Jamais il n'aurait cru que son plan, pensé sur le moment, dans un instant d'égoisme, fonctionnerait aussi bien. Les vacances d'été étaient terminées et depuis la reprise des cours, Ryner lui apportait un dîner tous les jours, l'accompagnait à l'école et le raccompagnait chez lui, même s'il finissait tard à cause de ses obligations de Président du conseil d'élève.

Il devait avouer qu'il s'en voulait un peu d'avoir manipulé son ami... Après avoir embrassé le brun, celui-ci s'était tout simplement endormi sur lui. Il avait réussi à se dégager et, se sentant lui-même prêt à rejoindre Morphée à tout moment, avait décidé qu'il serait plus confortable de dormir nu. Et donc, sans arrière pensée aucune, il s'était déshabillé, avait déshabillé son ami par la même occasion et quand celui-ci avait affiché cet air médusé et abasourdi à son réveil, il n'avait pu s'empêcher de lui faire croire qu'il s'était passé quelque chose de plus.

Il devait avouer qu'il ne pensait pas son ami aussi idiot. Jamais Sion ne l'aurait laissé le dominer, et puis...

Les joues du Président du conseil se réchauffèrent considérablement. Il aurait dû prendre le temps de mieux mater le brun malgré son mal de crâne...

Depuis ce jour, ils avaient échangé quelques baisers hésitants du bout des lèvres, mais rien de plus. Pas qu'il n'avait jamais pensé profiter de la situation au maximum, mais... sa conscience, que la migraine avait baillonnée à ce moment-là, se vengeait depuis et lui rongeait les trippes avec les remords.

Aussi, Miran semblait l'observer plus intensément qu'à l'habitude et Lucile ne s'était pas montré le bout du nez depuis la fin des vacances.

Un soupire s'échappa des lèvres de Sion. Il était assis à son bureau dans le local du conseil étudiant, comme à son habitude. Les cours étaient finis depuis une bonne heure, les autres membres du conseil étaient déjà partis et Ryner ne tarderait sans doute pas à arriver pour squatter en attendant qu'il termine son ouvrage de la journée.

"J'aurais peut-être pas dû...", se dit-il tout haut dans un soupire.

"Peut-être pas dû faire quoi, exactement, Président?", demanda une voix très peu familière.

Sion releva la tête en sursaut et se retrouva face-à-face avec Tiir Rumibul, l'élève transféré dans la classe du brun avant les vacances. Ils se regardèrent un moment en silence. Le Président n'avait même pas entendu l'autre entrer, en fait... et il devait avouer que ce type lui fichait un peu la chair de poule...

"Je sais pas ce que t'as en tête, mais si jamais tu lui fais du mal, d'une quelconque façon que ce soit, je jure que tu vas le regretter. Et si jamais j'apprends que tu l'as trompé..."

La porte s'ouvrit et Ryner entra en baillant, figeant en les voyant tous les deux. Même s'il n'avait pas bronché, Sion reconnaissait la menace de l'autre jeune homme et il n'avait aucune envie d'affronter son couroux. Il se retint de justesse de pousser un soupire de soulagement lorsque le brun les interrompit. Il était dans une situation extrêmement dangereuse...

"Tiir? Qu'est-ce que tu fais là?", demanda le beau brun en s'approchant, surpris.

Le noiraud lui sourit, comme s'il n'avait pas prononcé de menace de mort à l'encontre du Président du conseil d'élève à peine quelques secondes plus tôt. "J'ai pensé que je n'étais pas venu me présenter depuis mon transfert et qu'il valait mieux tard que jamais," dit joyeusement Tiir. "Ça marche toujours pour ce week-end?"

"Oui, oui, t'inquiète," répondit le brun, saluant son ami alors que celui-ci quitta la pièce, sans un autre mot. Ryner se retourna vers Sion et ses yeux s'agrandirent. "Est-ce que ça va! T'es tout blême!"

Le Président sursauta un peu, puis sourit d'une manière qu'il espérait réconfortante. "C'est rien, je vais bien..."