Bonjour et bonne lecture ! :D


Lorsqu'elle avait vu le regard soucieux de Circé passer à la panique, Philomène avait essayé de se rapprocher de la sorcière pour lui expliquer la situation mais celle-ci avait reculé en la contemplant comme une pestiférée.

C'était un regard auquel elle avait été habituée. C'était celui avec lequel sa mère avait commencé à la regarder lorsqu'elle avait réalisé qu'elle n'avait aucun pouvoir.

Abaissant son masque de confiance sur son visage, elle fit mine de conserver son sang-froid en s'asseyant sur l'une des chaises de la pièce. La plus éloignée de Circée. Elle voulait que son silence passe pour de l'orgueil mais elle cherchait simplement ses mots.

De l'autre côté, la Sorcière n'avait pas encore pris la fuite. Combien de temps resterait-elle immobile avant de prendre la fuite pour alerter toute la Grèce ? Elle n'avait peut-être que quelques minutes pour se justifier…

- Tu as perdu ta magie ? demanda Circé prudemment.

Le cœur de Philomène se fit plus lourd dans sa poitrine alors qu'elle déglutissait difficilement. Elle n'était pas capable de répondre par oui ou non à cette question. Tout était tellement plus compliqué ! Il était impossible qu'il n'y ait que deux possibilités.

- As-tu eu de la magie ? reprit l'autre qui s'était adossée au mur comme pour se soutenir.

Cette fois, Philomène ferma les paupières pour faire disparaître le malaise qui faisait tourner la pièce. Après une profonde inspiration, elle commença :

- Tu sais que j'ai une sœur.

- Hébé, répondit simplement la Sorcière.

- Ma sœur jumelle.

Circé plissa les yeux alors qu'elle jouait du bout des doigts avec son himation, pour ne pas laisser paraître son trouble. Mais son visage parlait pour elle. Elle était en train de faire des calculs sans parvenir à trouver de réponse.

- Elle est bien plus jeune que toi, murmura-t-elle finalement.

- Nous sommes nées en même temps. Nous étions identiques, pendant notre enfance. Personne n'était capable de faire la différence entre nous deux. Puis les choses ont commencé à changer, elle faisait preuve d'une grande habilité, si grande et inhabituelle qu'elle en est devenue particulière pour les immortels. Ils sont même allés jusqu'à lui donner trois autres noms, les connais-tu ?

- Vigueur, Vitalité et Jeunesse.

- C'est exacte. Elle est un de leurs pions les plus précieux, ils ne voudraient pas qu'elle tombe entre les mains d'un mortel ! Au point qu'ils lui interdisent de quitter l'Olympe puisqu'elle est capable de donner l'immortalité.

Bien que les mots fussent énoncés clairement, Circé avait beau les répéter et les retourner dans son crâne, ils n'avaient aucun sens. Personne ne pouvait donner son immortalité.

- Je ne comprends pas, avoua-t-elle en dévisageant Philomène.

- Pendant toute notre jeunesse, lorsque l'on ne faisait aucune différence entre nous deux, que l'on passait notre temps ensemble, elle me donnait de la magie. Mais lorsqu'ils ont commencé à l'écarter de moi pour essayer de savoir pourquoi elle était si puissante…

Elle marqua une pause pour combattre les larmes qui gagnaient peu à peu du terrain, elle ne pouvait pas perdre la face, surtout pas maintenant.

- Ma mère a réalisé que je perdais ma force, que contrairement aux autres immortels je vieillissais à la même allure qu'une mortelle. C'est là qu'ils ont compris l'origine de sa puissance et surtout jusqu'où elle pouvait aller. Elle avait hérité de mon immortalité en plus de la sienne et pouvait partager sa puissance avec d'autre. Mais uniquement avec les mortels non-Dotés.

Circé garda son regard rivé sur cette femme qu'elle avait craint. Elles s'étaient rencontrées quelques années auparavant, suffisamment longtemps pour qu'elle la tienne en haute estime malgré leurs différents. Elle ne pouvait pas croire qu'elle n'avait aucune capacité. C'était une honte pour elle !

- Avant que d'autres personnes que ma mère et ma sœur ne le réalisent, j'ai décidé de partir. J'ai cherché un moyen de regagner par moi-même ma magie. Ou d'en trouver par un autre moyen. Mais même les techniques les plus simples nécessitent un minimum d'énergie. Même la magie du sang.

A cette évocation, Circé frémit. Elle avait entendu parler de cette magie de malheur, celle que peu de personnes osaient utiliser à cause des répercutions terribles qu'elle pouvait avoir sur l'organisme et l'esprit.

- Et j'ai trouvé les Pierres, celles que vous appelez Maudites, reprit-elle en plongeant son regard dans celui de la Sorcière.

Circé était persuadée qu'elle lirait de l'abattement dans le regard de son hôte, du désespoir, ou au moins de la peur, mais il n'y brillait qu'une envie de se battre, ce désir de vivre par tous les moyens.

- Je ne comprenais pas pourquoi les personnes qui les avaient découvertes les fuyaient. Elles ne me faisaient aucun mal. J'en avais récupéré un certain nombre, illégalement car les premiers à les extraire les avaient isolées et enterrées pour les faire disparaître pour toujours, sans laisser d'explication. J'ai passé des mois et peut-être plusieurs années pour essayer de comprendre leur fonctionnement. Mais malgré toutes mes tentatives je n'ai rien réussi à obtenir d'elles. J'ai donc repris ma marche pour rentrer et abandonner.

Philomène prit une profonde inspiration en se redressant sur son siège, rajustant les plis de son chiton, elle coula un regard vers Lévana dont la respiration se faisait de plus en plus sifflante.

- C'est là que je l'ai rencontrée. Dans un marché d'esclave en train de mourir dévorée par sa magie. Elle était si puissante que même les mortels pouvaient sentir qu'elle était différente. Pourtant, elle ne semblait pas le réaliser, elle en avait si peu conscience que ça ne faisait aucun doute que ses parents n'avaient été que des mortels.

Cette fois la jalousie brisa les traits ronds de la fille d'immortel qui renifla avec dédain.

- Elle était ce que je n'étais pas alors même qu'elle n'avait aucune descendance. On m'avait pourtant toujours appris dans mon enfance que…

- Les immortels engendrent des immortels, aucune créature ne peut vaincre ces entités qui sont si proches de dieux, continua à sa place Circé.

- J'avais prévu de l'acheter pour la regarder mourir, avoua Philomène une lueur de cruauté dans le regard. Je voulais la voir souffrir comme elle souffre maintenant. Pour pouvoir me dire que j'avais échappé à ça, que jamais je ne serais aussi risible.

- Mais ?

La Grecque ferma les yeux un instant, le souvenir de ce moment était encore vivace dans son esprit. Elle se rappelait parfaitement le regard que Lévana lui avait lancé. Il n'était pas suppliant, elle ne voulait pas qu'elle la sauve, il était juste brillant d'admiration.

- Elle m'a dit que j'étais belle, souffla finalement Philomène en faisant mine d'observer le ciel qui s'éclaircissait à l'extérieur espérant que Circé n'y lirait pas son embarras.

La sorcière retint un sourire en imaginant comment était la jeune Philomène. Sans aucun doute aussi orgueilleuse et fière qu'elle ne l'était maintenant, mais peut-être encore plus avide de louanges.

- C'était la première fois que l'on me faisait un compliment. A Olympe on me félicitait d'être apparentée à ma sublime sœur.

- Comment l'as-tu sauvée ?

- Je n'avais pas la moindre capacité, je ne pouvais pas la sauver même si j'avais appris des choses durant mon voyage. J'ai cherché des êtres magiques mais aucun d'eux ne voulait se trouver trop près d'elle. Finalement je me suis dit que j'allais être obligé de la regarder mourir.

Elle se souvenait, elle se revoyait, à la belle-étoile, loin de la cité. Lévana, dont elle ne connaissait pas encore le nom, ne faisait que délirer à cause de la fièvre. Elle attendait juste qu'elle meure et qu'elle l'emporte avec elle, que la magie ne la dévore également.

Ne s'agissait-il pas là d'une bien meilleure mort que celle qui l'attendait en tant qu'humaine ?

Puis l'esclave avait parlé, dans un grec hésitant dont l'accent barbare en saccageait les tonalités. Elle lui avait demandée pourquoi elle restait alors qu'elle allait mourir.

- Nous avons discutées, continua Philomène en serrant ses mains l'une contre l'autre pour entremêler ses doigts. De ce que j'aurais aimé faire de ma vie. Je ne sais même pas si elle a compris une seule chose de ce que je lui racontais.

Un sourire tendre étirait à présent ses lèvres alors qu'elle gardait son regard posé sur son esclave. Elle la revoyait, les yeux entrouverts, attentive à ses paroles. Elle ne les avait peut-être pas comprises mais elle s'était accrochée à sa voix, et elle s'était battue contre cette magie violente qui la consumait de l'intérieur. Il n'avait suffis que de quelques heures pour que Philomène ne s'attache réellement à cette mourante.

- J'ai alors tout tenté. J'ai tracé des runes que je ne pouvais pas animer, j'ai fabriqué des potions que je ne pouvais pas activer, j'ai psalmodié des centaines de formules qui n'avaient aucun pouvoir. Mais rien de tout ça ne pouvait fonctionner sans un soupçon de magie.

Elle se souvenait également des hurlements et des pleurs, les lamentations dans lesquelles elle s'était plongée, mais préféra les garder pour elle.

- Dans une crise de rage, j'ai commencé à détruire mes affaires. Toutes ces choses que j'avais accumulées dans l'espoir qu'un jour je pourrais m'en servir. Parchemins magiques, Artefacts, Herbes et Ingrédients.

Circé était accrochée à ses lèvres, incapable de parler, impatiente de connaître la suite.

- J'ai jeté le sac de pierre.

Elle marqua une pause en contemplant les bagues à présent noires à ses doigts. Son cœur frémissait en souvenir de la surprise qui l'avait marquée lorsque les pierres d'onyx s'étaient teintées d'ambre et que la fièvre de l'esclave avait disparu.

- Attends ! la coupa Circé en se rapprochant. C'est impossible, si elle a déjà été en contact avec les Pierres Maudites alors elle ne devrait plus avoir la moindre magie ! Elle ne devrait pas être en ce moment-même à se battre contre sa puissance ! Philomène ! Tu es celle qui a montré que ces Pierres volaient l'Entièreté de la magie des Dotés !

- J'étais persuadée que c'était un nouveau moyen de sauver les personnes Dotées qui se faisaient dévorer par la magie, que l'on pouvait ainsi sauver des centaines de mages tout en évitant que les porteurs de baguettes ne deviennent plus nombreux, continua-t-elle sans prendre en compte l'intervention de la sorcière. Nous sommes rentrées à Olympe toutes les deux, elle soignée et moi à la recherche d'un nouveau cobaye pour montrer ma découverte. Nous avons trouvé un jeune mage qui allait bientôt mourir. Nous l'avons traîné jusqu'à Olympe pour la démonstration.

Mais il avait tout perdu, il avait survécu mais n'avait plus aucune capacité.

- Pourquoi… Pourquoi a-t-il perdu toute sa magie, à jamais ?! Pourquoi alors que Lévana s'en est sortie ?! s'exclama Circé sans plus faire attention à ne pas élever la voix.

- Tout le monde s'est persuadé qu'il s'agissait de Pierres Maudites. On m'a ordonnée de faire disparaître le reste et de ne plus jamais en parler. Personne ne m'a laissée expliquer que Lévana avait toujours ses capacités et que je ne pouvais pas expliquer pourquoi ça n'avait pas marché avec le mage.

Lévana était restée à ses côtés. Elle avait refusé l'indépendance que Philomène lui proposait. Loyale et fière, elle ne pouvait pas abandonner la personne qui l'avait sauvée. Au cours des jours qui avaient suivis, la magie de Lévana redevenait incontrôlable. C'était à partir de là qu'elle avait compris.

- Les simples dotés, reprit-elle. En contact avec ces pierres, perdent tout. Mais les immortels eux… Même si la magie ne vient plus régénérer leurs tissus de la même manière, leur cœur magique, leur Kardia, reste inépuisable et déchaîné.

- Mais ça n'explique pas comment tu as pu être capable de faire de la magie toutes ses années. Tu nous as réussi à te faire passer pour une immortelle !

- Tout le monde n'était pas dupe. Certains immortels ont bien réalisé que je n'étais pas immortelle. La différence d'âge apparente entre Hébé et moi était trop évidente. Mais je pouvais faire régner le doute car les pierres, une fois chargée de magie, ont un effet différent avec les mortels. Elles leur donnent l'énergie emmagasinée.

Circé poussa un soupir de surprise. C'était impossible. C'était incompréhensible ! Et pourtant ça expliquait tellement de chose. L'attachement de Philomène à sa Mékhanè et l'inverse également. Ces deux femmes avaient besoin l'une de l'autres.

- Pourquoi n'en as-tu parlé à personne d'autre ?

- J'en ai parlé à d'autres, souffla-t-elle en détournant le regard. Ma mère m'a chassée en hurlant que je ne pouvais pas laisser cette information être transmise. Car…

- Les immortelles seraient utilisés comme des vaches à lait, termina pour elle Circé.

De la même manière qu'elle avait utilisé Lévana. Et maintenant sans ses pierres, la fille allait mourir. La sorcière se rapprocha d'elle. Une main sur son front, elle remarqua que la fièvre n'avait pas diminué malgré la potion.

Elle ne survivrait pas longtemps et surtout elle ne se contiendrait pas longtemps.

Qu'était-elle censée faire ? Attendre qu'elle ne meure et emporte tout le palais avec elle ? Tout ce qu'elle avait construit pendant des années, ce foyer qu'elle s'était créée à la sueur de son front ? Tout ça disparaîtrait si elle gardait Lévana ici.

- Pourquoi êtes-vous venues ici ? demanda-t-elle en essuyant à l'aide d'un linge la sueur qui maculait la peau de la malade.

Ça ne pouvait pas être le hasard. C'était impossible. Qu'espéraient-elles ?!

- Elle pensait que tu pourrais venir en aide au chien, mais ce n'est vraiment pas le plus important. Nous devons trouver les pierres pour Mékhanè.

Lorsque l'on parla de lui, l'animal s'était redressé sur ses pattes pour se rapprocher de la conversation. Circé sentait bien qu'il était humain, loin au fond de lui, mais il luttait contre lui-même, il se refusait à l'humanité, préférant se complaire dans la simplicité animale.

Elle pouvait agir pour lui. Elle pouvait faire en sorte qu'il redevienne celui qu'il était vraiment. Et il lui en serait reconnaissant.

Que pourrait-elle obtenir de lui ?

- Emmène ton esclave jusqu'à Mer, elle pourra peut-être la soulager, ordonna-t-elle à Philomène.

- Tu n'as pas changé, tu es toujours aussi croyante.

- Et toi toujours aussi fermée d'esprit à ne pas vouloir accepter que Mer soit consciente ! Mais maintenant que je sais que tu n'es même pas Douée, les choses sont plus claires. Tu ne comprends juste pas. Il s'agit de choses qui te dépassent !

Elle s'était retournée en parlant, ne souhaitant pas voir le visage de Philomène car elle n'avait pas besoin de la voir pour savoir qu'elle était parvenue à la blesser. De la pointe de son esprit, elle incita le métamorphe à la suivre et ils quittèrent la pièce.

Elle le ferait redevenir homme et lui trouverait une quelconque utilité.


Ce n'était pas la première fois qu'il discutait de cette manière. Mais c'était la première fois qu'il entendait la voix de cette femme. Elle le regardait dans les yeux, d'apparence humaine, il sentait qu'elle n'était pas que ça. Mais il ne parvenait pas à lui répondre, il avait beau essayer, elle ne paraissait pas l'entendre.

Elle ferma les yeux et s'accroupie. Son corps se rétracta alors qu'une fourrure dorée la recouvrait, ses membres se firent pattes et son visage s'allongea. Bientôt elle ne fut qu'un lynx aux crocs acérés.

- Peux-tu me répondre maintenant ?

- Oui.

- Suis-moi.

Elle s'élança dans le couloir, l'incitant à la suivre jusque dans la cours. Ils passèrent un des jardins pour arriver jusqu'à un bosquet éloigné dont les fleurs et arbustes formaient des murs qui les isolaient du reste du monde.

- Concentre-toi.

La voix avait résonné avec brutalité dans son crâne alors qu'il la sentait gagner les recoins de son âme.

- Souviens-toi.


Remus ne leur avait pas adressé la parole depuis la veille. Dès qu'il croisait leur regard, il s'empressait de détourner les yeux. Dès qu'ils s'approchaient trop près de lui, il s'éloignait en faisant mine d'avoir mieux à faire. James avait tenté de persuadé Sirius qu'il finirait par arrêter, qu'il lui faudrait un temps d'adaptation pour accepter qu'ils soient au courant mais cette guerre froide lui semblait interminable.

Il l'avait donc attendu après le cours de potion où il finissait toujours en dernier pour ranger parfaitement les affaires. D'un œil discret, il l'observa remettre les ingrédients à leur place en discutant avec Slughorn pendant que les autres élèves se dispersaient. Finalement Remus salua le prof et sortit de la salle. Remarquant Sirius qui l'attendait sur le seuil, il tenta d'accélérer le pas pour le dépasser. Mais Sirius l'arrêta quelques mètres plus loin, le coinçant contre le mur entre ses deux bras pour le forcer à le regarder dans les yeux.

- Pourquoi ? souffla Black avec animosité. Qu'est-ce qu'il se passe ?

Remus baissa les yeux comme blessé par cette question.

- Bon sang ! Remus ! Je pensais qu'on était ami, alors pourquoi est-ce que tu ne nous dis pas ce qui ne va pas et pourquoi est-ce que tu te comportes comme ça ?

- Ami ? répéta le lycantrhope, acide. Alors si nous étions vraiment amis pourquoi est-ce que je ne suis pas dans la confidence ? Pourquoi est-ce que vous ne m'expliquez pas ce que vous trafiquer toutes les nuits ? J'ai bien compris que…

Il marqua une pause en déglutissant, peut-être dans l'espoir qu'il serait capable de ravaler les sanglots qui menaçaient de le submerger.

- Que maintenant que vous êtes au courant les choses ne pourront plus être pareilles.

- Mais enfin de quoi parles-tu, souffla Sirius alarmé.

- Vous ne me faites plus assez confiance ! Vous ne me parlez plus de ce que vous faites ! Depuis que vous êtes au courant que je suis un loup-garou !

Il avait craché le dernier mot avec douleur, comme s'il s'agissait plus d'une insulte que d'une nomination.

- Vous changez, vous vous comportez étrangement. Je pensais faire partis de votre…

- Remus ! le coupa Sirius en posant ses mains sur ses épaules. Nous essayons de devenir des animagus, pour pouvoir rester avec toi. Pour t'aider !

- Continue comme ça, lui souffla la voix. Tu es sur la bonne voie. Souviens-toi !

- Dix-huit minutes dix, murmura James en se laissant tomber le long du mur alors qu'il fermait le clapet de la montre de gousset.

- C'est à peine mieux que la dernière fois, soupira Sirius en rouvrant péniblement les yeux. Pourquoi est-ce que tu m'as sortie si rapidement ?

- Non, Sirius, tu ne comprends pas, reprit le brun en se redressant. Tu as mis dix-huit minutes dix à sortir de la transe. Ca fait plus de deux heures que tu es « là-bas ».

- C'est impossible, Peter n'a mis qu'une trentaine de seconde à revenir et toi : à peine plus de cinquante ! cracha-t-il en se redressant.

- Sirius. Ce qu'on fait est dangereux, dit son meilleur ami avec une mine désespérée. Je pense que tu devrais arrêter. Nous nous occuperons de Remus.

- Que JE devrais arrêter ? Tu es en train de me traiter de faible ?

Il n'avait pas le droit de dire ça ! Il n'avait pas le droit de lui demander d'abandonner ! Pas alors qu'ils avaient décidé de faire ça ensemble pour aider Remus ! Pas alors qu'ils étaient un groupe !
Sirius s'était détourné pour ne pas voir le visage de James, l'expression désolée qu'il affichait le blessait plus que tous les mots qu'il pourrait utiliser.

- Ce n'est pas ce que j'ai dit, souffla James. Je pense juste qu'il serait plus prudent de t'arrêter là car nous…

Il n'écouta pas la suite, il s'était éloigné pour se glisser dans le conduit du passage secret et gagner les couloirs sinueux des tréfonds du château.

Il ne voulait pas l'entendre. Il était celui qui avait parlé de cette option le premier. Il avait voulu aider Remus, il avait trouvé cette solution. James ne pouvait pas l'éloigner comme ça, le mettre de côté !

Il s'était arrêté devant une de grande fenêtre, observant de loin la lune en croissant.

Quand ils avaient entrepris de devenir des animagus ils n'auraient pas pensé que cette entreprise serait si compliquée. Chaque nuit, ils luttaient et travaillaient sur eux-mêmes pour essayer de trouver leurs totems. Les heures de méditations avaient été bien plus concluantes pour Peter et James que pour lui-même. Il n'y arrivait pas ! Ça faisait plus de deux semaines qu'il n'avançait pas alors que ses deux compères travaillaient déjà sur leur métamorphose !

Peter avait commencé à se fondre parfaitement dans son totem, il en avait même prit quelques tics. Il agitait son nez parfois, à la manière des rongeurs et se comportait de manière plus discrète qu'avant. James lui ne se pâmait pas plus qu'à son habitude mais vivait de plus en plus la nuit.

Rat et Cerf.

Ils avaient trouvé leur animal pendant que lui cherchait encore en lui.

A chaque fois qu'il se perdait dans son esprit la seule chose qu'il voyait c'était une ombre. Il savait qu'il y était presque mais il n'arrivait pas à déterminer de quoi il s'agissait !

Un loup ? Mais si c'était le cas comment l'attirer jusqu'à lui ?

Un tigre ? Impossible ! Ca n'avait pas non plus fonctionné quand il avait tenté de le visualiser de cette manière.

C'était injuste !

Pourquoi n'y arrivait-il pas ? Pourquoi finissait-il toujours par se perdre dans sa transe ?

- Sirius ? Qu'est-ce que tu fiches là ?

La voix le sortit de sa contemplation et il se tourna vers l'entrée du couloir, là où se tenait un garçon de son âge. Allan Abbot, de pouffsouffle s'il se souvenait bien. Blondinet et à la peau clair, il abordait des traits d'une finesse aristocratique qui convenait bien à ses origines de sang pur. Il était toujours en uniforme malgré l'heure, peut-être n'était-il même pas retourné à son dortoir depuis la fin du repas ?

- Qu'est-ce que toi tu fiches ici ? rétorqua Sirius.

Lorsque l'autre s'avança jusqu'à la lumière de la lune, celle-ci éclaira ses yeux rougies de larmes et les traces humides qu'elles avaient laissées dans leur sillage.

- J'essaye d'oublier que je suis une honte pour ma famille, lança-t-il faiblement.

Sirius fut surpris par sa franchise. C'était la première fois qu'ils se parlaient réellement. Ils avaient pourtant une histoire semblable. Tous les deux élevés selon les critères des grandes Familles de sang-pur, ils avaient été répartis à la grande honte des Leurs dans des maisons différentes de Serpentard et Serdaigle. Mais leur vie avait pris des tournants différents par la suite. Sirius s'était trouvé un groupe d'ami proche et avait décidé de vivre avec la fierté d'appartenir à la maison Griffondor. Allan s'était juste terré pour se faire oublier mais les Sangs-purs de Serpentard ne le négligeaient pas, ses propres cousins profitaient de ce comportement d'Autruche pour l'attaquer plus souvent. Plus méchamment.

- Comment fais-tu ? Pour être aussi fidèle ? demanda finalement Allan.

- Fidèle ? C'est bien l'une des choses que ma famille m'a toujours reprochée : de ne pas être fidèle, ria-t-il.

- Non. Mais tu es fidèle à toi-même. Tu es fier d'être ce que tu es, tu es allé au-delà de tes origines pour pouvoir t'épanouir par toi-même. Et tu es parvenu à faire le choix des personnes à qui tu es loyale.

Black resta silencieux quelques secondes. Les choses ainsi dites, tout paraissait si simple. Il était facile d'oublier tous les doutes qui l'avaient dévoré pendant les premiers mois après sa répartition. D'oublier la haine que sa famille éprouvait toujours pour lui, celle qu'il supportait difficilement lorsqu'il devait rentrer pour l'été.

- C'est parce que j'ai trouvé des personnes qui… me méritent vraiment.

Il avait hésité dans sa manière de terminer sa phrase, il se trouvait présomptueux mais n'avait pas su le formuler autrement. Il avait trouvé des personnes qui avaient choisies de le soutenir et de l'aider. Et c'était pour cette raison qu'il se battait à présent pour aider Remus.

- C'est étrange, reprit Abbot avec un sourire tendre sur les lèvres. Souvent ils nous insultent, nous traite de tous les noms, traitre à leur sang, de sales chiens…

Il déglutit difficilement en essuyant de son épaule les larmes qui brillaient de nouveau dans ses yeux.

- Mais ils ne se rendent pas compte que te traiter de chien n'a rien d'une insulte.

Sirius fronça les sourcils, vexé par les paroles du blond, mais attendit patiemment la suite de l'explication.

- Si tu es aussi fidèle à tes amis que ne l'est un chien envers ses maîtres alors c'est que tu les as battus. Tu as battu ses sales arrogants qui sont persuadés que nous ne trouverons jamais rien de mieux que notre propre-famille, que personne ne pourra nous accepter. Tu leur montres que tu peux former une famille qui te plait réellement. Que le sang ne représente pas tout !

Le Griffondor resta immobile quelques secondes, la bouche entrouverte alors que les paroles du garçon prenaient une dimension complètement différente. Les totems de James et Peter se mêlaient à leurs traits de caractères. A ce qu'ils étaient au fond. Ce qu'il voyait durant ces heures de méditations, l'animal qu'il voyait, n'avait rien d'un loup ou quoi que ce soit d'autre qu'il avait pu imaginer.

Un chien.


Il n'avait pas toujours été chien ? Il avait été humain ?

Il s'ébroua avec espoir de se remettre les idées en place.

La consciente lourde et glacée était toute proche de la surface. Il la sentait prête à émerger et reprendre le contrôle de son corps. Il voulait lutter contre elle. Se battre pour rester uniquement chien et ne pas avoir à souffrir de nouveau.

Mais elle attaquait ses remparts, se livrant toute entière pour vaincre et diriger.

- Laisse-toi faire ! Arrête de lutter !


- James ! James !

Sirius secouait avec force l'animal qui se débattait contre lui. Son meilleur ami était venu à bout de sa métamorphose mais semblait également avoir disparu. Il n'était que la créature qui voulait s'échapper de la pièce secrète exiguë où ils se trouvaient, terrifiée de se trouver en face de deux humains qui étaient pourtant ses amis.

- Il est écrit que… hoqueta Peter en tournant rapidement les pages. Que ce genre de chose peut arriver.

- James ! hurla de nouveau Sirius. Reviens !

- Et qu'il n'y a aucun moyen de revenir, termina l'autre en laissant tomber le livre au sol.

- James ne m'oblige pas à te tirer de là ! Reviens immédiatement !

- Nous devrions appeler des professeurs, proposa Peter tremblant. Peut-être que…

- Non ! Non ! Attends ! l'arrêta Sirius en tentant de se concentrer.

Il allait se transformer, il allait prendre forme animal également et il allait réveiller James. Sous cette autre forme il pourrait communiquer avec lui. Lui rappeler qu'il était réellement ! Il ne le laisserait pas partir comme ça.

- Si je ne reviens pas, je te laisse appeler les profs, dit-il en déglutissant difficilement.

- Tu n'es pas sérieux, n'est-ce pas ? Tu n'as jamais essayé de te changer, tu as à peine découvert ton animagus hier ! Tu es complètement mala…

- N'oublie pas, le coupa Black. Je compte sur toi pour appeler McGonagall si les choses tournent mal !

Il se concentra, se précipita dans sa transe sans respecter les étapes réglementaires. Lorsqu'il fit face à l'ombre du chien, il prit quelques secondes pour le regarder, pour lui faire face et l'admirer. L'animal était plus grand que ce qu'il ne pensait, ses yeux avaient la même couleur que les siens et son poil était aussi sombre que ses cheveux. Il ne voulait pas l'avouer, mais il ne savait pas comment faire. Il n'avait aucune idée de la manière dont il devait procéder pour accepter son animagus. Mais la peur de perdre son meilleur ami pour toujours aviva son désir de réussir. Tendant les mains vers le chien, il l'accepta complètement.

Ce n'était pas Le chien. C'était lui.
Autant qu'il était humain, il était également chien.


Autant qu'il était chien, il était également humain. Et ce n'était pas du chien dont il avait besoin maintenant. Il devait être humain pour pouvoir parler, pour pouvoir agir et lutter. Pour retrouver Harry.

Autour de lui, les couleurs se firent plus vives, les contrastes s'accentuèrent et il se sentit changer. Son odorat se fit si faible qu'il eut la sensation de se retrouver dans un lieu aseptisé et sans vie. Mais les sentiments et souvenirs revinrent aux galops. Ils n'avaient pas été absents sous sa forme de chien mais il avait été si facile de les éloigner, de les tenir loin.

Il se tenait à présent debout, les paumes de ses mains vers le ciel alors qu'il contemplait ses doigts, cette peau si pâle et fragile.

- Et bien, si j'avais su que tu étais un tel canon, je n'aurais jamais attendu si longtemps pour te venir en aide, railla le lynx qui était redevenue femme.


Philomène avait descendu Lévana jusqu'à la plage. Elle était à présent agenouillée dans l'eau, soutenant la tête de la jeune femme tandis que le reste de son corps était immergé. Au départ, elle avait voulu ignoré la proposition de Circée. Elle avait voulu se dire que ça n'avait aucun intérêt, qu'il ne s'agissait que d'une croyance idiote et que la foi ne viendrait pas en aide à Lévana. Mais elle avait vite réalisé qu'elle n'avait pas d'autre possibilité.

La houle des vagues soulevait le corps de son esclave dans un rythme régulier et apaisant. La fraicheur de l'eau avait fait baisser la fièvre mais elle savait bien que si elle n'obtenait pas de nouvelles pierres alors elle serait incapable de la sauver. Elle ne tiendrait pas longtemps. Pour combien de temps ses organes le supporteraient-ils encore ?

Elle avait besoin d'aide. D'une aide extérieure. Mais qui ?!


- Tu sais très bien qu'ils ne te laisseront jamais sortir d'ici, n'est-ce pas ?

- Oui merci, Hermès, je le sais ! cracha amèrement Hébé en levant les yeux au ciel.

L'homme esquissa un sourire en contemplant la petite princesse des immortelles. Elle s'était toujours comportée comme une reine à cause de l'attention que tout le monde lui portait mais c'était la première fois qu'elle lui envoyait une missive de la sorte. Sa mère ne lui avait donc pas appris qu'il ne fallait pas ordonner aux étrangers de venir dans sa maison ?

Il éprouvait le besoin de lui dire qu'il avait d'autres choses plus importantes à faire et la laisser seule se débrouiller, rien que pour le plaisir de réduire les désirs de la petite à néant. Mais il était de nature trop curieuse… C'était ainsi qu'il n'avait pas pu refuser de se retrouver mêler aux affaires de Nessus.

- Tu peux voyager partout. Tu vas là où tu veux.

- Oui, continue, souffla-t-il en faisant mine de s'éventer. J'adore les louanges, tu es sur la bonne voix si tu veux me faire faire ce que tu veux !

- J'ai besoin de que tu aides ma sœur. Poséidon s'est mis en tête de la tuer.

- L'une de tes vraies sœurs ou bien l'une des innombrables filles de Zeus ? railla-t-il.

- Ma sœur jumelle, Philomène.

Elle était parvenue à obtenir son attention la plus totale. L'immortel cacha son sourire sournois alors qu'il se rapprochait d'elle, comme dans l'espoir à la pousser à plus de confidence.

Il le savait ! Il en avait toujours été sûr ! Philomène allait le sauver de son ennui !


Circé s'était éloignée de l'homme pour lui laisser le temps de se ressourcer et se retrouver. Elle avait d'abord voulu se diriger vers la plage mais elle avait aperçu les silhouettes de Philomène et Lévana. Malgré sa réticence, la Grecque avait finalement accepté de suivre ses conseils ? La Sorcière découvrait un pendant nouveau de la personnalité de Philomène dont elle n'avait jamais imaginé l'existence.

Elle descendit le long des rochers pour atteindre Mer par un autre chemin. Pas de plage agréable, uniquement d'immenses blocs de pierres escarpés. Elle s'installa sur l'un d'eux, le plus bas pour pouvoir avoir les pieds dans l'eau. Et alors qu'elle se laissait aller dans les murmures et les chants de Mer quelque chose la perturba.

Une présence la força à ouvrit les yeux. Une fois les paupières, elle contempla la silhouette sombre qui se détachait du ciel au soleil levant. Poséidon la dévisageait avec un franc sourire sur le visage qui n'atteignait pas ses yeux sur lesquels reposaient un voile de haine.

- Tu t'allies à Philomène maintenant ?

Circé renifla en détournant le regard. Etait-il au courant pour Philomène ? Sûrement pas, sinon il ne se serait jamais donné tout ce mal pour l'abattre. Ou peut-être était-ce la raison pour laquelle il n'avait même pas essayé de le faire par lui-même ? Il ne voulait pas se salir les mains avec du sang de mortelle ?

- Qu'a-t-elle fait pour mériter ta colère ? Au point que tu n'en soit venu à poser ton empreinte sur les humains pour qu'ils la tuent.

- Je n'ai pas décidé de ça, dit-il d'une voix étrangement sombre.

- Tu n'as pas décidé ?

C'était impossible, personne ne pouvait exercer la moindre influence sur Poséidon !

- J'ai demandé à ce qu'il agisse comme ça, lança quelqu'un d'autre.

Dans l'ombre de l'immortel, elle distingua le second arrivant.

Ollivander.


Le retour du sexy barbare blond !

Une bonne continuation et à Samedi prochain ;).

Eucalyptonus : Ollivander peut-être fort sympathique ! J'en suis sûre, si jamais tu es uniquement de son avis ! Pour sauver Lévana, le chapitre suivant te donnera des informations, il te faudra donc continuer à me suivre. Je te conseille malgré tout de te faire un compte car je ne sais pas si je serais aussi régulière sur la suite des publications :o. Je ne sais pas si je tiendrais le rythme une fois les cours repris (et comme ça tu peux suivre pleins de fanfic trop bien et avoir des réponses directes des auteurs! bref le bonheur). A bientôt du coup :) Pour ce qui est de la romance, vous êtes deux pour l'instant à m'en avoir parlée. J'imaginais plutôt quelque chose comme une amitié très forte mais... Les barrières sont fines ;).

Hermany Mckinnon : Bienvenue dans l'aventure et merci pour tous ses gentils commentaires. Pour ce qui est des répétitions, je vais aller faire un tour sur les premiers chapitres pour corriger ça. Il me manque une relectrice pour l'instant pour éviter ce genre de bourdes. Je suis contente que la suite soit passée malgré tout ;). Pour le chapitre, je voulais montrer qu'être animagus n'est pas une partie de plaisir, surtout lorsqu'on joue seul dans son coin sans prof pour aider. Pour les souvenirs de Sirius, ils lui reviennent de manière globale depuis le début, disons que mes petits retours en arrière sont plus lorsqu'il a un flash back puissant et pas uniquement un rappel. Et je vais essayer de voir pour les dates afin que ce soit plus simple à suivre ; (je ne les mettrais que dans les souvenirs, je ne veux surtout pas essayer de le faire sur la période antique, c'est déjà trop compliqué comme ça.). Merci beaucoup et à bientôt pour la suite. (Pour ce qui est de la romance avec Remus se référer à mes réponses plus haut).