Le lendemain, avant le début des cours, les agents d'entretien découvrirent les toilettes du premier étage dans un état épouvantable. Les traces de sang laissées sur le sol et dans deux des cabines firent un tapage énorme, que l'on cacha aux élèves : quand les lycéens débarquèrent dans l'établissement, tout avait été soigneusement nettoyé. Néanmoins, la directrice Tsunade fut prévenue et commença à interroger discrètement tout un chacun quant à la provenance de ces traces. Sur tout un lycée à fouiller, elle ne pouvait avoir remarqué l'absence de Hinata Hyuuga et d'Uzumaki Naruto, qui se fondaient dans la masse des éternels sécheurs et malades.
Le blond n'avait en effet pas réapparu depuis les évènements de la veille. Mais de toute façon, Hinata n'était pas en mesure de le constater : sa plaie se révéla plus vicieuse, et le matin elle n'avait pas pu bouger d'un pouce. Sa tante l'avait emmenée de force à l'hôpital, où l'on ne put pas grand-chose pour elle : la seule chose qu'il lui fallait, c'était une journée de repos. Ainsi, la victime eut le soulagement de pouvoir retrouver son lit, racontant mollement à sa tutrice qu'elle s'était blessée en tombant. L'adulte était restée incrédule, soupçonnant une agression, et insistait pour qu'on l'emmenât chez la police pour porter plainte. Hinata répondait par des fatigues, et passa la journée emmitouflée sous ses couvertures, totalement vidée.
Au lycée, les murmures circulaient. Des professeurs et des agents d'entretien avaient lâché des rumeurs, et partout on parlait « du crime des toilettes ». Ca en faisait rire certains, d'autres tiraient la grimace. Les six filles qui agressèrent Hinata furent convoquées, au milieu de l'après-midi, dans le bureau de Tsunade. L'une d'entre elles était allée avouer dans la matinée, et avait tout raconté. La directrice n'avait bien entendu pas révélé aux autres qui était la traîtresse, mais finalement, dans les yeux de toutes, elle avait discerné un certain soulagement… Et le groupe fut expulsé de l'établissement, pour une durée de plus d'une semaine. On appela la blessée, s'assurant de sa survie. Encore, Tsunade crut bon de ne pas expliquer à la tante Hyuuga ce qu'il s'était réellement passé, voyant que sa nièce semblait lui avoir raconté une autre version. L'affaire avait l'air de bien s'éteindre.
Hinata était tout à fait lucide. Son front la piquait à peine, et son tournis n'était qu'un mauvais souvenir. Si elle n'avait pas eu la force de se lever ce matin, c'était dû à son épuisement mental. Toute la nuit, son sommeil avait été interrompu par des réveils angoissés, dans le noir. Bien plus que la plaie au dessus de son sourcil, le rejet de Naruto l'avait profondément blessée. Elle n'aurait jamais imaginé que cela puisse la toucher autant, et ne parvenait pas, du moins, se refusait à comprendre pourquoi elle avait si mal. C'était comme si une partie de son être s'était décrochée du reste. Cette parcelle qu'elle avait méticuleusement construite depuis le début de l'année, c'était ce qui lui permettait d'avancer. L'adolescente avait trouvé un objectif, une voie à suivre, un modèle elle s'était décidée à braver toutes les protestations d'autrui, et à atteindre le fond du mystère qui planait autour de lui. Mais que lui-même la repousse ainsi, avec une haine véritable, lui avait troué le cœur.
« Dégage. »
De n'importe qui, ces mots auraient vexé Hinata. Cette fleur fragile qui portait tant, trop d'attention au regard de l'autre, y avait toujours été très sensible. Mais depuis peu, elle s'était raffermie, les commentaires des filles de sa classe ne la touchaient plus, la brune parvenait à passer au dessus de tout cela, il n'y avait plus que le regard de ceux qu'elle estimait qui comptaient. Et Naruto, encore plus que tous. L'adolescente ne s'était pas rendu compte à quel point elle avait totalement basé sa vie autour de lui, depuis la rentrée de septembre. Elle se forçait à être plus forte, à aller de l'avant, pour qu'il soit impressionné il était devenu son prétexte pour progresser. Lui, et les Sabaku, Sakura, Ino, Kiba, et Shino… Même Neji, ce cousin si froid, semblait la regarder différemment depuis qu'elle quittait la maison avec le sourire.
Sa chambre, elle ne voulait maintenant plus la quitter. Tout venait de partir en fumée. En la rejetant, Naruto avait aussi rejeté le bourgeon de la nouvelle Hinata, qui peinait déjà assez à se développer. Elle ne se sentait plus la force à rien, les seuls sons qui résonnaient dans ses oreilles étaient « Pourquoi ? » puis finalement « A quoi bon ? ». Le lendemain, elle allait devoir retourner au lycée. Hinata allait se plier, malléable, sourire simplement comme elle savait si bien le faire, et recommencer son quotidien d'indifférence. Après tout, à quoi bon essayer de changer, lorsque cela signifie blesser ce qui est cher à notre cœur ?
Cette idée la vampirisa jusqu'au matin. Pour son retour, la journée s'était illuminée d'un glacial soleil hivernal. Il avait neigé pendant la nuit, toute la rue était resplendissante de blancheur. Hinata eut un léger souffle d'enthousiasme face à cette agréable vision, elle avait toujours beaucoup aimé la neige. Ses pas craquants sur la matière immaculée, la jeune Hyuuga foulait la première couche matinale. L'air lui piquait la peau, faisait rougir son nez, et la lumière l'éblouissait. Ce matin, le soleil s'était levé très tôt, de façon inhabituelle. Le monde court à sa perte, se dit-elle, rien n'a de sens. Hinata avançait à pas lents, espérant rester le plus longtemps possible sur cette route molle et lumineuse. L'arrivée en cours la terrifiait. Elle redoutait de revoir Naruto, ne savait pas comment elle était supposée l'aborder. L'adolescente voulait à tout prix s'excuser, qu'il oublie les évènements, comme s'il ne s'était rien passé. La nuit lui avait redonné un infime espoir.
Lorsque la brune pénétra la salle de cours, aucun des Sabaku n'était présent, comme d'habitude. Elle remarqua aussi l'absence d'une partie des groupies, le reste de la bande étant rassemblé autour d'Ino et Sakura, à la fenêtre. C'est seulement à cet instant qu'elle repensa aux toilettes, et qu'elle se demanda si les élèves étaient au courant. Tsunade lui avait expliqué que rien n'avait été divulgué, mais Hinata soupçonnait ce lycée d'être une véritable passoire. Ses doutes furent confirmés lorsque Kiba se précipita vers elle, affolé, lui prenant les mains, et lui déblatérant toutes ses inquiétudes.
« Hinata, clama-t-il, tu es enfin là ! C'est vrai ce qu'on raconte ? Elles t'ont agressée ? Quelles chiennes ! On a vraiment eu peur, quand tu n'es pas venue en cours, et puis il paraît qu'il y avait du sang ! Est-ce que ça va ? »
Sans la laisser répondre, il remarqua le pansement sur son front et un bleu sur le bas de sa joue. Il la serra très fort contre lui.
« Quelle bandes de nymphomanes engluées, vociféra-t-il, un renvoi, c'est même pas assez pour leurs conneries !
_ Kiba-kun, je n'ai rien, répondit Hinata dans un murmure. Il se radoucit, et desserra son étreinte.
_ Tu ne te rends pas compte à quel point on a flippé, surtout ton cousin, il était vert.
Shino, qui se tenait en retrait jusque là, s'approcha et dit :
_ Neji nous a donné ton numéro, mais tu ne répondais pas à nos appels.
_ J'ai dormi toute la journée, souffla la blessée.
_ Mais qu'est-ce qu'il s'est passé, finalement ?
Ils la regardaient tout deux sans bouger, la priant des yeux d'expliquer les évènements. Hinata raconta rapidement qu'elles l'avaient juste poussée, un peu violemment, et qu'elle était tombée et s'était cognée. La brune refusa d'en dire plus, mais dût s'attaquer à Tenten et Lee qui lui tombèrent dessus tout comme l'avait fait Kiba quelques instants plus tôt.
Ainsi, la matinée commença plutôt agréablement. Hinata ne s'était pas attendue à recevoir tant d'attention, et être entourée de cette manière lui fit plutôt plaisir. Ils s'étaient réellement inquiétés. De plus, celles qui la martyrisaient étaient renvoyées il y avait donc un calme totalement incroyable dans la classe. Elle ne se sentait plus regardée ni méprisée. Assise dans le fond de la salle, les trois tables devant elle vides, la brune s'était rarement sentie ainsi, hors de danger, seule dans une espèce de bulle protectrice. Elle attendait patiemment, mais avec angoisse, l'arrivée des Sabaku.
Ces derniers ne vinrent pas.
En sortant du lycée, Hinata se sentait vide. Elle avait attendu toute la journée, sans succès. Il leur arrivait souvent de sécher les cours des jours entiers, mais Gaara avait toujours été présent, au moins : depuis qu'il était revenu pour la première fois, il n'avait pas manqué un seul jour de cours –enfin, le plus souvent -. La jeune fille avait déjà été assez étonnée qu'il ne soit pas arrivé à l'heure, mais le fait de ne pas l'avoir vu du tout lui semblait suspect.
La journée fut éclatante de soleil, de façon presque surnaturelle. Il y avait dans la classe une platitude méconnaissable, sans les Sabaku ni les groupies. L'adolescente aurait d'habitude plutôt apprécié cette sensation de déconnection qui avait plané durant toute la journée, mais aujourd'hui, ce vide lui sonnait faux, et lui faisait craindre des significations plus ennuyantes. Elle avait hésité à aller interroger Sakura ou Ino, pour la fois où elles étaient allées la protéger chez la directrice. Mais voyant que les deux idoles ne semblaient pas lui prêter plus d'attention qu'à l'accoutumée, Hinata se ravisa. Dans l'apathie générale, la jeune fille passait ses cours à redécouvrir ses camarades, balayant la salle du regard. Cette ambiance étrange lui avait donné un tout nouveau regard sur sa classe. Au milieu de ces effectifs très restreints, des détails lui semblaient soudainement beaucoup plus voyants. Ainsi, elle avait remarqué –avec un frisson dans le dos –qu'elle croisait à son goût très fréquemment le regard d'une certaine personne… En effet, trop souvent pour tenir de la coïncidence, Hinata remarquait qu'Uchiwa Sasuke avec ses yeux tournés vers elle. L'inquiétée était persuadée que jamais auparavant il ne lui avait accordé d'attention, et elle en était d'ailleurs très contente. Il était exactement le genre de personnage qui l'intimidait, dans le même style que son cousin Neji, et par le fait, elle n'avait pas vraiment l'intention d'en faire son ami. D'autant plus depuis l'épisode avec son frère Itachi, les Uchiwa ne lui inspiraient qu'une poussée de chair de poule.
Le cadet Uchiwa était d'une apparence terriblement taciturne, comme quoi c'était une espèce de mode chez la majorité des élèves masculins de ce lycée. Mais, d'une façon différente des autres, ce n'était pas qu'un détachement qu'il entretenait, mais plutôt un certain mépris envers qui osait venir le déranger. D'une beauté froide et sombre, il faisait bien entendu l'unanimité parmi la gente féminine, mais jamais on avait entendu parler d'une quelconque relation. Il restait en particulier aux côtés de Sakura et d'Ino, les deux seules demoiselles qu'il semblait supporter, qui l'entouraient comme deux princesses et leur roi. Rigide et glacé, il avait une classe autrement différente de celle de son aîné. Depuis qu'Itachi avait sermonné la Hyuuga, elle vouait une certaine crainte quand à son petit frère, y revoyant inconsciemment son image. Mais ce jour-là, elle avait remarqué qu'il lui adressait souvent des regards en coin, qu'il la fixait, en plissant les yeux. Alors qu'Hinata venait à peine de le remarquer, il était venu sans faire de bruit, et l'avait accostée à son bureau.
« Hé, avait-il lancé, qu'est-ce qu'il s'est passé avec Naruto ? »
Il avait posé cette question avec une totale indifférence, comme une simple banalité. La brune fut prise d'un frisson soudain en l'entendant, étonnée qu'il ait deviné si facilement qu'il s'étaient passé des choses avec l'Uzumaki. En vérité, Naruto et Sasuke ne se parlaient jamais. Mais en cours de sport, l'adolescente avait remarqué une effervescence peu commune entre les deux garçons, et elle était assez persuadée qu'ils se connaissaient mieux qu'ils ne le laissaient paraître. Enfin, le fait est que Sasuke s'était tenu devant elle, l'air toujours aussi hautain, et lui avait sommairement demandé ce qu'elle ne voulait absolument pas ébruiter. Il n'avait pas répété sa question, même devant son silence. L'Uchiwa s'était contenté de rester debout, une main appuyée sur la table, la fixant de haut. Hinata avait alors laissé échapper, par habitude :
« Rien. »
Sasuke n'avait pas répondu, et avait commencé à fouiller dans sa poche, comme s'il s'était attendu à cette réponse. Il en avait sorti son portable, avait pianoté quelque secondes, puis placé l'appareil en face d'Hinata, bien près de son nez, et elle avait put y lire un message qu'il avait reçu quelques heures plus tôt :
« Je reviens plus pendant un bout de temps, faut que je retourne chez Ero-psycho. »
Le message venait de Naruto, évidemment.
« Tu sais ce que ça signifie ? » Avait ensuite ajouté l'Uchiwa. Hinata avait vivement secoué la tête, n'ayant aucune idée du sens de ce message.
« Mon frère t'a expliqué. » Avait-il dit. L'interpellée ne voyait pas trop le lien dans cette histoire, déjà étonnée que la relation entre le blond et Sasuke semblait même encore plus étroite qu'elle ne le pensait, et en plus assez perturbée par la tournure de la phrase.
« Ero… Psycho ? » Souffla-t-elle, exprimant son incompréhension.
Il avait froncé le nez, visiblement irrité par sa lenteur, et avait décidé de s'installer. Il avait alors ramené bruyamment la chaise derrière lui –celle de Naruto, avait pensé Hinata –et croisé ses bras sur la table, en face de la brune. Les quelques élèves encore présents dans la classe avaient commencé à les regarder, surpris que le seigneur du lycée parle ainsi avec le petit être qu'était Hinata. Sans stopper sa conversation, Ino les scrutait du coin de l'œil, tandis que Sakura faisait mine de ne pas les voir.
« Ce message, il signifie que Naruto vient de retomber dans ses démoniaqueries, dont il n'est déjà toujours pas capable d'en sortir. Et étrangement, il se trouve que ça a eu lieu juste au moment où tu te fais tabasser dans les toilettes. »
Sasuke la regardait droit dans les yeux, menaçant. C'était comme si ses iris la criblaient de longues épines, qui la clouaient à sa chaise. Hinata avait dégluti, et s'apprêtait à balbutier une réponse, lorsque la sonnerie retentit. L'Uchiwa avait juré en l'entendant, et s'était levé sans continuer l'interrogatoire. Avant de lui tourner totalement le dos, il lui avait finalement lancé, de son autorité légendaire :
« Dans tout les cas, maintenant, tu as décidé de régler ses petits problèmes, ne t'avise pas de fuir au dernier moment ! »
Hinata se fourra le nez dans son écharpe grise, vexée. Qu'est-ce que c'était que ça, encore ? Les Uchiwa avaient décidément une manie de lui donner des leçons. Elle croyait voir son père. Même, le visage pâle et dur de Sasuke avait vraiment un côté très Hyuuga. Peut-être que les Uchiwa et les Hyuuga ont les mêmes racines, pensa-t-elle. Cela expliquerait les étroites relations qui liaient ces familles depuis la nuit des temps. En attendant, cette ascendance ne lui plaisait qu'à moitié, et se dire qu'un sosie de Hiashi la jugeait jusque dans son propre lycée la fit renifler bruyamment. Voilà que la pensée de son père refaisait surface : comment allait-il réagir, en voyant son pansement au front ? Soit il déclencherait un scandale, soit il la renverrait, déçu de sa pauvre résistance. Il allait ensuite remettre sur le tapis le fait que ses notes n'avaient pas progressé, le fait qu'elle était souvent sortie ces derniers temps, qu'elle ne devait pas s'étonner de finir mal avec ce genre de comportement… Hinata soupira. La jeune fille devait se rendre à l'évidence, en plus de sa brouille avec Naruto, elle avait aussi une autre dose d'ennuis à la maison.
Généralement, Hiashi restait à la résidence principale à régler ses affaires, mais il venait régulièrement en ville. Sa prochaine visite était prévue pour le soir même. Hinata aurait tellement souhaité que rien n'ait eu lieu, qu'elle se soit simplement écrasée en enfilant ses chaussures engluées, que personne ne l'ait frappée, que Naruto ne l'ait pas sauvée, et que ce matin, elle l'ait salué comme chaque jour, et qu'il l'ait emmenée chez Ichiraku avec tout les autres… L'adolescente avait pris l'habitude de traîner avec la bande les soirs où son père revenait, pour ne pas avoir à affronter le regard du géniteur. Il s'en plaignait, mais elle prétextait toujours un important devoir à faire… Naruto lui avait aussi appris à mentir. L'adolescente rentrait avant minuit, l'haleine doucement mentholée, ses yeux mi-clos pour cacher des pupilles un peu trop dilatées et prétexter une grande fatigue, et se précipitait dans sa chambre pour s'écrouler dans ses coussins. Finalement, Hinata s'était mise à attendre les retours paternels avec impatience, au vu de ces soirées d'abandon où enfin elle se sentait bien.
Mais ce soir, Hinata n'allait pas pouvoir y échapper.
En pénétrant le grand hall d'entrée, toujours dans le style zen ancien typique de la famille Hyuuga, l'héritière déposa ses chaussures dans le placard qui lui était personnellement réservé. Il était presque vide, contrairement à celui de sa cadette qui avait rempli le sien de centaines de bottes, sandales, mocassins, baskets, et autre chausses diverses. Hinata n'avait jamais apprécié afficher sa personne dans les magasins.
Ses petites ballerines noires soigneusement rangées, l'adolescente s'avança dans le hall d'un pas rapide, les chaussettes glissant sur le bois, pour atteindre sa chambre. Mais alors qu'elle avait le pied droit sur la première marche de l'escalier, un détail retint son attention : à côté de la rampe, posées contre le mur, des valises s'accumulaient. Hinata n'eut pas à réfléchir très longtemps avant de reconnaître les marques françaises qui s'affichaient sur les sacs. Elle interrompit brutalement son ascension, pour bifurquer vers le salon, au-delà de l'escalier. Une soudaine excitation de joie la poussait, lui faisant oublier tout ses soucis pendant un instant. Enfin ! Jamais le timing n'aurait pu être aussi bon, jamais la jeune fille n'avait eut autant besoin de la voir…
« Mère ! »
La doyenne se retourna, pas même surprise, droite et fluide comme à son habitude. Son visage s'illumina d'un sourire, alors qu'elle salua sa fille avec chaleur. Elle est incroyable ta mère, avait-dit Naruto après le nouvel an, je serais presque prêt à voir des fleurs pousser sous ses pieds ! Hinata, avec toute l'impolitesse d'une enfant excitée, s'agrippa à sa mère comme à une bouée perdue en mer.
Hiashi Hyuuga était assis sur un des canapés à côté, sans les regarder. La jeune fille le salua aussi, cette fois-ci plus posément, et il la gratifia d'un hochement de tête. Il est de mauvais poil, pensa-t-elle, anxieuse, quelque chose ne va pas. Sa mère aussi semblait préoccupée elle était plus pâle, ses yeux habituellement fins et malicieux étaient gonflés et rougis.
« Il… Il y a un problème ? Risqua Hinata, son élan brisé.
_ Je vais rester ici quelques temps, répondit doucement la présidente.
_ Et la France ? S'inquiéta sa fille qui masquait sa joie.
_ La boîte est entre de bonnes mains, mais j'ai… Je dois prendre un peu de vacances. »
Vacances ? Ce mot était totalement étranger au vocabulaire de la famille Hyuuga, et étonnement, encore plus dans le langage de la mère. Infatigable qu'elle était, jamais Hinata ne l'avait vu prendre ne serait-ce qu'un jour de repos. L'adolescente tilta tout de suite, commençant à s'inquiéter.
« Il s'est passé quelque chose en France ?
_ Non, absolument pas, j'ai attrapé une mauvaise grippe, et les médecins m'ont conseillée de prendre quelques jours de repos. Je repars dans une semaine. »
Elle était parfaitement sincère, mais Hinata n'aimait pas l'idée de mauvaise grippe, ni ce visage déconfit qui tentait de garder sa prestance habituelle. Hiashi qui n'avait rien ajouté lui demanda de retourner dans sa chambre et travailler, de laisser sa mère s'installer. Il était vrai que la présidente n'avait même pas encore enlevé son manteau. Hinata s'éclipsa alors, en jetant un dernier regard à la doyenne qui lui répondit avec un sourire vigoureux.
Une semaine avec sa mère, c'était une bénédiction. Mais étrangement, la brune était prise d'un horrible pressentiment. Tout ne pouvait pas aller plus mal, croyait-elle, à tort.
Lorsqu'elle revint en cours le lendemain, Hinata était lasse et triste. Sa mère, d'habitude sur le qui-vive dès cinq heures du matin, s'était couchée à dix-neuf heures pour n'être toujours pas levée quand sa fille quitta la maison au lever du soleil. A ce rythme, elle n'avait pas beaucoup d'espoir de pouvoir discuter avec elle pendant son séjour.
Une longue journée ennuyante s'annonçait, la jeune fille n'avait pas eu le cœur à faire ses devoirs et surtout, il pleuvait des cordes. Hinata espérait au fond d'elle qu'un évènement allait un peu illuminer ses soucis, qu'une magnifique surprise l'attendait dans la classe. Finalement, cette étincelle sembla soudainement visible, lorsque la brune pénétra la salle et vit, au bureau à côté du sien, l'habituel visage mal réveillé de Gaara tourné vers le tableau.
« Gaara-Kun ! » s'exclama-t-elle en l'apercevant, s'étant inconsciemment convaincue que plus jamais elle ne reverrait les Sabaku. Il tourna ses yeux indifférents vers elle, et la salua en levant la main. L'inquiète, plaçant toute la confiance en lui, impatiente de recevoir des informations, se posta devant sa table et lui demanda d'un air suppliant :
« Gaara-kun, comment va Naruto-kun ? »
L'unique réaction fut un froncement soudain de sourcil, presque imperceptible cependant.
« Pardon ?
_ Naruto-kun, est-ce qu'il va mieux ?
_ De… Quoi parles-tu ? »
Il semblait extrêmement surpris –ce qui était déjà assez étonnant en soi, venant de lui –et Hinata y fut sensible.
« Tu-tu n'as pas vu Naruto-kun récemment ? Bégaya-t-elle, commençant à hésiter.
_ Si, si, mais… » Il ne continua pas. Gaara avait maintenant la mine très sérieuse, concentrée, et fixait Hinata d'un œil suspicieux.
« Gaara-kun… ? » souffla la brune, mal à l'aise. Il n'est pas au courant ? S'interrogea-t-elle. Naruto ne lui aurait pas raconté ce qu'il s'était passé deux jours plus tôt ? Inconcevable, les Sabaku ne se cachent pourtant rien.
« Hinata-san, il s'est passé quelque chose avec Naruto ? »
Cette question lui était décidément très désagréable.
La sonnerie masqua son temps de gêne, mais Gaara ne la laissa pas aller s'asseoir à sa place il la retint par le bras, toujours terriblement sérieux, pour l'obliger à lui répondre. La jeune fille se dit qu'elle venait de faire une grossière erreur en s'adressant à lui. Si Naruto ne lui avait rien dit, c'était forcément parce qu'il ne voulait absolument pas que le roux soit au courant. De nouveau, il ne risquait pas de le lui pardonner… Alors qu'elle était sur le point de répondre un baratin, Hatake Kakashi, professeur agrégé de philosophie, pénétra la classe forçant ainsi Gaara à lâcher prise. Le long et dense cours commença alors, et Hinata se précipita à sa place pour se noyer dans ses prises de notes.
Gaara ne détourna cependant pas les yeux, et fixa l'adolescente durant tout le cours. Excessivement sérieux qu'il était, le Sabaku ne se permit pas de lui envoyer quelque mots ou chuchotements, mais l'envie le tiraillait d'une façon très visible. Placé au bureau à droite de celui d'Hinata, il la regardait du coin de l'œil, alors qu'elle se tournait vers la fenêtre pour se cacher le visage derrière ses longs cheveux.
Effaçant la présence de Gaara de son esprit –du moins, le plus possible –Hinata essayait vainement de suivre la leçon de philosophie que le professeur marmonnait à travers son énorme écharpe. Personnage frileux et mystérieux, Hatake Kakashi avait le don de scotcher l'attention de ses élèves, surtout la jeune Hyuuga cette fois-ci cependant, le cours sembla à la tourmentée tel une petite berceuse de fond. Le regard insistant de Gaara, le souvenir du Naruto la repoussant, les paroles de Sasuke, puis en cerise sur le gâteau, sa mère en convalescence suspecte la Hyuuga sentait ses neurones en surcharge.
Les minutes passaient, mécaniquement. Un silence de mort survolait la pièce, on n'entendait que les déboires du professeur et quelques grattements de stylo. C'était le genre de silence qui vous empêche totalement de vous concentrer sur une unique pensée il incitait à la dispersion : soit le sommeil survenait, soit on se perdait simplement dans des rêvasseries. Hinata se retrouva à ressasser ses préoccupations, encore et encore, chaque seconde le visage défait de Naruto alternait avec le sourire fiévreux de sa mère, puis laissait place au regard assassin de Sasuke… Tu n'es pas digne de notre lignée, jamais tu ne survivras dans cette société. Oui, tout ça était bien trop dur et stupide pour elle, il fallait toujours se compliquer les choses, personne n'était capable de penser simplement. C'est avec désespoir qu'Hinata rit d'elle-même, se rendant compte du ridicule de sa prise de tête. Et dire qu'elle était supposée diriger toute l'entreprise Byakugan plus tard elle n'était même pas capable de supporter ses propres ennuis personnels.
Sur l'estrade, Kakashi ruminait que tout n'était, selon certains philosophes aux noms abstraits, qu'une simple question de volonté. La brune attrapa la phrase à la volée, ne retint que personnellement, son unique désir était de sortir de la classe en hurlant à se déchirer la gorge, puis disparaître sous une voiture. Elle savait que Gaara allait lui sauter dessus à la fin du cours, et un nouvel interrogatoire ne lui donnait absolument pas envie. D'autant plus que Sasuke ne semblait pas avoir eu son dernier mot : le menton posé sur son poing fermé, il la scrutait en coin. Chez elle, Hiashi l'attendait de pied ferme, maintenant que la mère était couchée, il avait tout le loisir « d'avoir une discussion sérieuse » avec sa fille. Naruto n'était plus là pour l'accompagner à la bibliothèque. Les cours l'angoissaient. Les secondes ne se suivaient pas. Mal à la tête.
Elle leva la main.
Rien de plus facile que de simuler la fièvre. Pardon monsieur, je ne me sens pas bien, puis-je sortir, merci, je vais à l'infirmerie, non non, pas besoin de m'accompagner… Se coller la tête contre le radiateur près de l'infirmerie, quand ça commence à brûler trop fort, entrer, balbutier, deux-trois larmes pour la forme. Oui, j'étais un peu mal en allant en cours, mais ça ne s'arrange pas, est-ce que je peux rentrer, merci, non, j'habite à côté, pas de soucis, merci, au revoir.
Rentrer et sortir de ce lycée étaient si simple. A la campagne, on aurait appelé les parents, demandé un fax et un mail signé, et le correspondant aurait été obligé de venir la chercher. Or dans cet établissement, l'infirmière était du genre à renvoyer les malades se reposer vite et bien, puis ensuite perdre son temps avec la paperasse. Hinata n'avait jamais séché avant, et même, elle ne considérait pas cette escapade comme telle, c'était plutôt une simple implosion mentale. Au même titre qu'un gros rhume. Le lycée n'appellerait pas ses parents, l'infirmière allait oublier comme d'habitude. C'était la technique qu'Ino utilisait souvent Hinata l'avait de nombreuses fois remarquée s'absenter pour un soudain mal de crâne, et lorsqu'elle refermait la porte et que le professeur ne pouvait plus la voir, adresser un clin d'œil malicieux au reste de la classe. « La méthode légale », disait Temari. Cette dernière préférait sa propre technique, qui consistait simplement à filer pendant l'intercours, puis s'éclipser par le toit en sautant sur les bâtiments voisins. Tout aussi efficace. Naruto lui, se levait simplement, puis partait sans demander son reste.
Hinata savait que Gaara ne la suivrait pas : il était du genre tout ou rien. Soit il était présent, soit il était absent. Lorsqu'il se présentait au premier cours, le roux n'en ratait aucun jusqu'à la fin de la journée. En soi, Gaara était quelqu'un d'extrêmement consciencieux.
Elle venait de faire sa première fugue sur un coup de tête. Je te jure qu'un jour, avait lancé Naruto quelques semaines plus tôt, on va fermer le clapet de ta petite conscience de bonne sœur et on fera ton baptême de liberté. Hinata eut un léger haussement d'épaule finalement, sa première escapade s'était faite toute seule.
Il ne pleuvait plus, et le ciel s'était dégagé sur un soleil de glace. Météo improbable, murmura-t-elle en se glissant dans le vent d'hiver. Etrangement, l'adolescente eut une longue exhalation de soulagement en franchissant la grille de l'entrée. La jeune s'était maintenant échappée du règlement, elle prit conscience de sa soudaine liberté. Plus besoin de retourner affronter Hiashi Hyuuga à la maison, ni d'aller suivre des leçons insipides et inutiles… Un nuage lui passant derrière les yeux, elle s'arrêta sur le trottoir. Et maintenant ? Elle avait terriblement envie d'appeler Naruto. Pour lui dire vient, rejoins-moi, avec Temari-san, allons traîner dehors, comme d'habitude. Elle avait sorti son portable, et était prête à cliquer sur le contact. Peut-être qu'elle parviendrait à s'expliquer avec lui, et tout rentrerait dans l'ordre. Sans vraiment réfléchir, la brune pressa le bouton, et porta le téléphone à son oreille.
Occupé.
Elle le rabaissa, le cœur battant, mais déçue. Hinata se demanda ce qu'elle aurait pu lui dire, de toute façon, mais au fond de sa tête persistait vaillamment un filet d'espoir. Ca ne peut pas se terminer comme ça, hurlait la voix dans ses oreilles, c'était ton seul appui, tu ne vas pas le laisser partir sans raison !
L'air glacé la fit renifler, alors qu'elle fixait l'écran de son téléphone, la mine absente. La brune retendit son doigt vers le contact « naruto », mais lorsqu'elle était sur le point d'appuyer une seconde fois, elle se fit interrompre par une voix grave et rauque.
« Arrête de chougner, imbécile, je vais voir Tsunade et je te rejoins. »
Hinata se stoppa, pour voir un homme immense passer à côté d'elle sans la regarder, parlant très fort au téléphone. Le nom « Tsunade » l'avait interpellée.
« Si tu flippes autant, reste dans ta chambre à pleurnicher, comme tu sais si bien le faire ! »
A cette déclaration, Hinata put entendre de là où elle était d'énormes vociférations de protestation, à l'autre bout du fil. Contrairement à ce à quoi elle s'attendait, cela eut pour effet de faire sourire l'homme, qui en riant se grattait le piercing qu'il portait à la narine gauche. Il s'était arrêté à moins de trois mètres d'Hinata, en face du portail du lycée, et raillait sans baisser le ton. Le genre de personnage qui, même silencieux, ne passait pas inaperçu : au-delà de sa taille, son attitude était un jeu de contraste. Vêtu d'un smoking pourpre, et mais assez kitsch, il se remarquait surtout pour son imposante tignasse, plus blanche que la neige, négligemment attachée en queue de cheval. Semblant totalement insensible au froid, il avait un visage très mûr, mais semblait pourtant avoir vingt ans à travers l'énorme sourire qui se dessinait sur ses lèvres.
« Ecoute, gamin, je n'ai pas que toi dans ma vie, commença l'homme d'un air faussement sérieux, laisse-moi régler mes affaires et je pourrais ensuite m'occuper de toi. D'autant plus que c'est pour toi que je fais tout ça. »
Il eut une pause, qui semblait réciproque à l'autre bout du fil. Hinata le fixait, dubitative et fascinée à la fois. L'inconnu capta son regard, et lui adressa un clin d'œil malicieux la brune sursauta vivement et se retourna, faisant mine de taper un message sur son portable. Il ne cessa pourtant pas de la regarder, amusé.
« 'Y a une jolie lycéenne qui me mate depuis tout à l'heure, remarqua-t-il, c'est peut-être une de tes copines. Il faudra que tu me la présentes. »
Hinata rougit, dégoûtée.
« Mais je te jure, idiot, arrête de me traiter de vieux ! C'est une petite brune, aux allures de poupée, et elle a l'air plutôt… »
Il s'était interrompu, mais avait parlé bien fort pour être sûr qu'elle l'entende. La concernée rentra un peu plus sa tête dans son écharpe, mais ne put se résoudre à partir. Etrangement, cette conversation titillait sa curiosité, en particulier ce personnage atypique qui lui faisait maintenant de l'œil en papotant.
« Oui, oui, mais oui, carrément, acquiesçait-il, de plus en plus gaiement. C'est exactement ça, avec des jolis yeux tout blancs… »
Hinata se figea, et se retourna de trois quarts. L'homme était maintenant totalement face à elle, son sourire encore plus grand.
« Tu la connais vraiment ! S'exclama-t-il. Je te prenais pour un asocial, alors que tu fréquentes des jeunettes pareilles ! »
La « jeunette » fit une mine outrée, qui ne sembla pas gêner l'homme. Mais son visage se déconfit quelque peu, à l'écoute de ce que son interlocuteur semblait lui dire. Ses yeux fins s'agrandirent, toujours posés sur Hinata, comme s'il avait une soudaine révélation.
« Tu es sérieux ? C'est elle ? Hein, ah? » Il marqua une pause. « Bien sûr qu'elle m'a remarqué, pour qui tu me prends ? »
Il y eut une explosion d'injures dans le combiné, et c'est avec un horrible pincement au cœur qu'Hinata crut reconnaître cette voix. Le correspondant raccrocha soudain au nez de l'homme, qui n'en fut pas plus embarrassé. Après avoir rangé son portable, il s'avança vers la jeune fille, qui se sentait soudain très mal.
« Ainsi c'est toi, fit-il en lui posant sa grande main sur l'épaule, vu ta tête, je ne dois pas me tromper. »
Hinata le regardait d'un air apeuré, comprenant soudain à qui il était en train de parler quelques secondes plus tôt, et que cet homme ne lui était indirectement pas inconnu.
« Enchanté, souria-t-il. Tu peux m'appeler Jiraya. Je suis psy, mais je ne suis pas un pervers. »
Qui aurait cru ?
Il était pressé. Sans même continuer les présentations, il s'esquiva en lui lançant un joyeux « Nous nous reverrons, Hinata-chan ! » à la volée. La concernée était restée coite, abasourdie par le phénomène.
Certaines choses se révélaient dans sa tête maintenant elle comprenait progressivement à qui elle avait eu affaire. « C'est un monstre de libido et de connerie. » Avait affirmé Naruto en parlant de son tuteur. Le rapprochement n'était pas difficile à faire.
« Ero-Psycho… » Murmura-t-elle pour elle-même, comme pour confirmer sa prise de conscience. Cette soudaine rencontre l'avait pour sûr ébranlée comme quoi, le monde est petit. Surtout, cette dernière allocution « Nous nous reverrons ! » avait eu le don de l'emplir d'une poussée d'espoir. Car Hinata avait très bien saisi, cet homme était sûrement un des mieux placés dans l'histoire, et le fait qu'il prévoie de la croiser de nouveau montre qu'en un sens, la brune avait sa chance de se rattraper. De plus, il avait l'air de savoir beaucoup de choses quant aux évènements qui eurent lieu entre les deux adolescents, et plus que de la flatter, savoir que Naruto lui avait parlé d'elle lui fit chaud au cœur.
Hinata était presque prête à attendre l'homme à la sortie du lycée. Bien sûr elle n'avait absolument aucune idée du temps qu'il mettrait pour terminer, mais l'impatience se faisait sentir. Si tout n'est pas perdu, pensa-t-elle, je ne peux pas rester à ne rien faire…
Elle repensa à son portable. Naruto avait raccroché au nez de son tuteur, peut-être que maintenant, elle parviendrait à entrer en contact avec lui ? Hinata se sentit alors telle une obsédée convulsive, prête à tout pour le suivre et… Elle eut honte.
D'un seul coup, le froid se fit violent, tandis que l'excitation retombait. La brune chassa l'idée de l'appel hors de son esprit, et décida de rentrer chez elle, discrètement. La lassitude reprenait, maintenant que la pile d'énergie s'était enfoncée dans l'établissement. Alors en traînant des pieds, l'adolescente pris le chemin de la maison, priant intérieurement pour que le père soit encore au travail, où alors enfermé dans son bureau et qu'elle puisse se réfugier dans sa chambre sans encombres. Hinata anticipait son après-midi, enfin au calme dans son antre. Elle se noierait dans des films idiots, en se dessinant une vie meilleure sur des feuilles blanches, qu'elle cacherait avec le reste sous son lit. Elle reprendrait là où elle s'était arrêtée, lorsque par hasard quelqu'un tombait sur ses œuvres et y voyait la prochaine Picasso, qu'elle parvenait à fuir son père dans ses peintures… Là, celui qu'elle attendait depuis toujours reviendrait de son long voyage, et lui annoncerait que jamais plus il ne la quitterait, et qu'enfin une nouvelle vie pouvait s'offrir à eux.
Fantasmes ridicules et pathétiques espérances… Ces rêves stupides la faisait sourire, et pour sûr qu'elle préférait totalement son imaginaire idyllique à ses ennuis du quotidien. Comme de tout elle en était gênée, mais pour le coup, personne n'était là pour se moquer. C'est donc en s'adonnant à des « Ah, si seulement… » qu'Hinata rentra chez elle.
On aurait pu croire que tout ne pouvait vraiment aller plus mal pour Hinata. Le personnage en soi n'étant déjà pas enclin à positiver, cet échec général ne l'encourageait pas non plus à faire des efforts. Il aurait fallu un simple coup de pied, une claque dans le dos, pour la projeter sur le droit chemin ! Ce sont ces instants terribles et communs où l'on se sent impuissant contre tout, même contre nous même. « Ah, si seulement je pouvais… » Bien sûr que l'on peut, mais il y a cette atroce force qui nous maintient au fond du lit, à ruminer, mâcher, malaxer le désespoir jusqu'à s'en exploser le cœur. C'est le genre de situation où tout va mal, même si tout va bien.
Dans ces moments là, la vie semble terminée. Rien ne pourrait nous faire tomber plus bas, tout comme il n'existe pas de sortie.
Hinata pensait, à cet instant, que sa décrépitude avait atteint le point de fond. En entrant dans le hall d'entrée, en se déchaussant silencieusement, elle entendit, provenant de la chambre de ses parents, l'air gémissant d'une vieille chanson. Le genre de morceau en espagnol, mélodramatique et suave qui vous arrache des larmes sans même que l'on s'en rende compte. Et la jeune fille bénissait cette plainte qui masquait le bruit de ses pas, tandis qu'elle montait les escaliers. Son père était soit rentré à la résidence principale, soit quelque part au travail. A cette heure-ci, aucune chance de tomber sur lui. Cette façon de mettre le son à faire trembler le parquet, c'était typique de sa mère, lorsque le seigneur n'était pas dans la maison. Hinata montait avec l'espoir que sa génitrice serait apte au réconfort, et surtout qu'elle ne ferait pas d'histoire quant à sa fuite… Mais encore, la musique sonnait faux elle couvrait un affreux silence qui planait sur la maison, et le vide qui régnait en devenait soudainement pesant. Doucement, la jeune fille ralentissait ses pas, s'approchant de la chambre des parents, d'où provenait la musique, une sourde angoisse commençant à naître dans le creux de son ventre. La porte grande ouverte, la musique s'en échappait au volume maximum. Grinçante, la voix rauque de la chanteuse vrilla les tympans d'Hinata, qui glissa un œil dans la pièce avant de passer. A ce moment, la chanteuse se tut pour laisser place à un solo de guitare, cette fois timide et doux, mais toujours aussi prenant.
C'est là qu'Hinata se stoppa, sur le pas de la porte, les coups de guitare lui claquant au visage de plus en plus fort. C'est là qu'un frisson glacé descendit sa colonne vertébrale, au rythme de la musique. C'est là qu'elle porta la main à sa bouche, pour tenter de réprimer un cri d'horreur qui, de toute façon, ne parviendrait pas à sortir.
Son sac glissa sur son épaule, alors qu'elle se jetait dans la pièce, la bouche tordue par ce hurlement intérieur.
Sa mère, le regard vide, tourné vers le plafond, avant encore un bras posé sur le lit, emmêlé dans les couvertures le reste de son corps, lorsqu'il était encore chaud, avait roulé hors de la couche, et elle gisait maintenant sur le parquet ciré.
Tout ne pouvait décidément pas aller plus mal.
Merci énormément pour vos nombreux commentaires. J'veux pas faire la fille gâtée, mais sérieusement, ce sont vraiment eux qui me motivent pour continuer à écrire -faut croire que j'ai pas énormément de temps-. Même si je ne réponds pas personnellement, je les lis tous, et ça me fait hyper plaisir d'en recevoir! ^^ J'en suis au point que je les sauvegarde sur un fichier word pour pouvoir les relire dès que l'inspiration me fait la gueule. x)
A la prochaine! je continue jusqu'à la fin. :)
