pain mais trop tard, le mal est fait. La pâte est complètement détrempée.

- Je... je suis désolé !

Mon père observe la pâte, légèrement déçu. Il va me frapper, il va m'en vouloir et me crier dessus ! Non ! Par réflexe, je rentre la tête dans les épaules, je serre les dents et je ferme les yeux. Je suis désolé, je ne voulais pas gâcher la pâte ! Pardonne-moi papa, ne me frappe pas ! Désolé !

- C'est bon, tu peux la reposer, j'ai nettoyé le plan de travail, marmonne mon père.

J'ouvre les yeux, stupéfié. Papa... ?

Il sourit en voyant mon expression. Son sourire est très doux et triste. Il attrape la pâte dégoulinante entre mes doigts et commence à la malaxer à nouveau pour rattraper mes dégâts. Tandis que je me fige, il ne me regarde pas. Il a l'air profondément bouleversé. Une fois de plus, je ne comprends pas. Je me suis trompé, j'ai gâché la pâte, pourquoi ne réagit-il pas ? Maman m'aurait déjà envoyé nettoyer le hangar des cochons pour me punir ; après m'avoir administré une de ses gifles magistrales.

- Pourquoi... Pourquoi est-ce que tu n'es pas en colère ? je demande avec perplexité.

Mon père a l'air encore plus triste. Je suis complètement perdu. Je fronce les sourcils sans m'en rendre compte, et je me fais tout petit. Je n'aime pas ne pas comprendre. Pourquoi est-il triste au lieu d'être énervé ? Est-ce parce que j'ai été maladroit ? Je ne sais pas. J'attends patiemment que le coup parte.

- Arrête ça, dit-il sèchement. Je ne suis pas en colère.

Je me recroqueville un peu plus. Son ton m'indique pourtant le contraire. Je regarde ses mains, qui continuent de jouer avec la pâte. En rajoutant de la farine et du sel, il a réussit à rattraper mes dégâts. Le pain est presque parfait. Il est encore plus beau que lorsque je l'ai préparé. Je suis un peu jaloux, un peu déçu, mais surtout, je m'inquiète de l'absence de réaction de mon père. Est-il en train d'imaginer une punition encore pire que celles de ma mère ?

- Je t'ai dit d'arrêter ça.

Cette fois, je sursaute. Mais papa se contente de soupirer.

- Je ne vais pas te faire de mal, Peeta.

Je penche la tête sur le côté. J'essaye de le regarder mais mon père esquive habilement. Il préfère fixer ses yeux bleus sur la boule de pâte qu'il allonge petit à petit. Pourquoi m'évite-il ? Ce n'est pas moi qui vais le frapper ; pourtant j'ai l'impression qu'il a peur de croiser mon regard.

- Est-ce que c'est si terrible de vivre avec nous ? Tu as eu l'air si terrifié... murmure papa.

Je ne réponds pas. Je suis intrigué. Je ne m'attendais pas à ça. Je sais que je n'ai pas ma place dans ma famille, maman me le répète tout le temps. C'est pour ça que l'attitude de mon père me surprends autant. Je sais qu'il a parfois essayé de me défendre contre maman, je sais aussi qu'il a toujours plié devant elle. Pourtant, moi, quand je serais grand et que je devrais défendre quelqu'un, je ne m'enfuirais pas. J'affronterais courageusement mon adversaire parce que ma cause sera juste. J'en suis sûr. Mais visiblement, papa n'est pas aussi courageux que moi. Je lâche un sourire rapide. Face à maman, je peux comprendre qu'il ait peur.

- Je suis désolé, Peeta. Je ne te frapperais plus jamais, me promet-il.

Est-ce que je peux le croire ? J'hésite... Et puis je lui pardonne. Quoi qu'il arrive, c'est mon papa, et c'est mon seul allié face à maman. Alors je lui adresse un grand sourire, un sourire d'enfant, qui lui réchauffe immédiatement le cœur. Un sourire magnifique, grandiose, un de ces sourires qui se passent de mots, qui veulent tout dire à eux seuls.

- Je t'aime, fiston, chuchote-t-il très rapidement.

J'ouvre la bouche, surpris et dérouté par cette phrase. Alors... Alors papa m'aime ? Je ne suis pas bon qu'à être moissonné ? Je souris encore plus, heureux, joyeux, indestructible. Si mon papa m'aime, tout n'est pas perdu ! Je continue à sourire tandis que papa m'apprends à fendre la pâte pour qu'elle cuise, lorsqu'il me montre comment utiliser le four pour la cuisson du pain, lorsqu'il m'enseigne comment vérifier le pain sans se brûler, et toutes ces petites astuces de boulanger. Je souris encore quand je sors donner à manger aux cochons, quand je croise maman qui m'ignore superbement, quand j'aide papa à accueillir les clients, et quand je monte sur le toit pour me reposer.

Je souris et le monde devient plus lumineux autour de moi. Mais mon sourire n'empêche pas la pluie de tomber soudainement du ciel, annonçant une longue période de blizzards. L"hiver sera bientôt là, un hiver qui, je le sais, fera encore de nombreuses victimes. Je soupire alors, impuissant.

Je ne suis qu'un enfant et même si je grandis tous les jours, je ne suis pas encore capable de devenir un héros. Je ne peux pas encore sauver les gens que j'aime, les gens du District Douze, ni même les inconnus dont j'ignore tout. Je ne suis pas assez grand. Pourtant, un jour, j'en serais capable.

Un jour, je me tiendrais droit et fier, défendant tout ceux qui sont victimes des cruautés de la vie.