Cette petite scène eu pour conséquence principale de la brouiller avec Zane. L'asiatique avait dû juger plus prudent de s'éloigner d'une personne capable de sous-entendre qu'elle pouvait aller aussi loin que le Seigneur des Ténèbres. Ce n'était peut-être pas la chose la plus prudente que la Fourchelang ait jamais faite, mais loin d'être la plus dangereuse.

Anne ne semblait pas avoir compris de qui elle avait pris l'apparence et, si elle feignait l'éloignement quand Zane était dans les parages, elle continuait de lui parler dès qu'il était absent. L'asiatique n'avait pas expliqué la raison soudaine de cette distance, aussi les autres n'avaient pas jugés utiles de l'imiter. Swan et Emma lui parlaient comme à l'ordinaire et étaient ravis qu'elle ait fait gagner soixante point à Serdaigle tout en rabattant son caquet à Scott. L'hyperactif se montrait particulièrement exubérant comme à l'ordinaire et qualifiait Lilith de « la plus belle femme qu'il ait jamais vu de sa vie ». L'apparition semblait lui avoir totalement fait oublier Gemma. De toute manière les choses n'allaient déjà pas très bien entre eux deux. La sang-pure obtint assez rapidement toute l'histoire ; apparemment, la Serdaigle d'un an leur cadette avait jugé que Swan ne lui écrivait pas assez souvent et l'avait qualifié de « passade » dans une tentative maladroite de vengeance. Anne pensait que cela pouvait être dû à une possible jalousie. L'hyperactif tint compte de l'hypothèse et rendit la monnaie de sa pièce à Gemma avec les intérêts, en la larguant le plus joyeusement du monde, la laissant penser qu'il s'était trouvé quelqu'un d'autre. Il s'avéra que la sang-pure avait raison car soudain la Serdaigle voulu se remettre avec lui, ce que Swan ne goba pas si facilement. Anne suivait le feuilleton avec passion, en parallèle aux questions incessantes et sans fins qu'elle faisait subir à Etaine.

La sang-pure semblait penser que draguer un professeur comme elle l'avait fait était un exploit et elle soupçonnait désormais autant Rogue que Senrose. La légilimente avait réussi à la faire taire au sujet du professeur de runes en lui révélant qu'elle connaissait le poème de Severus. Ce n'était peut-être pas le calcul le plus intelligent de sa vie puisqu'Anne ne cessa désormais de la harceler sur le Maître des potions, mais au moins elle en oublia totalement Senrose, d'autant qu'Etaine lâchait parfois des bribes sur le professeur de défense contre les forces du Mal, tout à fait intentionnellement. Senrose ne semblait pas avoir compris qui était la femme rousse et la Fourchelang préférait qu'il en reste ainsi.

Mais ce qui impressionna le plus Anne dans cette histoire, ce fut qu'elle soit en apprentissage de Maître des potions. Depuis le temps, Etaine avait pensée qu'elle l'avait compris. Ce n'était visiblement pas le cas. Les Maîtres des potions étaient tellement rares qu'en général les cours de potions étaient donnés par de simples professeurs qui n'avaient pas atteint Aspic+8. Et personne dans leur classe n'avait soupçonné que Severus fut un Maître des potions. Ceux-ci divulguaient rarement leur savoir et leurs astuces et il n'était pas rare qu'ils se les piquent entre eux quand ils en avaient connaissance. Ils ne le faisaient entièrement qu'à leurs apprentis. Rogue avait d'ailleurs pris à part la Fourchelang après cette scène pour lui faire jurer de ne pas parler de ce qu'il lui avait appris. Cela en disait long sur la confiance mutuelle des potionistes.

Généralement, les Maîtres des potions ne formaient qu'une seule personne, soit parce qu'ils ne trouvaient pas le grand talent qu'ils cherchaient tous, soit parce que leurs élèves ne finalisaient pas leurs études, parfois peu désireux d'entrer dans ce monde de secrets. Et ne bénéficiaient donc pas des secrets les mieux gardés de leurs Maîtres. Mais suivre cet apprentissage diminuait singulièrement le temps qu'il fallait pour atteindre Aspic+8 et était beaucoup plus enrichissant qu'une formation classique. Il existait de fait une certaine ségrégation entre les Maîtres des potions : ceux qui avaient suivis un apprentissage étaient beaucoup plus estimés et recherchés que les autres. Il fallait du temps et du talent à ceux qui avaient eu une formation classique pour se démarquer. Problème que n'avaient pas les apprentis.

Avoir été pris en apprentissage était donc à la fois un honneur et un phénomène très rare. Le fait qu'Etaine soit en apprentissage avec Rogue n'avait pas été facilement gobé. Même Anne avait fait répété trois fois à la légilimente que, oui, Severus avait bien dit de manière très claire que ce n'était pas que des leçons particulières mais un apprentissage en règle. Et oui, un apprentissage pour devenir Maître des potions. Non, elle ne savait pas si elle allait continuer après Poudlard et ce n'était pas à elle de décider puisque c'était le privilège du Maître de pouvoir décider si elle poursuivait ou non. Est-ce qu'elle était partante ? Elle n'en savait franchement rien mais oui, si elle en avait l'opportunité, elle continuait.

Certains avaient pensés que ce n'était que de l'esbroufe mais la potion de métamorphomagisme alliée à la réaction de Slughorn prouvait qu'elle ne mentait pas. La nouvelle s'était propagée rapidement parmi les élèves avec les Serdaigle, très fiers que cette découverte soit de quelqu'un de leur maison. Les Poufsouffle, en revanche, avaient aussitôt lancé une contre-rumeur, disant qu'elle avait simplement fait du polynectar. Comme si le polynectar était une potion censée être à la portée d'un cinquième année. Quant aux enseignants, le professeur de potion s'était chargé de leur annoncer la nouvelle. Senrose n'était heureusement pas dans la salle des professeurs à ce moment-là, contrairement à Rogue. Lequel avait confirmé qu'elle était bien son apprentie et ce depuis trois ans. Apparemment Slughorn lui avait abondamment parlé de la potion de métamorphomagisme puisque Severus tenta lui aussi de la faire parler, mais avec moins d'empressement que le gros homme. Le professeur de défense contre les forces du Mal était beaucoup moins expansif que celui de potion et c'était bienvenu puisqu'elle n'avait pas à l'écouter en permanence à la recherche de l'information pertinente.

Comme Rogue avant lui, Slughorn avait distingué Etaine, lui faisant travailler des potions plus compliquées chaque fois qu'elle connaissait déjà celles étudiées en classe. Il avait semblé impressionné par leur nombre. Définitivement coulée, la rumeur que Severus était un mauvais enseignant. Le professeur de potion refusait tout net de le croire. Si Etaine n'avait pas déjà fait partie de ses chouchous, elle y aurait été intégrée sur le champ. Mais, au grand dépit de Slughorn, elle esquivait toutes ses questions sur sa potion et celles sur les découvertes de Rogue. Ce dernier avait raison d'être prudent. Etaine en fit l'expérience lorsque, lors d'une de ses soirées, il lui proposa une coupe de bièraubeurre avec du veritaserum dedans. Ce fut sa maîtrise de l'occulmencie qui l'empêcha de dire tout ce qu'elle savait. Le professeur de potion finit par comprendre qu'elle lui récitait la recette d'un herbicide mais il dissimula sa contrariété en déclarant que, décidément, elle avait tous les talents. Cette affaire rendit la légilimente plus prudente dans ses rapports avec Slughorn et quand cela vint aux oreilles de Severus, celui-ci alla en personne dire quelques mots au professeur de potion. Etaine ne sut pas exactement quoi, mais ce qui en ressortait, c'était qu'il appréciait peu de se voir piquer son élève. Ce ne devait pas être des menaces en tout cas puisqu'aucun des deux n'avait changé d'attitude par rapport à elle. Rogue avait probablement rappelé au gros homme que selon les usages en vertus chez les Maîtres des potions ; ceux-ci devaient protection à leurs élèves quand ils étaient menacés du fait du savoir qui leur avait été transmis. Dans ces cas-là, c'étaient les deux Maîtres des potions qui réglaient leur litige entre eux sans y mêler les apprentis. Ou alors les élèves se battaient entre eux en même temps que leurs Maîtres. Hors, Slughorn n'avait pas d'élève et Severus était un duelliste doué, probablement l'un des meilleurs de l'école, même parmi le personnel enseignant. La Fourchelang ne savait pas ce qu'il en était du professeur de potion, mais il devait l'être moins car il cessa toute tentative. A partir de ce moment-là, elle put cesser d'épier sa boisson avec autant d'attention. Mais elle garda de l'épisode l'habitude de toujours tester une première gorgée en en analysant le goût avant de boire le reste. Ce n'était pas sans rappeler Fol Œil qui ne buvait que le contenu de sa flasque.

Slughorn organisait régulièrement de petites soirées avec la jet-set de l'école qui était en train de se former. Il y avait des fils de célébrités, des étudiants doués, des sportifs et tout un petit monde qui avait de l'avenir. Depuis le Poudlard Express, il y avait eu un remaniement des personnes ; certaines avaient été éliminées car présentant peu d'intérêt, d'autres avaient été découvertes et rajoutées. Etaine y retrouvait Blaise qui avait réussi à se maintenir grâce à son ambition et à sa mère célèbre pour sa beauté et pour avoir épousé sept hommes et hérité autant de fois. Il y avait aussi Cormac McLaggen, le septième année de Gryffondor qui connaissait le ministre de la Magie et d'autres personnalités influentes. Assez en tout cas pour ne pas avoir besoin d'autre choses pour se maintenir. Un crétin en puissance, d'après la légilimente. Revan Sylversword dont le comportement était en tout point semblable à celui qu'on était en droit d'attendre d'un Sylversword. Néanmoins, il était sur la corde raide depuis qu'il avait pris la défense de Takara. Celle-ci s'obstinait toujours à ne rien vouloir avoir à faire avec un Serpentard et il avait bien fallu dire la vérité à Slughorn. Mais pour l'instant le fait qu'il soit un ami d'Etaine l'empêchait de se faire débotter. Ginny était toujours invitée, tant pour ses talents en sortilège qu'en quidditch. C'était probablement l'une des seules à tout devoir à elle-même. C'était également le cas d'Hermione qui devait sa présence à son intelligence. Cependant, elle ne semblait pas tenir à sa place plus que ça. En revanche, on n'avait pas revu Neville. Pas plus que Belby mais Belby n'avait aucun intérêt. Neville par contre valait quelque chose quand il s'en donnait la peine. Il y avait aussi Ben Danton, le poursuiveur vedette de Poufsouffle qui remontait le jeu de toute l'équipe. C'était un septième année et Etaine n'avait jamais entendu parler de lui. Se rajoutait à cela Elisabeth Brindstone, une grande blonde sculpturale dont la mère s'était fait un nom dans la chanson, il y avait longtemps. Un peu niaise, mais prête à se battre bec et ongles pour sa place dans ce cercle privilégié. Elle-même chantait bien et projetait de suivre les traces de sa mère. Son projet avait suffisamment de sérieux pour que Slughorn la garde. Potter était toujours invité, mais il trouvait chaque fois le moyen de se défiler, entraînant régulièrement Ginny avec lui. Séance de quidditch était une excuse qui revenait très souvent pour ses absences. Mise en retenue aussi, parfois, bien que Revan ait également fait le coup. Et, le plus intriguant de tous : rendez-vous avec Dumbledore. Impossible de savoir ce qu'il faisait avec le directeur de Poudlard mais le professeur de potion semblait se tendre imperceptiblement, plus alerte qu'à l'habitude, quand cette excuse lui était donnée. Pourtant, il ne cherchait pas à en savoir plus, ce qui était en soi étonnant. La légilimente avait essayé de le savoir, mais chaque fois qu'elle tentait de pénétrer dans l'esprit de Potter, elle tombait sur un mur qui entourait tous ces rendez-vous. Visiblement, le sujet était brûlant pour que le vieil homme se donne la peine de jeter un sort si complexe sur l'esprit de Potter. Il ne pouvait pas s'agir d'occulmencie puisque le Survivant, ou l'Elu comme on l'appelait ses temps-ci, était totalement inepte en la matière. C'était un livre ouvert au premier légilimens venu.

Mais la Fourchelang ne pouvait s'empêcher de se demander si ce n'était pas en lien avec les fréquentes absences de Dumbledore. Il arrivait souvent que la chaise de celui-ci reste vide des jours durant avant qu'il ne revienne. Personne ne semblait savoir ce qu'il faisait durant ses périodes et rares étaient ceux qui s'y intéressaient. Même si elle soupçonnait qu'un tas de gens à l'extérieur de Poudlard étaient très curieux de ces absences. Après tout, le directeur de Poudlard n'était pas une personne à ignorer dans cette guerre ; la chute de Fudge et la crainte qu'il inspirait à Voldemort en étaient des preuves.

En plus de cette jet-set naissante se rajoutaient parfois des personnalités, anciens membres du « club Slug » comme le nommait le professeur de potion. Etaine avait très rapidement eu la confirmation de ce que Blaise lui avait dit en première année : Slughorn nouait des relations entre ses anciens et nouveaux élèves comme une araignée qui tissait sa toile. L'aisance dont il faisait preuve et plus encore le fait qu'il ne s'énerva jamais étonnait la légilimente. Si elle ne l'avait pas déjà su cela aurait été l'indication qu'il exerçait ainsi depuis bon nombre d'années. Il leur présenta ainsi Gwenog Jones, la capitaine des harpies, une équipe de quidditch. La Fourchelang que le quidditch n'intéressait pas ne vit pas l'intérêt mais les autres en furent très excités, en particulier McLaggen, Ginny, Brindstone et Danton. Blaise et Revan allèrent présenter leurs respects avec un peu plus de retenue. Seule Hermione garda un peu de réserve et Etaine passa la suite de la soirée à discuter avec elle. Le quidditch, découvrit-elle, l'intéressait à peu près autant qu'elle. Elle n'allait voir les matchs que pour soutenir Potter et Weasley. Il y eu aussi Harvey Delights, le directeur du bureau de la Justice magique. Il jurait beaucoup mais avait une étincelle calculatrice dans le regard. Les autres furent très étonnés de voir qu'Etaine connaissait la moitié des lois magiques par cœur. De fait les deux passèrent la moitié du repas absorbés dans un duel amical où ils se renvoyaient mutuellement à la figure les divers articles. Delights finit même par lui demander si elle voulait faire carrière dans la Justice magique et Slughorn parut aux anges. Faire se rencontrer les gens était précisément le but de ses soirées. Néanmoins, la légilimente répondit que non, mais en ne se fermant pas tout à fait la porte. Autant garder des contacts au cas où, même si une carrière ministérielle n'était pas ce qu'elle ambitionnait. Le professeur de potion eu soudain peur quand elle énonça cet avis. Quelque chose lui disait que Voldemort non plus n'avait pas été tenté.

Mais la plupart du temps, c'était juste des repas où ils discutaient de choses et d'autres. Un peu comme une petite cour puérile dans ce monde en guerre. Toutefois, les jeux de pouvoirs étaient pris très au sérieux par certains. Brindstone, notamment. Etaine avait détestée son attitude arrogante. La Serpentard avait commis l'erreur de la traiter avec condescendance du fait des deux années qu'elle avait de plus. Depuis, la légilimente la haïssait, chose qui n'était jamais recommandée. C'était pour se venger que la Fourchelang s'était mêlé aux intrigues. Depuis que la compétition avait été lancée, les deux filles avaient formé leurs camps. Brindstone avait avec elle McLaggen et Danton. McLaggen avait un bon ascendant sur Slughorn et Danton avait plu à Gwenog Jones. C'était donc de bons alliés. Etaine avait mis de son côté Revan, Hermione et Ginny. Revan par amitié même s'il ralentissait plus qu'autre chose. Toutefois, le côté descendant-de-Gryffondor-qui-place-l'honneur-avant-tout servait à nuancer son côté sombre et manipulateur à elle. Les gens avaient été très surpris qu'ils soient amis. Les maisons de Serpentard et de Gryffondor n'étaient pas connues pour s'entendre au point qu'on en oubliait qu'avant leur brouille les deux fondateurs étaient amis. Brindstone insupportait également Ginny mais elle n'était pas non plus un très grand appui, sauf pour nuancer davantage sa ressemblance avec Voldemort. Même chose pour Hermione. Aucune des deux filles ne connaissaient des gens importants mais elles étaient intelligentes et de Gryffondor. La Fourchelang se demandait parfois comment Slughorn l'aurait jugée si elle avait présenté plus de liens avec des Serpentard qu'avec des Gryffondor. Elle-même ne pouvait s'empêcher de voir la différence avec sa troisième année et les précédentes.

Zabini restait prudemment en dehors du conflit, sans choisir de camp. Toutefois, lui aussi avait plutôt tendance à graviter autour d'Etaine. Probablement parce qu'elle était l'étoile montante du club Slug. La Fourchelang n'avait pas des relations par dizaines comme McLaggen, mais elle avait de l'esprit et assez d'ambition pour aller loin, selon Slughorn. De fait, elle avait passé les trois premiers mois à marquer des points durant toutes les soirées qui avaient eu lieu. La seule personne qui aurait pu la concurrencer était Potter et celui-ci ne voulait pas se mêler au club Slug. Certes, il fallait une certaine dose de manipulation pour pouvoir utiliser correctement cet avantage et de part ce fait, les Serpentard étaient plus avantagés que les Gryffondor. Peut-être le Survivant savait-il qu'il n'avait nul besoin du club Slug pour aller loin, sa seule célébrité lui suffisant. De toute manière, si elle avait appris une chose de Potter c'est qu'il ne la désirait pas, cette célébrité. Elle le gênait plus qu'autre chose et jamais il n'avait cherché à l'utiliser. Mais Etaine, comme Zabini, avait très bien vu le tremplin que pouvait offrir le club Slug, à long terme. Autant rester dans les bonnes grâces de Slughorn. Mais il fallait pour cela rester vivant assez longtemps pour en profiter.

En novembre, les étudiants de cinquième année avaient finis par s'adapter à la charge de travail à faire d'un cours à l'autre. Celle-ci augmentait chaque année et chaque fois les élèves semblaient surpris qu'il y ait un stade supplémentaire. Du moins était-ce l'impression qui se dégageait quand on voyait Swan assis entre deux piles de livres, occupé à une longue et laborieuse dissertation d'Histoire de la Magie. Chacun des enseignants avait mis un point d'honneur à commencer son premier cours par un long et douloureux exposé sur les Buses. Le résultat final avait été que tous les élèves les appréhendaient, comme si un échec signifiait la fin de leur vie. L'hyperactif avait surement été l'un des plus touché par les discours des professeurs et se mettait au travail avec un zèle incroyable, même pour un Serdaigle. Il semblait bien décidé à combler les failles qu'il avait accumulées les quatre années précédentes. La Fourchelang avait essayé de lui dire, les premiers jours, alors que les enseignants faisaient leur grand numéro d'intimidation, qu'il y avait un examen de rattrapage mais cela l'avait à peine calmé à l'époque. La légilimente savait qu'il se mettrait à paniquer complétement si même elle se mettait à présenter des signes de stress, alors elle cachait l'angoisse qui la saisissait elle aussi à la pensée des Buses en s'immergeant dans des études sur la magie.

Maintenant, presque trois mois plus tard, la menace des examens commençait à perdre de son efficacité même si les professeurs l'invoquaient toujours deux fois par cours. Etaine commençait à se demander s'ils ne faisaient pas exprès de leur faire peur constamment avec pour mieux les désensibiliser. Si c'était le but voulu alors cela semblait marcher mais elle ne savait pas ce qui adviendrait quand on serait en juin, à l'aube des Buses.

Les leçons particulières de Rogue ne portaient presque plus sur les potions, même s'il y en avait toujours un peu pour maintenir les apparences ; après tout, elle était tout de même en apprentissage. Mais c'était désormais majoritairement des potions jugées maléfiques. Severus avait paru mi suspicieux mi intrigué quand il s'était aperçu que non seulement elle n'était pas dégoutée outre mesure par certains ingrédients, mais qu'en plus elle les connaissait déjà. Les potions interdites n'avaient pas tellement changé depuis le dix-huitième siècle, quand l'Archiviste les avait recensées. En fait, on n'y avait la plupart du temps pas touché du tout. Lorsqu'il lui avait posé la question, Etaine avait répondu qu'elle avait déjà étudié la magie noire, qu'est-ce qu'il croyait ? La réserve regorgeait d'ouvrages intéressants et c'était pour les consulter qu'elle avait appris le sortilège de désillusion. Elle n'allait pas s'en priver.

Pour couper court aux questions du Maître des potions, elle lui avait demandé de lui montrer la magie qu'employait les mangemorts. C'était eux, l'actualité et c'était donc eux qu'il fallait étudier. Et puis, l'Archiviste s'arrêtait deux siècles avant et le temps que sortent des livres sur la magie noire à son état actuel, il faudrait quelques années. Mieux valait demander directement aux mangemorts dont faisait partie Rogue. Et cela permettait d'éviter les interrogations de Severus ; son mensonge tenait dans le vague, mais s'il demandait des noms d'ouvrages précis, elle était coincée. Elle pouvait certes citer Magie Ancienne et Potions Ancestrales mais elle ne désirait pas se faire prendre avec le grimoire et ne voulait pas qu'il excite les convoitises. C'était un livre rare, elle n'en avait jamais vu de plus précieux. Quant aux autres ouvrages qu'elle avait compulsés, ils venaient de la Salle sur Demande, un secret que là aussi elle préférait garder pour elle. D'autant qu'elle était surveillée.

L'aide dont avait parlé Saernel résidait en la personne d'autres serpents vivant à Poudlard qu'il avait appris à connaître personnellement. Certains étaient même ses enfants, bien qu'il ne soit parfois pas sûr d'être le père. Ce détail avait étonné la légilimente qui s'était fait expliquer que les liens familiaux des serpents étaient beaucoup moins étroits que ceux des humains. Donc, s'ils avaient accepté d'aider la vipère, ce n'était pas par esprit de famille, c'était parce qu'elle était Fourchelang. Les Fourchelang jouissaient du plus grand respect parmi les serpents et en particulier ceux de Poudlard qui descendaient d'autres serpents qui avaient été amenés ici par Salazar Serpentard en personne. Le fondateur semblait avoir été très lié aux serpents puisqu'il avait déjà fait appel à un basilic jadis.

Voldemort utilisait-il cette manne d'espions inespérés ? Etre Fourchelang devenait soudain un grand avantage aux yeux d'Etaine pour qui cela n'avait été jusque-là qu'un honneur à défendre. Ou avait-il, comme elle, des doutes ? La légilimente ne voulait pas mêler les serpents, sauf Saernel qui partageait sa vie depuis près de huit ans, à ses affaires ; ils avaient leur propre vie à mener sans avoir besoin de se préoccuper de celle des humains. Mais la vipère lui avait assuré qu'ils s'étaient tous portés volontaires. Ils considéraient comme un honneur de servir une descendante de Salazar. Et une fois encore la conversation avait virée sur les œufs.

Ainsi, près d'une dizaine de vipères surveillaient en permanence Melanie Selwynn. Des serpents espionnant des Serpentard. Cela avait de quoi faire rire. Et Saernel n'avait pas tardé à lui faire un rapport. La Serpentard faisait son rapport tous les mois, le quinzième, à dix-huit heure quinze. Voldemort passait chaque fois du temps à l'interroger. On n'avait rien pu tirer de la première conversation car c'était Scyndelle qui l'avait surprise. Autant demander à un humain normal de comprendre un serpent. Seul Saernel comprenait le langage humain. Mais cela lui avait toutefois appris que Melanie cachait le miroir double sens dans les toilettes du deuxième étage, où personne n'allait jamais parce qu'elles étaient hantées par le fantôme de Mimi Geignarde, tuée par le basilic sur ordre de Voldemort. Ce que peu de personnes savaient, par contre, c'était que de plus en plus souvent le fantôme allait hanter celles du sixième étage, délaissant l'entrée de la Chambre des Secrets.

La deuxième conversation avait été surprise par Saernel et donc plus intéressante. C'était bien elle que Melanie était chargée de surveiller. Le Seigneur des Ténèbres semblait se montrer aussi curieux que le lui avait dit Severus. Et nullement enclin à la tuer. Plutôt à la recruter, à vrai dire. Subtilement, la Serpentard essayait de le faire changer d'avis, choisissant les histoires qu'elle lui racontait. Cela ne marchait absolument pas ; son grand-oncle restait persuadé qu'il pouvait la faire changer de camp. Sur ce point, la légilimente devait admettre être d'accord avec Melanie : elle ne deviendrait pas une esclave et Voldemort s'en rendrait bien compte un jour.

Saernel lui avait également appris deux autres faits intéressants : le miroir double sens était caché sous le troisième carreau marron à droite du robinet au serpent. Et c'était la Serpentard qui contactait le Seigneur des Ténèbres. Une troisième chose s'ajoutait à ces informations, même si elle n'avait eu nul besoin d'espionner pour l'obtenir : le quinzième du mois, c'était ce soir.