NdA : On repart dans le qui-suit-moins-le-canon avec ce chapitre, comme promis. J'espère que vous l'aimerez davantage que le précédent :)
J'ai TENTE de mettre des sentiments dedans à certains endroits, ma bêta Amy W. Key me tape sur les doigts à ce sujet (merci à elle pour le travail), mais ya encore du progrès à faire. (Pas que sur ça du reste, mais c'est en écrivant qu'on devient écrivon).
Bref. Sachez que je tâche de m'améliorer petit à petit (et c'est intéressant à faire) o/
Chapitre X – L'Ouverture de la Chasse
Partie 1 : Drago
Mettre au jour les secrets d'Ombrage n'était pas une tâche aisée. Bien sûr, on murmurait de nombreuses choses à son sujet, de l'intimidation d'ennemis du Ministère à la torture de Moldus.
Mais ils ne trouvaient pas la moindre preuve. Un simple témoignage qu'ils pourraient donner à la Gazette suffirait pour mettre la machine en marche. Drago savait que Rita Skeeter sauterait sur l'occasion de ruiner la vie de quelqu'un, cependant si ce qu'ils lui apportaient n'était pas assez fiable, il s'avèrerait plus intéressant pour elle de se retourner contre eux. Même elle n'oserait pas accuser la sous-secrétaire du Ministre de la Magie sans appuis solides.
Ombrage... La vie de Remus et la sienne aurait été tellement plus facile si elle n'avait jamais existé, se dit-il en regardant avec rancune une photo de la Gazette où elle apparaissait. Elle trônait aux côtés de Fudge, tournant tantôt un visage adorateur vers ce dernier, tantôt un air satisfait vers le lecteur. Vers Drago.
Il pouvait presque l'entendre toussoter – hum, hum - , l'entendre lui dire qu'il était devenu une bête assoiffée de sang, qu'il n'était plus un Malefoy, qu'il n'était plus un être humain, qu'il n'était plus rien...
Le bruit de papier déchiré n'atteignit pas ses oreilles, occupé qu'il était à détruire l'image de la sorcière qui le narguait.
Il restait sourd aux mots qui se formaient sur ses lèvres alors que ses griffes déchiraient le journal. "La tuer, la tuer, la tuer... "
Une spirale de haine se forma dans son esprit, absorbant la chambre, la maison, le monde entier, le laissant seul face à Ombrage, insaisissable, intouchable. Elle ne le resterait pas longtemps. Il la traquerait. Il la saisirait. Il la dévorerait, faisant craquer ses os sous ses crocs, détruisant ce visage si fier qu'elle exposait au monde. Elle était toujours si sure d'elle, de son pouvoir. Elle croyait être le prédateur, il lui montrerait qu'elle n'était rien de plus qu'une proie. La peur remplacerait le dédain dans ses yeux. Les cris remplaceraient les mots mielleux qu'elle déversait à qui voulait les entendre. Il serait l'instrument de cette transformation. Il la briserait.
"La tuer, la tuer, la tuer... "
Plongé dans sa litanie et sa destruction, il n'entendit pas la porte s'ouvrir derrière lui, ni l'homme qui après un temps d'arrêt se précipita dans sa direction.
Les feuilles furent brusquement arrachées de son emprise, brisant sa concentration. Il cligna lentement des yeux. On le secouait.
"Al... Remus ?"
"Qu'est-ce que tu penses être en train de faire, Drago ?" demanda-t-il en serrant avec force les épaules du jeune sorcier, le clouant sur place. Il grimaça. Remus semblait affolé, sa voix trop aigue trahissant son agitation. Il l'avait vu, transformé par le loup, ardemment désirer la mort d'Ombrage, tout son être tourné vers la volonté de vaincre, de briser, de tuer. Drago s'était laissé prendre à l'emprise de la bête, ce qui ne devait pas arriver, ce qu'ils avaient tous les deux redouté et juré d'éviter.
A cet instant, il était devenu tellement loup qu'il avait failli appeler Remus Alpha, le nom du grand prédateur qu'il suivait d'ombre en lumière lors des nuits de pleine lune.
Il avait glissé vers la partie sombre de son âme, à nouveau sauvé par Remus lorsqu'il se tenait trop près des crocs de la bête.
"Je cherchais des informations sur Ombrage... Je me suis laissé emporter et... " Drago baissa la tête, honteux. Il n'aurait jamais dû se laisser submerger par ses émotions au point de permettre au loup de le contrôler.
Hésitant, il leva les yeux sur Remus, prêt à accepter les remontrances qu'il méritait. Il lui avait pourtant répété de nombreuses fois de prendre garde, et à la première contrariété il oubliait toutes ses leçons.
"J'ai peut-être eu tort." dit Remus, au lieu des reproches attendus. Drago en fut tellement surpris qu'il ne protesta pas tout de suite. "J'aurais dû t'empêcher de faire le rituel, tu es encore jeune... "
"Non." répliqua fermement l'adolescent, sa voix retrouvée. "Je ne te laisserai pas te blâmer pour ça. C'était ma décision."
L'inquiétude et le doute s'attardaient encore dans le regard de son mentor. "Je m'en sortirai. C'est simplement que je n'ai pas fait attention. C'était entièrement de ma faute."
Remus soupira, visiblement peu convaincu. "J'espérais que ce serait un moyen de maîtriser le loup... "
Drago secoua la tête. "C'était une alliance. Une part de loup en tant qu'homme, une part d'homme en tant que loup... Je n'y suis simplement pas encore habitué." plaida-t-il. "J'ai besoin d'un peu plus de temps. Tu sais que je ne me laisserai pas facilement dominer."
Remus acquiesça à contrecoeur. "De toute façon, il est trop tard pour revenir en arrière." conclut-il avec plus qu'un soupçon de regret dans la voix. "Et puis... l'alternative était pire."
Ils savaient tous deux que sans lien conscient avec la bête, elle aurait fini par dévorer leur âme. Ils avaient choisi la bonne solution. La seule solution.
Drago respirait lentement, calmement, en contemplant l'éventail de ses possibilités. Il devait rester concentré, ne pas autoriser un nouvel éclat au loup. Il avait promis à Remus qu'il y arriverait.
Il existait forcément un moyen d'atteindre Ombrage. Les yeux fermés, il tenta d'imaginer ce qu'aurait fait son père.
Sa représentation de Lucius devenait de plus en plus trouble au fil des ans. Il tâchait d'éviter d'y penser, se rassurant en pensant qu'il connaissait toujours aussi bien ses traits. Mais il savait que le visage dont il se souvenait, dont il croyait se souvenir, était celui qui était présent sur les photographies et les coupures de presse dont il avait fait l'objet. Sa manière de parler, sa démarche, l'expression spéciale qu'il prenait quand il était particulièrement fier de Drago, tout cela s'estompait.
Et sa mère... Il se souvenait de son amour, de ses caresses, et perdait sa voix et sa grâce quand elle bougeait.
Accepter la perte de ses parents avait été difficile. Pendant longtemps, il avait refusé d'y croire. Puis il avait surmonté sa peine, et réussi à faire face à la réalité. Il s'était convaincu qu'ils vivraient toujours à travers lui, qu'ils seraient toujours présents dans sa mémoire et dans son coeur. La réalisation qu'il s'était trompé l'avait longtemps pourchassé, et le rattrapait désormais. Son père et sa mère avaient disparu de cette terre, et disparaîtraient un jour presque complètement de ses souvenirs. Vouloir les garder en vie à travers lui avait été trop présomptueux. Trop ambitieux. Drago le savait désormais. Il avait tenté de se battre, de se remémorer tout ce qu'il savait de ces jours heureux avec ses parents. Maintenant, il était las de ce combat perdu d'avance, et honteux de songer à l'abandonner. Il ne souhaitait pas les laisser partir, mais les retenir était comme tenter d'attraper le vent. Désespérant de futilité. Pourtant, il s'obstinerait toujours à chasser après les images de ses parents qui disparaissaient dans la brume, tout en étant conscient de son impuissance à les rattraper. Crier ne ramènerait pas son père. Pleurer ne ramènerait pas sa mère. Il l'avait déjà tenté.
Désormais il courait après ses fantômes, silencieux alors que l'écart entre eux continuait de se creuser.
Il secoua la tête pour chasser ces réflexions. Penser à cela était trop douloureux, et ne changerait rien.
Il fallait qu'il se concentre pour trouver une piste. Son père aurait su, il en était certain.
"Une des spécialités des Maraudeurs était de se mêler de ce qui ne les regardait pas." Drago sursauta. Il n'avait pas entendu Remus entrer, ce qui arrivait souvent depuis le rituel. Il semblait s'être approprié l'expression à pas de loup. "Parfois cela impliquait d'écouter les rumeurs, quand nous ne les lancions pas nous-mêmes. Parfois... cela impliquait de fouiller directement dans les affaires de certaines personnes. James et Sirius aimaient beaucoup cibler les filles."
Drago dévisagea Remus, les yeux écarquillés. "Tu suggères d'aller trouver des preuves directement chez Ombrage ? C'est risqué... "
"Bien sûr. Mais je ne pense pas que l'on arrivera à quoi que ce soit sans des actions plus directes. Je veux agir." Il serra les poings. "Si on trouve quelque chose de réellement incriminant et qu'elle ne peut pas nier, elle sera coincée."
Drago hocha la tête. "Il reste une question importante. Est-ce faisable ?"
Remus grogna. "Pas par nous. Mais je pense que nous connaissons tous les deux quelqu'un qui pourrait nous indiquer la bonne personne."
Lady Zabini s'était révélée extrêmement obligeante. Elle n'avait pas posé de questions, et leur avait trouvé quelqu'un qui correspondait à ce qu'ils recherchaient, moyennant une certaine compensation bien entendu.
Les deux sorciers, leur apparence changée pour les rendre méconnaissables, faisaient à présent face à un petit homme à l'hygiène douteuse dans la Cabane Hurlante. Remus détestait cet endroit et Drago s'y sentait mal à l'aise, cependant il était sûr et neutre, deux qualités indispensables pour ce qu'ils s'apprêtaient à demander. Sirius aurait voulu venir avec eux (l'idée de voler Ombrage l'enthousiasmait, bien qu'il ait regretté de devoir laisser quelqu'un d'autre s'en charger), mais il avait reçu une missive énigmatique de Dumbledore lui demandant de le rejoindre à Poudlard.
Leur futur employé, comme l'appelait pompeusement Drago, avait une apparence décevante. Il avait imaginé un homme énigmatique, tout de noir vêtu, à l'expression impénétrable.
Au lieu de cela, Mondingus Fletcher les regardait d'un oeil torve en mâchonnant une cigarette éteinte, portait un gilet troué et des chaussettes dépareillées, et empestait l'alcool et la sueur à dix mètres à la ronde.
"Z'avez un job pour moi, eh ? 'Pouvez payer grassement ?" Ses yeux injectés de sang se posèrent sur Drago. "M'étonnerait qu'un gringalet dans ton genre... "
L'adolescent croisa les bras, refusant de réagir à l'insulte.
Remus sortit un sac de Gallions. Sirius était allé puiser dans ses coffres en prévision de leur petite entrevue et leur avait donné une importante quantité d'or, sourd à leurs protestations et sachant qu'ils n'avaient pas d'autre choix que de l'accepter. L'expression de Fletcher changea immédiatement, passant du dédain à un empressement servile. "Z'avez de quoi faire, semblerait. C'bon vieux Ding est à vot' service."
"Il y en a encore autant si tu nous rapportes quelque chose de compromettant. Et tu dois accepter de prêter serment de garder le silence, sinon... " menaça Remus. Drago doutait de sa capacité à blesser volontairement le sorcier trapu, mais quelqu'un qui ne le connaissait pas s'y tromperait. Lui savait comment faire transparaître le loup quand il en éprouvait le besoin.
Fletcher le surprit en ne reculant pas, malgré l'odeur de peur qui se mêlait désormais aux effluves qu'il émettait. "Eh, inutile de s'énerver. J'peux faire vot' serment bien sûr... Mais ce s'rait plus facile avec une p'tite compensation. Y a d'autres boulots, p'têt pas aussi bien payés, mais qu'ont l'air moins bizarres."
Remus hocha la tête. "Un serment inviolable de ne rien révéler à quiconque, quel qu'en soit le moyen, de cette conversation. Pas un mot non plus sur notre existence, et tu auras un sac de Gallions supplémentaire."
Fletcher plissa les yeux. "Deux."
L'accord fut conclu après un rapide marchandage. Le voleur aurait son sac de Gallions immédiatement, et deux et demi après l'opération.
Il n'avait même pas protesté quand il avait appris qu'il devrait cambrioler quelqu'un d'aussi important qu'Ombrage. La perspective de pouvoir garder tout ce qui ne leur était pas utile avait fait beaucoup pour apaiser ses craintes.
En rentrant au square Grimmauld, Drago se sentait satisfait. Ils avançaient. Dans le pire des cas, si cette crapule se faisait prendre, il ne pourrait pas les dénoncer.
Quand il vit Sirius, son contentement s'envola. Manifestement, il sortait bouleversé de sa rencontre avec Dumbledore.
Partie 2 : Sirius
"Six autres Horcruxes" répétait Sirius, refusant d'y croire. "Il y a six autres Horcruxes." Avoir l'idée de créer un Horcruxe était déjà abominable. Que Voldemort en ait conçu plusieurs dépassait cela. Et en créer autant... Inconcevable.
"Dumbledore en est certain ?" demanda appréhensivement Remus.
Il hocha la tête. Un moment de silence passa, chacun occupé à assimiler l'ampleur de la folie du mage noir et de la tâche qui les attendait. La voix de Drago le rompit. "Harry est au courant ?"
"Il était convoqué avec moi dans le bureau de Dumbledore." répondit Sirius. "J'étais préparé à refuser de l'écouter si ce n'était pas le cas." Il hésita. "Dumbledore pense savoir où se trouve l'un d'entre eux. Harry et moi avons aussitôt demandé à l'accompagner. Il a accepté pour moi et l'a formellement interdit à Harry... "
"Il a raison." intervint Remus. "Harry est peut-être majeur aux yeux de la loi, cependant il est trop jeune pour vous suivre dans une entreprise aussi dangereuse."
Sirius fronça les sourcils. "Je sais qu'il est jeune, mais il est aussi courageux et... "
Son viel ami le coupa une nouvelle fois. "Sirius. Veux-tu vraiment risquer de le perdre ? C'est trop risqué. Il n'a même pas encore fini sa formation à Poudlard."
Perdre Harry... Ce serait insupportable. Il trahirait James une deuxième fois s'il laissait son fils unique se faire tuer. Remus était comme toujours la voix de la raison.
"Laisse-moi venir avec vous." exigea ce dernier.
"Dumbledore ne sait pas que tu es au courant pour les Horcruxes... " commença Sirius. Il s'interrompit, se traitant d'idiot. Pourquoi essayait-il d'empêcher un Maraudeur de l'accompagner ?
Remus balaya ses objections d'un revers de main. "Je ne te laisserai pas te jeter dans la gueule du loup sans moi, même si tu es accompagné par le sorcier le plus puissant d'Europe. J'étais aussi un membre de l'Ordre."
Sirius acquiesça. Lui fonçant vers le danger, Lunard assurant ses arrières, comme au bon vieux temps... Sauf qu'il manquerait James.
"L'Ordre ?" demanda Drago, interrompant ses pensées et fixant Remus d'un air inquisiteur.
"Une organisation créée par Dumbledore pour s'opposer à Voldemort, lors de la guerre." expliqua Remus. "Sirius en faisait partie... "
"Peter également." Penser au traître lui donnait des envies de meurtre. Mais il était à Azkaban, en train de revivre ses pires souvenirs, de hurler, de regretter d'être né... Cela devrait assouvir sa soif de vengeance. Cela devrait suffire.
Avec un effort sur lui-même, il se tourna vers Remus. "J'informerai Dumbledore."
Le premier Horcruxe de Voldemort se trouvait dans un taudis. Dumbledore, après s'être laissé convaincre que la présence de Remus était pour le mieux et qu'il savait pour les Horcruxes depuis le début, avait entrepris de leur expliquer que la cachette choisie était liée au passé du mage noir, en l'occurrence la demeure ancestrale de sa famille.
Sirius avait arrêté d'écouter après les informations essentielles : les Horcruxes n'étaient pas dissimulés au hasard et il y en avait sans doute un ici.
Maintenant qu'ils marchaient en direction de la maison en ruine, il en doutait. Il ne voyait ni ne ressentait rien de spécial, et il ne parvenait pas à imaginer que Voldemort, ivre de grandeur qu'il était, ait volontairement caché une partie de son âme dans cet endroit miteux. Néanmoins, l'idée d'infester la demeure de sa famille avec des malédictions et de la magie noire avait dû l'attirer.
Dumbledore ralentit significativement l'allure. "Il y a quelque chose ici, cela ne fait aucun doute. On peut sentir les intentions maléfiques émaner de là-bas."
Sirius se concentra. Il ne percevait rien. Il se demanda brièvement si le directeur était devenu définitivement sénile, avant de voir Remus. Sur le qui-vive, il serrait sa baguette si fort que ses articulations blanchissaient. Croisant le regard de Sirius, il hocha la tête sans dire un mot et continua d'avancer.
Étonnamment , il ne fut pas difficile pour les trois sorciers de rentrer dans le taudis, une fois qu'ils eurent désamorcé quelques pièges et tué des serpents qui semblaient monter la garde devant la maison. La porte se referma derrière eux dans un craquement sinistre.
Un souffle glacé s'engouffra dans la pièce, amenant les ténèbres. Sirius connaissait trop bien cette sensation, il l'avait endurée nuit et jour pendant plus d'une décennie. Des Détraqueurs. Il ne s'entendit même pas gémir. Il ne voyait plus Dumbledore ni Remus. A nouveau il se trouvait à Azkaban. Agenouillé devant les corps de James et de Lily – il savait qu'ils le blâmaient, tout était arrivé par sa faute. Peter s'échappait. On l'enfermait avec les Détraqueurs. Il entendait l'homme dans la cellule d'à côté, l'homme qui hurlait jour après jour, jusqu'au moment où il s'était mis à hurler de rire, le rire le plus terrifiant que Sirius ait jamais entendu, le rire d'un homme qui a perdu l'esprit. Le jour où le rire avait été remplacé par le silence avait été un soulagement et une autre terreur. Il allait mourir dans cette prison glacée pour avoir trahi James et Lily...
Un rai de lumière perça le brouillard et le ramena au présent. Inquiet, Remus se penchait vers lui.
"Le Détraqueur ?" demanda-t-il d'une voix sourde.
"Une illusion nous forçant à revivre nos pires cauchemars. Remus s'en est aperçu le premier et a réussi à la briser." Dumbledore paraissait destabilisé. Il reprit d'une voix plus ferme. "Nous avons passé la première épreuve. Continuons."
L'atmosphère était pesante dans la maison. Désormais, Sirius sentait la proximité d'une magie malfaisante, qui semblait lui coller à la peau dès qu'il bougeait.
Dumbledore avait apparemment trouvé quelque chose. Agitant sa baguette, il marmonnait des incantations dans une langue inconnue aux accents rugueux – ni du latin, ni de l'anglais, ou encore du français. Surgissant de la poussière, une trappe apparut dans le sol.
Ils descendirent. Ils se trouvaient dans une salle éclairée par une lumière surnaturelle et basse de plafond. Personne n'avait dû mettre les pieds ici depuis des décennies, pourtant l'endroit était immaculé. Cette grande pièce vide effrayait davantage Sirius qu'un champ de bataille rempli d'ennemis. Le danger ici n'émanait pas d'entités tangibles qu'il pouvait combattre, mais du sol sur lequel il marchait, de l'air qu'il respirait, du mur contre lequel il s'appuyait.
Ses sortilèges ne révélaient rien d'hostile cependant... mis à part un coffret posé sur un piédestal, au centre de la pièce. Sur leurs gardes, les trois sorciers s'en approchèrent à pas lents.
D'un coup de baguette, Dumbledore l'ouvrit. Un anneau trônait à l'intérieur, serti d'une pierre noire ornée de symboles que Sirius n'eut pas le temps d'identifier. La main du directeur lui cachait la bague, les doigts tendus vers elle.
Avant qu'il puisse l'effleurer, Remus le tira brusquement en arrière. Le vieil homme poussa un gémissement comme un petit enfant à qui l'on vient d'arracher un objet qu'il chérissait.
"Ressaisissez-vous, Dumbledore !" cria Sirius, frôlant la panique.
A son grand soulagement, son cri parut l'atteindre. Il se redressa lentement. "J'ai eu... un moment d'égarement." articula-t-il avec peine.
"Il y a un maléfice sur la bague. Il est fait pour blesser gravement celui qui la touche, sans le tuer." Remus, la baguette pointée vers le coffret, venait manifestement d'identifier les pièges présents sur l'Horcruxe.
"Pourquoi ne pas le tuer ?" demanda Sirius, perplexe.
Dumbledore fixait l'anneau, mais ne semblait plus vouloir tenter de le toucher. "Il voudrait certainement maintenir en vie la personne qui a réussi à aller si loin, comprendre comment elle a fait et ce qu'elle cherchait... Il croit être le seul à connaître l'existence des Horcruxes." Il pointa sa baguette vers la cassette. "On ne peut pas lever le maléfice ni détruire cet objet ici. Il y a sans doute encore des obstacles à franchir. Je vais le soulever. Préparez-vous."
Au moment où la boîte se détacha du piédestal, l'enfer se déchaîna autour d'eux. Les murs se volatilisèrent, révélant des serpents venimeux de toutes sortes.
Ils coururent vers la sortie, tout en attaquant la masse grouillante qui rampait vers eux. Sirius incendia un reptile à trois têtes qui fondait sur Remus au moment où celui-ci décapita une vipère sur le point de le mordre.
Cette fuite était la plus longue que Sirius ait jamais connue. La pièce semblait s'allonger, la trappe s'éloigner. "Fermez les yeux et cherchez l'issue à tâtons." commanda Dumbledore d'une voix autoritaire. "L'illusion de distance est basée sur votre vue."
Sirius obéit sans se poser de questions, jetant aveuglément des maléfices en arrière en espérant toucher les serpents, et sentit bientôt la forme de l'échelle qui menait à la trappe sous ses doigts. Remus atteignit l'extérieur le premier, suivi par Dumbledore, le coffret flottant derrière lui.
Il jaillit enfin dans la lumière du soleil de novembre et ils transplanèrent tous ensemble, les crochets des reptiles claquant dans le vide à l'endroit où ils s'étaient trouvés un instant plus tôt.
Strictement contrôlé par Dumbledore, le Feudeymon avala l'Horcruxe. Un cri d'agonie et de fureur s'échappa de l'objet maudit et déformé par les flammes, leur vrillant les tympans. Le hurlement semblait ne jamais devoir finir, se prolongeant jusqu'aux limites du supportable, mais brusquement le silence tomba sur les trois hommes rassemblés autour de la carcasse fumante d'une des abominations de Voldemort.
"Un de moins." murmura Sirius.
Les deux autres sorciers hochèrent la tête. L'anéntissement de l'objet les emplissait d'un sentiment de calme et de paix, comme les nuages se dissipant après l'orage, laissant le paysage étincelant et lavé de la fureur déchaînée quelques instants auparavant.
L'anneau avait fondu et était méconnaissable. Des fêlures parcouraient la pierre noire qui le sertissait, brouillant les inscriptions que Sirius avait remarquées fugitivement. Désormais il n'aurait plus l'occasion de les examiner. Il s'en sentait obscurément soulagé. Il ne voulait pas savoir ce que cette chose avait été auparavant. Voldemort l'avait corrompue à jamais.
Alors que Remus et lui, épuisés, se préparaient à repartir maintenant que leur tâche avait été accomplie, Sirius remarqua que Dumbledore regardait la pierre avec une expression de tristesse. Il se tenait seul, debout devant le récipient de l'âme du mage noire, et semblait tel un vieil homme qui avait survécu à tous ses êtres chers et en portait désormais le deuil.
Pourquoi l'ennemi juré de Voldemort regretterait-il la destruction de l'Horcruxe ? Se demanda-t-il en laissant Remus l'emmener loin d'ici, vers la chaleur de leur foyer.
Cela n'avait aucun sens.
