Chapitre 11 : Haut-de-forme

« - Bon. On y est, les amis. Prêts ?

- Prêts ! répondent en chœur Mally et Chess.

- Alors c'est parti.

- Alice ! N'oublie pas l'Anguarade.

- L'Anguar… »

Je vois l'épée à mes pieds.

« Ah, bien sûr ! Mais… A quoi va-t-elle nous servir ? »

Mally adopte alors un air affolé, comme si ma question n'était pas la bienvenue…

« - A… Rien. Mais il nous la faut. Allez, grande gourde, on y va !

- J'espère juste que ce plan va fonctionner… » soupire-je.

Tout était planifié. Mais la seule chose qui m'inquiète encore, c'était le sort du chapelier ! Et… Des Tweedles. Oh ! Mais pourquoi je m'obstine autant pour ce « simple » chapelier ?

Oh là là ! La pensée que je viens d'avoir m'horrifie. Non, ce n'est pas un simple chapelier… C'est Tarrant ! Tarrant Hightopp... Mon chapelier. Hein ? Mon chapelier ? Réveille-toi, Alice. Ce monde n'est pas réel. Il a beau être le tien, tu ne peux pas considérer chaque personne comme tienne. Même si elles ne sont sorties que de ton imagination…

Dur de réaliser que Tarrant n'est pas réel… C'est impossible à mes yeux…

Mais soudain, je ressens comme un grand coup dans ma tête. Ma vue se trouble à nouveau.

Oh, mais qu'est-ce qui se passe encore ? Ce n'est vraiment pas le moment de défaillir ! Il m'était arrivé la même chose à Salazen Grum ! Mais qu'est-ce que ça veut dire ?

« - A… Alice ? s'exclame Mally.

- Que vous arrive-t-il, ma chère ? questionne le Chat.

- Alice, réponds ! »

Je… Je ne peux pas ! C'est totalement impossible. J'ai l'impression que le monde s'écroule autour de moi, ou que je m'efface… Comme si je m'évanouissais, ou au contraire, que je me réveillais d'un rêve…

« - EH OH, LA GOURDE ? Reste avec nouuuus ! couine la loir.

- Doucement, ma mie, lui répond plus calmement Cheshire.

- Comment ça, « doucement » ? Notre Champion est en train de se barrer, là ! Et toi, tu restes calme ? s'énerve-t-elle.

- Et vous croyez qu'elle ira mieux en lui hurlant dessus ? continua-t-il, avec son air sarcastique.

- Oh, arrête ! lui ordonna-t-elle. Alice ! Alice ! Pitié, Alice ! Ne nous laisse pas…

- Alice ! Alice ! Oooh, Alice ! chantonne le Chat, l'air presque joyeux.

- Eh ! Ne m'aide pas, surtout ! C'est pas comme si j'essayais de la sauver !

- Que voulez-vous y faire ? ronronne-t-il.

- Bah… Je… Je sais pas moi ! Fais quelque chose, avec ton superpouvoir de Chat de Chester !

- J'ai des limites, petite souris.

- Bon, alors tais-toi ! On a d'autres choses à faire que de se bagarrer…

- Fort bien ! Alice, très chère ? »

Je ne peux ni répondre, ni bouger… Je suis véritablement dans un état second ! Pire que ça, j'ai l'impression d'être écartelée entre deux… Deux « mondes » ? C'est impossible… Je suis à deux endroits à la fois ? Quelle horreur… Je suis tellement mal !

« - Chess, il faut que tu trouve le moyen de retrouver les autres !

- Vous me laisseriez seul ?...

- Oui. Il faut que je reste avec Alice ! Tu ne veux pas la laisser seule ELLE ?

- Pas le moins du monde.

- Bien, alors, vas-y ! Tu peux être invisible, tu ne risques rien. Allez, zou ! »

Mais qu'est-ce qu'il fait ?... J'espère juste qu'il va revenir en un bout…

« - Tiens bon, Alice… fait doucement Mally.

- Argh… » dis-je seulement.

Au moins, j'ai donné un signe de vie. Mais où est-ce que je suis ? A deux endroits à la fois. Comment ça, à deux endroits à la fois ? Eh, mais je délire ?

Bon, bon, il faut que je me ressaisisse. Je ferme les yeux, ne pensant qu'à m'en sortir.

« Alice ! » dit la voix… Du… Chapelier ?

Mais… Et si je ne rouvrais jamais les yeux ?

Pff… Impossible…

Mes paupières se soulèvent lourdement…

Eh ! Mais je suis au beau milieu de la forêt ! Quelle forêt ? Oh, ce n'est pas le moment de s'attarder sur ce genre de détails.

N'y a-t-il donc personne autour de moi… ?

Je tourne la tête et sursaute en voyant Tarrant assis à mes côtés… Et ma main dans les siennes.

« - Alice !

- Chapelier !

- J'ai bien cru que tu ne réveillerais jamais !

- Où sont les autres ?

- Oh là, une question à la fois ! »

Jamais je ne le comprendrais.

J'insiste :

« - Où sont les autres ?

- Oh, ils ne sont sans doute pas loin.

- Hein ? Vous ne savez même pas où ils sont ?

- C'est-à-dire que nous avons réussi à nous échapper des Galeries de la Maudête Grosse Tite par chance, Alice ! Nous avons emprunté un Vortex Rouge juste après que Chess nous ait libérés… Cela a suffit à nous faire remonter à la surface. Mais nous avons pris des Vortex différents !...

- Bien sûr, sinon, cela aurait été trop simple, dis-je, légèrement agacée par ce manque cruel de logique.

- Nous nous sommes sauvés par paire. Dee avec Dum, Chess avec Mally, et… Alice avec Tarrant. »

Tiens, voilà qu'il parle de lui à la troisième personne. Pourquoi est-il aussi peu logique ?

« C'est de la folie. » pense-je à juste titre.

Je plonge mon regard dans le sien, de couleur verdâtre, moins vive que d'habitude…

« - J'en ai assez. Pourquoi tout est aussi compliqué alors que pour vous, cela paraît si simple ? dis-je en me levant d'un bond.

- Il est vingt-cinq heures.

- Pardon ?

- Vingt-cinq heures moins quatre-vingt minutes, répond-il.

- C'est impossible ! Rien n'a de sens, ici ! Ni les lieux, ni le temps, ni vous !

- Qu… »

Mince ! Qu'est-ce que j'ai encore dit ? Je passe ma vie à faire des gaffes !

« - Pardonnez-moi… Ce… Ce n'est vraiment pas ce que je voulais dire…

- Je suis à la recherche de mots. Des mots qui commencent par la lettre R. Comme… Réflechie, raisonnable. »

Son regard, alors plein de reproches, me glace le sang.

« - Et… Rationnelle, ajoute-t-il.

- Chapelier ! »

Celui-ci me tourne le dos et part dans la direction opposée, d'un pas mal assuré.

Je commence à le suivre, mais il se retourne vers moi et me lance son haut-de-forme.

Je n'y crois pas. Son chapeau fétiche ! Son âme !

Je ramasse le chapeau, bien décidée à le lui rendre !

Je rattrape le chapelier, qui me crie alors :

« - Je t'ai déjà dit qu'il était vingt-cinq heures !

- Et… Et alors ?

- Comment ça, alors ? » s'exclame-t-il

Il se tourne à nouveau face à moi, et me hurle :

« ALORS C'EST L'HEURE DU THE ! »

J'hallucine ! Jamais il ne m'avait parlé de cette manière !

Je m'arrête et le laisse poursuivre sa route, choquée…

Je pose le chapeau à terre et tombe à genoux au sol.

J'ai encore gâché sa belle personne, déjà blessée par le destin…

Je laisse tomber ma tête dans la litière de la forêt, anéantie.

De chaudes larmes viennent alors remplir mes yeux, qui parviennent à se frayer un passage jusqu'à mon visage sans la moindre difficulté…

Comment puis-je encore faire semblant de ne pas m'intéresser à lui - - aux personnages de cette… « réalité parallèle » ?

Je ne peux faire comme si je ne m'attachais pas à tout ce monde… Au contraire… Ce sont des amis… Mes amis…

Dans le désespoir le plus profond, je constate que la nuit est sur le point de tomber. Mais, plus le courage d'aller plus loin. Je dormirais sur place, sans avoir besoin de personne. Je n'AI besoin de personne.

Je saisis le chapeau abandonné à mes côtés et l'admire, avec toute la nostalgie du monde, jusqu'à ce que l'obscurité gêne ma vue.

Et malgré les ombres et la fatiguent qui me harcèlent, je ne peux lâcher ce chapeau…

Non… Mes pensées ne vont que vers Tarrant.

J'aurais tellement aimé que tout soit plus simple…

Est-ce qu'il pense à moi, lui aussi ?...

Je m'allonge sur les feuilles mortes. Bon, ce n'est certes pas vraiment commode. Mais où pouvais-je dormir ailleurs ? Et de toutes manières, la robe tachée de sang que je portais m'avait déjà retiré toute crédibilité.

Quelques larmes continuent à couler le long de mes joues…

Et je ferme les yeux, en espérant sincèrement que le chapelier reviendra… Au moins pour récupérer son chapeau ?...

Mais, en plein milieu de la nuit, j'entends quelqu'un approcher doucement et s'arrêter devant moi.

Je ne réagis pas tant je suis endormie, mais je sens quelque chose me recouvrir. J'ouvre doucement les yeux… Même l'obscurité ne peut m'empêcher de reconnaître le chapelier, s'asseyant à mes côtés.

« - En quoi est-ce qu'un corbeau ressemble à un bureau ? murmure-t-il, pensant sans doute que je suis toujours endormie.

- Vous n'êtes quand même pas revenu ici en plein milieu de la nuit me demander ça ?

- Oh… Pardon, Alice. Je… Je vais m'en aller. Oui, c'était… Stupide de ma part. Pardonne-moi.

- Non, attendez, chapelier… » dis-je, un sanglot dans la voix.

Je me redresse et réalise que c'est la veste du chapelier qui me recouvre, par cette nuit glaciale.

« - C'est… C'est très gentil à vous de vous inquiéter pour moi…

- C'est normal, marmonne-t-il.

- Je… Je voulais vous demander pardon. Pardon pour ce que je vous ai dit. Evidemment que vous êtes tout, sauf logique, mais… Cela fait partie de vous. Et jamais je ne pourrais imaginer un Tarrant Hightopp danseur de quadrille ou absolument coincé sur ce qui est convenable ou pas !

- Je suis fou…

- … Et c'est ce qui vous rend aussi exceptionnel. »

Il me répond alors d'un large sourire.

Ce sourire si magique qui vous dit que tout va s'arranger…

« - Viens avec moi, Alice. Je sais que je suis fou, mais le minimum du convenable est de ne pas laisser une jeune fille en détresse au beau milieu de la forêt dans les brumes de la nuit.

Je me lève, difficilement tant j'ai froid, et tends au chapelier son chapeau. Il a l'air extrêmement heureux de l'avoir à nouveau sur sa tête.

Le chapelier ramasse à son tour sa veste bleutée et la pose sur mes épaules glacées avant de m'entraîner vers son le chemin menant à son moulin et, bien sûr, à la table où lui et ses amis prennent perpétuellement le thé.

« - Quelle heure est-il, chapelier ?

- Actuellement ? Heum… Il doit être trente- trois heures cent vingt. » dit-il d'un air bien trop sérieux pour lui, qui me fait cette fois rire.

Ce n'était pas la peine de lui demander à quelle heure nous prendrons le thé…

Sans doute vers soixante heures quatre cent dix-sept ?

A suivre…


Le petit mot de la fin : Ahh... C'est mignon, ça, non ?

Moi, j'étais à fond quand je l'ai écrit, ce long chapitre !

Voilà voilà ! La suite au chapitre 12 !

Et ce chapitre était une dédicace à ma Flow', la MadWoman du coin ! xD

Merci aussi à Stella', même si en soi on ne se parle pas beaucoup de nos fics, c'est elle qui m'a lancée et je l'en remercie trèèèès fort ;D