Auteur : Temi-Chou
Merci à : Comme d'hab, ma beta-lectrice que je vois dans quelques heures à Paris et mes lecteurs ainsi qu'à mes reviewers qui m'aident à progresser et à améliorer ce récit tant que faire se peut.
Notes : Je pars chez mon père, en pleine campagne dans un coin du pays où je doute qu'il y ait l'eau potable. Alors ne parlons même pas d'une connexion internet. Je ne suis pas sûre de pouvoir poster la semaine prochaine, mais je vous tiens au courant.
Dans ce chapitre, vous verrez quelques références à mon Hors-Série sur Artik et ses règles.
Ah, puis visiblement, toutes mes réponses à vos reviews ne sont pas passées. Désolée, donc. Je réessayerai plus tard, là, je n'ai pas du tout le courage...
La décision.
-Eh, Flora, réveille-toi ! murmura Sacha en la secouant.
Elle grogna et ouvrit des petits yeux, se retournant vers l'endroit d'où provenait la voix de Sacha qui l'appelait et quittant le confort des bras de Drew. Dans l'obscurité, elle parvint à distinguer Sacha, qui se tenait pile dans le rayon de lune qui traversait la chambre.
-Quoiiiiii ?
-Tu voulais voir un match de la Ligue ?
-Ouiiiii.
-Alors lève-toi, prends ton lit et marche.
-Quoi ?
-Référence à un best-seller à la con. Habille-toi et viens. On est attendu.
Elle ouvrit des grands yeux et sortit de son lit dans un froissement de tissus, tandis que Sacha, pudique, se tournait pour lui laisser une certaine intimité afin qu'elle s'habille. Il savait très bien que Flora et Drew ne faisaient pas du tricot, la nuit.
-Flora… gémit Drew en sortant du sommeil, t'fais quoi ?
-Elle revient dans une petite heure… rassura Sacha.
-Ah c'toi, Sacha… D'acc… Rends-la-moi entière…
-T'inquiète, j'en prendrai soin comme à la peau de mes couilles.
Avec une moue écœurée par le manque de classe de l'expression, Drew se retourna dans son lit, s'enfonçant sous son oreiller.
-Ça me va.
Souriant, Psyko s'effaça pour laisser passer Flora qui semblait tout excitée bien qu'elle soit encore à moitié endormie. Elle ne cessait de murmurer tout un lot de questions en descendant les escaliers et en franchissant la porte d'entrée. Psyko lança la Pokéball de Dracaufeu et aida son amie à monter dessus, toujours sans répondre à ses questions.
-Mais pourquoi tu me réponds pas ? gémit Flora dans une ultime tentative
-Surprise… murmura le dresseur souterrain pour seule réponse.
Dracaufeu décolla, coupant le souffle de Flora et achevant de la réveiller. Elle ferma les yeux sous l'appel d'air, ne voyant ainsi pas l'endroit où ils étaient. Après quelques minutes de vol, il se stabilisa dans les airs et Psyko chuchota à l'oreille de son amie :
-Ouvre grand les yeux, ça va être du spectacle. Enfin, je l'espère.
Elle obéit et posa un regard sur le lieu où Dracaufeu s'était stabilisé. Un peu à couverts dans des branchages peu denses mais tout de même assez pour les dissimuler à la vue de quiconque regardant dans cette direction, le dragon avait bien choisi l'endroit où les poser. Flora sourit.
-Est-ce que je connais les challengers ?
-Très bien même. C'est un combat entre Artik et Attila.
Prévoyant sa réaction, il glissa une main sur la bouche de Flora pour étouffer son exclamation de joie à l'idée de revoir le dresseur aux cheveux bleus et le colosse au grand cœur.
-Tu n'as pas le droit d'être là, normalement. Je suis venu étudier les techniques de combat d'Artik, afin de préparer ma finale et ce genre de match est normalement totalement interdit à un public. Quel qu'il soit. Même moi, je ne devrais pas être là. J'ai demandé à Benzine d'enquêter pour moi sur le combat qui devait avoir lieu entre eux et il se trouve qu'ils ne devraient pas tarder à arriver… Benzine m'a dit qu'ils s'étaient donnés rendez-vous ici sur les coups de trois heures du matin. Donc… Maintenant.
Scrutant les environs, il désigna finalement le nord-est vers où on pouvait apercevoir une petit silhouette arriver à grande vitesse. Flora sourit encore plus fort.
-Regarde, là-bas, on aperçoit Dracolosse et Attila qui arrivent. Et dans la direction opposée, le petit point, c'est Artik et son Drattak.
-Un combat aérien ?
Sacha haussa les épaules. Lui-même avait été surpris. Tout le monde, dans la Ligue, savait que les combats aériens n'étaient pas la spécialité d'Artik. C'était Drake et Ange les spécialistes des combats aériens, bien que le premier, spécialiste des dragons, soit plutôt un féru de la course, comme il l'avait prouvé à Sacha en le défiant à de nombreuses reprises sur des sprints à dos de dragon.
Attila était très bon en combat aérien, contrairement à Artik, qui avait tendance à en oublier les règles fondamentales. Dans ce genre de combat, le premier à chuter de son Pokémon est le perdant. Être désarçonné était synonyme d'échec.
-Oui, Attila adore ça. Mais ça m'étonne de la part d'Artik. D'habitude, il a tendance à fuir ce genre de combats.
Flora observa les deux adversaires arriver au même niveau, se saluer et commencer leur ballet aérien.
Ce fut Attila qui commença le match, en lançant une attaque hâte doublée d'une attaque cru-aile qui manqua de désarçonner Artik de Drattak d'entrée de jeu. La coordinatrice serra les dents et Sacha fronça les sourcils. Son ami aurait dû s'abstenir d'accepter un combat comme celui-là, il était perdu d'avance.
Artik sembla se ressaisir à temps et Drattak se stabilisa dans les airs à grands coups d'ailes évitant ainsi la chute du dresseur, pendant que le Pokémon d'Attila faisait demi-tour dans le ciel afin de lancer une nouvelle offensive, se maintenant à une altitude supérieure à celle de Drattak. Dracolosse était rapide, constata Flora qui peinait à le suivre des yeux.
Le Drattak d'Artik lança une attaque qu'elle ne put identifier. Ne comprenant pas, elle demanda une explication à Psyko, qui ne perdait pas une miette du match qui se jouait, même s'il avait conscience de l'immense différence de niveau entre Attila et Artik.
-Il vient de lancer une attaque grimace qui déstabilise l'adversaire, arrivant même à le faire rire. Ainsi, la vitesse de l'ennemi est diminuée. Artik va sûrement enchaîner avec une attaque au corps à corps. En tout cas, c'est ce que moi, je ferais.
Surprenant Psyko, Drattak fit appel à l'attaque Dracosouffle, qui illumina les environs et frappa Dracolosse de plein fouet, déclenchant pas mal d'appel d'air qui força Flora à enserrer encore plus fortement le cou de Dracaufeu pour ne pas tomber.
Le Pokémon d'Attila tomba, son dresseur toujours fermement ancré dessus puis se ressaisit, profitant de l'élan donné par la vitesse de la chute pour lancer une souplesse d'une puissance inouïe. Usant de la proximité des deux dragons, Artik ordonna à son Pokémon de lancer l'attaque morsure et Drattak mordit au passage la jambe d'Attila, sous le regard impuissant et horrifié de Flora.
Elle sentait Psyko bouillir derrière elle. Il était déçu de ne pas être dans le match, de ne pas pouvoir guider Artik qui faisait des erreurs monumentales et critiques, comme Sacha s'y était attendu en entendant parler de combat aérien. Il aurait tellement aimé être là-bas, à la place de son ami, à défier son maître. Visiblement Dracaufeu, qui trépignait sous eux, était atteint de la même envie.
Dracolosse repoussa Drattak grâce à sa Rune Protect et commença à préparer son ultralaser. Visiblement, Attila était pressé d'en finir, ce qui était normal, avec la blessure qu'il venait de subir.
Artik, pressentant le danger, demanda à Drattak de les protéger avec Abri, et Drattak se roula en boule, protégeant son dresseur entre ses bras. Cependant, sa protection n'était visiblement pas assez puissante et Psyko, de son point d'observation, grogna.
-Le match est fini.
-Ah bon ? s'étonna Flora.
La puissance de l'ultralaser de Dracolosse ne fut pas totalement encaissée par la protection de Drattak qui, dans un réflexe, lâcha son dresseur, qui chuta. Attila cessa immédiatement d'attaquer et le Pokémon d'Artik plongea pour le récupérer, le rattrapant bien avant qu'il ne s'écrase et remontant en piquet.
Les deux dresseurs qui s'affrontaient se mirent à même hauteur et semblèrent discuter.
Flora, bien installée sur Dracaufeu, murmura :
-Je ne comprends pas, que font-ils ?
-Ils échangent les tampons. Artik a perdu.
-Ah bon ? Pourquoi ?
-Il est tombé.
-Mais Drattak l'a rattrapé, je ne comprends pas.
-La règle de ce genre de combat est simple : Si tu n'es plus sur ton Pokémon, tu as perdu.
-C'est tout ?
-Oui. Bon, j'ai connu plus spectaculaire de la part d'Artik, mais il ne combat pas avec Drattak comme il combat avec Arcanin. Ça n'a même rien à voir, ce match était pitoyable.
-Tu plaisantes ? J'en ai encore des frissons sur les bras ! Je m'attendais juste à une fin plus sanglante…
Sacha ricana.
-Flo, ils sont amis, ils ne vont pas non plus se tuer… Nous ne sommes pas des monstres… Veux-tu qu'on aille les saluer ?
-Mais… On n'est pas censés ne pas avoir assisté au duel ?
-Non… Mais on peut très bien faire une promenade nocturne, sourit Sacha.
-Alors qu'attendons-nous ?
Dracaufeu fonça à travers les cieux et s'arrêta près des deux autres dragons, Flora étant recroquevillée de peur. Leur arrivée fit sursauter les deux combattants qui sourirent de l'air terrifié de Flora.
-Je n'en demandais pas tant, Dracaufeu… gémit-elle, à moitié nauséeuse.
Sacha éclata franchement de rire, suivi par les deux autres dresseurs souterrains. Flora préféra les ignorer et attendit qu'ils aient tous fini de rire pour saluer leurs anciens compagnons de route.
-Artik, Attila ! Ça m'fait plaisir de vous voir !
-Qu'est-ce que vous faites là ? demanda le dresseur aux cheveux bleus
-On se baladait, répondit Psyko en fixant Artik. Une simple petite balade.
-Connard.
-Merci, toi aussi.
Flora leva les yeux au ciel devant l'échange des deux amis. Ce qu'ils pouvaient être vulgaires !
Les trois dragons se dirigèrent vers le sol et une fois descendu, Artik rappela Drattak, afin qu'il se repose. Flora sauta au bas de Dracaufeu pour se jeter dans les bras d'Artik, qui, déstabilisé, tomba à terre, sous le regard moqueur de Psyko.
-Je me passe de tes commentaires.
-J'ai rien dit.
-Je te préviens.
Ils discutèrent quelques minutes, Flora refusant de lâcher Artik durant tout ce temps, le mettant extrêmement mal à l'aise. Après s'être assurés que l'ensemble de leur petit groupe disparate allait bien, ils se séparèrent, Sacha et Flora rentrant à pieds jusque chez Pierre, pour faire en sorte que Flora se calme. Elle était surexcitée d'avoir revu Artik et d'avoir pu assister à un combat de la Ligue, un vrai. Elle avait hâte qu'Ondine rentre, pour qu'elle puisse lui raconter cet affrontement qui lui avait vendu du rêve.
Si tous les combats de Sacha ressemblaient à ça, elle comprenait parfaitement pourquoi il faisait partie de cette Ligue, même si elle-même aurait peur.
Quand elle se coucha, après être rentrée, aux côtés de Drew, elle le réveilla, sans le vouloir.
-S'qui s'passe ?
-Rendors-toi, c'est juste moi.
-C'tait bien ? demanda-t-il d'une voix endormie.
-C'était super.
Résistant à l'envie de se lancer dans un récit de ce qu'elle avait vu ce soir, elle se contenta de déposer un baiser sur l'épaule de Drew, avant de se serrer contre lui, le laissant se rendormir. Elle trouva facilement le sommeil, se rappelant minutieusement du combat et des mouvements d'Artik et Attila. Elle était tellement contente de les avoir revus.
Deux semaines. Enfin. La discussion qu'elle avait eue avec Michelle l'avait beaucoup aidée à organiser ses pensées et à faire du tri dans ses sentiments.
Elle avait quitté Rudy, lui disant qu'elle ne reviendrait pas, parce que la vie qu'il lui offrait ne lui convenait pas et qu'elle avait été bête de ne pas le réaliser plus tôt. Elle s'était longuement excusée de lui faire du mal et il avait longtemps négocié, au téléphone, la suppliant de ne pas faire ça, sanglotant tout ce qu'il pouvait.
À aucun moment le nom de Sacha n'avait été prononcé entre eux, mais Ondine connaissait Rudy par cœur. Elle savait bien qu'il flottait dans son esprit et n'avait pas pu tenter de convaincre celui qu'elle appellerait désormais ex que Sacha n'était pour rien dans cette rupture. Quand elle avait raccroché, Michelle lui avait lancé un regard mi figue mi raisin, approuvant cette rupture, mais blâmant la façon dont elle avait été consommée.
Ondine avait tout raconté à la mère d'Artik. Tout. Y compris… Rien. Michelle avait écouté et n'avait émis aucun commentaire. Cependant la jeune championne avait bien vu les lèvres de la mère au foyer frémir quand Ondine, rouge de honte, avait laissé tomber « On a recommencé. Trois fois. » et voyant le début de sourire de la mère d'Artik, elle avait gémi, encore plus honteuse.
Elle s'en voulait toujours d'avoir couché avec Psyko. Et au fond d'elle, elle aurait voulu recommencer et elle se sentait coupable d'avoir presque plus de désir pour Psyko que pour Sacha, sentant pourtant qu'au final, il s'agissait d'une seule et même personne. C'était tellement compliqué.
Puis, la nuit, quand elle manquait de s'endormir, elle admettait presque avoir un début de sentiment amoureux pour l'autre visage de Sacha, pour celui qu'il devenait pour la Ligue Souterraine. Quand elle y repensait le matin, elle souriait de sa bêtise d'avoir pensé une telle chose. Et s'interrogeait toujours plus.
Peut-être, au final, peut-être ressentait-elle quelque chose pour lui. Autre que de la haine et de dégoût. Autre que ce désir fort et irrésistible.
Parce que si elle aimait Sacha, dont elle trouvait la maladresse enfantine touchante, si elle avait envie de partager avec lui bien plus qu'un simple voyage et de construire quelque chose de stable et sérieux, elle brûlait de désir pour Psyko, qui, lui, dégageait une sensualité assez démentielle. Elle avait envie de griffer, de déchirer et de briser ce qu'il était, pour se sentir exalter, pour se sentir vivre et elle ne s'expliquait cette pulsion sexuelle, doublée à un puissant désir de destruction. Dans son vocabulaire, ces deux notions ne s'étaient jamais unies. Jamais avec autant de force. Et certainement pas avec cette douceur ridicule qu'elle sentait poindre en elle quand elle pensait à tout ça.
Elle avait déjà lu, dans des romans à l'eau de rose, des histoires de passion ardentes qui finissaient par détruire. Elle avait souvent envié ces relations, souhaitant comme les autres vivre une telle histoire d'amour. Quelque part en elle, elle associait ce qu'elle vivait avec Sacha à ces romances exagérées des livres. Mais ce n'était pas ça, ce n'était pas pareil. Et son histoire était un peu plus complexe.
Aimer Sacha, souhaiter le protéger et construire avec lui. Désirer Psyko, le haïr, vouloir le détruire et le faire jouir. Se rendre qu'il s'agit d'une seule et même personne. C'était trop compliqué.
Au moins, elle avait pu placer des mots sur ce qu'elle ressentait pour Psyko, grâce à l'aide précieuse de Michelle qui, si elle ne mâchait pas ses mots, acceptait en échange de tout entendre.
Parler à voix haute de ce qu'il s'était passé dans la Centrale avec quelqu'un lui avait permis de faire le tri. Elle avait mis les choses au point et se sentait sereine.
Dans la cuisine, finissant de préparer le repas, elle attendait avec impatience le moment où elle entendrait la porte s'ouvrir et où Sacha rentrerait dans la petite maison, faisant pousser un cri de joie à Célia.
Il devait venir la retrouver aujourd'hui et ils repartiraient. Elle avait tellement hâte…
Elle déposa sur la table les quatre assiettes, puis les couverts et elle entendit la porte d'entrée s'ouvrir et un bruit de course dans les escaliers. Souriant à la voix de Célia qui s'égosillait « PSYKOOOOOOOOOOO ! » et au gémissement de Sacha, indiquant qu'il avait bel et bien reçu la petite fille dans ses bras, elle sortit de la cuisine pour le saluer.
Calant Célia entre ses bras, Sacha la regarda, lui lançant un sourire éblouissant de bonheur et de tranquillité.
-Bonjour Ondine.
Elle s'approcha de lui et déposa un baiser sur sa joue, le faisant rougir et faisant rire Célia.
-Tu vois, c'est comme ça qu'il rougit quand il parle de son amoureuse. C'est trop trop rigolo.
Rougissant encore plus, Sacha ébouriffa les cheveux de la sœur d'Artik.
-Dis donc, toi… T'as fini de te moquer de moi ?
-Noooon, répondit la petite fille avec un grand sourire, ses cheveux bleus retombant devant ses immenses yeux verts si différents de ceux de son frère.
Elle sauta au bas des bras de Sacha et remonta les escaliers pour aller dans sa chambre, disant qu'elle n'avait pas terminé ses devoirs et qu'elle ne voulait pas se faire gronder par l'institutrice, le lundi suivant. Se retrouvant seuls et face à face, Ondine et Sacha se regardèrent longuement.
Il avait changé. Elle ne savait pas ce qu'il s'était passé, mais il avait changé. Il semblait plus épanoui, plus détendu que lorsqu'elle se trouvait près de lui durant les semaines précédant sa venue à Acajou. Ses yeux pétillaient de joie, ses traits étaient plus détendus, il ne manquait plus de sommeil. Il ne paraissait plus âgé de 24 ans et avait retrouvé l'apparence qu'il avait à 19 ans, dont elle se souvenait encore, lors de cette finale dévastatrice de la Ligue Johto, où il avait perdu à cause d'une erreur de débutant. Perdre cinq ans, juste avec son absence… Elle devrait dire ça à ses sœurs, elles ne chercheraient plus à lui faire intégrer leur troupe de danseuses.
Sacha dévorait Ondine des yeux. Elle lui avait manqué. Énormément. Même si ces deux dernières semaines avaient été chargés en événements entre trois matchs de la Ligue – qu'il avait maîtrisés et gagnés – et ses déplacements avec Flora et Drew. Ils était retournés chez Pierre la veille, afin de pouvoir se reposer un peu.
Sacha était réellement heureux de la retrouver et surtout de la voir en si grande forme. Un peu surpris par son apparence de parfaite maîtresse de maison, avec un tablier et des gants de cuisine, il résistait à l'envie de lui lancer une vanne, de peur de la vexer. Peut-être avait-elle fini par s'habituer à cette vie. Elle semblait tellement gaie qu'il redoutait un peu qu'elle ne veuille plus rentrer avec lui.
Ils semblaient ne pas pouvoir briser cet instant où ils s'évaluaient du regard, ayant tous les espoirs et toutes les craintes, se souvenant combien ils prenaient plaisir à se retrouver, comme avant, comme autrefois.
Ce fut Pikachu qui interrompit leur échange, en signalant sa présence aux pieds de son dresseur. Se penchant, le saisissant dans ses bras et caressant le sommet de son crâne, Ondine s'excusa :
-Oh, pardon, Pikachu, j'en deviens malpolie ! Tu m'as beaucoup manqué, ces deux semaines ! Viens avec moi, j'ai un cadeau pour toi !
Se dirigeant dans la cuisine pendant que Sacha allait au salon pour saluer Michelle, Ondine ouvrit le frigo pour attraper une bouteille de ketchup, qu'elle tendit à Pikachu qui l'avait suivie, impatient de savoir quelle surprise pouvait lui réserver la spécialiste des Pokémons aquatiques. Les yeux brillants, il se jeta dessus.
-Pikaaaaaaaa !
-Je l'ai achetée spécialement pour toi !
-Pikachu-Pi ! Piiiii-Kachu !
-Oh je t'en prie, c'est normal de penser à toi ! Tu es mon Pikachu préféré après tout.
Ondine éclata de rire, tout en continuant sa besogne en cuisine. Rapidement, Pikachu se mit à la suivre, tenant toujours amoureusement sa bouteille de ketchup presque trop grande pour lui. Célia entra dans la cuisine et rigola, ressortit et revint en traînant Psyko par la main.
-T'as vu, t'as vu ? Pikachu il est trop rigolo !
Sacha regarda Pikachu frotter sa joue contre la bouteille de ketchup, ayant oublié le reste du monde, assis sur le plan de travail, juste à côté d'Ondine, qui pour embêter Pikachu, attrapa la bouteille de ketchup et l'éloigna de lui.
-Piiiiii !
Par réflexe, Pikachu balança une décharge électrique sur Ondine avant de s'arrêter, réalisant qu'il attaquait Ondine et non Sacha. Se précipitant sur Ondine pour vérifier qu'elle n'était pas blessée, Sacha regarda son meilleur ami d'un air furieux.
-Dis donc, où t'as appris ces manières, toi ? Ça va, Ondine ?
Riant, elle reçut Pikachu entre ses bras, il semblait totalement inquiet.
-Tel dresseur, tel Pokémon… D'abord on agit et ensuite on réfléchit aux conséquences… Je vais bien, la décharge était faible. Mais tant que vous êtes là, mettez-vous à table, c'est prêt.
-C'est toi qui as cuisiné ?
Sacha eut un mouvement de recul au souvenir de ce que cuisinait la rousse quand ils avaient voyagé ensemble et Ondine lui donna une tape sur le haut du crâne.
-Ça veut dire quoi ça ?
Il eut un rire gêné avant de s'installer à table, suivi par Michelle et Célia. Pikachu s'installa juste à côté d'Ondine qui le caressa entre les deux oreilles, alors qu'il léchait un peu de ketchup. Sacha boudait à l'autre bout de la table, comme toujours.
-Mon Pikachu est un être intéressé qu'on peut acheter avec une bouteille de ketchup. Je me sens trahi.
Le déjeuner se déroula dans cette ambiance de repas de famille très joviale. Michelle était ravie de voir que toute sa maisonnée s'entendait à merveille. Elle s'était beaucoup attachée à Ondine, qui lui avait été d'une aide précieuse, dans la maison, durant ces quinze jours où elle était restée. Elle avait pu se reposer tranquillement et bien avancer dans l'étude de ses cours par correspondance, pendant que la jeune amie de Psyko s'occupait de l'intendance de sa demeure.
Ça lui avait rappelé le séjour de Psyko, le tout premier, celui qu'il avait fait avec son fils. Elle était tombée amoureuse – dans un sens noble cela s'entend – du jeune garçon brisé que lui avait ramené son fils tout autant qu'elle était tombée sous le charme d'Ondine.
Cette gamine perdue était dépassée par l'ampleur de tout ce qu'elle ressentait. Elle avait végété dans une histoire plate pendant des années, avant de retrouver Psyko et tout ce qu'elle avait toujours adoré chez lui : son caractère impétueux et fou, sa présence de grand enfant, pourtant compensé par un réel sérieux quand il s'agissait de choses importantes. Alors évidemment, comment aurait-elle pu esquiver le retour de flamme qu'elle aurait pourtant souhaité éviter ?
Les voir se chamailler comme deux amis un peu trop proches réchauffait le cœur de Michelle. Elle n'aurait plus jamais à s'en faire pour Psyko, avec Ondine à ses côtés. Plus jamais.
Ils repartirent, chevauchant Dracaufeu environ trois heures après l'arrivée de Sacha, Pikachu serré contre Ondine, portant sa bouteille de ketchup déjà à moitié vide.
Leur faisant des grands signes de main, Michelle rentra chez elle, sa fille dans les bras.
-Mais maman, Ondine, c'est l'amoureuse de Psyko ?
-Oui, ma chérie.
-Mais moi, elle m'a dit qu'elle savait pas…
-Maintenant, elle sait. Il lui faudra juste un peu de temps pour le lui dire.
-Je ne comprends pas…
-Ce n'est pas grave, ma chérie.
Ils étaient repartis de chez Pierre le lendemain du retour d'Ondine et avaient marché toute la matinée jusqu'à un croisement, où Drew avait pris une direction différente. Il partait en direction de Clémentiville pour demander la main de Flora à Max. Visiblement peu enchanté, il avait traîné des pieds jusqu'à disparaître de leur vue et Ondine, Flora et Sacha s'étaient retrouvés seuls.
-On ne s'était jamais retrouvé juste tous les trois, commenta Flora en se glissant entre Ondine et Sacha qui marchaient côte à côte, les attrapant chacun par un bras.
-C'est vrai, commenta Ondine. Ça me fait plaisir de te retrouver, Flo ! J'ai pas eu le temps de te proposer mon aide, pour tout organiser pour le mariage !
-Tu ferais ça ? Oh mon dieu, ma sauveuse ! Il y a tellement de trucs à faire que je ne sais même pas par où commencer.
Ondine rit.
-J'ai aidé Lily à préparer son mariage, il y a deux ans, je commence à avoir l'habitude.
-Une de tes sœurs s'est mariée ? demanda Sacha d'un air très surpris.
-Oui. J'ai voulu t'inviter, mais quand j'ai appelé ta mère pour savoir où tu étais, elle n'a pas pu me répondre. Tu avais semble-t-il disparu…
Sacha baissa la tête, empêchant les souvenirs d'affluer. C'était l'époque où Aura avait réussi à le séquestrer au Mont Couronné. Ondine percevant son trouble, posa une main sur son bras.
-Sacha ? J'ai dit quelque chose qui ne fallait pas ?
-Non, non, tout va bien, rassure-toi. Arrêtons-nous ici pour faire une pause. Un ami va nous rejoindre.
Flora le regarda avec un immense sourire.
-Qui ça ?
-À ton avis…
-Artik ?
Sacha hocha la tête en tendant le bras pour que Pikachu descende de son épaule puis il s'assit par terre, imité par Ondine. Flora se mit à sauter autour d'eux, exécutant une danse de la joie ridicule mais touchante.
-Owiiiii ! À nouveau le quatuor de vainqueurs réunis ! Faudra fêter ça ce soir en allant en boîte !
-Non, on ne va pas en boîte.
-Rabat-joie ! Tu sais combien de temps ça fait que j'ai pas dansé ?
-Depuis le gala de charité de Lavanville ?
Ondine et Sacha échangèrent un regard, laissant les souvenirs de cette soirée remonter entre eux. Il finit par détourner le regard, se souvenant de sa déclaration à chier. Flora brisa cet instant de gêne en répondant.
-Justement ça fait plus d'un mois et demi, je suis en train de me dessécher moi…
Flora se retourna pour croiser les bras sur sa poitrine et bouder quand elle aperçut, en levant la tête, Artik arriver par le chemin de droite, dans le croisement à trois chemins auquel ils s'étaient arrêtés. Il avait laissé sortir deux de ses Pokémons. Flora hésita à se jeter dans les bras d'Artik quand elle vit Arcanin près de lui, ainsi qu'un Héliatronc rayonnant et se contenta de le rejoindre en courant pour s'arrêter près de lui, le faisant stopper également.
-Emmène-moi danser ce soir, pitié ! supplia la coordinatrice.
Lançant un regard perplexe à Psyko, Artik contourna Flora et se rapprocha des deux autres.
-J'ai raté une étape ?
-Flora veut sortir en boîte, ce soir, pour fêter nos retrouvailles, à tous les quatre. Et Psyko vient de dire non.
-J'aurais dû me douter d'un truc comme ça. Pourquoi tu ne veux pas ? demanda Artik à son ami.
-Aura, son défi, ça ne vous rappelle rien ? s'exaspéra Psyko.
-Oui, enfin, tempéra Artik, si on est là tous les deux, il y a peu de risque que cette pute puisse arriver à quoique ce soit. Ça nous ferait du bien, en plus de sortir. Enfin, ça me ferait du bien, ça fait longtemps que je me suis pas pris une cuite.
-Alcoolique.
-On ne parle bien que de ce qu'on connaît bien, mon vieux.
Capitulant, Sacha s'allongea dans l'herbe, observant le passage des nuages. Artik finit par se laisser tomber dans l'herbe, recueillant Héliatronc sur ses genoux et faisant revenir Arcanin – qui grognait en direction de Flora et Ondine – dans sa Pokéball.
-D'accord, on sort ce soir. Si ça peut vous faire plaisir, céda Sacha d'un air dépité.
Ondine le regarda avec un sourire.
-Tu dis ça comme si on te forçait…
Flora mit une main sur l'épaule d'Ondine et secoua la tête.
-Laisse tomber, il dit toujours ça mais au final, c'est lui le premier à accumuler les shooters et à être sur la piste. Tu sais comment il est, il râle pour la forme, parce que la proposition ne vient pas de lui.
-Pas faux…
-Je vous entends dire du mal de moi.
-Vieux, c'est la vérité, je les approuve, rajouta Artik avec un demi sourire ironique.
-Comment ça tu les approuves ?
-Ben oui. Souviens-toi. Il y a eu le strip-tease. T'étais content, au final.
-Mauvais exemple. Me suis jamais senti aussi mal.
-Bon. Mais pour toutes nos cuites dont on ne se souvient pas, je te rappelle que tu tombais toujours le premier.
Sacha, mal à l'aise, fit signe à Artik de la fermer.
-C'est bon, c'est bon, je vous crois.
Il se redressa dans une position boudeuse et ouvrit la bouche. Artik le coupa.
-Oui, on sait, tu t'en fous, t'as une grosse bite.
Ondine écarquilla d'immenses yeux surpris et Flora explosa de rire.
-Ah, visiblement, Ondine n'est pas d'accord avec ça, Psyko… commenta-t-elle, faisant rougir la rousse.
-Je… Euh… Si, si, j'suis d'accord… Euh non, je sais pas, c'est je sais pas que je voulais dire, ajouta-t-elle en remarquant le regard lourd de reproches de Sacha, et d'ailleurs, je dois m'éloigner derrière ces buissons là-bas, quelques minutes, pour aller faire autre chose, n'importe quoi, tant que c'est pas aussi embarrassant que cette discussion, excusez-moi !
Se levant précipitamment, elle partit, rouge, se planquer derrière des buissons, rejointe par une Flora morte de rire qui avait des choses à lui raconter et qui voulait laisser les deux dresseurs souterrains se retrouver un peu seuls.
Ils marchèrent quelques jours au travers de Kanto, afin de rejoindre Johto et finalement Hoenn, dans la ville de Vergazon où Artik avait planifié plusieurs de ses défis. Sacha avait totalement approuvé, se disant qu'il pourrait en profiter pour affronter Lev', ou même Drake, puisqu'ils étaient colocataires d'un appartement tout pourri dans ce coin.
Ils grimpèrent les marches d'un immeuble de style ancien, vieille demeure divisée en appartements immenses et spacieux, uniquement disponibles pour des gens très riches. Artik avait distribué une clé à chacun, précisant que chaque exemplaire devrait lui être rendu.
En entrant dans l'appartement, il commença à énumérer un certain nombre de règles de vie qu'il avait dressé pour que tous respecte son intimité puis il leur fit faire le tour du propriétaire, expliquant que cet appartement lui appartenait. Sacha qui connaissait les lieux – et les règles, douloureusement expérimentées –, s'installa directement sur la table de la salle à manger, sortant un calepin et la carte qu'il avait piquée à Prof, Pikachu s'asseyant sur la table pour regarder ce qu'il faisait.
Les lattes craquaient sous les pieds des filles, le sol était totalement recouvert d'un vieux plancher, l'appartement était lumineux et ensoleillé, possédant cinq chambres. Artik leur interdit formellement de s'approcher de la dernière, celle qui était tout au fond du couloir, puis il désigna celle qui était en face pour dire qu'il s'agissait de la chambre de Psyko. La première du couloir était la sienne. Il laissa donc aux filles le choix de leur installation. Flora et Ondine échangèrent un regard haussèrent les épaules.
-Peu m'importe, du moment qu'il y a un lit.
Elles se décidèrent finalement pour que Flora ait la chambre juste à côté de celle de Sacha et Ondine prit donc celle qui était mitoyenne à celle d'Artik. Ils redescendirent tranquillement au rez-de-chaussée du duplex et Artik leur annonça qu'il sortait faire des courses, à la seule condition qu'il n'ait pas à s'occuper du dîner. Sacha suggéra :
-On peut aussi faire comme on fait d'habitude. Pizza-bière.
-On ne peut pas vivre comme des mâles célibataires en présence de deux femmes. Qui t'a appris les bonnes manières, Psyko ?
Il haussa les épaules en se replongeant dans sa carte et ses réflexions. Ce genre de préoccupation ne l'avait jamais intéressé. Du moment qu'il ne devait pas manger du carton, il était content. Le reste, il s'en fichait un peu.
Flora et Ondine se concertèrent pour dresser une liste de ce qu'il fallait, se chamaillant un peu sur le menu du soir, tandis qu'Artik s'occupait de remettre l'électricité et de brancher la radio. Il supportait difficilement de vivre dans un appartement sans musique.
Voyant que les filles avaient du mal à dresser la liste, il les informa qu'il en profitait pour aller prendre une douche et se changer.
Sacha l'approuva et affirma qu'il piquait la salle de bains juste après. Dix minutes plus tard, Artik revint et les filles le regardèrent de haut en bas.
-Ben quoi ?
Il était vêtu complètement de noir et portait une de ces jupes gothiques pleines de chaines, ainsi qu'une paire de chaussures aux semelles énormes, semblables à celles qu'il portait juste avant, hormis que ses pas ne sonnaient plus creux. Sa chemise cintrée descendait jusqu'à mi fesses et ses manches étaient terminées par des sortes de mitaines. Ses cheveux bleus étaient dressés en pique et pour la première fois, elles remarquèrent qu'il avait un piercing à la langue.
Devant le silence qui régnait, Sacha releva la tête pour dévisager Artik d'un air blasé.
-Tu sors le grand jeu, là… Ce que tu es moche, comme ça.
-Je t'emmerde, Psyko. C'est pas parce que ta mère te tricote amoureusement tous tes vêtements que les autres n'ont pas le droit d'avoir un minimum de sens esthétique.
-Ma mère ne tricote pas ! Elle coud.
Flora et Ondine se tournèrent vers lui, qui rougit sous leurs regards inquisiteurs.
-Quoi ?
-Non, sérieux, ta mère te fait encore tes vêtements ?
-Ben… Oui… Pourquoi ?
Soupirant et secouant la tête d'un air franchement amusé, elles se tournèrent de nouveau vers Artik qui tendait la main vers elles.
-Vous me la filez cette liste de course ?
Flora lui tendit un morceau de papier où elles avaient dressé la liste de ce dont elles auraient besoin. Sacha se leva, passa devant Artik avec un immense sourire moqueur, glissa sa main dans les cheveux de son ami, ne le décoiffant même pas. Le traitant de métrosexuel, Sacha monta l'escalier et redescendit deux minutes après, pour s'enfermer dans la salle de bains à son tour.
Allumant la télé, Ondine tomba sur le journal, où on parlait de la reconstruction de l'arène d'Azuria. Attentive, elle écouta la journaliste dire que ça progressait rapidement et que bientôt, la championne serait de retour. Claire Pujadas, sur l'écran, commenta avec ferveur la chance qu'Ondine avait eu d'avoir été absente de l'arène au moment où elle s'était effondrée, entrainant avec elle la destruction de la maison mitoyenne. Ses sœurs, toujours en tournée, firent également un commentaire, disant qu'elles-mêmes profitaient du temps de la reconstruction pour prolonger leur tournée, donnant de nouvelles dates de représentation.
Elles affirmèrent également aux fans d'Ondine – parce qu'elle en avait, mine de rien – qu'elle était en sécurité et qu'elle coulait des jours paisibles avec son nouveau petit ami (« Parce que notre petite sœur est une tombeuse. Mais celui-là, ça faisait longtemps qu'on attendait qu'il rentre dans la famille. Enfin un choix constructif de sa part, elle a bien fait de s'enfuir avec lui. »), faisant rougir la championne derrière son écran et rigoler Flora qui s'apprêtait à changer de chaine. Ondine l'arrêta d'un mouvement du poignet.
-Attends, ils vont parler des élections.
-Roh, la politique, c'est chiant.
Ondine la regarda rapidement, analysant la montée des extrêmes dans les sondages pour le deuxième tour des élections nationales. Les résultats officiels devaient tomber dans quelques minutes et Ondine se souvenait très bien des débats qu'elle avait eus avec Rudy.
Elle avait voté pour un parti prônant un durcissement des actions militaires et de la répression, pour lutter contre les groupes criminels comme la Team Rocket et la Ligue Souterraine. Si elle avait su, pour ce premier tour, huit mois auparavant, qu'elle serait fermement inquiète de voir ce parti gagner, elle en aurait bien ri. Elle avait tellement changé, depuis qu'elle avait retrouvé Sacha que ça lui faisait un peu peur. Plus détendue, plus sereine, elle se demandait comment elle avait fait jusque-là pour supporter la pression qu'elle s'était imposée, vis-à-vis de Rudy. Elle se sentait glisser progressivement et devenir comme Artik, Sacha et Flora, plus insouciante et beaucoup moins sérieuse et moralisatrice.
Furtivement, elle espéra que les autres amis souterrains de Psyko étaient plus sérieux puis elle se força à ne pas penser à ça. Elle risquait de se faire peur toute seule.
Ondine tourna la tête vers Flora qui semblait un peu nauséeuse.
-Ça va, Flora ?
-Oui, oui, t'inquiète. Je vais aller prendre l'air dehors et ça ira mieux.
Son amie avait un immense sourire, alors Ondine n'insista pas, suivant Flora des yeux et sursautant légèrement en entendant la porte d'entrée claquer. Flora avait de la chance de pouvoir sortir librement sans risquer la mort.
Artik, face au trio, soupira, avant de s'asseoir.
Cela faisait déjà deux jours qu'ils avaient élu domicile dans le somptueux appartement qu'une de ses maîtresses lui avait offert en remerciement et il avait fait le matin même la découverte d'un test de grossesse positif dans la poubelle de la salle de bains. Il avait donc convoqué en grandes pompes ses trois colocataires temporaires dans le salon, et les avait longuement examiné. Ondine semblait mal à l'aise, comme si elle cachait quelque chose, elle jouait avec ses mains. Flora avait un air à moitié béat, à moitié fatigué et Psyko avait l'air blasé et ailleurs de quelqu'un qui avait été dérangé en pleine activité constructive, ce qui était effectivement le cas.
Artik glissa une main dans la poche arrière de son pantalon, pour en ressortir un petit emballage carré.
-Psyko, Rouquine, regardez-moi.
Ils levèrent la tête pour dévisager Artik.
-C'est quoi, ça ? dit-il en tendant le préservatif neuf qu'il avait dans la main.
Sacha leva les yeux au ciel et soupira. Comme si c'était le moment pour un cours d'éducation sexuelle. Artik aurait pu attendre. Ou même carrément s'abstenir.
-Un préservatif.
-Bien, ravi de voir que tu sais ce que c'est. Maintenant, rappelez-moi la règle numéro 1.
-Ne pas s'approcher d'Arcanin et Lippoutou, dit Ondine. Mais je vois pas le rapport.
-Ça c'est votre règle numéro 1. Psyko, donne-moi notre règle numéro 1.
-« Chacun ses caleçons ». Toujours aucun rapport.
Le doigt tendu, Artik ouvrit la bouche et leva les yeux au ciel pour réfléchir avant de hocher la tête.
-En effet, planté de règle. C'est la 69. Règle 69, Psyko ?
-« Si de ton énorme rapace tu te sers, tu dois sortir couvert » répondit-il d'un ton docte un doigt levé vers le plafond.
-Non, c'est « petit oiseau ».
-On joue pas dans la même catégorie.
Ondine, Flora et Artik levèrent les yeux au ciel en voyant le sourire fier de sa connerie de Sacha. Puis la rousse prit la parole :
-C'est bien gentil, tout ça, mais pourquoi est-ce que tu nous dis ça, à nous ? Je pense que Psyko sait ce que c'est et je peux t'assurer que moi aussi.
Glissant la main dans son autre poche arrière, Artik jeta ce qui semblait être un test de grossesse sur la table. Ondine se pencha pour regarder de plus près, d'un air toujours aussi perplexe. Comprenant, elle coula un regard vers Flora tandis que Sacha, lui, ne comprenait pas.
-Il est positif, commenta Artik. Alors, vous avez quelque chose à nous dire tous les deux ?
-Oui, une seule chose, s'énerva Ondine, pourquoi est-ce que tu t'adresses à PSYKO ET MOI ? Je te rappelle que dans cette pièce, il y a une jeune femme en âge d'avoir des enfants, qui, comme par hasard, a quelqu'un dans sa vie, avec qui elle va se marier ! Ce test n'est pas à moi, je n'ai aucun doute là-dessus, je ne suis pas enceinte.
Artik ouvrit la bouche et regarda Flora, réalisant en effet, que son air béat pouvait être dû à l'annonce d'une grossesse. Il n'y avait même pas pensé, refusant sans doute de voir en elle une femme en âge d'être mère, une femme mariée ou presque. La claque qu'il se prenait en réalisant ça était énorme. Jamais il ne pourrait avoir Flora. Il le savait déjà mais cette nouvelle réalisation lui faisait mal. Puis il s'insulta mentalement. Comme s'il était du genre à construire quoique ce soit avec une femme. Furtivement, l'image d'une jolie rousse s'installa dans son esprit et il repoussa les souvenirs. Hors de question de penser à ça.
Flora prit la parole.
-Oui, ce test est à moi et oui, il est positif.
Ondine lui donna une tape sur l'épaule avant de se fendre d'un immense sourire.
-Et tu attendais quoi pour me le dire ?
-Le bon moment… Mais je crois que c'est maintenant… Je vais être maman.
-Un mariage, un gamin… Tu sais que t'es chiante à me mettre ton bonheur en plein visage, comme ça ?
Flora eut un sourire radieux et hocha la tête. Après avoir serré Flora dans ses bras, la félicitant de toute son âme, Ondine se retourna vers Artik.
-Quant à toi, pourquoi, POURQUOI est-ce que tu as pensé que ce test pouvait m'appartenir ? Et surtout comment as-tu pu penser une seule seconde que si j'étais enceinte, c'était à cause de Psyko ?
-Euh…
Artik se recroquevilla un peu, sous l'air hilare de Psyko qui semblait ne pas vouloir prendre sa défense. Autant pour la solidarité masculine.
-Ben… Vous êtes tellement emportés que je suis sûr que vous ne penseriez même pas à vous protéger et…
-Je porte un implant, je ne peux pas avoir d'enfant pour encore trois ans. Je suis en permanence protégée. D'autant plus que je ne couche pas avec Psyko. Avec personne d'ailleurs.
Sacha retint un soupir soulagé. Le pire c'est qu'Artik n'avait même pas tort, ils n'y avaient pas pensé. Ondine s'enfonça dans le canapé, ayant visiblement tout dit et le téléphone de Flora sonna. Elle s'empressa de répondre et au vu de la tête qu'elle fit, ils comprirent tous qu'il s'agissait de Drew. Elle partit dans l'escalier et une porte se ferma à l'étage. Elle voulait sûrement lui annoncer la bonne nouvelle. Artik eut une moue dégoûtée et sortit de l'appartement en claquant la porte, après avoir annoncé sa sortie et son non-retour avant le lendemain.
Restant seuls dans le salon, complètement choqués par la nouvelle de la grossesse de Flora, Sacha et Ondine ne bougèrent pas. Puis Sacha murmura :
-Flo va avoir un enfant…
-Oui…
-Elle a beaucoup de courage…
-Tu trouves ? commenta Ondine.
-Oui. J'ai toujours pensé que nous tous ici n'étions pas prêts à être parent. Et moi encore moins que les autres. Et je n'en aurais sûrement jamais. Je sais trop ce que c'est de grandir sans père pour laisser mes gosses connaître ça…
-Qu'est-ce que tu veux dire ?
-M'empêcher de voyager reviendrait à me tuer. Je ne suis certainement pas fait pour une vie sédentaire et la Ligue Souterraine me prend huit mois par an. Je n'y renoncerai pas, même pour fonder une famille, j'en ai besoin pour vivre. Alors… Comment veux-tu que je puisse penser à laisser ma compagne élever mes enfants seule ? Tu t'imagines, toi, élever seule un enfant dont le père est un imbécile chronique doublé d'un fou plus occupé par ses matchs souterrains que par sa famille ?
-Non. Ce n'est pas comme ça que je vois les choses. Je me suis toujours vue élever le fruit de mon amour pour un homme, qu'il soit fou ou pas, toujours présent ou jamais là, mais dans un moment qu'on aurait décidé ensemble.
Il ne répondit rien. Elle reprit la parole.
-Je ne suis pas d'accord avec toi…
-À quel propos ?
-Quand tu dis que tes enfants n'auront pas de père… C'est faux… Tu ne pars que huit mois par an et… Il en reste quatre… Tu sais, mes parents ont passé toute mon enfance à voyager tout le temps, ne rentrant que pour Noël et encore… Ce sont mes sœurs qui m'ont élevée, mais je n'ai jamais eu l'impression de manquer quoi que ce soit. Au contraire, je profitais encore plus des moments où ils étaient avec nous. Et ce sera pareil pour toi.
-Mon père, si on peut appeler ça comme ça, ne rentrait jamais à la maison. Maman s'est occupée de moi toute seule et la seule chose que je sais de lui c'est qu'il était dresseur. Je ne veux pas que mes enfants vivent ça, je sais trop combien ça fait mal.
-Oh… Je pensais…
-Qu'il était mort ? C'est tout comme, pour moi. Au fond, j'espère que non, juste pour avoir le plaisir de voir sa tête quand il rentrera et qu'il verra que Maman a refait sa vie sans lui.
-Ah bon ? Ta mère a quelqu'un ?
-Hélas…
-Je le connais…
-Hélas… Qui aurait cru ça ? Le professeur Chen et ma mère… Prof est mon neveu par alliance. J'ai envie de mourir à chaque fois que j'y pense.
Ondine éclata de rire face au ton désespéré de Sacha. Il continua son discours.
-Mais c'était sympa de ta part de tenter de me réconforter, cependant je persiste à penser que tu fais bien de ne pas vouloir de moi. Juste pour ça. Imagine un peu si on avait un enfant ensemble. Il deviendrait complètement taré ! À tel point qu'il vaudrait mieux l'achever à la naissance…
-Parle pas comme ça de notre enfant !
Il cligna des yeux et sourit.
-Redis-le, pour voir ?
-Notre enfant ?
Il sourit de nouveau.
-Pourquoi tu voulais que je répète ça ? s'étonna Ondine.
-Pour voir comment ça sonnait. Et franchement, j'aime bien.
-Moi aussi… murmura-t-elle.
Il ne répondit pas, s'exhortant au calme. Cette phrase ne signifiait rien. Rien du tout.
Trois jours après, Artik, Sacha, Flora et Ondine se retrouvaient à faire la queue devant une boîte de nuit, afin de fêter dignement le futur enfant de Flora.
Ils avaient décidé de passer les deux premières heures de la soirée dans un bar, avant d'aller en boîte, comme tout adolescent normalement constitué le ferait. Ils arrivèrent au dancing-club le plus populaire des environs de Vergazon, aux environs de vingt-trois heures, l'heure idéale pour pouvoir trouver des places assises, surtout dans un endroit aussi fréquenté.
Flora frétillait d'impatience en regardant l'immense piste de danse s'étendant devant leur table. Elle ne cessait de regarder Sacha, puis la piste, puis encore Sacha. Elle voulait aller danser et surtout, surtout, elle voulait le faire maintenant ! Cependant, plongé dans une conversation semblant hilarante avec Artik et Ondine, il ne prêtait pas attention à son impatience. Elle regarda donc un moment les autres danseurs de la piste, puis l'environnement général. Elle voulait y aller, s'amuser sous la boule à facettes – kitch, mais toujours un franc succès – elle voulait faire baver ce petit mec bien mignon qui dansotait avec sa copine, elle voulait y aller.
Sa jambe tressauta convulsivement et Sacha l'appela.
-Calme-toi. D'abord on boit, ensuite on danse. C'est toujours comme ça.
Pikachu, installé sur la banquette, approuva en hochant la tête et Flora grogna.
-Alors qu'est-ce que vous faites encore assis, les mecs ? Allez chercher à boire !
-Pourquoi nous ?
-On appelle ça la galanterie.
Grommelant, Sacha se leva, tandis qu'Artik demandait à Ondine ce qu'elle souhaitait boire. Elle hésitait entre plusieurs boissons, principalement non alcoolisées.
-Oh, c'est vrai, tu ne bois pas d'alcool… commenta Flora.
-En tant normal, non, je n'aime pas ça. Je trouve ça amer et écœurant et je ne vois pas l'intérêt de perdre le contrôle de moi-même avec une boisson. Ça amène à toutes les dérives imaginables et franchement, je n'ai pas besoin de ça pour faire n'importe quoi. Ceci dit, je peux bien faire une exception pour ce soir… Pour fêter la bonne nouvelle… Donc je vais prendre un Lagon Bleu.
-Chouette ! Et pour moi, ça sera comme d'habitude : Mojito bien corsé avec une paille bleue. Bleue la paille, hein ! Et évidemment un diabolo grenadine.
-Pour quoi faire ? S'étonna Sacha.
-Ben pour éviter que Pikachu ne meure déshydraté par la négligence de son dresseur crétin.
-Non mais d'habitude, il boit dans mon verre Flo.
-Pikaaaa ! se réjouit Pikachu.
-Tu ne bois que du rhum.
-Je sais.
-Chuuuuu !
Soupirant, les deux filles s'enfoncèrent côte à côte dans la banquette, jetant un regard désespéré à Pikachu qui leur sourit, s'installant entre elles avec l'intention de recevoir plein de caresses. Il était comme son dresseur et il aimait beaucoup les jolies filles.
Les garçons revinrent quelques minutes après avec l'ensemble des boissons. Les filles eurent la surprise de les voir revenir avec une bouteille chacun. Ils s'installèrent en face à face, se lançant un regard plein de morgue. Sans se lâcher du regard, ils débouchèrent leurs bouteilles et les portèrent à la bouche d'un même mouvement, sous le regard atterré des deux filles et hilare de Pikachu qui sirotait tranquillement le diabolo que Flora lui avait imposé.
Reposant la bouteille sur la table, Psyko s'écria :
-WINNER !
Ondine et Flora regardèrent la bouteille qui était vide et comprirent.
-Ils se sont défiés sur lequel des deux serait le plus rapide à vider une bouteille de vodka. J'hallucine, Flora, pince-moi. Ils sont débiles.
Sacha tangua.
-C'est dégueulasse, la vodka.
-Non, ça va, commenta Artik en finissant tranquillement sa bouteille.
-Vous allez être ivres avant même d'avoir commencé la soirée, bande d'idiots.
-Non, non, il leur en faut plus, à mon avis, commenta Flora. Bon, allez, beau gosse, bouge ton cul de rêve sur la piste et fais-moi décoller.
-Sois pas si impatiente, poulette, laisse-moi le temps de me chauffer, sinon, je te ferai pas gémir comme il faut, répondit Sacha en buvant une gorgée de rhum comme s'il s'agissait de l'hydromel des dieux.
Ondine poussa un soupir dépité avant de jeter un regard à Artik qui semblait tout aussi contrarié par l'attitude de ses amis qui se levèrent et se dirigèrent vers la piste d'un pas bien trop joyeux pour être honnête. Artik connaissait bien Psyko. Quand il avait cette démarche, c'est qu'il avait la ferme intention d'en mettre plein la vue à tout le monde. Changeant de place et s'asseyant aux côtés d'Ondine, poussant Pikachu au passage pour qu'il aille se mettre ailleurs, il dit à l'oreille de la rousse :
-Je te proposerai bien de danser aussi…
-Oui, je sais, on risquerait de se rendre ridicules ! On ira plus tard !
-Dieu merci, t'es au courant.
-Difficile de pas être ridicule à côté d'eux… Ils sont excellents… dit-elle, son regard se perdant sur la piste, du côté de Sacha et Flora qui étaient de nouveau collés l'un à l'autre de cette façon indécente qui l'avait rendue tellement jalouse au tout début de leurs retrouvailles.
-Flora, surtout… Elle est divine…
-Sans Psyko, elle ne pourrait pas faire grand-chose, argua Ondine.
-Arrête, elle s'en sort très bien seule ! Souviens-toi au gala, vous aviez été bonnes aussi… Sans vouloir t'offenser.
-Ce n'était pas la même chose ! Notre but était plus de… euh… Bah, je peux le dire, il y a prescription… Le but était d'attirer l'attention de Psyko et la tienne sur nous. Oh magnifique, ce mouvement ! commenta-t-elle, ses yeux brillants d'admiration pour Flora et Sacha.
-J'avoue, il met super bien Flora en valeur, dit-il en penchant la tête.
-Tu baves, Artik…
-Toi aussi, mais je dis rien. Putain, je bande…
-Si j'étais un mec je dirais la même chose… Il est… euh ils sont…
-Laisse tomber, parle juste de lui, je t'en voudrais pas.
-Okay. Il est torride ! Et je sais de quoi je parle, en matière de mecs torrides quand ils dansent, Rudy est extraordinaire.
-Ah bon ?
-Pas dans le même style. Rudy séduit, Psyko allume. Et franchement… En toute honnêteté, je suis un brasier.
Ondine rougit en remarquant qu'elle ne contrôlait déjà plus sa langue. Elle n'aurait pas dû faire d'exception, elle allait probablement finir complètement pompette, voire ivre morte. Ça faisait tellement longtemps qu'elle n'avait pas bu d'alcool qu'elle en avait perdu l'habitude.
Artik éclata de rire, avant de confirmer qu'il était dans le même état – « Mais grâce à Flora hein, ne mélangeons pas tout ! » – et ce fut toujours à moitié en transe qu'ils virent revenir les deux danseurs.
-Alors comment on était ? demanda Flora. Ben, qu'est-ce que vous avez ?
Ondine fut la première à se ressaisir.
-Vous étiez pas mal. Mais maintenant, j'ai plus du tout envie de danser.
-Oh non, dis pas ça… Il y a de la salope qui va arriver, j'aurais bien voulu qu'on rejoue notre petit jeu histoire de leur montrer que les meilleures salopes, c'est nous.
-Tu es vulgaire…
-Pardon, l'adrénaline. Tu sais, danser avec le meilleur et le plus sexy de toute cette boîte.
-Sympa pour moi, commenta Artik d'un air boudeur.
Flora vint s'asseoir sur lui, passant ses bras autour de son cou.
-Tu es le deuxième. C'est moi ou tu bandes ?
-C'est pas toi.
Elle éclata de rire, se leva et s'assit à côté de lui, prenant son verre pour boire une gorgée.
Ondine y voyait vraiment de plus en plus trouble et lorsqu'Artik lui tendit sa main pour l'entraîner sur la piste, elle se sentit obligée de refuser. Cependant Flora ne la laissa pas faire et la força à se lever pour suivre le dresseur souterrain. Elle tangua sous l'œil hilare de Sacha et Flora qui restèrent à leur table quelques instants, pour récupérer.
De l'endroit où ils étaient installés, ils pouvaient voir Ondine rire à en pleurer, alors qu'Artik et elle faisaient exprès de se rendre ridicules en dansant d'une façon extrêmement raide et atroce. Artik faisait la danse du robot, Ondine pouffait et tanguait, manquait de tomber, Artik la rattrapa de justesse et la garda contre lui.
-Ah, j'suis jaloux, ça y est, commenta Sacha.
-Bah pourquoi ?
-Ça aurait été moi, elle se serait débattue depuis longtemps. Là, elle reste dans ses bras. C'est pas juste. Attends… Elle n'aurait pas fini par tomber amoureuse de lui, quand même ?
Flora leva les au ciel et soupira, alors que Pikachu tentait discrètement de vider le fond de son verre. Elle l'en empêcha d'un regard assassin. Personne ne touchait à son dernier Mojito. Personne. Pikachu se précipita sur l'épaule de Sacha pour fuir l'œillade meurtrière et Flora répondit enfin :
-Tu n'as donc toujours pas… compris ?
-Compris quoi ?
-Cette fille est dingue de toi.
-Non, tu te trompes, elle a été assez claire, quand même. Lorsque vous vous êtes disputées, ça a résonné dans toute la maison, j'ai très bien entendu.
Flora haussa les épaules et regarda Artik serrer Ondine contre lui et lui murmurer quelque chose à l'oreille. La rousse éclata de rire et Flora grimaça. Elle aussi, ça lui faisait un petit quelque chose de les voir si proches. Les hormones, sans doute.
-Tu n'as pas tout entendu, Sacha. Vérifie. Si tu peux, vérifie. Elle garde une photo de toi sur elle, toujours. C'est toi qu'elle cherche quand tu es loin d'elle, c'est ta présence qui la rassure… Elle est dingue de toi.
-Tu cherches à me faire du mal, Flo ? Parce que si c'est le cas, tu y arrives très bien.
Flora se leva et regarda Sacha par-dessus son épaule.
-Tu sais très bien, au fond de toi, que j'ai raison. Mais tu es terrifié à l'idée qu'elle t'aime.
-Bien sûr que non !
-Si. Psyko… Je ne sais pas quel est le problème, ce qu'il t'est arrivé ces trois dernières années, ce que t'a fait Aura et qui aurait pu mettre cette lueur effrayée dans tes yeux. Mais n'oublie jamais qu'elles sont différentes. Et qu'elle t'aime. Quand tu auras réalisé que tu es terrifié, quand tu auras surmonté cette peur, alors tu verras l'évidence, tu sauras ce que tout le monde sait depuis le début.
Flora se détourna et rejoignit ses deux amis qui étaient en train de danser, pour prendre la place d'Artik auprès d'Ondine, laissant Sacha méditer sur ces paroles lourdes de sens.
Il était vrai que Sacha avait peur. Il se souvenait très bien avoir vu Ondine lui faire des choses indicibles et même si ça n'était qu'une illusion, même s'il savait qu'Aura avait mené cette torture extrême d'une main de maître, il en avait gardé une sorte de terreur vis-à-vis d'Ondine. L'aimer et avoir peur d'elle, c'était tellement ridicule. Il se leva finalement pour rejoindre la piste lorsqu'une jeune fille lui demanda à danser.
Flora vit Ondine guetter leur table du coin de l'œil et froncer les sourcils en voyant Sacha accepter l'invitation d'une fille, une rousse, comme par hasard.
Les pensées d'Ondine, sans doute embrumées par l'alcool qu'elle avait ingurgité, se perdaient dans d'étranges conjectures depuis « Elle est vulgaire, cette petite pétasse » jusqu'à « Non mais elle se prend pour qui, cette pute, pas touche ! ». Elle se sentait perdre le contrôle de ses nerfs, comme elle l'avait toujours su. Il la ferait vraiment devenir folle un jour.
Flora tenta de retenir Ondine. Un peu. En vérité, elle tendit juste une main molle quand elle vit son amie se détourner d'un pas étrangement droit et lucide. Peut-être que Psyko comprendrait enfin l'ampleur des sentiments d'Ondine.
La coordinatrice avait vu les sentiments de son amie changer. Si au début, elle méprisait réellement Psyko, elle avait fini par s'attacher à cette facette de Sacha, tout autant qu'elle aimait le garçon maladroit qui se cachait en lui. Flora savait qu'Ondine l'avait accepté. Elle paraissait plus sereine, passait de Psyko à Sacha sans la moindre hésitation avec un regard égal. Et ce n'était certainement pas le regard qu'on porte à un simple ami.
Flora secoua la tête et continua d'observer le slalom de la rousse entre les gens qui dansaient sur la piste pour arriver au niveau de Sacha et de la fille avec qui il dansait.
Ondine tapota sur l'épaule de la fille avec un sourire, tentant de ne pas tanguer.
-Tu permets ?
Perplexe, la fille s'écarta et Ondine eut un sourire encore plus grand alors qu'elle hochait la tête en guise de remerciements. Sacha lui lança un regard interrogateur. Il ne comprenait pas ce qu'elle faisait, ne comprit pas plus quand elle se rapprocha de lui, leva la tête et l'embrassa.
Il se passa quelques secondes durant lesquelles toutes les questions possibles imaginables passèrent dans son esprit puis il balança tous ses scrupules à la poubelle. D'accord, Ondine était ivre, bien sûr, elle lui en voudrait. Mais le jeu en valait la chandelle. Il prenait le risque. Il la serra plus fort contre lui, approfondit le baiser, caressant ses cheveux. Le bonheur c'était définitivement ça.
Artik se rapprocha de son couple d'amis en sentant la rousse de remplacement s'énerver. Elle venait d'être coiffée au poteau. Artik posa une main sur son épaule et secoua longuement la tête.
-Mais c'est pas juste ! J'étais là avant !
Artik secoua la tête un peu plus fort et se rapprocha de la fille pour lui dire :
-Ça m'étonnerait fort. Ça fait quatorze ans qu'ils se connaissent et qu'ils attendent ce putain de moment. Par contre, moi, je suis libre. À défaut…
-T'es pas avec la fille châtain ?
-Non, c'est une amie, elle est fiancée… Et pas avec moi, le mariage, quelle horreur, dit-il avec une moue amusante.
La fille éclata de rire et suivit Artik, qui était bien content. Il remercia mentalement Ondine de cette brillante intervention qui lui avait permis de récolter la fille la plus sexy de la boîte.
Sirotant avec ardeur la fin de son Mojito, Flora observait Ondine et Sacha d'un côté et Artik et une autre rousse de l'autre. Blasée, elle lança un regard à Pikachu et lui fit signe de venir sur ses genoux et lui tendit le verre de Sacha.
-J'me sentirai moins seule, comme ça. J'sens qu'on va pas beaucoup dormir cette nuit…
Jetant un nouveau regard à Sacha et Ondine, elle eut la surprise de le voir empêcher la championne de glisser une main dans son pantalon, visiblement très désireuse d'aller bien plus loin qu'un simple baiser.
Mettant fin au spectacle qu'ils offraient, Sacha ramena Ondine vers la table où était Flora et l'assit de force, tentant de ne pas céder au regard qu'elle lui lançait.
-Ça suffit, maintenant, je te ramène, tu es complètement ivre. Je vais prévenir Artik.
-Laisse, commenta Flora, rentre avec Pikachu, je m'en charge. J'ai envie de lui casser son coup.
-C'est dégueulasse, ça, Flora. Mais merci. Là, ça devient urgent que je rentre.
-Oui, j'ai… j'ai vu ça… Tu veux pas plutôt que je la ramène ?
-Hors de question. Aucune de vous deux ne reste sans protection.
-Paie ta protection, dit-elle en désignant Artik qui chuchotait visiblement des choses cochonnes à l'oreille de sa conquête qui rougissait et gloussait, conquise.
Sacha sourit et s'approcha d'Ondine pour la relever et s'aperçut qu'elle tanguait de plus en plus. Il retint un rire, se promettant de la charrier des siècles entiers avec cette soirée et s'approcha d'elle pour lui fournir un appui. Il reporta son attention sur Flora.
-Artik est quelqu'un de très sérieux, même s'il n'en a pas l'air. S'il protège quelqu'un, il protège quelqu'un, qu'il soit en train de draguer ou pas. Tu ne crains rien, avec lui, je lui fais totalement confiance.
Flora hocha la tête, les laissant s'éloigner, tout en pensant à la façon dont elle allait casser le coup d'Artik. Après tout, il fallait bien qu'elle s'amuse aussi et le joli diamant qu'elle portait au doigt retenaient trop d'hommes de venir la draguer afin qu'elle joue un peu.
Ondine chanta des chansons paillardes tout le trajet sous l'air honteux de Sacha, qui n'aimait vraiment pas attirer autant l'attention. Ou au moins, pas quand lui-même était sobre, ou presque. Cependant, il était loin d'avoir assez bu pour pouvoir assumer totalement l'ivresse d'Ondine.
Arrivés au niveau de l'immense maison où Artik avait son appartement, elle cessa de chanter et s'agrippa à son bras, lui lançant un regard d'excuse.
-J'suis désolée… J'sais pas ce qu'il m'a pris… Ça m'a fait péter un plomb d'voir c'te salope s'approcher d'toi et…
-Tu es vulgaire…
-Pardon, l'alcool… J'aurais pas dû boire… Je le savais pourtant… J'aurais dû continuer à… m'abstenir… J'suis vraiment désolée.
-C'est pas grave… Ça arrive à tout le monde.
Il la porta dans l'escalier, voyant qu'elle ne pourrait pas monter sans tomber et la conduisit jusqu'à sa chambre, tandis qu'elle continuait à s'excuser.
-Ça tangue, dit-elle quand il l'eût allongée dans son lit. Tu peux rester avec moi ? J'ai peur toute seule…
-Tu te moques de moi, là…
Elle se redressa difficilement, attrapa son bras et le fit basculer sur son lit, avant de s'asseoir sur lui, pour être sûre qu'il ne partirait pas.
-Non… Je veux que tu restes avec moi.
-A… Arrête de bouger comme ça, s'il te plaît.
-Pourquoi ? sourit Ondine d'un air vraiment éméché.
-Ben tiens…
Elle mordilla sa lèvre mais n'arrêta pas pour autant de bouger sur le bassin de ce pauvre Sacha qui commençait à perdre un peu le contrôle de lui.
-Ça t'excite, c'est ça ? demanda-t-elle.
-Oui… avoua-t-il d'un air gêné. Et j'ai pas envie que ça dérape… Ondine, tu m'écoutes ?
Elle avait plongé dans son cou, s'évertuant à y déposer plein de petits baisers, elle lécha son oreille et redescendit, le mordillant. Il déglutit difficilement. Garder le contrôle s'avérait être une affaire délicate et il se força à penser à ce qu'il s'était passé la dernière fois qu'il s'était laissé aller. Il inspira et expira longuement, la main d'Ondine passa dans son pantalon. Il écarquilla les yeux.
-Ondine, s'il te plaît !
-Non. J't'écoute pas !
Il fit rouler ses yeux et leva une main. Celle d'Ondine commençait à le caresser. Il était temps qu'il mette fin à tout ça. Sinon, il allait encore déraper. Une fois, c'est une erreur, deux fois, c'est de la bêtise. Il tenta de la raisonner une dernière fois.
-Ondine ! Je t'en prie, arrête ça !
-Pourquoi ? Je crois sentir que tu as envie.
-Non. Oui. Non, pas comme ça.
Il trouva la force de la repousser et de se lever. Son pantalon tomba sur ses chevilles. Il n'avait même pas remarqué qu'elle avait réussi à défaire sa braguette et sa ceinture, il était vraiment temps qu'il reprenne les choses en main. Il remonta son pantalon, referma sa ceinture.
Ondine le regardait d'un air triste et déçu, elle bougonna :
-T'es pas drôle. Tu sais combien de temps ça fait que je n'ai pas fait l'amour ?
-Sûrement un petit moment.
-Depuis la centrale…
Sacha la regarda, blessé.
-Tu n'as pas fait l'amour. C'est pas ça, faire l'amour.
-C'est l'occasion de changer ça…
-Impossible. Pour faire l'amour, faut être amoureux. Et ce n'est pas ton cas.
-Qu'est-ce que tu en sais ?
-Tu es pathétique, conclut-il avant de sortir de la chambre d'Ondine et rejoindre la sienne, où Pikachu était sûrement déjà couché.
Il ouvrit la porte, la referma derrière lui et se laissa tomber dans son lit, faisant sursauter Pikachu.
-Et moi aussi, je suis pathétique.
-Chuuuuu ?
-T'inquiète pas, Pikachu. Cette fille me fait vriller. Un peu plus et je dérapais. Encore…
Il passa sa main sur son visage, se redressa et enleva ses vêtements pour se mettre au lit. Il fallait vraiment qu'il arrête ce petit jeu auquel Ondine jouait, sinon, il allait perdre le peu d'esprit qu'il lui restait.
Aura n'avait même pas besoin de se donner du mal pour le faire sombrer. Il lui suffisait de le mettre seul dans une pièce avec Ondine et de l'alcool.
Ondine le détruisait plus sûrement que ne l'avait fait Aura, à changer d'avis sans cesse, à ne pas savoir ce qu'elle voulait de lui. Il pouvait comprendre, bien entendu, qu'elle ait eu besoin de temps pour accepter l'idée. Le problème n'était pas le temps qu'elle devait prendre, mais ce jeu constant auquel elle jouait inconsciemment. Elle disait oui, puis non, puis oui, et lui, pauvre fou amoureux, accourait. Et ce soir n'aura pas fait exception. Si elle avait insisté un peu plus, il serait resté près d'elle, avec les conséquences désastreuses sur leur relation qui s'ensuivaient immanquablement.
Il se retourna dans son lit, soupira et souhaita une bonne nuit à Pikachu. Demain était un autre jour.
Et voilààààà ! J'espère vous retrouver la semaine prochaine pour un chapitre douze haut en couleurs, où je souhaite vous surprendre avec un peu plus d'action ! (Remarquez aussi la longueur toujours plus grande de mes chapitres. Et ça va pas en s'arrageant. Paix à l'âme de mon clavier.)
Ah, et le best-seller du début, c'est la Bible.
