Salut à tous !

A mon plus grand bonheur, mes partiels sont de-fi-ni-ti-ve-ment terminé ! (enfin jusqu'en mai, ne nous emballons pas…) Du coup me revoici avec le chapitre 11 ! A ce propos, je m'excuse pour l'attente relativement longue entre les deux chapitres, avec les exams j'avais pas une minute à moi :/ Au programme de ce chapitre, encore un petit moment d'amitié « Spanna » comme ça a eu l'air d'être plutôt apprécié. Ah oui, le plus important : du Emison ! Pour une fois, j'ai mis la dose. J'avoue que j'attends particulièrement vos retour sur ce chapitre, car comme vous l'avez surement remarqués, mon créneau c'est plus l'action et le suspens que l'écriture sentimental. J'écris très rarement dans ce sens et justement, j'essaie un peu de me calibrer et d'améliorer mon écriture dans ce registre-là. J'ai essayé de m'appliquer sur la scène de la fin, j'sais pas trop ce que ça donne. J'attends vos avis avec impatience. Comme d'ab, p'tite réponse à vos commentaires :

WeLoveEmison : que dire ? Samedi soir après mangé, j'ai consulté machinalement mes reviews. Quand j'ai vu le commentaire, j'ai sauté sur mes lunettes et j'ai lu d'une traite ton com. Franchement, tu ne peux pas imaginer comme ça m'a fait plaisir. J'l'ai même lu à mes amis qui étaient à côté. Merci de me laisser tes avis, c'est un réel plaisir de les lire.

Guest73 : Si tu es contente d'être tombée sur ma fic, le plaisir est partagé car je suis contente de t'avoir comme lectrice. Merci à toi de laisser un commentaire à chaque fois !

Anne : Oui, ce chapitre était fort émotion et aussi celui le chapitre que j'ai pris le plus de plaisir à écrire. Du coup, si le Spanna t'a plu, la deuxième partie devrait te plaire.

Bonne lecture!


Chapitre 11

Retiens-moi


« C'était mon sang. »

Emily sentit son cœur s'arrêter. Littéralement. Seulement quatre mots avaient suffi à lui couper le souffle, suspendre le temps. Une rafale de vent s'engouffra à travers son blazer, frigorifiant instantanément son corps, ses doigts, et, sans même en avoir conscience, elle trembla. De froid ou d'horreur, Emily ne savait plus bien.

Alison glissa entre ses bras, les forces l'abandonnant chaque seconde un peu plus. Elle était en train de la perdre. Elle était en train de perdre Alison. L'idée eut du mal à s'imposer dans esprit, mais lorsque Emily le réalisa, celle-ci crut s'effondrer, là, au sol. Ses jambes étaient cotonneuses, à peine capable de supporter son poids. Seule la peur de lâcher l'enfant des Dilaurentis l'empêcha de perdre prise.

Fais quelque chose ! se hurla mentalement la brune.

Dans les films, le héros se serait agenouillé et débuterait la bataille ultime pour sauver la vie de son amie. Et dans ces mêmes films, par on ne sait quel miracle, il finirait toujours par l'arracher à la mort. Mais il s'agissait de la réalité. Emily aurait voulu savoir comment réagir plutôt que rester là, stupidement immobile, paralysée sous choc.

Et puis il y avait ce silence assourdissant.

Autour d'elles, la rue était calme. Spencer, Hanna, maintenant Alison. Aujourd'hui avait bien faillit être la fin de tout. Et rien. Pas une perturbation. Pas un bruit. Pas même l'ombre d'une présence à des kilomètres à ronde. Emily aurait voulu crier sa colère, hurler combien cette vie était injuste. La brune ne comprenait pas qu'aux yeux du monde, cette soirée passait pour ce qu'il y avait de plus ordinaire, alors que dans sa vie avait éclaté un intolérable orage. Ce silence semblait tellement irréel. Comme si une tempête eut dû se déclencher. Parfois, ce qu'on a devant les yeux est si différent notre agitation intérieure, que ça laisse un goût d'invraisemblance sur les lèvres.

Des fois comme celle-ci.

La sensation de vertige était plus forte que jamais. Alison sentit ses jambes s'affaisser sous son propre poids et réalisa avec un temps de retard considérable, qu'elle avait glissé sur les genoux. Ses yeux papillonnèrent un moment. Emily était accroupit devant elle, la retenant par les épaules.

Un vieux film en noir en blanc.

C'était le premier mot qui lui venait à l'esprit pour décrire ce qu'elle ressentait. Tout se passait au ralentit. Il lui semblait que son corps ne lui appartenait plus, elle souffrait et ne pouvait rien faire pour s'aider. Voilà à quoi elle en était réduite : l'impuissance. Spectatrice de sa propre fin.

Alison tenta désespérément de briser le silence oppressant qui l'entourait. Elle avait la désagréable impression d'être immergé dans un liquide, les sons lui parvenant lointains et déformés. Ses poumons souffraient dangereusement du manque d'oxygène.

Avec peine, la blonde réussit à entrouvrir les paupières, ce qui lui parut prendre une éternité. Pendant un instant, ses prunelles azurées fixèrent l'ombre, s'accrochant à ce point imaginaire au sol pour ne pas perdre pied avec la réalité. Elle le regretta aussitôt. L'effort de concentration n'avait fait qu'amplifier la douleur.

Pourquoi se battre ?

C'était ridicule. Elle n'avait plus la force ou l'envie de lutter.

Alors c'est comme ça que je vais mourir ?

Ce n'était pas la pire fin que l'on puisse souhaiter. La jeune fille se trouvait à quelques rues seulement de son domicile, l'endroit qui l'avait vu grandir, celui-là même qui avait contribué à faire d'Alison, la personne que la bonde était aujourd'hui. Oui, l'enfant des Dilaurentis savait qu'elle devrait se réjouir de ce qu'elle avait, se contenter des dernières satisfactions que la vie lui donnait et les prendre sans jeter un regard en arrière. Mais pourtant, celle-ci ne pouvait s'empêcher de penser que…

Il manque quelque chose.

L'adolescente dévia les yeux. Le visage d'Emily lui apparut nettement. Elle pleurait. C'était la première fois qu'Alison voyait des larmes couler sur sa joue, et même dans cette situation, si proche de la mort, la jeune fille la trouvait magnifique.

C'était elle qui me manquait. Maintenant, c'est parfait.

— Ali, accroche-toi ! Hurla Emily.

La blonde aperçût ses lèvres bouger mais aucun son ne semblait en sortir. Elle fronça les sourcils. Un nouveau vertige la prit.

— Je t'interdis de fermer les yeux Ali, tu m'entends ? exigea la brune désespérée en secouant son épaule.

L'agitation l'empêcha de perdre connaissance.

— Regarde-moi, supplia Emily. Tu dois tenir bon. Je t'en prie, t'as pas le droit de me laisser ! Pas comme ça.

Elle éclata en sanglot. Alison aurait voulu la réconforter, la prendre dans ses bras, lui murmurer que tout irait bien, qu'elle irait bien, mais sa gorge était plus sèche que jamais et aucuns mots ne franchit ses lèvres.

— Maya avait promis d'être toujours là pour moi et je me retrouve seule. Paige disait m'aimer mais en cours de route, fuir a parut plus important que se batte pour moi. Je suis toujours celle qu'on laisse derrière, murmura la nageuse d'une voix brisée et tremblante. Je ne supporterais pas de perdre encore quelqu'un que je j'ai… que j'…

J'aime.

Emily laissa sa phrase en suspens. Son regard croisa celui d'Alison, plongea à travers les profondeurs de ses prunelles azurées, s'y attarda. L'espace d'un instant, la brune aperçut briller dans ses yeux cette lueur fascinante, celle-là même que la jeune fille avait tant admiré par le passé. Jamais elle ne pourrait se lasser de ce spectacle. C'était comme assister à l'éclosion d'un millier d'étoile et les observer tout à coup, rejoindre le ciel. Emily se souvenait parfaitement de la dernière fois qu'elle avait croisé cette étincelle, chaude comme la braise, se fondre à travers le regard d'Alison. La nageuse avait rejoint l'enfant des Dilaurentis à la bibliothèque. Ce jour-là, la blonde tenait dans ses mains un livre de Charles Dickens « Great expectations ». Tandis qu'elle lui lisait un passage, ses yeux s'était mis à briller de la même façon.

« Je l'aimais malgré la raison, malgré les promesses, malgré la tranquillité, malgré enfin tous les découragements qui pouvaient m'assaillirent. » se rappela-t-elle.

Emily remémora ses mots, les larmes aux yeux, et son cœur se brisa lentement dans sa poitrine.

En dépit de toute logique, de leurs différences, des obstacles qui s'étaient interposés entre elles: elle l'aimait. Emily aimait Alison.

L'idée que l'enfant des Dilaurentis puisse mourir provoqua une panique atroce dans son esprit. La brune n'était pas prête à voir toutes ces petits gestes émanant de son amie et auxquelles elle tenait, disparaître. Son sourire, son odeur, cette lueur dans ses yeux, la sensation de ses bras contre sa peau. Emily refusait l'idée que tout ça prenne fin. Non. Non, elle ne voulait pas. Elle…

Sans réfléchir, Emily passa une main contre sa nuque et pressa doucement ses lèvres contre celle d'Alison, concentrant un en seul baiser tous les sentiments inavouables qu'elle entretenait pour elle.

Quelque part au fond de son esprit, une petite voix résonna, lui soufflant que la situation prenait un tour dangereux, mais celle-ci venait de si loin qu'Emily n'y prêta pas attention. L'adolescente préféra écouter son cœur commettre un raté et s'affoler tandis qu'Alison répondait instinctivement à son baiser. Jamais encore, l'une comme l'autre, n'avait embrassé quelqu'un avec tant d'amour et d'espoir.

La nageuse recula doucement ses lèvres. Elle repoussa tendrement une de ses mèches blondes, humidifiée par la pluie.

— Ne m'abandonne pas, murmura Emily au creux de son oreille.

Jamais. Je me battrais pour toi, Emily Fields.


Hôpital de Rosewood

Hanna remonta mollement la couverture sur ses épaules et se retourna dans son lit pour la énième fois. Son sommeil était agité. La jeune fille se sentait vaseuse, probablement un effet des médicaments.

Elle soupira.

La blonde détestait cette sensation, lorsque vous êtes physiquement épuisé mais que vous n'arrivez pourtant pas à vous endormir. Elle ferma les yeux. L'appareil à ses côtés ne cessait d'émettre un battement atonal, aussi irrégulier qu'agaçant, et Hanna renonça finalement au sommeil.

" Spencer, tu dors ?" Demanda la jeune fille d'une voix faible.

Elle n'obtenu pour toute réponse que le silence. L'adolescente dévia alors la tête en direction de l'autre lit. Hanna s'attendait à y apercevoir son amie, allongée paisiblement, profondément endormit. La blonde ne trouva cependant à la place que le vide, et une couverture en boule.

Spencer ?

Ou avait-elle bien pu passer ? Hanna sentit l'angoisse l'envahir. Ce n'était pas normal que l'enfant des Hastings disparaisse de cette façon, en plein nuit, qui plus est. Un millier d'explications rationnelles auraient pu expliquer l'absence de son amie, mais après tout ce qui s'était passé ce soir, son kidnapping, les explosifs, la blonde ne pouvait s'empêcher d'imaginer le pire.

Se pourrait-il alors que 'A' était encore…

Sans prendre le temps de réfléchir davantage, Hanna souleva brusquement la couverture et retira l'aiguille de sa peau en grimaçant. Il fallait qu'elle retrouve son amie.

La blonde roula jusqu'à l'extrémité du matelas et bondit du lit à la hâte. Un peu trop précipitamment d'ailleurs, la jeune fille perdit l'équilibre et se rattrapa de justesse au rebord de la table la plus proche. Ses yeux croisèrent un instant son reflet dans le miroir accroché au fond la pièce. Son visage était d'une pâleur inquiétante.

Il faut regarder les choses en face Hanna Marin : tu n'es pas au top de ta forme. Je sens que fond de teint et mascara vont passer de salles heures prochainement.

Avançant prudemment à la lueur de son portable, la blonde longea le grand couloir désert. Des murmures lui parvenaient du côté des escaliers. Lorsqu'elle fut suffisamment proche, Hanna tendit l'oreille, tout en conservant une distance de sécurité raisonnable.

— Et de trois, annonça une femme d'une trentaine d'année, que l'adolescente reconnue comme étant l'une des infirmières.

Elle se laissa glisser sur un siège.

— Une pluie d'appendicite s'abat sur Rosewood. On s'ennuie à mourir.

— Tu l'as dit, répondu son collègue en attrapant une bouteille d'eau. Il avala une gorgée, au même moment, une sonnerie retentit.

— J'te laisse, un problème chambre 201.

L'infirmière illustra ses propos en quittant la salle de repos pour accomplir son devoir. Hanna poursuivit sa route, toujours à la recherche de Spencer. Elle consultât son portable pour la dixième fois en cinq minutes. Son amie ne répondait pas à son message, ce qui ne présageait rien de bon.

Je n'aime pas ça. Du tout.

L'adolescente était sur le point de faire demi-tour vers sa chambre, prête à avertir Aria et Emily de la situation, mais un grincement la freina dans son élan. Ses muscles se raidirent malgré elle. C'était typiquement dans les habitudes de leur maitre-chanteur d'apparaître au moment où on s'y attendait le moins, utilisant l'effet de surprise pour arriver à ses fins. L'enfant des Marins c'était fait piéger ce soir, et en avait retenu la leçon. Cette fois, elle allait se défendre. 'A' n'avait qu'à bien se tenir. La blonde attrapa la première chose qui lui passait sous les mains et se prépara à frapper, en position.

Une silhouette sortie de l'ombre. L'adolescente rabattu son bras d'un seul coup, mais interrompit son geste lorsqu'elle s'aperçut que le mystérieux inconnu n'était nulle autre que Spencer.

— Hanna, t'as perdu la tête où quoi ! s'écria la brune en évitant de peu l'assaut de son amie.

— Si l'une de nous deux à perdu la tête, c'est toi Spence ! Tu m'as flanquer la touille de ma vie ! Où étais-tu ? J'me suis inquiété.

— J'arrivais pas à dormir : il me fallait du café, expliqua l'enfant des Hastings en levant le verre qu'elle tenait dans les mains.

— J'ai été kidnappée, t'as échappé à une bombe et on est passé à deux doigts de tous nous faire tuer ce soir. Si ça c'est pas plus stimulant que de la caféine, je sais pas ce qui te faut. Et puis, qui est-ce qui boit du café pour s'endormir ? Sérieux Spencer ?

— Et toi, tu comptais réellement assommer 'A' avec une pile de…

La brune s'interrompit pour lire les inscriptions sur les fiches que son amie tenait entre ses doigts, fiches avec lesquelles la jeune fille avait tenté de la frapper quelques minutes plus tôt.

— … une pile de documentation sur l'hépatite A ? Sérieux Hanna? Interrogea Spencer en arquant un sourcil.

Elle lui sourit, amusée.

— Oh ça va ! S'indigna la première. J'avais d'autre chose à penser sur le moment, je te signale.

— Tu veux peut-être que te trouve plus de documentation au cas où 'A' aurait la bonne idée de surgir au bout du couloir ? Sait-on jamais, ironisa l'enfant des Hastings d'un ton joueur.

A peine eut-elle achevé sa phrase que la brune s'écarta, comme un enfant qui sait déjà qu'il a commis une bêtise. Son amie lui adressa un regard désapprobateur.

— Avoue c'était marrant.

— Non ! contredit Hanna en affichant une petite moue boudeuse, bien trop exagérée pour être naturelle. Ça l'était pas !

Le contraste de leur intonation était saisissant.

— Quelle mauvaise foi ! Je t'ai vu sourire, assura la première.

— C'est faux !

Spencer s'immobilisa et se plaça juste devant la blonde. Elle l'observait d'un regard infiniment adorable. Non, non, non. Hanna avait beau faire tout ce qu'elle voulait, c'était juste impossible de nier quand elle le scrutait de cette manière.

— Okay, t'as gagné. C'était relativement amusant - l'adolescente insista volontairement sur la notion de relativement.

— T'as une préférence ?

— De quoi tu parles ?

— Pour la documentation, t'as une préférence sur une maladie en particulier ?

— Spencer !

— Alors, tu as le choix entre… scarlatine, rougeole, varicelle, énuméra-t-elle en lisant le contenu des prospectus.

— Je vais la frapper.

— Sinon, y'a les classiques : Rhumes, Angine, grippe…

— Okay, tu l'as cherché Hastings.

Sans prévenir, Hanna attrapa un verre et appuya sur le bouton de la bonbonne d'eau à disposition dans le couloir. Elle renversa le contenu du gobelet sur les vêtements de son amie.

— Alors ça, c'était moche.

— C'est toi qui as commencé, se défendit la blonde tout en reculant, redoutant des représailles.

— On a l'air de deux gamines, remarqua l'enfant des Hastings.

Elle repoussa une de ses mèches, trempée.

— Toi, plus que moi.

— Dit-elle alors qu'elle vient de me balancer un verre d'eau glacé à la figure. La quelle de nous deux à six ans d'âge mentale, questionna Spencer avec un sourire.

— Vu sous cet angle…

— ça craint.

— Un peu.

— Mais j'aime bien être un enfant.

— Moi aussi, avoua Hanna en lui adressant un regard complice.

Les deux adolescentes rejoignirent leur chambre continuant de se taquiner entres elles. Le sommeil la gagnant, la blonde retrouva la chaleur de son lit, mais au moment où elle s'y allongea, une sensation désagréable la fit bondir d'horreur.

— Qu'est-ce qui a? demanda Spencer alarmée.

— Je ne sais pas. Y'a un truc dans mon lit, répondit-elle anxieuse.

L'enfant des Hastings alluma la lumière. Sur le matelas avait été versé de la poudre noir qui rappelait vaguement des cendres, avec au milieu, un morceau de parchemin brûlé aux extrémités.

"Bon rétablissement les garces. J'espère que vous serez en forme pour le prochain round " -A


Domicile des Fields, chambre d'Emily.

Cela faisait maintenant vingt minutes qu'Emily patientait devant la porte de sa chambre, la boule au vente et les ongles presque rongés à tant s'être inquiété. Son esprit ne cessait de la torturer, lui soumettant tout type de scénarios dans lesquels elle voyait mourir Alison cent fois.

La porte contre laquelle la brune était adossée s'entrouvrit et une silhouette masculine apparut dans l'encadrement. Wren Kingston se tenait à présent devant elle, une trousse de secours et des compresses à la main.

Après le message alarmant de Spencer et Hanna concernant 'A' et ses nouveaux exploits à l'hôpital, la jeune fille n'avait pas supporté l'idée d'y envoyer Alison, si vulnérable et à sa merci.

Tout pouvait lui arriver là-bas.

A sa demande, l'enfant des Hastings lui avait fourni le numéro de son ex petit-ami en urgence et celui-ci s'était déplacé jusqu'à son domicile.

— Comment va-t-elle, demanda immédiatement Emily, le cœur battant plus fort dans sa poitrine à l'approche du verdict.

Le médecin releva les yeux avec lenteur. La brune retint son souffle.

— Pas très bien, admit-il septique. Mais elle devrait s'en sortir.

Toute la tension retomba et les muscles de l'adolescente se détendirent, y compris certain dont elle n'avait jamais soupçonné l'existence.

Alison allait s'en sortir, c'est tout ce qui comptait à ses yeux.

— J'ai nettoyé et refermé la plaie mais faudra surveiller ça régulièrement pour éviter les infections. J'te cache pas que son état d'épuisement général est préoccupant. Elle va avoir besoin de beaucoup de repos pour récupérer complément.

— Comptez sur moi pour prendre soin d'elle.

Wren baissa la tête précipitamment, d'une façon qui inquiéta Emily. La jeune fille fronça les sourcils. Que ne lui disait-il pas ?

— Ecoute Emily, je ne sais pas ce qui s'est passé ce soir, reprit le jeune homme d'une voix plus grave, mais cela risque d'affecter ton amie plus que…

Le médecin chercha ses mots.

— … physiquement, compléta-t-il avec prudence.

— Qu'est-ce que ça veut dire ? Interrogea Emily confuse, en croisant ses bras contre sa poitrine.

— Ce genre d'expérience peut-être traumatisante. Alison a besoin de repos mais ce n'est jamais facile de trouver le sommeil lorsqu'on vient de se faire tirer dessus et que la sensation d'insécurité perpétuelle vous guette.

— J'imagine, murmura l'enfant des Fields en détournant les yeux vers Alison. Qu'est-ce que je peux faire pour l'aider ?

— Pas grand-chose, malheureusement. Pour l'instant, elle est très agitée. J'ai eu l'occasion de croiser ce genre de cas, et l'expérience montre que le patient ne trouve en général le sommeil que lorsqu'il se sent suffisamment protéger, en confiance, et assez détendu pour se laissé aller. Ça peut prendre toute la nuit. Souvent plus. Il va falloir que tu sois patiente. Les prochaines heures risquent de te sembler longues. Très longues, insista-t-il.

Sur ces paroles, Wren lui adressa un dernier regard avant de quitter la pièce et prendre le chemin de la sortie.

Bien après que le médecin eut disparu de son champ de vision, Emily resta figée devant la porte, indécise. Une peur incontrôlable l'envahit : celle de pas être à la hauteur. Elle inspira profondément, tourna la poignée de la porte et l'entrouvrit. Renoncer maintenant serait lâche, alors l'adolescente rassembla son courage et avança jusqu'au rebord du lit où se tenait Alison. Elle attrapa une chaise et s'assit à son chevet.

La première chose qu'Emily remarqua était la pâleur irréelle de son visage. Jamais la brune n'avait cru possible qu'il puisse devenir si blanc. Instinctivement, la jeune fille saisit sa main et serra ses doigts à travers les siens. Elle doutait qu'Alison ressente réellement sa présence. Son regard semblait tellement vague et éteint, presque vitreux. Pourtant, d'une certaine manière, la nageuse espérait que son contact la réconfortait.

Emily n'avait pas la moindre idée du traitement que lui avait administré Wren, mais les cinq premières heures qui suivirent, il s'avéra efficace. La brune ressentait l'agitation d'Alison, chaque tremblement, que le médicament atténuait et tendait à contenir. Sa fièvre aussi. Son corps était brûlant. L'enfant des Fields épongeait régulièrement les gouttelettes sueurs qui perlaient sur son front.

Au beau milieu de la nuit, la blonde se crispa d'un coup et Emily aperçût son visage pâlir un peu plus.

— Alison ? s'inquiéta-t-elle, l'angoisse d'insinuant subitement dans son regard.

L'enfant des Dilaurentis porta instinctivement une main contre son ventre et Emily réalisa qu'elle était prise de nausée. La nageuse l'attrapa par la taille et la porta jusqu'à la salle de bain concomitante à sa chambre, la retenant d'une main, repoussant ses cheveux de l'autre.

Lorsque son corps eut rejeté tout ce dont il était capable, son amie resta immobile, tremblant entre ses bras. Emily la sentait à bout de force et préféra lui laisser le temps de souffler avant de la reconduire dans son lit. Pendant un long moment, les deux adolescentes conservèrent la même position, l'une contre l'autre, jusqu'à ce que la respiration d'Alison se stabilise. La nageuse jeta un coup d'œil par la fenêtre. L'aube venait de se lever et la blonde n'avait pas trouvé le sommeil. Pourtant, il était évident que celle-ci en avait besoin. Des cernes s'étaient formés sous ses yeux rougis par fatigue. Emily repensa alors aux paroles du médecin :

« Le patient ne trouve en général le sommeil que lorsqu'il se sent suffisamment protéger, en confiance, et assez détendu pour se laissé aller. Ça peut prendre toute la nuit. Souvent plus. »

Mais comment pourrait-elle lui procurer une sensation de sécurité alors que la nageuse se sentait soi même menacé avec 'A' dans les parages ?

Au moment même où la jeune fille s'interrogeait sur la question, celle-ci remarqua un brusque changement d'attitude chez Alison. La blonde se débattit entre ses bras et Emily fut contrainte d'accentuer son emprise afin de l'empêcher de s'agiter.

— Lach… chez moi ! articula-t-elle maladroitement.

Sa voix était si faible qu'elle résonna comme un souffle à peine perceptible. Sa fièvre était plus forte que jamais, et l'enfant des Fields devina que son amie devait la confondre avec son agresseur.

— Lach… moi, répéta-t-elle à nouveau, complètement paniquée cette fois.

— Chut, murmura Emily à son oreille, d'une voix rassurante. Je t'en prie, calme-toi. C'est moi, c'est Emily. Tu n'as rien à craindre.

Mais rien à faire, Alison continuait de puiser dans ses dernières forces pour se débattre, le souffle court. Son rythme cardiaque s'accéléra et sa respiration saccadée inquiéta Emily pour de bon. La crise d'angoisse ne fit que s'amplifier malgré ses efforts, et l'adolescente n'eut d'autre choix que d'encercler ses bras contre sa taille, empêchant tout mouvement. Il fallait qu'Emily trouve le moyen de lui faire reprendre contact avec la réalité.

— Il y a trois ans, aux vacances d'été, on a passé la journée à la plage toute les deux. Tu t'en souviens ?

L'enfant des Fields s'interrompit un instant. Le son de sa voix, ou peut-être simplement le souvenir, semblait l'avoir tranquillisé. Progressivement, Alison renonça à se battre davantage. La jeune fille poursuivit.

— Spencer, Hanna et toi n'aviez cessé de parler de cette journée à Perido Beach qu'on devait passer ensemble la semaine suivante. Vous étiez tellement impatiente, se rappela Emily. Je crois que la première chose que vous avez faites d'ailleurs en arrivant, c'était vous jetez dans l'eau. Moi, je suis resté sur le bord à vous observer. J'étais concentré sur un magasine quand tu es arrivé derrière moi, m'a serrer avec tes bras froid et trempé. J'ai hurlé de surprise. Ton visage s'est illuminé et tandis que je te regardais sourire sans rien dire, je me souviens à ce moment précis m'être promis de… faire tout ce qui serait en mon possible pour le préserver.

La voix d'Emily tremblait de sincérité à l'évocation de ce souvenir, et une de vague de tristesse et de nostalgie, se mêla à ses mots. Elle baissa la tête, cherchant sur le visage de l'autre jeune fille une réaction. A sa surprise, Emily réalisa qu'Alison venait de s'endormir. Dans ses bras.

Les rayons premiers rayons du soleil se reflétèrent dans ses cheveux blonds, que la lumière rendait pratiquement or. La nageuse l'observa dormir en silence et prit conscience qu'elle avait passé le plus clair de son temps à ses côtés, tout proche, sans jamais s'être accordé le temps de le faire. Une de ses mèches s'agglutinait contre son front humide. Emily la repoussa avec douceur. Elle était belle.

— Non, murmura soudain la jeune fille à travers son sommeil.

— Ali?

Les yeux protecteurs d'Emily l'observaient avec attention.

Elle rêvait.

— Qu'y a-t-il ? demanda la brune d'une voix douce.

— 'A', il veut... que je disparaisse.

— Tu es en sécurité, lui assura la brune.

— Je... veux pas lutter, avoua Alison inconsciemment.

— Alors laisse toi aller, souffla simplement Emily au creux de son oreille.

L'adolescente se retourna légèrement, et sa tête roula contre son épaule.

— Non...

La nageuse fronça les sourcils.

— Qu'est-ce qui t'en empêche de te laisser aller?

La question resta sans réponse. Succéda un calme confortable, à peine rompu par les battements réguliers de son cœur contre le sien.

— Je p...peux pas l'abandonner, bafouilla soudain Alison.

— Qui? demanda l'enfant des Fields, passant une main dans ses cheveux humides.

Il eut un nouveau silence.

— ... Emily.

A ses mots, la brune sourit, ferma les paupières puis s'abandonna à un sommeil profond.


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