Note de l'auteur (25 novembre 2017) : Chapitre ré-écrit
Chapitre 11
- Il paraît qu'il y avait quinze mangemorts chez elle.
- Il y en a certains qui auraient vu le visage de Voldemort, sur le Chemin de Traverse.
- J'ai entendu dire que les mangemorts avaient des dragons apprivoisés avec eux !
- Les mangemorts ont été attrapés ?
- Il paraît qu'une autre attaque est prévue pour Ste-Mangouste.
- Tu crois qu'ils vont ensuite attaquer Poudlard ?
Tous les élèves de Poudlard ne parlaient que d'une chose, l'assassinat d'Astride Chantier, ministre de l'éducation. Et alors que Sirius, James, Remus et Peter se frayaient un chemin jusqu'au cours de Défenses contre les Forces du mal, ils eurent le temps d'entendre une dizaine de théories différentes. Comme quoi Voldemort comptait attaquer Poudlard par la suite, qu'il avait fait ça pour faire passer un message à la population sorcière, mais également à la population internationale, et notamment la Ligue. D'autres théories plus farfelues avaient émergé dans la tête de certaines, comme celle que la ministre de l'éducation avait été l'amante de Voldemort, et que ce n'était qu'une querelle amoureuse.
Les maraudeurs, eux, ne parlaient pas. Ils attendaient d'avoir plus d'informations. Ils attendaient d'avoir plus de certitudes avant de se mettre à débattre de ce qu'il adviendrait par la suite. Mais Sirius ne pouvait défroncer les sourcils. Une chose dont ils n'avaient pas besoin de débattre pour en être sûr était qu'ils étaient en guerre.
Tout le monde autour d'eux murmurait des choses quand ils s'installèrent à leur place. Sirius rencontra le regard de Willah, grave et fermé, et celui de Lily, entraînée dans une discussion avec ses amies sur une position qu'elle semblait défendre. Mais toute discussion prit fin quand le professeur Cavonsko entra.
- En voilà un qui doit avoir les réponses qu'on cherche, chuchota James à l'oreille de Sirius.
En effet, l'air calme du jeune professeur indiquait à toute personne observatrice qu'il savait des choses. Il posa ses affaires sur sa table, et fit face à l'assemblée qui le regardait avec des yeux inquiets ou observateurs, en attente de réponses.
- Je dois reconnaître, commença le professeur Cavonsko, que la vitesse à laquelle se propagent les informations dans ce château est assez impressionnante. Qu'elles soient vraies ou fausses. Je suis encore un peu choqué qu'une élève soit venue me demander si j'étais au courant qu'Astride Chantier avait été en relation libre avec Voldemort.
Certains élèves ricanèrent, malgré l'inquiétude, et le professeur sut qu'il avait fait son point qui était de détendre l'atmosphère.
- Je sais que certains d'entre vous se demandent où se trouve le professeur Dumbledore. Sachez qu'il a été appelé par le Ministère en sa fonction de directeur de l'école mais également de membre du Magenmagot.
- Poudlard est la prochaine cible de Voldemort, professeur ? interrompit une élève de Poufsouffle.
- Personne ne sait quel sera le prochain pas de Voldemort, mais sachez une chose, Poudlard est entièrement protégé.
Le ton du professeur Cavonsko était ferme et ne laissait aucune place à la discussion, mais Sirius et James savaient qu'ils ne devaient pas se fier à ses mots. Leur professeur n'avait pas confirmé mais n'avait pas non plus infirmé les propos de la Poufsouffle, et ils savaient qu'ils devaient y porter attention. Ils savaient également que si leur professeur se trouvait à un tel poste aussi jeune, c'était qu'il devait jouer un rôle important dans toute cette histoire. Finalement, James leva la main.
- Nous sommes en guerre, Monsieur ?
Le professeur Cavonsko considéra la question de James quelques secondes. Il savait que la question n'avait été posée par le jeune homme que pour connaître sa réponse.
- Oui monsieur Potter, et ce depuis un moment. Et de ce que je vois, c'est une guerre qui n'est pas prête de s'arrêter.
Cette phrase s'adressait à toute la classe, et James eut des difficultés à déglutir. Leur professeur de Défenses était le premier adulte à s'être exprimé après ces attaques, il était le premier à leur expliquer la réalité. Et il ne mâchait pas ses mots. Il n'était pas là pour les rassurer mais pour les confronter à la réalité.
- Vous savez, monsieur Potter, il y a 80% de chance que ce pays soit dans une vraie guerre lorsque vous sortirez de Poudlard. Et là, vous n'aurez plus le droit d'être de simples spectateurs.
- Mais Monsieur, demanda Lily, vous pensez que l'attaque contre la ministre était visée ?
- Oui, mademoiselle Evans, mais ce n'est pas ce qui devrait vous inquiéter le plus. Aujourd'hui, ce sont les rues de la capitale qui sont attaquées.
- C'était une diversion ? interrompit Joan.
- Je ne pense pas, répondit le professeur en fixant la jeune fille du regard. Mais voyez le résultat au sein de ces murs, les gens ont peur. Et la peur fait faire d'étranges choses aux gens.
Le jeune professeur s'arrêta de parler, pensif. Quelques secondes passèrent, durant lesquelles aucun élève ne fit de bruit, jusqu'à que le professeur Cavonsko claque des doigts, faisant disparaître les tables de la salle.
- Suffisamment discuté pour aujourd'hui, on ne va faire que de la pratique. Reprenez les groupes de la semaine dernière.
La discussion était close, bien que tout le monde se posait encore des questions, mais personne ne réagit. Personne ne savait réellement quoi dire ni quoi penser. Ils se positionnèrent en groupes et écoutèrent les consignes de leur professeur parce que, malgré tout ce qu'il se passait, la vie continuait.
- Hale !
Tout le monde sortait de la salle, et Willah se retourna à l'entente de son nom, elle ne cacha pas sa surprise de voir Sirius lui courir après. Elle fit un signe de tête à Alex, lui disant qu'elle le rejoindrait plus tard dans la Grande Salle et attendit que le Gryffondor arrive à sa hauteur. Il lui fit un sourire crispé auquel elle répondit difficilement, mais Willah se força.
- Comment va ta tête, Black ? demanda Willah.
- J'ai eu le temps de redescendre avec tout ce qu'il s'est passé, on va dire. Et toi, ça va avec les nouvelles ?
Willah ne se sentait pas de dire au jeune homme que ça allait alors que ce n'était pas vraiment le cas. Elle ne se sentait pas de lui mentir, de mentir tout simplement. Alors elle ne dit rien, et haussa les épaules de façon à lui faire comprendre qu'elle faisait avec.
- Comme tout le monde, je réalise qu'on est en guerre.
- On le savait déjà, répondit Sirius.
- Peut-être, confirma Willah, mais les événements d'hier ne font que le confirmer. Et puis, combien de temps ça va durer ?
Willah fit un sourire à Sirius, et ce dernier eut envie de lui demander comment elle se sentait par rapport à Antonin. Il avait envie de savoir si les événements de la veille n'avaient pas plongé la jeune fille dans les souvenirs de la mort de son frère. Il avait envie de lui dire que si elle voulait parler, il l'écouterait. Mais il n'arrivait pas à dire les choses, c'était comme s'il était incapable de lui montrer du soutien.
- Tu me voulais quelque chose, Black ? demanda gentiment Willah.
- Juste savoir comment tu allais.
Et elle l'en remercia d'un sourire. Elle sentait qu'il avait envie de lui dire autre chose, mais elle ne savait pas comment l'y pousser. Elle voulut dire quelque chose, mais elle se retint alors que James et Remus s'approchaient d'eux. Willah fit un grand sourire à James qui s'approcha d'elle et la prit rapidement dans ses bras.
- Comment tu vas, Willah ? demanda James d'un air soucieux.
- Secouée, mais comme tout le monde.
- Et par rapport à Antonin ?
Willah eut un sourire. Que le sorcier lui pose la question et prenne le temps de penser à elle à ce sujet la toucha. Face à elle, Sirius sentit le mécontentement poindre dans sa tête alors qu'un élan de jalousie le traversait. Il ne savait pas pourquoi, mais il ressentait de la jalousie face à l'aisance de son meilleur ami vis-à-vis de Willah Hale alors que lui n'arrivait pas à lui poser une simple question. Mais au regard que lui lança Willah, Sirius eut l'impression qu'elle l'avait compris alors qu'elle répondait à James.
- Merci d'y penser, se contenta-t-elle de dire, consciente que ça ne répondait pas à la question du jeune homme.
James fit un sourire à la jeune fille qui le lui rendit avant de glisser son regard vers Sirius. Elle semblait vouloir lui dire qu'en effet, elle avait compris, mais Sirius était mécontent. Un peu plus loin, des bruits se firent entendre alors que des voix s'élevaient. Les maraudeurs et Willah se dirigèrent vers les lieux et virent un élève de Gryffondor à terre alors qu'un élève de Serdaigle se trouvait devant lui, les poings serrés. Autour d'eux, une foule les entourait. Ils comprirent vite que les deux sorciers venaient de se battre, et quand le Gryffondor se releva, il se jeta sur le Serdaigle qui avait relevé les poings.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Remus à une élève présente.
- Le Gryffondor s'est moqué de l'attaque, et le Serdaigle s'est énervé.
En entendant la raison, Sirius et James se décidèrent à intervenir alors que le Serdaigle prenait un poing dans la mâchoire. James attrapa le Gryffondor de cinquième année qu'il connaissait tandis que Sirius tenta de contenir le Serdaigle de sixième année.
- Calme-toi gros, lui dit-il.
- Cet enfoiré hurle partout que c'est bien fait pour les victimes ! répondit le Serdaigle en reculant pour ne pas que Sirius lui attrape les bras.
- Alors tu comptes le cogner ? provoqua Sirius. Tu crois que c'est le mieux ?
- Je m'en bats les couilles, je vais lui faire regretter ses mots.
- Ne sois pas idiot Mike, intervint Willah sur un ton tempéré, calme-toi.
- C'est qu'un mec qui a peur, réagit le Gryffondor, frappe-moi si ça te fait croire que tu ne mourras pas quand tu te feras attaquer.
Sirius se retint de cogner son cadet, mais il dut empêcher le Serdaigle de réagir et cette fois, Sirius n'y alla pas de main morte et attrapa violemment le bras du Serdaigle qui se calma directement.
- Quel est ce grabuge ?
Le professeur McGonagall intervint, l'air grave. Les élèves s'écartèrent pour la laisser passer et elle analysa la scène rapidement. James et Sirius échangèrent un regard, se demandant s'ils feraient partie des réprimandés ou non.
- Stolinski. Wolly. Dans mon bureau, tout de suite. Le reste, je ne veux plus personne sur les lieux dans trois minutes.
Et sur ces mots, elle tourna les talons, sachant que les deux élèves la suivraient sans résistance. Quant aux élèves qui se trouvaient autour, ils se dispersèrent alors que Remus, Willah et Peter rejoignaient Sirius et James.
- C'était ce que Cavonsko nous disait ce matin, dit Willah, les gens ont peur.
- Ils sont juste à cran, répondit James.
- Moi je pense que la mort de la ministre en effraie beaucoup, continua Remus.
- Vous ne comprenez pas, n'est-ce pas ? demanda Willah d'un air un peu surpris.
Les quatre Gryffondors regardèrent Willah d'un air interrogatif.
- L''assassinat de Chantier est inquiétant parce qu'on ne sait pas quelle en est la raison et ce qu'a Voldemort en tête, mais c'est l'attaque sur le Chemin de Traverse qui amène la peur. Cette attaque n'avait aucun but, à part de blesser et tuer, qui sait quand aura lieu la prochaine ? Qui sait qui en sortira mort ? Les élèves ont peur pour leurs proches, ils ont peur également que Poudlard ne soit attaqué. Les gens ont peur, et la peur est le premier pas vers les erreurs.
Ce que disait Willah était vrai, les gens avaient peur et agissaient en fonction de leurs émotions, et non de leur tête. La bagarre à laquelle ils venaient d'assister le montrait bien, ce ne serait probablement pas la dernière, et pas la moins violente. Après tout, c'était la première fois depuis plusieurs années qu'une telle attaque avait été orchestrée. C'était la première fois que les rues de Londres étaient touchées. C'était la première fois qu'ils avaient l'impression qu'ils n'étaient pas en sécurité dans leur pays. Ils étaient en guerre et les faits le montraient. Ils ne réalisaient que maintenant à quel point.
- Dumbledore est sûrement très inquiet, lâcha Nylla.
- Qui ne l'est pas ? répondit Louise.
- Je ne comprends quand même pas comment ça se fait que personne ne se soit encore exprimé devant tous les élèves.
- Ils attendent probablement d'avoir plus d'informations.
Assises autour de Lucille, ses amies et Louise déblatéraient depuis le début du repas, mais Lucille n'avait pas dit un mot. Les pensées perdues quelque part, mais le regard fixé sur la table des Serpentards, Lucille était dans son monde et personne n'aurait pu l'y déloger.
Depuis le début du repas, elle avait gardé son regard sur la table, et principalement sur Connor Nott. Tout comme elle, il avait été silencieux tout le long du repas alors qu'à côté de lui, Rogue et Avery discutaient calmement. Contrairement à elle, il avait gardé un petit rictus tout le repas. Perdu dans ses pensées, Connor Nott se réjouissait des horreurs autour de lui.
- T'en penses quoi, Luce ?
Lucille releva la tête vers sa petite sœur qui attendait une réponse. Son expression montrait clairement qu'elle n'avait pas écouté ce qui s'était dit, et Nylla s'apprêtait à reposer la question, mais du mouvement de l'autre côté de la salle attira son attention.
- Désolée les filles, interrompit Lucille, je vous rejoins plus tard.
Et Lucille se leva rapidement, suivant le pas derrière Connor Nott qui sortait de la salle.
- C'est moi ou elle est en train de suivre Nott ? demanda Louise, surprise.
- Va savoir, répondit Nylla, c'est bizarre ce qu'il se passe entre eux.
- Parce qu'il se passe un truc entre Lucille et Nott ? demanda Louise, le ton moins calme et le regard alarmé. C'est quoi cette histoire ?
- Je crois que Nott aime bien Lucille, dit calmement Nylla, le regard pensif.
- Qu'est-ce qu'il lui veut ?
- Je ne sais pas, Lucille ne me dit rien à propos de ça. Je les ai juste vus quelque fois ensemble.
- Il n'y a pas une raison qui serait bonne à ce que ma sœur discute avec Nott. Ce gars est dangereux ! s'exclama Louise
- Ne t'inquiète pas, Louise, ta sœur est intelligente.
Le ton de Nylla était calme. En effet, elle n'était pas inquiète pour sa meilleure amie. Elle ne connaissait pas grand monde avec un caractère comme celui de Lucille et savait que son amie était solide. Quelqu'un comme Connor Nott ne pouvait pas l'atteindre ni la blesser, Nylla en était persuadée. Tout simplement parce que les seules personnes qui pouvaient blesser Lucille étaient celles que la jeune fille aimait. Quant à une attaque physique, Nylla se doutait qu'il n'y aurait aucune raison pour que le Serpentard attaqua son amie. Elle n'aurait pas vraiment su l'expliquer, mais Nylla n'était pas inquiète.
De son côté, Louise n'arrivait pas à défroncer les sourcils. Jamais elle n'aurait pensé entendre une telle nouvelle, et c'était sûr que ça l'inquiétait car elle savait le sorcier dangereux et peu regardant du bien-être des autres. Elle savait également qu'il pouvait facilement être impressionnant et ne souhaitait pas que sa sœur se trouve piégée dans des idées du sorcier qui pouvaient atténuer les horreurs que celui-ci avait pu commettre. Mais le plus inquiétant était de voir Lucille partir à la suite de Nott pour lui parler. Lucille n'allait jamais vers les autres, c'était eux qui venaient.
Lucille, quant à elle, était bien sortie à la suite de Connor, notamment parce qu'elle avait besoin de réponses. Le Serpentard l'avait ramenée la veille et pour la première fois, elle l'avait pensé vulnérable. Lucille avait besoin de savoir s'il existait une once de bon esprit chez Connor Nott. Alors elle le suivit une ou deux minutes et le héla.
- Nott !
A l'entente de son nom, Connor se retourna, et ce fut d'un sourcil haussé qu'il montra sa surprise à voir Lucille Desrende à sa suite qui l'interpelait.
- On a interverti les rôles, Desrende ?
Lucille ignora le ton moqueur de Nott et s'approcha rapidement de lui. Elle le défia du regard, prête à lui montrer qu'il ne l'impressionnait pas, ce qui amusa Connor.
- Que veux-tu, Desrende ?
- Que tu répondes à mes questions, répondit-elle de façon catégorique.
- Et tu penses que je le ferai ? répondit Connor sur un ton joueur.
- Oui, tu le feras.
- Pour cela, il va peut-être falloir que tu m'y incites. J'ai une ou deux idées de ce que tu pourrais faire pour que je réponde à tes questions.
La voix de Connor s'était faite plus rauque alors qu'il avait passé sa main sur le bras de Lucille d'un air sensuel et qu'il la défiait du regard. Quant à Lucille, il se sentit électrisée alors qu'elle sentait la chaleur lui monter au visage. Elle n'eut pas le réflexe de reculer, mais Connor ne termina pas son geste, lui souriant alors qu'il replaçait sa main dans sa poche. En dix secondes, il était passé de la drague à la désinvolture, ce qui perturba Lucille.
- Alors Desrende, dit-il cette fois sur un ton désinvolte, tu veux quoi ?
Lucille était troublée, et elle ne savait pas si c'était le jeu du Serpentard qui la perturbait ou la réaction qu'elle avait eue en comprenant qu'il la draguait. Elle avait été attirée par le jeune homme, et ça la perturba, bien qu'elle essaya de le cacher comme elle put.
- Tu étais au courant qu'il allait y avoir deux attaques ?
- Bien sûr, répondit légèrement Nott. Je n'étais pas totalement sûr qu'ils réussissent à tuer la ministre, je dois le reconnaître.
- Comment peux-tu t'amuser de sa mort ? demanda Lucille sur un ton écœuré.
- Comment voudrais-tu que je réagisse ?
Lucille ne répondit pas. Elle était dégoûtée. Elle le savait déjà, mais ces quelques mots lui confirmaient ce qu'elle aurait préféré ne pas penser, que Connor Nott était bien un mauvais sorcier. Et étrangement, elle s'en trouva déçue.
- A chaque fois que tu montres un peu d'humanité, Nott, tu en es encore plus décevant après.
Elle ne savait pas pourquoi elle avait dit ça, mais son murmure avait été entendu du Serpentard, qui eut le sentiment que la sorcière venait de lui lancer un sort. C'était sorti telle une confession, avec une déception qu'elle ne cacha pas, et il eut le sentiment d'avoir été touché par les propos et surtout l'air déçu de la jeune fille.
- Je ne fais pas partie des bons sorciers, Desrende, se trouva à dire Connor sur un ton mitigé.
- Et pourquoi pas ? demanda Lucille.
Connor ne répondit pas. Le visage fermé, il réfléchissait. Que pouvait-il dire à cette sorcière née de parents moldus qu'elle pourrait comprendre ? Quelques semaines plus tôt, il aurait ri de sa question et se serait moqué d'elle avant de lui tourner le dos. Sauf que là, ce n'était pas ce que Connor avait envie de faire. Pourtant, il tarit cette envie d'embrasser la Poufsouffle et lui répondit.
- Parce que je hais cette société, finit par répondre Connor. Je hais ses dirigeants qui se complaisent dans leur situation et qui mettent à bas un peuple qu'ils ne comprennent plus. Je hais les idées qu'elle véhicule et cette méritocratie qui fait que c'est ton nom qui indique la position que tu as le droit de tenir dans la société.
- Tu es un enfant de sang pur, l'interrompit Lucille d'un ton froid, que sais-tu des mauvais côtés de cette méritocratie dont tu parles ?
- Ce n'est pas qu'une question de sang-pur ou non, Desrende. Ma famille a fait des choix, à l'époque de Grindelwald, des choix qui n'ont pas été bien vus par d'autres familles de sang-pur. J'ai été jeté dans une catégorie à cause de choix que mes grands-parents avaient faits. Quant à mes parents, ils m'ont rejeté en détruisant notre famille. Puis je suis arrivé à Poudlard, et j'ai été jeté dans une catégorie à cause de la maison que j'avais choisie. Je hais cette société, et moins il en restera après Voldemort, et mieux je me porterai.
Les mots de Nott choquèrent Lucille qui le regarda d'un air horrifié. Autant que ses propos, c'était la rage qui sortait de sa bouche qui inquiéta Lucille. Peut-être qu'au fond, elle pouvait comprendre la colère de Nott. Peut-être que ses mots pouvaient lui parler. Elle aussi était emplie de colère, mais les sentiments qui animaient le jeune sorcier lui étaient inconnus. Sa colère n'était en rien comparable à celle du jeune homme.
- Tu ne connais pas ce que j'ai pu vivre, murmura Connor sur un ton plus calme. Tu ne pourrais pas comprendre ce qui me motive.
Lucille était perplexe. Elle aurait aimé justement le comprendre. Elle ne pouvait pas contrôle ce sentiment en son fort intérieur qui était une envie de mieux connaître Connor Nott, de mieux le comprendre, de savoir s'il restait de l'humanité chez lui et de comprendre pourquoi il avait perdu cette part d'humanité. Elle aurait aimé donner toutes les excuses du monde au jeune homme pour l'humaniser, mais Lucille n'était une jeune fille irraisonnable et irréfléchie. Elle savait que peu importait les motivations du Serpentard, rien ne justifiait ce qu'il cautionnait et soutenait.
- Rien ne justifie la mort d'innocents, Nott, dit Lucille sur un ton hésitant malgré elle.
- Et c'est à partir de cette idée que chacun fait son petit bonhomme de chemin, Desrende. La mort des autres n'est qu'un détail pour moi. Je ne tue pas, mais que les autres meurent ne me touche pas.
- Comment peux-tu dire de telles choses alors que tu sais ce que c'est que de perdre quelqu'un que tu aimes ?
L'air de Connor changea à ces mots. Cette fois, elle l'avait vraiment cogné à la poitrine. Mais que savait-elle de ses pensées, de ses souffrances ? Simplement ce que lui voulait bien montrer. Il ne pouvait de toute façon pas lui expliquer qu'Antonin avait fait son chemin et avait pris des décisions qui l'avaient mené à sa propre mort. Il ne pouvait pas lui expliquer qu'il se passait beaucoup plus de choses que celles dont elle était informée. Et que pour son propre bien, elle ferait mieux de ne pas poser trop de questions.
- Contente-toi de veiller à ta sécurité, Desrende, dit Connor sur un ton neutre.
- C'est une menace ? demanda Lucille.
- Pas de ma part, Desrende, pas de ma part.
Lucille ne répondit pas. La discussion qu'ils venaient d'avoir l'avait troublée. Elle ne savait pas quoi penser de tout ça. Elle ne se comprenait elle-même plus. Pourquoi n'avait-elle pas déjà tourné les talons ? Pourquoi continuait-elle de vouloir en apprendre plus sur Nott ? Elle avait envie de comprendre d'où venait cette haine, cette colère, et ce qu'il lui avait dit n'était pas suffisant. Elle aurait aimé comprendre, elle aurait aimé le comprendre. En face d'elle, Nott la dévisageait. Il la trouvait tellement jolie.
- D'autres questions ? demanda Connor, son air taquin revenu.
- Tu le sais, non ? Si Poudlard fera partie des prochaines attaques. Voldemort ne compte pas s'arrêter là.
- Non, Desrende, il ne compte pas s'arrêter là. Pas tant que chaque sorcier ne craindra pas de prononcer son nom. Et même à ce moment, il ne s'arrêtera pas.
- Tu ne réponds pas à ma question.
- Et je n'y répondrai pas. Tu es une fille intelligente, Desrende, réfléchis avec ta tête.
Lucille défia le sorcier du regard. Il sous-entendait que ce n'était pas ce qu'elle faisait à cet instant. Et peut-être avait-il raison. Elle venait de lui courir après pour se retrouver seule avec lui dans ce couloir. Après ce qu'elle venait d'apprendre, ce n'était pas ce qu'il y avait de plus malin.
- Qu'est-ce que tu sous-entends, Nott ?
- Tu as une petite voix dans ta tête qui te dit depuis le début de l'année de rester loin de moi. Tu devrais continuer à l'écouter.
- C'est toi qui continues de venir vers moi, se défendit Lucille sans retenir un rougissement.
- Vrai, et c'est pour ça que le jeu en est toujours encore plus intéressant. Mais ne t'y perds pas, ce sera une erreur fatale. A plus tard, Desrende.
Une main sur sa joue, le pouce de Connor la caressa pour disparaître aussitôt, et quand elle le réalisa, le Serpentard avait déjà tourné les talons. Lucille voulait continuer cette discussion, elle avait d'autres questions, mais elle se retint. Il avait raison, elle ne devait pas aller vers lui, elle s'y brûlerait les ailes. Alors elle se retint.
Mais Lucille était perturbée. Perturbée par l'attirance qu'elle avait ressentie, perturbée par cette volonté d'en apprendre plus sur lui, perturbée par cette envie de lui enlever sa colère. Il fallait qu'elle arrête. S'il y avait une chose sur laquelle Connor Nott ne lui avait pas menti, c'était bien que rester loin de lui était ce qu'il y avait de mieux pour sa propre sécurité. Et Lucille savait que c'était vrai, alors elle serra les poings de frustration et tourna les talons pour rejoindre ses amies, le cerveau embrouillé.
De l'air, Willah avait besoin d'air. Elle avait quitté la bibliothèque rapidement, récupérant ses affaires à la va-vite et signalant à Alex et Joan qu'elle allait se promener. Depuis, elle n'avait pas réussi à décélérer le pas. Elle avait chaud en haut de la poitrine et sentait le haut de son sternum lui brûler. Concrètement, elle avait envie de vomir. Elle sentait la chaleur dans tout son cœur et avait besoin d'air frais, que ça lui tape dans les tempes, que ça la calme. Elle continuait de marcher rapidement, ses pas la guidant sans qu'elle ne puisse y réfléchir. Elle se fichait de bousculer du monde, les visages défilaient sans qu'elle ne les voie, sans qu'elle ne les reconnaisse. Elle continuait d'accélérer.
Finalement, elle arriva près de la sortie qui la menait au parc de Poudlard, et quand elle accéda à l'extérieur, Willah s'arrêta violemment. Tout son corps subit cet arrêt violent, et ses jambes défaillirent. Et ce fut sans résistance que Willah tomba sur ses genoux, les mains sur le sol qui empêchèrent la rencontre du haut de son corps avec le sol. Exténuée, la course l'avait exténuée. Ses pensées l'avaient épuisée. Elle pouvait enfin sentir son cœur battre à cent à l'heure, elle pouvait enfin sentir son souffle saccadé, elle pouvait enfin se sentir respirer.
- Putain de merde.
Willah réalisait maintenant qu'elle venait de faire une crise d'angoisse. A force de réfléchir aux événements qui venaient de se passer, qui la ramenaient à la mort d'Antonin, à force de se torturer avec ces pensées qui avaient tourné en boucle dans sa tête, Willah en était venue à faire une crise d'angoisse. Et à cette pensée, quelques larmes coulèrent alors qu'elle retenait un sanglot. La pensée, la réalisation qu'elle était seule. Il n'y avait pas Antonin pour la calmer, il n'y avait pas Antonin pour l'aider à mettre fin à sa crise, pour s'assurer que la crise était bien terminée, pour faire en sorte qu'elle n'en refasse pas une par la suite. Willah avait envie de porter ses mains à son cou, mais elle n'osait pas toucher cette partie de son corps, de peur que l'air lui manque à nouveau.
Qu'est-ce qu'il s'était passé, elle n'en savait rien. La vérité était qu'elle avait peur, et que ruminer les événements de la veille et les associer à ceux d'Antonin l'avait terrifiée. La jeune fille se sentait faible. Seule et faible.
- C'est Hale qui vient de passer ?
La question de Peter attira l'attention de Sirius et Remus qui discutaient de la prochaine pleine lune, et les deux sorciers demandèrent à Peter pourquoi il demandait ça.
- Elle vient de passer en courant presque et elle n'avait pas l'air bien, mais je suis pas totalement sûr que ça ait été elle. Pourtant, ça avait l'air d'aller, ce midi.
- Ca ne veut pas dire que cette histoire ne l'a pas chamboulée, répondit Remus.
Sirius fronça les sourcils. Il se demanda un instant s'il devait essayer de la retrouver, puis il se dit que la jeune fille ne devait sûrement pas avoir besoin de lui. La discussion avec James ce matin le lui avait bien montré.
- Tu devrais aller la trouver, lui dit Remus.
- Je ne crois pas que…
- Qui sait ce qui lui est arrivé ? le coupa Remus calmement. Va la trouver.
Sirius ne chercha pas à discuter face à l'air inquisiteur de son ami et prit la direction que lui indiquait Peter. C'était la deuxième fois de la journée qu'il allait à la rencontre de Willah Hale et Sirius se demanda d'où ça lui venait. Finalement, il repensa à la soirée de la veille, à laquelle il n'avait pas repensé à cause des événements qui étaient venus en travers ce matin, mais il devait reconnaître qu'il avait passé un bon moment en compagnie de la jeune fille. Ils avaient dansé pendant un moment, et Sirius n'avait cessé de la faire rire. L'alcool avait aidé, et une fois qu'elle avait éclaté de rire face à certaines manières que Sirius exagérait dans leur danse, elle ne s'était plus arrêtée. Puis ils avaient fini par se fatiguer et ils étaient retournés au bar où ils avaient relevé le défi de Louise d'un concours de shots. Willah avait rapidement abandonné, ne souhaitant pas finir totalement saoule, et ils avaient fini à discuter tranquillement avec plusieurs autres personnes.
Sirius marchait dans les différents couloirs depuis un petit moment. Sirius avait beau cherché, il ne trouvait pas la Serdaigle. Il soupira, se disant que la carte du Maraudeur lui aurait bien servi en cet instant, sauf qu'elle se trouvait dans le dortoir. Finalement, il décida de rebrousser chemin.
- Black ?
Surprise, c'était Willah qui l'appelait. Il se retourna, et tomba sur la jeune fille dont les traits étaient tirés. Elle avait pleuré, Sirius n'avait aucune difficulté à le voir. Mais il ne fit pas de commentaire. Il s'approcha de la jeune fille et lui fit un sourire naturel.
- Tout va bien, Hale ? s'inquiéta Sirius.
- Tu avais l'air de chercher quelque chose.
Willah hocha la tête face au silence du sorcier, sachant très bien qu'il ne voulait tout simplement pas lui dire ce qu'il faisait. Quant à Sirius, il aurait pu se demander pourquoi il ne voulait pas lui dire qu'il la cherchait, mais il commençait à comprendre que quand il se trouvait en présence de la jeune fille, il faisait des choses qui ne lui ressemblaient pas et qu'il n'expliquait pas.
- Tu n'as pas l'air bien, lui dit Sirius.
- Tout va bien, Black, ne t'inquiète pas pour moi.
Un simple sourire, et Willah sut qu'il avait compris qu'elle lui mentait. La situation aurait pu être ironique. Ils se mentaient chacun à l'autre et en avaient parfaitement conscience, et pourtant aucun des deux ne cherchait à creuser. Enfin, peut-être que Sirius n'aurait pas creusé si la jeune fille n'avait pas aussi mal menti.
- Difficile de faire l'inverse, Hale, ça n'a vraiment pas l'air d'aller.
- Je me pose juste des questions, répondit la jeune fille, le regard fuyant. Comme tout le monde.
- J'ai l'impression que c'est toujours ta réponse, lui dit Sirius. « Comme tout le monde ».
- C'est parce qu'on vit tous la même chose.
- Ca ne veut pas dire que tout le monde prend tout de la même façon.
Willah ne répondit pas alors que Sirius la fixait de yeux observateurs. Il essayait de comprendre ce qu'elle pensait, et Willah le trouva mignon de l'effort qu'il y mettait. Tout comme l'effort qu'il avait mis hier soir à la faire rire, il avait rendu sa soirée meilleure. Peut-être qu'il rendrait sa journée meilleure si elle acceptait pour une fois de s'ouvrir.
- Les mangemorts d'hier n'ont pas été retrouvés, des deux attaques. Tout comme le mangemort qui a tué Antonin. Et je commence à me dire que notre gouvernement est très mauvais dans la protection, mais également dans la recherche de criminels.
- Ils retrouveront ceux d'hier, répondit Sirius. Ils sont plus faciles à retrouver que celui qui a tué Antonin. Et les aurors les retrouveront.
- Tu parles, cingla Willah. Le Ministre de la Magie a fait un communiqué vide de sens, lui-même ne sait pas ce qu'il se passe. Voldemort gagne du terrain petit à petit, et nous, nous attendons simplement de nous faire tuer. La Ligue ne réagit pas et…
- Tu te doutes, Hale, l'interrompit Sirius malgré qu'elle ait raison, que si Dumbledore n'est pas là, c'est qu'il a dû être appelé par le gouvernement pour plaider une aide auprès de la Ligue. De plus, ils retrouveront les mangemorts concernés. Nos aurors ne sont pas incompétents.
- Qu'en sais-tu ? Rien n'est dit, et je n'ai pas lu une ligne dans le communiqué qui parlait d'un soutien international et je me demande bien comment ils réussiront pas retrouver des fantômes. Personne n'a aucune information sur eux, ne sait comment ils fonctionnent, comment ils opèrent.
- On n'en sait rien, Hale, rassura Sirius. On n'est pas informés de tout ce qu'il se passe.
- Ce qu'on sait, c'est que jusqu'ici, personne n'a su prévoir ou arrêter une attaque. Et pour la deuxième fois depuis qu'on entend parler de Voldemort, des civils sont morts.
Willah n'avait pas tort, et Sirius le savait, mais il était moins pessimiste que la jeune fille. Il avait confiance en les aurors, il voulait croire que les sorciers qu'il voulait rejoindre l'année prochaine étaient capables de protéger la situation. De plus, il ne voyait pas pourquoi la communauté internationale ne les aiderait pas alors qu'ils entraient de toute évidence en guerre au Royaume-Uni.
- Je sais simplement qu'il faut attendre plus d'informations avant d'aller à de telles conclusions, finit par dire Sirius.
Dans un hochement de tête, Willah concéda à Sirius qu'il avait raison. Comment elle se sentait, elle n'en savait rien. Il fallait surtout qu'elle se repose. Et surtout, il fallait qu'elle parle avec Connor. Mais pas aujourd'hui, elle ne s'en sentait pas la force. Il fallait qu'elle se repose.
- Je vais te laisser, Black, je suis fatiguée. A plus tard.
Willah fit quelques pas pour s'éloigner, mais Sirius la rattrapa, et d'une façon qui la surprit. Il avait attrapé sa main, et Willah la sentit chauffer alors qu'il la relâchait soudainement, comme surpris par son propre geste.
- Je…
Sirius ne savait pas quoi dire. Il était gêné, et il ne savait même pas pourquoi.
- Ca va te sembler bizarre, mais si jamais t'as besoin de parler, n'hésite pas, Hale.
En effet, ça sembla bizarre à Willah. Elle mit une dizaine de secondes à assimiler ce que le jeune homme lui disait, et il se sentait chauffer des joues alors qu'il attendait qu'elle dise quelque chose. Finalement, Willah lui sourit. Un simple sourire qui suffit à Sirius.
- Merci, Black.
Et elle tourna les talons. Sirius, quant à lui, soupira. Elle était si peu expressive, ça pouvait en être énervant. Et il s'énervait lui-même. Pourquoi devenait-il si maladroit en sa présence ? Ce n'était pas comme s'il était incroyablement attiré par la jeune fille pour qu'elle le rende muet. Il avait tendance à penser qu'il ne savait simplement pas comment s'y prendre avec elle. Probablement parce qu'elle ne lui montrait pas de réel signe qu'elle aimait passer du temps avec lui.
Compliquée, c'était une histoire compliquée. C'était une journée compliquée. Sirius soupira, tout était trop compliqué cette année.
- Qui reveut une bierraubeurre ? demanda Sirius.
Peter leva la main alors qu'il posait sa bouteille vide dans un coin du dortoir où se trouvaient toutes les bouteilles vides. Sirius dévérouilla une bouteille à l'aide d'un sort et la tendit à son ami qui la récupéra. Quant à Remus, il fit un signe de la main à Sirius lui indiquant que c'était bon pour lui.
- Ce soir, dit Sirius, on se la met.
- Pour se réveiller comme ce matin, non merci, répondit Remus.
- Tafiole, répondit simplement Sirius dans un sourire.
Pour simple réponse, Remus lui jeta sa capsule de bouteille à la tête. Sirius allait répondre, mais James entra dans la chambre avec un sourire sur les lèvres que chacun remarqua.
- Alors, t'étais où vieux ? demanda Sirius.
- Je parlais avec Evans, dit James. Elle m'a accompagné à la volière pour que j'envoie ma lettre à ma mère.
- Et ça s'est bien fini ? demanda Peter sur un ton amusé.
- Bien sûr ! Les filles sont en bas. Evans me disait que toutes les maisons ont préféré rester au château. Avec tout ce qu'il s'est passé, personne ne veut être dehors.
- C'est le début de la peur mon pote, dit Sirius en tendant une bierraubeurre fraiche à James, mais au moins on est en sécurité.
James trinqua sa bouteille avec celle des trois autres et s'installa sur le sol avec ses amis.
- Evans me disait un truc intéressant. Les préfets-en-chef ont entendu des trucs de la part des professeurs qui disaient que les sorties allaient être annulées.
- Logique, répondit Peter. Ils vont augmenter la sécurité à partir de maintenant.
- Et les passages, vous pensez qu'ils vont les bloquer ? demanda Remus.
- A savoir s'ils sont au courant, dit Sirius.
- Bien sûr qu'ils le sont, répondit James.
- Alors ouais, finit Sirius fatalement, ils vont les bloquer.
Le silence s'installa dans la pièce alors que chacun assimilait ce que cela signifiait. Puis chacun eut une expression horrifiée.
- Bordel, lâcha Remus, effaré, faut que je refasse mon stock en chocolat !
Sirius et James lancèrent un regard désabusé à leur ami en entendant sa plainte.
- Tu rigoles Remus j'espère ! commença Sirius.
- Pense au stock d'alcool, continua James, faut tenir jusqu'à Noël !
- Je propose qu'on y fasse un tour ce soir, termina Peter avec sérieux.
- Je suis d'accord avec Peter ! déclara Sirius.
- Non, interrompit Remus d'une voix ferme, personne ne quitte le château ce soir.
A cette phrase, chacun se calma. Sirius et Peter qui s'étaient levés se rassirent, mais ils restaient décidés. Quant à James, il était totalement du côté des deux autres, et Remus le vit. Alors il dut défendre sa position.
- Désolé les gars, mais c'est hors de question. Avec ce qui est arrivé hier soir, qui sait ce qui peut arriver cette nuit ? Surtout que tout le Royaume-Uni sait que les élèves de Poudlard sortent faire la fête à Pré-au-Lard le vendredi soir. Alors non.
- Tu sais bien que s'ils veulent attaquer les élèves de Poudlard, ils ne le feront pas alors que Dumbledore est aux aguets, défendit Sirius.
- Et alors, rétorqua Remus, ce n'est pas un risque à prendre. Garde tes fesses sur le sol Sirius parce que tu ne vas nulle part. Tu sais que j'ai raison.
- Ouais je sais, rumina Sirius qui venait de perdre son énergie. Je sais putain.
Sirius soupira alors que James rejetait sa tête en arrière pour s'allonger sur le sol. Ils se sentaient pris au piège, conscients que leur liberté commençait déjà à être limitée.
- Putain de mangemorts, reprit Sirius, ils nous privent déjà de nos loisirs.
- Alcoolique, lâcha Remus.
- Loup-garou, répondit Sirius.
Sirius et Remus se fusillèrent du regard, finalement jusqu'à qu'un des deux ne craque et ne finisse par rigoler. Ce fut Peter qui les interrompit.
- Je propose une bataille explosive.
- Pour, répondit James, mais sans alcool. Faut préserver les stocks, et dans un mois on en aura grandement besoin.
Les trois autres maraudeurs hochèrent alors que Remus sortait les cartes de leur boite. Ils avaient décrété que le meilleur moyen de se changer les idées était de passer la soirée seulement tous les quatre, et s'amuser. Avec quelques bières, parce qu'ils n'allaient pas non plus arrêter totalement de boire, et un jeu de cartes explosives, ça ne pouvait être que le cas. Parce que la guerre divisait comme elle rapprochait.
Le lendemain fut difficile, malgré la soirée qui n'avait pas duré jusqu'à tard. Les maraudeurs avaient joué aux cartes et avaient discuté pendant un long moment, et ils se réjouissaient que ce soit le week-end. Lorsque Peter bailla à la table des Gryffondors, il donna sans le vouloir un coup à Sirius qui renversa sur la table le lait qu'il servait dans son bol, amenant des cris de la part de sa voisine qui était Miki et qui donna un coup sur la tête de Sirius pour sa maladresse.
- Mais ce n'est pas moi ! réagit Sirius.
- Je m'en fous putain Sirius, lâche le lait !
Celui-ci continuait de couler, et Sirius réalisa qu'il n'avait pas relevé le pichet, ce qu'il finit par faire alors qu'à côté de lui, Peter se faisait petit. Mais Sirius ne lui prêtait pas attention, tentant de se justifier auprès de Miki qui l'avait tapé sans raison. Finalement, elle le tapa à nouveau et le jeune homme fit la tête, mécontent que personne n'écoute sa version des faits. En face de lui, James était plié de rire, ne pouvant s'arrêter, alors que son hibou se posait devant lui de manière délicate.
James détacha la lettre à la patte de son oiseau et le caressa doucement alors que ce dernier relevait le bec vers le haut de manière majestueuse tout en se laissant caresser. Finalement, il repartit, et James ouvrit sa lettre. A la table des professeurs, Albus Dumbledore s'installait à la table, et tout le monde semblait se réjouir de le voir présent.
James avait froncé les sourcils alors qu'il terminait de lire sa lettre, et quand il releva la tête, Sirius comprit directement que quelque chose n'allait pas. Il fit un signe à James qui essaya de lui murmurer quelque chose qu'il ne comprit pas, alors son ami lui tendit la lettre alors qu'Albus Dumbledore se levait pour commencer un discours.
Sirius n'écoutait pas. Il lisait la lettre du père de James qui lui assurait que les aurors prenaient les recherches d'identification en main et qu'il ne devait pas s'inquiéter. Il demandait à son fils de faire attention, et lui parlait ensuite de la Ligue, et Sirius sut que c'était cette partie qui contrariait James. En effet, le père de James lui disait qu'une réunion avait été organisée de manière exceptionnelle entre les gouvernements des pays de la Ligue, ainsi que quelques personnages importants du Royaume-Uni, dont Dumbledore. Il en avait été conclu que le pays ne se trouvait pas en situation de danger et qu'il pouvait gérer la crise dans laquelle il se trouvait sans aide des autres pays. Ce qui enragea Sirius, mais il n'eut pas le temps de s'énerver, les paroles du directeur lui parlant enfin.
- Tout cela étant dit, plusieurs règles seront instaurées à partir d'aujourd'hui. Tout d'abord, toute sortie à Pré-au-Lard est interrompue jusqu'à nouvel ordre…
Des protestations fusèrent alors que le professeur Dumbledore tentait de calmer les élèves avec ses mains. Sirius fut parmi ceux qui protestaient, bien qu'il s'était douté que ça arrive, mais Remus posa une main sur le bras de son ami, l'incitant d'un regard inquisiteur à se calmer.
- Je comprends votre mécontentement, reprit le professeur Dumbledore, mais aucun commentaire ne sera toléré. Qui plus est, de nombreux élèves connaissent l'existence de passages dans le château menant à l'extérieur. Ces passages seront fermés.
Cette fois, personne ne protesta, tout le monde étant conscient qu'ils seraient découverts s'ils se plaignaient. Mais les chuchotements redoublèrent, et le professeur Dumbledore ne les empêcha pas alors qu'il reprenait.
- Notre volonté n'est pas de vous mener au cloisonnement, mais de vous protéger au maximum. Ce qu'il se passe dehors, mes enfants, n'est pas à prendre à la légère. Dans les années à suivre, certains d'entre vous seront dehors, livrés à eux-mêmes. Aujourd'hui, entre ces murs, c'est notre devoir de vous protéger.
Chacun le savait, que ces règles étaient pour leur protection, mais personne ne s'en réjouissait. C'était un bout de leur liberté qui leur était enlevé. Mais pour les plus âgés, il y avait plus inquiétant. Que le professeur Dumbledore ne dise rien sur les prochaines actions du Ministère leur signifiait bien que les ministres ne savaient pas comment réagir à la menace.
Sirius tendit sa lettre à James, et il se pencha pour murmurer à son ami ce que lui-même se disait.
- Faut qu'on s'entraîne. Et vite.
- On répond à mon père après manger et on va s'entraîner.
Sirius hocha la tête, et James et lui se firent une promesse d'un simple regard, celle qu'ils n'allaient pas rester les bras croisés inutilement, celle qu'ils allaient réagir, et ensemble.
A la table des Serpentards, Connor discutait avec Severus. Ils n'avaient pas prévu le blocage des passages secrets, et il leur fallait réagir rapidement à ce souci. Leur ravitaillement en alcool et en ingrédients serait compromis et ça poserait de gros problèmes. Mais leur discussion fut interrompue par un aigle en papier qui vint se poser sur l'épaule de Connor, et il sut qui en était le destinataire à la forme du message. Connor n'y prêta cependant pas attention, les yeux fixés sur les quelques mots qu'il lut avant que le papier ne se consume dans une flamme. Et sur les lèvres de Connor Nott, un sourire dangereux se dessinait.
« Dis-moi quand commencent les cours de magie noire. »
