« Jane... », dit-il en décrochant, sans même avoir regardé qui était son interlocuteur. Ce n'était pas compliqué de savoir qui l'appelait, mentaliste ou pas. Avant la venue du médecin en milieu de matinée, Jane s'était penché sur le dossier d'Abbott. Etudiant les plans et les rapports, il avait eu une intuition intéressante, mais au moment de la relayer à son boss, le médecin était entré dans la chambre de Lisbon. Lisant son visage Jane avait oublié son appel sur le champ en luttant pour ne pas s'évanouir. Maintenant il pensait que le coup de téléphone d'Abbott était probablement légitime.
« Jane, comment ça va ? Comment va Lisbon ? », s'enquit Abbott.
« Euh... écoutes Dennis j'ai eu une intuition sur l'affaire. - sa voix était usée, son ton las - Je n'pense pas qu'ils se dirigent vers le Mexique, ça c'est ce qu'ils veulent nous faire croire. Non je pense qu'ils se dirigent vers le Golfe du Mexique. Ils ne s'encombreront pas des derniers otages, sauf peut-être de Cho et ils utiliseront la Colorado River... »
« Jane, ça n'a pas de sens. Tu te rends compte du temps qu'ils perdraient par cette voie là ? Au moins une journée ! », rétorqua Abbott troublé.
« Ecoutes Dennis, fais comme tu veux. Normalement mon intuition est bonne, mais si tu ne veux pas la suivre alors c'est ton problème.. Moi j'en ai d'autres...», et Jane raccrocha épuisé. Il ferma les yeux et se retint au mur du couloir qui longeait la chambre de Lisbon. Ce cauchemar n'en finirait donc pas. Tous ses rêves de bonheur avec Lisbon et leur enfant étaient réduits en cendre. Pourquoi avait-elle repris le travail ? Pourquoi avait-elle remis sa vie en danger et en portant leur enfant qui plus est !? Jane savait que ce genre de raisonnement ne l'amènerait à rien, il savait qu'elle n'était pas responsable de la situation, mais la peur, la frustration et la tristesse le rendaient fou. Ses poings s'abattirent sur le mur, suivis de près par son front. Il inhala profondément, il fallait qu'il reste fort pour elle, pour tous les trois. Après quelques inspirations et expirations, il considéra un instant les prochaines étapes qui les attendaient en se rappelant de tous les résultats que le médecin lui avait énumérés...
... Flashback...
... Après le départ de Dennis et le changement d'équipe de soignants, le Dr. Galy était venue le trouver pour faire le point.
« M. Jane, nous avons reçu les derniers résultats. Je vous en prie asseyons nous un moment ». Ils s'installèrent sur les chaises près de Lisbon, ne laissant pas d'autres places entre les machines et le lit, le service intensif ne prévoyant pas bien plus.
« La condition de votre femme depuis l'opération ne s'est pas empirée et nous pouvons être confiants que nous sommes sur le bon chemin. Son épaule ne présente pas d'infection et sa commotion se résorbe. Lors de son bref réveil nous avons pu déterminer sa réactivité aux stimuli au niveau de la partie supérieure de son dos, c'est promettant également », elle inspira et continua, « cependant nous sommes inquiets concernant les coups reçus dans la partie inférieure de son dos. Comme vous l'avez sûrement vu, elle n'a pas répondu aux stimuli sur ses jambes. D'ici les prochaines 48 heures nous ferons un nouvel IRM pour vérifier si un hématome ne serait pas la cause d'une paralysie partielle ».
« Et le bébé », demanda Jane à bout de forces.
« Le bébé est maintenant sous monitoring pendant les prochains jours. Nous devons être sûrs de pouvoir détecter le moindre changement qui pourrait conduire à un arrêt de la grossesse ».
« Quand va t'elle se réveiller ? »
« Je ne peux pas répondre à cette question. Pour le moment elle est plongée dans un coma réparateur, si son état continue à s'améliorer ainsi, nous la laisserons se réveiller naturellement en réduisant la sédation. Votre femme est en excellente condition physique M. Jane, elle va lutter », les yeux du médecin étaient tellement compatissants que Jane ne pu que baisser les siens de peur de faire naitre un espoir qu'il n'avait pas.
Le Dr. Galy avait ensuite quitté la chambre. Jane avait regardé le corps de Lisbon : le son des moniteurs commençaient à résonner bruyamment dans ses oreilles, l'odeur des antiseptiques l'agressait, il fallait qu'il sorte. Cette fois il ne parla pas, n'embrassa pas sa femme, mais sortit pratiquement en courant pour atteindre les escaliers qui le conduiraient vers l'extérieur.
Sur le toit de l'hôpital, près de la piste d'hélicoptère, il pris une bonne heure pour absorber les événements des dernières heures, puis fit son chemin vers la cafétéria pour déguster un bon thé. C'est à midi sur son retour vers la chambre de Lisbon, que Dennis l'avait appelé.
- / -
Sur la Colorado River, il était aussi midi et la cadence soutenue de leurs rames plongées dans l'eau avait réussi à bercer Cho, qui s'était endormi au fond d'un des canoës. Le soleil lui brûlant la nuque le réveilla lui laissant un mal de tête foudroyant. Il n'avait pas mangé ni bu depuis le soir d'avant et la déshydratation le guettait. Groggy, il se redressa et se rendit attentif aux sons qui l'entouraient. Il était toujours dans le canoë, toujours dans l'eau à en croire le léger tangage, mais il était seul les yeux bandés et les mains attachées derrière son dos. Le vent s'était levé et l'odeur d'un feu de bois lointain lui parvenait aux narines. A ce moment là il distingua quelques voix des braqueurs qui discutaient, mais étant apparemment trop éloigné, il ne pouvait pas comprendre ce qu'il se disait. Cho espéra qu'ils lui donneraient au moins une gorgée d'eau, car cette attente sous ce soleil était une vraie souffrance. Après un bon quart d'heure, il entendit les voix se rapprocher et bientôt la barque tangua fortement quand deux personnes embarquèrent. Pas un mot ne fut échangé et le rythme reprit rapidement.
« He Ho ! », hurla soudain une voix semblant venir de la rive.
Silence.
« He ho ! Vous là-bas ! ». Cho senti la tension monter dans le canoë. « He ho officier ! » répondit le chef de bande. Etait-ce enfin l'opportunité attendue ? « J'te préviens, tu dis un mot et j'le bute », lui souffla ce dernier à l'oreille.
« Vous allez loin comme ça ? », demanda le garde forestier.
« Nous avons prévu de nous arrêter d'ici deux heures ! Notre ami là va se marier et nous lui avons réservé une petite surprise ! », répondit-il la voix enjouée.
« Pas de problème ! Sachez seulement que nous attendons de terribles orages en fin de journée ! Je vous conseille de vous abriter avant ! »
« Ah, merci officier ! Mais pas d'inquiétude nous serons à couvert, ça serait dommage que l'enterrement de vie de garçon de notre ami, - et il secoua Cho un peu brusquement en souriant -, soit gâchée par quelques gouttes de pluie ! »
« Bonne journée alors et restez prudents ! », finit le garde, pas le moins du monde suspicieux.
« Merci à vous et bonne journée ! »
Sur ces dernières paroles le rythme soutenu reprit de plus belle. « Bon les gars, il va falloir accélérer. Merde, on n'avait pas prévu de s'arrêter ce soir... Essayons d'aller le plus loin et pour le reste on verra ». Sur ces mots ils reprirent à ramer avec plus de vitesse qu'avant. Cho avait bien compris que ces hommes étaient des marines entrainés aux conditions les plus dures, qu'un orage n'arrêterait sûrement pas.
- / -
« Nous n'avons pas de nouveaux éléments factuels mais d'après Jane nos braqueurs se dirigeraient vers le Golf du Mexique par voie fluviale. Après avoir obtenu cette info, l'équipe sur place à averti les rangers forestiers qui patrouillent près de la Colorado River, leur demandant de nous signaler toutes personnes suspectes. Nous avons été informé également que de lourds orages vont s'abattre sur le sud du Texas incessamment sous peu... Cela pourrait nous compliquer la tâche. En attendant, Wylie et Conrad, établissez avec les infos la trajectoire éventuelle des braqueurs, vous relayerez à Tork. On se rapproche, il faut continuer ! Au boulot ! »
- / -
De gros nuages menaçants avaient recouvert l'horizon, le vent atteignait déjà des pointes à 50 km/h, tandis que l'eau tourbillonnait de plus belle. Les embarcations étaient secouées mais gardaient leur trajet. Cho, les mains attachées dans le dos, essayait de se stabiliser avec ses pieds et ses jambes, les campant sur le flanc du canoë. Ne voyant rien il ne pouvait anticiper les mouvements et était ainsi vivement balloté.
« Détachez-moi les mains ! », cria t'il quand l'orage se mit à gronder et le vent à forcir. « Que voulez-vous que je fasse !? Je veux juste pouvoir me tenir correctement ! », hurla-t-il. Une main rugueuse le tira en arrière violemment et le retourna face contre fond. Une lame aiguisée vint de faufiler entre ses mains et le duck tape, le libérant rapidement de ses liens, mais un pied vint s'abattre sur son dos l'immobilisant et lui rendant la respiration difficile. Les embarcations tanguaient de plus en plus, la pluie fouettait, mais ils continuèrent leur route vers le sud.
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NB: voilà la suite de l'histoire! Si le dernier chapitre était un peu plus tranquille, celui-ci reprend un peu du rythme. J'espère que ça vous plait toujours... L'histoire pour Lisbon peut encore tourner pur "drama" avec le bébé, je ne sais pas encore probablement pas... Dites moi si vous avez des préférences!
Merci au nouveau follower!
I still don't own TM...
