11 – Dés que l'annonce avait été faite Kerenski s'était précipité à l'extérieur pour s'arrêter net devant le spectacle d'Anya baignant dans son sang. Tout autour d'eux la neige qui quelques temps auparavant était blanche était à présent noircie par les pneus et les traces de pas.

Il était onze heures lorsque l'attaque à la rocket avait eu lieu deux heures plus tôt. A présent Anya se faisait agresser, lui qui tant de fois avait clamé haut et fort qu'il n'avait plus de cœur, s'était trompé, celui-ci se rappelait à lui une nouvelle fois.

Il avait cru à tort que vivre loin des hommes protégerait son cœur mais pas du tout, lui et Joy étaient pareils.

Ils voulaient se protéger mais y échouaient misérablement, assis dans le hall d'attente de cette clinique moscovite Kerenski regarder s'égrener les minutes en attendant que le médecin sorte du bloc et l'informe de l'état de santé d'Anya. Dans ce hall se trouvait avec lui le supérieur d'Anya, Michaël Critchek, un bureaucrate.

En apprenant ce qui s'était passé toute l'Intel avait proposé de venir à Moscou l'aider mais Georgi avait refusé. Pour l'instant leur présence n'était pas nécessaire.

Joy avait facilement cédé comme toujours elle semblait lire en lui.

Paris

Depuis un an maintenant Edouard profitait pleinement de la vie dans la capitale française tout en accomplissant brillamment son travail pour la commission. Malheureusement l'heure n'était plus au rire au contraire, ce fut avec une rare violence qu'Edouard raccrocha son téléphone. Mme Arden ne put réprimer un mouvement de recul lorsqu'elle vit cet éclat de la part de son fils. Ce dernier, s'apercevant de sa présence sembla reprendre contenance.

- « que puis je pour toi, mère ? »

- « oh rien mon Edouard. J'étais de passage et je tenais à prendre de tes nouvelles. Tu sembles bouder Londres et New York ces temps-ci. »

En parfait fiston, Edouard alla vers sa génitrice et lui fit un baisemain.

- « pardonne-moi mère mais une exposition en Asie requiert toute mon attention. Les propriétaires des la collection exposée se trouvent à Paris actuellement, ils réclament eux aussi toute mon attention. »

- « je te souhaite bonne chance, Edouard. Je voulais t'informer de la réception que j'organise samedi je compte sur ta présence. »

- « oui mère n'aie crainte je serai présent. Père sera là ? »

- « il est probable qu'il fasse une apparition ainsi que Joy, Michel et Délia. »

- « une charmante réunion de famille en perspective. »

- « en effet bien qu'il me déplaise de voir Joy en compagnie de cette idiot de Michel. »

- « allons mère nous sommes de parfaits hommes et femmes du monde. Nous saurons nous croiser sans grincement de dents. »

- « je n'en doute pas un seul instant. »

Le ton de voix avait durci.

- « bien, si tu veux bien m'excuser mère mais je suis attendu. Laisse donc le lieu et la date exacte de la réception à ma secrétaire. »

Sans plus de cérémonie Edouard partit rejoindre Paul Mauriac qui se trouvait à Paris. Il était inquiet, depuis quelques temps, il semblait que quelqu'un se soit attaché à ses pas et faisait en sorte qu'une partie des opérations dont il avait la charge fussent des échecs. Son agent en Russie venait de lui apprendre qu'Anya Kopolsva vivait encore. Ses jours étaient en danger. Cela ne suffisait pas, deux tentatives en moins de deux heures et qui échouaient, le pire c'est que les assaillants s'étaient attaqués à des avoirs du groupe W et que Kerenski était en Russie.

New York. WALKEN INDUSTRIE

En l'absence d'Anjali, Patrick remplaçait tant bien que mal sa patronne dans la gestion du groupe Walken.

Il se souvenait encore de leur arrivée au groupe il y avait de cela trente six mois, le groupe se trouvait à ce moment là sous le coup d'une saisie pour son incapacité à honorer ses dettes, l'héritier en prison sous le coup d'une inculpation pour tentative de meurtre et en attente de son procès et les membres du conseil d'administration qui tentaient de sauver leur peau.

En accédant à la salle du conseil la première fois, Patrick avait été très impressionné mais pas Anjali. Il avait trouvé cet emploi après l'intervention de Nério Winch auprès du procureur afin qu'il se montrât clément dans son plaidoyer. Au lieu des dix années qu'il aurait du écoper pour faux et usage de faux il en avait écopé de cinq mais avec l'obligation de passer un diplôme.

Le diplôme à préparer lui fut imposé par Joy et Nério alors pendant les cinq ans qu'il passa à la prison de New York, il travailla avec acharnement à passer ses diplômes de gestion et de droit des affaires international et fédéral.

Patrick se savait beau garçon et avait cru pendant un temps pouvoir user de sa belle gueule pour se défiler, alors lors de la première visite de Joy à la prison il avait tenté sa chance. Il s'en souvenait encore. Malgré sa petite taille Joy n'eut aucun mal à le mettre au tapis avec une rare violence.

Elle le projeta contre le mur et se mit à l'étrangler lorsqu'un garde tenta de s'opposer elle le refroidit d'un regard terrible avant de retourner son regard vers lui.

- « ne pense pas que nous ayons fait ça par bonté d'âme, tu es quelqu'un qui peut avoir un avenir et tu as demandé l'aide d'Hector, alors voici le deal : tu as cinq ans pour passer tes diplômes et à cette issue un travail t'attendra mais sache que pour avoir enfreint la loi tu t'es engagé dans une voie sans issue. Essaie de nous trahir et tu ne vivras pas assez longtemps pour t'en vanter et cette fois ci même ton frère et ses relations ne pourront rien pour toi. Est ce clair ? »

Lentement il fit oui de la tête. Elle le relâcha et il put enfin s'effondrer sur le sol et tenter de reprendre son souffle.

- « ne pense pas m'échapper. Où que tu ailles je te trouverai. »

Les cinq années passèrent, il travailla durement et passa ses examens avec succès, Joy Arden vint lui rendre visite souvent, bien plus souvent que ne l'autorisait le règlement de n'importe quel établissement pénitencier même le plus laxiste.

Elle le fit étudier, lui apprit l'usage des armes. En fait c'était comme s'il se trouvait dans un corps d'armée.

Il n'était pas le seul à être soumis à ce régime particulier, trois autres prisonniers subissaient le même sort que lui. A l'issue des cinq années ils retrouvèrent leur liberté et chacun partit intégrer un groupe. Lui, travaillait pour Walken Industrie et serait fidèle jusqu'à sa mort à sa directrice. Il avait vu ce qu'il était advenu de l'un d'entre eux pour avoir trop parlé, la police avait repêché son corps sous le pont de Brooklyn. Il avait travaillé pour Céline Jutras l'ancienne maîtresse de Largo Winch.

Lorsque cette offre lui avait été faite par son frère lorsqu'il était venu le voir en cellule, il avait éclaté de rire arguant que personne n'emploierait un homme ayant un casier judiciaire. Pourtant Hector avait insisté encore et encore jusqu'à ce de guerre lasse il acceptât de tenter le coup.

Patrick n'eut pas le temps de remonter plus loin dans ses souvenirs que les portes de l'ascenseur s'ouvrirent pour laisser Anjali Walken sortir.

Comme à chaque fois qu'elle venait en sa direction Patrick se surprit à la détailler : de petite taille et fine ses traits avait gardé quelque chose d'enfantin, sans doute dans la courbe de ses lèvres pleines car si l'apparence générale était juvénile rencontrer son regard démentait cette impression, il semblait usé, vieux d'avoir vu trop de choses pas belles à voir. Et pourtant leur couleur d'ambre évoquait indubitablement la chaleur mais chez Anjali Walken Ils semblaient sans vie, morts.

Il se souvenait encore du premier conseil lorsque Anjali leur fut présentée, ils avaient ri l'un d'eux avait même poussé l'audace à vouloir lui tapoter le sommet du crâne, mal lui en prit la voix d'Anjali s'éleva alors dans la grande salle du conseil froide coupante.

- « je vois que vous êtes bien installé dans mon fauteuil Mr Reese mais le fauteuil ne fait pas l'homme ! En l'absence de mon frère vous avez été incapable de maintenir ce groupe sur les rails donc je vous soulage de ce siège, vous ainsi que tous ceux ici présent êtes dorénavant sous mon autorité. Suite à des négociations avec le gouverneur de New York qui voyait assez mal la fermeture de notre compagnie j'ai pris sur moi de racheter la dette du groupe Walken donc je suis actionnaire à hauteur de 56 dans le groupe et mandataire pour d'autre à hauteur de 10. Afin de savoir où nous en sommes toutes les filiales du groupe seront auditées, Patrick faites entrer les auditeurs…… Messieurs durant les prochains mois toutes les décisions seront gelées et aucune décision relative au groupe ne sera prise sans mon aval express. Sachez aussi que toute malversation ou tentative sera sévèrement réprimée et toute action ayant été entreprise dans le but de nuire au groupe nuira sérieusement au contrevenant et à son compte bancaire. Voici le nom des auditeurs et de la ou les filiales dont ils auront la charge. »

Comme toujours Anjali portait ses cheveux détachés, cette coiffure la rendait encore plus féminine et éveillait en lui le désir de la protéger bien qu'il sut qu'elle n'en avait aucun besoin puisque sa sécurité était assurée par l'un des garde du corps de Arès l'agence de Mlle Arden et elle-même avait démontré un jour sa dextérité dans le maniement des armes.

On ne grandit pas à l'ombre de la mafia sans en tirer quelques choses.

- « bonjour Mlle Walken. J'espère que votre week-end fut agréable. »

- « pas tellement Patrick mais qu'importe et qu'en est il de vous ? »

- « j'ai passé mon week-end chez mon frère. Il vous transmet tous ses respects. »

- « merci, très bien qu'y a t il de prévu aujourd'hui ? »

- « nous devons revoir le dossier d'Asclépios afin de finaliser les dernières clauses du contrat en compagnie de Connors, ensuite vous avez rendez vous avec John Sullivan du groupe W au sein du groupe pour déjeuner d'affaire en compagnie de Winch aussi.»

- « et pour l'après midi ? »

- « vous avez rendez vous avec Miller pour le contrat des relais satellites au Canada. Puis vous devez conclure par une autre rencontre avec Connors Valence avec qui vous devez procéder aux dernières mise au point relative au dossier du complexe immobilier « Walhalla. » »

- « le premier rendez vous est à dix heures, donnez moi les rapports des administrateurs, puis demandez à Tamahome Takamiya de venir me voir. »

Patrick sortit exécuter les ordre de sa patronne tandis que cette dernière se plongeait dans l'étude une nouvelle fois d'Asclépios.

La commission avait fait fort cette fois-ci, elle avait tout simplement essayé de vendre à Winch un laboratoire d'héroïne de taille industrielle.

Elle allait devoir se séparer de tout le personnel et réinvestir énormément pour rentabiliser cet investissement. Sinon elle pouvait toujours vendre aux colombiens ils avaient toujours besoin de ce genre d'unité ou alors faire comme ce qui était devenu la spécialité du groupe moderniser, démembrer et vendre.

- « vous m'avez demandé Mlle Walken. »

- « oui, comme vous le savez nous venons de racheter une usine près de la frontière mexicaine. Malheureusement cette opération s'est avérée un piège de la commission puisque cette dernière ne laissera pas passer l'offense, je veux que vous vous rendiez là bas afin que vous vendiez l'équipement qui se trouve sur place à la mafia local puis que vous voyiez ce que vous pouvez faire de l'usine. »

- « et pour le personnel ? »

- « j'ai vu Takamiya Sama et celui-ci m'a fait part du désir de beaucoup de jeune de suivre une autre voie que celle de la famille, s'ils acceptent donnez leur une chance. »

- « Bien Mlle Walken. Nous le clan Takamiya avons développé une nouvelle activité liée à la piraterie informatique et l'arnaque bancaire donc le site pourra à priori servir soit comme une usine de fabrication d'ordinateur ou une agence de sécurité informatique. »

- « je laisse ce dossier entre vos mains vous avez quatre semaines pour me soumettre un projet. »

- « merci Mlle vous ne regretterez pas. »

- « je l'espère car je ne suis pas ici pour faire la charité mais pour faire des affaires…. Autres choses j'informe les colombiens de la disposition de matériel pour une vente aux enchères. »

En trois ans Walken Industrie avaient retrouvé grâce à la poigne D'Anjali et au capital risque investi un peu de son lustre d'antan. Lentement mais sûrement les actions du groupe avaient été retirées de la bourse et actuellement l'ensemble du groupe était entre les mains d'Anjali Walken et des Héritiers de Reinhardt.

Elle avait horreur de recourir aux mafias pour résoudre certains de ses problèmes, mais malheureusement contrer la commission demandait un certain détachement ainsi qu'un renoncement à une certaine conception de la justice sur terre.

Avec le camouflet qu'elle venait de leur infliger Anjali ne doutait pas un seul instant d'une riposte qui se présenterait sous la forme d'une descente de police ou un contrôle quelconque.

MONTREAL

Natalia marchait d'un pas vif dans le froid matinal. Elle était en retard pour la séance photo de Mario, il allait en faire une jaunisse et encore plus en la voyant arriver avec un hématome sur son épaule droite. Depuis quelques temps elle recevait des menaces dont l'une s'était présentée sous forme d'un rat mort qu'elle avait reçu dans sa loge en présence de son agent. Depuis quelques jours, elle avait aussi le sentiment persistant d'être suivie.

- « à présent les doutes ne sont plus permis.»

Comme beaucoup d'agents du KGB infiltrés partout dans le monde, Natalia Petrovic avait été abandonnée sous son identité d'infiltration. D'ailleurs elle n'avait plus sa place en Russie.

Elle s'était fort bien accommodée de cet abandon, puisque de toute façon plus personne ne l'attendait en Russie : toute sa famille avait péri. Le seul contact qu'elle avait gardé avec son passé était Georgi. En pensant à lui elle ne put réprimer un petit sourire gourmand en se remémorant les petites soirées en tête à tête lors de son passage à New York il y a de cela quelques semaines.

Bientôt elle fut en vue du studio mais en passant devant la vitrine d'un magasin elle remarqua une présence, certes discrète, mais qui semblait la guetter. C'était la même que celle qui quelques jours auparavant faisait les courses dans le même magasin qu'elle.

- « chaque chose en son temps, je ne devrais pas avoir trop de mal pour savoir qui elle est et ce qu'elle me veut. Shaldrake devrait pouvoir m'en dire plus. »

Puis sans plus s'attarder sur ce sujet Natalia pénétra dans le studio où l'attendait une longue journée de travail.

MOSCOU

Le groupe W disposait de moyens considérables et le personnel russe eut l'occasion de se rendre compte de l'efficacité d'une telle machine.

En l'espace d'une nuit la filiale avait retrouvé son aspect initial et plus rien ne subsistait de l'attaque, les meubles avaient été remplacés et les dégâts faits à la peinture réparés durant le week-end.

Depuis l'agression dont Anya et le groupe avaient fait l'objet Kerenski partageait son temps entre la clinique où se faisait soigner Anya et la filiale.

Dans un mouvement empreint de lassitude Georgi passa une main dans ses cheveux courts avant de repousser ses lunettes. Depuis maintenant trois jours il n'avait pas décollé les yeux de son écran d'ordinateur, son temps il le partageait entre la remise à niveau du système informatique de la filiale et son enquête, or jusqu'à présent pas l'ombre d'une piste permettant de savoir si l'attaque visait le groupe, lui ou Anya. Les premiers éléments indiquaient que le virus qui mettait à mal le système avait été introduit lors d'un transfert en provenance d'une obscure succursale du groupe en Russie, de là il ne fut pas difficile à Georgi de trouver des suspects. Mais dans ce cas qui en voulait à Anya pour prendre le risque de l'attaquer sous ses yeux ou tout simplement sous les yeux du groupe W.

- « Kerenski quand pensez vous que tout sera fini ? »

- « dans les circonstances actuelles j'aurai besoin de deux autres semaines. »

- « ce qui nous mènera à la fin de la première semaine de décembre,……. Je préviens New York, je dois réaménager mes rendez vous. »

Sur ces mots Sullivan laissa Kerenski à son travail. Assis à sa machine ce dernier faisait le point, il avait envoyé des hommes récupérer l'informaticien qui avait effectué le transfert du fichier responsable de cette pagaille, ces derniers ne seraient là que demain d'ici là il ne pouvait rien faire.

La montre accrochée sur le mur d'en face affichait 19h, encore une journée de finie ! Cela faisait maintenant une semaine qu'il se trouvait en Russie. Largo et Simon l'appelaient régulièrement, Joy se faisait discrète. Après un bref rapport pour le rassurer sur l'état de ses bébés elle quittait souvent le bunker pour laisser les trois hommes entre eux et faits étranges ils semblaient vouloir lui cacher ce qui se passait à New York. Même Simon gardait le silence, or cela ne pouvait signifier qu'une chose: c'était grave.

Simon était incapable de lui cacher quoi que ce soit.