Aucun personnage ne m'appartient.

Solitude

Pour un petit garçon comme Torren, la solitude était un concept diffus. Lorsqu'on avait la chance d'être entourer d'une famille, certes non conventionnelle, mais ô combien aimante, comme la sienne, on ne manquait jamais d'attention. Que ce soit sa mère, son MonColonel, son tonton, sa tatie ou son oncle, au final, il y avait toujours quelqu'un pour s'occuper de lui, pour jouer avec lui.

Bien sûr, il n'oubliait pas ses amis. Eux aussi étaient de bonnes compagnies et ne manquaient pas depuis que la Cité avait obtenu le statut de Colonie terrienne. Mais… ce n'était pas pareil, ils n'étaient pas sa famille.

Solitude, solitaire, seul. Le jeune athosien n'avait jamais réalisé toute la portée de ce que cela signifiait. Jusqu'à aujourd'hui. Car, oui, aujourd'hui, il se sentait incroyablement seul, loin de sa famille. Sa famille qui, quelque part, il ne savait où exactement, peut-être agonisait. Peut-être, aussi, étaient-ils déjà tous morts?

Cette possibilité n'avait été évoqué par personne, pas à haute voix et surtout pas devant lui. Les gens d'Atlantis faisaient de leur mieux pour agir normalement en sa présence, mais Torren était d'ores et déjà assez grand pour savoir quand quelque chose clochait. Assez âgé pour noter la tension dans leurs muscles, l'inquiétude sur leurs traits et la compassion dans leurs regards. De la pitié pour lui à l'éventualité qu'il ne soit orphelin dès à présent, ou bientôt.

Et l'extraterrestre avait d'autant plus peur à constater leur mauvais jeu d'acteur. Il avait peur de se retrouver seul, de rester seul, comme il l'était à l'instant, pour toujours. Il n'y avait rien de plus angoissant pour lui que la perspective d'une éternité de solitude, mais s'il ne comprenait pas parfaitement les tenants et aboutissants de l'horrible sentiment qui lui tenaillait les entrailles. Et s'il ne les revoyait jamais?

D'ordinaire, lorsque sa mère partait en mission avec son MonColonel, tonton Rod et oncle Ronon, Torren demeurait avec tatie Jen, mais pas cette fois-ci. Non, parce que cette fois, la doctoresse les avait rejoint. On avait demandé un support médical.

Le garçon n'avait pas bien compris pourquoi. Quelqu'un était blessé? Le peuple de la planète visitée par sa famille? Sa famille elle-même? Avaient-ils été attaqués par les Wraiths? Les Geniis? Quelqu'un d'autre? Ou quelque chose d'autre? Trop d'incertitudes pour son jeune esprit troublé.

On l'avait éloigné de la salle de la Porte, de la salle de contrôle, pour qu'il n'entende pas si… qu'il ne soit pas là si… Si. Le « si » était suffisamment clair pour que personne ne se donne la peine de terminer cette phrase.

Et c'est ainsi que, petite ombre, il errait dans les couloirs de la Cité, cherchant le réconfort sans le trouver. Son professeur gardait un œil sur lui, à la demande de Mr Woolsey, mais Torren n'en était pas moins seul. Oh non.

À l'heure du repas, il se rendit docilement au Mess. Il tâta la nourriture plus qu'il ne la mangea, malgré les encouragements de son enseignant. Il n'avait pas besoin de bouffer, là, tout de suite, juste de bras réconfortants. Ce que sa famille était seule à pouvoir lui offrir.

― Tor'? fit une voix hésitante.

Le garçonnet leva la tête de son assiette pleine pour rencontrer le regard concerné d'Amélia. Cette dernière s'accroupit pour être à sa hauteur, tendant une main incertaine vers l'athosien.

Torren fixa un instant la main tendue, les bras proposés. Amélia faisait un peu partie de la famille, non? Elle était importante pour son oncle Ronon et donc, pour lui, pour eux tous aussi, sa famille? Elle mangeait fréquemment avec eux. Et elle prenait toujours le temps d'écouter le petit garçon, comme le faisait sa famille, contrairement à la majorité des adultes. Torren l'appréciait beaucoup, elle était toujours gentille avec lui.

L'extraterrestre se glissa avec urgence dans les bras de la technicienne qui raffermit doucement son étreinte sur lui, lui procurant un sentiment de sécurité bienfaisant. Il tenta de retenir ses larmes de couler, pensant à son oncle Ronon, mais le chagrin était trop fort. Il pensa à tonton Rod, à tatie Jennifer et à leur bébé à naître; il fut secoué de sanglots. Il pensa à son MonColonel et à sa mère, et il se raccrocha désespérément à Amélia.

― Res-stes, tou-toi, articula-t-il laborieusement entre deux hoquets.

― Je suis là, je ne pars pas. Je reste avec toi, le rassura la technicienne, le trémolo dans la voix.

Torren renifla bruyamment. Il n'avait peut-être pas le reste de sa famille, mais au moins il l'avait elle.

FIN