Sorry pour cette longue absence. Je tente de reprendre le dessus, et du coup... voici un chapitre !


Argent poussa un soupir soulagé. Satisfait de sa soirée, il nettoyait la table basse du salon qui avait servi de buffet improvisé. Il ne restait que quelques emballages en carton et de la vaisselle usagée. Sans bruit, il rassembla le tout et, sur la pointe des pieds, se dirigea vers la cuisine.

Derek était sur le canapé, en boule sous un plaid qui dégageait une odeur proche de celle de l'assouplissant qu'utilisait tante Hazel lorsqu'il était petit. Il n'avait jamais vraiment su identifier l'odeur, mais elle avait toujours été synonyme de pommes d'amour en cachette, de boucles douces comme du cheveux de bébé, de bisous sur le bout du nez quand Maman n'était pas là.

Ô! Il savait bien qu'Argent le croyait endormi, mais la vérité était qu'il était parfaitement incapable de s'endormir, et bien évidemment, encore moins chez un inconnu. Un inconnu armé. Avec des réserves d'aconite.

Argent lui avait proposé de rester dîner, et la soirée avait duré, et ils avaient mangé, discuté, mangé et regardé le show d'Ellen DeGeneres et Derek avait eu l'impression, l'espace d'un instant, d'être de retour cinq ans en arrière. Quand Emerson l'attrapait par le col du t-shirt pour le rapprocher de lui sur le canapé alors qu'ils regardaient des rediffusions de The Nanny, et que Laura était assise par terre, le dos collé contre leurs jambes, un coussin comme frisbee pour atteindre Corann qui squattait un sofa pour lui et ses revues de charmes.

Bien vite, il était revenu à la réalité, et le bras d'Allison qui lui frottait le coude n'y était pas pour rien.

Dans un autre monde, peut-être, il aurait cru qu'elle lui envoyait un message. Mais Allison essayait surtout de gagner au Monopoly (il avait été prévenu) et gesticulait de plus en plus à mesure qu'elle pillait la banque. Derek s'en fichait : il avait la Reading Railroad, la Pennsylvania Railroad et... et toutes les gares, en fait. Donc il avait encore ses chances.

Au final, après plusieurs heures d'une lutte acharnée, Derek avait plumé tout le monde (les chemins de fer avaient bien pourri la vie des fermiers du midwest, alors pourquoi pas lui?) et Allison était allée se coucher. Argent et lui avaient encore discuté un moment, puis, lassé des questions trop pertinentes et des réponses trop évasives, ils avaient laissé un silence s'installer. Puis un autre. Puis... ils avaient compris que c'était mieux ainsi.

Ils n'avaient pas grand chose à se dire en dehors du business, et sans Allison ou Isaac pour faire tampons, mieux valait éviter de trop forcer la conversation. L'un comme l'autre, ils avaient conscience d'être sur un pente savonneuse. Chacun ses secrets, et c'était mieux comme ça.

Argent lui avait proposé de rester dormir, et Derek avait dit non. Il avait alors ouvert une bouteille, puis une autre. Et encore une autre. Le jeu était évident, et tous deux savaient qu'un loup-garou ne pouvait pas décemment être ivre. Pourtant, Derek s'était assis un peu plus confortablement, et avait même fait l'effort d'ignorer le creux dans le canapé quand le chasseur s'était assis à côté de lui.

-Je sais qu'on ne doit pas parler de ça mais...

-Règle numéro une?

-Pardon?

-Un vieux film.

-Attends, tu es en train de me citer Fight Club!?

-Règle numéro une du Fight Club, Argent?

-On ne parle pas du Fight Club.

-Alors pourquoi vous le faites?

Argent avait sourit, comme si c'était amusant. Parfois, Derek se demandait si tous les humains étaient aussi étranges que ceux qui habitaient Beacon Hills. Dans sa meute, à l'époque où il en avait une, ils étaient spectaculaires, idiots, déterminés, perspicaces et surtout, bourrés d'humour. Toujours les premiers à rire, toujours là pour comploter contre oncle Peter, ou oncle Fred. Besoin d'une excuse pour ce cours que tu as séché? On va trouver ça frérot!

Tout à coup, comme un coup de poing en plein dans l'abdomen, il se rappela qu'il n'y avait plus de maison où rentrer, de cookies à embarquer, de grande sœur à faire rigoler. Une boule dans la gorge, il ferma les yeux pour lutter contre les larmes. Et quelque part entre ça et maintenant, Argent l'avait couvert du plaid, comme sa mère l'avait fait lorsqu'il restait toute la nuit dans le salon à lire des volumes plus larges que lui.

Le chasseur avait dû le penser assoupi. Mais comment dormir, alors que personne n'allait plus jamais se réveiller pour lui dire « La nuit, c'est fait pour dormir Derry. Je doute que Maman apprécie que tu lises encore l'Apprenti Epouvanteur planqué dans la baignoire... » tout en lui glissant un oreiller sous la nuque.

Ils lui manquait. Mais de tous, c'était sans doute Laura qui marquait le plus gros vide dans son cœur. Sans raison autre que parce que c'était possible, Laura avait achevé ce que Kate avait commencé en mourant. Elle l'avait tué de l'intérieur, tiré jusqu'à la dernière miette d'enthousiasme qu'il possédait.

Voilà pourquoi il se retrouvait à occuper le canapé du frère de l'assassin de sa famille : il était seul, et Laura ne reviendrait pas. Pour la première fois depuis bientôt un an, il était au chaud, avec un vrai repas dans le ventre, dans un lieu presque sécurisé. Après tout, qui oserait l'attaquer dans le QG de ses pires ennemis (à part peut-être ses pires ennemis) ?

Derek ramena la couverture un peu plus près de son visage, la froissa entre ses doigts et sous son menton avant d'écraser son visage sur le velours ras. Si quelqu'un entrait dans la pièce, personne ne verrait son visage. Il remonta le tissu un peu plus et quand l'odeur de myrtilles et bergamote l'enveloppa, il laissa les larmes couler.


Okay, c'est peut-être un peu court. Et pas sympa de ma part. Mais plaignez vous à Jeff Davis ! (ou à PinkBlueGreen. Allez-y d'ailleurs, elle vous répondra sans doute plus vite que lui^^)