Titre : Le sang des coquelicots

DUO MECONNU : Ziva David/Ari Haswari

MOT THEME : Sang

Saison : Pré-NCIS et 3x02


Le regard plongé dans l'étendue rouge vermillon qui s'offrait à elle, les bras écartés en croix comme pour retenir la brise légère qui embrassait son corps, elle profitait intensément de l'instant présent, perchée sur le talus de terre battue qui surplombait l'immensité florale que le Darom Adom offrait chaque année aux israéliens.

Laissant retomber mollement ses bras, elle pivota légèrement sur ses talons et se tourna vers le jeune homme qui se tenait en retrait, quelques mètres en arrière, et lui adressa un franc sourire, dévoilant ainsi l'émail de ses dents blanches. Animé par une joie sans limite que la fraicheur et l'innocence de son jeune âge lui permettait encore, elle se contenta cependant de lui lancer un simple « c'est magnifique, n'est ce pas ?» mais qui, aussi laconique soit-il, laissait transparaitre un émerveillement non-dissimulé.
D'un hochement de tête, gagné par l'enthousiasme de la petite fille, son compagnon acquiesça et laissa échapper un rire joyeux tandis qu'il relevait ses poings et dressait ses pouces comme un empereur romain dont la toute puissance s'exprimait par ce simple geste.

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Les gens se réjouiront de sa mort, on détachera sa photo du mur des criminels les plus recherchés, l'enquête sera clôturée et le futur l'effacera des mémoires...Quelques témoins ayant vécu l'histoire de près ou de loin se rappelleront encore de lui et raconteront qu'il était un meurtrier, un terroriste. Un assassin sans cœur avec cette lueur si étrange dans le regard.

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Un sourire sincère étirant ses lèvres fines, ses yeux pétillants tels les bulles d'un savoureux champagne français, elle tournoya soudainement sur elle-même puis se pencha pour effleurer la corolle fragile d'un coquelicot.
Malgré la lueur tourmentée qui dansait depuis quelques mois déjà dans ses prunelles chocolat, trahissant les angoisses et dilemmes auxquels il était de plus en plus fréquemment sujet, il l'observait affectueusement. Elle était sa petite sœur, une petite sœur qu'il chérissait plus que tout et dont le bonheur seul ressemblait à cette sensation agréable d'un souffle d'air au travers de cette atmosphère étouffante qui le faisait suffoquer.

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La justice des hommes aura finalement mis un terme à ses crimes pour le bien de tous et ainsi l'histoire connaitra une fin heureuse même si pour cela, il aura fallu que le sang soit répandu, autant du côté des bons que des méchants.

Et pourtant, même les monstres ont une âme...c'est ce qui les différencie des animaux. Dissimulée par ce désir de vengeance qui animait son esprit, elle la discernait clairement cette âme, elle qui rendait son regard si particulier. Certes, elle ne la voyait plus aussi nettement que lorsque elle était encore cette petite fille aimante et aimée, entourée par une famille qu'elle croyait forte et soudée mais elle la sentait là, bien présente, au fond de lui.
Elle le connaissait si bien comme on connait son prénom ou l'alphabet par cœur.

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Bondissant allégrement, telle une gazelle profitant de la rosée matinale, de la butte sur laquelle elle était en équilibre, elle s'élança à toutes jambes dans le champ écarlate, ses longues boucles foncées comme l'ébène virevoltant autour de sa tête. Un rire éclatant s'envola de sa gorge tandis qu'elle tourbillonnait sur elle-même les bras tendus vers le ciel en feu, un rayon du soleil couchant éclairant son visage radieux.
Contaminé par la joie de sa frangine, l'adolescent se rua soudainement à sa poursuite, ses pieds piétinant sans ménagement la création divine.
Sur le sol, les fleurs flétries semblaient alors former une mare de sang qui s'élargissait sous les pas du garçon.

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Plus fort que les Dieux de l'Olympe, plus fort qu'une bonne dose d'héroïne, plus fort qu'une bouffée d'oxygène dans les poumons d'un cancéreux, plus fort que l'extase des papilles sous les effluves d'un vin français, plus fort que David face à Goliath, il était son pilier, le dernier qui la soutenait encore dans cette arène sanglante et brutale qu'était sa vie alors que d'un geste précis elle avait mis un terme à la sienne.

Le légiste et son équipe allaient bientôt arriver pour l'emmener tandis qu'elle, impuissante, les laisserait lui arracher le corps familier qu'elle ne pourrait plus serrer contre son cœur. Et désormais chaque fois que son nom serait prononcé, ce serait comme un poignard empoisonné qui s'enfoncerait dans sa chair.

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Agrippant doucement la fillette par la main, il l'attira contre lui et exerçant une pression sur son poignet l'obligea à s'accroupir. Alors qu'elle le scrutait, légèrement étonnée par son comportement, il posa ses doigts sur la tige d'une des fleurs, la brisa puis l'effrita contre sa paume tandis qu'il soufflait à sa jeune sœur de ne jamais laisser personne la détruire comme lui venait d'annihiler la fleur des prés vulnérable.

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Les gens penseront qu'elle avait agi par courage. De son point de vue, elle dirait qu'en réalité, elle était lâche. Elle n'avait même pas eu le courage de l'affronter en face. En effet c'est tapie dans l'ombre des escaliers, qu'elle avait appuyé froidement sans trembler sur cette putain de gâchette parce qu'elle avait non seulement décidé de suivre les ordres reçus, puisque le bien commun prime toujours, mais surtout parce que elle n'aurait pas supporté d'apercevoir ne serait ce qu'une seule once de déception, aussi minime soit-elle, à son égard dans ses yeux sombres, lui, qui n'avait jamais cessé de la défendre depuis ses plus jeunes années sur la cour de récréation, durant son adolescence contre les colères de son père et bien même jusque dans sa vie adulte face à tous les dangers qu'elle n'avait cessé de rencontrer. Il avait si bien su la protéger et pourtant elle l'avait laissé tombé, elle l'avait abandonné. Elle s'était retournée contre lui et l'avait tué.

Elle l'avait exécuté pour gagner la confiance d'un homme qu'elle connaissait à peine, et pour cela elle n'avait pas eu la force de perdre la foi qu'il avait en elle.

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La brise fraiche du soir tombant les enveloppant, ils étaient étendus côte à côte parmi les coquelicots, les doigts entrelacés, s'enivrant de l'air pur de la nature qui les entourait. A cet instant, ils se promettaient mentalement que le sang n'était qu'une partie de leur union. Jamais personne ne pourrait briser le lien fraternel qui les reliait comme des jumeaux. Pas même cette guerre sombre dont l'ombre effroyable planait continuellement sur leur pays et leur famille.

Au loin, déchirant l'obscurité grandissante comme un mauvais présage, un oiseau de nuit hurla et tandis qu'il prenait son envol, les battements de ses ailes arrachèrent un frisson à la fillette.

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On dit que la douleur s'estompe avec le temps mais elle savait qu'il est des blessures qui ne cicatrisent jamais vraiment. Les gens voudront la réconforter, certainement la féliciter d'avoir fait le bon choix mais quel genre de personne abat son propre frère sans sourciller ? Elle venait de jurer qu'il avait une âme alors qu'elle venait de damner la sienne...cruelle ironie n'est ce pas ?

Puisse t-il lui pardonner dans une autre vie et la croire quand elle lui dirait qu'elle l'aimait très fort et qu'elle l'aimerait toujours. Puisse-t-il comprendre son choix et puissent-t-ils se revoir un jour, elle et lui son frère, parce que malgré leurs différences et les chemins qui les avaient séparés, le sang qui ruisselait du corps encore tiède sur le dallage froid était le même qui coulait dans les veines de la jeune femme et ce pour l'éternité.


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