Noooo Aime : Merci ! Je suis très contente aussi !
Je crois que personne ne refuserait que Legolas les fasse taire d'un baiser ! XD (sauf si tu aimes pas les hommes bien sûr)
Dain ne fait pas tellement le faux cul pendant l'arrivée à Erebor, il se montre diplomate ! Même si des fois on a du mal à voir la différence :p Par contre tu as très bien identifié ce qu'il fait avec Dernwyn et Legolas ! Il teste en effet les limites !
Miraculeusement, Laura n'avait pas oublié qui étaient Dekir et Rutar ! Je crois que ça m'aurait tué si elle les avait oubliés ! (D'ailleurs à une époque elle avait oublié Rutar, elle se souvenait seulement de Dekir !)
S'il existe des chansons paillardes en Sindarin, ça vaudrait le coup d'apprendre à parler la langue tiens ! (En fait celle que j'aimerais apprendre c'est le Khuzdul...)
Je sens que cet épisode va bien plaire aux fans du Gimli/Tauriel ! Je n'en dis pas plus...
Pour les visiteurs, c'est pas tellement qu'ils peuvent pas râler, c'est qu'ils s'attendaient pas à ce que le prince d'Erebor parle le Sindarin ! Les nains sont pas connus pour leur ouverture au monde... Pour citer une fic que je lis en ce moment, les nains sont isolationnistes, les elfes sont élitistes, et les hommes sont intolérants !
Eh oui, Dain veut caser sa fille sur le trône d'Erebor pour une très bonne raison qu'il n'a pas encore dévoilée...
Bilbon est redoutable en matière de politiques et de joutes verbales ! Mais comme il a pas l'air intimidant, tout le monde le sous-estime toujours... Pour ce qui est de Dain qui creuse sa tombe, tu n'as encore rien vu, le chapitre d'aujourd'hui est pire !
Effectivement, pourquoi venir ici s'ils ont tant de richesses ? Tu as mis le doigt sur la question... La réponse dans le chapitre d'aujourd'hui !
Effectivement si les conseillers de Dain s'étaient renseignés un minimum avant de venir, ils auraient su que les enfants étaient aussi sacrés chez les elfes que chez les nains... Pour la même raison, d'ailleurs : ils sont rares dans les deux peuples !
Haha je savais que le passage où Bilbon prend les choses en main te ferait cet effet !
Dame Marianne : Dain n'a surtout pas compris que nains ou pas nains, Legolas, Dernwyn et ses enfants font bel et bien partie de la famille !
Justelaura : Haha j'adore comment avant même de commencer tu es prête à détester Dain ! Tu verras que ce soir il sera dans une position similaire à celle de Caledon !
Bravo pour avoir relevé la référence avec le retard, j'y ai pensé aussi ! Ça m'a aussi rappelé Bilbon au début de LFM1, quand il dit la même chose des Sacquet !
Et ouais Legolas et Hril sont des vilains menteurs, pauvre Kili ! C'est toujours lui qu'on prend pour cible... Une fic qui ne mette pas Dain dans le mauvais rôle ? Sansûkh. (Va lire la traduction, même si elle est pas de moi, elle est bien !)
Bilbon n'a pas besoin de préparer ses discours, ça lui vient naturellement. Il est génial comme ça.
« Dis pas ça c'est le genre de phrase qui porte la poisse. » = Tu ne crois pas si bien dire !
Félicitations pour ne pas avoir oublié Dekir et Rutar cette fois ! Non parce que je me souviens quand même que dans LSB tu avais oublié le deuxième !
En même temps ça me paraît bien de leur part d'avoir essayé d'apprendre le Sindarin ! Ça permet à Legolas et Tauriel de pas se sentir isolés à Erebor !
Moi ces histoires de second tour ça me fait penser à des élections, ou aux débats à la télé avant une élection justement !
Ah là là, tu n'as pas fini de voir de la jalousie chez Dain... Il a un gros complexe d'infériorité par rapport à son cousin ! Et bien sûr qu'il parle de Kili avec l'histoire de l'héritier...
Tu n'as pas fini non plus de vouloir lui donner des claques... C'est bien simple, dans une certaine scène de ce chapitre je comptais les erreurs !
Le mithril étant un métal précieux et rare chez les nains, l'argument ne sort pas tout à fait de nulle part. C'est comme si tu proposais aux politiques français une alliance en disant qu'ils recevront de l'honnêteté :')
En fait la question 'nous sommes censés croire que Kili ne voudra jamais du trône' n'aurait jamais été posée s'il avait épousé un nain ou une naine. Du coup, la question que le type veut vraiment poser, c'est 'nous sommes censés croire que Legolas ne voudra jamais du trône'.
Je savais bien que la tirade de Dain n'allait pas te plaire... Avec Noémie on a même parié qu'il serait propulsé en haut de ta liste noire !
Thorin c'est la colère violente, qui va se mettre à crier et éventuellement à taper les gens. Bilbon c'est la colère froide et calme, pas un mot plus haut que l'autre mais tu en as pas besoin pour savoir que tu as merdé. Et c'est vachement plus dangereux...
Ne t'inquiète pas pour Bofur, il est heureux avec Esmeralda ! Je dirais bien qu'on va le revoir, mais je sais plus si on le revoit vraiment en fait...
Julindy : Je crois qu'à ce stade tout le monde déteste Dain. Et tout le monde a adoré le passage de Bilbon totalement badass.
(-)
Chapitre 2 : Déchirés
Résumé : Des blessures sont apaisées, des positions sont prises. Dain s'avance enfin avec ses réels souhaits et désirs.
Le choix final pourrait bien finir par un cœur brisé.
(-)
Il y avait si peu de nains, dans les salles de réunion, surtout si tard dans l'après-midi. Cela rendit la course vers la surface bien plus facile, sans devoir s'interrompre à tout moment pour éviter de rentrer dans quelqu'un. Et pour l'instant, tout ce qu'il voulait était la brise sur son visage et le sanctuaire qu'il ne pouvait trouver entre ces murs.
Orphelin, abandonné.
Sa respiration sortait en halètements, et déjà il sentait le tiraillement vers une bouffée d'air frais, vers la forêt, sa forêt, il avait besoin de sortir-
Il fit trois pas de plus dans le couloir avant de s'arrêter. Il pensa à la forêt, ses arbres verts et les souvenirs de Kili là-bas avec lui, riant avec le ruisseau babillant, parcourant les halls du royaume de son père. Abattant des araignées aux côtés de Gimli et Tauriel, ramenant la forêt à la vie en retirant les branches mortes qui retenaient le soleil.
Il s'était toujours retiré dans la forêt, quand il ne pouvait plus rester dans la montagne. Mais cette fois, ça donnait moins l'impression d'un choix. C'était une retraite forcée, et cela lui fit redresser le dos. Non. Il n'allait pas partir. Erebor était devenu un foyer, son foyer. Et il n'en partirait pas parce que Dain et ses nains voulaient qu'il parte.
Des bruits de pas précipités se firent entendre derrière lui, et quand il se retourna, Kili tournait au coin.
« Legolas- ! »
Legolas le rattrapa avant qu'ils ne se rentrent dedans. Kili haletait, la rougeur de ses joues trahissant le plus à quel point il avait couru vite.
« Je voulais te rattraper, avant que tu partes, dit Kili. »
Il n'y avait pas de récrimination dans sa voix, seulement de la compréhension.
« Je ne pensais pas que j'y arriverais, cela dit. »
Legolas déglutit.
« Je ne pars pas, dit-il à mi-voix. »
Kili cligna des yeux.
« Quoi ?
- Je ne pars pas. Je reste. »
Legolas ne le lui dirait jamais, mais le visage de Kili était des plus adorables quand il le plissait avec confusion.
« Mais c'est ta forêt, ton endroit de réconfort. C'est ta solitude.
- Pas en ce moment. Si je partais maintenant, ce serait parce que j'aurais été forcé de quitter Erebor. »
Kili fit la grimace.
« Tu n'es pas forcé de quitter Erebor. C'est ton foyer plus que celui d'aucun d'entre eux ! Ta place est ici, pas la leur ! »
Aussi sincères que soient les mots, ce fut un soulagement pour Legolas de les entendre.
« Je sais, dit Legolas. »
Il espérait calmer la rage de son mari. Kili semblait prêt à étrangler quelqu'un, tout ça pour Legolas, et il tendit la main et ramena la tresse de mariage de Kili par-dessus son oreille.
« Je sais. C'est pour ça que je vais rester. Je le dois. »
Cela ne signifiait pas que les paroles faisaient moins mal, de même que leur vérité. Car Legolas avait été abandonné, fait orphelin par le seul parent qu'il lui restait. Son peuple était parti pour traverser la mer, et ne lui avait laissé que Tauriel en réconfort, en messagère. Il serait toujours reconnaissant envers son amitié, sa loyauté envers lui. Cela ne retirait pas la douleur d'avoir été mis de côté, mais ça l'atténuait. Son dernier souvenir de son père serait toujours Thranduil détournant la tête quand Legolas avait dit qu'il irait en Lorien en tant qu'ambassadeur. Treize ans était un si petit nombre, dans la vie d'un elfe, pourtant il ressentait chacune d'entre elles.
« Legolas, murmura Kili, l'air peiné. »
Puis son mari l'attira dans ses bras. Legolas s'accrocha à lui, ayant soudain besoin du contact, du réconfort, de quelqu'un qui l'aimait. Son père l'avait aimé, et il le savait. Pourtant Thranduil n'était plus là. Il se demanda si son père pensait parfois à lui, dans les terres d'Aman.
« Legolas. »
Legolas leva la tête et trouva Thorin debout là, juste derrière Kili.
« Mon Oncle ? Demanda Kili, l'air aussi perplexe que Legolas. Qu'est-ce que tu fais là ?
- Je m'assure que mes deux fils vont bien, dit Thorin. »
Il étrécit les yeux.
« Si je n'étais pas parti, du sang aurait été versé. Votre oncle m'a poussé vers la porte, alors je l'ai laissé gérer ça. »
Legolas se sentait presque désolé pour les nains. Un hobbit furieux n'était pas une mince affaire. Et un Bilbon Sacquet furieux n'était certainement pas quelqu'un à contrarier.
Thorin fit un pas en avant, et bien que Legolas doive baisser les yeux sur le nain, il se sentit quand même très petit.
« Legolas, dit doucement Thorin. »
Legolas s'agenouilla pour l'étreindre. Les bras de Thorin étaient larges et épais, tout en muscle et en cuir royal, mais sa prise était solide et gentille. Il caressa de la main les cheveux de Legolas, murmurant quelque chose doucement, et quand Legolas réalisa ce que c'était, il surprit des larmes chaudes lui monter aux yeux pour la première fois depuis longtemps.
« Tout va bien, murmura à nouveau Thorin en Sindarin. »
Et bien que son accent soit teinté de sa langue naturelle, les paroles étaient quand même claires.
« Tout va bien. »
À côté d'eux, Kili était debout, une main toujours sur l'épaule de Legolas. Legolas s'appuya contre le contact, mais se découvrit incapable de lâcher la tunique de Thorin. Il avait l'impression d'être de nouveau un jeune enfant, s'accrochant à Thorin comme il s'était accroché à Thranduil, autrefois. Il était si jeune, le jour où il avait trouvé un moineau qui était tombé dans la forêt. Il l'avait amené à son père, implorant son aide, incapable de supporter la mort qui avait eu lieu.
Thranduil s'était agenouillé et avait pris l'oiseau avec révérence, puis, après l'avoir tendu à un domestique à proximité, avait prix Legolas dans ses bras.
« Je ne comprends pas, avait dit Legolas, bouleversé et tellement perdu. Je ne comprends pas.
- Telle est la voie des vies mortelles, avait dit doucement son père. C'est une perte, un chagrin. Un chagrin qui touche tout, s'il en a la chance. Mais ne t'inquiète pas : tant que je serai là, la mort ne te touchera jamais, mon petit. »
Et Thranduil l'avait tenu dans ses bras jusqu'à ce que Legolas ait versé la dernière de ses larmes.
Il déglutit péniblement, les yeux brûlants. Il ne pensait pas souvent à Thranduil, et quand il le faisait, ce n'était d'habitude pas avec ce sentiment de douleur. De désespoir, oui, mais ça s'atténuerait. De perte, aussi, mais cela disparaîtrait aussi avec le temps.
Cette douleur donnait l'impression qu'une vieille blessure avait été creusée, rendue plus profonde qu'avant, et ce sentiment de perte était presque plus qu'il ne pouvait supporter. Il voulait voir son père une nouvelle fois. Il voulait que Thranduil sourie et l'étreigne, comme il l'avait fait quand Legolas était enfant. Il voulait cesser de se languir de ce qu'il ne pouvait pas avoir.
La main apaisante de Thorin était tellement similaire à celle de son père que cela le réconforta tout en lui donnant encore plus mal. Car il y avait ici quelqu'un qui, contre tous les autres, avait accueilli Legolas comme l'un des siens. Malgré la colère entre Thranduil et Thorin, Legolas avait quand même été accepté, considéré digne de confiance. Aimé. Et quand la famille de Legolas avait abandonné Arda, on lui avait offert un nouveau foyer, au sein d'Erebor.
Les nains d'Erebor l'acceptaient. Thorin faisait plus que l'accepter il aimait Legolas comme un fils. Et Kili était une présence constante, une qui était devenue l'autre moitié de l'âme de Legolas. Il avait un clan ici, il avait une famille et des parties de son cœur ici. Il avait un foyer.
Il avait perdu foyer et famille, mais en avait trouvé de nouveaux, aussi. Et même maintenant, contre leur famille de sang, ils s'étaient tenus aux côtés de Legolas, le défendant jusqu'à leur dernier souffle.
C'est savoir cela qui permit à Legolas de s'écarter, enfin assez fort pour se tenir debout sans le soutien de Thorin. La prise de Kili se resserra sur-le-champ, et Thorin le lâcha, seulement pour fouiller du regard le visage de Legolas à la recherche de... quelque chose. Legolas hocha la tête de manière saccadée, se sentant encore perturbé mais plus fort dans sa conviction de rester dans la montagne.
« Merci, dit-il. »
Il aurait voulu pouvoir mettre dans ses mots les émotions qu'il ressentait. Sa gratitude, son amour, son engagement de toujours se tenir aux côtés de Thorin et des habitants de la montagne. Et de Kili. Il se tiendrait toujours aux côtés de son époux.
Thorin continua de chercher, puis sembla trouver ce qu'il voulait, à en juger par son ferme hochement de tête.
« Quoi que veuille Dain, il ne l'obtiendra pas, dit Thorin. Je te le jure. Personne n'insulte les miens, pas d'une façon si grave.
- Ce n'est pas comme si ce n'était pas vrai, fit gentiment remarquer Legolas. »
Mais Thorin eut un regard noir.
« Tu n'es ni un orphelin ni abandonné. Tu as un foyer, et tu as une famille. S'il essaye encore de dire le contraire, je le ferai jeter hors d'Erebor.
- Et tu commenceras une guerre, dit Legolas. »
Thorin n'avait pas l'air de pouvoir être convaincu. Kili était également ferme, l'air plus sévère que Legolas ne l'avait jamais vu.
« Je ne le laisserai pas désavouer votre mariage, dit Thorin. Quoi qu'il veuille.
- Il veut un commerce établi par un mariage-
- Non, il y a plus que ça, dit Thorin en secouant la tête face aux paroles de Kili. Je connais mieux mon cousin que ça. Enfant, il formulait souvent une exigence ridicule, puis proposait un choix plus facile derrière, son véritable désir, et on le lui donnait comme compromis. Il était très doué pour ça, il l'a toujours été. C'est une bonne tactique à utiliser comme arme pour un souverain, en temps de détresse et de vraies négociations.
- Mais un souverain sage fait également des exigences claires dès le départ, dit Legolas. Et il n'a pas fait cela. C'était l'une des choses que je détestais le plus dans... dans la manière de régner de mon père. »
Il se surprit encore à s'attarder sur la simple pensée de Thranduil. Il secoua la tête quand Thorin et Kili lui adressèrent un regard concerné.
« Je vais bien. Je ressens simplement... une perte que je ne m'attendais pas à ressentir. Il est parti depuis treize ans, et respire encore dans les terres d'Aman.
- Ça ne veut pas dire qu'il te manque moins, dit Kili. Et je ne m'y attendrais pas de toute façon. »
Thorin fit heureusement avancer la conversation.
« Quoi que Dain espère obtenir ici, il n'y arrivera pas. Et je veillerai à ce que son véritable objectif me soit révélé. Je ne souffrirai pas qu'il continue sur sa lancée. »
Il ressemblait en tout point au souverain déterminé qu'il était, fort et confiant et ses yeux brûlant avec un objectif. Legolas en fut heureux que Thorin soit de son côté.
Des bruits de pas fermes tambourinèrent dans les couloirs de pierre, et quand Legolas leva la tête, s'attendant à trouver Dwalin ou Dril se dirigeant vers eux, il fut surpris de trouver Bilbon à la place. Si Thorin avait été furieux, Bilbon était enragé d'une façon que Legolas n'avait jamais vue hors du champ de bataille. Il était habitué au hobbit politiquement correct quand il avait affaire à des étrangers, au hobbit calme, patient et plein de répartie quand il était en famille. Pas à cette boule de fureur à peine contenue.
Même Thorin et Kili semblèrent surpris de voir Bilbon marteler le sol et pratiquement montrer les dents.
« Qu'est-ce qu'il a fait ? Demanda immédiatement Thorin.
- Il a essayé de continuer à raisonner, ha ! »
Bilbon laissa échapper un reniflement de dérision.
« Comme si c'était ce qu'il faisait en premier lieu. Ce présomptueux, trompeur, ce sale... sale gaelim, horte shaim pocathemenk- »*
Legolas avait vécu plusieurs siècles, traversé chaque parcelle de la forêt de Vertbois, comprenait les mots qu'utilisaient les elfes d'Arda, connaissait la différence entre la langue gutturale des nains et le langage chantant deshomme, et pourtant il n'avait jamais entendu de langage qui ressemble à celui qu'employait Bilbon. Ou, à en juger par le ton de sa voix, celui dans lequel il jurait.
Heureusement, il ne semblait pas être le seul perdu.
« Mon Oncle, mais qu'est-ce que tu es en train de dire ? Demanda Kili avec incrédulité. »
Thorin ne faisait que fixer son mari avec des yeux écarquillés, comme s'il avait perdu l'esprit. Bilbon s'interrompit, et bien qu'il ait l'air furieux, il avait aussi l'air d'être, Legolas aurait pu en jurer, embarrassé.
« Par la barbe de Mahal, qu'est-ce que c'était que ça ? Appela une voix devant eux. »
C'était Dwalin, avec Tauriel juste à côté de lui. Fili, qui était derrière elle, s'écarta pour rejoindre Kili et Legolas, mais elle resta en arrière, comme si elle évaluait Legolas. Il répondit d'un bref hochement de tête à son regard interrogateur. Je suis toujours là. Et je vais rester. Elle hocha lentement la tête à son tour, sa propre rage diminuant légèrement, puis tous les yeux se reportèrent sur Bilbon.
« Je n'ai jamais entendu ce langage de ma vie, dit Fili. De quel livre est-ce que tu sors ça ?
- Ça ne vient... pas d'un livre, dit Bilbon. »
Il avait presque l'air hésitant, en dépit de la fureur traversant encore son visage.
« C'est... c'est du Hobbitas. »
Pendant un long moment, personne ne dit rien. Finalement, Kili osa prendre la parole.
« Tu veux dire que vous avez un langage ?
- Bien sûr que nous avons un langage ! Dit Bilbon en l'incendiant du regard. Nous l'utilisons juste rarement, surtout près de quelqu'un qui n'est pas un hobbit ! Ce n'est pas tellement un langage secret, plutôt... un langage que nous n'utilisons pas souvent. Mais nous le connaissons tous, jusqu'au plus petit enfant.
- Et tu ne me l'as jamais dit ? Demanda Thorin. »
Bien qu'il n'ait pas l'air blessé, il avait bien l'air surpris.
« Ce n'était pas vraiment quelque chose à dire, expliqua Bilbon. Honnêtement, sincèrement, ça ne l'était pas. Je n'avais pas l'intention de parler en Hobbitas, mais j'étais tellement énervé que c'est juste... sorti. »
Dwalin renifla, l'air excessivement amusé. Kili réussit à peine à retenir un grand sourire, et Fili ne prit même pas la peine d'essayer. Thorin se contenta de sourire à Bilbon qui avait certainement l'air plus embarrassé que furieux maintenant.
« Oh, chut, vous tous, marmonna Bilbon. »
Legolas sentit la tension dans le couloir se dissiper à chaque seconde.
« Je veux entendre plus de Hobbitas, dit Kili. »
Bilbon l'incendia davantage du regard.
« Il doit y avoir de bons gros mots là-dedans, parce que je sais que c'est ce que tu viens de dire. Alors... comment traitez-vous quelqu'un d'imbécile ?
- Kili, répondit promptement Bilbon. »
La moue de Kili fit sourire Legolas jusqu'aux oreilles.
« Ou Dain, mais ce que j'ai dit de Dain je ne le dirais pas de toi. Jamais.
- Qu'est-ce que vous avez dit de lui ? Demanda Tauriel. Est-ce que vous avez insulté ses talents de jardinage, maudit le sol dans lequel il planterait ? »
C'étaient les insultes et malédictions typiques que Bilbon partageait quand il était le plus en colère.
« Ah, non. J'ai en quelque sorte... insinué avec qui, hum. Avec qui il coucherait. Et c'était une plus grande insulte pour le porc à qui j'ai fait référence. »
Oh.
« Mon Oncle ! S'exclama Fili, l'air joyeusement scandalisé. Je n'aurais jamais cru ça de toi.
- Fier de toi, mon gars, dit Dwalin. »
Il donna une claque dans le dos de Bilbon. Les joues de ce dernier étaient un peu plus rouges qu'avant, et il lança un regard noir à Dwalin. Dwalin ne sembla pas perturbé le moins du monde.
Thorin roula des yeux dans leur direction à tous, mais il y avait une lueur de sourire sur son visage quand même.
« Où as-tu laissé Dain ? Demanda-t-il. »
Le groupe redevint sombre, mais moins qu'avant. La fureur et le langage de Bilbon les avaient rendus déterminés et une force à prendre en compte, un mur entre Legolas et Dain, entre son mariage et les désirs des Collines de Fer. Oui, Legolas avait fait le bon choix en restant.
« Dans ses quartiers, dit Dwalin. Je me suis assuré qu'il trouverait son chemin, avec ses conseillers, avant de partir vous retrouver. J'leur ai dit que quelqu'un viendrait les app'ler pour dîner.
- J'ai soudain un appétit spécifique, dit Bilbon. »
Ses yeux étaient de féroces éclairs de lumière, brillant comme sa lame.
« Je crois que je voudrais beaucoup de choses vertes pour le plat principal. Tu ne crois pas que le changement dérangerait Bombur, n'est-ce pas, mon époux ? »
C'était un coup tactique, une insulte envers Dain tout en étant un honneur envers Legolas, mais c'était fait d'une manière silencieuse qui ne pourrait jamais être signalée. Le sourire de Thorin était acéré et dangereux.
« Je crois qu'il serait ravi de le faire, bien-aimé. Je vais y veiller moi-même.
- Très bien.
- Vous n'êtes pas obligés, se sentit contraint de faire remarquer Legolas. »
Mais Bilbon secoua la tête.
« Si, il le faut absolument. Je veux que Dain soit aussi désarçonné et mal à l'aise que possible. Il cache quelque chose, je le sais. »
Comme Thorin l'avait dit.
« Mon cousin a toujours été doué pour ça, acquiesça Thorin. Je suis d'accord. Un Dain qui pense avoir plus à perdre en ne nous parlant pas directement est un Dain plus utile. »
Il marqua une pause, puis jeta un regard à Dwalin.
« Sors la longue table de bois, celle que j'utilise seulement pour les jours de grand festin. Je veux une distance considérable entre mon cousin et moi-même.
- Et s'ils nous demandent pourquoi la table est plus longue que les autres, nous leur dirons simplement que nous voulions les honorer en festoyant tous ensemble au lieu de prendre des tables séparées, ajouta Fili. »
Il hocha brièvement la tête.
« Ça me plaît. Je vais aider Dwalin à la mettre en position. Toute la famille ?
- S'il te plaît, Fili.
- Entendu. Dernwyn sera enchantée de nous rejoindre, quand je lui dirai pourquoi. »
Ce n'était pas souvent que toute la famille royale festoyait ensemble dans la salle à manger. La plupart du temps, ils mangeaient en petits groupes, parfois tous ensemble dans une salle très informelle au-dessus de la pièce commune. Ils festoyaient ensemble lors des jours de fête ou des occasions spéciales. La visite de Dain n'aurait pas dû être une occasion spéciale.
Mais ce n'était pas pour Dain. C'était pour Legolas, et Kili, pour Dernwyn et Fili et leurs enfants, pour que Bilbon et Thorin fassent une déclaration silencieuse et pour placer Dain aussi loin de Thorin et de la famille royale que possible.
« Je vais trouver le reste de la compagnie, dit Tauriel, après le départ de Dwalin et Fili. Je crois qu'ils seraient contents de festoyer avec nous. »
C'était une table très large, et ils allaient devoir remplir les sièges. Après un signe de tête de Thorin, elle se retourna et partit. Puis il ne resta que Bilbon, Thorin, Kili, et Legolas seuls dans le couloir, une étrange famille qui, malgré son étrangeté, était plus proche qu'elle ne l'avait jamais été.
« Legolas, appela doucement Bilbon. »
Il n'était plus le hobbit enragé mais l'influence calme et gentille que Legolas connaissait si bien. Il ne marqua pas de pause, se contenta d'attirer Legolas dans ses bras, et bien qu'il arrive à peine plus haut que les hanches de Legolas, celui-ci avait toujours trouvé que l'étreinte de Bilbon lui tenait chaud. Il se pencha sur Bilbon comme il le faisait d'habitude, enroulant ses propres bras autour de Bilbon.
Il n'était pas abandonné. Il n'était pas orphelin. Ces idées étaient dans son esprit depuis longtemps, et Dain les avait violemment ramenées à la surface. Mais il n'était aucune de ces choses. Il avait une famille de sa propre composition, ici à Arda. Et il était aimé.
Quand ils se séparèrent, Bilbon leva le bras et tapota doucement la joue de Legolas.
« J'ai découvert, bien que ce soit une terrible façon de vivre sa vie, que certains de ceux qui sont le plus isolés s'en prennent souvent à ceux qui ont la chance d'avoir de la compagnie et une famille. Ma cousine Lobélia l'a fait, pendant très longtemps. Mais sa solitude était seulement perçue, car ainsi qu'elle l'a découvert, elle avait de la famille partout, et c'était une famille qui l'aimait.
- Crois-tu que Dain soit simplement seul ? Lui demanda Legolas.
- Je crois qu'il souffre de la pire solitude qu'on puisse souffrir, dit Bilbon avant de pincer les lèvres. La solitude offensée. Il est seul parce qu'une partie de lui veut être complètement et entièrement seul, tandis que l'autre partie ne veut rien de plus que d'être adoré et réconforté. Ce genre de solitude mène à frapper les autres, et c'est une pitié. Il a certainement un esprit irascible, aussi. Il se voit comme l'ombre de Thorin, c'est plus que clair.
- Il l'a toujours fait, dit Thorin en hochant la tête. Mais cela me peine, car Dain a toujours eu ses propres forces. Quand il n'était encore guère plus qu'un enfant, il a tué l'orque qui avait tué son père. Ses prouesses au combat sont grandes. »
Il marqua une pause avant de renifler sans joie.
« Mais de grandes prouesses au combat ne font pas un bon dirigeant.
- Non, acquiesça Legolas. Il faut être capable de manier une arme dans une main et de serrer la main de ses alliés potentiels de l'autre. Et je n'ai jamais vu un meilleur équilibre pour cela que chez toi. »
Peut-être Bard, qui avait pris le trône avec tant de réticence, craignant de devenir un autre Maître de la ville. Mais Thorin était l'illustration de ce qu'était un bon roi, faisant la guerre non pour ses propres raisons mais pour son peuple, pour son mari. Pourtant il pouvait aussi parler directement avec les elfes et les hommes, et ses amitiés et alliances étaient inégalées à travers le monde.
Thorin cligna des yeux, peut-être surpris un instant par ses paroles. Puis il sourit, un sourire qui lu donna l'air à la fois si jeune et déterminé, et pourtant si âgé et déchiré par la guerre en même temps.
« Merci, dit-il d'une voix rauque. »
Legolas lui adressa un hochement de tête et un sourire en retour.
« Je crois que ce sera la seule fois où je voudrai des légumes plutôt que de la viande pour dîner, dit Kili, brisant le moment. »
Il sourit à Legolas.
« Mais je ressens une forte envie de légumes. »
Legolas rit et secoua la tête.
« C'est drôle, moi aussi. »
(-)
Thorin avait attendu le coup à sa porte bien plus tôt dans la soirée. Mais quand il arriva, c'était manifestement son cousin : les coups rapides qui se succédèrent l'un après l'autre ne pouvaient venir de personne d'autre.
Il jeta un regard à son époux et trouva Bilbon en train de poser son livre.
« Prêt ? Demanda Bilbon. »
Il n'était pas trop tendu, mais il n'était pas non plus détaché et alangui. Il était simplement un point ferme qui ne pouvait être bougé, un feu brûlant dans son regard, et Thorin n'avait jamais été plus fier d'être marié à cet être magnifique devant lui.
« Prêt, acquiesça Thorin. »
Il se leva pour aller ouvrir la porte. Le dîner avait été... intéressant. La longue table semblait plus vaste chaque fois que Thorin s'y asseyait, pourtant elle avait fait son œuvre. Avec toute la famille royale et la compagnie, ils avaient rapidement repoussé Dain et son entourage vers l'autre bout de la table. Toute tentative de conversation avait été étouffée et perdue à cause de la distance. La compagnie et la famille royale avaient profité de la présence les uns des autres, inattendue dans un bon sens. La conversation s'était déroulée facilement, les enfants avaient été polis mais joyeux, et les multiples salades de Bombur avaient été délicieuses. Bifur avait particulièrement apprécié les légumes rôtis, et avait en quelque sorte pris le bol entier pour lui.
Le dessert avait été le choix de Bombur, mais quand il était arrivé avec les petits gâteaux aux baies et des noix sucrées cuites, Thorin aurait pu le prendre dans ses bras. Legolas, aussi, avait semblé bouleversé par le soutien silencieux de Bombur, car les baies et les noix étaient des mets délicats de Vertbois. Trop souvent la bonne disposition de Bombur laissait à son entourage l'impression qu'il était simplement un cuisinier, bien que très talentueux, et qu'il sourirait toujours à tout le monde.
Mais Bombur pouvait être tout aussi protecteur, tout aussi vicieusement défensif, que n'importe quel autre nain quand le moment venait. Il était une vision sur le champ de bataille, et bien qu'il ne manie pas les haches ou les marteaux à cet instant, il avait utilisé les outils qu'il avait à sa disposition pour porter un coup. Et le coup avait été puissant.
Thorin inspira, puis ouvrit la porte. Dain était seul, dépourvu de ses nobles fourrures. À la place il était habillé plus simplement, probablement dans ses vêtements de tous les jours, comme Thorin l'était maintenant. Cela laissa Thorin déterminé à ne pas oublier qu'il s'agissait de son cousin, malgré les grandes erreurs qu'il avait faites et les insultes qu'il avait infligées à Thorin et ses héritiers et le fils par mariage qu'il considérait comme le sien. Dain était son jeune cousin, et Thorin devait juste se souvenir de ça.
Que Mahal le protège s'il disait un mot de plus contre le mariage de quelqu'un ou contre son fils-elfe, cependant.
Dain lui adressa un sourire chagrin.
« Je suppose que tu m'attendais, dit-il. Puis-je ?
- Je vous en prie, entrez, dit Bilbon. »
Il dressait déjà la table. Bien qu'il soit tard, Bilbon avait insisté pour avoir du thé, avec de la nourriture plus riche que d'habitude, du pain et du fromage au lieu de ses biscuits légers. C'était de la nourriture pour des nains, mélangés avec des thés de hobbit, même si Thorin n'avait pu s'empêcher de remarquer que les thés de ce soir étaient de fabrication elfique. Son époux pouvait garder une rancune – particulièrement contre ceux qui souhaitaient du mal à ceux qu'il aimait – comme personne d'autre, et cela fit se retrousser les coins de ses lèvres.
Si Dain fut ennuyé de voir Bilbon, il n'en montra aucun signe extérieur, à part une petite hésitation avant d'entrer.
« Merci, dit Dain. »
Ses yeux s'élargirent légèrement avec appréciation face au petit festin sur la table, et Thorin nota mentalement de remercier chaleureusement Bilbon pour sa clairvoyance. Malgré les sièges offerts, Dain ne s'assit pas, et Thorin resta également debout.
« Voulez-vous du thé ? Proposa Bilbon quand le silence se fit trop fort. Il y a un ensemble de diverses herbes et-
- D'autres choses délicieuses, courtoisie des elfes, conclut Dain. »
Bilbon se tut.
« Je n'en doute pas, et je ne doute pas non plus qu'elles sont à la fois saines et bonnes à manger. C'était aussi le cas du dîner, mais je n'ai pas pu te le dire, étant donné la distance.
- Si j'avais pensé un instant que tu ne continuerais pas ta diatribe envers les miens et leurs époux, la longueur de la table n'aurait pas été nécessaire, coupa Thorin, fatigué d'être indirect. Tu n'as jamais été du genre à te retenir d'exprimer ce que tu avais en tête, cousin. Dis-moi ce que tu veux vraiment. »
Dain pinça les lèvres.
« Une affaire privée, cousin-
- Non. Il l'apprendra plus tard, de toute façon, dit Thorin avant que Dain ne puisse formuler son exclusion de Bilbon. Épargne ma voix et parle-nous maintenant.
- Comment le puis-je quand il est- »
Dain s'interrompit rapidement. Il sembla presque ravaler les mots, et Thorin sentit ses poings se serrer jusqu'à ce que ses phalanges soient sur le point de se briser. Parce que si Dain disait que ce que Thorin pensait qu'il allait dire...
« Parce qu'il est quoi ? Gronda Thorin. »
Bilbon ne dit rien, mais sa seule présence dans la pièce en disait long. Dain s'éclaircit la gorge maladroitement. Thorin se rapprocha lentement de Bilbon, se plaçant entre son cousin et son mari.
« Parlez franchement, Lord Dain, dit Thorin à voix basse. Car je suis fatigué des subtilités et des remarques obliques. Si vous allez m'attaquer, faites-le directement.
- Ce n'est pas toi que j'attaque, insista Dain.
- Si tu parles contre ma famille ou mon époux, alors si, tu m'attaques. »
Dain commença à faire les cent pas, les mains croisées dans le dos.
« Tu ne comprends pas ce qui se passe là-dehors, dit-il. Tu es tellement concentré sur ta montagne que tu n'as aucune estimation du reste du monde.
- J'ai des alliés à Dale, à Fondcombe, aussi loin à l'ouest que la Comté et à l'est que le Gondor. Je reçois des elfes de la Lothlorien et des cavaliers du Rohan de façon régulière. Ne me dis pas que je n'ai aucune estimation du reste du monde. »
La Moria, aussi, leur appartenait de nouveau, et les Rôdeurs venaient à Erebor très souvent, même s'ils n'avaient pas de messages à transmettre. Gandalf allait et venait, comme à son habitude,e t même Radagast était apparu quelques années plus tôt, quand Denethor avait aidé à nettoyer Vertbois. Thorin était un roi parmi d'autres dirigeants du monde, et il connaissait bien sa place.
« Le reste de ton monde, contra Dain. »
Thorin fronça les sourcils.
« Le monde des nains, Thorin. Les nains des Collines de Fer, des Montagnes Bleues, les quelques clans qui restent dans les Collines du Nord, pour n'en nommer que quelques-uns. Quand ton esprit s'est-il tourné vers eux pour la dernière fois ? »
Thorin garda sa position ferme, alors même que son esprit tourbillonnait.
« Tu es leur roi, aussi-
- Ils ont leurs propres chefs. Je ne penserais pas à les considérer comme miens.
- Erebor est le royaume des nains ! Nous ne sommes que des clans en-dessous de toi. Et je suis là pour te dire que tes clans ne sont pas heureux.
- Il y a d'autres rois, dit enfin Bilbon. »
Il intervenait juste quand Thorin ne pouvait pas trouver sa voix.
« Il y avait autrefois sept rois nains, comment Thorin peut-il être le dernier ?
- Leurs royaumes n'existent plus, dit Dain. Pas comme autrefois. Je pourrais moi-même être considéré comme un 'roi' mais les Collines de Fer ne sont plus dignes d'être considérées comme un royaume.
- À tes yeux, cousin, répondit Thorin. À tes yeux. Les Collines de Fer ne sont pas perdues, si tes affirmations d'aujourd'hui sont vraies. As-tu effectivement du mithril ? As-tu une route vers la mer ?
- Me reconnaîtrais-tu comme roi ? Demanda rapidement Dain, prenant Thorin par surprise. Là est la plus grande question. »
Quoi que veuille Dain, il ne l'avait toujours pas dit directement, et il avait lancé n'importe quoi jusqu'à ce que Thorin ne puisse plus se souvenir des réponses dont il avait besoin.
« Qu'en est-il des clans et autres royaumes ? Demanda-t-il.
- Ce ne sont pas des royaumes, pas comparés à ton abondante montagne. »
La frustration de Thorin commençait à monter en colère.
« Dain- »
Dain cessa de faire les cent pas et fit directement face à Thorin.
« Tu as abandonné les anciennes voies, dit-il enfin. Tu as indirectement menacé ton royaume en laissant ceux qui ne sont pas des nains en ligne pour le trône. Nous sommes censés être une race en nous-mêmes. Nous sommes la race de Mahal, la race secrète-
- Tu ne peux pas être sérieux, coupa Thorin, incrédule. »
Dain soutint son regard sans hésitation, cependant, et Thorin secoua la tête.
« Il n'y a jamais eu de règles disant que nous ne pouvions pas nous marier ou nous mélanger en-dehors de notre propre race. Cela se passe depuis des siècles, la première fois que Dale a été construire à notre porte-
- Pour ceux qui ne pouvaient pas affecter la ligne de pouvoir vers le trône ! Insista Dain. Nous devrions garder la lignée pure ! »
Bilbon était tendu à ses côtés, tellement que Thorin pouvait le sentir de là où il se tenait. Le fait même qu'il doive se tenir là et écouter Dain lui lancer des insultes était presque plus que Thorin ne pouvait supporter. Il lutta pour respirer et rester calme.
« Où es-tu allé chercher cette idée d'une 'lignée pure' ? Demanda lentement Thorin. Même Durin en personne a pris une épouse sur des terres lointaines.
- Je te répète seulement les discussions que j'ai entendues-
- Chez qui, vos conseillers ? Explosa Bilbon. Ceux qui n'hésiteraient pas à marier des enfants à des adultes ? Ou ceux qui sont si vieux qu'ils peuvent à peine entendre correctement ?
- N'insultez pas mes nobles, Semi-Homme, répliqua Dain. »
Toute idée d'écouter Dain disparut en un instant. Thorin s'avançajusqu'à ce qu'il soit assez près pour que Dain doive reculer en trébuchant. La température de la pièce sembla chuter à chaque pas que faisait Thorin jusqu'à ce que Dain soit presque appuyé contre le mur.
Alors seulement il parla, un feu brûlant dans son estomac.
« N'insulte pas mon époux, dit Thorin à voix basse. Jamais. »
Dain déglutit.
« J'essaye de t'aider, dit-il, presque implorant. Ne peux-tu pas le comprendre ? Ton propre peuple va se retourner contre toi-
- Ce n'est pas mon peuple, insista Thorin. Je ne règne pas sur eux, et je ne l'ai jamais fait.
- Ça ne change pas ce qu'ils pensent, ditDain. Ce que tu fais a une influence sur eux. Si tu montres que tu te soucies si peu du trône et du bien de ton peuple, comment sont-ils censés t'écouter ?
- Tandis que si vous étiez roi, avec une noble lignée naine derrière vous, ce serait différent. »
La voix de Bilbon résonna à travers les appartements, bien qu'il n'ait pas du tout haussé la voix. Quand les yeux de Dain passèrent de Thorin à l'endroit où se tenait Bilbon, et que sa mâchoire se serra, Thorin sut que Bilbon avait touché.
« Est-ce que c'est ce que tu veux, Dain ? Demanda Thorin. Une couronne ? C'est à ça que sert une forge, pas un voyage malavisé à Erebor avec des insultes et des mensonges cruels. »
Dain eut un mouvement de recul, ses joues devenant rouges.
« Pourquoi as-tu besoin de moi ? Poursuivit Thorin, essayant de ne pas montrer sa perplexité. Pourquoi es-tu venu me chercher ?
- Parce qu'il a bel et bien besoin de toi, dit doucement Bilbon. »
Cela fit se retourner Thorin. Son époux secoua la tête, boucles et tresse bougeant avec le mouvement. Ses yeux étaient pleins de regret quand il se tourna vers Dain. Toujours prêt à pardonner, même quand il avait été enragé et vengeur après que Legolas et Kili aient été pris pour cibles. Un de ces jours, Bilbon allait cesser d'être si indulgent et gentil envers ceux qui essayaient de lui faire du mal.
Et parce que l'esprit de Thorin n'était pas encore rempli d'assez de chaos, des souvenirs des trois kidnappeurs, du plus jeune voleur mourant pour Bilbon, envahirent ses pensées.
Quand Bilbon parla à nouveau, sa voix était presque aussi déchirante que le jour où les kidnappeurs étaient morts.
« Ils ne vous écouteront pas si vous vous contentez de forger une couronne et de prendre un trône, n'est-ce pas ? Ils ne vous reconnaîtront pas comme roi. Ils pourraient même vous dénoncer davantage pour cela, mais Thorin, la parole de Thorin ils l'écouteraient. Si Thorin vous reconnaissait comme roi, alors peut-être, peut-être que vous pourriez régner sur les Collines de Fer. Peut-être... peut-être que votre peuple ne partirait pas. Et vous pourriez tendre la main et contrôler les autres clans-
- Ils ont été abandonnés, perdus, interrompit Dain. Il n'y a personne pour les diriger à part des chefs de clans et des seigneurs et de soi-disant 'rois' mais ils ne sont rien, comparés au Roi Sous la Montagne. Thorin est leur roi, mais il ne l'est pas, en même temps, et ils ont besoin d'un roi à qui ils puissent porter leurs doléances. Tout le monde a besoin d'un roi.
- La Comté n'a pas de roi, signala Bilbon, presque gentiment. Nous n'en avons jamais eu besoin. Peut-être qu'ils n'ont pas besoin d'un roi. Peut-être qu'ils ont simplement besoin d'un seigneur. »
C'était la façon discrète de Bilbon de dire à Dain qu'il était suffisant, qu'il n'avait pas besoin de liens avec Erebor ou de la reconnaissance de Thorin pour régner sur ses terres. Mais Dain secoua la tête, refusant de le reconnaître.
« Les nains sont différents des hobbits, dit-il. »
Et bien qu'il n'y ait aucune insulte dans sa voix, Thorin se tendit quand même.
« Ils reconnaissent la royauté par-dessus tout.
- Si un village nain a jamais une doléance que son chef ne peut régler, les habitants peuvent toujours venir à Erebor, dit Thorin. J'ai aidé le Roi Bard à régler des disputes à Dale, je peux certainement aider des parents, aussi éloignés soient-ils. »
Dain le contempla un long moment.
« Tu ne veux pas, alors ? Demanda-t-il, résigné. »
Thorin savait à quoi il faisait référence.
« Mes paroles ne peuvent pas faire de toi un roi. Tu dois mériter ta couronne, Dain. Si tu ne pouvais pas régner pour une raison quelconque, alors mes paroles pourraient être renvoyées à Erebor, et il n'y aurait aucun royaume. Parle à ton peuple, gagne leur confiance, puis règne sagement. Les couronnes s'achètent facilement, mais la confiance de ton peuple est dure à gagner. Et la couronne est toujours plus lourde que tu ne t'y attends. »
C'était, peut-être, l'une des choses les plus difficiles que Thorin avait jamais dû réaliser. Sans Bilbon à ses côtés, Thorin savait qu'il n'aurait pas réussi.
Après un long silence, Dain se tourna enfin vers la porte. Thorin voulait tendre la main vers lui, voulait pouvoir dire les mots dont son cousin avait besoin. Mais son envie désespérée d'être roi... il n'y avait rien que Thorin puisse faire pour lui. Et bien que Bilbon ait apparemment permis à Dain de l'insulter, ce n'était pas quelque chose que Thorin pouvait pardonner si facilement.
À la porte, Dain redressa un peu le dos.
« Je vous attendrai demain dans la salle de réunion, dit-il. »
Et avec un petit hochement de tête envers Bilbon, il partit. Le silence régna de nouveau.
Finalement Bilbon soupira et s'assit à table, où le pain et le fromage n'avaient pas été touchés.
« Je ne sais pas si Bombur sera fâché que son meilleur pain et ses fromages préférés n'aient pas été mangés, ou s'il sera content qu'ils soient toujours là. »
En dépit de tout, Thorin souffla un petit rire.
« Probablement content. Il a râlé de devoir partager ne serait-ce que ses salades avec eux. Il était très mécontent de ce qu'ils avaient à dire sur Fili, Kili et Legolas. »
Comme toute la compagnie. Dernwyn avait été prête à livrer bataille, et Dis avait eu ses deux haches de guerre en main avant que Thorin ne réussisse à les retenir toutes les deux. Ce que demain apporterait, il ne le savait pas.
« On pourrait toujours le manger, offrit Bilbon. »
Mais il avait l'air aussi enclin à manger que Thorin. Thorin secoua la tête et vint se tenir derrière Bilbon. Ses mains trouvèrent les épaules et commencèrent doucement à masser la tension. Bilbon gémit et appuya sa tête contre l'estomac de Thorin.
« Ça devrait être à moi de te faire ça, dit-il. Tu es bien plus tendu que moi.
- Ce n'est pas moi qui ai été essentiellement blâmé pour la chute du trône, dit Thorin. »
Il se força à garder les mains légères. La seule idée de ce que Dain avait sous-entendu lui fit serrer les poings. Comme si aucun de ceux qui avaient épousé la famille royale lui avaient nui. Sans un seul d'entre eux, surtout Bilbon, Erebor ne serait plus debout. Bilbon avait plus le droit d'être ici que Dain.
« Ouille, se plaignit Bilbon quand les mains de Thorin se firent trop serrées. »
Thorin déposa un baiser sur le sommet de sa tête pour s'excuser.
« Tu as définitivement plus besoin d'un massage que moi.
- Je suis plus content ici, avec toi, lui assura Thorin. »
Et c'était vrai. Les souvenirs du kidnapping avaient laissé un goût amer dans sa bouche, et l'insistance de Dain pour une 'lignée pure' le faisait seulement penser à Dekir et Rutar. Il n'y avait pas d''anciennes voies'. Il y avait simplement les voies que les conseillers de Dain pensaient que les choses devaient suivre et la façon dont les choses se passaient actuellement. Et quand quelqu'un n'obtenait pas ce qu'il voulait, le conflit ne tardait pas à suivre.
Bilbon se retourna et embrassa l'intérieur de son poignet, bannissant toutes les pensées de Thorin jusqu'à ce qu'elles ne portent que sur le hobbit devant lui.
« Au lit, dit Bilbon. Et on va garder le foyer bas. La chaleur dehors est étouffante pendant la journée, mais les nuits ? Pas tellement.
- Est-ce que le froid te dérange encore ? Demanda Thorin en fronçant les sourcils. »
Il jeta un regard à la cheville de Bilbon, incapable de s'en empêcher, et Bilbon se leva sans le moindre problème.
« De temps en temps, mais c'est normal avec la cheville. Je vais bien. Je n'aime juste pas avoir froid, c'est tout.
- Alors nous ne te laisserons pas avoir froid, dit Thorin. »
Il vola un baiser, puis un autre, et puis un autre, et Bilbon gloussa tout le chemin jusqu'au lit. Et quand Thorin ne put dormir, des pensées des clans et des souvenirs des jours sombres du passé tournoyant dans sa tête, Bilbon se blottit contre lui et déposa un baiser sur le bout de son nez.
« Dors, tu auras toute la journée de demain pour t'inquiéter, murmura-t-il. »
Et Thorin ferma enfin les yeux et dormit.
(-)
Dis ne passait pas une bonne journée.
Peut-être que ça avait quelque chose à voir avec la façon dont elle avait été réveillée, avec Kili frappant à sa porte, la suppliant presque d'être à la réunion dans une petite heure. Ou la façon dont Bombur avait râlé au petit déjeuner au sujet des nains qui avaient osé sous-entendre que ses salades n'étaient pas délicieuses, et s'ils voulaient de la viande, ils n'auraient pas dû insulter les elfes d'Erebor.
Ou peut-être que c'était la façon dont Thorin lui avait interdit d'amener sa hache à la réunion. Ça n'aurait peut-être pas mis la délégation des Collines de Fer très à l'aise, mais elle aurait été plus heureuse. Et ils ne méritaient pas d'être à l'aise. Pas après ce qu'ils avaient sous-entendu. Pas après ce que Dain avait dit.
Thorin l'avait prise à part pendant qu'elle mangeait le petit déjeuner et l'avait discrètement mise au courant, ainsi que Dwalin et Fili de ce que Dain lui avait dit la nuit précédente. Dwalin était devenu totalement furieux quand les commentaires de Dain sur Bilbon avaient été révélés – on n'insultait pas la famille de quelqu'un, et Bilbon était le frère de Dwalin maintenant, il n'y avait pas de doute là-dessus – et Fili avait serré les poings face au sous-entendu que sa femme et ses enfants n'étaient pas assez 'purs' pour prendre le trône.
Et Dis ? Dis avait été prête à faire un massacre. Elle se souvenait très vaguement de Dain dans son enfance, et elle se souvenait d'un enfant joyeux qui avait babillé après Thorin et était entré en compétition avec Frerin et elle pour son attention. Quand Thorin n'était pas là, ils s'entendaient très bien. C'était difficile d'associer le nain joyeux et gentil, rusé et intelligent qu'elle avait connu à celui qui essayait pratiquement de vendre ses enfants mariés à une autre.
Pas si elle avait son mot à dire à ce sujet.
Dain se redressa dans sa chaise quand ils furent tous assis, et s'il fut chagriné de voir Bilbon présent, il ne le mentionna pas. Thorin n'avait pas été exactement ravi que Bilbon soit venu, voulant garder son époux aussi loin de Dain et sa bêtise qu'il le pouvait, mais Fili avait eu raison : sans Bilbon présent, ça ressemblerait à un pas en arrière et fournirait plus de crédit à l'idée que Bilbon n'était pas aussi puissant que Thorin. Parfois, pensa Dis en regardant Fili s'asseoir à côté de Kili et Gimli, ses fils pouvaient être bien plus sages qu'ils n'en avaient l'air au premier abord.
Tauriel et Legolas étaient de nouveau le long du mur, pour laisser plus de place pour les nains à table, mais cette fois Dwalin se tenait robustement à côté de Legolas au lieu de près de la porte, et Dril se tenait à côté de Tauriel. Trois gardes au total pour entourer le prince elfe, et deux nains pour entourer les elfes. Bien. Avec eux tous présents, ils étaient maintenant supérieurs en nombre à l'entourage des Collines de Fer, et bien que ce ne soit pas dit, le pouvoir donnait vraiment l'impression d'être passé de Dain à Thorin.
Thorin leva les mains, le bout de ses doigts contre le bout de ses doigts, formant une forme de montagne : Dain serait autorisé à prendre la parole le premier. Ses conseillers semblaient ravis de cela, mais Dain avait l'air plus grave qu'auparavant. Avec raison : il savait trop bien que ce n'était pas Thorin qui laissait un peu de pouvoir à Dain, mais plutôt qu'il lui donnait l'occasion de nettoyer son nom ou de se pendre. Dis était assise à la droite de Bilbon, seul son frère hobbit était assis entre elle et Thorin. Un signe de tête absurde pour son statut, mais maintenant qu'elle pouvait sentir la tension dans la pièce, elle était contente que Thorin ait insisté sur le protocole.
Après ce qui sembla des mois, Dain prit enfin la parole.
« Je comprends qu'hier n'était pas ce que chacun d'entre nous espérait. Par conséquent, je viens devant vous avec l'espoir de réconciliation entre nos deux groupes. J'espère encore marier ma fille à la Lignée de Durin, ne serait-ce que pour son futur et le futur de son peuple. Mais je reconnais que vos héritiers sont actuellement mariés.
- Et le seront pour longtemps, espèce de peilig, marmonna Bilbon dans sa barbe. »
Dis sentit sa barbe tressauter malgré elle, et toussa discrètement pour le dissimuler. Dwalin renfila derrière elle, et les yeux de ses fils dansèrent avec amusement.
Cela l'émerveillait encore que Bilbon ait réussi à cacher tout le langage de son peuple pendant treize ans, mais n'arrivait pas à s'empêcher de jurer dedans désormais. Et des jurons puissants, apparemment. Elle était un peu contrariée d'avoir manqué celui où il était question de coucher avec des cochons. Elle aurait bien aimé apprendre celui-là. Lameilleure partie d'apprendre un nouveau langage était de détenir un arsenal de jurons dans son répertoire. C'était la première chose qu'elle avait tenu à apprendre de Tauriel et Legolas, quand ils avaient demandé si elle voulait apprendre le Sindarin.
Thorin ne parla toujours pas, etaprès une pause, Dain poursuivit.
« Seriez-vous disposé à un mariage entre ma fille des Collines de Fer et un membre de la noblesse, peut-être même de la royauté, ici à Erebor ?
- Ça n'a pas besoin d'être immédiatement, dit l'un des nains. »
Bilbon l'incendia immédiatement du regard. Un offenseur récidiviste, alors.
« Assez longtemps pour que l'un des plus jeunes-
- Non, dit immédiatement Bilbon. »
Le nain se renfrogna d'avoir été interrompu.
« Les enfants grandissent-
- Non, répétèrent en chœur Bilbon, Fili, Kili et Dis. »
Quand le nain se tourna vers elle, elle dirigea vers lui le regard noir le plus féroce qu'elle possède, et l'observa avec satisfaction se recroqueviller dans son siège. Personne ne touchait à ses petits-enfants. Personne.
« Un autre noble, peut-être, dit un autre nain dans une tentative d'apaisement. Peut-être un cousin. Tenez, Gimli qui est assis juste là-
- Non, dit immédiatement Tauriel. »
Tous les yeux se portèrent sur elle. Elle garda le visage impassible, mais Dis la connaissait assez bien pour repérer les deux petites taches rouges sur ses joues.
« Gimli est... lié à la protection non seulement d'Erebor, mais d'un royaumevoisin également. Il serait un mauvais parti et n'offrirait pas de compagnie à votre fille. »
Gimli semblait aussi perdu que tous les autres. Tauriel dirigea son regard vers le mur au-delà de la table, et les pointes de ses oreilles étaient maintenant rouge vif. Dis détourna le regard et garda un visage aussi crédible que possible. Nier ce que Tauriel avait dit ne leur ferait pas de bien, et Dis était certainement d'accord pour ne pas jeter Gimli aux loups.
À côté d'elle, Bilbon toussa légèrement, et quand Dis lui vola un regard, il dissimulait un sourire narquois et entendu. Fili, aussi, semblait également amusé de l'autre côté de la table, et Dis fut au moins gratifiée de savoir que personne d'autre ne comprenait la brève interruption de Tauriel, y compris Thorin.
« Comme vous pouvez le voir, Gimli serait un mauvais parti, dit Fili en changeant son amusement en sourire poli pour Dain. Peut-être un autre noble ? »
Dain commençait à avoir l'air agacé.
« Ma fille est-elle un mauvais parti elle-même ? Demanda-t-il. Je peux vous assurer que selon les lois de notre peuple, arranger un mariage à l'aveugle n'est pas sans précédent-
- Quel âge a ta fille, Dain ? Demanda doucement Thorin. »
La pièce se fit silencieuse tandis que le roi parlait enfin. Dain marqua une pause.
« Soixante-et-onze ans, dit-il enfin. Elle est majeure. »
À peine. Elle était à peine assez âgée pour avoir décidé un art ou une profession, pour commencer à regarder le monde autour d'elle avec les yeux d'une adulte capable. Les nains de cet âge savaient à peine qui ils étaient eux-mêmes. Dis n'avait pas commencé à courtiser feu son époux jusqu'à avoir plus de quatre-vingt-dix ans, et elle avait été considérée comme jeune pour le faire. Elle en connaissait d'autres qui avaient été plus jeunes, évidemment. Certains connaissaient le désir de leur cœur avant d'être majeurs, et étaient mariés dès qu'ils en étaient capables. Mais forcer une femme à peine adulte à épouser quelqu'un qu'elle ne connaissait pas, dans un endroit qui lui était étranger, tout ça au nom des désirs de son père-
Elle se demanda ce qu'en pensait la femme de Dain. Elle se demanda si Dain s'en souciait seulement.
Puis elle se rappela qu'il n'était pas du tout question de la fille de Dain, qu'il avait montré sa vraie main et rendu ses intentions claires. Il voulait une couronne, et il voulait être reconnu.
Thorin fixa Dain jusqu'à ce que Dain détourne les yeux.
« Selon les lois de notre peuple, son mariage élèvera sa famille entière à une position plus élevée, dit-il. »
Et Dis réalisa que Thorin avait déjà tout compris. L'angle de Dain dans tout ça, la raison pour laquelle sa fille était un pion. Et elle savait maintenant, tout comme Dain, à en juger par la façon dont ses épaules s'effondrèrent, que la connaissance des lois de Thorin ne servirait pas Dain.
Elle attendit quand même en retenant son souffle ses prochaines paroles.
Thorin écarta enfin les mains pour les poser gentiment sur la table. Un roi déclarant sa loi.
« Mais il n'est dit nulle part que cela accordera la royauté au reste de la famille, même si ta fille épousait une couronne.
- Non, mais-
- Dain, je ne peux pas t'aider, dit Thorin. »
C'était un signe de jusqu'où Thorin était arrivé, qu'il réponde maintenant à Dain d'une façon presque gentille. Il y avait encore un feu qui brûlait dans ses yeux, mais il tempérait sa colère devant la façon précédente de Dain de traiter Bilbon et Legolas. Dis avait le sentiment que Bilbon était responsable de son attitude actuelle avec Dain.
Elle avait aussi le sentiment que son frère hobbit n'avait que faire de la façon dont Dain l'avait traité, même s'il avait été prêt à faire pleuvoir des cochons sur Dain pour ce qu'il avait dit à Legolas. Il devait vraiment cesser de compatir et d'accorder des gentillesses aux ennemis.
Dain semblait perdu.
« Vous n'essayez même pas, accusa l'un des nains. Vous n'avez que faire de la détresses des autres nains qui ne résident pas dans votre montagne !
- Je ne suis pas leur dirigeant, dit fermement Thorin. S'ils viennent avec une divergence que leur dirigeant ne peut gérer, je les aiderai, et s'ils ont jamais besoin de nourriture ou d'or, ils sont les bienvenus-
- Et comment sauraient-ils ça ? Demanda un autre nain. Vous savez à quel point les Montagnes Bleues sont terribles, et elles ne se sont pas améliorées depuis ! Indigentes et pleines de pauvreté, elles s'en sortent à peine-
- Et vous avez la Moria maintenant ! Cria encore un autre nain. Vous avez plus que votre montagne à prendre en compte ! »
La table plongea dans le chaos. Fili se leva et commença à mêler sa voix, et Kili, plus proche des autres nains, commença aussi à essayer de raisonner l'entourage. Gimli et Dwalin crièrent sur les autres nains, et se virent répondre avec d'autres cris. Dain ne dit pas un mot, se contentant de fusiller Thorin du regard, et Thorin...
Thorin avait l'air d'avoir vieilli en une nuit. Il était encore assis droit dans son fauteuil, royal et formidable, mais son visage était tombé, et il y avait une résignation sur ce qui allait venir, sur ce qu'on lui disait. Dis n'avait pas de vérités à lui dire, aucune façon de savoir si les clans avaient vraiment besoin d'aide ou s'ils pouvaient faire quelque chose. Elle savait que les Montagnes Bleues étaient moins riches que d'autres royaumes et villages, mais ils avaient assez bien élevé ses garçons là-bas, et s'il y avait une façon simple d'offrir une plus grande richesse à Ered Luin, elle serait offerte sans hésitation, peu importait ce que certains des autres nains avaient pensé de l'arrivée de Thorin dans les Montagnes Bleues plus de cent ans auparavant. Le pensaient probablement toujours, étant donné à quel point les nains avaient la mémoire longue.
Mais la distance entre Erebor et tout autre royaume ou clan, en-dehors des Collines de Fer, était trop grande pour qu'ils offrent une aide convenable. Cependant Thorin était assis là, la clameur de la pièce le frappant au visage autant que les accusations, et Dis regarda avec détresse la façon dont il les laissa s'enfoncer en lui et le tirer vers le bas. Dain continua de lui lancer un regard noir, comme s'il blâmait Thorin pour ce bazar, et c'était assez. Elle posa les mains sur la table pour se mettre debout, mais elle fut prise de vitesse par quelqu'un d'autre.
« Assez ! »
Ce n'était pas Bilbon, qui était également en train de se lever, qui amena un silence soudain dans la pièce. Non, c'était Legolas, qui se dirigea vers la table et se tint à côté de Thorin, rendant son regard noir à Dain.
« Vous avez dit être venu pour la paix, pour négocier, pourtant vous n'avez apporté que conflit et accusations injustifiées, dit Legolas. Vous avez rendu un mauvais service à votre propre famille afin d'obtenir un gain personnel, et quand vous ne pouvez avoir ce que vous désirez, vous vous déchaînez comme un enfant. »
L'un des autres nainsvirait au violet.
« Comment osez-vous-
- Je reconnais vos actions, dit Legolas. »
Il parlait bien plus fort que l'autre nain. Il épingla Dain de son regard acéré.
« Parce que j'ai observé le Roi-Elfe, mon père, faire exactement la même chose. »
Les nains s'arrêtèrent. Legolas, cependant, n'avait pas terminé.
« Thranduil, autrefois l'un des plus grands elfes d'Arda, a été ruiné quand les ténèbres sont venues dans notre Vertbois, tordant son cœur autant que les branches des arbres de la forêt. Ce ne sont pas les ténèbres qui ont fait perdre à mon père la confiance et le respect de son peuple, de son propre enfant, mais ses actes. Je lui ai pardonné depuis longtemps ce qu'il a fait et dit. Mais la vérité demeure : c'est lui qui a agi hâtivement et pour son gain personnel et a perdu tout ce qui lui était cher entre-temps. Il a heureusement quitté Arda avant que les ténèbres ne puissent entièrement posséder son esprit. »
Si quelqu'un avait seulement fait tomber une épingle de cheveux, on l'aurait entendu. Dis contemplait son fils par mariage avec fierté. Kili semblait prêt à exploser, son admiration pour son époux brûlant dans ses yeux. Legolas prit enfin une inspiration et laissa sa colère disparaître.
« Il nous a fallu des années pour être proches de reprendre Vertbois, après qu'il soit devenu la Forêt Noire. Mais si les dommages causés par les ténèbres, et donc par la main de Thranduil, peuvent être guéris, ses actions ne seront jamais oubliées. »
La douleur traversa son visage.
« Pardonnées, peut-être. Mais jamais oubliées. Et étant l'enfant de quelqu'un qui œuvra pour une ambition aveugle et un gain personnel, je peux vous assurer que la confiance, après avoir été si facilement écartée, est difficile à regagner. »
Si Legolas avait tiré une flèche dans le cœur de Dain, elle ne lui aurait pas causé autant de douleur que ces paroles discrètes et prudentes. Le visage de Dain était blanc comme un linge, et Dis savait que son cœur devait être quelque part au niveau de ses genoux. Legolas ne souriait pas et ne semblait pas réjoui par ses propres paroles. Son visage était soigneusement impassible, mais connaissant son fils elfe comme elle le connaissait, Dis était certaine que lui, aussi, ressentait de la compassion pour Dain.
Elle devait parler à Bilbon et Legolas de cette vilaine habitude. Thorin se leva enfin, et tous les yeux se tournèrent vers lui.
« Je vais personnellement contacter les clans et m'assurer qu'ils sont contents, qu'ils n'ont pas besoin d'aide, et qu'ils peuvent venir à Erebor pour quelque raison que ce soit. S'ils souhaitent s'unir sous Erebor, ce sera une discussion pour un autre jour. Je suis content que tu aies amené ce problème devant moi, mais je le répète : je ne peux pas te donner une couronne, Dain. Aucun roi ne devrait en couronner un autre, ni ne le devrait. Un roi vit par son peuple, est couronné devant son peuple, et doit régner pour leur bénéfice. Je ne peux pas faire cela pour toi. »
Après une longue pause, l'un des conseillers se leva enfin.
« Alors, votre majesté, il semble que nous ayons terminé, dit-il. »
Et le reste de l'entourage adressa une dernière révérence à Thorin avant de partir. Dain fut le dernier à partir, et Dis fut navrée de voir un feu brûler dans ses yeux, même maintenant, quand ils n'avaient offert que la paix.
« Cousin, commença Thorin. »
Dain secoua la tête.
« Nous ne sommes pas une famille, toi et moi. Tu as une nouvelle famille. Et il semble que la nécessité de les réconforter passe avant celle de m'aider. »
Puis il disparut, la porte se fermant silencieusement derrière lui.
Thorin baissa la tête et s'appuya sur la table. Bilbon repoussa son fauteuil et enroula immédiatement les bras autour de Thorin, s'accrochant si fort à lui que ses phalanges blanchirent. Legolas passa un bras autour des épaules de Thorin, l'air ébranlé.
Un par un les autres s'approchèrent, appuyant une main sur l'épaule de Thorin, posant une main sur son dos. N'importe quel signe de réconfort physique qu'ils pouvaient lui offrir tandis qu'il faisait silencieusement son deuil. Ce n'était pas sa faute : en fait, étant donné la façon dont Dain avait insulté l'époux de Thorin et celui de son neveu, Thorin avait été bien plus clément et patient qu'il n'aurait dû l'être. Mais c'était une faible consolation quand Dain avait déchiré le lien de la famille.
Enfin Thorin leva la tête. Ses yeux étaient rouges mais secs, et il y avait des rides plus visibles s'étirant sur son visage. Dis prit sa main et la serra, et il lui jeta un regard, reconnaissant pour son soutien. Toujours, mon frère, promit-elle. Tu auras toujours ma main à tenir.
Son regard passa d'elle à Bilbon, qui était encore pressé contre lui. Leur conversation fut silencieuse, comme l'étaient tant de leurs conversations, mais au final, elle laissa Thorin souriant et Bilbon s'étirant juste assez pour déposer un baiser sur sa joue. Bien.
« Merci, dit enfin Thorin, les regardant tous. Je vous dois à tous plus de gratitude que je ne peux l'exprimer. »
Il regarda Legolas avec un sourire encore plus large.
« Surtout à toi.
- Quelqu'un m'a dit que tout va bien, dit Legolas. Il était de mon devoir de m'assurer que ces mots demeuraient vrais.
- Fleurs bleues, tous autant que vous êtes, marmonna Dwalin. »
Il se contenta d'afficher un grand sourire quand Bilbon lui frappa le bras avec un regard noir. Cela fit souffler un rire à Thorin, cependant, et d'une façon ou d'une autre, Dis se souvint enfin de prendre une grande inspiration.
Tout irait bien.
(-)
* Je suis à peu près sûre que la langue hobbit n'a jamais été traduite. Si elle l'a été, je ne l'ai trouvée nulle part. Donc j'ai gardé la version originale, et inventé le terme Hobbitas pour traduire Hobbitish.
